Séance du 5 février 2024 /// n°116 /// 343 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 16e législature · session Session ordinaire 2023-2024

Séance du 5 février 2024 — 116e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.

343prises de parole
48orateurs
3points à l'ordre du jour
1scrutins

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ScrutinVoixRésultat
3335 la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution par Mme Mathilde Panot, M. Boris Vallaud, Mme Cyrielle Chate… 124 / 0 rejeté

Verbatim Le compte rendu

Tours 201 à 343 sur 343 — page 2 / 2.

Discussion et vote

Moi je suis né en 1971 !

Pour vous et lui, la jeunesse est un alibi : M. Bardella veut ainsi faire oublier qu’il dirige un parti vieux d’un demi-siècle, fondé par d’anciens collaborateurs des nazis, animé par les obsessions identitaires et les pulsions racistes. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et SOC.) Il est pourtant bel et bien à la tête d’un vieux clan, sous surveillance de l’héritière.Monsieur Attal,…

Monsieur le Premier ministre !

…votre parcours est l’aveu d’un parti qui, lui non plus, ne revendique aucune histoire, aucune mémoire ni aucune conviction et n’a donc d’autre boussole que l’opportunisme érigé en méthode de gouvernement (L’orateur désigne les bancs du Gouvernement) – la preuve.

Il parle des Verts !

La jeunesse est pour moi le renouveau d’une histoire, pas son déni. Nous nous reconnaissons en effet dans un clivage consubstantiel à la République, entre la gauche et la droite. Notre avantage par rapport à vous ? Nous entrons ici avec deux siècles d’expérience, avec un héritage collectif et des convictions qui obligent à l’humilité. (Exclamations sur les bancs du groupe RE.)Dans cet héritage, au-dessus de tout, il y a la République. La mission historique de la gauche est de la défendre quand elle est menacée, de la rétablir quand elle est effondrée, mais aussi de la revendiquer quand elle est dévoyée.Au fond, monsieur Attal, vous êtes le meilleur ami de M. Bardella.

Attal, Bardella, même combat !

Hein ?

Plus vous disloquez le pacte républicain construit autour de nos services publics, plus vous abîmez le contrat social et les mécanismes qui l’ont préservé depuis 1945, plus vous agitez les thèmes et les termes de l’extrême droite… plus il y a de place pour la discorde, la fracture et finalement la haine des Français les uns envers les autres, donc plus il y a de place pour l’extrême droite.Vous êtes même parfois le frère jumeau de M. Bardella : quand il s’agit d’infliger du travail forcé aux allocataires du RSA – on l’a vu hier – ; quand, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, votre majorité vote une loi relative à l’immigration avec le soutien de l’extrême droite (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES) ; quand vous reprenez les slogans de la chaîne de M. Bolloré et lui offrez le départ des rares ministres qui osent dire la vérité à son […]

La parole est à M. Nicolas Sansu.

C’est la motion de Sansu !

Au nom du groupe Gauche démocrate et républicaine, qui rassemble les députés communistes et progressistes ultramarins, il me revient d’incarner une voix singulière, qui ne s’éteint pas devant les forces du marché ; une voix qui, au cours de l’histoire, a fait se rencontrer ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas ; qui n’a jamais cessé, non seulement de crier face aux injustices, mais aussi de proposer la justice afin que nos principes et nos valeurs cessent d’être dévoyés.Monsieur le Premier ministre, vous avez dit, mardi dernier, que nous avions la France en partage. Or depuis trop d’années, de recul en recul, de casse de l’assurance chômage en casse de la retraite par répartition, c’est la France sans partage que vous insufflez. Une France sans partage qui oublie son rôle sur la scène internationale, qui oublie de défendre partout dans le monde, bien qu’elle soit […]

Cessez-le-feu !

…cette inhumanité qui vous a conduit à transiger sur les thèses d’extrême droite les plus indignes lorsque vous avez accepté de facto des dispositions reprenant la préférence nationale, au mépris de la vie d’enfants, de femmes et d’hommes qui, dans l’espoir d’une vie meilleure, risquent leur peau en bravant les flots sur des rafiots pour fuir la guerre, la famine, les conséquences du réchauffement climatique, la colonisation économique ou les persécutions politiques.Une France sans partage, c’est une France qui accepte sans sourciller que le glaive de la finance règne et mette à mal la route vers l’égalité.Quelque 330 000 personnes sont sans domicile fixe ; leur nombre a doublé en dix ans ! Chaque soir, des milliers d’enfants sont livrés à la rue,…

Ils sont soixante et un au Havre !

…ce qui contredit les promesses présidentielles dévoyées et envolées.De fait, en quelques années, vous avez asséché notre capacité collective à produire du logement social, laissé prospérer tous les ressorts de la spéculation et manqué le tournant de la rénovation de l’habitat. Désormais, vous souhaitez amoindrir la portée de la loi SRU, qui est un outil de cohésion et de mixité sociale, donnant ainsi un satisfecit à ceux qui la contournent depuis tant d’années.Monsieur le Premier ministre, un toit, c’est un droit ! Mal loger des millions d’habitants de notre pays, c’est trahir notre pacte républicain. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)Une France sans partage, c’est une France qui instille le poison de la division : entre salariés et chômeurs, entre allocataires des minima sociaux et classes moyennes, entre Français et immigrés. Pourtant […]

Ils sont au Gouvernement !

Tous milliardaires, claironnait Emmanuel Macron, qui souhaitait que ce soit là le projet de vie de notre jeunesse. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, car, pendant qu’on illusionne, la reproduction sociale fonctionne à plein, jusqu’à la caricature au sein du Gouvernement. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)Une France sans partage n’a pas d’avenir, monsieur le Premier ministre. En moins de trois ans, tandis que vous piétinez le monde du travail en le précarisant, la fortune cumulée des milliardaires a plus que doublé dans notre pays, atteignant plus de 1 200 milliards d’euros. Comment vous y prenez-vous pour réfréner cette indécence et faire trembler nos superprofiteurs ? Vous affichez un froncement de sourcil, voire une moue significative : c’est tout !Des dividendes records – près de 100 milliards d’euros versés cette année –, de […]

Un mensonge !

Monsieur le Premier ministre, à l’instar des agriculteurs, qui ont besoin que les prix soient rémunérateurs et que les pays qui commercent respectent les mêmes règles et les mêmes normes, les salariés ont besoin d’être mieux payés et d’être protégés contre le dumping social, et les entreprises, notamment les PME, d’être préservées du dumping fiscal.Ce sont ces principes simples qui permettront de redonner au pays de la force et à nos concitoyens la capacité de construire ensemble et de répondre aux urgences écologique, sociale et démocratique.Faire communauté, c’est tout le contraire du séparatisme social qui déferle sur des pans entiers de notre pays.À cet égard, l’école est, au-delà des polémiques, un véritable enjeu. La question est simple : les moyens mis à la disposition d’un lycéen de Félix-Éboué à Cayenne ou de Paul-Éluard à Saint-Denis sont-ils les mêmes que ceux mis à la […]

Sûrement pas. Il n’y a, entre ces lycéens, aucune égalité de moyens et encore moins d’égalité de traitement. Les enseignants ont su vous le montrer jeudi dernier, en participant à un mouvement qui en appelle d’autres.Je pourrais décliner cette démonstration à l’envi, en évoquant notamment la catastrophe annoncée de la présentation de cartes scolaires dans les départements, qui auront pour conséquence de véritables abandons territoriaux. Votre défiance envers les collectivités locales, dont vous tentez de rogner le pouvoir d’agir et la liberté, ressemble à un péché originel.L’égal accès de tous aux grands services publics régaliens ou aux services au public a été non seulement négligé, mais dépecé, au risque de superposer exclusion sociale et exclusion territoriale, dans les quartiers populaires, la ruralité ou les territoires d’outre-mer. Le groupe GDR-NUPES défendra donc plusieurs […]

Bien dit !

Le respect des parlementaires passera nécessairement par la fin de cette conduite addictive au 49.3. N’oubliez pas que lorsque vous piétinez l’Assemblée, c’est sur les Français que vous vous essuyez les pieds !

Exactement !

Parce que nous ne nous résignons pas à une société qui sombrerait dans un autoritarisme social mâtiné de libéralisme économique, non plus qu’à une dérive qui fait le lit des ennemis de la démocratie, nous voterons sans trembler pour cette motion de censure, le seul acte qui nous permet de témoigner notre défiance et, surtout, notre combativité et notre vigilance pour faire triompher les espoirs et les besoins d’un peuple uni.« Entre l’avoir, l’être, le savoir, le faire, le paraître et le pouvoir, qui absorbent toutes nos énergies, l’avoir l’emporte aujourd’hui, car il donne le pouvoir, permet le paraître, domine le faire et dispense d’être et de savoir », disait Edgar Pisani. Monsieur le Premier ministre, ne laissez pas l’avoir l’emporter et emporter tout sur son passage, jusqu’à favoriser l’arrivée au pouvoir des ennemis de la République et de la démocratie ! (Applaudissements sur les […]

La parole est à M. Stéphane Lenormand.

Nous vivons une situation politique inédite, pour ne pas dire une anomalie démocratique, puisque le Gouvernement affronte sa première motion de censure alors même qu’il n’est pas encore entièrement constitué.Le scénario avait été écrit par d’éminents stratèges, aidés de brillants communicants : il s’agissait de feuilletonner la composition du Gouvernement et d’étirer la séquence pour montrer que le Président reste le maître du jeu politique. Las ! cette belle stratégie a été percutée par un mouvement de colère agricole de grande ampleur. Le maître des horloges s’est heurté à la réalité d’un pays fracturé ; j’y reviendrai.Monsieur le Premier ministre, j’ai entendu votre volontarisme : l’action, l’action, l’action, avez-vous dit ! Or, depuis quatre semaines, c’est plutôt : l’attente, l’attente, l’attente… En effet, près d’un mois après la démission d’Élisabeth Borne, plusieurs ministères […]

Ce n’est pas faute de vous le répéter !

Gabriel Attal Premier ministre · EPR #346

Je dis la même chose !

La parole est à Mme Caroline Abadie.

Savez-vous ce qui me fascine le plus chez les députés de la NUPES ?

Non !

L’intelligence ? (Sourires.)

Le talent ?

En toutes circonstances, envers et contre tous, ils ont toujours raison. Ils le revendiquent même : ils ne font jamais d’erreur, ils ont toujours raison. (« Vous parlez des macronistes ! » sur les bancs du groupe SOC.)Prenons, au hasard, l’exemple de l’agriculture. Ils ont voté contre la loi Egalim du 30 mars 2023. Péremptoires, ils soutenaient l’interdiction immédiate des produits phytosanitaires, ainsi que les délinquants de Sainte-Soline.

Eh oui !

Vous parlez du Gouvernement ?

Puis les tracteurs ont envahi les autoroutes et, soudain, les députés de la NUPES ont affirmé détenir la véritable cause de cette crise : l’excès de normes. Ils n’hésitent plus à réclamer l’application stricte des lois Egalim qu’ils n’ont pas votées. Sitôt les tracteurs retournés aux champs, ils ont encore raison : ils sont les seuls à se soucier de la santé, de l’eau et de la terre – rien que ça ! Voilà leur petit monopole pour trois semaines. Quand on a toujours raison, en toutes circonstances, on se débarrasse très vite du souci de cohérence et d’humilité.

Celle d’Emmanuel Macron !

Suivant la même logique, ils sont persuadés d’avoir eu raison de déposer cette motion de censure – votre première, monsieur le Premier ministre – avant même votre discours de politique générale.

Gabriel Attal Premier ministre · EPR #359

Eh oui !

Cela ne vous aura pas échappé. Ils ont déposé leur motion avant que vous exposiez au Parlement vos priorités : soutenir plus encore les classes moyennes, renforcer l’offre de logements, libérer davantage le travail et l’économie, accélérer la transition écologique.

C’est pas terrible. J’ai fait l’effort de rester, mais cela n’en vaut pas la peine. (M. Alexis Corbière quitte l’hémicycle.)

Cependant, même quand on a toujours raison, difficile d’être opposé à la création de 30 000 logements en trois ans, à la création d’un service civique écologique, à la solidarité à la source, ou encore à la baisse des charges pesant sur les classes moyennes !Comme ils savent tout, ils savaient qu’ils seraient opposés à vos priorités avant que vous ne les annonciez. Votre première priorité, la valeur travail, est au cœur de notre projet depuis 2017, de l’apprentissage à la retraite, en passant par la revalorisation de la prime d’activité et du Smic – une augmentation de 11 % pour ce dernier. Cela s’accompagne de la diminution du chômage, à son taux le plus bas depuis quarante ans – une diminution de dix points pour les moins de 25 ans depuis qu’Emmanuel Macron a été élu Président de la République. Nous approuvons votre diagnostic. Nous vous soutiendrons pour mettre fin à la trappe aux […]

Tout va bien !

Mais il reste tellement à faire. Monsieur le Premier ministre, vous souhaitez poursuivre la lutte contre les déserts médicaux, en régularisant les médecins étrangers présents en France et en recrutant 10 000 assistants médicaux. Vous entendez faire de la santé mentale une grande cause de l’action gouvernementale, notamment parce que vous reconnaissez l’échec du dispositif Mon soutien psy. Pour la jeunesse en particulier, vous voulez que chaque département dispose d’un service d’accès aux soins. Autant de mesures précieuses pour préserver et améliorer notre système de santé et de solidarité, qui demeure inégalé.Cependant, la NUPES a fait le choix politicien de déposer sa motion de censure avant votre déclaration de politique générale. Relisez sa motion : elle ne contient aucun argument de fond. Ses auteurs désertent le combat des idées, peut-être parce que les quatre composantes de la […]

C’est la remise des prix de fin d’année !

Il connaît les enjeux du modèle agricole, qui doit être réinventé dans ses aspects sociaux, fiscaux, et de gouvernance. Il est conscient de l’urgence, particulièrement pour les petits agriculteurs, qu’il convient désormais de mieux écouter. Vous avez ainsi, monsieur le Premier ministre, assumé avec humilité ce qui n’a pas fonctionné avec le GNR.Qu’ils soient reconduits ou nouvellement arrivés, les membres du Gouvernement sont le reflet d’un large éventail de sensibilités, qui ont montré par le passé leur volonté d’agir pour l’intérêt général.La seule lutte commune aux députés de la NUPES, décrite dans leur motion de censure, tient à leur acharnement mesquin contre la ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Pourtant, elle pourra s’appuyer sur des fondations solides : son propre bilan au ministère des sports, ainsi que le vôtre, monsieur le Premier ministre, à […]

Absolument !

Si le problème soulevé par la motion de censure ne tient pas au fond ni aux personnes, de quoi s’agit-il ? Les députés soutenant cette motion dénoncent un problème de méthode,…

Non, juste de fond !

…autrement dit, pour reprendre la formule qu’employait, avec beaucoup d’autodérision, le regretté Chandler Bing : « ce n’est pas ce que tu dis, c’est la façon dont tu le dis » ! (Sourires.)

Eh oui, c’est la chandeleur !

Quelle citation !

C’est dans Friends !

La NUPES souhaitait un vote de confiance. Ils se sont dit : il est jeune, sur un malentendu cela peut marcher, il se soumettra à un vote de confiance. Monsieur le Premier ministre, vous n’êtes pas tombé dans le panneau.

Singulière jeunesse plurielle, vous devriez lire ce livre !

Ils crient au scandale, au déni de démocratie et à la catastrophe, comme toujours. À force, nous devrons bientôt renommer Pierre et le Loup : ce sera « Jean-Luc et le loup ». Montés sur leurs grands chevaux, ils exhument les archives sur les réseaux sociaux. Ils prétendent qu’on a jamais vu ça depuis 1993. Ils enrobent le tout d’odeur de scandale et crient au déni de démocratie. Dans les commentaires, un courageux écrira qu’en situation de majorité relative, Rocard aussi s’était soustrait au vote de confiance. Les trolls de la NUPES corrigeront alors le factieux qui les contredit – car ce sont eux, souvenez-vous, qui ont toujours raison.Monsieur le Premier ministre, sur la méthode comme sur le fond, le groupe Renaissance vous fait confiance. Vous souhaitez poursuivre la construction de majorités de projets, comme nous l’avons fait pour les soixante-trois textes adoptés sans recours au […]

Oh là là !

… que des modèles déficitaires, enlisés depuis plusieurs décennies, ne vous font pas peur ; que les mots justes, simples et efficaces sont votre vocabulaire ;…

N’en jetez plus !

…que l’écoute et l’humilité sont vos atouts, avant une puissante mise en action par laquelle vous entraînez administrations et politiques.

Si avec tout ça vous n’êtes pas secrétaire d’État, il faut vous faire rembourser !

Chers collègues de la NUPES, je sens que vous êtes jaloux, pourtant j’avais dit en préambule que vous aviez toujours raison !Notre majorité vous accorde donc, monsieur le Premier ministre, toute sa confiance pour atteindre le dernier kilomètre qu’il reste à parcourir, après avoir mené les réformes profondes. Ce bout de chemin est parfois plus difficile, parce qu’il exige une attention aux moindres détails, aux effets de bord, aux décrets d’application, et à tous les Français, partout.

Les CV, c’est par e-mail qu’il faut les envoyer ! On sent qu’il reste des places !

Monsieur le Premier ministre, c’est votre première motion de censure. Ce ne sera pas la dernière, parce que nous la rejetterons, et parce qu’ils en déposeront d’autres. Ils ont crié au scandale à chaque utilisation du 49.3 par votre prédécesseure, Mme Élisabeth Borne – dont je salue l’action et le courage –, mais ils ne sont pas choqués de déposer des motions à la moindre occasion. Ils furent à peine gênés, lors de l’examen du projet de loi « immigration », en décembre dernier, de leur appel du pied, honteux mais appuyé, à leurs alliés de circonstance, la droite et son extrême. Tout cela pour s’étonner, ensuite, que le Sénat ait eu trop d’influence sur le texte final !

C’est hallucinant !

Plus d’une cinquantaine de motions de censure et de motions de rejet préalable ont été déposées. Des centaines de personnes ont été mobilisées, chacune pour des centaines d’heures. Est-ce là ce qu’attendent les Français ? Je ne crois pas. Ils attendent et reconnaissent en vous, monsieur le Premier ministre, le courage et la responsabilité nécessaires pour affronter les défis qui se dressent devant nous. Ils attendent non que nous ayons toujours raison, mais que nous ayons, avec sincérité, essayé de résoudre leurs problèmes. Ils veulent simplement que nous soyons à leurs côtés et à leur écoute, pour trouver des solutions. Les Français attendent des actions, et non des motions n’ayant aucun effet sur leur vie.J’ai donc l’honneur, chers collègues, au nom du groupe Renaissance, de vous demander de rejeter cette motion de censure qui, en vérité, n’est qu’une nouvelle motion de posture. […]

Ça mérite un secrétariat d’État !

La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.

Monsieur le Premier ministre, les victoires idéologiques du Rassemblement national se suivent et se ressemblent. Face à la mobilisation courageuse des agriculteurs, vous avez dû renier vos programmes d’écologie punitive, votre obsession sadique pour les normes abusives et votre soutien aveugle au libre-échange. Vous avez abandonné, dans vos paroles, les marqueurs du macronisme arrogant qui ruine la France depuis 2017, mais les Français verront vite que vous restez la courroie de transmission servile de la Commission européenne.Monsieur Attal, avec vous à Matignon, nos victoires idéologiques s’accélèrent.

Ah !

Ce ne sont plus seulement nos constats et nos diagnostics qui s’imposent à vous mais, désormais, nos valeurs et nos solutions.

Terrible constat !

Le précédent plus jeune Premier ministre de l’histoire de notre pays, Laurent Fabius, avait dit à haute voix que le Rassemblement national posait les bonnes questions. Vous voici, monsieur Attal, nouveau benjamin de Matignon, à reconnaître que nos réponses sont tout aussi excellentes.

Terrible !

Hélas, nous le verrons, tous vos actes contredisent – et contrediront – vos paroles. Pour fuir vos responsabilités et vos échecs après sept années au pouvoir, vous pensez pouvoir éviter de dissoudre l’Assemblée nationale en dissolvant le macronisme. Qui eût cru que vous aviez l’âme d’un kamikaze, soldat envoyé à la mort par une caste nihiliste qui se savait déjà perdue !Pourtant, cette ultime tactique du système pour conserver le pouvoir se fracassera vite sur les incohérences d’Emmanuel Macron, faisant hélas perdre un temps précieux à la France et aggravant les difficultés des Français. Les reniements idéologiques confirmés par votre catalogue de politique générale constituent autant de débâcles idéologiques pour la Macronie, de défaites en rase campagne européenne pour les bureaucrates de Bruxelles, d’humiliations pour tous les lâches qui se repaissent de la haine de la France depuis […]

Jaurès, lui, parlait des « maquignons de la patrie » !

Non content d’avoir démontré que le programme du Rassemblement national est le seul à même de réguler l’immigration et que le barrage républicain n’est qu’une escroquerie, vous avez aussi donné raison à Marine Le Pen sur la nécessité de réaffirmer la souveraineté populaire pour que les paroles politiques soient enfin suivies d’effet.En dénaturant gravement l’État de droit en faisant jouer au Conseil constitutionnel un rôle politique contraire à l’esprit et à la lettre de notre République, Emmanuel Macron a justifié qu’il faille consulter nos compatriotes par référendum pour que la volonté populaire s’impose au gouvernement des juges et aux bureaucrates européens. Nous appliquerons un adage simple : celui de la séparation des pouvoirs qui, au sens de Montesquieu, fait du juge « la bouche de la loi » – loi dont le gaullisme de la Ve République établit que son meilleur juge, son seul juge […]

Vous allez casser le micro !

Vous avez cassé nos frontières ; nous les réparerons. Vous avez cassé la politique nataliste du Conseil national de la Résistance (CNR) ; nous la réparerons. Vous avez cassé la justice fiscale ; nous la réparerons.

C’est trop long !

Vous avez cassé la politique du logement ; nous la réparerons. Vous avez cassé notre agriculture ; nous la réparerons. Vous avez cassé notre identité ; nous la réparerons. Vous avez cassé notre ruralité ; nous la réparerons.

Je vous promets que ça va être trop long pour la capsule ! (Sourires.)

Vous avez cassé les liens entre les outre-mer et l’Hexagone ; nous les réparerons. Vous avez cassé le rêve d’une Europe des peuples ; nous le réparerons.

Vous allez casser quelque chose !

Bref, vous avez cassé la France ; Marine Le Pen la réparera avec tous les Français. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RE.)

On l’avait vu venir !

Ah ! Un bon point !

Notre vertu, c’est le patriotisme ; votre vice, outre le brouhaha, c’est le mensonge !La semaine dernière, dans votre discours, monsieur le Premier ministre, vous nous avez raillés au motif que nous serions des Cassandre. Mais ignorez-vous que Cassandre avait raison et qu’elle seule aurait pu sauver sa patrie de la destruction si on l’avait écoutée ? Nous sommes fiers d’être des Cassandre, car nous savons que le macronisme est le cheval de Troie de tous les maux qui ont affaibli et qui affaibliront la France : le mondialisme, le communautarisme, le nihilisme.

J’espère que vous ne réservez pas à la France l’avenir de Cassandre !

Forgé pour tromper les Français, le macronisme n’a été et ne sera qu’une tentative désespérée du système d’unir le pire de la droite et le pire de la gauche pour se maintenir au pouvoir. Ce faisant, vous êtes, sans le savoir, le talon d’Achille d’une oligarchie qui n’aura bientôt plus d’emprise sur la France.Quand je contemple la débâcle politique de la Macronie et le mal que vous avez fait à la France, je ne peux que penser aux mots prononcés par Philippe Séguin lors de son dernier grand discours de campagne politique.

Ah non, pitié !

Il disait que la bonne conscience de gauche allait se lover dans l’argent et qu’elle allait tellement aimer cet argent. Quelle prescience ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe RE.)

Laissez les gaullistes tranquilles !

Alors que les idéaux de la gauche promettaient d’aller à l’assaut du mur de l’argent, elle en est devenue le ciment idéologique, trouvant dans quelques idiots utiles de droite des supplétifs dans sa tâche. Philippe Séguin, que je cite une nouvelle fois, avait annoncé que la gauche « du fric » et la « droite alimentaire » allaient s’allier dans un « monstrueux accouplement ». Il ne savait pas que cette coalition serait le macronisme !

Toute votre politique consiste à piller les classes moyennes et populaires, les entrepreneurs et les agriculteurs, les travailleurs et les retraités, et ce au seul bénéfice d’une caste de privilégiés qui conduit toute l’économie occidentale dans le mur, particulièrement en France et en Europe.La crise de l’agriculture le démontre encore de manière tragique. Alors que nos compatriotes ont massivement soutenu la mobilisation de Françaises et de Français qui veulent enfin pouvoir vivre de leur travail, de leurs terres, de leurs compétences, de la noble mission de nourrir notre peuple, qui veulent faire vivre notre gastronomie, qui veulent perpétuer nos traditions, vous n’avez répondu que par une énième politique du chèque. Évidemment, il n’y a eu aucune remise en cause du pouvoir exorbitant de la grande distribution, des centrales d’achat et du condominium qu’elles forment avec les […]

On les incite à partir dans ce cas ?

Arrêtez d’interrompre : c’est insupportable !

…alors que les TPE – très petites entreprises – et les PME – petites et moyennes entreprises – continueront encore et toujours de faire des efforts. La hausse exorbitante du prix des biens de première nécessité sera donc définitive. Depuis deux ans, vous n’avez fait que balader les Français sur des baisses que vous saviez ne jamais pouvoir obtenir !

Dites-nous comment faire !

Ferme-la un peu ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe RE.)

Un peu de silence, chers collègues.

Vous avez couvert la gloutonnerie des multinationales, ces profiteurs de crises qui estiment qu’ils doivent gagner toujours plus d’argent et que les tumultes de nos sociétés ne les concernent que pour trouver des prétextes à spéculer et s’en mettre plein les poches. Vous refusez le rôle d’arbitre que l’État doit jouer pour éliminer les abus ainsi que les ententes, et pour rétablir des relations loyales, mais aussi une économie saine. Vous vous prétendez libéraux, mais vous n’êtes que dans la connivence et la défense des positions dominantes.

Ça manque de fond et ça vire aux insultes !

Votre mépris systématique vis-à-vis de la France du travail et de l’entreprenariat est bien visible dans votre politique fiscale qui vise, depuis sept ans, je l’ai dit, à tondre les Françaises et les Français enracinés au profit des nomades et des oligarques, qui disposent comme bon leur semble de leurs capitaux par-delà les frontières.En tant que ministre chargé des comptes publics, monsieur Attal, vous aviez annoncé souhaiter un plan Marshall pour les classes moyennes, reconnaissant de facto qu’elles étaient en ruines après cinq ans de guerre menée par Emmanuel Macron contre la France du travail. À ce titre, vous avez ressorti la belle promesse de baisser de 2 milliards d’euros les impôts des classes moyennes d’ici à la Saint-Glinglin, tout en augmentant immédiatement de 4 milliards la taxe sur leur facture d’électricité, avant d’augmenter de 10 % celle sur le gaz à compter du 1er […]

Eh oui !

Ce mépris pour la France du travail est la raison pour laquelle vous êtes si intimement liés à l’idéologie mondialiste et aux traités de libre-échange, que vous signez au mépris de l’intérêt des Français, mais aussi au mépris même de l’écologie que vous ne défendez que lorsque cela vous donne un prétexte pour taxer nos compatriotes et leur imposer je ne sais quelle norme dont vous exemptez pourtant nos concurrents. À cet égard, monsieur le Premier ministre, je vous félicite d’avoir supprimé dix normes dans le domaine de l’agriculture : sachez qu’il en reste 399 990 ! (Mme Marine Le Pen sourit.)Vos déclarations sur les traités de libre-échange en général et sur celui que nous envisageons avec le Mercosur en particulier relèvent tout simplement de l’escroquerie politique. Vous mentez éhontément aux Français quand vous prétendez vous opposer au mondialisme ou défendre une exception […]

Tout à fait !

Cette situation ubuesque montre bien que votre propagande au sujet d’une souveraineté européenne n’est rien d’autre qu’un mensonge d’État.Une nation est souveraine ou ne l’est pas : elle ne « l’est jamais à demi », comme le notait encore Philippe Séguin. Si la Commission européenne est souveraine pour négocier des accords commerciaux, alors la France ne peut s’y opposer. Et si la France a le droit souverain de s’y opposer, alors la Commission européenne n’est plus souveraine.Monsieur le Premier ministre, la dernière fois que je vous ai interpellé depuis cette tribune, je vous ai comparé à Bonaparte, que Pie VII qualifiait de tragédien, de comédien. Vous pardonnerez mon manque de modestie en constatant que j’avais démasqué votre talent pour incarner tout et son contraire. Votre carrière est comme celle d’Emmanuel Macron : elle repose sur une véritable pyramide de Ponzi ; sur une […]

Ils vous remercient !

La NUPES jouera parfaitement ce rôle d’opposant fantoche, elle qui, par deux fois, a cocufié ses électeurs en vous offrant le pouvoir. Arrivera bien assez vite le moment où vos actes trahiront votre vraie nature d’avatar d’Emmanuel Macron.

C’est décevant ! Cela manque de fond !

Ce jour-là, ni vos comédies, ni vos tragédies ne vous sauveront. Ce jour-là, monsieur le Premier ministre, nous vous censurerons. Car n’est pas Bonaparte qui veut,…

N’est pas Philippe Séguin qui veut non plus !

…et comme le consul le disait lui-même : « Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. » Quand Jupiter vous retirera ses faveurs, la roche Tarpéienne sera si proche du Capitole ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

C’est tout ? C’est décevant ! Vous nous avez habitués à plus de fond !

Ne parlez pas de fond !

Chez vous, c’est vide !

Chers collègues, s’il vous plaît.La parole est à M. Nicolas Dupont-Aignan.

Ah ! C’est sûr, le niveau va monter !

Vous n’avez pas osé accompagner votre déclaration de politique générale d’un vote de confiance, comme il est de tradition, car vous savez que vous êtes minoritaires…

Minoritaires, mais pas seuls !

…dans cette assemblée, comme dans le pays. Ainsi, pour mettre chaque député devant ses responsabilités, cette motion de censure est la bienvenue. Je la voterai évidemment, et ce pour trois raisons fondamentales.Premièrement, vous accorder un sursis ferait de nous, députés de la nation, les complices de la pure opération de communication qu’a constituée votre nomination à Matignon. En effet, qui peut croire un instant que vous allez changer de politique ? Il suffisait d’écouter avec attention, mardi, votre déclaration de politique générale – un catalogue de mesurettes avec tant de priorités qu’il n’y en a plus aucune – pour comprendre combien vous étiez la voix de votre maître.Ne pas voter la censure reviendrait concrètement à faire souffrir davantage les Français et à faire perdre encore plus de temps à la France. Doublement des franchises médicales, explosion des tarifs de […]

C’est faux ! Vous n’avez pas écouté !

Notre dissuasion nucléaire n’a de sens et n’est dimensionnée que pour sanctuariser notre territoire national et empêcher le franchissement de ses frontières.

Et on va aussi dresser des murs comme Trump ?

L’étendre avec inconscience au théâtre européen, menacé par l’extension de la guerre en Ukraine, revient à transformer cette force nucléaire stratégique en un outil tactique pouvant déclencher une escalade nucléaire et sacrifier les Français pour une guerre qu’ils n’auraient pas voulue.

C’est faux !

C’est entièrement juste ! Relisez ce qu’a dit le Président de la République !

Vous n’avez pas écouté. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient dit la même chose !

Il est à cet égard inconcevable que notre Parlement ne se soit pas réuni, en application de l’article 35 de la Constitution, compte tenu de la fuite en avant et des livraisons d’armes toujours plus importantes d’Emmanuel Macron, obéissant servilement à l’Union européenne et à l’Otan.Sur la scène internationale, la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle n’incarne plus une voix libre, capable de défendre un plan de paix équilibré. L’heure est grave, les Français nous regardent. Pour ma part, je ne cautionnerai jamais la dérive actuelle. Seule une censure, suivie d’une dissolution et de l’arbitrage du peuple, peut enrayer l’effondrement du pays. Tout le reste n’est que bavardage dilatoire.

Vous dites cela parce que nous n’avons pas voté votre amendement à 2 % !

Il n’y a pas de réponse ?

La discussion est close. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de censure.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Je rappelle que seuls les députés favorables à la motion de censure participent au scrutin et que le vote se déroule dans les salles voisines de l’hémicycle.Le scrutin est ouvert pour vingt minutes. Il sera clos à douze heures huit.

Suspension et reprise de la séance

Yaël Braun-Pivet president · EPR #504

La séance est suspendue.

#505

(La séance, suspendue à onze heures quarante-huit, est reprise à douze heures neuf.)

Yaël Braun-Pivet president · EPR #506

La séance est reprise.Voici le résultat du scrutin :Majorité requise pour l’adoption de la motion de censure, soit la majorité absolue des membres composant l’Assemblée 289Pour l’adoption 124La majorité requise n’étant pas atteinte, la motion de censure n’est pas adoptée.

Ordre du jour de la prochaine séance

Yaël Braun-Pivet president · EPR #510

Prochaine séance, demain, à quinze heures :Questions au Gouvernement ; Discussion, en lecture définitive, de la proposition de loi visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants ; Discussion de la proposition de loi, adoptée par le Sénat, renforçant la sécurité des élus locaux et la protection des maires.La séance est levée.

#511

(La séance est levée à douze heures dix.)

#512

Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra