Séance du 8 septembre 2025 — 1e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
| N° | Scrutin | Voix | Résultat |
|---|---|---|---|
| 3054 | la déclaration de politique générale du Gouvernement de M. François Bayrou (application de l'article 49, alinéa premier, de la Constitution). | 194 / 364 | rejeté |
Tours 401 à 460 sur 460 — page 3 / 3.
L’inverse n’est pas vrai !
Je crois qu’un chemin d’espoir est possible.Évidemment, la situation est exceptionnelle dans l’histoire de notre pays. Depuis les débuts de la Ve République, jamais l’Assemblée nationale n’avait été aussi morcelée. Toutefois, si nous regardons nos voisins européens,…
Grand oral de Sciences Po !
…notre situation n’a rien d’exceptionnel. Partout en Europe, des parlements aussi divisés sont élus ; pourtant, des majorités se forment, des accords se nouent, des gouvernements tiennent. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur quelques bancs du groupe Dem. – M. Laurent Wauquiez applaudit également.)Cela suppose un changement de culture profond pour notre pays, vers la culture du compromis. Néanmoins, si nos voisins en sont capables, nous en sommes capables aussi. Nous en sommes capables, je le sais (M. Romain Daubié, M. Didier Le Gac et Mme Sandra Marsaud applaudissent), parce que la France, finalement, en a toujours été capable. C’est le Conseil national de la Résistance, où communistes, gaullistes et démocrates-chrétiens siégeaient côte à côte, qui a fondé la sécurité sociale.
Eh oui !
C’est une assemblée nationale sans majorité absolue qui a fondé les centres hospitaliers universitaires (CHU) et l’assurance chômage. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)C’est possible. La France l’a fait.
Et vous, vous le défaites !
Nous l’avons fait ; nous pouvons le faire encore. D’autant qu’il ne s’agit ici que d’une chose : bâtir un budget et trouver, pour dix-huit mois, des convergences et un accord d’intérêt général.
En faisant quels compromis ?
Faire chuter le Gouvernement n’apportera rien, sinon un peu plus de défiance envers la politique et un peu plus de retard pour notre pays. Alors, faisons enfin passer les idées d’abord et ayons le courage du dialogue ! (Les députés du groupe EPR ainsi que certains députés du groupe Dem se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et HOR.)
La parole est à Mme Mathilde Panot.
Monsieur le premier ministre, comment pourrions-nous vous faire confiance alors que vous faites confiance à Emmanuel Macron ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ce jour est historique : pour la première fois en Ve République, un gouvernement tombe à la suite d’un vote de confiance. Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas seulement vous, c’est votre politique et le monde qu’elle défend qui doivent être défaits. (Mêmes mouvements.)En effet, monsieur le premier ministre, vous n’êtes qu’un visage du sursis que le président a souhaité accorder à sa politique, le dernier visage d’une politique illégitime et obstinée.
Obstinée ? Tu t’es regardée ?
Incapables de susciter la moindre adhésion dans le pays, vous vous enferrez dans une succession de chantages mensongers. Il y a deux ans, M. Attal menaçait : « la réforme des retraites ou la faillite ». L’année dernière, c’était : « le budget ou la panne des cartes Vitale ». À présent, c’est : « l’austérité ou la mise sous tutelle du FMI ». Monsieur le premier ministre, vous ne laisserez derrière vous que le risque d’une crise financière, à force d’en agiter le spectre sur toutes les chaînes de télévision du pays. (Mêmes mouvements.)Pour vous, le futur n’existe pas, car vous sentez bien que vous appartenez au passé. Impopulaire, minoritaire, détesté, le macronisme ne gouverne plus que par la peur.Vous étiez pourtant si sûrs de vous ! Jamais un pouvoir ne s’était donné autant de mal pour faire passer en force sa politique : 49.3 en série, combines constitutionnelles, brutale répression […]
Exactement !
Votre numéro de prophète de pacotille n’amuse plus personne.Notre groupe parlementaire se félicite de n’avoir jamais adhéré à un seul de vos budgets qui nous ont conduits dans le mur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne partageons pas votre diagnostic, encore moins vos remèdes. Les spéculations hasardeuses du Mozart de la finance nous ont coûté 1 000 milliards de dette supplémentaire. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Alors que les besoins en santé, en éducation, en services publics, en investissements dans la bifurcation écologique ont explosé, vous avez privé la puissance publique de recettes précieuses. Vous avez appauvri l’État et affaibli nos services publics. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous avez baissé l’impôt sur les sociétés, supprimé progressivement les impôts de production, supprimé l’impôt de […]
Comme Mélenchon !
…comme c’est le cas de vingt-deux de vos ministres, qui ont généralement hérité de leur fortune. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Le patrimoine cumulé des ministres au pouvoir représente 104 millions d’euros : la vérité de votre politique se trouve là !Toutefois, vous n’êtes pas les seuls dans cette situation : l’extrême droite, votre assurance-vie, apprend beaucoup de vous. Après avoir refusé à huit reprises de voter la censure de votre gouvernement et empêché le débat sur la destitution d’Emmanuel Macron, la Lepénie pactise désormais avec les grands patrons. (« Eh oui ! » et applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Elle promet que son programme raciste maintiendra les fondamentaux d’Emmanuel Macron.
Très juste !
Voilà que se dessine la ligne de partage entre les projets parmi lesquels notre pays devra choisir !Le nôtre est connu (Exclamations sur les bancs du groupe RN) : diplomatie non alignée au service de la paix, relance de l’économie par la consommation populaire, justice fiscale, nouveaux droits, investissements dans la bifurcation et l’adaptation écologiques (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également), passage à la VIe République pour mettre un terme au pouvoir d’un seul au détriment de tous.
Et voter Macron à chaque élection !
En face, du macronisme à l’extrême droite, tous s’accordent sur la destruction des conquêtes sociales, les politiques climaticides, le statu quo sur la Ve République, le tout-sécuritaire et le consensus islamophobe.L’alliance entre Macronie et Lepénie contre le progrès social humain s’incarne au ministère de l’intérieur. En un an, Bruno Retailleau aura trouvé plus de temps pour tweeter sur chaque député Insoumis que pour réagir aux meurtres d’Aboubakar Cissé, de Hichem Miraoui ou de Djamel Bendjaballah par l’extrême droite. (« Quelle honte ! » et huées sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Quand il s’agit d’un défilé de néonazis, de l’agression par des fascistes du compagnon d’un député, d’une chasse aux personnes noires dans la Creuse ou encore des soixante-dix féminicides perpétrés sous son […]
Franchement !
Plus de 60 000 morts, dont un tiers d’enfants, 40 000 enfants blessés, dont la moitié est handicapée à vie, et toujours aucune sanction contre leurs bourreaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Alexis Corbière applaudit également.)
Le Hamas est responsable !
« Soyez humains si vous voulez être original ; plus personne ne l’est », disait le poète Max Jacob. Aujourd’hui, il nous incombe de renverser non seulement un gouvernement mais aussi un monde fondé sur l’inhumanité, la brutalité sociale et l’absence de solidarité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Vos ricanements quand une femme atteinte du cancer vous reproche la loi Duplomb, votre morgue, vos calculs byzantins pour vous maintenir coûte que coûte,…
Parce que vous n’en faites pas, vous ?
…les Français n’en peuvent plus.Monsieur le premier ministre, personne ne doute que le président fera surgir mille avatars pour vous succéder. À MM. Darmanin, Lecornu et à tous ceux dont les appétits s’aiguisent à mesure que les places dans le radeau se libèrent, je déclare : sachez que vous êtes les noms génériques d’une politique avec laquelle les Français veulent rompre. Si les génériques sont généralement moins chers que les originaux, vous, vous ne valez plus rien ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Nous vous alertons solennellement : tous ceux qui tenteront de sauver le soldat Macron tomberont avec lui. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent.)
Vous avez voté pour lui !
Les Insoumis ne se vendront jamais pour une place ni un ministère.Monsieur le premier ministre, vos passages en force ne passent plus. S’ils atteignent leur apogée néocolonial à l’encontre de nos concitoyens d’outre-mer, le grand nombre s’est mis en mouvement et rien ne l’arrêtera : ni le GIGN ou le Raid déployés en Guadeloupe, ni la compagnie républicaine de sécurité 8 envoyée en Martinique, ni l’armée présente en Kanaky-Nouvelle-Calédonie.
N’importe quoi !
Saccager les conditions de vie de ceux qui souffrent sans qu’ils opposent de résistance, c’est fini ! Vous avez raison d’avoir peur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Le dégoût suscité par votre politique s’est donné rendez-vous le 10 septembre. Ce jour agit comme un formidable encouragement à l’action. Avec la chute de votre gouvernement et la défaite de votre budget, le mouvement aura obtenu une victoire avant même d’avoir commencé ! (Mêmes mouvements.)À présent, il ne reste plus beaucoup d’options au forcené de l’Élysée. Si le président ne souhaite pas changer de politique, il nous faudra changer de président ! Ne lui en déplaise, en cette rentrée, la souveraineté populaire revient à la mode – le dégagisme aussi. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Partez aujourd’hui, monsieur Bayrou. Emmanuel Macron vous suit de près. Le peuple s’impatiente […]
La parole est à M. Philippe Bonnecarrère.
La France n’attend pas un gouvernement parfait ; elle attend des élus responsables. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) La proclamation des résultats du vote de ce soir, sous les applaudissements des uns et dans le silence des autres, ne fera pas disparaître les problèmes du pays. Ceux-ci seront toujours présents ; ils seront même aggravés.
Eh oui !
Nos concitoyens, nos entreprises, nos partenaires attendent de nous de la stabilité et de la responsabilité. L’objet de mon intervention est de formuler des propositions en ce sens.Stabilité et responsabilité, proposition numéro un : que le bloc central bouge en matière d’optimisation fiscale des revenus des plus fortunés. Mes concitoyens du Sud-Ouest – les classes moyennes, pour simplifier – me disent quotidiennement que les économies doivent concerner tout le monde et non pas toujours les mêmes. Ils ne nous écouteront pas si une inflexion n’est pas clairement donnée dans cette direction.Stabilité et responsabilité, proposition numéro deux – je donne de nouveau la parole aux Tarnais : l’exemple doit venir d’en haut, de Paris. La réduction du nombre d’agences, d’organismes publics, d’observatoires divers est nécessaire. Cela pourrait être inscrit formellement dans une annexe à la loi de […]
La parole est à M. le premier ministre. (« Oh non ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Pour la dernière fois !
Je ne répondrai pas aux polémiques ni aux propos insultants,…
Ne répondez pas du tout, ce sera plus simple !
…de même que je me suis efforcé, à la tribune, de ne prendre à partie ni les uns ni les autres.
Vite, apportez-lui un verre d’eau ! (Sourires.)
En effet, à mes yeux, le moment que nous vivons est important, non pas pour le premier ministre ni pour le gouvernement – pas du tout – mais pour le Parlement et pour le regard que les Français portent sur celui-ci.Premièrement, je suis frappé par les messages que nous recevons tous, minute après minute. Ce dont ils témoignent, c’est que la violence des propos tenus – qui caractérise d’ailleurs la vie politique en général – a profondément heurté. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.– Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Et la violence politique, qu’en faites-vous ?
Et la violence de la réforme des retraites ? Et la violence envers les gens qui se retrouvent à la rue ? Quelle indécence !
Si nous pouvions, par notre attitude, cesser de renvoyer cette image de violence et de mépris,…
De médiocrité !
…nous rendrions service à la démocratie, ce modèle que nous défendons. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)Deuxièmement, je veux dire à chacune et à chacun des membres du gouvernement – que je n’ai pas cités lorsque je me suis exprimé tout à l’heure à la tribune – que ces neuf mois ont procuré au premier ministre que je suis un profond bonheur. Nous avons en effet réussi – déjouant ainsi tous les pronostics – à former une équipe composée de nombreux poids lourds, unie par des liens de solidarité et d’amitié et qui, durant toute cette période, n’a pas connu une seule crise ni la moindre tension.
Allez, au revoir !
Or ce n’était pas si évident, au vu de la diversité des sensibilités représentées dans le gouvernement et des fortes personnalités qui les incarnaient. Nous avons donné l’image d’une équipe républicaine, honorable et active. Voilà pourquoi je voulais, au nom du gouvernement, remercier l’Assemblée nationale et, en tant que premier ministre, remercier les membres du gouvernement.Troisièmement, je rappelle qu’une seule question était posée aujourd’hui : la situation du pays peut-elle vraiment s’accommoder de divisions supplémentaires,…
Ce n’était pas du tout la question !
…de retards supplémentaires, de procrastination supplémentaire ou exige-t-elle que nous prenions acte de la gravité et de l’urgence des enjeux ? On sait quel sera le résultat du vote – mais ce résultat, nous n’en mesurerons pas les effets ce soir ; nous les mesurerons dans les prochaines semaines et dans les prochains mois, avec l’évolution que subira notre pays si les choses ne tournent pas comme nous le souhaiterions et avec le jugement qui sera porté sur la lucidité de la classe politique française, sur sa capacité à relever des défis et à construire une unité au service du pays.Je suis très heureux que nous ayons au moins pu défendre une vision – celle-ci : un pays ne peut aliéner son indépendance ni sa souveraineté, pas plus sur le plan militaire que sur le plan financier. Nous ne pouvons accepter d’être soumis ni à des dominants ni à des créanciers. Nous sommes responsables de […]
Le débat est clos.
Le premier ministre ayant engagé la responsabilité du gouvernement, je vais mettre aux voix l’approbation de sa déclaration de politique générale.Le vote se déroulera dans les salles voisines de la salle des séances.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Il est ouvert pour une durée de trente minutes. Il sera donc clos à 18 h 50.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-huit heures vingt, est reprise à dix-huit heures cinquante-cinq.)
La séance est reprise.Voici le résultat du scrutin sur la déclaration de politique générale du gouvernement : Nombre de votants 573 Nombre de suffrages exprimés 558 Majorité absolue des suffrages exprimés 280 Pour l’approbation 194 Contre 364 L’Assemblée nationale n’a pas approuvé la déclaration de politique générale du gouvernement. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS. – Mme Karine Lebon applaudit également.)Conformément à l’article 50 de la Constitution, le premier ministre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement.
La séance est levée.
(La séance est levée à dix-neuf heures.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra