Nos auditions sur le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité concernent aujourd’hui la question du chiffrement. Cette audition est entièrement consacrée à l’examen de l’article 16 bis du projet de loi, de ses implications concrètes et de son insertion dans le corpus législatif. La commission spéciale n’avait pas encore abordé ce sujet lors de ses…
segment 1 · 130 motsJe remercie la commission pour son invitation à discuter d’un sujet aussi complexe et important que celui de la résilience de la nation et en particulier de l’impact de la cryptographie dans cet écosystème. Je suis chercheur en cryptographie chez Mozilla, titulaire d’un doctorat de cryptographie et méthodes formelles de l’École normale supérieure (ENS) et spécialiste de la conception, de l’analyse et de…
segment 2 · 950 motsMatthieu Finiasz et moi représentons la société Olvid, qui développe la messagerie éponyme. Nous en sommes respectivement CTO (Chief Technology Officer) et CEO (Chief Executive Officer). Nous faisions partie de l’équipe qui a développé le projet et sommes tous deux docteurs en cryptographie, la science du secret. Notre objectif avec Olvid était de permettre à tous d’avoir accès à un moyen de communication sur…
segment 3 · 359 motsVous succédez à d’autres organisations qui n’ont pas tenu exactement le même discours que vous sur l’article 16 bis, dont je pense qu’il n’est pas forcément écrit comme il devrait l’être et qu’il peut être compromettant pour l’avenir. Nous aurons l’occasion d’y revenir. Concernant les recommandations d’usage de la messagerie Olvid, savez-vous si la circulaire du 22 novembre 2023 est respectée ? Pensez-vous qu’il…
segment 4 · 190 motsIntégrer dans la loi des règles imposant une backdoor pour permettre de déchiffrer des communications ne changera pas forcément grand-chose, car si les plateformes refusent de coopérer, elles ne le feront pas davantage pour la backdoor. Cela soulève un premier problème de fond : comment s’assurer que les plateformes partagent avec les autorités, c’est-à-dire au moins avec la police et la gendarmerie, les données…
segment 5 · 455 motsCes mesures imposeraient nécessairement abaisser le niveau de sécurité car on ne sait pas a priori, au moment où l’on conçoit la solution, quelles personnes on pourrait être amené à cibler. Cela suppose donc que les moyens à déployer pour cibler une personne six mois après la conception du système soient intégrés d’emblée pour l’intégralité des utilisateurs. Il faut nécessairement mettre en place un dispositif qui…
segment 6 · 233 motsPouvez-vous préciser en quoi le fait d’intégrer un système donnant a priori la capacité au service de cibler une personne six mois plus tard le fragilise ? Quel est par ailleurs le type de données demandé par les services de l’État et dans quelle mesure y répondez-vous ? Certains services de l’État indiquent que des entreprises refusent de transmettre des données auxquelles elles ont pourtant accès tout en acceptant…
segment 7 · 148 motsLa technique de l’utilisateur fantôme est un affaiblissement d’un protocole cryptographique qui sous-entend que l’on ajoute dans les destinataires légitimes d’une communication sécurisée un tiers invisible par les utilisateurs. Cela n’est possible que dans certains cas. Cette technique affaiblit le but de sécurité qui veut qu’une communication chiffrée ait pour destination une cible définie, constituée d’individus…
segment 8 · 669 motsIl est important de savoir qu’il existe déjà des algorithmes cryptographiques post-quantiques capables de résister aux ordinateurs quantiques ; encore faut-il les intégrer dans les différents logiciels. Olvid dispose d’une certification Anssi et il est question que l’Agence impose à tous les produits certifiés d’avoir une résistance post-quantique, donc du chiffrement hybride, afin de conserver leur certification.…
segment 9 · 574 motsRécemment, le gouvernement fédéral américain a demandé aux fonctionnaires fédéraux de ne plus utiliser une certaine application de messagerie chiffrée au bénéfice d’une autre, jugée plus sûre. Ces questions de chiffrement, de déchiffrement et d’affaiblissement du chiffrement traversent-elles selon vous de la même façon toutes les sociétés démocratiques ? Si c’est le cas, les réponses sont-elles les mêmes ? Les…
segment 10 · 141 motsLa question se pose clairement de manière globale. Elle s’est posée aux États-Unis et une première réponse a été apportée. Selon moi, celle-ci ne sera pas la même partout. Nous verrons la réponse qui sera apportée en France, mais elle sera potentiellement différente de celle des États-Unis. Le RGPD est un dispositif profondément européen. L’état d’esprit ici est différent de celui de pays plus lointains. Non, nous…
segment 11 · 277 motsD’un point de vue scientifique, quand on conçoit un système de sécurité informatique, on part des propriétés de sécurité de la session de télécommunication, par exemple la confidentialité, l’authentification et l’intégrité. Si un attaquant est présent dans une session, par exemple en raison d’un malware installé sur le téléphone, on va jouer son jeu au niveau des primitifs cryptographiques, au niveau des protocoles…
segment 12 · 335 motsConsidérez-vous, déontologiquement, qu’une demande des services de sécurité intérieure, encadrée par la justice et ciblée, entraînerait nécessairement une vulnérabilité ? Les messageries sont utilisées par des trafiquants notamment. Est-il dès lors possible de hiérarchiser ? Face à l’évolution de la menace, envisagez-vous d’évoluer dans votre approche de la cryptographie ?
segment 13 · 50 motsLa menace n’est pas dans la question qui nous serait posée, car nous avons pleine confiance dans notre système démocratique. Nous sommes à la disposition des forces de l’ordre pour discuter de manière générale des propriétés du chiffrement ou sur des cas particuliers. Notre inquiétude porte sur notre capacité à développer un système qui conserve les mêmes propriétés de sécurité que nous sommes aujourd’hui en mesure…
segment 14 · 244 motsCette possibilité d’ouvrir un message implique de casser une propriété de sécurité bien particulière appelée forward secrecy (confidentialité persistante). Les protocoles modernes protègent les anciens messages. Au fur et à mesure que l’on consomme le déchiffrement des messages reçus, les anciens messages sont protégés et ne sont plus déchiffrables. L’ouverture d’un message de manière sélective casserait la…
segment 15 · 196 motsUne messagerie soumise à un dispositif équivalent à celui que prévoyait l’article 8 ter verrait-elle la confiance des utilisateurs et sa capacité à se développer entamées ? Signal avait dit que, en cas d’adoption définitive de l’article, elle ne serait plus disponible en France. Quel risque représente un tel dispositif pour une entreprise comme la vôtre ?
segment 16 · 57 motsSi Olvid annonçait la mise en place d’un système permettant d’ouvrir les messages sur demande de la justice, nous perdrions des utilisateurs. Les forces de l’ordre ont besoin à la fois de garantir la protection de leurs communications et de pouvoir accéder à des informations sur des actions criminelles. C’est donc compliqué pour elles, car les outils qu’elles utilisent peuvent être aussi utilisés par des personnes…
segment 17 · 176 motsune garantie cryptographique mathématique de sécurité – par rapport à celui d’autres solutions, comme Signal ou d’autres, qui repose davantage sur leur infrastructure. Nous ne nous contentons en effet pas de chiffrement de bout en bout puisque nous y ajoutons l’authentification de bout en bout. Notre sécurité ne dépend pas d’un serveur qui distribue des clés. Notre modèle de sécurité a mis la barre plus haut par…
segment 18 · 139 motsou les services de renseignement étrangers – utilise ses propres clients, comme EncroChat, elle a recours également aux messageries grand public.
segment 19 · 21 motsNous avons la possibilité de supprimer l’article 16 bis du projet de loi. Êtes-vous prêts à discuter pour trouver des solutions ou demandez-vous impérativement de le maintenir ?
segment 20 · 28 motsCela fait des années que nous vivons sans une telle disposition et nous arrivons à nous en sortir, mais le maintenir serait une très bonne chose. Il s’agirait, non pas de gêner les forces de l’ordre, mais d’exprimer une position forte de l’Assemblée nationale en faveur de la protection des données personnelles de la population. Nous pourrons survivre sans, nous n’en avons pas un besoin impérieux, mais il nous…
segment 21 · 78 motsJe ne suis pas très âgé, mais j’ai déjà vu revenir ce type de discussion plusieurs fois et, à chaque fois, nous devons refaire un effort scientifique d’explication. L’avis de la communauté scientifique n’a pas bougé d’un iota sur ce point depuis des décennies. Personnellement, je préférerais que cet article soit maintenu, car il apporte un confort de sécurité, sans changer la vie des services de renseignement. Il…
segment 22 · 106 motsJe vous remercie.
segment 23 · 3 mots23 prises de parole