Séance du 15 janvier 2025 — 68e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 401 à 525 sur 525 — page 3 / 3.
La cercosporiose, surnommée « cancer de la banane », est un champignon ravageur qui menace sévèrement la pérennité des bananeraies en Guadeloupe et en Martinique. Véhiculées par le vent, les spores de ce champignon se propagent rapidement dans l’ensemble de nos territoires. Sans intervention efficace, cette maladie peut détruire une plantation en moins de trente jours. Pourtant, des solutions innovantes, telles que l’utilisation de drones pulvérisateurs pour l’épandage de fongicides biologiques, ont montré leur efficacité, notamment en Europe. Ces dispositifs permettent une application précise des traitements à proximité des feuilles, améliorant ainsi leur efficacité tout en réduisant la pénibilité pour les travailleurs. Les techniques utilisées aujourd’hui ne permettent pas de lutter efficacement contre la propagation de ce champignon destructeur. Les atomiseurs à dos d’homme pèsent […]
La parole est à Mme la ministre.
La filière de la banane est très affectée par la cercosporiose, dont le traitement serait bien plus efficace s’il était dispensé par drone plutôt que depuis le sol. Cela pour des raisons évidentes : depuis le sol, on atteint moins facilement les sommités de la plante ; en outre, les agriculteurs sont mieux protégés d’éventuelles projections du produit phytosanitaire lorsque celui-ci est répandu en hauteur pour ruisseler jusqu’au pied de la plante. Le député Jean-Luc Fugit a déposé une proposition de loi visant à autoriser l’épandage par drone. Nous avons commencé à l’examiner au mois de novembre, lors d’une séance qui n’a pas été prolongée après minuit, alors qu’il restait seulement six amendements à discuter. La censure du Gouvernement est intervenue juste après… Nous reprendrons au plus tôt la discussion de ce texte, car il est utile : contrairement à ce que l’on pourrait penser […]
Très bien !
La parole est à M. Nicolas Sansu.
Dans les départements ruraux comme celui du Cher, d’où je viens, la majorité de nos agriculteurs et de nos paysans sont en difficulté. Aux problèmes structurels créés par une agriculture soumise à des accords de libre-échange délétères et destructeurs comme celui avec le Mercosur ou par des conditions d’exploitation qui favorisent la concentration s’ajoutent des catastrophes climatiques qui mettent à mal la production, le revenu et le moral des agriculteurs. Dans cette situation, il importe de reconnaître la diversité des exploitations agricoles et de réorienter la PAC pour mieux prendre en compte l’urgence climatique et répondre au double enjeu de la souveraineté alimentaire et de la sécurisation du revenu des paysans et exploitants. Dans ce cadre et pour que tous les paysans et les agriculteurs, quelle que soit leur production, soient acteurs de la transformation progressive de notre […]
La parole est à Mme la ministre.
J’entends que vous voulez transformer le modèle agricole, mais il me semble que nous devrions d’abord chercher à le préserver, à le protéger et à le pérenniser. En effet, notre agriculture connaît aujourd’hui de multiples dangers, que vous avez d’ailleurs rappelés. Vous évoquez la réorientation de la PAC : ce sera le prochain combat à mener.
Ma question portait sur les élections aux chambres d’agriculture !
Certes, mais vous n’avez pas parlé que de cela. Vous avez bien parlé de réorienter la PAC ? Permettez que je vous réponde sur ce point. La nouvelle PAC, qui entrera en vigueur en 2025, doit permettre de protéger le revenu des agriculteurs. Le revenu étant le premier pilier de cette politique, nous devrons continuer de la faire reposer sur deux piliers. Nous devrons aussi la doter d’un budget suffisant et, enfin, la simplifier. Tous les pays européens se sont accordés sur ces orientations. Vous avez évoqué la diversité des productions ; c’est un point très important. Fragiliser une culture – celle de la noisette a été évoquée plus tôt –, c’est réduire cette diversité. Or l’agriculture française est extraordinairement diverse et sa diversité constitue un trésor qu’il nous faut protéger. La question des règles de représentation syndicale m’a évidemment été posée. Les cinq principales […]
La parole est à M. Yannick Monnet.
Je souhaite revenir sur le coup de poignard porté au monde agricole par la présidente de la Commission européenne, qui a signé, le 6 décembre dernier, l’accord entre l’UE et le Mercosur. Non seulement le contenu de cet accord est dramatique et totalement contradictoire avec la volonté affichée de renforcer la durabilité de l’agriculture européenne et notre souveraineté alimentaire, mais le coup de force d’Ursula von der Leyen témoigne du fossé grandissant entre les différents intérêts des pays membres autant que du délitement de la coopération européenne en matière agricole. Certes, cette signature ne vaut pas ratification, mais, en coulisse, le plan semble si bien rodé que le travail de vérification juridique et de traduction a débuté avant que le projet d’accord ne soit soumis au vote du Conseil – un vote à la majorité qualifiée –, puis à celui du Parlement européen – un vote à la […]
La parole est à Mme la ministre.
Vous évoquez l’accord entre l’UE et le Mercosur et les modalités de son éventuelle adoption. La signature de cet accord par Ursula von der Leyen à Montevideo ne marque pas la fin du processus d’adoption de ce texte, mais le début d’un parcours qui l’amènera devant le Conseil, puis devant le Parlement européen. En définitive, deux cas de figure pourraient se présenter. Si l’accord n’était pas scindé, il ne pourrait être adopté qu’à l’unanimité. Autant dire d’emblée que cette condition ne sera pas satisfaite, car l’Autriche, la Belgique, l’Italie – du moins je l’espère –, la Pologne et d’autres pays se sont prononcés contre l’accord ou ont indiqué qu’ils s’abstiendraient. Je ne suis pas devin et je ne connais pas la stratégie d’Ursula von der Leyen,…
Il sera scindé, comme le Ceta !
…mais je suppose que l’accord peut être scindé en un accord commercial et un accord-cadre. Dans cette hypothèse, il s’agirait soit de constater une minorité de blocage, déterminée selon des règles précises – un tiers des pays membres, un tiers de la population communautaire –, soit d’empêcher l’adoption de l’accord à la majorité – l’abstention trouverait alors tout son intérêt. Je me bats non pour des compensations, mais bien pour que cet accord ne soit pas conclu. Certaines dispositions, relatives à des productions industrielles ou même agricoles, sont intéressantes, et vous observerez que les filières concernées restent, par solidarité, très discrètes. En revanche, d’autres dispositions sont mauvaises, notamment celles relatives aux filières sucre, volaille et éthanol. C’est pourquoi nous devons continuer d’affirmer notre opposition ferme à l’accord.
La parole est à M. Éric Michoux, pour le groupe UDR.
Ma question porte sur l’application tous azimuts du principe de précaution en matière agricole, parfois jusqu’à détruire des filières d’excellence. Je veux notamment vous parler de la volaille de Bresse, la plus belle des volailles du monde, et de son marché de Louhans. Il y a vingt ans, la filière produisait 1 400 000 volailles, contre 800 000 seulement aujourd’hui. Depuis 2000, le nombre d’éleveurs a été divisé par deux. L’une des raisons de cette situation est l’application absurde du sacro-saint principe de précaution, devenu principe d’inaction, d’immobilisme et parfois de régression. L’exemple de l’arrêté préfectoral pris par Didier Lallement pour fermer le marché de Louhans est éclairant. Face à l’apparition d’un foyer isolé de grippe aviaire touchant les oiseaux migrateurs au sud de Moscou, le gouvernement a décidé de mesures de protection généralisée des élevages. Bien que le […]
La parole est à Mme la ministre.
Vous vous faites le défenseur de votre territoire, de la belle volaille de Louhans et de sa foire – vous m’en avez déjà parlé –, mais soyons clairs : la résurgence de l’influenza aviaire porte en elle les germes de désordres et de dangers majeurs ! En 2021, il a fallu abattre tous les canards. Pourquoi ? Car ils véhiculent la maladie. Pourquoi est-il question d’oiseaux migrateurs ? Vous soulignez que les oiseaux repérés en Russie sont peu nombreux, mais le problème qu’ils posent n’est pas négligeable pour autant. Sans confinement, les volailles pourraient être contaminées par les oiseaux migrateurs, ce qui provoquerait une flambée épidémique que nous ne maîtriserions pas. En 2021, il a fallu consacrer plus de 1 milliard d’euros au sauvetage de la filière du canard en France. Vous faites non de la tête,…
En effet !
…mais sachez que la résurgence de l’influenza aviaire est la conséquence d’un défaut de biocontrôle. Sachez aussi que notre politique sanitaire et notre filière sont regardées par des pays où flambe l’influenza aviaire. Nous devons donc être très vigilants, car si nous n’y prenons pas garde, toute la filière pourrait en souffrir. Vous viendriez alors me supplier d’indemniser ses acteurs, par crainte qu’il n’y ait plus aucun producteur de volailles à l’avenir !
On a déjà perdu la moitié des producteurs !
La parole est à M. Bartolomé Lenoir.
Une nation qui n’est plus capable de nourrir son peuple n’est ni libre ni indépendante. Plus que jamais, notre souveraineté alimentaire est stratégique. Les agriculteurs travaillent non seulement pour leur famille, mais aussi pour la France. Comment tolérer que les agents de l’OFB se rendent armés dans leurs exploitations ? Quel est ce pays qui traite ainsi ceux qui le servent ? Répondre à la crise que traversent les agriculteurs est une urgence, pour eux-mêmes, mais aussi pour la France. Il faut agir dès maintenant pour qu’ils ne meurent pas – c’est bien de cela qu’il s’agit –, mais cette réponse doit être massive, afin que dans cinq, dix ou vingt ans les agriculteurs puissent encore vivre dignement de leur travail, sans avoir à demander de l’aide. Les agriculteurs ne prennent pas plaisir à manifester : leur appel est celui d’un peuple qui ne veut pas mourir ! Il faut traiter le fond […]
La parole est à Mme la ministre.
Vous posez la question de la souveraineté. Pas plus que vous, je ne peux me satisfaire qu’en France, la moitié des fruits et légumes, et même 70 % des fruits consommés, n’y soient pas produits. Notre perte de souveraineté alimentaire est dramatique car, l’alimentation étant stratégique, elle peut devenir une arme. On l’a bien vu à propos du blé dans le conflit russo-ukrainien. Nous nous sommes habitués à vivre dans un monde en paix, à accéder à l’alimentation en tout lieu du territoire, sans nous soucier de sa provenance, mais qu’arriverait-il si, demain, nous ne devions compter que sur nous-mêmes ? Rappelez-vous ce qui est arrivé pendant la crise du covid : nous n’avions pas de vaccins ! Tout ce qui nous fait perdre de la souveraineté nous met en danger et nous fragilise. Or l’alimentation est tellement vitale qu’on doit y prêter une attention toute particulière. Je ne peux donc que […]
La parole est à Mme Véronique Besse.
Je souhaite revenir sur la question des contrôles sur les exploitations agricoles, qui faisait partie des revendications lors des manifestations de l’hiver dernier. Si l’annonce d’un contrôle administratif unique va dans le bon sens, les contrôles dans les exploitations restent toujours source d’anxiété pour les agriculteurs. Il faut trouver les moyens de passer d’un système de suspicion permanente à un système de confiance. Un récent rapport du Sénat a mis en lumière les lacunes des contrôles effectués par l’Office français de la biodiversité. Il soulève notamment la question du port de l’arme par les agents de l’OFB, qui est une source de crispation. Le premier ministre a d’ailleurs évoqué ce sujet dans sa déclaration de politique générale. Par ailleurs, certaines sanctions sont disproportionnées et entretiennent ce climat de méfiance vis-à-vis de notre agriculture. Pour ne prendre […]
La parole est à Mme la ministre.
Un contrôle mal effectué fait que l’agriculteur perd un peu plus confiance dans les pouvoirs publics et dans son avenir, parce qu’il se sent soupçonné et qu’il a peur. Quelqu’un me disait, lorsqu’on voit arriver un gendarme ou un policier et que l’on n’est pas un délinquant, on est rassuré ; mais quand on est agriculteur et qu’on voit arriver des agents de l’OFB, on a peur. Cela en dit long sur les conséquences d’un contrôle car méconnaître l’interdiction d’une pratique peut valoir de lourdes peines. Je ne reviens pas sur l’exemple des haies, que vous avez évoqué : une amende de 150 000 euros est au-delà du raisonnable. Cela étant dit, c’est ce que les parlementaires ont voté : l’OFB applique la loi. Agnès Pannier-Runacher et moi-même avons publié une circulaire relative à l’OFB, qui est sous la cotutuelle de nos deux ministères. Il faut protéger la biodiversité, mais il importe aussi […]
Je vous remercie, madame la ministre. Le débat est clos.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-huit heures vingt, est reprise à dix-huit heures vingt-cinq.)
La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle le débat sur le thème : « Après l’élection de Donald Trump, concrétiser la souveraineté européenne ». La conférence des présidents a décidé d’organiser ce débat en deux parties. Dans un premier temps, nous entendrons les orateurs des groupes, pour une durée de cinq minutes chacun, puis le Gouvernement. Nous procéderons ensuite à une séquence de questions-réponses. La parole est à M. Laurent Mazaury.
Nous voici réunis dans un contexte international particulièrement complexe, après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis et à cinq jours de sa prise de pouvoir. Alors que sa première élection et la possibilité de son retour auraient déjà dû nous pousser à renforcer la cohésion européenne et à prendre nos responsabilités, en tant qu’États membres, sa réélection représente un tournant pour les relations internationales et nous oblige de nouveau – et rapidement – à réfléchir à l’avenir de l’Europe et à la manière dont nous devons réaffirmer concrètement notre souveraineté. Notre souveraineté européenne n’est pas seulement un principe politique, mais un impératif stratégique, compte tenu de la tendance de Trump à l’unilatéralisme et à la remise en question des alliances traditionnelles. Nous aurions dû y réfléchir, sans attendre qu’une épée de Damoclès nous y pousse. Le […]
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Le 5 novembre, les électeurs des États-Unis ont fait le choix d’élire Donald Trump à la tête de l’exécutif. Ses décisions auront des effets non seulement sur la population vivant aux États-Unis, mais également dans le monde – sur les marchés et sur les peuples, autant que sur le droit international. Si l’on en croit ce que l’on a vu ces dernières semaines, Donald Trump va faire... du Donald Trump. Les Nations unies ? Pour quoi faire ? L’écologie et le dérèglement climatique ? Ça n’existe pas ! Les guerres ? On les réglera en vingt-quatre heures. Un problème ? Une solution : les puissants États-Unis. Alors qu’il n’est pas encore installé à la Maison-Blanche, Donald Trump annonce sans ménagement des volontés expansionnistes : à lui le Groenland et le canal de Panama – tout en évoquant subtilement le Canada et le golfe du Mexique… Non content d’afficher son mépris du droit international […]
La parole est à Mme Hanane Mansouri.
La réélection de Donald Trump a été le plus grand moment démocratique de l’année 2024 en Occident, les voix de pas moins de 77 millions d’Américains s’étant portées sur sa candidature. Les Américains ont rappelé à quel point ils étaient attachés à leur patrie, à leur pays, ainsi qu’à leur identité. Alors que la gauche exaltait, par opportunisme électoral, les différences sexuelles, culturelles et ethniques (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS) , Donald Trump rappelait que peu importent ces différences, car c’est l’Amérique, en tant que communauté de destin, qu’il convient de préserver. Notre président, Éric Ciotti, fut l’un des seuls à avoir le courage de soutenir publiquement la candidature de Donald Trump.
Ah ça ! Bravo !
Le nihilisme de l’administration démocrate, témoignant parfois d’un atavisme pour la guerre, a conduit ses dirigeants à mener une guerre par procuration en Ukraine. Cette gauche rappelle la nôtre, propriétaire du monopole humaniste, applaudissant à la remise en 2009 du prix Nobel de la paix à Obama (Mme Dominique Voynet applaudit) , alors que celui-ci laissait un pays directement engagé dans huit champs de bataille à travers le monde. Force est de constater que Donald Trump, lors de son premier mandat, n’a engagé aucun conflit militaire majeur et que le nombre de soldats américains mobilisés a été divisé par deux. Des résultats bien plus nobles que toutes les homélies humanistes de la gauche, bonne donneuse de leçon mais bien mauvaise pour les appliquer quand on lui confie le pouvoir. C’est aussi Donald Trump qui a permis les accords d’Abraham, qui ont mené à une reconnaissance de […]
Vous avez mal regardé : nous ne tremblons pas, nous résistons !
En votant pour Macron ?
Merci de ne pas vous interpeller, chers collègues. La parole est à M. Guillaume Bigot.
Paniqués par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, certains appellent de leurs vœux l’avènement d’une souveraineté européenne. Répondons-leur tout de suite que ce qu’ils veulent est à la fois illégal et illégitime. L’article 3 de notre Constitution dispose : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». La suite fait écho à la Déclaration de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » Vouloir la souveraineté européenne, c’est donc assumer une forfaiture ! Les représentants du peuple que nous sommes n’ont aucun droit à disposer d’une souveraineté inaliénable. Je vous le rappelle, chers collègues : nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’abdiquerons certainement pas au profit d’une bureaucratie […]
La parole est à M. Pieyre-Alexandre Anglade.
Dans cinq jours, Donald Trump deviendra officiellement le 47 e président des États-Unis. Avant même d’entrer en fonction, le président élu a, ces dernières semaines, fait plusieurs déclarations qui appellent notre attention, bien qu’elles n’aient rien de surprenant : depuis une décennie, les États-Unis nous font comprendre que leurs préoccupations concernent essentiellement leur sécurité, leur économie et leur relation concurrentielle, potentiellement conflictuelle, avec l’Asie, en particulier la Chine. Nous devons l’entendre car cette tendance ira en s’accentuant. L’Union européenne et ses États membres, dont la France, se trouvent donc à un tournant historique et stratégique majeur. Ce tournant, nous allons devoir le négocier rapidement, avec lucidité, détermination et ambition. Ouvrons les yeux : autour de nous, les menaces se multiplient. La Russie n’est pas seulement belliqueuse […]
La parole est à M. Aurélien Saintoul.
On nous invite à discuter du thème suivant : « Après l’élection de Trump, concrétiser la souveraineté européenne ». Une remarque, d’abord, quant au libellé du sujet : il n’y a pas et il n’y aura pas, ni virtuellement ni réellement, ni à court ni à moyen terme, de souveraineté européenne, attendu que selon l’article 3 de la Constitution, « La souveraineté nationale appartient au peuple. » À la rigueur, on peut chercher les indices d’une volonté, de la part des États européens, de se rendre moins dépendants des États-Unis. Ce serait déjà beaucoup et je souhaite bon courage à qui entreprendrait cette quête, puisque tout montre que la tutelle de ce puissant protecteur n’est guère remise en question sur le Vieux Continent. Certes, le retour de Donald Trump au pouvoir ne permet plus vraiment de faire semblant : notre allié, si bienveillant et altruiste, ne l’est peut-être pas tant que ça et […]
La parole est à Mme Sandrine Runel.
Le 9 novembre 2016, l’élection de Donald Trump fut un premier séisme car, dans une époque plutôt favorable aux Démocrates, personne n’avait anticipé l’arrivée d’un des plus riches hommes d’affaires à la tête des États-Unis. Donald Trump avait mené une campagne échappant à toute convention politique, démarrant très fort avec l’annonce de la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique. En 2024, il s’est surpassé, son argument principal étant de « stopper le délire transgenre » et d’en finir avec « le diktat du wokisme » – une extrême droite qui rappelle la nôtre. Ces propos réactionnaires sur l’immigration, l’environnement, l’économie, ces propos qui menacent la liberté des Américains nous inquiètent. Car quand on touche aux droits, c’est la démocratie qu’on malmène ; nous ne savons que trop bien comment cela peut finir. Alors que faire après cette réélection ? D’abord, dire nos […]
La parole est à Mme Virginie Duby-Muller.
Le retour au pouvoir de Donald Trump provoque chez les Européens de multiples interrogations et parfois des inquiétudes légitimes. Pourtant, si nous réussissons à nous saisir de l’occasion, ce peut être le moment de concrétiser la souveraineté européenne. Avec un président américain qui conçoit les relations internationales comme un rapport de force permanent, il est temps pour nous de sortir d’une forme de naïveté et d’impuissance stratégique. Un personnage a également pris la lumière depuis le 5 novembre 2024, jour de la victoire de Donald Trump : Elon Musk. Entrepreneur visionnaire dans les secteurs de l’automobile, du spatial et des télécoms, mais aussi patron controversé de la plateforme X, anciennement Twitter, il joue un rôle diplomatique inédit et mal défini, et pèse dans la guerre informationnelle. Ses interventions sur X ou ses publications semblent artificiellement amplifiées […]
La parole est à Mme Dominique Voynet.
Malgré le bilan épouvantable de son premier mandat, les électeurs américains ont de nouveau élu Donald Trump à la présidence des États-Unis. Sans attendre son investiture officielle et entre deux bordées d’insultes envers ses adversaires – les Démocrates, les femmes, les juges, les intellectuels, les écologistes, les wokes, les Européens –, Trump, désormais courtisé par ses adversaires d’hier, des grands noms des Gafa aux chefs d’États européens, a fait part de son intention de peser lourdement sur la marche du monde, au moyen d’une politique économique profondément agressive. Le choix de ses émissaires – notamment du premier d’entre eux – n’est pas anodin. Elon Musk, qui a récemment transformé Twitter, devenu X, en instrument de propagande et de désinformation au service des idées d’extrême droite et des complotistes les plus déjantés, ne s’en cache pas : il entend user de tout son […]
La parole est à M. Bruno Fuchs.
Dans cinq jours, lundi 20 janvier, Donald Trump succédera à Joe Biden, 46 e président des États-Unis, que beaucoup considèrent comme ayant été, ces dernières années, l’un des plus attentifs au continent européen. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche suscite une certaine appréhension de ce côté-ci de l’Atlantique, en raison du caractère décomplexé du personnage, de sa vision ouvertement transactionnelle et de son projet de type nationaliste pour l’Amérique. Donald Trump n’est sans doute pas le président qui se montrera le plus soucieux de l’Europe. De ce point de vue, son retour est un électrochoc dont personne en Europe ne contrôle l’intensité ni l’impact. Il nous faut donc impérativement utiliser cet électrochoc de façon positive et constructive, réagir dans le sens de nos propres intérêts. Cela doit servir à dessiller les yeux d’un certain nombre de responsables européens. […]
La parole est à M. Bertrand Bouyx.
Les États-Unis ont élu leur nouveau président. L’élection de Donald Trump a été certifiée le 6 janvier, et le président élu prêtera serment le 20 janvier. Le peuple des États-Unis a fait son choix. Il nous incombe de respecter le choix de ce peuple ami. Quoiqu’il advienne dans les quatre prochaines années, la France et l’Europe devront continuer à travailler avec un allié de longue date. En effet, ce qui nous unit avec l’Amérique demeure plus fort que tout ce que pourra faire la prochaine administration pour nous diviser.
Pas sûr !
La France a fourni une aide précieuse à la naissance des États-Unis, et le sang américain versé sur les plages de Normandie et de Provence il y a quatre-vingts ans nous rappelle encore cette histoire commune. Quoiqu’il advienne, nous, Européens, devrons apprendre à compter davantage sur nous-mêmes pour garantir notre souveraineté. Cette deuxième accession de M. Trump à la Maison-Blanche sonne comme un nouvel avertissement : les États-Unis sont et resteront nos alliés, mais leurs priorités stratégiques ont changé ; leur regard est tourné vers le Pacifique, dans une compétition croissante avec la Chine. Dans cette compétition entre puissances, l’Europe peine à se faire entendre. Le débat sur la souveraineté européenne n’est pas nouveau. Il existait avant l’accession de Donald Trump au pouvoir, avant même l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais force est de constater qu’avec […]
La parole est à M. Michel Castellani.
La souveraineté implique l’exclusivité des compétences législatives, exécutives et judiciaires. Le concept ne pose de problème pour aucun des États constituant l’Union européenne. En revanche, on ne peut pas dire qu’il s’applique à ladite Union, ensemble politique né d’une volonté de coopération partielle, mais certainement pas d’une fusion d’États. Cela dit, la guerre en Ukraine, les propos agressifs du président élu Donald Trump, les tensions économiques et géostratégiques dans le monde, le défi du réchauffement climatique sont autant d’éléments qui remettent sur le devant de la scène la nécessité d’une souveraineté européenne. En réponse à l’invasion russe, les dirigeants de l’Union européenne ont publié le 11 mars 2022 la déclaration de Versailles. Celle-ci a défini une feuille de route qui demeure d’actualité. Elle évoque trois dimensions structurelles : le renforcement de nos […]
La parole est à M. le ministre délégué chargé de l’Europe.
Vous avez été nombreux à dire que l’élection de Donald Trump a constitué un électrochoc, qui suppose un réveil stratégique européen ; vous avez été nombreux à souligner que ce réveil est tardif. Les signaux d’alerte n’ont pas manqué mais, déjà en 2016, nombreux étaient ceux qui pensaient que son accession au pouvoir était un accident de l’histoire, une parenthèse désenchantée et que l’on reviendrait à la normalité des relations transatlantiques au bout de quatre ans. Beaucoup avaient voulu ignorer les signaux précurseurs d’un changement durable de ces relations envoyés par l’administration Obama : mention d’un pivot vers l’Asie, refus d’intervenir en Syrie après l’utilisation des armes chimiques par Bachar el-Assad, affirmation de ce que l’Europe ne constituait plus une priorité. Et nombreux ont été ceux qui ont refusé de voir qu’il s’agissait de tendances de fond sous l’administration […]
C’est pour ça qu’on diminue les investissements en France ?
Nous devons parfaire notre marché unique, l’union des marchés de capitaux, notre union bancaire et donner les moyens aux entrepreneurs, aux innovateurs, aux start-up, à ceux qui veulent prendre des risques sur le continent européen de pouvoir le faire, de trouver des financements, de se développer, d’exporter. Il nous faut soutenir et protéger nos industries, y compris face à la concurrence déloyale. L’Union européenne commence enfin à le faire. La France a soutenu l’enquête de la Commission puis la décision d’imposer des tarifs douaniers aux constructeurs de véhicules électriques chinois après qu’il fut constaté que la Chine le subventionnait massivement, au détriment de notre industrie. L’UE en aurait été incapable il y a quelques années… Nous entrevoyons le début de la sortie de la naïveté, en partie sous l’impulsion de la France, mais il reste beaucoup à faire ! Il est impératif […]
Nous en venons aux questions. La parole est à M. Michel Castellani.
Le président élu Donald Trump vient de s’illustrer à plusieurs reprises par des propos agressifs qui témoignent d’une vision du monde basée sur le rapport de force et nient tout esprit de coopération et toute notion de dialogue entre les nations. Nous avons par ailleurs assisté à l’intrusion de certains magnats américains de la technologie dans les affaires publiques européennes. Les géants du numérique tentent visiblement de façonner l’opinion publique grâce à leurs plateformes et de s’immiscer dans les débats, souvent au mépris des pratiques électorales et des valeurs au fondement de la vie démocratique européenne. Tout cela contrevient au respect de notre État de droit et à l’indépendance de nos choix politiques. Monsieur le ministre, sans renoncer à la coopération transatlantique, quelle politique comptez-vous mener pour répondre aux éventuelles tentatives de déstabilisation […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Votre question est parfaitement posée. Il faut nous défendre et protéger nos démocraties contre les tentatives d’ingérences, qu’elles s’expriment via TikTok, comme la Russie vient de le faire en Roumanie et en Moldavie ou via l’amplification de messages d’extrême droite sur X. Nous avons développé des règles, comme celles que prévoit le DSA, appliquons-les ! J’ai demandé il y a quelques jours à la vice-présidente de la Commission européenne, Mme Henna Virkkunen, de poursuivre et d’amplifier les enquêtes de la Commision sur les violations de ces règles par les plateformes de réseaux sociaux. Je pense notamment à la lutte contre la désinformation, la haine en ligne ou l’utilisation de faux. Mais face à ce type d’ingérences et de tentatives de déstabilisation, nous ne serons souverains que si nous sommes capables de faire émerger nos propres acteurs du numérique. D’où l’importance de […]
La parole est à M. Nicolas Sansu.
L’Europe risque d’être l’une des premières victimes de l’administration américaine. Le président Trump a en effet déclaré vouloir lui faire payer son excédent commercial par une hausse des tarifs douaniers et du prix du GNL. Alors que la menace d’une guerre commerciale est à l’ordre du jour, l’Europe se trouve dans un état de fragilité absolue : après le choc énergétique provoqué par l’invasion russe de l’Ukraine, nous voici au milieu d’une crise industrielle qui risque de laisser, en France, plus de 200 000 personnes sans emploi. La politique de l’offre est morte ! Loin d’avoir réussi à freiner les destructions d’emplois, les subventions et crédits accordés aux entreprises ont rempli les poches de ceux qui impulsent les délocalisations. Le temps du libre-échange est révolu ! Les marchés internationaux ne sont pas des vecteurs de paix entre les peuples mais, comme cela a toujours été le […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Je ne me souvenais pas que le rapport Draghi préconisait une sortie du capitalisme ! Il nous encourage au contraire à faire émerger des acteurs industriels et technologiques en leur laissant la possibilité de prendre des risques, d’innover, d’entreprendre et en les finançant afin de créer un écosystème favorable. Cela signifie, tout d’abord, qu’il faut simplifier et réduire les normes et les régulations qui ont trop longtemps empêché certains acteurs de se développer. Mario Draghi propose ainsi un choc de simplification pour soutenir nos entreprises. Il faut ensuite renforcer les acteurs du capital-risque, les banques qui souhaitent financer et investir. Par ailleurs, vous avez raison de le souligner, il faut aussi prévoir des investissements publics. Je mentionnais d’ailleurs à l’instant le plan d’endettement commun NextGenerationEU, ce grand emprunt européen lancé sous l’impulsion de […]
La parole est à M. Maxime Michelet.
En 2023, les États-Unis étaient le premier partenaire commercial de l’Union européenne. Pour nombre de nos producteurs et entrepreneurs, la relation commerciale avec les États-Unis est donc précieuse et nous comprenons les inquiétudes que la politique offensive du président Trump peut leur inspirer. Ce dernier souhaite en effet inverser la balance de nos échanges en ciblant particulièrement trois secteurs : l’aéronautique, l’industrie pharmaceutique et le domaine des vins et spiritueux. Cette politique entend défendre les intérêts des États-Unis. En tant que telle, elle est parfaitement légitime d’un point de vue américain. Car le problème, ce n’est pas la politique américaine, librement, souverainement choisie par le peuple américain mais l’incapacité de la France à défendre ses intérêts avec la même force, la même détermination et la même efficacité, notamment en Europe et à […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Je vous avoue que je suis un peu surpris par la tonalité de votre question, comme d’ailleurs par l’intervention de votre collègue Mme Mansouri. Vous vous félicitez de l’élection de Donald Trump, que vous soutenez, tout en rappelant que sa politique commerciale ira peut-être à l’encontre des intérêts des employés et ouvriers de l’industrie aéronautique, des agriculteurs ou encore des viticulteurs. J’aimerais savoir comment vous expliquerez à ces derniers, qui pourraient être confrontés à des mesures douanières et commerciales, pourquoi vous avez jugé bon de soutenir, dans le cadre d’une élection à l’étranger, un candidat qui formule ce type de proposition. C’est une drôle de vision du souverainisme ! Notre seul objectif, notre seule boussole, c’est la défense des intérêts de la France et des Français. Ainsi, c’est pour défendre les intérêts des agriculteurs que nous refusons l’accord […]
La parole est à Mme Manon Bouquin.
Une addition de faiblesses n’a jamais constitué une force. Cela vaut pour tous les domaines dans lesquels l’immixtion européenne a abouti à un affaiblissement général. Je prendrai un seul exemple du sabotage de notre économie : le secteur de l’énergie. Oui, dans ce domaine, la France a bien accepté le sabotage opéré par une Union européenne acquise aux intérêts de l’Allemagne, pays certes partenaire mais aussi concurrent, qui cherche à réduire son déficit de compétitivité. Ces deux influences étrangères ont non seulement saboté le nucléaire français mais aussi arrimé notre pays à une crise des prix énergétiques, consciemment provoquée par les mauvais choix de l’Allemagne sur l’éolien – des choix qui ont fait de ce pays le toxicomane gazier de l’Europe. Aujourd’hui, c’est peu ou prou toute l’économie européenne qui souffre du sevrage imposé par les sanctions à son fournisseur russe. Pire […]
La parole est à M. le ministre délégué.
S’agissant de toutes les questions stratégiques que vous avez évoquées – l’énergie, la politique commerciale, la défense de nos intérêts face aux ingérences avec l’exemple de la Nouvelle-Calédonie, les enjeux industriels ou la protection de nos agriculteurs –, sommes-nous plus forts quand nous sommes isolés et divisés face aux États-Unis et à la Chine ? La France ne tire-t-elle pas bénéfice de son union avec les autres pays pour défendre précisément les intérêts de ses agriculteurs, de ses ouvriers et de ses industries ? N’est-ce pas ainsi que les Européens pèsent davantage ? Si, pour y parvenir, nous devons exiger des transformations profondes de la part de l’Europe, nous nous y emploierons. Vous avez évoqué la question de l’énergie. C’est la France, justement, qui a obtenu la reconnaissance du nucléaire comme énergie décarbonée dans la taxonomie européenne et qui l’a promu, parmi les […]
La parole est à M. Frank Giletti.
À l’heure où l’on parle de l’Europe de la défense, on nous présente Edip comme une avancée décisive. Soyons lucides : ce programme ressemble davantage à une usine à gaz bureaucratique qu’à une réelle stratégie visant à renforcer la souveraineté des nations européennes – et vous le savez. Les acteurs de la BITD, au cœur des capacités stratégiques, expriment eux-mêmes des inquiétudes légitimes. Ils refusent à juste titre l’instauration d’un marché unique de la défense qui, au nom d’une ouverture systématique, mettrait en péril nos fleurons industriels en les confrontant à la concurrence déloyale d’industries subventionnées par d’autres États européens ou par des acteurs extraeuropéens comme les États-Unis. L’élection de Donald Trump l’a pourtant déjà mis en évidence : l’Europe ne peut plus se reposer sur le parapluie américain. Ce constat aurait dû nous inciter, dès son premier mandat, à […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Avant de répondre précisément à votre question sur Edip, je tiens à souligner que notre défense nationale constitue bien sûr la base de notre politique de défense. C’est d’ailleurs pourquoi, au cours des deux mandats d’Emmanuel Macron, nous avons doublé le budget de la défense – je crois d’ailleurs que vos collègues du Rassemblement national ont soutenu cet effort. Nous disposons bien sûr d’une force de frappe nucléaire autonome, qui fait de la France une puissance dotée et garantit sa souveraineté. Par ailleurs, nous avons soutenu le développement de certains programmes européens pour encourager les coopérations industrielles et faire émerger des financements européens. La première condition que nous avons posée est celle de la préférence européenne, en particulier s’agissant de l’autorité de conception, un point que vous avez mentionné et qui est au cœur des négociations liées au […]
La parole est à Mme Eléonore Caroit.
La réélection de Donald Trump en novembre dernier ouvre un nouveau chapitre des relations transatlantiques. Le mandat que défendra le président Trump à partir de son investiture, le 20 janvier prochain, est sans ambiguïté : « Make America great again ! » ou encore « America first ! ». Ces slogans seront la base de tout échange et de toute négociation avec les États-Unis. L’élection de Donald Trump souligne, si cela était encore nécessaire, l’urgence pour l’Union européenne de se concevoir et d’agir de manière autonome, dans un monde marqué par des tensions accrues. Dès lors, il ne s’agit plus de nous livrer à un débat philosophique ou juridique. Nous devons concrétiser une véritable souveraineté européenne. La remise en question de l’aide à l’Ukraine, les revendications territoriales de Trump vis-à-vis du Groenland, du Canada, du canal de Panama ou encore la guerre toponymique dont le […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Je ne peux que partager votre constat : les Européens doivent assumer la responsabilité de leur propre destin et investir dans leur défense, leur sécurité et leur souveraineté. La préférence européenne est au cœur de notre vision de la défense comme de l’industrie. Il faut sortir de la naïveté commerciale et assumer de protéger et défendre nos intérêts, notamment quand les autres font œuvre de protectionnisme et s’affranchissent des règles internationales, des codes de l’OMC. Ne soyons pas les derniers dindons de la farce du commerce international et de la mondialisation des années 90. Sachons aussi montrer nos muscles et défendre nos propres intérêts industriels !
La parole est à Mme Brigitte Klinkert.
Dans cinq jours, Donald Trump deviendra le 47 e président des États-Unis. Son élection constitue un facteur d’instabilité pour les Européens et la France, davantage encore, sans doute, que celle qui avait donné lieu à son précédent mandat. Les États-Unis sont un partenaire de l’Europe et de la France mais il est désormais difficile de considérer que ce partenaire soit fiable, constant et loyal. Une ère d’incertitude s’ouvre quant aux ambitions de la future administration Trump à l’égard de l’Europe et de l’Otan, telles que les révèle déjà la diplomatie parallèle et réactionnaire menée par Elon Musk, qui se livre à une guerre d’influence affectant les élections démocratiques en Europe. L’ingérence dans nos processus démocratiques constitue une violation directe de la souveraineté européenne. En Allemagne, Musk fait usage de ses capitaux privés et du pouvoir que lui confère le réseau […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Vous avez rappelé la nécessité de faire respecter nos règles applicables au domaine numérique. Nous nous sommes dotés d’instruments tels que le DSA et le DMA. Il appartient à la Commission d’en faire usage face à ces ingérences et à l’amplification de certains messages, en particulier du fait de la manipulation de l’algorithme du réseau social X. Je souligne aussi le rôle joué par TikTok dans les élections parlementaires roumaines, que la Russie a manipulées. La Commission européenne doit faire respecter nos règles : voilà le message que Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, et moi-même lui avons adressé. Je me suis personnellement entretenu avec la vice-présidente Henna Virkkunen afin de lui rappeler la nécessité de poursuivre les enquêtes en cours pour faire respecter le droit. Le deuxième pilier de notre action se fonde sur l’innovation et la capacité […]
La parole est à Mme Nadège Abomangoli.
Souveraineté populaire et paix : voilà les deux principes qui devraient guider notre politique de défense. Or force est de constater que la promesse d’une défense européenne éloigne notre pays de ces idéaux. En cherchant à plaire aux plus atlantistes de nos voisins, la France s’est alignée depuis des années sur l’Otan. Nous n’avons récolté de cette manœuvre que de l’indifférence, voire du mépris. Il convient de renouer avec une politique non-alignée en matière de défense nationale. On l’a maintes fois répété : la défense européenne est une chimère qui renforce notre dépendance à l’égard des États-Unis tout en promettant de nous y soustraire. Trump ou pas, la défense européenne annihile toute prétention à l’autonomie stratégique nationale. Certains ont imaginé le concept d’autonomie stratégique européenne. Mais où est-elle en Ukraine, en Israël, en Palestine, dans le Pacifique ou encore […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Je me félicite aussi que cet accord ait été trouvé. J’aurais aimé vous entendre vous féliciter du rôle joué par la diplomatie française, Emmanuel Macron et Jean-Noël Barrot dans la signature récente d’un accord de cessez-le-feu au Liban. La France, avec ses partenaires américains, a fait porter sa voix au Moyen-Orient et a permis à nos amis et partenaires libanais de sortir de l’impasse politique dans laquelle ils se trouvaient. N’opposons pas le fait d’avoir des alliés et celui de mener une politique étrangère indépendante et une politique de défense souveraine. Nous sommes membres de l’Otan, mais le budget que nous consacrons à la défense n’en a pas moins doublé au cours des deux mandats d’Emmanuel Macron et nous disposons d’une capacité de dissuasion nucléaire autonome. Nous n’avons jamais été non-alignés. La France est un membre fondateur de l’Alliance atlantique. Elle s’est retirée […]
La parole est à M. Aurélien Taché.
Lundi prochain, Donald Trump présidera à nouveau aux destinées de ce qui est encore la première puissance mondiale – du moins pour le moment car, s’il a clairement la volonté d’entraîner son pays dans une confrontation directe avec la Chine, rien ne dit qu’il en sortira victorieux. La France ne doit à aucun prix se laisser entraîner dans la logique infernale de la confrontation entre ces deux grandes puissances, sur lesquelles nous ne devons pas nous aligner. La France est le pays qui résiste à tous les impérialismes. Or le retour de Donald Trump annonce un nouvel âge de l’impérialisme américain. Nous commettrions une grossière erreur en ne prenant pas au sérieux les menaces qu’il fait peser sur le Groenland, le canal du Panama ou même le Canada. Suivant sa nouvelle doctrine, toute forme d’autonomie et de souveraineté de ses alliés est vécue comme une marque d’hostilité. Cela vaudra […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Vous parlez du silence de la France mais elle est aux côtés de ses partenaires et de ses amis. Concernant les menaces proférées par Donald Trump au sujet du Groenland, que la France a jugées inacceptables, le président de la République s’est entretenu le jour même avec la première ministre danoise afin de lui exprimer notre solidarité. C’est justement contre de telles menaces que la France soutient l’idée d’une Europe souveraine capable de défendre ses intérêts. Tout notre débat de ce soir révèle qu’il n’y a aucun silence. Au contraire, les Européens manifestent leur volonté de reprendre leur destin en main, d’investir dans leur souveraineté et leur autonomie stratégique, de sortir de la naïveté sur les plans commercial et géopolitique – c’est le sens des propos tenus par le président de la République lors de la conférence des ambassadeurs. Nous partageons le sentiment que le monde est […]
La parole est à M. Julien Gokel.
L’élection de Donald Trump nous confronte à l’urgence de réduire nos dépendances. On peut la percevoir comme une menace mais elle doit surtout servir de signal d’alarme : il est impératif de renforcer l’autonomie stratégique de notre continent. Si nous voyons le verre à moitié vide, cette élection n’est peut-être pas une bonne nouvelle pour notre continent, pour l’état de nos relations commerciales, pour l’avenir de l’Otan mais aussi pour la paix en Ukraine ou tout simplement pour la planète. Mais si nous voulons bien voir le verre à moitié plein, cette élection nous oblige. L’Union européenne n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est au pied du mur. Ces dernières années, nous en avons eu la preuve, lorsque nous avons su mettre de côté nos divisions pour faire bloc face à la pandémie du covid-19 ou pour soutenir l’Ukraine après l’invasion russe. Que ce soit en matière commerciale […]
La parole est à M. le ministre délégué.
La France s’est préparée en n’entretenant aucune illusion sur la tendance de fond que l’on observe de la part des États-Unis. Déjà sous l’administration Obama, puis sous la première administration Trump et sous l’administration Biden, l’Europe, sous l’impulsion de la France, est sortie de sa naïveté sur le plan commercial, a investi dans des coopérations en matière de défense, a défendu ses valeurs et sa souveraineté sur le plan numérique. Je viens d’évoquer le DSA : c’est en donnant enfin à l’Europe les moyens de se défendre que nous nous prémunissons contre toute éventualité à l’étranger. Les Américains ont fait leur choix, il est souverain et nous le respectons. Le président Trump défendra leurs intérêts. Notre ambition, c’est que les Européens puissent toujours défendre les leurs, conformément à la vision et au projet que nous défendons, avec des résultats, depuis 2017.
La parole est à M. Julien Gokel, pour une seconde question.
Sur le plan commercial, Donald Trump ne s’est jamais caché de vouloir réduire le déficit des États-Unis, voire de rendre leur balance commerciale excédentaire. Il souhaite favoriser les industries de son pays et nous, protéger bien évidemment les nôtres. Rien de plus normal. Mais force est de constater que nous n’avons pas les mêmes armes ni les mêmes contraintes, et que nous n’agissons pas forcément dans la même temporalité. Il est probable que l’administration Trump impose rapidement une hausse de 10 % à 20 % des droits de douane, ce qui aura de lourdes conséquences pour nos industries, notamment sidérurgiques, chimiques et aéronautiques. Quelle réponse pouvons-nous apporter au niveau européen ? L’Union peut surtaxer des produits d’importation, prendre des mesures de sauvegarde ou des mesures antidumping, et nous attendons beaucoup du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, le […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Vous mettez en exergue deux sujets absolument fondamentaux et qui mériteraient beaucoup plus qu’un échange aussi bref. S’agissant de la question commerciale, vous avez mentionné plusieurs des mesures possibles – clauses antidumping, principe de la réciprocité, compensations si nécessaire et soutien aux secteurs éventuellement touchés. Et c’est précisément les leviers que nous avons activés récemment, j’en ai parlé à propos des véhicules électriques chinois. C’est un exemple intéressant car sur la question du photovoltaïque, il y a quelques années, nous n’avons pas été capables de prendre des mesures. Depuis, nous nous sommes dotés d’instruments et nous pouvons désormais agir plus vite, sans attendre le résultat de procédures interminables – notamment devant l’OMC –, pour imposer, après enquête rigoureuse de la Commission, de nouveaux tarifs. En l’espèce, il a été démontré que la Chine […]
La parole est à M. Frédéric Petit.
Trump arrive… La seule chose rassurante, c’est qu’on ne sait pas trop ce qu’il va faire vraiment. Mais Trump est un transactionnel et il risque de mettre en péril le droit international. Ma question portera sur ce point, au regard de ce qui se passe en Ukraine. En transactionnel, Trump va dealer, et seul. Il y a fort à parier que nous ne serons pas invités à la table, ni nous Français ni nous Européens. Or ce deal portera sur des éléments existentiels pour l’Europe. Je vais prendre des exemples très concrets, dont nous avons souvent parlé, monsieur le ministre. Le maintien de la Constitution russe fera-t-il partie du deal, sachant qu’un recul abracadabrantesque permet depuis un an d’intégrer à la Russie des territoires qui n’ont jamais vu un char russe et des citoyens d’autres nations qui, parce qu’ils sont russophones, sont considérés comme relevant du pouvoir du Kremlin ? La […]
La parole est à M. le ministre délégué.
Je vous remercie de rappeler l’importance existentielle que revêt cette guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine à nos portes car cela a été assez peu évoqué ce soir. Je voudrais rappeler plusieurs points principiels. Premièrement, les Européens doivent être à la table des négociations. On ne peut pas négocier la sécurité et l’avenir de l’Ukraine sans les Ukrainiens, ni la sécurité et l’avenir de l’Europe sans les Européens. Ainsi, le président de la République, en marge de la cérémonie de Notre-Dame, a organisé la rencontre entre le président élu Trump et le président Zelensky. Deuxièmement, la résolution de cette guerre doit reposer sur les principes très clairs que sont la sécurité et la stabilité de l’Europe, et sur des garanties de sécurité pérennes et crédibles pour l’Ukraine, auxquelles les Européens devront prendre toute leur part. Mais je souligne que pour négocier en […]
La parole est à M. Bertrand Bouyx.
L’élection de Donald Trump et son retour à la Maison-Blanche à l’issue du mandat de Joe Biden posent à l’Europe des questions existentielles. Pour autant, le sujet de la souveraineté européenne n’est pas nouveau et cette élection ne fait que nous rappeler l’urgence de mettre en œuvre le projet exprimé dans la déclaration commune visant, entre autres, à renforcer les capacités de défense européenne, adoptée par les chefs d’État et de gouvernement lors du Conseil européen de Versailles les 10 et 11 mars 2022. On connaît les positions et les promesses du président Trump : fin du conflit en Ukraine en vingt-quatre heures, baisse, voire suppression du soutien à l’Ukraine, désengagement des USA de l’Otan, etc. On connaît aussi ses méthodes de négociation musclées, qui imposent les enjeux et conflictualisent les échanges internationaux. Certes, on sait qu’il ne faut pas prendre ses […]
La parole est à M. le ministre délégué.
La question que vous posez est celle de l’avenir des industries de défense européennes. Notre ambition est d’en accroître les capacités – nous l’avons fait au niveau national et les autres États membres s’y emploient – et d’encourager des coopérations au niveau européen. Il faut rappeler que beaucoup de nos partenaires – je pense à nos amis d’Europe centrale et orientale – sont très attachés à la relation transatlantique, à leur place dans l’Otan. La France joue tout son rôle au sein de cette organisation à travers des missions de réassurance en Roumanie, où nous sommes une nation-cadre, mais aussi dans les États baltes et en Pologne, pays placés en première ligne et menacés par l’agressivité et le révisionnisme de la Russie. La France encourage le développement du pilier européen de l’Otan par une amélioration de la coordination et du dialogue entre l’Union européenne et cette […]
Le débat est clos.
Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures quarante-cinq : Débat sur le thème : « La santé mentale des jeunes ». La séance est levée.
(La séance est levée à vingt heures trente.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra