Alors que le Festival de Cannes célèbre le septième art et la création, dans ce qu'elle a de pluriel et d'émancipateur, une annonce a sidéré le milieu culturel. Le directeur général de Canal+ a déclaré que son groupe cesserait de travailler avec les signataires d'une tribune alertant sur la concentration croissante de l'économie du cinéma entre les mains d'un seul homme, Vincent Bolloré, allié bien connu de l'extrême droite.
Derrière cette stratégie de concentration, se déploie un projet politique et culturel : imposer des thèmes, façonner un imaginaire réactionnaire, diffuser une vision rance de la société. À travers celle-ci, se dessinent les méthodes du fascisme : intimidation, menace, censure. Canal+ a été l'un des premiers symboles, avec la disparition de tout ce qui incarnait une parole libre et irrévérencieuse. Puis sont venus iTélé, le JDD , Europe 1, Grasset. À chaque fois, le même scénario : éviction, pression, lignes éditoriales transformées au service des obsessions de l'extrême droite.
Madame la ministre, vos réponses, hier dans cet hémicycle, étaient hors de propos. Vous avez regretté une réponse disproportionnée, puis rien. Aucune mesure contre la concentration des médias, aucune proposition pour soutenir le service public face à l'hégémonie de Canal+ dans le cinéma.(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.) Nous vous parlons de censure, vous répondez intelligence artificielle. Nous vous parlons de liberté de création en danger, vous répondez fleuron industriel français comme si cette menace n'existait pas. Nous évoquons les intimidations du modèle Bolloré, vous nous parlez de dialogue et d'excès de tous bords. Vous passez complètement à côté des enjeux. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR, SOC et EcoS.) Alors que Bolloré étend son empire dans le monde culturel, que faites-vous ? Quand prendrez-vous la mesure du danger qu'il représente ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC et EcoS.)
Je vais sûrement vous décevoir encore, parce que je vais dire la même chose qu'hier. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)
J'ai entendu l'émotion et l'inquiétude qui se sont exprimées. Je sais qu'elles disent l'attachement profond au cinéma, dont Cannes est la capitale mondiale cette semaine ; c'est ce qui m'importe. Le cinéma est à la fois un art, une magnifique réussite industrielle, un fleuron de notre activité internationale, une filière solidement ancrée dans nos territoires. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et SOC.)
C'est un lieu culturel de proximité : 90 % de nos concitoyens vivent à moins de trente minutes d'une salle de cinéma.
Vous le savez déjà, mais cela ne tient que grâce à l'atout maître de notre cinéma : sa diversité.
C'est ce que nous défendons. La diversité est la pierre d'angle de ces réussites. C'est dans ce seul esprit que j'évoquais hier l'importance de restaurer le dialogue, l'écoute et la confiance entre tous les professionnels et tous les talents qui font le cinéma français.
Je voudrais saluer toutes les voix, notamment celles des organisations professionnelles, qui depuis quelques jours s'expriment en ce sens et prennent leurs responsabilités.
Ne passons pas à côté de ces enjeux, car les défis sont de taille pour notre modèle culturel dont découle la diversité du cinéma français.
Nous devons nous en préoccuper. Je m'y suis employée à Cannes et c'est l'ambition qui dictera ma feuille de route pour les semaines à venir.