Séance du 16 octobre 2025 /// n°5 /// 271 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2025 -2026

Séance du 16 octobre 2025 — 5e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.

271prises de parole
54orateurs
3points à l'ordre du jour
2scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
3058 la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 86 députés. 271 / 0 rejeté
3059 la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution par Mme Marine Le Pen, M. Éric Ciotti et 56 députés. 144 / 0 rejeté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 271 — page 1 / 2.

Yaël Braun-Pivet president · EPR #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à neuf heures.)

Discussion commune et votes

Yaël Braun-Pivet president · EPR #7

L’ordre du jour appelle la discussion commune et les votes sur les motions de censure déposées en application de l’article 49, alinéa 2, de la Constitution, par Mme Mathilde Panot et quatre-vingt-six membres de l’Assemblée, d’une part, et par Mme Marine Le Pen, M. Éric Ciotti et cinquante-six membres de l’Assemblée, d’autre part.La parole est à Mme Aurélie Trouvé.

Comment faire pour parler de Gaza ? (Sourires sur les bancs du groupe RN.)

Savez-vous ce qu’est un moine-soldat ? Un homme qui mène une guerre sacrée, qui croit servir une cause supérieure et qui, pour cela, brûle tout sur son passage. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Comme les terroristes du Hamas !

C’est bien ce que vous êtes. Vous l’avez dit vous-même : vous êtes un moine-soldat, celui de M. Macron. Vous servez un pouvoir minoritaire persistant et, pour cela, vous saccagez les fondements mêmes de la démocratie. (Mêmes mouvements.)Le président Macron impose désormais son pouvoir contre la volonté du peuple. Il n’est plus garant des institutions de notre pays. (Mêmes mouvements.) Il n’a pas écouté une seule fois la colère qui s’exprimait dans les rues et sur les ronds-points. Il a volé par 49.3 deux années de retraite aux Français, il a décidé tout seul d’une dissolution de l’Assemblée nationale, puis il a ignoré le vote des Français. (Mêmes mouvements.) Battu dans les urnes, il a poursuivi une politique rejetée par le pays et il s’arroge à nouveau le droit de désigner un gouvernement de vaincus. (Mêmes mouvements.)Nous sommes, en ce moment même, à un tournant de l’histoire : la […]

Un député du groupe Dem #16

Je suis bien d’accord !

Censurer aujourd’hui, c’est exprimer notre attachement viscéral à la démocratie. C’est sauver la République du fanatisme de ceux qui prétendent aimer la France tout en la mettant sous tutelle. C’est dire à nos concitoyens que leur voix compte encore, qu’ils peuvent être respectés et qu’en ce lieu, la conscience républicaine n’est pas morte. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Monsieur le premier ministre, comme moine-soldat de M. Macron, vous avez participé, pendant huit ans, au saccage de notre économie. Il n’y a jamais eu autant d’entreprises qui ferment. Les salaires et les investissements productifs chutent, la souveraineté industrielle et la souveraineté alimentaire sont en très grave danger. Les fins de mois des Français deviennent insoutenables. Vous avez dévasté l’économie du pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Claude Raux applaudit […]

Une députée du groupe LFI-NFP #23

Exactement !

Il aura lieu sans 49.3, certes, mais le moine-soldat empruntera bien d’autres chemins pour réussir sa mission, à commencer par les ordonnances. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)J’en viens au cœur du débat de ces derniers jours : la réforme des retraites et son devenir. Ne nous y trompons pas : si ce gouvernement demeure, il poursuivra la démolition de notre système par répartition. Car la suspension annoncée n’est qu’un leurre, une tromperie, un subterfuge. Au mieux, il ne s’agira que d’un très bref report, glissé par un amendement budgétaire dont rien ne garantit la présence dans le texte final. (Mêmes mouvements.)Et même s’il s’y trouvait, cet amendement confirmerait, entérinerait la retraite à 64 ans. Il serait payé très cher par les 17 millions de retraités – une baisse des pensions de 300 euros en moyenne par an. (Mêmes mouvements.) Cet amendement sera noyé […]

Où sont-ils ?

Quelques députés du groupe RN #29

Ils ne sont pas là !

…il faudra voter tout le budget de la sécurité sociale. Je pense, par exemple, à la remise en cause de l’aide médicale de l’État (AME). Et ça, vous ne le pouvez pas – et vous le savez. (« Bien dit ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Enfin, cette grâce de M. Lecornu rouvrira la voie à la retraite par capitalisation par la conférence sociale. Vraiment, si cette pseudo-suspension des retraites est une victoire, c’est bien pour le président et pour tous ceux qui le soutiennent. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.) Mais vous tous, qui avez été élus pour abroger la réforme des retraites, allez-vous vraiment vous laisser abuser par cette aumône en trompe-l’œil ? Il n’y a que deux options, ce matin : continuer le macronisme et le néolibéralisme, ou bien rompre avec eux. (Mêmes mouvements.)Les Français ne veulent plus du chaos des marchés. Ils veulent […]

Roland Lescure ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique · EPR #34

Vous les trouvez où ?

C’est maintenant qu’il faut transformer notre production, maintenant qu’il faut censurer. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)Censure et retour aux urnes, c’est le seul espoir d’un souffle nouveau, le seul espoir de régénérer notre contrat social. Voilà le sens profond du vote de 2024 et du programme de rupture du Nouveau Front populaire, grâce auquel nous avons été élus et grâce auquel nous avons gagné ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent vivement.)Enfin, je tiens à dire aux millions de gens, aux travailleuses et aux travailleurs qui ont combattu la réforme des retraites en faisant grève et en manifestant : oui, c’est grâce à vous – et seulement à vous – que la volonté d’abroger la réforme des retraites reste aussi majoritaire à l’Assemblée nationale et dans le pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) À vous tous, qui avez […]

Jean Jaurès n’était pas un Insoumis !

La parole est à Mme Marine Le Pen.

Le général de Gaulle, pour désigner le règne des partis, avait une formule : « Le régime de malheur. » En disant cela, le Général croyait décrire le passé, celui de la IVe République. Il se voulait historien ; pour le plus grand malheur de la France et des Français, vous en avez fait un prophète !Ce régime de malheur, c’est précisément la situation politique à laquelle nous faisons face, du fait de la piteuse coalition des partis du système qui se relaient à la tête de l’État depuis cinquante ans et n’ont aujourd’hui qu’un seul but : durer, se maintenir quelques semaines de plus, au détriment du peuple et de la nation.Ce régime de malheur, toutes les institutions de la Ve République avaient été conçues pour le rendre impossible, mais, à force d’ententes électorales et d’accords de couloir, vous avez réussi à transformer notre loi fondamentale en étouffoir de la démocratie.Ce dévoiement […]

Pas par vous, madame Le Pen !

…depuis la réélection d’Emmanuel Macron en 2022. Ils ne savent même plus qui siège au gouvernement. Qui leur en voudrait ? La durée des ministres se compte, parfois, non plus en années ou en mois, mais en heures.Ce spectacle pathétique est un poison pour notre démocratie car il exaspère nos compatriotes et les détourne du goût de l’action publique. Or une démocratie ne vit que par l’énergie et par l’engagement des citoyens. J’espère donc que le théâtre des manœuvres auxquelles se sont livrés tous les partis du système depuis plus d’un an n’aura pas gravé dans le marbre, pour des millions de Français, un profond dégoût pour l’action politique.

Combien de fois avez-vous sauvé Macron, madame Le Pen ?

Venons-en au fait : la représentation nationale est aujourd’hui réunie pour décider si votre gouvernement, monsieur le premier ministre, doit être censuré au vu de votre projet de budget. Je dis « votre », pardon ; peut-être aurais-je dû dire « le budget de M. Bayrou », « le budget de Bercy » ? Ce n’est tellement pas le vôtre qu’il n’intègre même pas votre promesse au Parti socialiste de suspendre la réforme des retraites imposée, par un 49.3, par Élisabeth Borne. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Pire, la trajectoire de la réforme Borne est incluse dans votre texte – j’y reviendrai.Ce budget, donc, est un véritable musée de toutes les horreurs coincées depuis des années dans les tiroirs de Bercy ; non une année blanche, mais une année noire pour les Français, en particulier ceux qui travaillent et paient des impôts. Il y a d’abord la poursuite du matraquage fiscal […]

Roland Lescure ministre · EPR #51

C’est faux !

Sans parler du gel du barème, qui vous faisait d’ailleurs, il y a moins d’un an, pousser des cris d’orfraie, vous allez faire entrer 200 000 foyers de la classe moyenne dans le champ de l’imposition sur le revenu : sans doute une récompense pour la France qui bosse, alors que notre taux d’activité est déjà l’un des plus bas d’Europe. Il y a ensuite la poursuite de la gabegie : 28 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires au-delà de l’inflation ! Aucun effort portant sur le train de vie des administrations, aucun effort de rationalisation du maquis des agences et organismes divers qui coûtent des dizaines de milliards par an. Il y a l’absence totale d’effort touchant l’immigration, l’absence totale d’action visant à réduire, ne serait-ce que d’un euro, le chiffre des milliards que nous coûtent chaque année l’aide médicale de l’État et le dispositif fou des visas pour soins […]

Vous êtes nulle en calcul !

Enfin, et c’est sans doute le pire, il y a les mesures d’indécence sociale ; je pense à la fiscalisation des emplois étudiants, mais aussi et surtout à celle des indemnités versées par la sécurité sociale en cas de maladie de longue durée. Nous avons eu la hausse des franchises médicales, le déremboursement de médicaments, de pansements ; aujourd’hui, c’est aux plus vulnérables, à ceux qui sont éloignés de l’emploi et parfois réduits à la solitude, que vous entendez faire payer la note de vos lâchetés, de vos renoncements.Monsieur le premier ministre, je ne veux pas ajouter au débat politique, déjà marqué par le règne de la médiocrité et des effets de manche inutiles, la moindre pierre ;…

Roland Lescure ministre · EPR #56

C’est raté !

…mais quand même, sérieusement, comment voulez-vous – après des décennies de course à l’abîme – faire accepter une année de plus aux Français qu’on les spolie de leurs droits sociaux par incapacité à toucher à ceux que nous avons octroyés, de manière totalement irrationnelle, à la terre entière ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Comment pouvez-vous imaginer que le pays le plus fiscalisé, le plus socialisé au monde ne vous sanctionne pas, ne vous rejette pas, en voyant chaque année s’allonger la liste des injustices et des spoliations – toujours au détriment des Français les plus faibles, jamais au détriment de l’immigration massive, incontrôlée, qui mine nos comptes sociaux et rend nos rues de plus en plus violentes ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Tout cela alimente un climat de division […]

Non, jamais !

Ce que je viens de rappeler, monsieur le premier ministre, ce sont des évidences ; en disant tout cela, je crois et même j’espère ne rien vous avoir appris.

Vous avez voté trois fois sur quatre avec les macronistes !

Sans doute est-ce ce qu’il y a de plus lamentable dans la situation politique que nous traversons : sauf peut-être d’un quarteron de gauchistes enfermés dans le déni du réel (Mêmes mouvements), les maux de la France sont parfaitement connus, les remèdes aussi. Il ne manque qu’une chose : le courage de les appliquer. Mais quand la classe politique, pour préserver ses petits intérêts, fait le choix collectif du déni du réel, rien n’est possible.C’est précisément cela que nous vivons. Tout a révélé, au cours des derniers jours, que votre seul objectif était d’éviter de nouvelles élections, de contourner le peuple, de le réduire au silence, de l’invisibiliser. Déposant ce projet de budget, vous assumez de vous couper un membre en renonçant à la seule véritable réforme qu’Emmanuel Macron ait conduite, celle des retraites ; réforme pour laquelle, soit dit en passant, vous avez mis le pays à […]

Elle ne sert à rien !

…si les quelques LR convaincus par l’idée de la censure refusaient de voter en faveur de la motion déposée par LFI, leur sectarisme et leur égoïsme – le plus stupide et le plus obtus – condamneraient les Français à subir votre budget de malheur. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Après votre accord avec Jean-Luc Mélenchon en vue du second tour des législatives,…

Neuf fois !

…c’est donc à Olivier Faure que vous devrez peut-être votre maintien temporaire aux affaires : un dirigeant visionnaire qui, jusqu’à hier, ne savait même pas par quel véhicule juridique serait suspendue – puisque c’est là l’objet de l’accord de la honte conclu par les socialistes – la réforme des retraites d’Élisabeth Borne.

Vous avez sauvé Bayrou pendant des mois !

Issu de multiples rencontres entre vous – les alliés de M. Faure apprécieront –, cet accord n’est pas seulement honteux : il est placé sous le signe de la tromperie et de la malhonnêteté, car rien ne nous dit qu’une fois intégré au texte, l’amendement visant à suspendre la réforme Borne survivrait à un rejet du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), à une réécriture par le Sénat, au passage en commission mixte paritaire (CMP), à une censure – en tant que cavalier budgétaire – par le Conseil constitutionnel, voire à un budget par ordonnances. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Vous auriez notamment beau jeu – il s’agit en Macronie d’un sport national – de vous cacher derrière la censure du Conseil : c’est ainsi que l’an dernier, vous avez laissé vider de sa substance votre loi sur l’immigration – ce qui avait comblé d’aise, paraît-il, Emmanuel […]

Tu aurais pu parler de moi, Marine !

Voilà, monsieur le premier ministre, le visage de ceux qui vous permettront aujourd’hui, peut-être, de durer quelques semaines de plus – tous ces partis unis par la terreur de l’élection au point d’en oublier que, selon la Constitution, ils « concourent à l’expression du suffrage ». Désormais, ils sont tous d’accord pour concourir à éviter la tenue d’élections.

Mais qu’est-ce qu’elle raconte ?

Et la destitution, madame Le Pen ?

Par pudeur, je n’évoquerai pas les déclarations de vos propres alliés : entre Édouard Philippe, qui appelle à la démission du président de la République mais refuse la dissolution, et Gabriel Attal, qui dit ne plus rien comprendre à Emmanuel Macron mais continue d’afficher son soutien au gouvernement, on s’y perd. Tout cela est pathétique.

C’est vous qui êtes pathétique !

Tout cela sera bien vite, je l’espère, ravalé au rang de mauvais souvenir.La vérité, chers collègues – je conclurai par là –, c’est que vous n’échapperez pas au vote des Français. Vous aurez tout fait, tout entrepris, tout sacrifié pour éviter de retourner aux urnes, mais vous y retournerez et vous devrez, la tête basse, la mine déconfite, reparaître devant vos électeurs avec le déshonneur de ceux qui, pendant des mois, auront joué la montre. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

C’est vous qui avez fait durer le gouvernement Bayrou !

Vous avez sauvé Bayrou neuf fois !

Le Rassemblement national, lui, attend le jour de la dissolution avec une impatience croissante. Les 140 députés du RN et de l’UDR ont hâte de retourner devant les Français, car ils pourront, eux, regarder leurs électeurs droit dans les yeux ; ils pourront, eux, rendre compte avec fierté de leur action à l’Assemblée nationale ; ils pourront, eux, dire qu’ils ont fait honneur au contrat moral qui les lie à leurs compatriotes. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Votez donc la destitution du président de la République !

Ils seront, eux, les artisans du grand redressement national, au sein d’une majorité claire qui sera rendue à notre pays par son seul souverain : le peuple.Ce n’est plus à vous que je m’adresse maintenant, mais à nos concitoyens : mes chers compatriotes, ne laissez personne vous dire que nous traversons une crise politique. Ce n’est pas une crise politique, c’est une crise politicienne ; une crise de vieux partis fatigués qui n’ont pour projet que d’empêcher le Rassemblement national d’arriver au pouvoir. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Mes chers compatriotes, ne laissez personne vous dire que nous traversons une crise de régime. Ce n’est pas une crise de régime, c’est la crise d’un régime, celui des partis – et il est en train de prendre fin. Mes chers compatriotes, vous allez, demain, retourner aux urnes. La nouvelle assemblée que vous aurez élue pourra […]

La loi d’amnistie !

…le nouveau gouvernement présentera ensuite son budget, un budget reflétant les choix politiques exprimés par le vote du peuple français. (Mme Mathilde Panot s’exclame. – Protestations sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Chers collègues, s’il vous plaît !

Ce sera enfin le retour de la vraie stabilité : pas celle des postes de vieux notables fatigués, mais celle d’un pays, d’un peuple à qui nous aurons enfin redonné confiance et espérance. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Dans tous les cas, car il s’agit en démocratie d’une loi incontournable, c’est à vous, peuple souverain, que reviendra le dernier mot. Avec toute notre force et notre détermination, nous vous rendrons le pouvoir. Voilà aujourd’hui le seul chemin à prendre : celui de la démocratie ! (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent et applaudissent longuement.)

La parole est à M. le premier ministre.

Donc au premier secrétaire du Parti socialiste !

Sébastien Lecornu premier ministre #94

Mesdames les oratrices, je vous ai écoutées attentivement : ce qui me frappe le plus dans vos discours, c’est la convocation d’un peuple imaginaire, comme si le peuple ne s’était pas exprimé lors des dernières élections législatives. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)On ne peut d’ailleurs dire, madame Le Pen, que ce gouvernement ait peur du peuple (Plusieurs députés RN désignent du geste les nombreux bancs vides au centre de l’hémicycle) puisque, dans quelques instants, l’Assemblée nationale l’aura soit censuré, soit confirmé. Madame la présidente Le Pen, on ne peut dire que nous ayons peur du peuple. Vous étiez candidate à l’élection présidentielle de 2017, à celle de 2022 ; à chaque fois, vous avez été battue. (Quelques députés RN montrent la gauche de l’hémicycle en s’exclamant : « Grâce à eux ! ») Il y a eu des […]

S’il vous plaît ! Chers collègues, allons !

Sébastien Lecornu premier ministre #97

Vous savez qu’aux termes de la Constitution du général de Gaulle – que vous défendez –, les membres du gouvernement tiennent aussi leur légitimité du président de la République, qui les nomme.Je ne ferai pas un long discours, car tout a été dit lors de ma déclaration de politique générale, mais je retiens également que notre esprit de compromis, la volonté de faire en sorte que les débats aient lieu, sont au fond la meilleure pierre de touche de la bonne foi ou de la mauvaise foi. Compte tenu de l’abandon du 49.3,…

Vous êtes un 49.3 à vous tout seul !

Sébastien Lecornu premier ministre #100

…du fait que l’ensemble des débats bénéficieront du temps nécessaire (Exclamations sur divers bancs), s’exprimer à cette tribune en laissant croire à celles et ceux qui nous écoutent que la copie budgétaire remise est définitive – comme si les parlementaires n’avaient pas le loisir, le droit, la capacité de la modifier, l’amender, la transformer… (Les exclamations se poursuivent, de plus en plus vives.)

Chers collègues, pourriez-vous respecter le premier ministre lorsqu’il s’adresse à vous ? (Protestations sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP et UDR.) Je vous le demande à tous, des deux côtés de l’hémicycle : un peu de silence ! Poursuivez, monsieur le premier ministre.

Sébastien Lecornu premier ministre #102

On ne peut pas ignorer la procédure budgétaire, faire comme si le texte qui est sur la table ne devait pas être discuté. Vous ne pouvez donc pas mentir aux Françaises et aux Français en soutenant que vous voulez censurer le gouvernement sur la base d’un texte que vous ne pourriez pas retravailler.La réalité est simple : soit nous entamons les débats, soit nous entrons une fois pour toutes dans la crise politique. Cela, les députés des groupes La France insoumise et Rassemblement national doivent l’assumer. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous sommes en effet à un moment de vérité. Souhaitons-nous l’ordre républicain (Protestations sur les bancs du groupe RN) et que les débats se déroulent à l’Assemblée nationale (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP), ou le désordre et le ralentissement du pays ? Censurer le gouvernement sur un texte avec lequel on n’est […]

Vous êtes de droite !

Sébastien Lecornu premier ministre #106

…pour la première fois, l’Assemblée nationale pourrait décider de se censurer elle-même en refusant d’entamer tout débat. (Exclamations continues sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP et UDR.) L’histoire jugera très durement ces manœuvres politiciennes (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, Dem et HOR) par lesquelles on aura confondu la tribune de l’Assemblée nationale et une tribune publicitaire.L’élection présidentielle viendra. Vous aurez l’occasion de faire campagne. Pour le moment, ne prenez pas en otage le budget de la nation et celui de la sécurité sociale ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR. – Protestations sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP et UDR.)

Nul !

La parole est à M. Nicolas Metzdorf.

Le général de Gaulle (Exclamations sur les bancs du groupe RN) affirmait : « Notre Constitution est à la fois parlementaire et présidentielle, à la mesure que ce que nous commandent à la fois les besoins de notre équilibre et les traits de notre caractère. » Nul ne doute du trait de caractère unique de l’Assemblée nationale aujourd’hui. Bien que profondément divisée, elle n’a jamais eu autant de pouvoir et elle a à ses côtés un gouvernement réaliste, qui souhaite plus que jamais laisser la loi se faire au Parlement, comme l’a clairement rappelé le premier ministre. Le gouvernement propose et l’Assemblée, enfin, dispose. Il est donc regrettable que la Chambre basse envisage de se dessaisir de ce pouvoir. La censure est un acte grave, fort et solennel, qui engage la stabilité de la nation et qui doit être mis à l’ordre du jour lorsque la situation l’exige. Malheureusement, depuis quelques […]

Il a raison !

Combien de vies fauchées faut-il pour que la politique s’arrête ? On nous demande souvent de nous entendre malgré nos différences, parce que la Nouvelle-Calédonie le mérite, mais je vous retourne désormais cette requête d’unité nationale. Depuis que l’archipel a pris feu en mai dernier, nous avons connu une nouvelle assemblée et cinq gouvernements différents. Je sais que nous sommes loin, que nous sommes particuliers et que nos voix se noient dans les millions de voix de l’Hexagone, mais nous aussi, nous sommes la France !Excusez-moi d’évoquer mon territoire avec tant de gravité mais je crois, avec humilité, qu’il n’y a pas mieux placé qu’un Calédonien pour vous dire que la fracture d’un peuple est un poison qui tue même les pays qu’on pensait indestructibles. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.) Nous avons la possibilité de travailler ensemble et de dépasser nos […]

La parole est à M. Laurent Baumel.

Monsieur le premier ministre, en préambule, je tiens à vous dire que nous comprenons intimement et parfaitement les sentiments et les raisonnements qui conduisent nos collègues des autres groupes de gauche à vouloir censurer votre gouvernement. Nous comprenons et partageons l’exaspération engendrée par le spectacle accablant de ce président de la République qui, chagriné des mauvais résultats des élections européennes, a voulu lui aussi jouer à la dissolution, a perdu les élections législatives qu’il avait convoquées et s’est obstiné ensuite à en nier le résultat en ne consentant à nommer que des gouvernements à sa convenance, et cela même lorsque le prétendu socle commun qui servait de prétexte à cette dénégation démocratique a volé en éclat, il y a dix jours, sous le regard médusé du pays.En préambule, je tiens également à vous dire que notre non-censure d’aujourd’hui n’est en aucun […]

Vous vous êtes engagés sur le programme du NFP !

…et surtout pas à voter ou à laisser passer le budget récessif et injuste que vos ministres nous ont présenté. Nous ne renonçons à rien. Si vous-même ou d’autres ici en doutaient, nous rappelons le précédent de François Bayrou, qui s’était un peu vite bercé d’illusions à notre sujet. Alors, si, en dépit de ces rappels, nous faisons néanmoins le choix de ne pas vous censurer dès votre entrée en scène, c’est pour trois raisons.

Garder vos sièges, garder vos sièges et garder vos sièges !

La première tient à notre vision, je dirais aussi à notre compréhension, de la nature même de cette législature : elle est absolument inédite parce que dépourvue de majorité absolue et même relative, et elle est la première manifestation du tripartisme qui structure désormais notre période politique. Dès son avènement, les socialistes ont admis et énoncé qu’elle ne pourrait fonctionner que sur la base de compromis substantiels entre les forces qui ont composé le front républicain de juillet 2024. Dès son avènement, nous avons pris nos distances avec l’illusion d’une application intégrale du programme du NFP (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RN et LFI-NFP)…

Et Lucie Castets ?

… et nous avons conçu le gouvernement que nous avons proposé de former autour de Lucie Castets comme un gouvernement minoritaire appelé à chercher des majorités texte par texte dans l’Assemblée telle qu’elle est. Dans notre vision, cette configuration nouvelle n’est d’ailleurs pas nécessairement une régression : le système pyramidal structuré autour d’un président tout-puissant, appuyé sur une majorité pléthorique et docile, n’a pas produit, au cours des dernières décennies, un bonheur politique et une confiance dans les institutions telles qu’il faille à tout prix nous hâter de retrouver ce paradis perdu. Au moins notre assemblée reflète-t-elle largement le pluralisme réel du pays.À supposer donc qu’il soit hautement désirable, le retour à la normalité de la Ve République ne serait pas, en outre, garanti par un retour actuel aux urnes, qu’il prenne la forme d’une dissolution ou d’une […]

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez ?

La deuxième raison de notre non-censure tient à notre conception de l’action politique, celle qui a historiquement fondé l’identité du socialisme démocratique et l’a distingué des mouvements révolutionnaires ou gauchistes.Depuis toujours, nous préférons nous battre ici et maintenant, dans le cadre des institutions, pour obtenir des avancées concrètes pour celles et ceux que nous défendons, plutôt que de travailler sans cesse à approfondir des contradictions et des crises censées faire advenir des grands soirs sans cesse différés et souvent décevants.Dans le moment présent, même si nous partageons l’exaspération devant l’attitude présidentielle, nous ne sommes pas convaincus que faire tomber à la chaîne tous les gouvernements qui passent pour précipiter une élection présidentielle à l’issue incertaine soit le meilleur service que la gauche puisse rendre aux couches populaires qui ont […]

Vous n’y croyez même pas !

Vous allez devoir voter le PLFSS en bloc !

Une concession réelle, car nous connaissons l’attachement presque obsessionnel du président de la République et de vos amis pour ce totem du bilan macroniste. Nous nous souvenons de la façon dont les outils de la coercition et de l’obstruction parlementaire ont été mobilisés pour l’imposer et le maintenir coûte que coûte, face à une assemblée et un pays récalcitrants.Une avancée réelle, car nous pouvons ici ou là ergoter, minorer, dévoiler notre supposée naïveté, mais nous sommes fiers d’avoir exercé cette pression…

Vous êtes fiers d’être naïfs !

…qui permettra demain à 3,5 millions de personnes usées ou fatiguées par une vie de travail de partir plus tôt à la retraite si elles le souhaitent. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et LFI-NFP.)

Vendus !

Monsieur le premier ministre, je termine mon propos par là où je l’ai commencé. Pour la première fois de cette législature, vos amis et vous-même semblez comprendre que sa pérennité a un prix. À la différence de votre prédécesseur, vous semblez vouloir nous épargner les leçons de morale ou d’économie pour nous traiter comme on traite ses opposants en l’absence de majorité. En ne joignant pas nos voix à la censure, ce matin, nous faisons le pari que vous continuerez à le comprendre dans le débat budgétaire qui vient.

Un pari perdu d’avance !

Sur la suspension de la réforme des retraites, je vous le dis solennellement : il n’y aura pas d’entourloupe ou de ruse procédurale. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

Elle est déjà là, l’entourloupe !

L’entourloupe, c’est vous !

Quelle naïveté !

Vous êtes le garant que la suspension devienne une réalité juridique à la fin du processus budgétaire.

Vous-mêmes n’y croyez pas !

La pérennité de votre gouvernement est désormais liée à l’engagement que vous avez pris à cette tribune devant des millions de Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Monsieur le premier ministre, vous avez renoncé au 49.3. C’est un progrès démocratique…

Oh, merci, grand seigneur !

…qui permettra aux majorités parlementaires de corriger votre copie. Chacun sera mis devant ses responsabilités et assumera ici les classes sociales et les intérêts qu’il défend. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et LFI-NFP.)C’est infiniment mieux qu’un budget imposé par ordonnances, mais si vous voulez – et nous le voulons – que la France ait un budget et un gouvernement à la fin de cette année, ce geste ne vous exonère pas de la responsabilité de faire de nouvelles concessions sur la trajectoire financière, sur la justice sociale ou encore sur le pouvoir d’achat.

Allez dire ça à vos électeurs !

M. Retailleau vous accusera peut-être d’être notre otage ; ce n’est pas notre affaire. Nous demandons simplement que les idées validées par un tiers des Français lors des élections législatives trouvent leur place légitime dans le budget de la nation.Nous faisons le pari qu’une forme d’intelligence politique collective peut encore émerger du bourbier créé par l’apprenti sorcier de l’Élysée.Un automne parlementaire ne suffira pas à recréer l’amour des Français pour leurs institutions, mais nous pouvons commencer à leur redonner du crédit.

Vous n’y croyez même pas vous-mêmes !

Nous pouvons agir pour éloigner le pire, les souffrances, les malheurs, les désordres, les salissures de notre République, auxquels notre échec collectif pourrait désormais rapidement nous conduire.Voyez donc, monsieur le premier ministre, cette non-censure comme un sursis et comme un appel au sursaut. En ce mois d’octobre 2025, les Français nous regardent,…

Ah ça, oui, ils vous regardent !

…vous regardent ; ne les décevez pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

Les Français vous vomissent !

La parole est à M. Jean-Didier Berger.

Nous éprouvons ensemble l’expression d’un hiatus démocratique inédit. Il y a quinze mois, chacun d’entre nous a gagné dans sa circonscription. Pourtant, ici, personne n’est vraiment vainqueur puisqu’il n’y a pas de majorité claire.

Vous avez piqué le discours de M. Baumel ?

Par leurs suffrages, les Français ont placé entre nos mains une responsabilité démocratique supplémentaire : celle de nous mettre d’accord, de sortir des postures politiciennes, de faire preuve d’humilité et de créativité pour sortir des impasses politiques.Le vote des Français a retiré du pouvoir à l’exécutif. Vous en avez pris acte, monsieur le premier ministre, en renonçant expressément à l’utilisation du 49.3 à l’occasion de l’examen du budget de la nation. Nous avons désormais davantage de pouvoir entre nos mains. Cette responsabilité nous oblige.Bien sûr, en chacun des députés ici présents résonnent ses engagements, ses convictions, ses idées. Chacun voudrait appliquer son programme à la lettre, mais il n’y aura pas de solution chimiquement pure jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Si tel est le cas, c’est parce que nous constituons probablement l’assemblée la plus […]

Pas vraiment, non…

Pourtant, nous l’avons fait, et cela pour éviter les conséquences d’une nouvelle censure alors que la première avait déjà plongé le pays dans l’incertitude.Il nous est aujourd’hui demandé de nous prononcer une nouvelle fois sur l’opportunité d’une censure. Vous le savez, nous avons des points de désaccord importants avec ce gouvernement, à commencer par les questions budgétaires.Le Haut Conseil des finances publiques l’a dit : l’année 2025 commence à marquer le début de la réduction des déficits. Mais cette réduction passe intégralement par l’impôt et en aucun cas par la baisse de la dépense publique. Comment est-ce possible, dans le pays le plus taxé du monde et qui dépense le plus ?S’il y avait une majorité et une opposition, comme c’est traditionnellement le cas à l’Assemblée nationale, nous serions probablement dans l’opposition et nous voterions probablement contre ce projet de […]

Encore bravo…

…pas seulement parce que les Français sont très majoritairement opposés à cette censure (Exclamations sur les bancs du groupe RN),…

Vous irez le dire à vos électeurs !

…mais parce qu’il y va de l’intérêt supérieur de la nation.L’intérêt national commande aujourd’hui de trouver les voies et moyens d’un accord pour doter la France d’un budget avant la fin de l’année. L’intérêt national nous enjoint d’honorer les engagements que la France a pris auprès des instances de l’Union européenne. L’intérêt national ordonne de comprendre que sous le regard attentif et circonspect des marchés financiers, c’est la crédibilité de la signature de la France qui est en jeu.Parmi les censeurs ici présents, qui ira payer les traites exorbitantes des Français ? (Mêmes mouvements.)

Vous augmentez ces traites ! Vous n’avez pas honte ?

Qui ira consoler ceux qui se retrouveront au chômage quand des emplois seront supprimés sans que d’autres soient créés, faute de visibilité pour les entrepreneurs et les investisseurs ? (Mêmes mouvements.) Qui ira expliquer aux usagers des services publics que par votre faute, parce que vous avez créé les conditions de l’instabilité, les villes, les départements et les régions les auront supprimés ou amoindris ? (Mêmes mouvements.)

La France est déjà en faillite !

Aucun d’entre vous n’aura ce courage. Vous n’irez pas expliquer que vous avez choisi la politique de la terre brûlée, celle sur laquelle rien ne repose, celle qui se fait au détriment de l’intérêt des Français. (Mêmes mouvements.)Le choix de l’intransigeance idéologique est bien confortable pour vous. Nous ne ferons pas ce choix. Pourtant, monsieur le premier ministre, ne pensez pas que nous manquerons d’attention et de vigilance à chacune de vos décisions. Ne pensez pas que nous accepterons tout et n’importe quoi s’agissant de la réforme des retraites.Vous savez et nous savons tous, y compris ceux qui s’apprêtent à censurer et qui demandent même l’abrogation de la réforme des retraites, que cette dernière était non seulement nécessaire, mais insuffisante.

Alors, censurez !

Nous, élus responsables, serons donc obligés d’y revenir en 2027…

Vous avez fait 4 % à la dernière élection présidentielle !

…et de proposer de nouvelles solutions pour tenir compte de la réalité démographique. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Tous les autres pays européens, quelles qu’en soient les majorités politiques, constatent qu’il faut passer l’âge de départ à la retraite à 65, 67, voire à 70 ans, comme l’ont fait certains de nos voisins.

Et pourquoi pas 85 ans, tant qu’on y est ?

C’est la raison pour laquelle nous ferons le choix de la vigilance face à toutes ces décisions.Vous avez la responsabilité, et nous avons la responsabilité, de sauver notre système de retraite. Je vous invite à avoir un peu de mémoire : il y a cinquante ans, nous avions quatre cotisants pour un retraité, contre 1,5 cotisant aujourd’hui ; nous serons bientôt à un seul cotisant par retraité. Quand nous aurons moins de cotisants que de retraités, qui paiera ?Monsieur le premier ministre, vous comprendrez que la décision que nous prenons aujourd’hui est tout sauf anodine. Est-ce à dire que les députés de la Droite républicaine qui acceptent de ne pas voter la censure vous accordent une confiance aveugle ? (« Oui ! » sur les bancs du groupe RN.) En aucun cas.Ce soutien sera le plus exigeant que vous connaîtrez. Il s’exercera texte par texte, article par article, amendement par amendement.Il […]

Elle est bonne, la soupe ?

Vous en mangez aussi !

…des élus qui préfèrent instrumentaliser l’outil constitutionnel de la censure à des fins partisanes ou personnelles.Je m’adresse à ceux qui veulent profiter des circonstances pour faire prévaloir la fureur et le bruit, déstabiliser la Ve République et inventer de toutes pièces une nouvelle constitution qui n’offre aucune garantie démocratique aux Français. Vous ne parviendrez à désarmer ni la police, ni la République. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Vous y laisserez jusqu’à votre dernière énergie, parce que l’instinct démocratique du peuple français sera toujours plus fort que toutes vos manigances.Je m’adresse aussi à ceux, guère plus glorieux, qui font prévaloir les agendas personnels sur l’intérêt national. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.) En décrétant pour de mauvaises raisons que vous censurerez désormais « tout, tout le temps », en vous alignant sur […]

Absolument !

Mais peut-être était-ce au fond ce que vous souhaitiez, vous qui êtes favorables à l’abrogation de cette réforme et qui avez un programme plus à gauche que la gauche. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.) Vous prétendez n’être ni de droite, ni de gauche. En réalité, vous n’êtes ni de droite, ni de droite.

Vous êtes socialistes !

Puisqu’il n’existe finalement dans ce pays rien de plus proche que les extrêmes, je le dis à tous les censeurs : les Français – le peuple souverain – vous enverront, à travers la facture de l’histoire, le prix du mépris que vous vous apprêtez aujourd’hui à déverser avec désinvolture sur l’intérêt national.

Quatre pour cent !

Seulement 4 % à l’élection présidentielle !

À l’issue de ce vote, vous aurez entre vos mains, monsieur le premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, le dernier fil d’Ariane qui relie la confiance des Français aux députés de la nation.

Roland Lescure ministre · EPR #222

C’est vrai !

Un député du groupe RN #223

Vous êtes déjà dans la poubelle !

Il vous appartient d’en prendre le plus grand soin. Les députés de la Droite républicaine seront aussi bienveillants que vigilants – extrêmement vigilants. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe Dem. – Mme Constance Le Grip applaudit également.)

La parole est à Mme Léa Balage El Mariky.

Voter une motion de censure n’est jamais un geste anodin.

Bravo !

Ce n’est jamais une posture – en tout cas, ce n’est pas ma conception.

Ah !

C’est un acte grave.

C’est vrai !

Mais je crois qu’il y a plus grave encore : accepter de devenir les figurants d’une mauvaise pièce de théâtre présidentiel. (Exclamations sur les bancs du groupe Dem. – Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également. )La bonne nouvelle, c’est que nous, parlementaires, disposons d’un pouvoir inviolable en démocratie : celui de ne pas consentir, celui de ne pas accorder notre confiance, celui de la retirer.

C’est vrai !

La confiance du Parlement envers le gouvernement n’est jamais que l’écho de celle du peuple envers ses dirigeants. Qu’est-ce que la confiance, sinon la condition première du bon fonctionnement de notre pays ? Or cette confiance, non seulement vous ne la demandez pas, monsieur le premier ministre, mais vous ne la méritez pas. Nous ne vous censurons pas par plaisir. Nous le faisons parce que votre gouvernement, sa composition, sa direction, son intention, ne correspondent pas à ce que nous estimons juste pour le pays.Commençons par le décor, qui dit parfois l’essentiel. Je veux partager avec vous mon étonnement : dans le rang protocolaire, le ministre de l’intérieur arrive en premier, suivi de la ministre des armées. Que l’on me comprenne bien : la sécurité intérieure et nationale n’est secondaire pour personne ; mais elle ne saurait être enfermée dans les seules limites que vous lui […]

C’est vrai !

…tout ce qui leur permet de vivre dignement et de maîtriser leur existence. Monsieur le premier ministre, quelle place avez-vous accordée à l’éducation nationale et à la jeunesse ? Celle de l’arrière-plan. Et que dire de la protection de l’enfance, dont tous les signaux sont au rouge et qui n’a même pas de secrétariat d’État,…

Une députée du groupe EcoS #239

Elle a raison !

…ou encore de l’économie sociale et solidaire – 14 % du PIB ! –, privée d’interlocuteur spécifique ? Quant à la composition du gouvernement que vous nous proposez, si je ne veux retirer à personne ses qualités, il faut bien dire la vérité au sujet de ce casting : des proches du président de la République, des anciens de vos cabinets ministériels, des LR exclus…

Eh oui !

Bref, un dernier carré de fidèles, des « moines-soldats » et des opportunistes en transition vers de prochaines aventures électorales…

Exactement ! La honte !

Cerise sur l’indigeste gâteau, ce gouvernement est encore moins paritaire que les précédents. Voilà donc la modernité macroniste : un air de famille et un parfum d’entre-soi. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – Mme Elsa Faucillon applaudit également.)Allons désormais au fond des choses. Le budget que vous nous présentez n’est pas un projet pour la nation. C’est une addition d’injustices : rigueur extrême pour les classes moyennes et populaires, clémence excessive pour les ultrariches et les grands groupes, et un silence assourdissant sur le climat. Vous avez même poussé le zèle jusqu’à reprendre 80 % des propositions de M. Bayrou, celles-là mêmes que cette assemblée venait tout juste d’écarter.

Exactement !

Gel des prestations sociales et suppression des APL pour les étudiants étrangers,…

Une députée du groupe EcoS #248

C’est pire que Bayrou !

Honteux !

…hausse des timbres fiscaux pour l’accès à la nationalité française – comme si celle-ci devenait un privilège censitaire –, limitation de la durée des arrêts de travail initiaux, division par deux du fonds Vert – dont la dotation avait déjà diminué l’an passé : voici quelques exemples éloquents de vos intentions.En augmentant les franchises médicales, vous affaiblissez mécaniquement le financement solidaire de la sécurité sociale.

C’est une honte !

Vous accélérerez la financiarisation de la santé : les mutuelles augmenteront leurs tarifs, les ménages paieront, et chaque centime non remboursé par la sécurité sociale sera un coup de canif dans l’édifice du Conseil national de la résistance. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.)Quant à la suspension de la réforme des retraites, pour laquelle vous avez changé trois fois de véhicule législatif en quarante-huit heures – à croire que vous êtes devenu un défenseur de la multimodalité –, elle aurait pu être une bonne nouvelle. Mais ce que vous proposez n’est qu’un report de trois mois pour les générations nées entre 1964 et 1968. L’âge pivot de 64 ans et la cible des 172 trimestres demeurent inscrits dans la loi – vous suspendez la marche pour mieux la reprendre. Et, comme souvent, les mots enjolivent la réalité : ce que vous appelez « […]

Bravo !

Implacable !

Et quand bien même vous seriez tenu de composer avec les forces de cet hémicycle, il ne faut pas se laisser abuser : la Ve République demeure un régime où l’exécutif règne en maître sur la fabrique de la loi et dispose d’un pouvoir réglementaire si vaste qu’il peut gouverner sans nous.

C’est vrai !

Pour le dire autrement, vous laisser à Matignon, c’est assumer la droitisation de l’ensemble de nos politiques publiques. Et cela, nous ne l’acceptons pas. Mais ce qui se joue ici dépasse infiniment la question du désaccord politique. Ce qui est en cause, à travers votre nomination, c’est la manière dont le pouvoir présidentiel se conçoit et s’exerce, contre les usages, contre l’esprit d’équilibre et, à la fin des fins, contre nos concitoyens. Si nous vous censurons, monsieur le premier ministre, c’est en républicains sincères, attachés à la régularité du pouvoir et à la dignité de ses procédures.Il y a un an, le président de la République a pris l’une des décisions les plus graves de la Ve République : dissoudre l’Assemblée nationale, dans l’espoir secret que la victoire du Rassemblement national révèle son imposture.

Ça, c’est vrai !

Il n’était pourtant pas nécessaire de jouer avec la République : il suffit de les écouter chaque jour se contredire.

C’est vrai !

Ce pari dangereux s’est changé en manœuvre cynique lorsque le chef de l’État a demandé à ses candidats de refuser le barrage républicain.

Quelle honte !

Emmanuel Macron se rêvait en Churchill ; il se réveille en Hindenburg. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Et vous êtes de ceux, monsieur le premier ministre, qui ont rendu cela possible. Vous vous dites gaulliste, mais le Général aurait-il dîné en catimini avec Le Pen pour parler des conflits aux portes de l’Europe comme vous l’avez fait au printemps dernier ? Non. C’est contre cela que les Françaises et les Français ont voté : contre la banalisation de l’extrême droite, pour un vrai changement, pour la justice sociale, pour la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe GDR.)Et pourtant, nous y voilà : un président qui s’obstine à mépriser le verdict des urnes, qui nomme pour la troisième fois et demie un premier ministre à sa main, pour poursuivre la même […]

Il est tordu !

…un président minoritaire devenu hors de contrôle, qui veut rester au centre du jeu. Tout, désormais, concourt à épuiser notre démocratie. Si vous n’avez pas notre accord pour gouverner, c’est parce que nous avons encore la faiblesse de croire qu’en République, tous les coups ne sont pas permis. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS – Mme Elsa Faucillon applaudit également.)À l’heure où le vent brun souffle de nouveau sur les continents, l’entêtement du président de la République nous rapproche des démocraties illibérales, celles qui refusent le partage du pouvoir, celles qui préfèrent l’autoritarisme à la délibération. Cet autoritarisme s’est encore exprimé avant-hier, lorsque le chef de l’État, non content d’infantiliser régulièrement les Françaises et les Français, a cru bon de nous menacer : voter cette motion de censure reviendrait, selon lui, à voter la dissolution.Non […]

Voilà !

Et même s’il devait persister dans son aveuglement, vous pourriez, vous, monsieur le premier ministre, nommé pour la troisième fois – ce serait audacieux, admettons-le –, proposer une feuille de route fidèle à ce que le pays a exprimé – des mesures pour réparer vraiment la France. Je n’ai pas le droit de brandir ici le programme du Nouveau Front populaire, mais il pourrait vous inspirer utilement. Pas pour appliquer tout le programme, rien que le programme : un dixième suffirait déjà à répondre à bien des attentes du pays. Vous pourriez même vous appuyer sur des propositions déjà adoptées par cette assemblée – je pense, par exemple, à la taxe Zucman défendue par mes collègues Eva Sas et Clémentine Autain. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe GDR. – M. Pierre Pribetich applaudit aussi.)Non, la dissolution n’est pas l’issue naturelle de cette […]

Oui !

…qu’un projet commun, clair et débattu, soit présenté devant les députés, accompagné d’une question de confiance. Rien de tout cela n’a été fait.Monsieur le premier ministre, votre nomination procède d’une décision autoritaire à laquelle nous ne pouvons souscrire.

Tout à fait !

Nous refusons que la Ve République devienne une monarchie élective. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

Elle l’est déjà !

Et puisque vous ne sollicitez pas notre confiance, nous sommes contraints de vous offrir la censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS, dont certains députés se lèvent, et sur quelques bancs du groupe GDR.)

La parole est à Mme Blandine Brocard.

En prenant la parole face à vous aujourd’hui, ce n’est pas à vous que je veux m’adresser. C’est en pensant aux Français – et à eux seuls – que je parle. En effet, nous sommes là, vous comme moi, par leur volonté. Nous sommes là pour eux, rien que pour eux. À force de ne parler qu’entre nous, nous oublions à qui nous devons vraiment rendre des comptes : c’est leur voix, leur colère, leurs espérances, leurs vies que nous devons défendre – pas nos ego ni nos ambitions. Nous sommes leurs représentants et cela nous oblige profondément.Cela nous oblige à travailler, inlassablement, pour eux et non pour des jeux d’appareils ou des postures partisanes qui stérilisent le débat public et abîment notre démocratie. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Cela nous oblige à privilégier, toujours, le sens de la construction plutôt que celui de la destruction, le dialogue plutôt que le vacarme, le […]

Les Français sont convaincus !

Écoutez-la !

…de refuser tout débat avant d’essayer de comprendre, de déposer des motions de censure avant même d’avoir entendu la déclaration de politique générale du premier ministre ? Quelle étrange conception du débat démocratique ! Quelle curieuse idée de la responsabilité parlementaire !

Bravo !

Et si, au lieu d’une motion de censure automatique, vous proposiez enfin un projet alternatif, un plan B, comme le font nos voisins allemands ? Ah, pas tout à fait : là-bas, on pratique la motion de censure constructive, on ne se contente pas de dire « non », on doit proposer une autre voie et, surtout, convaincre une majorité. C’est cela, la politique : proposer, porter une vision, convaincre, pas juste taper du pied en criant « censure ! ».La situation du pays et celle du monde exigent tout l’inverse : du sérieux, de la responsabilité et du travail. Ces mots semblent devenus désuets pour certains, mais ils sont exigés par les Français. Alors écoutons-les et mettons-nous au travail – vraiment.L’urgence est de redonner du sens à la politique, de la rendre à nouveau lisible et crédible.

Pour cela, il faut un projet !

Soyons dignes des Français, redonnons du crédit à la parole publique. Refusons que la politique, avec un grand « p », soit salie, bafouée, caricaturée par le vacarme des siamois populistes et la paresse des cyniques. Alors oui, certains ici ne veulent que le chaos et d’autres prospèrent sur les peurs, sur les colères, sur les blocages qu’ils organisent eux-mêmes. Les uns et les autres rêvent d’un effondrement, car c’est la seule manière pour eux d’exister. Mais nous sommes, j’en suis convaincue, bien plus nombreux – de sensibilités différentes – à croire sincèrement à notre engagement de servir et non de se servir.À ceux qui ne cessent d’être dans les outrances et les caricatures, à malmener nos institutions, et qui jouent avec la colère et les mensonges comme on joue avec le feu, stop !

Emmanuel Macron !

Stop, car à force de tout dénaturer, c’est la démocratie elle-même que vous détruisez ; à force de tout balayer d’un revers de la main, c’est notre force d’action et de changement pour les Français que vous freinez. Finalement, ce n’est pas le gouvernement que vous affaiblissez : c’est le pays tout entier.

C’est vous qui avez tout cassé !

La France, ce n’est pas un champ de ruines partisanes, c’est un héritage commun, une exigence de chaque jour et un avenir partagé.Elle mérite tellement mieux que nos querelles d’appareils, nos indignations de façade, nos micros tendus pour un buzz. Il est toujours plus facile de dénoncer que de proposer, de critiquer que de construire, de diviser que de rassembler. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.) Mais si nous ne faisons que cela, à quoi servons-nous ?

Vous, à rien !

Pourquoi ne serions-nous pas capables, ici, de regarder ce qui nous unit plutôt que de brandir sans cesse ce qui nous sépare, de chercher le commun plutôt que la fracture, de parler de la France plutôt que de nos camps ?Pendant que nous nous invectivons, des jeunes cherchent un logement qu’ils ne trouvent pas, des familles travaillent dur et ne s’en sortent plus, des agriculteurs peinent à vivre de leur métier,…

La faute à qui ? Au gouvernement !