Séance du 2 février 2026 — 135e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 1 à 200 sur 297 — page 1 / 2.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à dix-sept heures.)
J’ai reçu le lundi 2 février 2026 du ministre de l’intérieur une communication m’informant que, le dimanche 1er février, M. Antoine Valentin a été élu député de la troisième circonscription de Haute-Savoie. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN, dont plusieurs députés se lèvent, et du groupe UDR.)
J’informe l’Assemblée que j’ai pris acte vendredi 30 janvier 2026 du dépôt de deux motions de censure en application de l’article 49, alinéa 3, de la Constitution, le premier ministre ayant engagé la responsabilité du gouvernement sur l’adoption en lecture définitive du projet de loi de finances pour 2026 : l’une déposée à 9 h 09 par M. Stéphane Peu, Mme Mathilde Panot, Mme Cyrielle Chatelain et 110 membres de l’Assemblée nationale et l’autre déposée à 11 h 14 par Mme Marine Le Pen, M. Éric Ciotti et 104 membres de l’Assemblée nationale.En conséquence, l’ordre du jour appelle la discussion et le vote sur ces motions de censure.
La parole est à M. Stéphane Peu.
Depuis 2017, les députés du groupe GDR ont refusé l’ensemble des projets de loi de finances, qu’ils aient été imposés par le 49.3 ou soumis au vote de cette assemblée. Il ne s’agit ni de dogmatisme ni de posture de notre part, mais de la manifestation d’un désaccord constant et profond sur la philosophie qui inspire la politique d’Emmanuel Macron, une politique de l’entêtement à faire peser l’effort sur le travail, les services publics et les plus modestes en protégeant les plus hauts patrimoines et les profits des grands groupes.Le projet de loi de finances pour 2026 ne fait pas exception : il ne marque ni rupture, ni inflexion, ni changement de cap. Même si l’absence de majorité vous a contraints à quelques ajustements et à quelques concessions à la marge, la cohérence d’ensemble reste la même : même doctrine, mêmes gagnants, mêmes perdants. Ce budget est l’aboutissement de choix […]
C’est dommage !
…parce que ce budget proposé pour la France poursuit envers et contre tout une politique de l’offre, malgré son échec patent et le résultat sans appel des urnes en 2024, qui imposait une alternative politique.Dès 2017, vous avez inauguré le quinquennat en osant, dans un même mouvement, baisser les aides personnelles au logement (APL) et supprimer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le ton était donné, le sillon était tracé et vous n’avez cessé, depuis, de le creuser. Depuis 2017, la suppression de l’ISF, l’instauration de la flat tax sur le capital, la baisse de l’impôt sur les sociétés ont transféré des dizaines de milliards d’euros vers les plus hauts patrimoines et les grands groupes. Ces milliards d’euros, il ne s’agit surtout pas pour vous et votre majorité de les remettre en cause.Pourtant, dans cette assemblée sans majorité, vous auriez pu faire autrement et tourner le […]
Eh oui !
Sur le pouvoir d’achat, autre attente majeure de nos concitoyens, votre budget est une copie blanche. Vous refusez d’augmenter significativement le point d’indice des fonctionnaires, de revaloriser le smic ou de mettre en place une échelle mobile des salaires indexés sur les prix.
Bien dit !
Là encore, vous persistez dans le choix fait depuis 2017 : compléter les bas salaires par des aides publiques plutôt que d’inciter les employeurs à mieux rémunérer le travail en favorisant un autre partage de la valeur.Ce budget est aussi la traduction d’une politique d’affaiblissement de nos services publics entamée dès le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Depuis 2017, c’est la même logique qui s’applique : perte de recettes structurelles d’un côté, pression permanente sur les budgets de la santé, de l’éducation et sur les collectivités de l’autre. Le projet de loi de finances pour 2026 n’inverse rien : il programme de nouvelles économies sur les services publics tout en sanctuarisant les baisses d’impôt décidées au début du premier quinquennat de la Macronie.Des milliers de postes d’enseignants vont être supprimés au moment où les besoins éducatifs sont criants. Je rappelle que […]
La parole est à M. Gaëtan Dussausaye.
Alors que nous arrivons enfin au bout des discussions budgétaires pour l’année 2026, deux options s’offrent à nous. Ce soir, ou bien votre gouvernement sera parvenu à imposer, contre toute raison budgétaire, contre tout sérieux comptable, contre toute ambition politique, un projet de loi de finances tout aussi mauvais que les précédents – c’est dire ! – ou bien, dans un ultime élan de dignité soudaine, de courage politique retrouvé et surtout de respect – je dis bien de respect ! – de la volonté du peuple, une majorité de députés aura enfin pris la sage et nécessaire décision de vous arrêter, c’est-à-dire de vous censurer.Chers collègues, souvenez-vous : cent quinze jours nous séparent du dépôt de la première copie budgétaire de ce gouvernement ultraminoritaire. Ces cent quinze jours, c’est le temps que vous avez estimé nécessaire, monsieur le premier ministre, pour user de la patience […]
Beau bilan !
Et ne parlez pas d’une immigration nécessaire à notre économie car, outre l’indécence de ce discours qui fait de la comptabilité avec les corps et les esprits des autres, les titres délivrés pour motif économique ont reculé de 13 % par rapport à l’année précédente. En bref, on accueille toujours plus, et ils travaillent toujours moins : encore l’effet Retailleau, sans doute.À ce sujet, le garde des sceaux, M. Gérald Darmanin, qui ne nous fait pas l’honneur de sa présence, toujours prompt à faire des annonces fracassantes pour exister médiatiquement, pourrait parler au reste du gouvernement de sa proposition de suspendre l’immigration régulière pendant deux ou trois ans – en particulier au ministre des affaires étrangères, puisque c’est lui qui porte seul la responsabilité de cette politique.En attendant, et malgré ces nouveaux records en matière d’immigration, rien, toujours rien sur […]
Quelle honte !
Qu’avez-vous fait concrètement pour réduire le déficit des comptes publics et vous attaquer au gaspillage de l’argent des Français ? Vous invoquez sans cesse le budget, mais cet argent n’est pas le vôtre : c’est celui des Français, en particulier de ceux qui travaillent ou qui ont travaillé.La réponse est simple : rien, absolument rien. Pas la moindre économie sur le millefeuille administratif, pas la moindre remise en cause des 1 244 agences et opérateurs publics, pas la moindre économie sur notre contribution nette au budget de l’Union européenne.Pire, vous augmentez notre contribution de 5 milliards d’euros supplémentaires. Mais au nom de qui, au nom de quoi ? Dans le même temps, la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, entend passer outre le vote des députés européens et – accessoirement, si tant est que cela vous intéresse – celui de cette assemblée […]
Exactement !
L’insincérité et le mensonge sont définitivement la marque de fabrique de ce gouvernement et, plus largement, de la Macronie. Deux exemples suffisent à l’illustrer, sans même rappeler la promesse de ne pas recourir au 49.3, promesse finalement trahie – quelle surprise ! – comme Marine Le Pen et Jordan Bardella l’avaient d’ailleurs annoncé.
Évidemment !
Je veux parler de deux exemples récents et flagrants qui concernent tous deux le vote de votre projet de loi de financement de la sécurité sociale. Je dis « votre » PLFSS, car je rappelle que tous les groupes, à l’exception de trois d’entre eux, ont permis son adoption. Des députés LR,…
Ils sont où, les LR ?
…en passant par les députés macronistes et les députés socialistes, mais aussi avec le soutien un peu honteux de députés écologistes, communistes et de quelques députés prétendument sans étiquette, vous avez tous permis le passage en force du PLFSS.Or un mois à peine après l’entrée en vigueur du texte, le Haut Conseil du financement de la protection sociale (HCFIPS) nous informe que le budget et le déficit annoncé que vous avez votés, main dans la main, sont d’ores et déjà faux. Seulement un mois après le vote – rendez-vous compte ! –, ils ne correspondent déjà plus à la réalité. Moins d’un mois suffit désormais pour que la réalité vienne s’opposer à vos propres estimations : le déficit des comptes de la sécu est désormais le pire déficit depuis la crise covid. Quelle prouesse, quel sérieux, quelle crédibilité !Second exemple : lors des débats, tous les groupes – à l’exception, bien […]
Trente-cinq milliards !
…les députés du Rassemblement national vous ont sommés de dire ici quels produits d’épargne seraient ciblés par cette décision. Les assurances vie ? Les plans d’épargne retraite d’entreprise collectifs (Pereco) ? Les plans d’épargne logement (PEL), les plans d’épargne en actions (PEA) ? Vous, mesdames et messieurs les ministres, avez affirmé, ici même, droit dans les yeux des Français, que les plans d’épargne retraite ne seraient pas concernés par cette augmentation de cotisation.
Eh oui !
Quinze jours ont passé, et les Français découvrent une nouvelle fois que vous leur avez menti : la CSG augmente bel et bien sur les plans d’épargne retraite !
Une belle bande de menteurs !
C’est pourquoi nous n’avons pas confiance en vous. Comme des millions de Français, nous ne croyons plus un seul mot, un seul chiffre, une seule annonce, une seule promesse de votre gouvernement. Dans ces conditions, accepter de ne pas censurer le gouvernement ne signifie qu’une chose : le gouvernement reste et les Français paieront.Je veux vous faire une petite confidence. (« Ah ! » sur quelques bancs du groupe RN.) Une fois n’est pas coutume, j’en veux moins au gouvernement et à sa minorité présidentielle qu’à tous ceux qui ne le censureront pas en connaissance de cause. Certes, le gouvernement est celui qui commet la faute, et qui sait très bien qu’il la commet, mais il y a aussi celui qui le regarde faire, le laisse faire et qui, d’une certaine manière, l’encourage à faire.
François Hollande !
Ne pas voter la censure, c’est plus qu’approuver le gouvernement macroniste, c’est l’accompagner et l’encourager ; c’est même y participer.Les mots que je m’apprête à prononcer ne le seront pas seulement au nom du Rassemblement national, mais au nom des millions de Français que vous connaissez, qui espèrent le changement, qui attendent l’alternance avec impatience et qui aspirent à tourner, le plus rapidement possible, la page du macronisme.Entendez et respectez ceux qui vous ont confié ce mandat, et soyez à la hauteur de celui-ci ! Votre peur des élections, du verdict des urnes et de la sagesse du peuple vous rend perméables aux pires contradictions.Je n’arrive pas à comprendre, sincèrement et du fond de mon cœur, comment on peut se dire de droite, prétendre vouloir alléger la pression fiscale qui pèse sur nos entreprises, tout en laissant faire un gouvernement qui augmente encore les […]
La parole est à Mme Hanane Mansouri.
Un défilé de talents !
On a déjà eu le RN, ce n’est peut-être pas la peine !
Aujourd’hui, ce n’est pas le Parlement qui est en cause, mais le gouvernement, car lorsqu’un exécutif n’est plus capable de faire adopter son budget, ce n’est pas l’Assemblée qui bloque, c’est le pouvoir qui vacille, faute de cap, faute de courage et de majorité.Une première question se pose : où est donc passé le front républicain ? Il y avait du monde pour nous voler les élections de 2024, mais il n’y a plus personne pour voter le budget.
Bravo !
Le recours au 49.3 n’est pas un outil de gouvernance. C’est un aveu d’échec, qui tient en un seul chiffre : 132 milliards d’euros de déficit. Voilà la réalité brute du budget pour 2026 ; le reste n’est que rhétorique, habillage et fuite en avant. Présenter un tel naufrage comme de la stabilité, ce n’est plus gouverner, c’est capituler.En déclenchant le 49.3, vous faites un choix révélateur de votre faiblesse politique. Gouverner par le passage en force n’est jamais un signe d’audace ; c’est toujours le symptôme d’un pouvoir à court d’arguments et à court de légitimité.Vous assumez désormais un déficit public à 5 % du PIB, comme si l’endettement massif était devenu une norme acceptable. Les recettes atteignent 365,5 milliards d’euros, avec un taux de prélèvements obligatoires de 43,9 %. Autrement dit, la France reste l’un des pays qui taxent le plus au monde, non pas pour mieux servir […]
Ça s’appelle la transparence !
Mais quand un budget est bon pour l’économie, on ne l’explique pas par une lettre recommandée : ses vertus se constatent sur le terrain. Quand un budget libère, les entrepreneurs investissent, embauchent et innovent ; ils n’attendent pas une lettre de Matignon. S’il a fallu invoquer la stabilité, le patriotisme économique ou la défense nationale pour justifier une surtaxe de 7,5 milliards d’euros sur environ 300 groupes, c’est bien que cette fiscalité est une ponction, pas une stratégie.Depuis quand la stabilité fiscale consiste-t-elle à prolonger indéfiniment une contribution censée être exceptionnelle ? Depuis quand la visibilité consiste-t-elle à renoncer à la baisse de la CVAE, pourtant promise, tout en demandant aux entreprises de comprendre ? Ce courrier n’était pas un geste d’apaisement, mais l’aveu que vous faites payer l’économie réelle pour financer votre incapacité à réformer […]
La parole est à Mme Françoise Buffet.
Je ne reprendrai pas à cette tribune les nombreux arguments en faveur du vote de ce budget de compromis : ils ont été largement exposés. Je veux plutôt parler du moment politique que nous vivons et de ce que nous devons au pays.Notre assemblée est plus fragmentée qu’elle ne l’a jamais été sous la Ve République. Dans ces conditions, elle peine à trouver des majorités pour engager les réformes structurelles pourtant indispensables à la solidité et au rayonnement de notre nation. Les médias se font bien plus souvent l’écho de nos querelles, des incidents de séance et des coups d’éclat permanents que des projets de fond dont pourtant nous discutons aussi.Beaucoup imaginent que les conflits de l’Assemblée nationale sont une reproduction des divisions de notre société, qui serait traversée par des failles profondes, pétrie de doutes. Pourtant, les oppositions idéologiques ne sont pas plus […]
Et alors, qu’est-ce qu’on fait de ça ?
Aux lisières de l’Europe, depuis 2022, la Russie cherche elle aussi à imposer sa loi en envahissant militairement l’Ukraine. Et dans ce concert désuni des nations, la Chine n’attend plus qu’une opportunité pour s’emparer de Taïwan. Le fragile équilibre bâti au sortir de la seconde guerre mondiale menace de voler en éclats et d’entraîner dans son effondrement le retour à l’âge des prédateurs. En cela, nous ne sommes pas loin de l’état du monde de 1957. Camus, lauréat du prix Nobel de littérature, exprimait alors cette pensée qui reste ô combien d’actualité : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »L’enjeu est encore celui-là : éviter que le monde se défasse. Ce budget doit y contribuer, et c’est pour cela qu’il est […]
Eh oui !
L’histoire est sévère avec les peuples qui se divisent au moment où ils devraient s’unir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.) Les cités grecques, épuisées par leurs rivalités, ont fini par livrer leur destin à Philippe II de Macédoine. Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping sont autant de Philippe II en puissance. La leçon des pères de la démocratie est simple : on trouve toujours de bonnes raisons d’exagérer ce qui nous sépare ; on découvre souvent trop tard qu’on en avait de bien meilleures de protéger ce qui nous rassemble. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)Mes chers collègues, voter ces motions de censure, ce serait ajouter de l’instabilité à l’incertitude. Ce serait fragiliser la France quand elle doit être forte.
Eh oui !
Ce serait juste changer de politique !
Ce serait refuser l’esprit de compromis que nos concitoyens attendent. Nous ne les voterons donc pas, pour que la France ait un budget. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
La parole est à Mme Nathalie Oziol.
Qu’elle est longue, la fin de règne de la Macronie ! Elle est longue pour le peuple, car plus personne dans le pays ne soutient la politique de ce gouvernement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Elle est longue pour nous, parlementaires, qui avons à subir le trente et unième 49.3,…
Et combien de motions de censure ? Beaucoup plus !
…trente-et-unième coup de force gouvernemental. Mais elle est surtout longue pour vous, mesdames et messieurs les derniers ministres macronistes, qui vous épuisez à déployer l’énergie du désespoir pour avancer contre le courant de l’histoire. Elle est longue pour vous, monsieur Lecornu, contraint de vous désavouer en ayant recours au 49.3, que vous aviez juré de ne jamais utiliser ! Un 49.3 annoncé du bout des lèvres, depuis le banc des ministres, dans un hémicycle vide. À force de mépriser le Parlement, même votre camp est usé par l’autoritarisme dont vous abusez…Cette motion de censure est une nécessité démocratique pour le pays – rappelons que 73 % des Françaises et des Français sont opposés à ce budget. Il est imposé sans majorité parlementaire, rejeté par le pays, et il porte une austérité brutale et idéologique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-François […]
Ça s’appelle la majorité !
Qu’elle est longue, la fin de règne de la Macronie, quand tout le monde sait, vous compris, que vous ne tenez qu’à un petit fil d’arrangements de couloirs (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), puisque le Parti socialiste s’est porté volontaire pour vous accompagner dans votre lente agonie politique. On se rappellera que c’est à cause du groupe socialiste que la motion de censure est examinée ce lundi à 17 heures (Mêmes mouvements) et non pas demain, mardi, qui était pourtant le jour prévu à l’origine pour le vote du budget. Pourquoi ce choix ? Parce qu’il est plus difficile pour les députés de région et pour les députés ultramarins, qui ont voté très majoritairement les deux premières censures, y compris pour ceux du groupe socialiste, d’être présents le lundi. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Par ailleurs, le mardi est le jour où les députés sont […]
Touche pas aux communes !
Le social-macronisme, c’est le sabotage de la transition écologique, avec des coupes de 700 millions d’euros pour MaPrimeRénov’ et de 300 millions pour le fonds Vert, qui avait déjà été divisé par deux dans le budget précédent. Le social-macronisme, c’est l’abandon des territoires les plus fragiles, avec 1,5 milliard d’euros de coupes pour l’outre-mer et une baisse de 3 % du budget de l’agriculture par rapport à 2025.
C’est faux !
Le social-macronisme, c’est une violence sociale ciblée contre les plus précaires, avec la suppression de la prime de Noël pour les allocataires sans enfant, le gel de l’aide médicale de l’État (AME) et la non-revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) au niveau de l’inflation.
Bien sûr que si !
Le social-macronisme, c’est une attaque organisée contre le logement social avec la hausse des loyers HLM pour 42 000 ménages, de 30 à 60 euros par mois.
Qu’est-ce que vous racontez ?
C’est faux !
Autrement dit, absolument aucune des vingt mesures du contre-budget présenté par les socialistes en septembre n’a été reprise dans le budget Macron-Lecornu, ni sur les classes populaires, ni sur le plan d’investissement vert, ni sur la mise à contribution des grandes fortunes. Pire, le social-macronisme, c’est le programme du Rassemblement national contre les étrangers (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), avec la suppression des APL pour les étudiants étrangers extracommunautaires et l’augmentation de 100 euros des titres de séjour.D’ailleurs, puisque ce budget reprend des propositions du Rassemblement national, avec le vote des socialistes, rappelons que le combat contre l’extrême droite, ce n’est pas un slogan le temps d’une campagne législative ou d’une prétendue primaire de la gauche. (Mêmes mouvements.) C’est une bataille permanente, et ça commence par ne céder aucun […]
Quelle honte !
C’est encore plus vrai au moment où nous parviennent les images des ratonnades organisées par la police de l’immigration de Trump aux États-Unis : chacun peut mesurer ce que fait un gouvernement qui synthétise le libéralisme et l’extrême droite ; il est de notre devoir de nous y opposer en défendant la rupture avec le système néolibéral. Et si les électrices et les électeurs ont majoritairement voté pour les candidates et les candidats du Nouveau Front populaire en juin 2024, ce n’était pas pour qu’on jette notre programme de rupture à la poubelle aussitôt élus, mais pour qu’on le mette en œuvre durant les semaines, les mois et les années à venir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est bien le Parti socialiste qui s’isole quand il tourne le dos aux engagements et au programme du NFP, pendant que la très grande majorité des députés écologistes et communistes et 100 % […]
Ce sont les mêmes !
…et le bloc populaire, social, progressiste, écologiste de celles et ceux qui tiennent la ligne de la rupture, nationalement et localement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) On aura compris que le petit calcul du Parti socialiste, c’est de s’éviter une double campagne, législative et municipale,…
C’est vraiment une obsession !
C’est la douzième fois au moins que vous mentionnez le Parti socialiste !
…car il est terrifié à l’idée de perdre des élus. Collègues socialistes, qui peut dire quelle est votre vision globale pour le pays alors que vous changez de position à chaque nouveau chantage du gouvernement ? (Mêmes mouvements.) Nous, les Insoumis, ne perdons jamais de vue l’objectif qui dicte notre action politique : tourner la page du macronisme et de ses relais politiques nationaux et locaux.C’est dans ce contexte que des représentants, des militants et des élus écologistes ont lancé une tribune dans laquelle ils revendiquent leur désaccord avec la ligne qui consiste à préférer les alliances avec le Parti socialiste…
Et une fois de plus !
…et qu’ils choisissent l’écologie de rupture. Alors que les effets de la crise climatique ne se sont jamais aussi fortement fait sentir, alors que le droit international est remis en question en plusieurs endroits du globe, à commencer par Gaza, où le génocide est toujours en cours, sous nos yeux, alors que l’extrême droite s’organise à l’échelle mondiale, je salue celles et ceux qui refusent que le projet antiproductiviste, anticapitaliste et antiraciste soit associé à la coalition PS-macroniste. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les premiers signataires étaient au nombre de 50, il y a une semaine ; ils et elles sont désormais plus de 600 à revendiquer le programme, la stratégie et le périmètre politique du Nouveau Front populaire !À celles et ceux qui nous écoutent : regardez comment votent vos députés à l’Assemblée,…
Vous votez avec le RN !
…regardez qui censure et qui ne censure pas le gouvernement,…
Regardez bien !
…et vous saurez qui est capable de tenir une ligne de rupture ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Après les élections municipales, il y aura des élections sénatoriales, une élection présidentielle et des élections législatives. Autrement dit, ce qui se passe politiquement aujourd’hui clarifie l’offre politique…
RN-NFP !
…pour les séquences électorales qui vont s’ouvrir en 2026 et en 2027. (Mêmes mouvements.)J’en profite pour rappeler qu’il ne reste plus que deux jours pour s’inscrire sur les listes électorales sur internet et quatre jours pour s’inscrire en mairie. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)Je conclus sur une célèbre citation de Louise Michel, figure de la Commune de Paris, militante révolutionnaire et féministe du XIXe siècle : « J’ignore où se livrera le combat entre le vieux monde et le nouveau, mais peu importe : j’y serai. » Tôt ou tard, nous y arriverons, aujourd’hui ou un autre jour. Peu importe où aura lieu la bataille entre le vieux monde libéral et le nouveau monde que nous défendons : nous y serons. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent.)
La parole est à M. Hervé Saulignac.
Nous arrivons au terme d’une longue, trop longue séquence budgétaire.
La faute à qui ?
J’ai une pensée pour nos compatriotes qui ont subi nos atermoiements, nos tergiversations, ces dernières semaines et ces derniers mois. Beaucoup se sont demandé : Y aura-t-il un budget à Noël ? Pour Noël, on a la réponse. Pour le reste, il me revient d’exposer les raisons qui conduiront les députés du groupe Socialistes et apparentés à ne pas approuver les motions de censure que nous examinons aujourd’hui, de sorte que, s’il n’y a pas eu de budget au pied du sapin, Cupidon veille à ce qu’il y en ait un pour la Saint-Valentin. (« Oh là là ! » sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Oui !
Ce budget ne sera pas le nôtre.
Un peu, quand même !
Il ne sera d’ailleurs le budget de personne, et c’est bien pour cela qu’il peut être celui de tout le monde. En tout cas, ce budget sera, et il ne sera pas celui de l’extrême droite.
Non, puisqu’il n’y a pas de nouveaux impôts !
D’aucuns considéreront que c’est bien peu ; les socialistes considèrent qu’éviter le pire n’est jamais bien peu et qu’à cet égard, ils ont fait leur devoir.Ils ont fait leur devoir là où Emmanuel Macron a fui le sien. En voyant s’installer une Assemblée sans majorité au lendemain de la dissolution…
Il en a une, maintenant !
…le président de la République aurait pu prendre ses responsabilités ; il a préféré les transférer à la représentation nationale. Dont acte. Depuis deux ans, nous avons assumé ces responsabilités avec clarté et constance : ni postures, ni stratégie du chaos, ni ralliement. Nous avons fait le choix de servir les Français plutôt que de nous servir nous-mêmes, et il n’est pas question de nous en excuser. Nous avons fait le choix de ne pas censurer a priori et de participer activement au débat, avec l’exigence que nous devons à nos concitoyens. Lorsque ces exigences ont été méprisées, nous avons censuré sans état d’âme.
Exactement !
Ce fut le cas quand le gouvernement Barnier tendit la main à l’extrême droite ou quand le gouvernement Bayrou s’enferma dans ses certitudes.En cela réside notre principale divergence de vues avec le reste des forces de gauche. Je veux croire que cette divergence relève surtout de la méthode et qu’elle n’est pas insurmontable. En effet, les forces de gauche ont presque toujours uni leurs voix lorsqu’il s’est agi de défendre des mesures budgétaires fortes et nécessaires pour le pays. Aucune voix de gauche n’a manqué ni ne manquera jamais pour défendre la taxe Zucman, pour rétablir l’ISF, pour dénoncer les 200 milliards de cadeaux fiscaux faits à quelques grands patrons ou encore pour défendre la décarbonation de notre économie.
Ce sont les actes qui comptent !
Malheureusement, qu’on le veuille ou non, ces mesures se sont heurtées à deux réalités. La première est arithmétique : 35 % de l’Assemblée à gauche, ce n’est pas une majorité permettant d’adopter des mesures.
Donc vous avez décidé de voter avec les macronistes !
La seconde est politique : le macronisme n’a jamais tiré les leçons de ses échecs et n’a jamais abandonné son mantra néolibéral, refusant notamment de faire le moindre pas vers une fiscalité plus juste. C’est ainsi que le bloc central est devenu le trou noir dans lequel disparaissent un à un les astres morts de la Macronie.
Vous êtes entrés dedans !
L’élection présidentielle de 2027 donnera l’occasion aux Français de sortir de cette séquence, mais avant cette échéance, nous avons encore un budget sur le bureau. Deux chemins s’offraient à nous pour aborder celui de 2026. Le premier consistait à se jouer d’une Constitution qui n’a pas été pensée pour une Assemblée sans majorité. Nous pouvions bloquer les institutions dans l’espoir d’une hypothétique censure,…
Donc il y avait une majorité !
…d’une hypothétique dissolution, d’une hypothétique présidentielle anticipée et de son hypothétique résultat.
Vous vous êtes alliés avec la bien réelle Macronie !
Nous aurions alors laissé de côté, pendant ce temps, les difficultés d’accès au logement des Français, la baisse de pouvoir d’achat, les faillites d’entreprises ou encore les besoins de notre armée face aux défis du monde qui, eux, ne sont pas hypothétiques.L’autre chemin, que nous avons choisi, est celui du débat parlementaire et du rapport de force. Nous l’avons choisi parce que les socialistes sont en prise avec les réalités du pays, qui arrivent à leurs oreilles et s’exposent à leur regard. Ceux qu’elles accablent nous demandent de ne pas précipiter la France dans l’inconnu, pour ne pas ajouter de l’angoisse à leur angoisse. Or quand les socialistes se tiennent aux côtés de ceux qui ne vont pas bien, ils sont à leur place, ils sont là où ils doivent être, aux côtés des personnes vulnérables, aux côtés des salariés, aux côtés des commerçants et des artisans, aux côtés des jeunes et […]
Tout comme Emmanuel Macron !
C’est ce chemin que nous avons emprunté avec un petit bataillon de députés – guère plus de 10 % de cet hémicycle –, dans le seul but de repousser des périls, d’arracher des progrès et de faire bouger les lignes d’un budget dont la copie finale est très éloignée de la copie initiale.Je me suis récemment rendu dans un lycée où un élève m’a posé une question très directe, avec ses mots à lui : « Ils ont servi à quoi, les socialistes, ces derniers mois ? » (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Très bonne question !
Bonne question ! À rien !
C’est une question presque brute, mais elle contient, dans sa simplicité, la profondeur des grandes interrogations populaires. Eh bien, les socialistes ont servi. Ils ont servi à suspendre une réforme des retraites injuste (« C’est faux ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) pour que les Français tranchent cette question souverainement lors de la prochaine élection présidentielle.
Bravo !
Ils ont servi à repousser l’année blanche, faute de quoi le pouvoir d’achat des retraités aurait été rogné et les prestations sociales gelées. Ils ont servi à défendre les Français qui travaillent, en négociant une hausse de la prime d’activité.
Eh oui !
Ce n’est pas une augmentation des salaires, c’est une arnaque !
Ils ont servi à remettre la jeunesse de ce pays au centre des débats, en préservant les moyens consacrés aux bourses étudiantes et en entérinant le repas à 1 euro. (M. Boris Vallaud applaudit. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Ils ont servi à faire voter des mesures d’urgence pour nos agriculteurs et pour les territoires ultramarins, toujours écoutés, rarement entendus.
Une phrase, un mensonge !
Enfin, les socialistes ont servi à écarter le spectre de l’extrême droite,…
Ah non !
…évitant ainsi un nouveau scénario Barnier, donc un budget antisocial, anti-étrangers, anti-progrès ; bref, anti-tout.
Vous avez fait adopter un budget raciste !
Les socialistes ont fait le choix de servir les Français, de les protéger, plutôt que d’alimenter le mythe d’un chaos d’où pourrait sortir un monde meilleur. Ce budget est-il pour autant le nôtre ? Certainement pas. Ses lacunes, nous les connaissons par cœur. La facilité eût été de les exploiter pour censurer le gouvernement ; nous n’avons pas choisi la facilité. Nous avons refusé de nous laisser enfermer dans l’impuissance des postures. Oui, il manque encore des postes d’enseignants.
Ce n’est pas qu’il en manque, c’est que vous les supprimez !
Oui, il manque des moyens pour la transition énergétique. Oui, il manque des crédits pour soutenir l’aide au développement. Oui, il manque des mesures pour mettre davantage à contribution les milliardaires qu’Emmanuel Macron n’a jamais cessé d’épargner. Ces insuffisances budgétaires auraient probablement mérité une plus grande mobilisation de la gauche pour qu’elles soient, peut-être, corrigées.
Bravo !
Cela n’a pas été le cas. C’est ainsi. Nous respectons les choix de chacun.Fallait-il faire tomber un troisième gouvernement en deux ans sur un budget qui, certes, n’est pas le nôtre, mais sur lequel nous avons pesé pour en améliorer significativement les contours ? Cette question se pose dans un contexte inédit, fait d’une situation politique sans majorité possible, d’un antisémitisme rampant,…
Oui !
…d’un racisme décomplexé,…
Oui !
…d’une guerre en Ukraine qui n’en finit plus, d’un impérialisme américain qui met l’Europe à l’épreuve.
Il y a aussi Gaza !
Ce contexte, c’est aussi l’exaspération de nos concitoyens fatigués du cirque parlementaire (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP),…
Eh oui !
Il a raison !
…le cri d’alarme de nos paysans, l’angoisse des chefs d’entreprise qui avancent dans le brouillard. C’est à l’aune de ces réalités vécues et sur la base d’un budget de compromis…
De compromission !
…que nous avons pris la décision de ne pas censurer le gouvernement. Cette non-censure n’est ni un blanc-seing ni un renoncement.
Vous avez été élus sur un programme de rupture !
Cela fait longtemps que vous vous êtes assis sur le programme ! (M. Jérôme Guedj parle en direction des bancs du groupe LFI-NFP.)
Elle est la marque de notre capacité à faire un choix exceptionnel dans un moment politique exceptionnel, après des semaines de négociations difficiles. Elle n’est pas non plus, monsieur le premier ministre, un solde de tout compte. Notre main n’a jamais tremblé lorsque les promesses n’étaient pas tenues, alors soyez certain de notre vigilance quant à la bonne exécution des engagements qui ont été pris devant nous et surtout pour les Français. Si nous, socialistes, faisons le choix de clore cette séquence budgétaire, nous ne renonçons à rien et certainement pas à l’idéal républicain qui nous a servi de guide dans ces débats budgétaires et qui demeure notre indéfectible boussole. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Bravo !
Des paroles sages !
Vous voulez que nous fassions la liste de tout ce à quoi vous avez renoncé ?
Vous avez renoncé à être de gauche !
La parole est à M. Nicolas Ray.
Nous voilà arrivés au terme – nous l’espérons – de cette discussion budgétaire qui occupe notre assemblée depuis quatre mois. Après 286 heures de débats, en commission puis en séance, et plusieurs milliers d’amendements, nous sommes enfin en mesure de doter la France d’un budget. Ces débats ont été longs – trop longs, selon certains –, mais je note avec un peu d’humour que nous avons trois jours d’avance par rapport à l’an dernier, puisque les dernières motions de censure contre le budget du gouvernement Bayrou avaient été rejetées le 5 février. Finalement, vous n’êtes pas si en retard, monsieur le premier ministre ! On se rassure comme on peut. Ces débats ont été longs, trop longs, et il serait utile que nous repensions nos procédures parlementaires. Je sais, madame la présidente, que vous avez lancé une réflexion sur ce sujet ; nous vous en remercions.
Une très bonne réflexion !
Une fois encore, nous avons passé trop de temps à débattre des recettes en séance, du fait de l’obstruction de certains groupes de gauche qui ont multiplié les amendements, nous empêchant d’examiner les dépenses dans l’hémicycle. Il n’est pas normal que le Parlement soit privé du débat relatif aux dépenses. À titre personnel, je pense que nous devrions commencer l’examen du budget dès le début du mois d’octobre ; je sais que ce n’est pas de votre fait, monsieur le premier ministre, mais cela n’a pas été le cas depuis deux ans. Je pense aussi que le temps législatif programmé, qui limite le temps de parole de chaque groupe en fonction de son importance, devrait être appliqué à l’avenir aux textes budgétaires.Ces débats ont été longs, mais utiles : chaque groupe a pu s’exprimer et faire valoir ses convictions. Merci, monsieur le premier ministre, d’avoir laissé au Parlement le temps de […]
Il y a un budget : la loi spéciale !
Surtout, pendant que nous débattons, le monde ne suspend pas sa marche. L’horloge de l’histoire tourne et, ces derniers mois, accélère. Nous traversons une période de forte turbulence sur la scène internationale. Aux portes de l’Europe, la Russie poursuit son agression en Ukraine ; la Chine a réalisé récemment des manœuvres militaires vers Taïwan et poursuit sa stratégie de prédation industrielle et commerciale ; enfin, le président américain nous donne chaque jour des motifs de douter de la fiabilité de nos alliés.
Quelles conséquences tire-t-on de tout cela ?
La seule alternative à ce budget serait la censure du gouvernement ; c’est sur ce choix que nous avons à nous prononcer aujourd’hui. Je vous le dis clairement : il serait fou de renverser le gouvernement (Sourires sur quelques bancs du groupe RN) et de laisser la France sans budget dans le contexte actuel. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Les LR ont pris des figurants pour applaudir !
Face aux menaces qui pèsent sur la France et sur l’Europe, le pays ne saurait être un bateau ivre sans gouvernement et sans budget. Ce budget, même s’il est imparfait, accroît de 6,5 milliards d’euros les moyens de nos armées ; qui ici peut prétendre que nous pourrions nous passer de cet effort de réarmement ? Ce budget, aussi imparfait soit-il, donne aussi un cadre fiscal et financier aux collectivités, aux entreprises ou encore aux agriculteurs ; or pour tous ces acteurs, l’incertitude est le pire des poisons. Une France sans budget et avec des déficits non maîtrisés, c’est une France affaiblie et isolée au sein des institutions européennes.
Arrêtez de dire qu’il n’y a pas de budget !
Nous avons récemment perdu certains votes importants au niveau européen – je pense au traité avec le Mercosur –, mais nous avons d’autres combats à mener, notamment en ce qui concerne la politique agricole commune (PAC).Venons-en désormais au contenu du budget. Dès le début de la discussion budgétaire, notre groupe et son président Laurent Wauquiez ont défendu une ligne claire : baisser nos dépenses et surtout ne pas augmenter les impôts.
Raté !
Nous avions proposé davantage d’économies sur la dépense que n’en contient le budget final. Nous reconnaissons toutefois qu’un effort a été fait. La dépense publique rapportée au PIB baissera en 2026, quoique légèrement : elle passera de 56,8 % du PIB à 56,7 % du PIB. Davantage d’économies auraient été possibles, notamment sur les opérateurs et agences de l’État. Le rapporteur général, Philippe Juvin, avait proposé de plafonner au niveau de l’année passée les taxes affectées, ce qui aurait permis d’économiser 1,2 milliard d’euros.
Encore raté !
On sent que certains sont affectés par les taxes !
Vous avez partiellement repris cette proposition – c’est déjà cela – en plafonnant les taxes affectées à l’Agence nationale de l’habitat (Anah), à l’Association nationale pour la formation automobile (Anfa), aux agences de l’eau ou encore à l’Agence nationale du sport (ANS).Dans le même esprit, nous soutenions la proposition du rapporteur général d’une économie globale de 2,5 % sur l’ensemble des ministères non régaliens. Là encore, il ne s’agit pas d’opérer des coupes aveugles, mais simplement d’inciter les administrations à se réformer.
Mais là, tout le monde est à l’os, en fait !
Ce n’est pas en augmentant tous les ans les crédits que nous garantirons un meilleur usage des deniers publics. Chaque ministère doit faire un effort dans son périmètre pour optimiser son fonctionnement et chasser les dépenses superflues.Une analyse réfléchie montre que l’un des mérites de ce budget ne réside pas tant dans les mesures qu’il contient que dans celles qu’il ne contient pas ou plus. En ce qui concerne les recettes, nous revenons de loin. Au début de la discussion budgétaire, nous avons vu fleurir des propositions plus insensées les unes que les autres, notamment sur les bancs de la gauche. On nous annonçait l’augmentation des droits de succession, la taxation des assurances vie, l’instauration de la taxe Zucman, le rétablissement de l’ISF, la hausse du coût du travail avec la réduction des allègements de charges sur les salaires ainsi que la remise en cause de dispositifs […]
Grâce au RN !
N’oublions pas non plus que le texte initial du projet de loi de finances tel que l’avait préparé le gouvernement de François Bayrou prévoyait le gel du barème de l’impôt sur le revenu, qui devait entraîner une hausse de 1,9 milliard d’euros des impôts pesant sur les ménages. Grâce à l’adoption d’un amendement déposé par le groupe DR, le barème de l’impôt sur le revenu sera entièrement indexé sur l’inflation.
Grâce au RN !
La rédaction initiale du PLF prévoyait également le gel des retraites et la remise en cause des abattements fiscaux sur les retraites, ce qui aurait accru de 1,2 milliard les impôts pesant sur les retraités. Là encore, grâce à l’adoption des amendements de la Droite républicaine, ces mesures ont été repoussées.
Grâce au RN !
Le gouvernement avait annoncé vouloir supprimer la réduction d’impôt sur les frais de scolarité ; or cette mesure, qui aurait accru de 450 millions les impôts pesant sur les familles, a également été annulée. Des taxes sur le vapotage et sur le plastique étaient prévues, tout comme la fiscalisation des pourboires et le durcissement du malus automobile. De tout cela il n’est plus question. Grâce au travail et à la mobilisation des députés de la Droite républicaine (Rires sur les bancs du groupe RN),…
Il n’y a personne !
…il n’y aura aucune hausse d’impôt sur la France qui travaille ou qui a travaillé toute sa vie.Merci, monsieur le premier ministre et madame la ministre, d’avoir entendu nos demandes, et surtout d’avoir entendu les demandes des Français, qui ne supportent plus les hausses de fiscalité qui découragent et qui pénalisent toujours les mêmes : ceux qui travaillent, ceux qui entreprennent, ceux qui font la croissance de notre pays.
Ça se voit depuis huit ans ! (Sourires sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Il est totalement faux de prétendre que ce budget est un budget socialiste. (« Ah ! » sur les bancs du groupe EPR.)
C’est évidemment faux !
S’il était socialiste, ce budget aurait inclus la taxe Zucman,…
Oui !
…une très large taxe sur les holdings…
Oui !
…et la surtaxation de l’assurance vie. S’il était socialiste, ce budget aurait accru la fiscalité sur les ménages et le patrimoine. Enfin, s’il était socialiste, le groupe socialiste l’aurait voté des deux mains. Ainsi, ce budget n’est ni de droite ni de gauche. Il est imparfait, à l’image de cette assemblée, néanmoins il est nécessaire.Si ce budget demeure imparfait, c’est d’abord parce qu’il n’engage pas les réformes profondes dont notre pays a besoin. Comme nous le dit souvent notre collègue et ancien premier ministre Michel Barnier en reprenant les mots de Pierre Mendès France, prenons garde de « ne jamais sacrifier l’avenir au présent ». Pourtant, les décisions courageuses sont repoussées et le déficit, estimé à 5 % pour 2026, s’il est en diminution, reste encore bien trop élevé. Vous l’avez compris, pour nous, une vraie réforme implique une baisse drastique des dépenses, qui […]
Arrêtez avec ça ! 211 milliards d’euros d’assistanat pour les entreprises, c’est bon !
Vous connaissez notre volonté d’instaurer une aide sociale unique plafonnée, pour que le montant cumulé des aides ne soit jamais supérieur aux revenus du travail. (Mêmes mouvements.)Les baisses doivent aussi toucher, sans démagogie, les dépenses liées à l’immigration. Il faut faire preuve de courage et de précision. Je pense notamment à l’AME,…
Oh là là ! Quelle honte !
…sur laquelle j’ai eu l’occasion de faire des propositions crédibles et mesurées en tant que rapporteur de la mission Santé. Notamment issues du rapport de M. Stefanini et de M. Evin, ancien ministre socialiste, ces propositions, largement partagées par les Français, ont malheureusement été sacrifiées sur l’autel du compromis.Si ce budget est imparfait, c’est aussi parce qu’il n’y a pas de majorité dans cette assemblée et qu’aucun groupe ne peut prétendre imposer son programme.Faire adopter un budget dans une telle assemblée relève de l’exploit, monsieur le premier ministre. Pendant des mois – je le reconnais –, vous avez été écartelé entre ceux qui, comme nous, réclamaient moins de dépenses et moins d’impôts et ceux qui réclamaient strictement l’inverse, notamment le groupe socialiste. Vous avez donc tenu compte des équilibres fragiles de cette assemblée que les Français ont élue il y […]
La fraude sociale, c’est un dixième de la fraude fiscale !
Pour lutter contre la délinquance et renforcer la protection de nos forces de sécurité, nous vous demandons de réinscrire notre proposition de loi visant à reconnaître la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions, qui a fait l’objet d’une obstruction intolérable de la part des groupes Insoumis et écologistes lors de notre niche parlementaire. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Pour mieux valoriser le travail, nous vous demandons de reprendre notre proposition de loi adoptée au Sénat, qui doit laisser aux salariés des boulangeries et des fleuristes la liberté de travailler le 1er mai et d’être payés double.
Pour valoriser le travail, commencez donc par augmenter les salaires !
Ce texte, s’il est voté d’ici le 1er mai, empêchera que des amendes puissent être infligées à nos commerçants et inscrira dans la loi un accord approuvé par la confédération et les syndicats majoritaires de la boulangerie.Mes chers collègues, pour faire des mois qui nous restent des mois utiles pour les Français, nous avons besoin d’un budget et de stabilité. Pour toutes ces raisons, nous refuserons de mêler nos voix à une alliance des contraires, une alliance des contestataires qui serait bien incapable de faire adopter dans cette assemblée un budget alternatif. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne voterons donc aucune des motions de censure, car il est grand temps de donner à la France un budget. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Bravo !
La parole est à Mme Sandrine Rousseau.
Quand le libéralisme vacille, il sacrifie la démocratie. Quand le capitalisme s’essouffle, la guerre est son débouché. Quand le féminisme progresse, le masculinisme devient violent. Quand la croissance est atone, le colonialisme devient la solution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Nous sommes là, dans cet entre-deux, ce clair-obscur d’où peuvent surgir les monstres. Vous le savez, au fond, votre projet ne prend plus ; il ne séduit plus. Ô mon beau miroir, dis-moi qui a la plus belle croissance ! Personne, plus personne, répond le miroir.Parce qu’aucune des lois de l’économie n’est universelle, aucune ne s’impose à l’humanité. L’économie avec ses règles est une construction humaine ; il n’y a pas de science derrière ses dogmes ni d’évidence derrière ses lois. Aucun de ses préceptes ne nous impose de travailler plus, de produire plus, de consommer plus. Seuls les […]
Exactement !
Une pièce de théâtre vous fait toujours un peu réfléchir. Il est important que ce théâtre aille partout, qu’il se déplace et prospère, que les troupes voyagent, que les champs soient mobilisés l’été et les gymnases l’hiver, que les gens aient encore du bien commun en dehors de la supérette et des informations, qu’ils partagent ces précieux moments de bonheur et ces liens indispensables qui fondent notre vie en société. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Mais ça aussi, vous le grignotez : le budget de la culture diminue de 175 millions d’euros.L’année dernière, l’économie sociale et solidaire a connu un plan de licenciement aussi brutal et intense que silencieux. Cette année, qui sera touché ? La culture, qui ne sert à rien dans vos esprits, alors qu’elle est essentielle quand les temps se troublent ?Pour les acteurs de la culture, pour les enseignants et […]
La parole est à M. Marc Fesneau.
Quatre mois – certains diront même sept mois – nous séparent de la présentation du premier projet de budget pour 2026 par François Bayrou.C’est dire combien le temps a pu paraître long – pour vous, pour nous, pour les Français, les chefs d’entreprise, les responsables associatifs, les élus locaux et, bien sûr, de nombreux responsables politiques – avant d’atteindre cet objectif essentiel : doter la France d’un budget.
Cette introduction aussi paraît un peu longue !
L’impatience, la colère et l’incompréhension étaient réelles.Tout, pourtant, aurait dû nous inciter à la responsabilité : la guerre à nos portes, les alliances bouleversées, l’État de droit fragilisé, les guerres commerciales ainsi que les dérèglements économiques et climatiques majeurs.Malgré cela, les patients ingénieurs du chaos, dont certains sont présents dans cette assemblée, ont cru possible de continuer à danser sur le volcan, sans changer, sans évoluer, sans faire les pas nécessaires. Ils ont pensé que l’impuissance et le blocage pouvaient tenir lieu de politique et rendre service à notre pays.Depuis le début, la conviction des Démocrates a été claire et constante. Il y avait une exigence : disposer d’un budget pour avancer. Une seule méthode était possible, compte tenu de la configuration de cette assemblée : le dialogue et le compromis.C’est le choix que nous avons fait avec […]
C’est beau comme du Bayrou !
C’est sortir de la logique du tout ou rien et rechercher un point d’équilibre réaliste, pour la France et pour les Français.Le compromis, ce n’est pas additionner les demandes, surtout lorsqu’elles sont démagogiques. C’est arbitrer, hiérarchiser, construire une cohérence d’ensemble. Disons-le clairement : un compromis ne peut jamais être présenté comme une victoire sur l’autre. Ce n’est pas l’écrasement d’un adversaire. Ce n’est pas un trophée brandi contre qui que ce soit. C’est un accord dans lequel chacun reconnaît une part de ce qu’il est et une part de ce qu’il accepte de laisser à d’autres et qu’il assume comme tel. C’est cela qui lui donne, au fond, sa solidité politique.Le compromis a du sens aujourd’hui dans cette assemblée fragmentée – et sans doute en aura-t-il aussi demain, car il fonde les décisions sur l’adhésion, sur le respect des oppositions et des minorités, plutôt que […]
Exactement !
Telle a été la vision des Démocrates. Nous avons cherché à faire vivre ici une culture du compromis. Force est de constater que nous n’y sommes pas encore pleinement arrivés, sur le fond comme sur la forme.Toutefois, grâce à l’action du premier ministre et de son gouvernement – je pense notamment à Mmes de Montchalin et Rist ainsi qu’à MM. Farandou et Lescure – et à la bonne volonté de plusieurs d’entre nous, nous avons au moins appris à dialoguer et tenté de nous comprendre.
Très bien !
Ce fil, nous l’avions perdu. Le fait majoritaire l’avait rompu pendant des années. Certains ont appris – ou réappris –, à gauche comme à droite, ce qu’était l’esprit de responsabilité.
Quelle condescendance !