Séance du 11 décembre 2022 — 95e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
| N° | Scrutin | Voix | Résultat |
|---|---|---|---|
| 744 | la motion de censure déposée en application de l'article 49, alinéa 3, de la Constitution par Mme Mathilde Panot et 74 membres de l'Assemblée. | 78 / 0 | rejeté |
Tours 1 à 200 sur 387 — page 1 / 2.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à dix-sept heures.)
L’ordre du jour appelle la discussion et le vote sur la motion de censure déposée, en application de l’article 49, alinéa 2, de la Constitution, par Mme Mathilde Panot et soixante-quatorze de ses collègues, la Première ministre ayant engagé la responsabilité du Gouvernement sur l’adoption en nouvelle lecture de la première partie du projet de loi de finances pour 2023.La parole est à M. Éric Coquerel.
Madame la Première ministre, on ne peut gouverner ainsi. Vous ne pourrez gouverner longtemps ainsi. Cette fois, pour votre huitième utilisation du 49.3 – avant la neuvième, dans quelques heures –, vous n’avez même pas laissé le temps d’une seule minute de débat. À chacun de ces huit 49.3, vous avez innové dans les prétextes. Cette fois, c’est le calendrier du budget qui serait perturbé par les motions de censure de La France insoumise… En affichant un tel toupet, vous avez dû rire sous cape. Cette fois, c’est l’histoire de l’œuf et de la poule, car, pour qu’il ait motion de censure – la seule façon que nous ayons trouvée de redonner le droit de voter au Parlement –, il a bien fallu qu’il y ait 49.3.
Exactement !
Un autre de vos députés a déclaré, sans rire : « Pourquoi discuter, puisqu’on sait qu’ils ne voteront pas pour ? » Voilà donc votre façon de considérer désormais le Parlement. Après avoir été privé de vote, il est désormais privé de débat au prétexte que l’opposition voudrait s’opposer. Vous pourriez aller plus vite en supprimant le Parlement…Mais là encore, ce ne sont que des prétextes. La seule raison pour laquelle vous avez annoncé votre 49.3 sans même laisser les groupes s’exprimer, c’est qu’il y avait une motion de rejet préalable sur laquelle vous aviez peur que votre groupe et ses alliés soient minoritaires. Tout revient à cela. Vous privez l’Assemblée de son droit essentiel, celui de voter, parce que vous y êtes minoritaires. Pour la huitième fois, vous infligez une blessure à la souveraineté nationale, parce que vous êtes minoritaires.Collègues des partis gouvernementaux […]
Il a raison, c’est criminel !
Est-ce normal, alors même que le chef de l’État admet lui-même un taux de croissance d’un demi-point – soit 14 milliards – inférieur à celui de 1 % que vous avez maintenu mordicus, contre toutes les prévisions des organismes internationaux, pour établir votre budget ? Ces 4 milliards de recettes volatilisés auraient été pourtant bien utiles au moment de pallier les effets de cette différence sur votre budget. Votre entêtement idéologique est une erreur économique funeste, mais il prive aussi le Parlement de son rôle premier, celui même qui fut son acte fondateur : décider de l’impôt.
Eh oui !
Les deux chambres avaient aussi toutes les deux voté, sous des formes différentes, pour plus de moyens accordés aux rénovations thermiques. Vous leur opposez un « réalisme » qui vous conduit à limiter la progression du budget alloué à la transition écologique, pourtant indispensable, en dessous de l’inflation. En fait, ce réalisme-là est aveugle à l’urgence de la situation, que vous avez pourtant fait mine de défendre à la COP27. Pour cela, les générations à venir ne pourront que vous en vouloir, je vous le garantis. Car ce budget, et c’est peut-être sa plus lourde faute, nous fait perdre de nouveau un temps précieux, peut-être irrattrapable, dans la course de vitesse avec le réchauffement climatique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Il a raison !
Le think tank Institut de l’économie pour le climat (I4CE) le confirme, en soulignant que les investissements prévus dans ce budget pour la transition écologique s’éloignent fortement des 10 milliards par an d’investissements qui avaient été promis par le Président pendant sa campagne ; et il s’inquiète de l’absence de moyens suffisants pour apporter une réponse structurelle à cette crise et « éteindre l’incendie » – ce que l’économiste Pisani-Ferry chiffre à plus de 70 milliards par an.C’est vrai aussi du soutien au transport ferroviaire – 3 milliards votés ici, et une baisse de la TVA à 5,5 % pour les trains et les transports en commun votée au Sénat – qui, plus que jamais, dans la même optique environnementale, devrait pourtant bénéficier d’investissements massifs, fret compris, alors même qu’on continue à supprimer des trains et des arrêts en gare, partout en France, notamment sur […]
Oh !
Cette proposition est d’autant plus indigne qu’elle encourage les jeux d’argent. Nous savons que les personnes qui sombrent dans l’addiction sont les plus jeunes et les plus défavorisées. En leur donnant une bonne raison de jouer, vous ne faites que les entraîner encore plus dans l’addiction. Alors que ce loto de la biodiversité a été rejeté à droite comme à gauche, supprimé au Sénat ainsi qu’en commission à l’Assemblée, vous le maintenez.Par ailleurs, alors que vous nous opposiez le manque de moyens dans un budget prétendument à l’euro près, vous créez une nouvelle niche fiscale pour les captives de réassurance. Par un article, vous permettez aux entreprises qui créent une filiale de réassurance de pouvoir déduire de leurs bénéfices les fonds transférés à ces filiales de réassurance. Autrement dit, elles peuvent, à leur main, modifier leurs bénéfices artificiellement, en transférant […]
Incroyable !
D’une part, c’est un nouveau cadeau aux grandes entreprises : connaissez-vous une seule PME disposant d’une captive d’assurance ? Publicis et Total, elles, ont créé des captives d’assurance, pourtant je doute qu’elles aient besoin de nouvelles niches pour se protéger. D’autre part, vous justifiez cette niche par le fait qu’en l’absence de celle-ci, les grandes entreprises créent ces captives, mais le font au Luxembourg ou en Suisse. Alors, prétendant faire preuve de pragmatisme, vous préférez aligner la législation fiscale française sur celles de ces États, faire de la France un paradis fiscal plutôt que de lutter contre l’évasion : ce n’est pas la demande des Français !
L’évasion à domicile !
Le retrait de cette disposition du premier texte de la loi de finances issu du 49.3 devait illustrer votre prétendue volonté d’écoute. Cette prétendue volonté d’écoute, Bruno Le Maire l’a illustrée en retirant l’amendement, puis Élisabeth Borne en n’intégrant pas cette proposition dans le texte retenu à l’issue du 49.3. Mais cette volonté d’écoute a désormais disparu, puisque la proposition fait maintenant partie du projet de loi. L’écoute des députés disparaît après un mois, mais l’écoute des lobbys – ceux des très grandes entreprises qui sollicitent un tel dispositif –, elle, demeure ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Au nom de la parole que vous aviez donnée devant cet hémicycle, je vous demande solennellement d’écouter la représentation nationale et de retirer cette disposition du texte de loi.Ces méthodes, vous ne pourrez pas les prolonger très longtemps […]
La honte !
…votre gouvernance à coups de 49-3 ne durera pas, votre autoritarisme aveugle aux besoins des Français non plus.Votre surdité aux appels des députés, des sénateurs et des citoyens est intenable face à l’ampleur des crises sociales, énergétiques et écologiques que nous traversons. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Et ce qui est tout aussi intenable, c’est votre obstination à détruire notre modèle social pour ne surtout pas puiser du côté des revenus du capital afin de nous permettre de nous en sortir.Demain encore, les Français marcheront et manifesteront pour s’opposer à votre projet inique de faire payer la crise et vos cadeaux aux plus grandes entreprises par le plus grand nombre, dans votre projet de retraite. Minoritaires au parlement, minoritaires face aux syndicats unanimes, minoritaires dans le pays sur cette question des retraites, il vous faudra cette fois […]
La nouvelle année va promettre !
La parole est à Mme Véronique Louwagie.
Pour la huitième fois en deux mois, vous avez eu recours, madame la Première ministre, à l’article 49.3 de notre Constitution. Nous en avons désormais l’habitude : à la procédure du 49.3 succède systématiquement le vote d’une motion de censure déposée par La France insoumise. Je veux d’ailleurs vous remercier, madame Panot. Nous ne partageons en rien vos motivations, vos idées et vos arguments, mais sans votre motion de censure, aucun des groupes parlementaires n’aurait pu s’exprimer en séance sur la nouvelle lecture de ce PLF pour 2023. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Elle est déjà partie, Mme Panot !
Je pourrais également vous remercier, madame la Première ministre, puisque vous m’avez fait gagner du temps de travail. En effet, j’avais prévu de vous dire jeudi l’essentiel de ce que je vous dis aujourd’hui ! Blague à part, le moment où vous déclenchez l’article 49.3 constitue en lui-même une décision éminemment politique. Et cette décision est particulièrement regrettable, puisqu’il vous aura fallu moins de trois minutes pour revenir presque intégralement sur le travail de trois semaines du Sénat. Vous avez sciemment décidé de nous priver de tout débat, mais plus encore de tout moyen d’expression à cette tribune !Vous nous vantez le dialogue – et vous lancez d’ailleurs les dialogues de Bercy – pour mieux l’interdire ensuite dans l’hémicycle. En première lecture, déjà, nous n’avions pas pu examiner grand-chose de ce texte, seulement quatre articles sur les quarante-sept que compte le […]
Ce n’est pas normal !
De ce fait, nous avons été privés de débat sur les finances des collectivités territoriales, sur le soutien aux entreprises pour faire face aux envolées des prix de l’énergie, sur l’éducation, sur la défense, et sur tant d’autres sujets d’importance capitale.Vous avez justifié le recours à l’article 49.3 en indiquant qu’aucun groupe d’opposition ne vous avait fait connaître une évolution de sa position sur son vote final. C’est exact, en tout cas du côté des Républicains mais, vous-même, madame la Première ministre, avez-vous décidé de revoir votre copie ? Aucunement.Parlons en premier lieu des hypothèses macroéconomiques retenues par votre Gouvernement. Sourds à toute remise en cause, vous campez coûte que coûte sur une hypothèse de croissance de 1 % pour 2023, quand le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), ainsi que tous les instituts sérieux, vous disent qu’elle est trop […]
Eh oui !
La confiance ne se décrète pas, elle se bâtit, notamment grâce au respect de la parole donnée et à la loyauté.
Il faut le redire tous les matins !
Nous sommes sur une ligne de crête : il s’agit, pour nous, Les Républicains, de pousser nos propositions et d’obtenir des résultats sans nous laisser compromettre, et pour vous, madame la Première ministre, de nous entendre et de nous écouter, sans vous contenter d’en donner l’illusion. Le chemin est étroit mais, malgré cela, nous avons trouvé comment avancer à l’occasion des deux projets de loi de finances rectificative pour 2022 : vous nous avez entendus – et je veux saluer le travail que nous avons effectué avec l’exécutif – et nous avons, nous, députés Les Républicains, fait le choix de l’intérêt général en ne rejetant pas ces textes.Toutefois, sur ce PLF, votre gouvernement refuse toujours de nous écouter au sujet de la trajectoire des dépenses publiques. Nous déplorons plus que jamais votre renoncement à la maîtrise des dépenses publiques, qui nous conduit dans le mur de la dette. […]
Non documentées !
Nous nous tenons prêts.
Jusqu’à présent, vous les avez balayées d’un revers de la main ; aussi, je vous enjoins de ne pas les rejeter une nouvelle fois dans les jours qui viennent.Venons-en à l’objet de notre présence ici : cette énième motion de censure, les députés Les Républicains ne la voteront pas. En dépit de nos divergences avec le Gouvernement, nous savons que la France a besoin de se doter d’un budget et d’une loi de financement de la sécurité sociale avant le 31 décembre 2022, si notre pays veut fonctionner en 2023. Ne soyons donc pas dupes de l’hypocrisie de la NUPES sur ce point. Nous regrettons ce énième recours à l’article 49, alinéa 3, mais en aucun cas, nous ne pouvons nous étonner, ni nous offusquer de cela.Nous ne voterons pas cette motion de censure car nous ne rentrerons pas dans le jeu dangereux de la NUPES et du Rassemblement national, qui peuvent s’allier pour mener la politique du pire. […]
On peut aussi parler des énergies renouvelables, si vous voulez !
…votent ensemble des motions de censure et demain, peut-être, l’un des deux groupes reprendra, à la virgule près, le texte défendu par l’autre hier. Pendant cinq ans, continuerez-vous ainsi à vous toiser du regard et à vous faire des clins d’œil ?Je me tourne une nouvelle fois vers la majorité et le Gouvernement : ne pensez pas que nous soyons satisfaits. Nous avons jusqu’ici fait preuve d’une grande bienveillance et d’une grande patience dans l’intérêt du pays, mais cela ne présage en rien de notre attitude dans les prochains mois. Le recours au 49.3 le même jour que le report à la dernière minute d’une CMP d’importance capitale nous a fortement irrités. L’intérêt du pays reste notre cap, mais n’allez pas croire, madame la Première ministre, que vous pouvez jouer avec le feu et refuser le compromis sur les prochains textes.
Bravo !
Prenez garde car la tentation de déposer notre propre motion de censure pourrait faire son chemin.
J’ai hâte !
La parole est à M. Bruno Millienne.
Nous nous retrouvons en ce dimanche après-midi pour discuter de la huitième motion de la législature, et l’hémicycle est toujours plus vide que la fois précédente. On en vient presque à croire que les plus enragés – terme que j’emprunte à l’histoire de la Révolution, clin d’œil qui sera, je le sais, apprécié par certains d’entre vous – ont perdu leur mordant et sont désormais aux abonnés absents.
Eh oui !
Le nombre de votants s’est progressivement tassé : de 239 lors de l’adoption en première lecture de la première partie de la loi de finances, il est passé à 87 pour l’adoption définitive du PLFSS, soit à peine plus de 55 % des députés NUPES.
Il ne vous aura pas échappé qu’il n’y a plus de trains !
Est-il d’ailleurs encore pertinent de parler de NUPES ? Au fil des motions de censure, La France insoumise fait désormais cavalier seul, au milieu de cet attelage baroque qui survit bon an mal an, au gré des saillies, tantôt complotistes, tantôt antieuropéennes, tantôt complaisantes avec les violents, d’un chef de file qui n’a plus que rancœur et frustrations à offrir aux Français. Une fois de plus, vous êtes seuls à déposer cette motion de censure, et permettez-moi de vous dire que cela se voit !
Et si nous parlions de vos divisions, qui sont bien plus grandes ?
Et de ce qui s’est passé chez vous hier !
J’ai comparé sa rédaction avec celle sur le PLFSS, le 30 novembre dernier, à laquelle s’étaient joints l’ensemble de vos prétendus partenaires, et un détail m’a frappé. Si le fond reste quasiment le même – et je respecte tout à fait les différences que nous avons à ce titre –, la forme, elle, a changé car un paragraphe a disparu, et pas n’importe lequel : celui qui empêche à coup sûr l’extrême droite de voter la motion. Quelle conclusion en tirer après la semaine que nous venons de passer, semaine au cours de laquelle, je le rappelle,…
Nos élus se sont fait agresser !
…la France insoumise a assumé pendant de longues heures, et non sans une certaine fierté, le fait que l’un de ses membres soit rapporteur de l’un des textes retenus par le RN pour sa niche.
Avec qui avez-vous voté la Lopmi, la loi de programmation militaire ?
Je vous le dis avec d’autant plus de tranquillité que j’ai personnellement appelé dès le 13 juin à voter pour vous lors de duels avec le RN. Il est, sur ce point comme sur tant d’autres, grand temps de mettre en cohérence vos paroles et vos actes, il y va de votre crédibilité, en tout cas de ce qu’il en reste.Certains s’étonnent du nombre de fois où le Gouvernement a engagé sa responsabilité depuis fin octobre. Cela peut paraître impressionnant, il est vrai, si l’on n’en explique pas les raisons. En réalité, c’est un seul et même budget sur lequel le 49.3 a été utilisé. Dès lors, nous devrions considérer qu’il s’agit d’un seul et même recours à cette procédure, comme le sous-entend le texte de la Constitution.Je crois d’ailleurs pouvoir dire qu’il n’y a pas vraiment d’autres options : toutes les oppositions, de l’extrême droite à la gauche extrême, avaient annoncé vouloir voter contre […]
C’est peut-être aussi que le Parlement puisse voter !
Loin d’être une atteinte pure et simple aux droits du Parlement, l’engagement de la responsabilité par le Gouvernement sur un texte est l’un des moyens les plus forts dont nous disposons, nous parlementaires, pour contrôler son action.C’est donc la huitième motion que nous examinons, et je ne vais pas être trop long pour exprimer une huitième fois le soutien des députés du groupe Démocrate à votre gouvernement, madame la Première ministre, et au budget que vous nous présentez. Plutôt que de vous faire un long discours sur les mesures qu’il contient, ce que nous avons eu l’occasion de faire à trois reprises au cours des dernières semaines et que sauront faire, je n’en doute pas, mes collègues orateurs de la majorité, je voudrais mettre en lumière deux points souvent omis dans la défense de ce texte et pourtant déterminants.Le premier est l’ambition écologique que nous souhaitons inscrire […]
De seulement 4 % en valeur nominale !
…95 % des collectivités verront leur DGF croître l’an prochain et je m’en réjouis.La hausse du prix de l’énergie touche aussi nos collectivités, et ce PLF vise à soutenir de nos élus locaux sur ce plan. J’insisterai sur trois dispositifs. Les petites communes, à l’instar des ménages et des très petites entreprises, continueront d’être couvertes par le bouclier tarifaire sur les prix de l’électricité.Les autres collectivités bénéficieront de l’amortisseur électricité. Nous avons aussi souhaité proroger le filet de sécurité introduit et voté par le Parlement cet été, avec des critères pour 2023 plus adaptés à la situation à venir. Il bénéficiera ainsi aux collectivités territoriales et à leurs groupements ayant subi en 2023 une perte d’épargne brute supérieure ou égale à 15 %. Le montant de la dotation correspondra à la moitié de la différence entre la progression des dépenses d’énergie […]
Eh oui !
… soutenu en première lecture par les groupes de la majorité, puis modifié fortement par les sénateurs, avant d’être réécrit dans sa version finale par un amendement de Lise Magnier établissant, en quelque sorte, une synthèse de tous les travaux précédemment évoqués. Comme quoi, même en recourant à l’article 49, alinéa 3 de la Constitution, le Gouvernement peut rester à l’écoute du Parlement…
C’est évidemment la meilleure manière de faire !
…et nous vous en sommes gré, madame la Première ministre.J’ai précisé en introduction que je ne serai pas trop long, de peur de faire fuir le peu de députés de la NUPES, et des autres groupes, encore présents. J’espère toutefois avoir été suffisamment explicite quant aux raisons qui conduisent mon groupe à ne pas voter la présente motion de censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
On en a assez entendu !
La parole est à Mme Valérie Rabault.
Nous nous retrouvons ce dimanche à l’occasion de la huitième motion de censure déposée à la suite du huitième recours, par le Gouvernement, à la procédure du 49.3, visant à faire adopter le budget de l’État pour 2023.Cette intervention me permettra de revenir sur la configuration actuelle de ce budget qui, je l’ai rappelé la dernière fois, ouvre une brèche dans notre démocratie. Citons les chiffres qui démontrent de manière implacable à quel point, en recourant de façon répétée au 49.3, vous avez, madame la Première ministre, dépossédé l’Assemblée nationale de son pouvoir en matière budgétaire : sur la partie relative aux recettes, l’Assemblée a examiné cinq articles sur vingt-six, et sur la partie relative aux dépenses, elle a examiné cinq missions sur quarante-six !Cette situation est unique au sein des grandes démocraties et suscite même des interrogations de la part de nos […]
Elle a raison !
Que vous le vouliez ou non, madame la Première ministre, avec ces 49.3, vous abîmez la démocratie française non seulement aux yeux de nos concitoyens, mais aussi aux yeux de nos partenaires en Europe et dans le monde. C’est pourquoi nous vous lançons une véritable alerte, pour que la France reste ce qu’elle a toujours été : une inspiration démocratique pour les autres.Cette alerte lancée, j’utiliserai, comme Mme Louwagie, le temps de parole qui m’est imparti pour aborder les cinq sujets cruciaux que j’avais prévu d’évoquer jeudi dernier, à l’occasion de l’examen en nouvelle lecture du PLF pour 2023.Première question : votre budget pour 2023 permettra-t-il de circonscrire les risques que court notre économie ? Non ! Tout simplement parce qu’il laisse sans solution un grand nombre d’acteurs économiques face à la hausse vertigineuse des coûts de l’électricité. Faisons ensemble un rapide […]
Et l’accès régulé à l’énergie nucléaire historique, madame Rabault, que faites-vous de l’Arenh ?
Ce chiffre donne une idée vertigineuse du choc que notre économie devra encaisser. La situation est plus préoccupante pour nombre de petites et moyennes entreprises (PME) et très petites entreprises (TPE) qui ont encore moins les moyens que les plus grandes entreprises, de disposer d’une trésorerie leur permettant d’encaisser le choc de la hausse du prix de l’électricité. Vous me répondrez sans doute que, si elles ont moins de dix salariés et réalisent moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, elles bénéficient du bouclier tarifaire que vous avez instauré. C’est vrai. Si toutefois, à l’instar des 35 000 artisans boulangers, elles ont besoin d’un four dont la puissance est supérieure à 36 kilovoltampères, condition requise pour bénéficier du bouclier tarifaire, elles subiront une hausse abyssale des coûts de l’électricité. Elles n’auront alors que deux options : soit passer le […]
Eh oui !
C’est vrai. Sauf que, de l’aveu même du ministre de l’économie et des finances mardi dernier dans cet hémicycle, l’aide compensera 20 % de la hausse du tarif, ce qui est largement insuffisant et n’empêchera pas les fermetures de boulangerie au mois de janvier prochain. Madame la Première ministre, si vous ne faites rien, janvier 2023 sera le mois des faillites de boulangers, et la responsabilité vous en incombera, que vous le vouliez ou non. C’est pourquoi il faut accorder le bouclier tarifaire, c’est-à-dire le tarif réglementé, aux boulangers et à toutes les petites entreprises qui ont besoin d’une puissance électrique supérieure à 36 kilovoltampères.
C’est déjà le cas !
Non, ce n’est pas le cas !
Non, ma chère collègue, ce n’est pas le cas ! Écoutez donc le ministre de l’économie et des finances ! Il l’a reconnu ici même, mardi dernier, lors des questions au Gouvernement !
Il a fait une nouvelle annonce depuis !
Enfin, je veux dire un mot des collectivités territoriales, qui sont en première ligne face à la crise, comme elles l’ont été face à l’épidémie de covid-19, et subissent la hausse des tarifs de l’électricité. Cela a déjà été rappelé, un amendement de ma collègue Pires Beaune a été adopté, visant à instituer un filet de sécurité. Les collectivités locales, c’est vrai, pourront bénéficier de l’amortisseur électricité. Mais, une fois encore, les seuils fixés laisseront nombre d’entre elles sur le carreau. Il faut donc que chaque collectivité locale bénéficie du bouclier tarifaire.Deuxième question : le projet de loi de finances pour 2023 a-t-il des équilibres budgétaires tenables ? Nous avons le droit d’en douter. Le PLF est construit sur l’hypothèse d’une croissance économique en 2023 à 1 % – chiffre relevé d’ailleurs par plusieurs d’entre nous. Or, il y a quatre jours, le Président de la […]
Soutenez-le !
…ou sera-t-il contraint de le faire en dollars, comme le fait déjà la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) ? Le poids de la dette affecte également le montant des intérêts payés : ils passeront ainsi en 2023 à 50,8 milliards ; c’est vertigineux !Troisième question : le PLF est-il juste ? La réponse est non ! Vous faites le choix de tout faire reposer sur la dette, ce qui signifie que vous ferez payer la facture à tous les Français. Vous commencez d’ailleurs, avec la réforme des retraites et votre volonté de reporter l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, afin de récupérer des recettes supplémentaires.
C’est tout à fait contradictoire, ce que vous dites !
Ce budget est également injuste parce que, dans le même temps, des superprofits se constituent ici ou là, en raison de la hausse du prix des matières premières.
Non, pas vous !
Une fois encore, vous avez refusé d’instaurer une taxe sur ces superprofits, contrairement à l’Allemagne, à l’Italie,…
C’est faux !
…à l’Espagne, à la Grande-Bretagne et à la Grèce. Pire, vous continuez de dégrader les finances publiques en supprimant la CVAE, ce qui représentera un manque à recevoir de près de 8 milliards d’euros.
Eh oui !
Ce budget est également injuste car vous avez écarté tous les amendements qui avaient été votés et qui tendaient à introduire un peu de justice : celui du groupe Démocrate, visant à créer une taxe sur les superdividendes, pourtant largement plébiscité par notre assemblée, avec 227 voix pour et 88 contre ;…
Il n’était pourtant pas révolutionnaire !
…celui de ma collègue Christine Pires Beaune, visant à réduire le reste à charge des résidents d’Ehpad ou encore celui voté en faveur des bénévoles d’associations.Quatrième question : le PLF permet-il de débloquer de l’argent pour l’avenir, en favorisant l’investissement ? Cette question est d’autant plus cruciale que les États-Unis viennent d’annoncer un plan d’investissement massif de 430 milliards de dollars, plan tellement massif que le Président de la République l’a qualifié de « super agressif ». Il me semble, madame la Première ministre, que plutôt que de demander aux autres de faire moins, il faudrait agir mieux et plus en France, c’est-à-dire investir.
Eh bien, votez le budget !
Je vais lire ce qu’écrit le rapporteur général dans son rapport relatif au budget pour 2023, ainsi, vous ne pourrez pas dire que c’est de la mauvaise foi de ma part : sur les 34 milliards d’euros du plan France 2030 lancé en octobre 2021, « les crédits de paiement de la mission Investissements pour la France de 2030 devraient atteindre 6,1 milliards d’euros en 2023, après un total de 7 milliards en 2022 ». On observe donc une baisse de presque 1 milliard par rapport à 2022 ! En outre, la part de l’investissement public dans notre PIB est également fragilisée. Oui, il faut remuscler la part des investissements !Enfin, cinquième et dernière question, d’ordre juridique : le PLF court-il un risque constitutionnel ? Bien sûr, l’appréciation de la constitutionnalité du budget pour 2023 relève du seul Conseil constitutionnel et je ne me permettrais pas d’empiéter sur ses prérogatives.
Très bien !
Néanmoins, je souhaite vous interroger, madame la Première ministre. Depuis la révision constitutionnelle de 2008, les lois de finances s’appuient sur une loi de programmation.
Eh oui !
Et depuis votre réforme, en 2021, de la loi organique relative aux lois de finances, la loi de programmation devient « l’outil de référence pour piloter les prévisions de solde structurel et de solde effectif des administrations publiques ».
Vous avez voté contre !
Bizarrement, vous faites comme si cette loi de programmation n’existait pas,…
Vous l’avez rejetée !
…sans doute parce que vous avez essuyé un vote de rejet du projet de loi lors de son examen en première lecture, ce qui constitue, là encore, une première. Vous faites comme si cette loi n’existait pas, au point de reporter à janvier 2023 son examen en deuxième lecture. Or vous n’ignorez pas que l’article liminaire du PLF pour 2023 s’appuie explicitement sur une loi de programmation, qui n’existe pas puisqu’elle n’est pas votée ! Vous conviendrez avec moi que, sur ce point, vous donnerez matière à réflexion au Conseil constitutionnel pendant ses congés de Noël.
Super ! Bravo !
Madame la Première ministre, ces cinq alertes devraient vous interpeller, car des pans entiers de notre économie sont en jeu. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à M. Christophe Plassard.
Les séances se suivent et se ressemblent presque. C’est la huitième fois que nous nous retrouvons en cet automne budgétaire pour discuter d’une motion de censure.
Et c’est le huitième recours au 49.3 !
Mais je remarque que les bancs sont de plus en plus clairsemés pour soutenir et voter la destitution du Gouvernement.
Nous sommes un dimanche !
Malheureusement pour La France insoumise, les motions de censure ne se votent pas sur Twitter ni même sur Twitch, mais bien ici, à l’Assemblée nationale. Et une absence dans l’hémicycle c’est, en quelque sorte, un soutien au Gouvernement !
Exactement !
Je suis donc heureux, madame la présidente Panot, que de plus en plus de députés de la NUPES valident, en creux, en ne la censurant pas, l’action de la Première ministre ! Vous-mêmes n’y croyez plus : j’en veux pour preuve que cette motion réunit moins de signataires que la précédente. Elle fait ainsi voler en éclats votre union écologique et sociale, les groupes écologistes et socialistes ayant refusé, une nouvelle fois, de signer votre texte.
Parlez-nous d’Édouard Philippe !
Il faut bien le dire, cette motion sans émotion a bien moins de panache que la première que vous aviez déposée, et pour cause. À en juger par leur absence, vous ne pourrez pas non plus compter sur les voix du Rassemblement national pour soutenir votre texte : la dernière fois, vous les aviez pourtant bien volontiers accueillies, provoquant notre étonnement devant un tel rapprochement.
Vous n’avez pas grand-chose à dire !
Finalement, tout cela est comme le reste : une grande opération de communication de La France insoumise, qui se ment à elle-même comme elle ment aux Français. Vous leur promettez tous les jours le Grand Soir et, ce soir, comme les fois précédentes, vous mobilisez du temps parlementaire qui aurait pu être consacré au terrain ou au travail utile pour nos concitoyens !
Défendez donc votre budget !
Cela n’a pas échappé aux autres groupes de la gauche, qui semblent adopter une position responsable en se désolidarisant de votre opération de communication à laquelle ils ne prennent plus part. En effet, il est bien aise de se complaire dans l’opposition systématique ; il est facile de dire que rien ne va ou que tout aurait pu être mieux fait. En revanche, il semble bien plus difficile de prendre vos responsabilités et de vous asseoir autour d’une table pour discuter du budget de l’État.
Et vous, d’accepter la voix du Parlement !
Cette table, vous préférez la renverser, car c’est une posture beaucoup plus simple. Mais elle vous expose à vos propres contradictions. En effet, vous vous prétendez les députés du peuple, et pourtant : nous avons voté la contribution temporaire de solidarité, applicable aux entreprises des secteurs du pétrole, du charbon, du raffinage et du gaz, qui remplace de manière pragmatique la taxe sur les superprofits des pétroliers ;…
Ce n’est pas la même chose !
…vous vous y êtes opposés ;…
Ce n’est pas vrai !
…nous avons voté l’octroi de la demi-part fiscale aux veuves d’anciens combattants, vous vous y êtes opposés ; nous avons voté l’augmentation d’un tiers des taux de la taxe sur les logements vacants pour lutter contre le mal-logement, vous vous y êtes opposés !Pendant plusieurs semaines, notre assemblée a discuté du projet de loi de finances pour 2023. Ce projet est présenté dans un contexte d’inflation mondiale inédit.
Eh oui !
L’Italie fait face à une inflation de près de 12 %, le Royaume-Uni de 11 %, la zone euro de 10 %. Avec une inflation à 6,2 %, la France s’en sort mieux, sans être pour autant épargnée.Les premiers touchés sont les plus fragiles, ainsi que les communes. Les collectivités locales voient leurs dépenses augmenter sous l’effet de l’inflation et de l’accroissement de leurs responsabilités. Je le constate chaque jour en Charente-Maritime, de Royan à Genouillé, d’Oléron à Saint-Hippolyte : les maires, élus de nos villages, reçoivent toujours plus de sollicitations de la part de leurs administrés, mais n’ont pas assez de moyens ; ils sont obligés de trouver eux-mêmes des solutions à des problèmes qu’ils n’ont pas créés mais qu’ils subissent de plein fouet.
Et pour cause !
Entre autres exemples, ils sont tiraillés par la hausse du point d’indice : d’un côté, ils la savent absolument nécessaire pour les agents communaux mais, de l’autre, ils se demandent comment ils pourront boucler leur budget.Face à cette situation, le Gouvernement, la majorité et les députés du groupe Horizons et apparentés ont été présents : ils ont été présents pour la transition écologique, en créant un fonds vert de 2 milliards d’euros ; ils ont été présents pour les collectivités locales, en instaurant un filet de sécurité à hauteur de 1,5 milliard d’euros pour les protéger contre la hausse des prix de l’énergie ; ils ont été présents pour les communes et les services publics locaux, en augmentant la DGF de 320 millions d’euros, ce qui garantit une hausse ou, au minimum, un maintien de leur dotation pour 95 % des communes __ effort qui n’avait pas été réalisé depuis treize ans.
Ce n’est pas assez !
Les débats ont été nourris ; les groupes ont discuté et amendé le texte, et chacune des commissions permanentes y a intégré de nombreux amendements, y compris lorsqu’ils provenaient des oppositions. Pourtant, rien n’y fait : tout ce qui ne vient pas de vos bancs, tout ce qui ne porte pas un pin’s rouge en boutonnière est forcément à combattre.
Mais non !
Alors, vous vous fermez à la discussion – pire, vous empêchez la discussion. Pourtant, la discussion a bien eu lieu : en première lecture, rien qu’en séance publique, nous avons consacré cinquante-cinq heures à l’examen du projet de loi de finances.
C’est extraordinaire !
La discussion a bien eu lieu mais, plutôt que de vous en extraire, vous avez voulu l’empêcher par un dépôt massif d’amendements piochés dans le dictionnaire des synonymes, et vous avez empêché les députés d’en venir au vote de la loi.
Quelle réécriture de l’histoire !
Vous n’attendez qu’une chose de vos méthodes : que le Gouvernement soit contraint d’utiliser l’article 49.3, pour mieux crier, ensuite, au coup d’État. Mais personne ne s’y trompe, pas même vos alliés – qui ont déserté les rangs de la séance de ce soir : il n’y a pas plus de coup d’État qu’il n’y a eu, de votre part, de coup d’éclat. Par cette motion de censure, vous n’aurez réussi qu’un huitième coup d’épée dans l’eau.
C’est surtout le huitième 49.3, ne nous trompons pas d’ordre !
Je regrette ces méthodes, qui donnent une bien triste image de nos travaux et qui nourrissent l’antiparlementarisme sur lequel prospèrent les extrêmes.Ce projet de loi de finances lance la politique du quinquennat à venir ; le Gouvernement peut compter sur le groupe Horizons et apparentés pour veiller à sa bonne exécution, pour effectuer un travail de pédagogie et de relais auprès des élus locaux et des Français, et pour faire des retours du terrain. C’est ainsi que, en relation avec les territoires, nous pourrons préparer collectivement, dès à présent, le prochain exercice budgétaire. Madame la Première ministre, chers collègues, vous l’aurez compris : le groupe Horizons et apparentés soutient le Gouvernement et ne votera pas cette motion de censure. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Le groupe Horizons est un groupe horizontal !
La parole est à M. Benjamin Lucas.
Pas une minute, pas un amendement, pas même une explication par groupe pour cette deuxième lecture de la première partie du projet de loi de finances ! Dans l’outrage au Parlement, vous rivalisez constamment d’ingéniosité avec vous-mêmes, pour nous priver de débat et de parole.
C’est l’hôpital qui se moque de la charité !
C’est bien dommage, car cette première partie du projet de loi de finances comportait de nombreux sujets qui auraient mérité que nous nous y arrêtions – les intervenants précédents l’ont souligné. M. Plassard vient d’affirmer que nous emploierions mieux notre temps sur le terrain ; or j’étais hier dans ma circonscription, comme beaucoup d’entre vous, et j’ai rencontré de nombreux élus locaux qui souffrent de la crise actuelle et qui auraient aimé que l’Assemblée débatte de la façon dont sont traitées les collectivités territoriales.
Eh oui !
Nous augmentons la DGF !
Certes, la DGF a augmenté en valeur absolue, mais, comme l’a rappelé M. Sansu, elle n’augmente pas lorsqu’on tient compte de l’inflation. Telle est la réalité à laquelle sont confrontées les collectivités. Je pourrais citer de nombreux exemples de gymnases qui n’auront bientôt plus d’électricité ni de chauffage, ou d’associations sportives et culturelles – j’en ai rencontré encore hier – qui ne pourront plus remplir leur importante mission dans les semaines à venir, faute de compensation financière et de protection suffisantes contre la hausse des prix de l’énergie. Les élus auraient aimé que nous débattions des services publics locaux, qui sont la première protection des Françaises et des Français face aux crises.À travers les députés, vous avez aussi insulté celles et ceux qui font vivre les collectivités locales, ces véritables hussards de la République qui se tiennent en première […]
Ben voyons !
Exactement !
Il a tout de même recueilli 28 % au premier tour ! C’est vous qui êtes dans le déni de démocratie !
Vous n’aimez pas les élections !
Nous en aurons une nouvelle démonstration lors du débat consacré aux retraites.Quel sens donner aux résultats des élections législatives du 19 juin dernier ? Les Françaises et les Français ont fait le choix libre, conscient et éclairé d’une Assemblée nationale dans laquelle vous n’avez pas la majorité absolue et dans laquelle vous ne pouvez plus gouverner seuls. Le recours répété au 49.3, sans même passer par le débat, par la discussion et par la recherche de compromis sur certains aspects, sans même respecter les votes souverains du Parlement – notamment sur les collectivités locales – montre que vous n’avez pas entendu le message des Françaises et des Français le 19 juin.
Nous avons entendu le message de l’élection présidentielle !
Vous avez fait preuve d’arrogance vis-à-vis de la démocratie quand vous avez cru effacer, supprimer, voire anéantir le clivage entre la gauche et la droite, pourtant constitutif de notre démocratie et de l’histoire de la République. Vous manifestez un déni de démocratie quand vous entretenez une confusion historique, grave pour l’histoire de l’Assemblée, en renvoyant dos à dos l’extrême droite et la gauche – nous en avons eu l’illustration il y a quelques instants. Ce laxisme à l’égard de l’extrême droite,…
Quel laxisme ?
…alors que cette dernière a encore fait subir à nos collègues une violence insupportable ces derniers jours, est dangereux pour notre démocratie. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES.)
Mais de quoi parlez-vous ?
Pensons aussi au silence ou à la timidité du Gouvernement quand, il y a quelques jours, une enseignante a dû renoncer à une sortie scolaire parce que des groupuscules d’extrême droite ont considéré qu’elle ne devait pas enseigner la réalité de la vie des migrantes et des migrants, et qu’ils ont fait pression sur elle avec la force et la violence qu’on connaît aux obscurantistes. Vous êtes restés bien laxistes quand il s’agissait de la soutenir, et de défendre l’école républicaine et la liberté pédagogique face à cette attaque scandaleuse ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RE.)
On vous entend moins sur les islamistes et le maire de Grenoble !
L’arrogance et le déni de démocratie caractérisent votre méthode parlementaire. J’évoquais les violences de l’extrême droite : le moment que nous vivons nous invite à respecter et à valoriser le Parlement, quand, chaque jour, des permanences parlementaires sont attaquées – une de nos collègues de La France insoumise en a encore fait les frais hier –, quand des réunions publiques dans lesquelles s’expriment des députés de la nation sont perturbées à coups de barres de fer par des milices d’extrême droite,…
N’importe quoi !
…quand nous recevons chaque jour des injures et des menaces, quel que soit notre bord politique. Est-ce vraiment le moment de mépriser et de fouler aux pieds le Parlement, et de transmettre à nombre de nos concitoyens l’idée que nous ne servirions à rien ?
Quel est le lien ?
Est-ce le moment de fouler aux pieds le Parlement et de contester sa capacité à débattre et à voter sereinement la loi, notamment la loi budgétaire ? Il y a là matière à nous interroger.
Ayez l’honnêteté de le reconnaître !
Votre méthode s’appliquera bientôt – nous l’avons entendu – sur la réforme des retraites. J’en dirai un mot, puisque, hier ou ce matin, François Bayrou a expliqué que cette question tenait essentiellement à de la pédagogie. La pédagogie s’adresse aux enfants ; or les Françaises et les Français ne sont pas des enfants : s’ils sont lucidement opposés – à une très large majorité – à votre réforme des retraites, ce n’est pas parce qu’ils ne l’ont pas comprise, mais parce qu’ils l’ont trop bien comprise. Cette réforme ne renvoie pas à des équations économiques ou financières, mais à un débat de société qui touche au cœur de notre pacte démocratique : doit-on ou non travailler plus longtemps ?Le mépris dont vous faites preuve pour nos concitoyens, en expliquant que le Parlement ne pourrait pas débattre sereinement de cette question, est proprement insupportable. On nous a déjà annoncé la […]
Vous êtes donc démographe ?
…c’est parce que les progrès de la science, de la technique et de la médecine nous le permettent.
Et il faut les financer !
Quelle drôle de conception du progrès, que de vouloir voler ces avancées de la science et de la médecine aux Françaises et aux Français, en leur reprenant les années précieuses de leur vie que sont les premiers temps de leur retraite ! Travailler plus tard, ce sera mourir plus tôt : est-ce là le débat de société que vous voulez esquiver en annonçant dès maintenant un 49.3 à ce sujet ?
Mais de quoi parlez-vous ?
Vous allez le faire !
Personne n’a dit cela !
Je reviendrai, pour finir, sur votre brutalité. Nous pouvons avoir des désaccords sur le projet de loi de finances : c’est bien normal. Vous reprochez aux oppositions d’y être opposées ; mais si nous représentons l’opposition à votre politique, il y a bien une raison ! Nous sommes là pour défendre les engagements que nous avons pris devant les Françaises et les Français contre votre politique, et contre ce que nous estimons être des régressions. Je suis frappé, chers collègues de la majorité, que vous trouviez normal et légitime que nous ne puissions même pas débattre un instant…
Que faisons-nous en ce moment ?
Nous avons étudié cinq articles en première lecture.
Nous sommes là et nous vous écoutons !
Si nous sommes là, c’est parce que nos collègues de la France insoumise ont déposé une motion de censure qui nous permet d’aborder le projet de loi de finances.
Vous déposez des motions de rejet sur tous les textes !
Vous faites en sorte que, pour un débat aussi important que l’orientation budgétaire de la nation, seuls quelques dizaines de collègues puissent entrer dans le fond des sujets en commission des finances.
Faites-nous une proposition, une seule !
Nous aurions aimé pouvoir débattre sereinement des collectivités locales, de la fiscalité des énergies renouvelables et d’autres questions importantes en période de crise ; chacun aurait ensuite voté. Or nous n’avons eu droit qu’à votre fébrilité – M. Coquerel l’a dit tout à l’heure.
Dans ce cas, pourquoi déposez-vous toujours des motions de rejet ?
Quelles propositions faites-vous ?
Le Parlement avait voté l’amendement de M. Mattei – je suis surpris que M. Millienne n’ait pas évoqué le déni de démocratie qu’a subi le groupe Démocrate en la matière. Pour rappel, nous avons voté très largement, par esprit de coconstruction, un amendement proposé par l’un de ses membres ; or il a été balayé par le 49.3. Est-ce à dire, chers collègues, que vous renoncez à vos droits de parlementaires pour servir l’intérêt du Gouvernement ?
Absolument pas ! Ne nous dites pas ce que nous devons faire !
Nous devrions aussi nous interroger sur le sens de notre travail et sur la nécessité de redonner au Parlement la force démocratique qui doit être la sienne. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.)
La parole est à M. Nicolas Sansu.
En déclenchant le 49.3 en moins de trois minutes, jeudi dernier, vous vous êtes comportés en Hybris, arrogants et péremptoires, mais vous finirez en Pyrrhus, car il est des victoires qui sonnent comme des défaites : victoire au Parlement, grâce à l’anomalie démocratique qu’est l’engagement de la responsabilité du gouvernement, déclenché huit fois déjà sur les textes budgétaires – le 49.3 étant la condition de la motion de censure, et non le contraire –, mais défaite dans le pays, car vous mesurez mal la colère qui monte : celle du boulanger qui n’en peut plus de voir ses factures d’énergie tripler ou quadrupler ; celle des salariés modestes qui voient arriver une période de fêtes où l’insouciance fait place à l’angoisse de ne pouvoir garnir le pied du sapin ; celle de l’aide-soignante qui court de chambre en chambre et n’accepte plus la logique comptable qui sacrifie le système de soins […]
Ce n’est pas du tout caricatural !
Voilà à quoi sert le 49.3 : à préserver des options exigées par l’Europe libérale, qui heurtent tant de nos concitoyens, qui épuisent la planète et qui accentuent les divisions. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)Je ne ferai pas tomber une pluie de chiffres ; j’en citerai seulement quelques-uns, particulièrement significatifs : 1 000 milliards d’euros de patrimoine pour les 500 plus grosses fortunes – un record ; plus de 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté – encore un record, et parmi elles, combien d’enfants qui vivent dehors ? Ajoutez à cela plus de 20 % de nos compatriotes qui souffrent déjà de la précarité énergétique, avant même la hausse redoutable des coûts de l’énergie en janvier.Ces quelques agrégats démontrent qu’il est temps d’emprunter un chemin différent, un chemin respectueux de nos valeurs républicaines, à commencer par l’égalité, si […]
C’est pourtant vrai !
Les ministres font assaut de flagornerie envers le chef, jusqu’à oser proclamer que le Président a été élu sur son programme. Encore une fois, l’humilité et la lucidité devraient percer vos certitudes. Nous sommes des millions d’électeurs à avoir mis dans l’urne un bulletin au nom d’Emmanuel Macron, car nous savons que la République ne se galvaude pas, tout en restant farouchement opposés à des politiques libérales destructrices. Nous serons plus nombreux encore à nous mobiliser contre la réforme des retraites, inique et inefficace.Bien entendu, si j’évoque ce futur combat, c’est parce que chacun sait que cette réforme fait partie des mesures libérales exigées par la doxa bruxelloise. M. le ministre de l’économie et des finances prévoit même de récupérer 9 milliards d’euros en faisant reculer l’âge de la retraite – comme si c’était aux cotisations sociales de payer le déficit de l’État.
N’importe quoi !
Quelle confusion des genres ! N’en doutez pas, le peuple fera échouer ce projet.Pourquoi, dès lors, s’acharner à détricoter le modèle de protection sociale ? Pourquoi faire payer les plus pauvres, les privés d’emplois – comme le fait votre loi de culpabilisation générale –, les retraités modestes, les salariés qui triment depuis plus de quarante ans, souvent dans des métiers pénibles ? Pourquoi taper sans cesse sur les plus pauvres ? Tout bonnement parce que vous êtes les dignes héritiers de Colbert, qui voulait taxer les pauvres car ils sont plus nombreux !Vos rodomontades n’y changent rien, d’autant qu’il est inutile de discuter de vos hypothèses de croissance et d’inflation : elles sont caduques, comme l’a annoncé le Président de la République. Le pic d’inflation est pareil à l’horizon qui se dérobe : on n’en voit pas la fin. Et de reflux, à ce jour, pas le moindre !Après le prix de […]
Vous êtes contre ?
…et rend apparente l’impéritie du Gouvernement devant les exigences des acteurs du marché européen libéralisé de l’énergie. Laisser ces acteurs s’engraisser tout en tentant d’amortir le choc pour les familles, pour les entreprises, pour les collectivités locales, quelle gabegie ! Cette gestion désastreuse vous conduit désormais à gouverner par la peur,…
Mais bien sûr !
…en annonçant de possibles coupures d’électricité, en culpabilisant tout le monde,…
Pas du tout !
…pour tenter de cacher votre absence de stratégie en matière d’indépendance énergétique. C’est insupportable.
Eh oui !
Nous n’oublions pas que c’est aussi le résultat du sous-investissement chronique dans les transports en commun, dans le ferroviaire ou encore dans la rénovation thermique, autant de domaines que l’Assemblée nationale avait défendus avec vigueur en votant des crédits nouveaux. Ceux-ci ont été effacés sans ménagement, mais avec la volonté de faire le ménage, par la serpillière du 49.3.
Aucun respect pour la Constitution !
De la même manière, vous continuez de faire peser sur les collectivités locales des mesures de défiance. Ainsi, le fameux article 23 de la loi de programmation des finances publiques constitue désormais la monnaie d’échange avec la droite républicaine, sur laquelle vous comptez pour sauver la face devant la Commission européenne.Mais quel sketch que le parcours de cet article 23 qui disposait les sanctions contre les mauvais élèves, rejeté en séance à l’Assemblée nationale comme au Sénat, revenu il y a peu par le truchement du rapporteur général, et peut-être désormais sacrifié sur l’autel des combinazione !De tous les sujets liés aux collectivités locales, qu’il s’agisse de l’indexation de la DGF – qui subit une baisse nominale de 4 % – ou de la suppression de la CVAE, nous n’avons pu débattre qu’en commission, menant ainsi un dialogue dont le Gouvernement s’est exclu lui-même. Drôle […]
Allez-y, cher collègue.