« Quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé, on est identifié comme un facteur de problème, et c'est insoutenable. » Savez-vous qui a prononcé ces mots, monsieur le ministre de l'intérieur ? Le président de la République qui vous a nommé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
En 2017, le Défenseur des droits, un homme issu de votre famille politique, menait une large enquête sur les relations entre la police et la population. Son constat était implacable : en France, un jeune homme noir ou arabe a vingt fois plus de risques de se faire contrôler que les autres. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Depuis, le Conseil d'État l'a écrit noir sur blanc : « Les contrôles discriminatoires existent et ne se limitent pas à des cas isolés. » (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Depuis, la France a été condamnée à plusieurs reprises pour des contrôles d'identité discriminatoires, et de nombreux jeunes hommes de ce pays sont morts entre les mains de la police ou de la gendarmerie (Exclamations sur les bancs du groupe RN) : Nahel Merzouk, Cédric Chouviat, Adama Traoré, Wanys, Alhoussein Camara. À chaque fois, le pouvoir politique que vous représentez répond à ces dérives par le silence, l'aveuglement, l'impunité.
Et quand le ministère public requiert un procès pour meurtre contre un de vos agents, vous répondez en affichant un soutien qui fait honte à la République. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La semaine dernière encore, alors que je m'approchais d'un contrôle d'identité musclé dans ma circonscription,…
…un policier a sorti son Taser et m'a lancé : « Si j'te tase, tu vas faire quoi ? ».
Tout cela a été filmé, diffusé par la presse, tout est facilement vérifiable : le tutoiement, l'absence de matricule visible, la menace, l'usage non réglementaire du pistolet à impulsion électrique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Cela n'a suscité aucune réaction de votre part, vous qui d'habitude dégainez les tweets plus vite que votre ombre.
Vous vous réfugierez sûrement derrière votre « soutien indéfectible » aux policiers. Il y a selon vous les gentils qui soutiennent la police d'un côté, de l'autre les méchants de gauche qui la critiquent. (« Exactement ! » et applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN. - Vacarme.)
Nous soutenons quant à nous la police républicaine dans ce qu'elle devrait avoir de plus républicain : la protection de toutes et tous, sans discrimination. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent.) Pour arriver à cela, nous savons précisément ce qu'il faut faire : une réforme… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l'orateur qui, resté debout, continue à parler. – Les députés du groupe LFI-NFP, également restés debout, applaudissent ce dernier. – Brouhaha sur les bancs du groupe RN.)
Le bruit était tel que, je le confesse, je n'ai pas entendu votre question. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Carlos Martens Bilongo s'exclame vivement.)
Voilà ce que j'ai cru comprendre : vous faites référence à des faits survenus en février dernier. Lors du contrôle de deux jeunes, un homme s'est approché des policiers en leur demandant des explications au sujet de ce contrôle ; il a mis sa main dans sa poche et en a sorti une carte de député de La France insoumise. (Protestations véhémentes et « Nous sommes députés de la République ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP dont plusieurs députés montrent leur carte de parlementaire.)
Les policiers, ne sachant pas à quoi s'attendre, avaient sorti leur pistolet à impulsion électrique. Ils l'ont immédiatement rangé après avoir compris l'absence de danger. Pendant ce temps, un groupe de cinq personnes, dont une adjointe au maire de la commune, s'est approché des policiers. Cette dernière les a insultés et a donc été placée en garde à vue. (Le brouhaha s'amplifie. - Mme Mathilde Panot s'exclame vivement.)
Les deux jeunes gens contrôlés initialement ont été laissés libres. (Le fort brouhaha persiste.)
Puisqu'on ne m'écoute pas de ce côté-ci, je vais m'adresser à cette partie de l'hémicycle. (M. le ministre tourne le dos aux bancs du groupe LFI-NFP et s'adresse à la droite de l'hémicycle. - Tollé sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Plus généralement, il apparaît clairement que nos forces de police procèdent, en toutes circonstances, aux contrôles nécessaires, en s'appuyant sur deux éléments majeurs… (Les protestations véhémentes s'intensifient en un vacarme couvrant la voix de l'orateur qui se tourne désormais vers les bancs des groupes EPR et Dem. - Exclamations sur les bancs du groupe RN. - Mme Hanane Mansouri et M. Julien Odoul font signe aux députés du groupe LFI-NFP de se taire.)
Je rappelle qu'il existe une plateforme d'accompagnement du Défenseur des droits sur les discriminations. (Le vacarme s'intensifie encore.)
Les policiers disposent aussi de caméras-piétons et il est possible, après un contrôle litigieux, de déposer plainte, afin de poursuivre les policiers. Mais je crois que je vais m'arrêter là… (Applaudissements sur les bancs des groupes RN, HOR, DR et UDR, ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR. – En quittant l'hémicycle, les députés du groupe LFI-NFP apostrophent les membres du gouvernement et Mme la présidente.)