Séance du 1er mars 2022 — 167e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Richard Ferrand.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Richard Ferrand.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.) (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement restent debout.)
Avant de donner la parole au Premier ministre, je tiens une nouvelle fois à condamner fermement l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine et à exprimer la solidarité de l’Assemblée nationale envers le peuple ukrainien. Cette guerre voulue par la Russie a déjà fait de trop nombreuses victimes civiles et militaires ; elle a conduit trop d’Ukrainiens sur le périlleux chemin de l’exode. Nos pensées vont également à nos compatriotes demeurés sur place, notre soutien indéfectible à tous ceux qui luttent et résistent courageusement pour la liberté de leur pays, mais aussi de notre continent tout entier.En votre nom à tous, je salue la présence dans notre hémicycle de M. Vadym Omelchenko, ambassadeur d’Ukraine en France, et lui adresse notre message d’amitié et de solidarité. (Applaudissements très vifs et très longuement prolongés sur tous les bancs. – M. Jean-Baptiste Lemoyne […]
L’ordre du jour appelle la déclaration du Gouvernement relative à la décision de la Russie de faire la guerre à l’Ukraine, suivie d’un débat, en application de l’article 50-1 de la Constitution.La parole est à M. le Premier ministre.
En décidant, dans la nuit du 23 au 24 février, de déclencher une attaque militaire massive contre l’Ukraine, la Fédération de Russie a commis un acte de guerre qui enfreint toutes les règles du droit international, rompt avec tous ses engagements et surtout bafoue les valeurs de paix et de liberté sur lesquelles le continent européen a construit son équilibre depuis plusieurs décennies. Comme le Président de la République l’a souligné, nous faisons face à une situation de guerre mais également à un « tournant dans l’histoire de l’Europe et de notre pays ».Je veux le redire ici d’emblée : la France condamne de la manière la plus absolue cette agression cynique et préméditée. En ces instants tragiques, je redis tout notre soutien au peuple ukrainien, qui vit des moments terribles, ainsi qu’à toutes les victimes de ce drame, absolument inconcevable, entre deux pays voisins, en Europe, au […]
La parole est à M. Jean-Louis Bourlanges.
Nous voici à nouveau confrontés au pire. Le pire, c’est la guerre, la guerre en Europe, la guerre gratuite, la guerre du caprice et du bon plaisir, brutalement imposée, au mépris de toutes les règles et de tous les engagements, et sans justification aucune, à un peuple qui ne menaçait personne, et qui n’avait que deux torts, celui de vouloir être libre et celui de n’avoir pour protéger ses frontières que la garantie donnée en 1994 par son agresseur. Malheur à celui dont le protecteur est l’ennemi !En préalable à la définition de notre action, nous devons nous poser une question très simple : que veut M. Poutine ? Il y a un faux objectif et un vrai mobile.Le faux objectif, c’est de faire échec à la menace qui étreindrait la Russie. Qui peut croire que l’Union européenne et les États qui la composent aient représenté la moindre menace pour quiconque depuis 1945 ? Qui peut penser que […]
Et pour cause !
Nos amis et partenaires allemands ont dit clairement qu’ils étaient prêts à la confrontation, y compris militaire, au nom des valeurs que nous partageons. Les vagues sans cesse renforcées de sanctions de tous ordres montrent assurément que, pour nous, le cap des bisounours est enfin et, espérons-le, définitivement franchi. (Murmures sur les bancs du groupe GDR.) L’Europe se réveille au château du bois dormant et découvre, fût-ce avec au moins trente ans de retard, qu’il n’y a pas d’État de droit si le droit n’est pas fort, et qu’il est inutile à la liberté d’avoir les mains pures si elle n’a pas de mains. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM ainsi que sur quelques bancs des groupes LR, Agir ens et UDI-I.)Il faut ensuite admettre que le plus dur, pour le peuple ukrainien comme pour nous d’ailleurs, est devant nous, et que l’épreuve sera longue et pénible. Dans une de […]
La parole est à Mme Valérie Rabault.
Le 24 février 2022 marque un tournant dans l’histoire de l’Europe. Face à cet événement, monsieur le Premier ministre, vous nous appelez à l’unité. Dans notre histoire, l’unité s’est toujours forgée sur la prise de conscience partagée de valeurs et d’objectifs ; aussi le groupe Socialistes et apparentés vous propose-t-il cinq missions autour desquelles construire notre unité.Notre première mission doit être de dissuader Vladimir Poutine de poursuivre la guerre. Celle-ci est dévastatrice pour l’Ukraine ; elle le sera aussi pour la Russie, et peut-être pour le continent européen. Par son agression, M. Poutine veut démolir l’ordre de sécurité européen qui existait depuis la conférence d’Helsinki, transgresser le droit par la force, et détruire la liberté des Ukrainiennes et des Ukrainiens. Dissuader Vladimir Poutine de poursuivre la guerre, c’est couper sa capacité d’action par tous les […]
La parole est à M. Olivier Becht.
L’invasion brutale de l’Ukraine par la Russie, la semaine dernière, signe le retour de la guerre en Europe. La guerre retentit dans nos foyers comme un coup de tonnerre dans une journée de printemps, alors que nous pensions avoir instauré la paix entre les nations de notre continent depuis près de soixante-dix-sept ans. Alors que nous pensions pouvoir jouir des dividendes de la paix, après la chute du mur de Berlin, voilà que l’histoire – qui, par essence, n’est jamais finie – nous rappelle avec brutalité que nous sommes tous Ukrainiens. Il faut en comprendre les raisons, en gérer les enjeux immédiats et en anticiper les conséquences.Lorsque la guerre surgit, c’est toujours un échec – en l’occurrence, l’échec est celui de la Russie, mais aussi celui de l’Occident, et par conséquent un peu le nôtre. Après 1990, nous avons construit l’Europe sur l’Union, sans apporter de réponse aux deux […]
Ah !
Nous aurons besoin de reconstruire la grande Europe, celle de l’après-Poutine, afin d’offrir à nos voisins l’avenir d’une prospérité partagée. Car notre ennemi n’est pas le peuple russe mais bien le régime de Vladimir Poutine. De la même manière que les pères fondateurs, après la seconde guerre mondiale, avaient emprunté la voie de l’énergie – du charbon et de l’acier, puis du nucléaire –, il nous faudra construire à travers la grande Europe une communauté des énergies décarbonées qui favorisera la transition énergétique et, par conséquent, la prospérité de tous les peuples qui vivent aujourd’hui des énergies fossiles.Nous aurons également besoin de reconstruire l’Union européenne autour d’un noyau dur qui assume sa vocation politique et se dote d’une défense et d’une diplomatie lui permettant de faire face, avec ses alliés de l’OTAN, aux nouveaux dangers du monde. Cette défense […]
La parole est à M. Jean-Christophe Lagarde.
Jeudi dernier, après des mois d’un plan longuement préparé, Vladimir Poutine a lancé l’invasion de l’Ukraine et la guerre en Europe. Citoyens comme dirigeants occidentaux, nous découvrions tous avec stupeur et effroi que la guerre n’était pas un concept relégué aux accessoires de l’histoire mais qu’elle était de retour, de façon sanglante et brutale, sur le continent européen, à 2 400 kilomètres de Paris. Aucune et aucun d’entre nous, députés de la nation, n’avions imaginé en 2017 devoir débattre un jour dans cet hémicycle de la guerre sur notre continent.Il s’agit d’un choc pour les générations que nous représentons et pour celle de nos enfants, qui s’étaient habituées à aimer la paix et à la vivre. Ceux qui croyaient qu’un retour de la guerre sur notre continent était impossible avaient sans doute oublié les leçons de nos grands-parents et de nos arrière-grands-parents qui, eux […]
Tout à fait !
Nous nous réjouissons, monsieur le Premier ministre, de la condamnation unanime des gouvernements européens et des initiatives prises par le Gouvernement français, que nous soutenons, et les autres gouvernements occidentaux d’instaurer des sanctions – trop timides au départ, puis réelles et massives. Nous saluons les décisions prises pour apporter une aide humanitaire, économique et militaire ainsi que, je veux le souligner ici devant notre assemblée, plusieurs événements majeurs : l’Allemagne, pour la première fois de son histoire, décide de livrer des armes à l’Ukraine – cela ne s’était jamais vu depuis 1945 ; la Suède sort de sa neutralité et aide, elle aussi, le peuple ukrainien qui souffre et se bat ; la Suisse, qui est historiquement plus neutre encore, s’associe aux sanctions économiques appliquées contre le régime russe ; l’Union européenne, que l’on dit et que l’on connaît trop […]
Très bien !
S’il en est qui ont oublié que la guerre était possible, notre pays ne doit pas oublier qu’il a lui aussi été envahi et que, dans notre histoire, nos grands-parents ont été heureux de pouvoir compter sur l’hospitalité d’autres peuples lorsqu’ils étaient en détresse.
C’est vrai !
Quel contraste avec ceux qui, à l’instar de M. Zemmour, préconisaient il n’y a pas si longtemps la sortie de la France de l’OTAN : je l’invite à demander aux habitants de Kiev s’il ne fait pas bon appartenir à l’OTAN pour être protégés, pour que leur liberté et leur sécurité soient préservées. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I et sur quelques bancs du groupe LR. – M. David Habib applaudit également.) Lui qui a l’indécence de vouloir tourner le dos aux victimes de son ami Poutine et qui préfère les maintenir en Pologne, l’un des pays les plus pauvres de l’Europe, plutôt que de faire preuve de solidarité et d’accepter de répartir l’effort à faire face à cette guerre. Lui qui espérait un Poutine pour la France. Quelle ironie de l’histoire faite à celui qui en travestit les leçons que cette actualité qui vient nous rappeler qu’il existe toujours en France une cinquième colonne […]
La parole est à M. Bertrand Pancher.
C’est avec une grande émotion que je souhaite tout d’abord, au nom de mes collègues du groupe Libertés et territoires, rendre un vibrant hommage à l’immense courage du peuple ukrainien qui résiste avec tant de bravoure à l’offensive militaire russe. (Applaudissements sur les bancs des groupes LT, LaREM, LR et Dem ainsi que sur de nombreux bancs des groupes SOC, Agir ens, UDI-I, FI et GDR). Quelle leçon, mes amis ! Quelle leçon !Cette guerre est une tragédie pour le peuple ukrainien, un drame pour l’Europe tout entière et un défi pour toutes les démocraties du monde. Ne nous leurrons pas : si cette guerre est perdue et que nous ne retrouvons pas rapidement les chemins de la paix, alors le vieux continent – comme les autres nations nous nomment, avec parfois un brin d’ironie – aura définitivement démontré qu’il n’a plus rien à apporter au monde. Nous sommes aujourd’hui, avec les […]
Exactement !
…manifestent contre la guerre. Ils font preuve, eux aussi, d’un immense courage. (Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur de nombreux bancs des groupes LaREM, LR, Dem, SOC, Agir ens, UDI-I, FI et GDR ainsi que parmi les députés non inscrits.)Je ne m’attarderai pas sur l’aveuglement de ceux qui se rêvaient chez nous en petits Poutine français ou qui voyaient dans le pouvoir de Moscou notre allié le plus fiable – ces théories étaient encore défendues voilà quelques semaines par des candidats ou candidates extrémistes à la présidence de la République.
Menteur !
Quelle stupidité, quel renoncement à nos propres valeurs de liberté, égalité et fraternité ! Désormais, ils font croire qu’ils sont pour la paix, mais ne nous leurrons pas : ce qu’ils admiraient et admirent encore chez Poutine, ce sont sa brutalité et le renoncement à la démocratie.
Eh oui !
Espérons que cette guerre puisse éclairer nos concitoyens qui pourraient encore s’égarer dans cette voie mortifère.Si, en moins d’une semaine, nous avons été saisis par la violence de l’attaque russe et la résistance des Ukrainiens, nous avons aussi découvert que nous étions bien peu préparés à faire taire un agresseur qui n’en était pas à son coup d’essai, d’autant que les alertes sur les déploiements de troupes nous démontraient l’imminence de ce conflit. Nous aurions pu penser à l’Ossétie, à l’Abkhazie, à la Transnistrie, à la Crimée ou au Donbass ! Il y eut beaucoup de candeur et d’aveuglement, même si le Président de la République a eu raison de tenter de négocier la paix. Quoi qu’il en soit, notre réveil est maintenant brutal.À défaut d’avoir davantage armé l’Ukraine et démontré à l’agresseur russe que nous disposions sur notre continent des moyens immédiats de le faire taire […]
Il vaut mieux qu’il ne s’en mêle pas ! Laissez-les donc où ils sont, nos alliés américains !
L’Europe est en train de se prendre en main, beaucoup trop tardivement, mais la dynamique semble enfin être enclenchée. Après la stupeur des premières heures, qui a mis en lumière notre impréparation face au scénario du pire, nous avons réagi, et je tiens à saluer l’action de la France.L’Ukraine n’étant membre ni de l’Union européenne ni de l’OTAN, nous n’avons pas été tenus par nos traités à un devoir d’intervention militaire. J’ajoute qu’en disant, du côté de l’OTAN, que nous n’interviendrions pas militairement dans ce pays, nous avons imprudemment invité le loup à entrer dans la bergerie. Cependant, cela ne devait pas nous astreindre à l’inaction, tout au contraire.Nous connaissons la disproportion des forces en présence. Les Russes disposent de la suprématie aérienne et ont opéré une percée depuis le Bélarus en direction de Kiev. D’autres fronts ont été ouverts. L’urgence était […]
La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.
Prenons de la hauteur pour mesurer le désastre dans lequel nous sommes plongés en ce moment. Le GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, annonce des changements irréversibles dans le climat : la moitié de l’humanité et de la biodiversité est menacée, mais nous sommes cloués dans un conflit qui peut dégénérer à tout instant en guerre nucléaire détruisant plus vite encore toute l’humanité. James-Webb, le plus puissant télescope que l’humanité ait jamais construit, est entré en fonction aux limites de l’orbite de notre planète, mais il nous faut avoir pour priorité de surveiller depuis l’espace des mouvements de camions militaires. L’humanité est ainsi plongée dans une régression consternante car, en une nuit d’invasion, le gouvernement nationaliste de la Russie vient de nous ramener au XIXe siècle, où les différends entre puissances se réglaient par la […]
Très bien !
…mais il est aussi dans la résistance des Russes eux-mêmes, de ceux qui, avec courage, manifestent contre la décision de guerre de leur propre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Ils témoignent de l’aspiration humaine universelle à la paix. Leurs manifestations nous donnent un modèle d’action. Elles minent politiquement la cohésion de l’appareil de décision gouvernemental russe. Ne l’oublions jamais : le peuple russe n’est pas notre ennemi. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe FI.) Nous, Français, ne le confondons pas avec le régime nationaliste en place.Nous savons désormais dans quelle alternative nous sommes enfermés. Aucune participation à la guerre ne pourrait rester limitée : action et réaction s’enchaîneraient implacablement et sans limite. Face à une puissance nucléaire comme la Russie, la destruction nucléaire générale serait l’horizon prévisible. […]
Mélenchon cite Sarkozy ?
Méfions-nous des solutions improvisées et des conforts de postures. Les moyens que nous employons ne doivent jamais pouvoir se retourner contre nous. Or je regrette que l’Union européenne ait décidé de « fournir des armements nécessaires à une guerre », selon les termes du commissaire Josep Borrell, chargé des relations extérieures. (Protestations sur les bancs des groupes LaREM, Dem et SOC.) Cette décision ferait de nous des cobelligérants.
Bas les masques !
Un engrenage s’enclenche. Avec quelle légitimité ? Quand notre Parlement l’a-t-il décidé ? Pourquoi avoir rompu ce que le commissaire Borrell a lui-même qualifié de tabou de l’histoire de l’Union, à savoir le fait de ne jamais fournir d’armes à des belligérants ?
Crypto-bisounours !
Pointer ces armes à partir de la Pologne, terre d’OTAN, n’est-ce pas se mettre à la merci de toutes les provocations des parties prenantes au conflit ?
C’est une honte ! Les Ukrainiens meurent sous les bombes !
Couper le circuit financier SWIFT, n’est-ce pas engager une escalade mondiale en poussant Russes et Chinois à utiliser désormais exclusivement leur propre circuit ? (Huées sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Disqualifié !
Quel avantage pour la paix ? Mieux vaudrait prendre plutôt une initiative diplomatique radicale, c’est-à-dire accepter de traiter franchement, directement, le fond du problème posé : la sécurité de chaque nation en Europe.
Vous êtes le caniche de Poutine !
Cette question est restée ouverte après l’implosion de l’URSS puisque, pour la première fois dans l’histoire contemporaine, un empire s’est effondré sans qu’on discute les nouvelles frontières.C’est possible, l’outil existe. Il faut pour cela ouvrir une session extraordinaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) créée par les accords d’Helsinki en 1975. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Ce moyen existe ; déclenchons-le.La solution existe aussi : c’est la proclamation de la neutralité de l’Ukraine. (Protestations sur les bancs des groupes LaREM, Dem et SOC.) Le président Zelensky s’y est dit officiellement prêt. D’ailleurs cette neutralité avait été adoptée par le parlement de l’Ukraine en 1990, le jour du vote de sa déclaration de souveraineté, par 339 voix contre 5. Dans ce document, l’Ukraine déclare solennellement son intention d’être un […]
Que faites-vous de sa souveraineté ? L’Ukraine est un État souverain !
Et si l’offre était faite, la contrepartie pourrait être le cessez-le-feu immédiat, pour que cesse le martyre des Ukrainiens.Disons encore qu’une telle négociation est de notre intérêt le plus direct comme Français, car nous aussi nous avons des revendications de sécurité. La première est de voir interdire l’installation de missiles de moyenne portée capables d’atteindre la France depuis le sol de la Russie ou de ses alliés. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)En toute hypothèse, nous venons de toucher du doigt les limites de la doctrine de dissuasion nucléaire terrestre, je dis bien terrestre, face à un adversaire résolu, car le tout ou rien enferme clairement dans le rien si on n’est pas prêt à se faire sauter soi-même. La guerre d’Ukraine nous oblige donc à repenser beaucoup sur nous-mêmes. La dénucléarisation du monde doit redevenir un objectif concret de notre diplomatie […]
Elle vient surtout de prouver que vous n’avez aucune stature présidentielle !
Souvenons-nous à cet instant, nonobstant les cris que vous poussez, du nombre des conflits de frontières qui s’expriment encore d’une façon ou d’une autre sur le sol du vieux continent. Aujourd’hui, treize pays sont concernés, soit le quart des nations du vieux continent. Cela prouve combien il vaudrait mieux convoquer à temps une conférence européenne des frontières qui permette de définir les modalités de règlement de chaque cas, et d’établir ainsi une doctrine partagée par tous. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur quelques bancs du groupe GDR.)
Et c’est Poutine qui tiendrait le crayon !
Humaniste de pacotille !
La crise que nous venons de vivre interroge toutes les certitudes et les doctrines passées. À l’ONU, lors du vote sur la résolution à propos de l’Ukraine, notons l’abstention de l’Inde et de la Chine, c’est-à-dire de 50 % de l’humanité. C’est un signal d’une extrême importance. Un autre ordre géopolitique du monde s’installe déjà, à partir de l’Asie. Il est temps d’actualiser nos conceptions.Le régime nationaliste russe actuel agit comme un capitalisme oligarchique autoritaire. (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.)
C’est laborieux, c’est de la bouillie !
C’est poussif ! Il est mal à l’aise !
L’invasion de l’Ukraine signe une nouvelle carte d’identité après trente ans de mutations continues. C’en est terminé du nouvel ordre mondial annoncé par George Bush en 1991. Le moment est venu d’une réorganisation générale. Poussées dans les bras l’une de l’autre par la stratégie des États-Unis, Russie et Chine font émerger un nouveau bloc. Hélas, nous avons été incapables de promouvoir l’Europe, de l’Atlantique à l’Oural ; est-il trop tard ? Dans ce nouveau contexte, les automatismes et les allégeances du passé ont-ils un intérêt pour nous, Français ? Je ne le crois pas.
C’est laborieux !
Le non-alignement est notre intérêt. Dans la situation mouvante de notre temps, nous ne devons être les obligés de personne. Il faut sortir de l’OTAN, organisation inefficace qui participe par sa volonté d’expansion aux tensions guerrières sur notre continent. Non-alignement ne signifie pas neutralité. Le choix de la France la met du côté du droit international, et ce droit est du côté de l’Ukraine. Non alignés, nous serons libres pour mener une diplomatie vraiment altermondialiste.D’une faiblesse faisons une force. La crise en cours comporte tous les risques mais aussi tous les moyens d’un rebond positif. Attention, les postures de va-t-en-guerre pullulent toujours autour des conflits. Mais l’action politique démocratique à toutes les échelles n’est rien d’autre qu’un effort toujours recommencé pour régler par la discussion et la décision collective la violence des conflits qui […]
Mélenchon, caporal trouillard !
La parole est à M. Fabien Roussel.
Je m’exprime devant vous avec la gravité, l’extrême gravité qu’exige la situation. Notre responsabilité est, en effet, immense. Au nom du groupe communiste, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, je tiens d’abord à exprimer toute notre solidarité, tout notre soutien au peuple ukrainien, plongé dans une souffrance indicible depuis jeudi dernier. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LaREM, LR, Dem, SOC, Agir ens, UDI-I et LT.) C’est d’abord à lui, à toutes ces femmes, ces hommes, ces enfants exposés au feu des bombes, à ces familles entières contraintes à l’exil que nous pensons. Nous sommes à leurs côtés ; la France est à leurs côtés. Je souhaite à cet égard, monsieur le Premier ministre, que nous nous organisions collectivement pour assurer, dans chaque commune de France, l’accueil des familles de réfugiés ukrainiens, et que chaque pays de l’Union européenne […]
Voilà quelqu’un qui parle clair !
…qui distille depuis des années le poison du nationalisme, qui s’appuie sur ses amis d’extrême droite partout, en Europe et en France (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LaREM, LR et Dem) ; Poutine qui s’apprête à sacrifier les peuples, le peuple ukrainien d’abord, mais aussi le peuple russe qui aura à souffrir durement des graves conséquences de ce conflit ; Poutine qui a déjà semé dans son pays la pauvreté, les inégalités et la violence ; lui encore qui aujourd’hui ose brandir la menace de l’arme nucléaire, faisant fi des tragiques événements que furent Hiroshima et Nagasaki. Le président russe met en péril l’avenir de l’humanité, celui de nos enfants, avec cette froideur et ce cynisme qui caractérisent les régimes autoritaires. Il ne trouvera dans cette guerre que la désolation pour son peuple, l’effondrement pour son économie et le déshonneur pour son régime. […]
La parole est à M. Christophe Castaner.
Au moment de commencer mon propos, je voudrais adresser une pensée à nos collègues parlementaires de la Rada à Kyïv. Nombre d’entre eux se sont immédiatement dressés et armés pour défendre leur pays, au risque de leur vie, pour l’honneur de leur pays. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, Agir ens, UDI-I, LT et sur plusieurs bancs du groupe LR.) Ce courage doit nous inspirer. Ils sont l’histoire. À nous d’être à la hauteur des enjeux.Alors, je vous le dis, avec humilité, mais comme un cri qui part d’ici, du cœur vivant de la démocratie : ia oukraïnets, je suis un Ukrainien. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)Mes chers collègues, la guerre est revenue en Europe. Avec la déclaration de guerre de la Russie à l’Ukraine et la violation de son territoire par l’armée russe, le 24 février, la paix au sein de l’Union européenne est aujourd’hui […]
Les Marcheurs partent ! Quel manque de respect pour les orateurs suivants !
La parole est à M. Damien Abad.
En prenant la décision unilatérale d’envahir l’Ukraine, Vladimir Poutine vient d’engager le continent européen dans une ère d’incertitude et de briser la paix, la prospérité, la stabilité et la sécurité en Europe. Certes, que ce soit en ex-Yougoslavie, en Géorgie, au Donbass ou dans le Haut-Karabakh, les signes avant-coureurs étaient là, mais désormais, c’est la guerre qui est de retour en Europe avec le déploiement de chars, d’avions de combat, de forces au sol et de troupes fanatisées venues de Tchétchénie.Au moment même où nous débattons à l’Assemblée nationale, la tour de télévision de Kiev vient d’être bombardée. Bien évidemment, toutes nos pensées sont en cet instant tournées vers le peuple ukrainien et son président Zelensky qui fait preuve d’un courage exemplaire. (Applaudissements sur tous les bancs.)Je pense aussi à nos compatriotes français qui vivent en Ukraine, qui sont […]
Ça tombe bien, nous les avons !
On ne négocie pas la paix en jouant sur l’émotion ou en jetant de l’huile sur le feu par des propos va-t-en-guerre. On ne négocie la paix que de manière collective et concertée, en offrant à ses interlocuteurs une porte de sortie claire et acceptable par tous. Notre seul objectif doit être le retour à la paix. Ce n’est pas une chose facile, tant nos institutions multilatérales sont vieillissantes et peu efficaces La France doit d’ailleurs prendre des initiatives afin de bâtir le nouveau multilatéralisme du XXIe siècle.Ce n’est pas non plus une chose facile tant nos démocraties sont bien souvent bousculées, mais aussi défiées par ces régimes autoritaires où le pouvoir est entre les mains d’un seul homme. Certains, y compris parmi les candidats à l’élection présidentielle française, ressentent même une sorte de fascination à l’égard de ces régimes. Pour ma part, je vous le dis, qu’ils […]
C’est la vérité !
Quand on est candidat à l’élection présidentielle, on défend la démocratie, on se lève contre les autocrates ! Quand on est candidat à l’élection présidentielle, on est libre et indépendant de toute ingérence financière étrangère.
Eh oui !
Quand on est candidat à l’élection présidentielle, on n’a pas vocation à faire de la France un pays aligné sur les intérêts russes. Et quand on est candidat à l’élection présidentielle, on n’admire pas le patriotisme russe de Vladimir Poutine (Applaudissements sur les bancs du groupe LR), mais on condamne sans réserve l’impérialisme russe en Crimée comme en Ukraine ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR ainsi que sur quelques bancs du groupe LaREM.) Voilà pourquoi nous n’avons pas besoin d’un Poutine français, mais d’une présidence gaulliste !Voilà aussi pourquoi nous avons le devoir de construire une France forte aux côtés de nos alliés et d’une Europe forte. Nous tous, Européens, nous n’avons plus le droit à la faiblesse ni à la naïveté. Oui, l’Europe doit faire le choix de la puissance. Une Europe puissante, c’est une Europe capable de prendre ses propres décisions et de les […]
C’est important !
Nous demandons aussi à retrouver la souveraineté alimentaire et énergétique qui nous fait tant défaut. Pour cela, nous avons besoin d’un grand état des lieux de nos ressources stratégiques au niveau national comme européen, mais aussi que des mesures soient prises en conséquence en termes d’approvisionnement. Je pense évidemment à nos stocks de céréales – en particulier de blé –, au marché des méthaniers, aux stocks de gaz disponibles et aux stocks de métaux clés – notamment de titane pour l’aéronautique.Dès à présent, face à la flambée des prix énergétiques et alimentaires, nous voulons et nous vous demandons, monsieur le Premier ministre, de protéger nos agriculteurs et nos industries et de préserver le pouvoir d’achat des Français dans le contexte de cette guerre en Ukraine. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)N’oublions jamais que lorsqu’un champ de blé dépérit sur les […]
C’est ça, la réalité !
C’est pourquoi il est temps de sortir de cette politique de zigzags permanents pour retrouver le chemin d’une véritable indépendance énergétique, ce qui passe bien évidemment par la relance immédiate du programme nucléaire civil. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)Enfin, les députés du groupe Les Républicains souhaitent, comme Jean-Louis Thiériot et François Cornut-Gentille ont déjà eu l’occasion de le dire, qu’un effort massif d’investissement soit fait en matière de défense afin de garantir notre autonomie stratégique.
1,7 milliard d’euros ! C’est fait ! Il faut suivre ! Nous n’avons pas attendu M. Thiériot !
Nous souhaitons aussi qu’une commission permanente sur les cyberattaques dont la France pourrait être la cible soit créée au sein du Parlement. Plus largement, il nous faut renforcer nos efforts dans ce domaine, tendre à l’autonomie en matière de défense et construire un pilier européen de la défense, dans un contexte où les États-Unis se tournent de plus en plus vers le Pacifique.Pour conclure, je veux dire que j’ai le sentiment d’un immense gâchis en voyant ce qu’est devenue notre relation avec la Russie. Ce pays constituant un pont entre l’Est et l’Ouest aurait dû devenir un partenaire stratégique des Européens pour les échanges commerciaux, pour l’énergie et la sécurité. Malheureusement, la Russie tourne désormais le dos à ses racines, celles de l’Europe, au profit de la Chine. Et si la Russie, colosse aux pieds d’argile, a les mains libres pour envahir l’Ukraine, alors que décidera […]
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures dix, est reprise à dix-sept heures vingt.)
La séance est reprise.La parole est à M. Olivier Faure.
Comme les orateurs qui m’ont précédé, j’adresserai mes premiers mots aux peuples ukrainien et russe, qui sont entraînés dans la folie d’un homme. Depuis six jours, nos cœurs battent à l’unisson de ceux des Ukrainiens qui prennent les armes pour défendre leur liberté, et aussi de ceux des Russes qui bravent l’interdit et la censure pour refuser la guerre.Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, un État européen en attaque un autre et fait vaciller la paix sur notre Vieux Continent. En mettant à exécution un plan préparé de longue date, Vladimir Poutine porte seul la responsabilité de cette agression. Il devra en rendre compte comme des crimes de guerre commis depuis jeudi dernier.Il nous faut ici être clair : il y a dans cette guerre un agresseur et un agressé. Aucune confusion n’est possible, aucune justification n’est recevable pour excuser ou atténuer la […]
Tout à fait !
La France est membre de l’OTAN, elle n’a pourtant pas été annexée. Nous faisons face à une volonté de puissance désinhibée du patron du Kremlin, qui se traduit par son expansionnisme directement à ses frontières et par l’extension de son influence au Moyen-Orient, dans le bassin méditerranéen et en Afrique. Tchétchénie, Géorgie, Crimée, Syrie, Libye, Centrafrique et désormais Mali : partout, on retrouve la trace de l’armée russe ou des mercenaires du groupe Wagner.Il fallait donc réagir. Les aspirations impériales n’ont de limites que celles qui leur sont imposées. Vladimir Poutine cherche les limites, c’est à nous de les fixer. L’Ukraine est un État souverain, une démocratie, un pays européen. C’est son adhésion à l’Union européenne que le président Zelensky sollicite et non pas son adhésion à l’OTAN. Je souhaite donc, comme les membres de mon groupe et beaucoup d’autres ici, que […]
Très bien !
De ce point de vue, le désarmement unilatéral, diplomatique et militaire de l’Europe et de la France n’est plus possible. Nos collègues Thiériot et Mirallès nous alertent dans leur rapport en donnant des chiffres qui font craindre un risque de déclassement stratégique. Nous devons engager un réarmement global pour rester maîtres de notre destin. La relance du projet de défense européenne est indispensable.
Très juste !
Les lignes bougent enfin chez nos partenaires les plus réticents. À cet égard, il faut saluer le mouvement engagé par le nouveau chancelier allemand Olaf Scholz et sa majorité. (M. Guillaume Garot et Mme Valérie Rabault applaudissent.) Au cours des prochaines années, aucun objectif ne sera atteignable par un pays seul ; tout plaide pour une refondation du projet européen et l’avènement d’une Europe puissance.Le retour de la guerre entre États européens enseigne une nouvelle fois aux peuples, ainsi qu’aurait pu l’écrire Albert Camus, que le bacille de la peste, comme celui de la guerre, ne meurt ni ne disparaît jamais et qu’il peut toujours venir réveiller une cité heureuse.Notre devoir est de nous préparer au pire pour qu’il n’advienne jamais. Cette leçon est hélas impérissable. Elle est d’actualité et aussi la condition de notre liberté. Aujourd’hui, son drapeau est jaune et bleu. Vive […]
La parole est à Mme Anne Genetet.
« Nous, peuples des Nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances, à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international […] avons décidé d’associer nos efforts pour réaliser ces desseins ».Tels sont les premiers mots qui ouvrent le préambule de la Charte des Nations unies, charte bafouée par l’un de ses représentants les plus éminents, membre permanent du Conseil de sécurité : la Fédération de Russie.Comme beaucoup d’entre vous, ma génération s’est […]
Absolument !
…voulu par le peuple ukrainien, qui a jeté dehors son président prorusse Viktor Ianoukovitch, provoquant la colère de Moscou qui, en représailles, a annexé la Crimée et soutenu deux républiques séparatistes dans le Donbass. La guerre a eu lieu parce que le Kremlin ne supporte pas l’idée de voir l’Ukraine se libérer de son emprise et lui préférer l’Union européenne. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) La guerre a eu lieu parce que les Ukrainiens, comme les Estoniens, les Lettons, les Lituaniens, les Moldaves, les Roumains, les Polonais et tant d’autres peuples qui ont vécu sous la bannière de l’Union soviétique ne font pas confiance à la Russie et ont cherché à s’en protéger. La guerre a eu lieu parce que les Ukrainiens aspirent à la démocratie et à la liberté, et parce qu’à leur suite, les Russes et les Biélorusses auraient pu être tentés de se demander : « […]
La parole est à M. Michel Herbillon.
Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a déclaré la guerre à l’Ukraine en lançant une invasion militaire de grande ampleur. En ces heures sombres, nos pensées vont naturellement, avec émotion, au peuple ukrainien et au président Zelensky, ainsi qu’aux femmes, aux hommes et aux enfants innocents dont la vie s’est brisée et qui font preuve d’une résistance héroïque face à l’envahisseur. Ils se battent pour leur pays, bien sûr, mais aussi, d’une certaine manière, pour nous, pour nos valeurs, pour la démocratie et pour la liberté. Nous devons leur apporter notre solidarité, notre aide et notre soutien, car ce drame humanitaire provoque tant de morts, tant de réfugiés et tant de souffrance. Et nous pouvons aussi rappeler à Vladimir Poutine qu’on peut conquérir un territoire, mais qu’on ne conquiert jamais un peuple.En décidant de déclarer une guerre sur notre continent […]
Eh oui !
L’Union européenne va financer à hauteur de 450 millions d’euros la livraison d’armes létales. De nombreuses banques russes sont bannies de la plateforme interbancaire SWIFT. L’espace aérien européen est fermé aux compagnies russes. Les médias de propagande russes RT et Sputnik sont désormais interdits. Des tabous sont en train de tomber. Le sursaut européen est impressionnant : l’Union européenne se donne enfin les moyens de se comporter comme une véritable puissance géopolitique.Cela étant, bien que massives et fortes, ces sanctions sont aussi révélatrices de notre impuissance collective à stopper immédiatement le cours des événements. On ne peut évidemment pas refaire l’histoire, mais on peut tout de même regretter de n’avoir pas su arrimer la Russie à l’Europe après la chute de l’URSS. On peut aussi regretter – était-ce par naïveté ? Par impuissance ? – d’avoir laissé Vladimir […]
Eh oui !
Plus que jamais, nous avons besoin d’un projet européen fort, d’une Europe unie qui retrouve sa puissance et qui n’hésite pas à l’affirmer pour relever le défi impérieux qui s’impose à nous : le maintien de la paix et d’abord l’obtention d’un cessez-le-feu immédiat et le retrait des troupes russes d’Ukraine. La France, qui dispose d’une voix singulière sur la scène internationale, continuera pour sa part de porter cette exigence de paix, de liberté et de démocratie et à œuvrer sans relâche pour les garantir sur notre continent et dans le monde. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR, sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes Dem et LT.)
La parole est à Mme Delphine Bagarry.
Je tiens, en préambule, à partager les messages que j’ai reçus d’Oksanna qui, tapie dans le sous-sol humide et glacial de son immeuble à Kharkov, espère fuir bientôt avec son fils de 6 ans pour nous rejoindre dans les Alpes-de-Haute-Provence. « Ils tirent. » « J’ai peur. » « Rappelle-moi, s’il te plaît. » « Nous sommes assis au sous-sol et entendons des tirs à nouveau. Il semble que les chars passent. » « Des tirs. Cachés dans la salle de bains. » « Vous n’avez aucune idée de comment c’est ici. Je ne peux pas mettre de mots. » « Seigneur, aide-nous. » « C’est très fort, très effrayant. Cacher la tête sous la couverture. » « Nous sommes tous ici. Personne ne dort – seuls les enfants. » « Je frissonne à chaque bruit et bruissement. » « Ça tire beaucoup. Je me sens mal à la gorge et à la température. Je vais dormir, n’aie pas peur. »Cette fois-ci, la guerre est en Europe et pas ailleurs. […]
La parole est à M. Pieyre-Alexandre Anglade.
Depuis près d’une semaine, la guerre fait rage en Ukraine, près de nous, au cœur de l’Europe – non pas aux portes de l’Europe comme nous l’entendons encore trop souvent mais bien en Europe, chez nous, sur notre continent.Refusant la main tendue du dialogue diplomatique, Vladimir Poutine a entraîné la Russie dans une guerre fratricide. En attaquant un pays démocratique et pacifique, il a fait un choix délibéré, celui de l’inhumanité. À ce stade, les combats font rage et les Ukrainiens luttent pour leur survie et leur liberté. Il s’agit d’une offensive d’une violence inouïe, d’une négation des principes humanitaires les plus essentiels. Poutine frappe indistinctement les cibles civiles et militaires.Car cette guerre est totale, brutale, massive. Elle n’est pas ciblée, comme la propagande russe cherche à le faire croire. Ce sont tous les Ukrainiens – des enfants, des femmes et des hommes […]
La parole est à M. le président de la commission des affaires étrangères.
Le facteur sonne toujours deux fois. (Sourires.) Je ne suis pas postier mais cet après-midi je parle deux fois. Je ne répéterai pas ce que j’ai dit tout à l’heure. Tout a été dit, et bien dit, par l’ensemble des collègues.
Je voudrais à présent, au nom de la commission des affaires étrangères, apporter quelques précisions en conclusion de ce débat, mais non sans avoir au préalable rendu hommage à Marielle de Sarnez. (Applaudissements sur tous les bancs.) Ceux qui connaissent la politique française savent que le MODEM a choisi la couleur orange pour son logo parce que Marielle, présente dans les premiers mois de la révolution ukrainienne aux côtés de la liberté, en était revenue profondément transformée et mobilisée, convaincue que l’Ukraine avait dorénavant toute sa place à nos côtés. Comme toujours, Marielle avait le don de voir des choses avant les autres, ce qu’on appelle le don de double vue. Et nous sommes restés fidèles à sa mission. J’imagine qu’elle eût été sa réaction et son discours face à la situation qui est la nôtre aujourd’hui. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et […]
La parole est à Mme la présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées.
Le débat d’aujourd’hui était visiblement nécessaire, avant tout pour exprimer notre solidarité à l’égard du peuple ukrainien et pour rendre hommage à son courage, à sa volonté farouche de défendre sa patrie et de combattre pour sa liberté dans une lutte ô combien inégale, mais nécessaire aussi, à une époque où la désinformation constitue plus que jamais une arme, pour donner de la clarté au soutien politique que la représentation nationale apporte au Gouvernement dans une épreuve que l’Europe ne pensait jamais voir advenir. L’invasion de l’Ukraine par la Russie constitue un tournant dans l’histoire des relations internationales de l’après-guerre froide parce qu’elle réintroduit en Europe la guerre ouverte entre États, un type de conflit que certains croyaient définitivement rangé au musée de l’Histoire, et que la Russie lance ainsi un défi majeur à l’architecture de la sécurité en […]
La parole est à Mme la ministre des armées.
Ce débat au titre de l’article 50, alinéa 1 de la Constitution fait honneur à notre pays car il marque l’unité de votre assemblée, mesdames, messieurs les députés, pour témoigner au peuple ukrainien et à ses courageux dirigeants l’amitié, la solidarité et le plein soutien du peuple français. Jeudi dernier, le 24 février, la Russie a lancé une attaque illégale et massive contre l’Ukraine ; cela fait maintenant six jours que l’armée ukrainienne et le peuple ukrainien se battent avec courage et héroïsme contre l’agresseur. Je ne reviendrai pas après M. le Premier ministre sur ce que nous avons observé pendant des semaines, c’est-à-dire le déploiement progressif d’un dispositif militaire massif le long de la frontière de l’Ukraine et en Biélorussie sous couvert d’exercices militaires, un dispositif que Vladimir Poutine s’était engagé à retirer à l’issue de ces exercices, et ce qu’il n’a pas […]
La parole est à M. le ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé du tourisme, des Français de l’étranger et de la francophonie, et auprès du ministre de l’économie, des finances et de la relance, chargé des petites et moyennes entreprises.
Permettez-moi tout d’abord de vous prier d’excuser Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, qui se trouve aujourd’hui en Pologne avec ses homologues allemands et polonais pour s’entretenir de la situation. À bien des égards, la guerre lancée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine condense dans un cauchemar nouveau plusieurs décennies de cauchemars européens. Le Premier ministre évoquait Budapest, Prague, et Christophe Castaner rappelait les événements affreux qui se sont déroulés il y a soixante-dix ans : au-delà de ces terribles échos, le choix de la guerre par Vladimir Poutine, qui est un choix prémédité, délibéré, illégal, injustifiable et irresponsable constitue de fait une rupture avec tous les principes et tous les engagements qui nous ont permis de nous arracher collectivement, décennie après décennie, à ce passé tragique depuis la Charte des Nations […]
La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics.
Je reviendrai sur deux points : d’abord sur la question des sanctions, ensuite sur les conséquences de cette crise sur notre économie, sur la croissance et sur nos finances publiques.Les sanctions ont été décidées aux niveaux européen et international : les États-Unis en avaient pris un certain nombre dans les semaines précédentes, et le Conseil de l’Union européenne a décidé quatre paquets de sanctions, dont le dernier pas plus tard qu’hier, 28 février. Ces sanctions sont importantes : elles visent à empêcher, sur le territoire européen, le commerce et le transit d’un certain nombre de biens et les activités d’opérateurs et d’acteurs économiques. Elles visent au total 500 personnes ou entités identifiées pour leurs liens avec le Kremlin, mais aussi pour l’importance de leurs activités souvent en relation avec des opérations militaires ou de financement.Nous appliquons les sanctions au […]
Le débat est clos. La séance est levée.
(La séance est levée à dix-huit heures quarante.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra