Séance du 20 mars 2023 — 182e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 201 à 400 sur 611 — page 2 / 4.
Nous savons bien que les 12 milliards d’euros que vous cherchez pour les retraites se trouvent dans la poche des plus riches qui ne paient pas d’impôts, comme le révèle l’Institut des politiques publiques. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs des groupes SOC et Écolo-NUPES.)Quel temps perdu à répandre la colère et le dégoût ! Heureusement, il y a de quoi se réjouir – pas dans l’hémicycle, non, jamais, mais là-bas, au-dehors. Depuis des semaines, des millions de Français défilent dans les rues, pas pour le plaisir – car ils y perdent des plumes –, mais pour leur dignité. Ils ont ceci de différent de vous qu’ils prennent leur existence et celle des autres au sérieux. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.) Même si vous lui accordez bien peu de valeur, ils tiennent à la vie, à leur vie, car […]
Oh !
Vous ne servez à rien, si ce n’est à nuire. Quand les éboueurs font grève dix jours, le paysage et les odeurs s’en trouvent changés. Si votre gouvernement tombait ce soir, les Français seraient simplement soulagés. (Exclamations et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe GDR-NUPES.) Madame la Première ministre, vous ne pourrez rien face à ceux qui font tout. Peu importe l’issue de la motion de censure, vous avez déjà perdu. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe SOC.)
Oui !
Pour beaucoup, votre gouvernement est déjà mort. Au moment où vous passiez en force par arrogance, votre pouvoir s’est effondré. Les noms de Borne, Dussopt et autres n’inspirent aux Français qu’un haut-le-cœur. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.)
Tout dans la finesse, madame Panot !
Que proposez-vous ?
L’intersyndicale donne rendez-vous jeudi pour la motion de censure populaire. Nous parlerons de votre réforme au passé, car ce n’est qu’une question de jours avant que vous ne reculiez enfin. Malgré vos efforts, personne ne se laissera envahir par le dégoût. Chacune de vos paroles est un antidote à l’impuissance et à la résignation. Le désir de battre Emmanuel Macron et sa réforme est devenu contagieux.
Quelles sont vos propositions ?
Même l’empereur Caligula a été vaincu – c’était après s’être regardé dans le miroir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Qu’Emmanuel Macron contemple son reflet, il y verra bientôt sa chute ! (Les députés du groupe LFI-NUPES se lèvent et applaudissent, rejoints par plusieurs députés du groupe SOC et par Mme Sandrine Rousseau. – Les députés du groupe GDR-NUPES et plusieurs députés du groupe Écolo-NUPES applaudissent également.)
La parole est à M. Olivier Marleix.
Oui, nous assumons qu’une réforme est nécessaire pour sauvegarder notre système de retraite et défendre le pouvoir d’achat des retraités. Le respect du travail, c’est aussi le droit à une retraite décente après une vie de travail. Oui, nous assumons avoir tempéré la réforme, avec un âge de départ à la retraite à 63 ans à la fin du quinquennat plutôt qu’à 65 ans.
Vous êtes grand seigneur !
Oui, nous assumons d’en redistribuer tout de suite le bénéfice à 1,8 million de retraités ayant des carrières complètes mais percevant les pensions les plus modestes, pour leur permettre de recevoir 670 euros de plus en moyenne chaque année.Non, nous ne nous associerons pas à ceux qui ont pour funeste slogan « tout cramer » ou « révolution ».
Vous n’êtes pas caricatural, tout dans la nuance…
Nous ne voterons donc pas les motions de censure. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LR et RE.) Nous ne nous laisserons pas entraîner par une extrême gauche qui assume de vouloir détruire les institutions de la Ve République. Nous ne serons pas les témoins de noces barbares entre ceux qui assument vouloir mettre le chaos et ceux qui, silencieux, n’ont aucune proposition pour sauver les retraites, mais espèrent tirer profit du chaos. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe RE. – Vives exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Après Caligula, Les noces barbares !
Vous êtes insulté par la présidente du groupe Renaissance, et vous leur cirez les pompes !
Soyons clairs : le problème, aujourd’hui, ce n’est pas la réforme des retraites, c’est le Président de la République. Cette nécessaire réforme des retraites paye six années d’un exercice isolé – parfois narcissique, souvent arrogant – du pouvoir, comme insensible à la vie des Françaises et des Français. Ce pouvoir est soit reclus à l’Élysée, soit à des milliers de kilomètres.
Vous serez balayés !
Le jour où j’ai reçu les syndicats d’EDF qui m’ont fait part de leur dépit face à l’absence d’ouverture au dialogue du Gouvernement, le président Macron était dans un bar de nuit à Kinshasa. Quel décalage !
Et pourtant vous allez le soutenir !
Nous regrettons cette méthode qui confond volonté politique et absence de dialogue réel et sincère avec les partenaires sociaux, et qui laisse place à tant de revirements et d’incohérence.
Essayez de tenir vos troupes avant de donner des leçons !
Ne vous étonnez pas que les Français n’adhèrent pas à votre réforme, puisque le président Macron lui-même, il y a trois ans, la critiquait avec virulence. N’a-t-il rien retenu de la crise des gilets jaunes ?
Vous n’en avez rien retenu non plus !
Sans respect des Français, des corps intermédiaires et des partenaires sociaux, rien n’est possible. Madame la Première ministre, le bras d’honneur n’est pas une méthode de gouvernement. (M. Julien Bayou applaudit.) Le chef de l’État semble ne toujours pas avoir appris ce que n’importe quel élu local sait du devoir d’écoute et de respect envers les Français. La crise que nous traversons est le produit de six années de fracturation du pays.
C’est un réquisitoire !
On ne peut gouverner pendant six ans en poussant, par stratégie électorale, les électeurs de gauche dans les bras de l’extrême droite…
Trois bras d’honneur !
…et les électeurs de droite dans ceux de Marine Le Pen…
D’Aurélien Pradié !
C’est votre trahison qui détourne de vous les électeurs !
…sans qu’il en résulte des conséquences délétères pour le pays : une France fracturée, une France radicalisée, une France désabusée, une France profondément déprimée, une nation en lambeaux.
Vous pouvez encore agir pour éviter ça !
Dans ce paysage dévasté, La France insoumise et le Rassemblement national ne sont que les jumeaux infernaux d’Emmanuel Macron (Vives exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN), qui, jouant chacun à merveille leur rôle dans la pièce, lui donnent la réplique espérée.
Mais bien sûr !
Vous êtes son ombre fidèle, c’est triste !
Je le dis très sincèrement : l’idée de rassembler, au-delà des clivages, les patriotes de bonne volonté qui, aimant la France, veulent la reconstruire, pourrait constituer un projet pour l’après Macron.
Ils ne votent pas pour vous !
Oui, je fais partie de ceux qui croient que notre pays mérite de retrouver un jour – vraiment – l’esprit du Conseil national de la Résistance (CNR), qui a su unir de façon certes éphémère, mais si décisive, les communistes, les gaullistes, les socialistes et les démocrates-chrétiens, qui, malgré toutes leurs différences, partageaient tous la même conviction républicaine.
Et si on commençait aujourd’hui ?
Allons-y ! Chiche !
Ceux qui ont signé ensemble ces motions de censure sont incapables de concevoir ensemble un tel projet pour répondre aux défis de notre pays. Que feriez-vous en matière d’immigration, puisque les uns pensent exactement le contraire de ce que pensent les autres ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Quel rapport ?
N’importe quoi !
C’est une motion de censure !
Comment rétabliriez-vous notre souveraineté industrielle ou agricole ? Cela est difficile quand on déteste les patrons ou qu’on vilipende les agriculteurs ! Que feriez-vous pour redresser les finances publiques et les services publics d’un pays au bord de la faillite ?
Qu’avez-vous fait, vous ?
Qu’ont fait vos gouvernements successifs ?
Que feriez-vous, vous qui avez en commun l’incapacité d’assumer la moindre réforme ? Pour contester, il suffit d’être virulent, mais pour reconstruire, il faut être responsable, courageux et cohérent.
Comme Valérie Pécresse ! Quel courage !
Vous êtes tous en train de tirer le pays vers le fond, sans proposer de le redresser.
Ne vous avisez pas de nous donner trop de leçons, tout de même !
Car au fond, le seul sujet est le déclin de la France, qui n’occupe plus que le vingt-cinquième rang mondial au classement du PIB par habitant.
Vous y avez contribué !
Année après année, la France et les Français s’appauvrissent. La compétition économique mondiale sans règles qui a tant fait souffrir notre industrie…
Vous avez supprimé 2 millions d’emplois industriels !
C’est vous qui en êtes responsables !
…et affecte aujourd’hui nos services et notre agriculture a sa part de responsabilité : elle tire les salaires vers le bas et affaiblit nos entreprises.
Ce qu’il en reste…
Mais le poids de nos prélèvements et nos pesanteurs normatives sont également en cause. Dans cette France moins prospère, les Français évoquent avec nostalgie ce qu’était la vie de leurs parents, lorsque le progrès social et l’amélioration du niveau de vie semblaient promis à ceux qui travaillaient.
C’est un requiem pour les LR ! (Sourires sur les bancs du groupe RN.)
Ce n’est plus le cas : l’effort est mal récompensé et la solidarité trop souvent injustement distribuée.
Tant d’efforts pour se vendre ! Si mal récompensés !
Voilà ce qui mine le pays. La politique d’Emmanuel Macron qui, d’une part, est résolument mondialiste,…
C’est sûr que Sarkozy, lui, était contre la mondialisation !
…et, d’autre part, utilise l’argent public à tour de bras pour tenter d’acheter la paix sociale, n’a fait qu’aggraver ce déclin. Ne trompons pas les Français : le redressement demandera du courage et du travail.
Exactement ! Cela presse !
Bon, au suivant !
Il faut le dire à Pradié !
Oui, la France a besoin d’unité nationale, mais ce n’est pas là le chemin que vous tracez ; vous n’offrez que celui de la facilité. Le Président de la République dispose de nombreux outils constitutionnels : il peut changer de gouvernement,…
Vous ne chercheriez pas une place, par hasard ?
…recourir au référendum ou encore dissoudre l’Assemblée nationale. Soyons clairs : il n’y a aucune offre de notre part, juste une demande :…
Une supplique !
Que c’est mauvais !
…nous souhaitons le voir exercer différemment son mandat. À lui d’entendre les avertissements – y compris le nôtre – s’il veut aller au bout de son quinquennat.
Ça tremble, là !
Ils sont terrorisés !
Réformer, oui. Fracturer, non. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Un, deux, trois, quatre… Cinq applaudissements !
La parole est à M. Jean-Paul Mattei.
Il va voter la motion, je le sens ! (Sourires)
Aboutissement institutionnel attendu compte tenu de la configuration de notre assemblée, ces motions de censure s’accompagnent d’une somme de regrets que je voudrais exprimer ici au nom de mon groupe.
Celui d’avoir voté Macron ?
Oui, nous avons des regrets. Le premier d’entre eux est le regret de n’avoir jamais pu pleinement examiner et voter ce texte en première lecture, alors que les deux semaines d’examen prévues y auraient suffi.
C’était un peu juste !
Chers collègues de l’opposition, en dépit des règles de fair-play parlementaire, et, plus encore, à rebours de toute vertu démocratique, vous avez décidé de détourner notre règlement pour créer une embolie parlementaire.
C’est l’œuvre du Gouvernement !
Motions, prises de parole identiques à répétition, comportements empreints d’une forte violence symbolique, rappels au règlement et, surtout, plus de 20 000 amendements : vous avez fait flèche de tout bois pour empêcher la tenue de nos débats.
Il vaut mieux entendre cela qu’être sourd.
Votre seul but était d’empêcher le débat et l’adoption, même partielle, du texte, en transformant l’Assemblée nationale en un véritable cirque qui fait honte à notre institution. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et RE.)
Exactement !
Je note enfin la présence dans les tribunes d’un responsable politique surveillant ses troupes tel un empereur romain. Je n’ose imaginer quelle serait la VIe République que vous appelez de vos vœux. (Mêmes mouvements. – Mme Sophie-Taillé Polian s’exclame.)
Il le faudra bien, président Mattei !
Nous, députés du groupe Démocrate, aurions voulu avoir le temps de présenter notre point de vue, qui nous semblait constituer un bon équilibre entre la nécessaire responsabilité financière et l’objectif de justice sociale. Vous nous avez privés de ce débat et d’un véritable vote. Je le regrette amèrement, car je sais que nous aurions pu ensemble améliorer le texte dans l’intérêt des Français. Heureusement, notre dialogue permanent avec les sénateurs, notamment avec nos cousins du groupe sénatorial de l’Union centriste, nous a permis de défendre une grande partie de nos propositions et d’en faire adopter plusieurs, au Sénat puis en commission mixte paritaire. Je voudrais les remercier pour ce travail en commun, dont je crois pouvoir dire qu’il illustre bien ce qu’est le centrisme, loin de l’intransigeance dont font preuve certains qui s’en réclament encore, mais l’ont en vérité abandonné […]
Bravo !
Je voudrais aussi souligner la qualité de nos échanges avec le Gouvernement, même si celui-ci n’a pas repris toutes nos propositions, notamment celles qui concernaient le financement.Notre second regret réside dans le manque de responsabilité de certaines oppositions.
Que dire de celui du Gouvernement !
Je ne parle pas de l’opposition qui n’avait pas de projet, si ce n’est se cacher derrière une forme de respectabilité pour déposer à la fin une motion de censure, en espérant que personne ne remarquerait son absence de propositions. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Arrêtez ! On débat quand vous voulez !
Renouvelez-vous un peu !
Je ne parle pas non plus de ceux qui ont défendu et voté en leur temps – 2013 – une réforme des retraites conduisant les Français à dépasser de plus d’un an l’âge légal de 62 ans, sans le dire honnêtement, qui défendent à présent des propositions totalement illusoires et qui se raccrochent au totem du départ à 60 ans, espérant ainsi retrouver les grandes heures de 1981 en oubliant les graves difficultés qui ont suivi cette parenthèse enchantée. (« Eh oui ! » et applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem, RE et HOR. – M. Pierre Cordier s’exclame.) Je n’ai aucune illusion en ce qui les concerne, même si j’espère que nos concitoyens ne se laisseront pas berner par ces mirages.
Punchline !
Non, je parle de l’opposition qui avait promis depuis des années de faire cette réforme des retraites, celle-là même que le Gouvernement a menée, en proposant d’ailleurs un report de l’âge de départ inférieur à celui que prônait l’an dernier la candidate soutenue par ce parti.
À l’écouter, un départ à 65 ans, c’était très bien !
À force d’éparpillement, de peur et de coups de billard à trois bandes, et malgré tous les efforts qu’a fait le Gouvernement à votre endroit, vous n’avez pas voulu afficher par un vote clair vos positions divergentes sur cette question qui aurait dû nous rassembler. Je sais pourtant que certains collègues du groupe Les Républicains voulaient, en responsabilité, voter ce texte issu d’un compromis conclu après un travail sérieux et juste.
Nous aurions dû voter !
Eh bien, il fallait voter !
C’est vraiment dommage, alors, qu’on ne nous écoute jamais !
Les députés du groupe Démocrate (MODEM et indépendants) souhaitaient très majoritairement que ce texte soit soumis au vote.
Et François Bayrou, qu’en pense t-il ?
Certains d’entre nous pouvaient avoir des doutes, mais nous avions surtout la conviction que cette loi était nécessaire et utile.Nous prenons acte de la décision de déclencher la procédure prévue par l’article 49, alinéa 3, de la Constitution. Cet outil existe.
Merci de nous l’apprendre !
Il permet aux forces politiques qui sont contre ce texte de le rejeter si elles sont majoritaires.
Il faut l’expliquer à Aurore Bergé !
Certains orateurs parlent de l’engagement de la responsabilité du Gouvernement comme d’un déni de démocratie,…
Oui ! C’est un braquage !
…mais à mon sens, c’est plutôt le comportement des oppositions, dans les mots comme dans les actes, qui frise le déni de démocratie. (MM. Bruno Millienne et Rémy Rebeyrotte applaudissent.)
Qu’en pense François Bayrou ?
Je voudrais d’ailleurs rappeler qu’il n’y a souvent qu’un pas de la violence verbale ou symbolique à la violence physique. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.)
Punchline centriste !
C’est le 49.3 qui est une violence !
Le groupe Démocrate prend acte de l’inconscience des oppositions et de l’esprit de responsabilité qui anime le Gouvernement. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Vous le soutenez comme la corde soutient le pendu !
Vous l’aurez bien sûr compris, soutenant le Gouvernement et persuadés de la nécessité d’une réforme pour pérenniser notre système de retraite, nous ne voterons pas la censure.
Quelle surprise !
À la soupe !
Mais il y aura un après. De toute crise, nous devons tirer des leçons en réfléchissant au fond et à la méthode – c’est ce que souhaite profondément le groupe Démocrate (MODEM et indépendants). (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, RE et HOR.)
Cela veut dire changer de gouvernement !
La parole est à M. Boris Vallaud.
La réforme des retraites voulue par le Président de la République quoi qu’il en coûte à la démocratie est un coup de force politique. Elle n’est pas seulement un impôt sur la vie de celles et de ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre ; elle symbolise comme jamais auparavant sa pratique solitaire du pouvoir qui pervertit la démocratie, dont elle rend possible la transformation en son contraire, et impose ses volontés sans discussion, avec arrogance et mépris. Mépris du débat parlementaire et du dialogue social, mépris de la mobilisation syndicale et de la volonté populaire, mépris de l’opposition – majoritaire dès lors que, comme vous l’avez vous-même concédé sur TF1, madame la Première ministre, « le compte n’y était pas » –,…
Des oppositions additionnées, cela ne fait pas une majorité !
…mépris de l’intelligence des citoyens quant à leur propre avenir, mépris de l’exigence de transparence, de sincérité et de vérité.Quoi qu’il en coûte à la démocratie, le Président de la République a acculé votre gouvernement et la majorité complice à élever le mensonge, les « vérités alternatives », la falsification des chiffres et la dissimulation des faits au rang d’arguments irréfutables, de réalités indiscutables, d’expertises irréfragables. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Il a fallu lever un à un chacun de vos éléments de mensonge. Il a fallu chercher dans les tiroirs des ministères les informations que vous refusiez de communiquer aux parlementaires.
Eh oui !
Pire, vous avez imposé une logique orwellienne qui fait mine d’intégrer tous les points de vue, afin d’empêcher l’esprit critique de s’exercer librement. (M. Dominique Potier applaudit.) Vous soutenez le mensonge selon lequel votre réforme résulterait de compromis, alors que vous n’avez dialogué sincèrement avec personne,…
C’est faux !
…ne vous êtes accordés avec personne et n’avez convaincu personne. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.) C’est une corruption profonde du pacte démocratique, qui exige au moins le respect du contradictoire.Ce coup de force contre la raison et le sens commun est plus qu’un sophisme cynique : c’est un véritable poison aux conséquences incalculables au-delà de ce projet de réforme, au-delà de ce quinquennat et – je vous le dis – au-delà de vous-mêmes. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Il a raison !
Quoi qu’il en coûte à la démocratie, le Président de la République a imposé cette réforme au cœur d’une crise sociale longue de cinq ans : après la crise des gilets jaunes qui a révélé l’asphyxie entraînée par l’injustice fiscale, après la crise du covid qui a montré la démesure du mythe libéral, puis la guerre en Ukraine qui a mis en lumière les revers d’une mondialisation anxieuse, vous aggravez, en pleine crise de la vie chère, le sort des Français.Ne le voyez-vous donc pas, vous qui participez au Gouvernement ou qui siégez sur les bancs de la majorité ? Le pays souffre ; et le mal qui le ronge, c’est l’injustice.Ne voyez-vous pas que la question qui nous occupe a des sources bien plus profondes et des conséquences bien plus vastes que votre seule réforme des retraites ?
Exactement !
Il ne s’agit pas d’une fièvre qui pourrait retomber. Ce qui est en cause, ce n’est pas le destin du Président de la République, ni l’avenir d’une Première ministre singulièrement absente du banc des ministres durant ce débat sur les retraites. (Mme la Première ministre fait un signe de dénégation.)La question qui nous occupe a des causes profondes et aura des conséquences durables. C’est une révolte sourde contre l’ordre établi, une quête du sens perdu du travail, de la place de l’homme, de notre rapport au monde, aux choses et aux autres. C’est une aspiration que vous ignorez : la justice. C’est une revendication que vous refusez d’entendre : le pouvoir de vivre.Derrière vos éléments de langage qui en font une « réforme de progrès social », derrière l’outrecuidance d’un ministre du travail capable de la prétendre « de gauche » – mais celui-là a tout oublié –, vous engagez à marche […]
C’est faux !
Vous taisez, derrière ce projet dont vous soutenez qu’il est « juste et équitable », que 60 % des économies seront faites sur le dos des femmes, déjà les grandes perdantes, tout au long de leur carrière, de notre modèle économique. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LFI-NUPES.)
C’est faux !
Les femmes sont plus nombreuses à exercer les métiers pénibles, les métiers du lien que vous qualifiiez hier d’essentiels et que vous brisez aujourd’hui, au détriment des besoins d’une société vieillissante et vulnérable.
Et la réforme Touraine, on en parle un peu ?
Vous dissimulez cette réalité brutale : derrière une prétendue « réforme sans perdants », vous faites payer le « quoi qu’il en coûte » à celles et ceux que nous avons applaudis à vingt heures et qui espéraient de l’écho de nos mains bien plus de reconnaissance. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, GDR-NUPES et Écolo-NUPES.) À semer la misère, madame la Première ministre, vous récoltez la colère. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.)Quoi qu’il en coûte à la démocratie, vous promettez une retraite minimum à 1 200 euros qui n’a jamais existé, créant la confusion et le mensonge. « En même temps », vous remettez le paternalisme politique à l’ordre du jour, en considérant depuis des semaines que les Français n’ont rien compris à votre réforme alors qu’en réalité c’est vous qui […]
C’est dans la Constitution !
…après avoir eu recours à l’article 47-1 qui restreint les débats à l’Assemblée, puis à l’article 44, alinéas 2 et 3 au Sénat pour mieux étouffer la contradiction, vous dégainez le 49.3, pour la onzième fois depuis le début de la législature.
C’est dans la Constitution !
Votre méthode, pour citer M. Darmanin, c’est « le coup bas permanent ». (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)Madame la Première ministre, la démocratie expéditive est à la démocratie ce que la justice expéditive est à la justice. Ce coup de force démocratique est une énième manifestation du dédain pour l’institution et les oppositions parlementaires, caractéristique de votre méthode.Quoi qu’il en coûte à la démocratie, vous abolissez la séparation des pouvoirs. Songez-y, l’Assemblée nationale aura à peine débattu et n’aura, en définitive, jamais voté ce projet de réforme des retraites.
Vous n’avez pas voulu en débattre !
Vous prétendez désormais le faire adopter de la pire des manières, comme un décret-loi ou comme une charte royale octroyée à des sujets.
Exactement !
Disons-le tout net, cette loi ne sera couverte d’aucune onction démocratique et parlementaire. Il n’y a pas eu, il n’y a pas et il n’y aura pas de vote dans cet hémicycle en faveur de ce texte.
Mme Bergé soutient que le rejet des motions vaudra vote du texte !
Les représentants du peuple que nous sommes ne l’auront jamais adopté. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LFI-NUPES et sur quelques bancs des groupes Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)Quoi qu’il en coûte à la démocratie, le Président de la République ignore de façon coupable les circonstances de son élection, et vous-même méprisez le parlementarisme de fait issu des urnes et l’exigence de démocratie continue des Françaises et des Français. Au diable les « si nécessaires » discussions sur la place du travail dans nos vies, les inégalités sociales et la précarité, l’emploi des seniors, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, la crise écologique et le changement climatique.Le front syndical est uni et déterminé mais, quoi qu’il en coûte, vous persistez à l’ignorer et à le tenir en mépris : la porte du Président de la République demeure obstinément fermée aux […]
C’est vous qui votez avec l’extrême droite !
Madame la Première ministre, votre réforme percluse de fausses promesses et de vrais mensonges, votre réforme injuste et brutale, n’a pas de majorité. Elle n’a pas de majorité dans le pays ; elle a contre elle toutes les organisations syndicales ; plus des trois quarts de nos compatriotes la rejettent. Votre réforme n’a pas de majorité dans cette assemblée.
Comment va Marisol Touraine ?
Retirez-la ou soumettez-la au suffrage des Françaises et des Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes Écolo-NUPES et GDR-NUPES.) Si vous ne le faites pas, nous le ferons par un référendum d’initiative partagée pour donner la parole à celles et à ceux à qui vous la refusez. (Mêmes mouvements.)Quoi qu’il en coûte à la démocratie, le Président se comporte désormais en forcené, en acharné, enfermé dans un tête-à-tête avec lui-même. Ce n’est pas du courage, c’est de la déraison. Retirez cette réforme ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)
C’est la vôtre !
On comprend mieux le score de 1,75 % de votre candidate à la dernière élection présidentielle…
Il en coûtera moins que votre obstination, car il y va désormais de l’intérêt général, de la concorde civile et de l’avenir de notre démocratie. Quand tout s’écroule,…
Comme le parti socialiste…
…je vous l’assure, il faut bien plus qu’une paire de bottes pour se tenir droit. (Mêmes mouvements.)Les députés du groupe Socialistes et apparentés voteront cette motion de censure transpartisane.
Avec l’extrême droite !
J’invite chacun d’entre vous à la voter, car elle est un acte de foi dans une démocratie parlementaire à laquelle le Gouvernement et le Président ne croient plus.
Tout ça n’est pas convaincant !
Le Président de la République affirmait il y a quelques années : « Il faut osciller entre humilité et arrogance. Si vous tombez d’un côté, vous devenez soit inefficace soit dangereux. » Vous réussissez, en soutenant cette réforme, à devenir les deux – quoi qu’il en coûte à la démocratie. (Les députés des groupes SOC et LFI-NUPES et de nombreux députés des groupes Écolo-NUPES et GDR-NUPES se lèvent et applaudissent longuement. – Certains députés du groupe LIOT applaudissent également.)
La parole est à M. Laurent Marcangeli.
Enfin la vraie opposition ! Maintenant, nous allons parler des peines planchers !
Nous sommes à un moment particulièrement grave de notre histoire commune. Sans grandiloquence ni fausse émotion, je crois pouvoir dire que notre pays traverse une crise de confiance sérieuse, dont le climat dans notre assemblée témoigne clairement.Chacun de nous devra faire un choix en responsabilité : voter cette motion de censure, c’est faire tomber le Gouvernement et ainsi ajouter du désordre au chaos. Chacun des membres de la représentation nationale s’exprimera en son âme et conscience.Une fois ces faits rappelés, j’invite tous ceux ici qui qualifient un tel processus de vote de « dictatorial » à ôter leur filtre idéologique et prendre un peu de recul. Depuis le début de l’examen de ce projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale, comme depuis le début de la législature, le Gouvernement s’est conformé au droit, en premier lieu à la Constitution. […]
Ça, c’est le Conseil constitutionnel qui en jugera !
Que l’utilisation des outils du parlementarisme rationalisé déplaise aux oppositions, c’est finalement assez logique, et je l’entends parfaitement. Je vous rassure, personne, je dis bien personne, ne se réjouit du recours à cet article 49, alinéa 3,…
Si, Mme Borne !
…parmi les députés ici présents, qui sont tout aussi attachés que vous à la préservation des prérogatives du Parlement.
Ben voyons !
Mais dire que cela constitue un déni de démocratie ou une atteinte aux droits du Parlement, après 175 heures de débat et quasiment autant d’heures d’obstruction, nous ne pouvons pas l’entendre. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)Depuis le début de la législature, l’opposition a recours, dans son bon droit, aux outils de procédure les plus spécifiques autorisés par nos textes : motion de rejet préalable, motion référendaire, motion de censure. Le Gouvernement n’est pas à l’initiative de tout cela, pas plus qu’il n’est responsable du refus de délibérer qui nous a empêchés d’examiner sereinement et entièrement ce texte en première lecture.
Vous êtes un farceur !
Une réforme des retraites est toujours une réforme difficile. Celle-ci est menée dans un contexte délicat que personne n’ignore. Elle n’en est pas moins nécessaire. Nous sommes confrontés à une réalité démographique implacable et devons travailler plus longtemps pour y faire face. (« C’est faux ! » sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) C’est un choix de société, le même que celui qu’ont fait tous nos voisins européens, celui de ne pas augmenter les cotisations sociales ou de baisser les pensions. Même dans notre pays, je rappelle que l’Agirc-Arrco, organisme de gestion paritaire des retraites complémentaires, a fait un constat identique à celui du Gouvernement. (« Eh oui ! » sur quelques bancs du groupe RE.) En concertation avec les syndicats, il a su mesurer l’ampleur du problème démographique et a pris les mesures nécessaires pour assurer l’équilibre de son système. L’âge de […]
Tout à fait !
Nous ne sommes pas sourds, chers collègues, nous entendons les mécontentements et les inquiétudes. C’est parce que nous les entendons que nous avons entrepris, avec les sénateurs, de faire évoluer ce texte pour corriger le système des retraites en faisant reculer les inégalités dont des millions de nos concitoyens font actuellement l’expérience car, dans les faits, ce n’est pas cette réforme mais le système actuel qui est injuste.Ce que nous proposons, c’est une meilleure prise en compte des situations des familles, des carrières des femmes et des carrières longues ainsi que la valorisation de l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires et des élus locaux – et ce ne sont là que quelques exemples.Le projet de loi ne prétend pas, bien sûr, gommer toutes les injustices qui existent – elles sont nombreuses – mais il y contribue en consacrant 7 milliards d’euros à leur réparation, ce qui […]
La dette publique a augmenté de 600 milliards d’euros depuis qu’Emmanuel Macron est président !
Notre mandat électif nous oblige à l’égard des Français. La première de ces obligations, c’est d’agir en responsabilité. Être responsable, en l’espèce, c’est rappeler qu’un pays surendetté ne peut pas financer son avenir.
Six cents milliards de dette publique sous Macron !
Prétendre l’inverse, c’est mentir à notre jeunesse qui aura à assumer les conséquences de nos choix.
De vos choix !
Par le vote des motions de censure, vous légitimez le comportement des députés qui brandissent des pancartes dans cet hémicycle, huent le Gouvernement comme dans un stade, couvrent la voix de la Première ministre ou font encore mine de découvrir le fonctionnement d’une commission mixte paritaire. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe RE.)
Le 49.3, cela n’a rien à voir !
Et les bras d’honneur du ministre de la justice ?
À la fin de nos débats, une chose est certaine toutefois : notre assemblée, si ce n’est l’ensemble de nos institutions, et notre démocratie ne sortiront pas indemnes de cette séquence. Les torts sont partagés, des erreurs ont été commises de part et d’autre.
Vous avez entendu : les torts sont partagés !
Nous devrons nous livrer à une introspection approfondie sur l’ensemble de ces bancs, sans exception. Je le répète, cette réforme est nécessaire et l’inaction est un luxe que nous ne pouvons plus nous payer.
Vous n’avez pas l’air d’y croire vous-même !
Mais la réforme des retraites n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie de notre pays : il nous faut dès à présent penser à la suite.
À la retraite à 67 ans, si je me souviens bien des propos d’Édouard Philippe !
La France est divisée ; nos concitoyens sont inquiets. L’inflation, la guerre aux portes de l’Europe, la brutalité du changement climatique, les difficultés d’accès aux soins sont autant de sujets majeurs dont nous devons nous saisir pleinement. Surtout, notre pays a besoin d’être rassemblé et apaisé, sans que cela nous conduise à l’immobilisme. J’ai pour ma part la conviction que nous devons lutter contre les injustices autant que contre le sentiment d’injustice ressenti par de nombreux Français. Les travaux lancés sur le partage de l’effort devront guider notre action sur ce point. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe HOR.)Vous l’aurez compris, nous avons besoin d’un cap qui permette à tous de se projeter dans un futur serein et ambitieux. Je sais, madame la Première ministre, que nous pourrons compter pour y parvenir sur votre plein et entier engagement.
Quelques semaines encore…