Question orale sans débat n°698 — rubrique enseignement maternel et primaire · réponse du 29 avril 2026
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Question orale sans débat n°698 · rubrique enseignement maternel et primaire · séance du 29 avril 2026 · 17e législature

Fermeture de classes

Posée par Eva Sas (Écologiste et Social) au Ministère de l’éducation nationale — réponse de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale
La question — Mme Eva Sas

Vous le savez, les parents d'élèves de l'école publique sont mobilisés à Paris contre les 172 suppressions de postes prévues, ainsi que contre le manque d'AESH, le non-remplacement des professeurs absents et le manque de médecins scolaires. Ces parents sont plus qu'inquiets ; ils sont exaspérés par l'inaction du gouvernement face à la concurrence aiguë de l'enseignement privé, qui pourrait conduire à ce que la moitié des élèves parisiens de sixième soient scolarisés dans le privé d'ici à 2035.

La conséquence est le recul de la mixité sociale, puisque 55 % des élèves issus de classes sociales très favorisées sont déjà inscrits dans des écoles et des collèges privés. Le risque, à terme, est la rupture de l'égalité des chances entre les enfants de la République. Or nous constatons que le gouvernement encourage de fait la fuite vers le privé en privant de moyens l'école publique.

Certains programmes qui renforcent l'attractivité de l'école publique, comme le dispositif Emile – Enseignement d'une matière intégré à une langue étrangère –, qui permet l'apprentissage précoce de l'anglais et qui est notamment proposé à l'école Léonie-Wanner, dans ma circonscription, ne disposent pas des ressources nécessaires pour fonctionner pleinement et se limitent, dans cet établissement, au seul niveau CP.

Plus grave encore : le manque d'AESH et les difficultés de remplacement des professeurs absents, que j'ai pu constater à l'école d'Artagnan ou au collège Oeben. Au collège Courteline, le dispositif Devoirs faits a dû être momentanément suspendu, faute de budget pour rémunérer les heures supplémentaires. Autant de défaillances qui poussent les parents à scolariser leurs enfants dans le privé.

Je souhaiterais également vous alerter sur trois points.

D'abord, le caractère inopérant de l'indice de position sociale pour le classement en éducation prioritaire à Paris. Les inégalités de revenus y sont particulièrement élevées et l'IPS, étant une moyenne, ne rend compte ni de la proportion d'élèves issus de familles très défavorisées ni des situations sociales particulières, comme celle des enfants vivant en foyer d'hébergement d'urgence ou des enfants de forains. C'est le cas pour les écoles du 52 rue de Wattignies ou du 315 rue de Charenton, où des fermetures de classes sont prévues à la rentrée 2026.

Ensuite, je déplore le manque de moyens associés aux établissements classés Cappe – Convention académique pluriannuelle de priorité éducative. Ce statut reconnaît une fragilité sociale mais n'accorde aucun moyen supplémentaire, alors que la proportion d'enfants issus de familles défavorisées atteint 39 % à l'école Robert-Jean-Longuet et 44 % à l'école Léonie-Wanner, où des fermetures de classes sont, là aussi, programmées.

Enfin, les fermetures de classes en réseaux d'éducation prioritaire, comme à l'école Maryse-Hilsz ou Davout, sont incompréhensibles vu les effectifs, qui atteignent déjà vingt-six ou vingt-sept élèves par classe.

Dès lors, monsieur le ministre, comptez-vous revoir les projets de fermeture de classes à la lumière des fragilités que je viens d'exposer ? Quels moyens allez-vous dégager pour les AESH, le remplacement des professeurs absents et la médecine scolaire ? Plus généralement, quelles actions le gouvernement compte-t-il engager pour faire face à la concurrence du privé à Paris ?

La réponse — M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale

S'agissant de la carte scolaire, je rappelle que la situation démographique de Paris est l'une des plus marquées, pour ne pas dire catastrophiques, du territoire national. La ville a déjà perdu plus de 20 % de ses élèves dans le premier degré au cours des dernières années et s'apprête à en perdre encore 30 % lors de la prochaine décennie. Quand on perd quasiment un élève sur deux, il est difficile de ne pas l'observer objectivement et de ne pas en tirer les conséquences qui s'imposent – des conséquences aussi minimales que possible, certes, mais nécessaires.

Notons que l'académie de Paris présente l'un des taux d'encadrement les plus élevés de France, alors même que la population parisienne n'est pas, en moyenne, la plus défavorisée.

Pour ce qui est de la concurrence avec l'enseignement privé, je connais bien les projections du chercheur Julien Grenet. Je suis très attentif à ses travaux. Ce sont des projections établies toutes choses égales par ailleurs, mais elles omettent un point essentiel : la régulation des moyens du privé intervient à la lumière de celle du public. Les décisions que j'ai prises cette année relatives aux moyens attribués au privé parisien auront mécaniquement pour effet de tarir la progression de sa part relative par rapport au public. Il faut maintenir cette cadence, car nous ne pourrions accepter qu'un simple effet d'aubaine conduise à un déséquilibre qui n'est pas souhaitable. Les choses sont déjà en cours de correction. Je vous garantis que si ces orientations sont maintenues avec la même constance, les alertes de Julien Grenet demeureront des projections intéressantes mais qui, fort heureusement, seront restées lettre morte grâce à une action publique volontariste et respectueuse du choix des familles.

S'agissant des écoles défavorisées, rappelons que le classement en REP et REP+ ne s'arrête pas à l'IPS, mais traite la question de la concentration de la grande pauvreté – c'est bien la part d'élèves en situation de pauvreté qui, historiquement, détermine le classement en REP et REP+. Je le répète, il m'est impossible de changer ce classement, qui est en partie périmé, pour la rentrée 2026 et même pour la rentrée 2027, parce que je ne veux pas engager l'autorité politique suivante. Je préparerai le travail techniquement, mais je ne peux pas prendre la décision à sa place – ce serait une méconnaissance de la démocratie.

Concernant la santé scolaire, nous renforçons les effectifs : 300 postes ont été créés par la loi de finances pour 2026.

Quant aux fermetures de classes, à la lumière de vos propos, la situation sera à nouveau examinée sereinement par la rectrice – je le rappelle, ce n'est pas le ministre qui décide de fermer ou d'ouvrir des classes en France.

La séance du 29 avril 2026 au compte rendu →

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