Séance du 21 novembre 2023 — 56e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 401 à 456 sur 456 — page 3 / 3.
Pff…
Tel est le vrai problème de notre relation avec nos amis africains. (Mme Marine Hamelet applaudit.)
La parole est à Mme Sophie Errante.
C’est avec émotion que je prends la parole dans un débat qui est nécessaire, particulièrement en cette période, au sein des instances de la représentation nationale. La relation que la France en tant que nation entretient avec les pays du continent africain structure tant nos histoires individuelles que notre histoire commune. Nous devons tous faire attention aux mots que nous utilisons, afin de ne pas raviver des maux qu’il nous faut définitivement renvoyer dans une ère passée, afin de continuer d’apaiser et de guérir certains autres maux.À l’instar de plusieurs collègues, je rappelle que l’Afrique est un continent composé de régions, de sous-régions, de pays et de nations. Si certains de ces pays ont des histoires communes, il existe en Afrique autant de différences que nous pouvons en connaître sur notre propre continent. Il importe de rappeler que, pour cette raison même, les […]
C’est intéressant, ça !
…alors même que le sujet suscite des réactions épidermiques. Si nous voulons un nouveau partenariat, nous ne pourrons pas nous exonérer de ces discussions,…
Exactement !
…car ce sont précisément ces ajustements significatifs qui détermineront directement le rééquilibrage du schéma monétaire, dont dépendent les capacités réelles des pays en matière de politique d’importation et d’exportation.
C’est un début !
Nous ne devons avoir aucune hypocrisie en la matière et assumer la nécessité de trouver un équilibre gagnant-gagnant, dans lequel aucune partie ne se sente lésée. Cette nouvelle méthode de négociation et, surtout, les résultats opérationnels de cette négociation doivent constituer un atout fondamental pour le développement de cette zone monétaire, qui sera, n’en doutons pas, une des zones économiques majeures du XXIe siècle.En effet, l’adossement des monnaies nationales à l’euro doit s’inscrire dans un cercle vertueux de développement économique, pour la France tout autant que pour les pays partenaires africains. Il est donc nécessaire de rechercher, de manière pragmatique, de réels points de synergie, tout en étant capables de comprendre les enjeux du contexte actuel. Cela permettra un alignement des intérêts stratégiques de développement de notre pays et de ses partenaires.Dans cette […]
La parole est à Mme Huguette Tiegna.
Nous nous exprimons sur les partenariats renouvelés entre la France et l’Afrique, qui est constituée de cinquante-quatre pays. Si vous me le permettez, je reformulerai ainsi l’intitulé de notre débat : « partenariats à renouveler ». En effet, l’enjeu essentiel, aujourd’hui, est de ne pas être le pays à qui serait réservée la chaise vide.J’ai souligné récemment dans La Tribune l’importance de la vision que nous donnons aux citoyens africains des affaires publiques de la France, à commencer par la portée des déclarations parfois outrancières de certains élus, qu’ils soient d’extrême droite ou d’extrême gauche. Nous commettrions une erreur manifeste en croyant naïvement que les propos à l’emporte-pièce tenus au sujet des migrants vivant sur notre sol n’ont aucune incidence sur les relations bilatérales entretenues avec les pays dont ils sont issus. Nous ne sommes plus au temps où la […]
Reformulons donc nos propositions en adoptant une approche qui tienne compte de l’évolution moderniste des pays africains ainsi que des attentes d’une jeunesse connectée, avant-gardiste, à l’écoute du monde et de plus en plus consciente de la valeur de ses terres. Nous avons avec eux – mais pour combien de temps encore ? – la langue en partage et leur sommes attachés par de profonds liens culturels, sociaux, économiques et humains. Ces liens mutuels sont d’une valeur inestimable pour construire, en symbiose, un avenir commun, gage d’un développement fécond dans lequel nos entrepreneurs auront une place de choix en participant à un retour partenarial bien compris en faveur du tissu économique africain.L’Afrique a besoin de nous et nous avons besoin de l’Afrique. Disons-le lui et soyons davantage attentifs à sa diaspora. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, LR et Dem. – M. le […]
Très bien !
La parole est à M. le président de la commission des affaires étrangères.
Le continent africain est, pour la commission que je préside, une source d’attention constante et un sujet d’intérêt fondamental. Ne serait-ce que dans les dernières semaines, la commission des affaires étrangères a adopté pas moins de quatre rapports qui traitent, dans divers contextes, d’enjeux touchant à la relation de la France avec ce continent ou avec les pays qui en font partie.Ainsi, le 8 novembre, la commission a adopté un rapport d’information, rédigé par Michèle Tabarot et Bruno Fuchs, sur les relations entre la France et l’Afrique. En plus de contenir un vocabulaire renouvelé et de nombreuses initiatives souvent bienvenues, ce rapport important appelle à l’établissement d’une offre stratégique plus horizontale avec les pays africains.Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2024, plusieurs rapporteurs pour avis de notre commission ont établi leurs rapports […]
La parole est à M. le président de la commission de la défense nationale et des forces armées.
Je tiens à remercier le Gouvernement d’avoir organisé ce débat sur les partenariats renouvelés entre la France et les pays africains. Permettez-moi, pour commencer, de vous faire part d’une conviction : l’Afrique, berceau de l’humanité, est aussi son avenir. Sa dynamique démographique l’explique en grande partie, puisque le continent comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050, soit un quart de l’humanité. L’Afrique est aussi en pleine mutation politique, écologique, technologique, économique et sécuritaire.Les mutations africaines redessinent le monde et donc les conditions dans lesquelles nous devons déployer une politique utile à la France et à l’Europe comme à nos partenaires africains. Bien sûr, il serait plus facile et prudent de temporiser, mais rappelons-nous ce que disait le général de Gaulle en 1944 à Brazzaville : « Rien ne serait, en réalité, […] plus imprudent que cette […]
En français !
…permet de dépasser un modèle épuisé d’aide au développement. Le sommet de Montpellier ouvre de nouvelles voies à nos relations avec les sociétés civiles africaines.Cependant, réinventer la relation entre l’Afrique et la France est un travail de longue haleine, qui doit faire l’objet d’une évaluation permanente.Un des questionnements importants concerne notre action militaire : la présence de forces prépositionnées, la coopération de défense, les modalités de nos opérations. C’est pourquoi la commission de la défense a lancé la semaine dernière un cycle de travail à ce sujet – je remercie les orateurs qui l’ont mentionné. Nos travaux, à périmètre continental, visent à replacer les enjeux de défense dans le cadre beaucoup plus large des mutations africaines en cours et de leurs impacts sur nos intérêts, que nous devons défendre. Notre objectif est de conclure ces travaux en début d’année […]
La parole est à Mme la ministre.
Tout d’abord, je vous remercie pour la qualité et la pertinence de vos interventions et de vos observations. Je partage de nombreuses remarques, en particulier celles qui ont été faites sur l’importance de la diplomatie parlementaire et de la coopération entre nous.Je note aussi que, lorsque nous prenons le temps de nous pencher sur nos relations avec l’Afrique de façon approfondie, comme nous l’avons fait aujourd’hui, nous parvenons assez souvent aux mêmes conclusions.D’abord, nous sommes tous d’accord sur l’importance croissante qu’aura le continent africain dans les années à venir, qu’a notamment soulignée le président Bourlanges.Nous nous accordons également sur les atouts dont dispose la France ainsi que sur la nécessité de consolider nos relations avec nos partenaires africains et d’investir dans toute l’Afrique. M. le président Bourlanges a demandé un changement de périmètre […]
N’importe quoi !
Nous continuerons de suivre cette voie. Merci, madame Tiegna, de votre témoignage optimiste ; il en faut. J’ai particulièrement apprécié que ce soit vous qui le souteniez.Ce n’est évidemment pas un péché originel que de chercher à développer une plus grande intimité avec les sociétés africaines. Je voudrais rassurer la rapporteure Tabarot : nous ne nous contentons pas de mener une politique exclusivement culturelle, mais nous avons multiplié les investissements économiques et nos entreprises sont beaucoup plus présentes qu’auparavant – je l’ai rappelé, comme d’autres orateurs l’ont fait ensuite.Je note aussi les nombreuses remarques concernant la nécessité de mieux communiquer sur ce que nous faisons en Afrique, sur les réussites de nos coopérations civiles, sur nos partenariats avec les sociétés civiles et sur certaines de nos faiblesses – je dois aller jusque-là. Comme beaucoup ici […]
Ah !
Au Tchad, auquel M. Taché s’intéresse particulièrement, ce sont l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) qui ont accepté un schéma de transition dans un souci de stabilité. Nous avons soutenu cette transition – et non une succession, selon un raisonnement que vous connaissez. Croyez-moi, nous passons des messages fermes et clairs aux autorités de transition pour qu’elles agissent conformément à leurs engagements.
Ce n’est pas lisible !
Nous avons notamment condamné les violences contre les manifestants en octobre 2022 mais je salue – car il y a aussi des événements positifs que nous ne devons pas vous cacher – le retour au Tchad, il y a quelques semaines, de l’opposant Succès Masra, qui constitue un signal d’ouverture encourageant.Au Gabon, qui a été évoqué, il ne nous revient pas non plus de nous substituer à l’Union africaine et à la CEEAC qui sont les organes compétents. Il revient à ces organisations de s’exprimer à ces sujets ; nous venons simplement en appui.Enfin, il n’y a pas non plus deux poids, deux mesures dans les Grands Lacs, monsieur Le Gall.
Si, si !
La France condamne sans ambiguïté l’offensive du mouvement M23, la présence de soldats rwandais en RDC, tout en appelant les deux parties à la désescalade. Je vous ai dit, dans mon propos introductif, que je l’ai encore fait hier et aujourd’hui auprès des deux parties.La réforme du franc CFA a été évoquée, notamment par Mme Errante.
J’en ai parlé aussi, mais Mme la ministre ne cite que les députés de la majorité ; elle ne connaît pas les autres !
Je remercie particulièrement Mme Le Hénanff d’avoir présenté la réforme déjà ancienne du franc CFA en 2019. Nous avons mis fin aux réserves de change placées auprès du Trésor français et la France s’est retirée des instances de gouvernance.Monsieur Lecoq, vous vous étiez exprimé comme M. Le Gall : faut-il rappeler que la France ne tire aucun bénéfice du franc CFA alors qu’elle joue un rôle utile et apprécié de ces pays, comme garante de la convertibilité de leurs monnaies ?Madame Youssouffa, nous parlons souvent en commission du sujet qui vous importe. Soyez assurée une nouvelle fois que la diplomatie française défend activement Mayotte, son appartenance à la France et son rayonnement régional ; et qu’elle le fait depuis bientôt trente ans.
Ce n’est pas vrai ! Quel cinéma !
Les positions exprimées aux Nations unies en témoignent. Je suis sûre que nous poursuivrons les discussions sur ce sujet en commission.Enfin, je voudrais revenir sur les critiques concernant de prétendus comportements arrogants, condescendants ou paternalistes, venant de quelques-uns d’entre vous, notamment de M. Le Gall, mais aussi de votre rapporteur.Si de tels comportements qui ont existé par le passé existent encore, il est évident qu’ils ne sont pas de mise. Ils sont inadmissibles. Comme dans toutes les régions du monde, nous devons nous comporter avec nos partenaires africains avec respect et humilité, le cas échéant, en faisant preuve d’écoute et en considérant que nous sommes égaux. En effet, nous recherchons un partenariat d’égal à égal, gagnant-gagnant.On pourrait résumer cela d’une formule simple : nous devons nous comporter en Afrique comme nous le faisons partout dans le […]
La parole est à M. le ministre.
Je reprendrai quelques points du débat – puisque c’en est un, alors autant débattre –…
Chiche !
…en commençant par remercier Michèle Tabarot et Bruno Fuchs pour leur rapport, qui a servi de base à la plupart des interventions des uns et des autres.Certains, un peu taquins, ont fait remarquer que les débats sur l’Afrique étaient rares et que c’était un domaine réservé. Je ne peux néanmoins m’empêcher d’observer, comme je le faisais au Sénat à l’époque où j’y siégeais, que lorsqu’un débat sur l’Afrique est organisé, les hémicycles ne font pas le plein, tant s’en faut. C’est arrivé au Sénat et c’est de nouveau le cas aujourd’hui ; je n’en veux à personne mais je rappelle simplement, patriotiquement, que ces débats sont observés. Quelle que soit la teneur des discours, ce n’est pas envoyer un bon signal que de venir si peu nombreux. Merci, donc, aux présents et à celles et ceux qui restent jusqu’au bout pour nous écouter. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Là, il a raison !
La présidente Le Pen a évoqué des mouvements tectoniques profonds ; tout dépend de quoi on parle. Depuis l’époque des mouvements de libération, des déclarations d’indépendance et, pour ce qui me concerne, depuis la signature des accords de défense, l’instabilité politique, malheureusement, domine : 150 coups d’État ont eu lieu en Afrique – dont beaucoup en Afrique francophone – et nous continuerons hélas de constater cette réalité tant que d’autres mécanismes de consolidation des démocraties africaines ne seront pas établis.Vous dites d’ailleurs, et je vous en remercie, madame Le Pen, qu’il faut respecter la souveraineté des États et éviter les ingérences. Ainsi, la boucle est bouclée : après un coup d’État, comme au Mali, lorsque la nouvelle junte annonce que la lutte contre le terrorisme n’est plus sa priorité et qu’elle choisit comme partenaire le groupe Wagner plutôt que l’armée […]
Pas moins de 150 coups d’État ! Ce n’est pas très stable !
Merci, monsieur le premier secrétaire du parti communiste, je l’ai en effet rappelé à l’instant. C’est la lutte antiterroriste qui a ensuite monopolisé l’actualité et les ingérences des grandes puissances ont diminué – et pour cause.Depuis le début de la guerre que Vladimir Poutine mène contre l’Ukraine, nous sommes confrontés à une double difficulté : le retour de la compétition entre grandes puissances et le risque terroriste. Vous avez donc raison de parler de tectonique des plaques. Pour la première fois, le continent africain est confronté à un terrible risque sécuritaire endogène, le terrorisme islamiste, bien souvent mêlé à des nationalismes locaux ou tribaux, auquel vient s’ajouter l’exploitation – pour ne pas dire la manipulation – de l’opinion par de grands compétiteurs qui œuvrent contre les intérêts français. Il faudra documenter ce phénomène, y compris en tirant les […]
Nous ne nous appuyons pas sur ces sources-là !
Monsieur le député Lecoq, chacun sait qu’il n’y a aucune ingérence de Moscou depuis plusieurs décennies, n’est-ce pas ? Nos services constatent et documentent de la désinformation sur les réseaux sociaux et il n’est pas question de mettre en cause leur travail. Je vais maintenant être plus rapide sur mon deuxième point.
Vous lisez dans mes pensées, monsieur le ministre ! (Sourires.)
On ne pourra donc pas dire que sous cette législature, c’est l’exécutif qui refuse de débattre sur l’Afrique… (Sourires.)
Je ne voulais pas vous presser, monsieur le ministre, mais nous avons une autre séance qui commence à vingt et une heures trente.
Je termine rapidement, madame la présidente. Je me réjouis que le sacrifice de nos soldats ait été mentionné sur tous les bancs – cela n’a pas toujours été aussi clairement le cas. Quelles que soient nos orientations politiques, il faut en effet penser aux familles des soldats. Nous avons une armée d’emploi : pour que nos soldats continuent de risquer leur vie quand le pouvoir politique leur en donne l’ordre, il faut éviter de redessiner a posteriori les contours d’opérations passées. J’avais réagi vivement cet été lorsqu’un sénateur avait évoqué l’échec militaire de Barkhane. Ce n’est pas vrai, Barkhane n’a pas été un échec militaire ou tactique. Si quelqu’un prétend le contraire, qu’il nous le démontre. Que les décisions politiques entourant cette opération aient ou non été satisfaisantes, c’est un autre débat, mais je me réjouis au moins que ce soir, chacun ait clairement salué nos […]
Critiquer Barkhane, ce n’est pas insulter nos soldats !
Troisième point : Mme Lakrafi a évoqué le rôle complet des armées, qui dépasse les questions sécuritaires – je pense notamment au service de santé des armées, qui est parfois le seul à pouvoir intervenir dans certaines zones pour prodiguer des soins tant aux populations locales qu’aux Français de l’étranger. Tout cela figure dans la loi de programmation militaire.Barkhane, ensuite : le temps manque pour lancer un grand débat sur cette opération mais j’entends les critiques faites a posteriori. En écoutant le débat, cependant, ce qu’il aurait fallu faire ne me semble pas si évident. Pour la présidente Le Pen, il faut éviter les ingérences ; ce fut clairement le cas. L’opération a sans doute duré trop longtemps, nous dit-on aussi : je comprends cet argument, mais mettre un terme à l’opération Barkhane pendant les opérations de lutte contre le terrorisme aurait signifié abandonner tout le […]
Au contraire, ce débat était très intéressant. Merci à tous d’y avoir participé.
Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :Suite de la discussion de la proposition de loi portant mesures pour bâtir la société du bien vieillir en France.La séance est levée.
(La séance est levée à vingt heures quinze.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra