Séance du 19 février 2025 — 108e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
| N° | Scrutin | Voix | Résultat |
|---|---|---|---|
| 842 | la motion de censure, déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution, par M. Boris Vallaud et 65 députés. | 181 / 0 | rejeté |
Tours 401 à 600 sur 620 — page 3 / 4.
Puisque les auteurs de cette motion entendent parler de valeurs, je voudrais dire en quoi ces arguments paraissent d’un autre temps, picrocholins, quand des menaces globales et immédiates nous guettent, mettant, elles, réellement en danger nos valeurs – celles que, je crois, nous partageons.
L’extrême droite est une menace réelle !
Accaparer cet hémicycle pour débattre d’un supposé péril des valeurs apparaît au mieux dérisoire, au pire inconscient, alors qu’une guerre sur le sol européen devient une éventualité.
Absolument !
S’il s’agit de parler des valeurs, des principes et des fondements de notre République,…
Soutenez-vous M. Retailleau ?
…alors je nous invite à ouvrir les yeux sur les véritables risques qui menacent notre démocratie, donc tout notre système de valeurs.
Laurent Wauquiez a dit qu’il était d’accord avec le RN !
Je pense aux risques liés aux impérialismes conquérants et brutaux, dont les contours se dessinent chaque jour un peu plus nettement, à l’Ouest comme à l’Est. Je pense à ce qui s’ébauche d’un nouvel ordre international – nous devrions plutôt parler de désordre –, qui pourrait être, demain, régi par la loi du plus fort et l’influence des multinationales, permettant l’ingérence de puissances étrangères au cœur de nos démocraties. Je pense aux guerres commerciales qui se profilent : elles peuvent mettre à mal toutes nos économies et plonger notre pays et l’Europe dans une crise sans précédent. Je pense aux crises climatiques à venir, qui vont bouleverser les équilibres sociaux, démographiques et économiques. (M. Jimmy Pahun applaudit.) Je pense enfin aux nouveaux défis technologiques : le sommet sur l’intelligence artificielle qui vient de se tenir à Paris témoigne de leur ampleur. C’est […]
C’est Macron, alors !
…en le déstabilisant, alors que les défis et les risques que je viens de décrire sont immenses. Ce qui menace nos valeurs, ce sont ceux qui affaiblissent la voix de la France, et ainsi de l’Europe, face à l’agression russe en Ukraine et au changement de pied brutal des États-Unis. Ce qui menace nos valeurs, ce sont celles et ceux qui organisent de l’intérieur l’impuissance et la soumission de l’Europe, soutiennent tous les régimes illibéraux et sont fascinés par leurs dirigeants autoritaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Ce qui menace nos valeurs, ce sont celles et ceux qui prônent le repli sur soi, alors que l’Europe doit être un amplificateur de notre souveraineté dans des domaines aussi stratégiques que la défense, l’énergie, l’agriculture ou l’intelligence artificielle.En tout état de cause, mesdames et messieurs les membres du groupe Socialistes et apparentés […]
Vous gouvernez avec le soutien sans participation de l’extrême droite !
Vous travaillez avec Bruno Retailleau !
Ce sont les enjeux que j’ai rappelés, et tant d’autres, qui devraient nourrir nos débats et sur lesquels nous devrions chercher de manière constante à faire vivre le pluralisme en dépassant nos désaccords, pour promouvoir l’intérêt général et préserver l’essentiel.Comme l’écrivait Aragon : « Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles / Au cœur du commun combat ».C’est à ce combat existentiel que je nous invite – car c’est de cela qu’il est question. Pour le mener, il existe encore, je le crois, une majorité dans le pays, comme dans cet hémicycle. Tel est le rendez-vous que nous donne l’histoire, et j’espère qu’un jour, vous serez enfin avec nous, dans le respect de nos différences, à la hauteur de ces enjeux vitaux, car c’est à cette aune que nous serons jugés. Pour ce motif, au nom de mon groupe, j’appelle chacun, en conscience, à ne pas […]
La parole est à M. Sylvain Berrios.
Nous voici une fois de plus réunis dans cet hémicycle pour débattre d’une motion de censure. Celle-ci a pour seule ambition d’occuper l’espace médiatique.
Non !
Vous reprochez au premier ministre d’avoir prononcé deux mots. Vous vous indignez de l’emploi de l’expression « submersion migratoire ». Si votre démarche était sincère, vous auriez retenu non pas deux, mais trois des mots employés par le premier ministre : « sentiment de submersion ».
Ça en fait toujours deux !
Nous vous ferons une petite explication de texte ! Car vous n’avez pas compris !
Or cela change tout. Dans le premier cas, cela peut justifier votre motion de censure ; dans le second, cela vous discrédite.Mais qu’importe. Vous nous donnez l’occasion de rappeler les incohérences et les renoncements auxquels les bancs de la gauche consentent depuis de trop nombreuses années sur une matière aussi profondément humaine que notre rapport à l’immigration.Qui peut contester que ce sentiment de submersion est ressenti par nombre de nos compatriotes, à Mayotte et dans tant d’autres territoires français ? Nous ne pouvons plus ignorer le sentiment des Français. De même, nous ne devons plus ignorer les faits.Souvenons-nous des propos d’Ernest Renan, à l’heure où étaient jetées les fondations républicaines : « Une nation est une âme, un principe spirituel » ; « Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on […]
Vous avez repris les fiches du RN ?
Les faits sont têtus : la hausse des flux correspond à une multiplication par trois du nombre d’entrées sur le territoire national depuis le début des années 2000. À ces chiffres, il faut ajouter au moins 600 000 personnes supplémentaires – il s’agit de l’estimation basse – qui se trouvent actuellement en situation irrégulière en France.
Et qui font tourner le pays !
En matière de lutte contre l’immigration clandestine, les faits sont têtus aussi : en 2023, seulement 7 % des 138 000 mesures d’éloignement prononcées par la France ont été exécutées.Enfin, l’intégration – ou l’assimilation, selon les nuances que l’on souhaite apporter – est l’élément sur lequel repose le pacte républicain. Elle suppose en effet une adhésion préalable et indispensable ; elle est aussi la condition de notre indivisibilité,…
Vous l’avez oubliée à propos du droit du sol à Mayotte !
…celle de la République et de la nation.Dans les années 1870, période cruciale qui a façonné notre pays, Fustel de Coulanges écrivait à juste titre : « La patrie, c’est ce qu’on aime. » Pour Albert Camus, la patrie, c’est la langue française. Au fond, ils disent la même chose.Du baron Haussmann à Marie Curie, en passant par Henri Bergson, Guillaume Apollinaire, Romain Gary ou Joseph Kessel, combien de grands étrangers devenus Français l’ont prouvé, avec autant de cœur que de brio, chacun dans son domaine !Ces femmes et ces hommes ont tous eu pour boussole l’idéal français ; notre idéal de liberté a été au cœur de leurs choix les plus intimes et souvent les plus douloureux. Nous ne devons pas trahir cette espérance. Nous devons résolument refuser de renoncer à l’idéal de liberté lorsqu’on parle d’immigration. Cet idéal devrait d’ailleurs être partagé sur chacun des bancs de cet […]
La parole est à Mme Constance de Pélichy.
Élue députée pour la première fois en juillet dernier, je suis arrivée dans cette assemblée en étant consciente que nous étions en train d’écrire un moment singulier de notre histoire nationale. Alors que je monte à la tribune, je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux qui m’ont précédée et qui, précisément, ont fait l’histoire. Je pense à Simone Veil qui, en 1975, a changé la vie de toutes les femmes. Je pense à Robert Badinter qui, en 1981, a consacré la dignité humaine (MM. Jacques Oberti et Arnaud Simion applaudissent), ou encore à Philippe Séguin, dont le discours sur l’Union européenne, prononcé en 1992, est encore dans toutes les mémoires. Lorsque je regarde l’hémicycle, je vois Victor Hugo et Lamartine ; j’entends les passes d’armes entre Clemenceau et Jaurès. Et face à ces grands noms qui ont fait notre histoire, je mesure tous les combats que la République et la démocratie […]
L’instabilité, c’est Macron et sa dissolution !
Cependant, je ne peux cautionner ce qui se passe ici. Depuis 2022, par le dévoiement de nos procédures et de nos institutions, nous assistons à un déni de démocratie (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC. – M. Harold Huwart applaudit également), qui va grandissant. Permettez-moi de vous alerter, monsieur le premier ministre : en contournant en permanence l’Assemblée nationale, nous affaiblissons durablement notre République. (Mêmes mouvements.)
Votez la censure !
Je suis arrivée ici, il y a huit mois, pleine d’espoir. J’ai espéré que nous pourrions sortir de la crise par le haut ; que cette nouvelle donne politique nous offrirait l’occasion de nous parler, de nous respecter, de travailler ensemble. La tâche est ardue, je ne le nie pas. Elle nécessite probablement du temps ; elle nécessite aussi un gouvernement à la hauteur.
Il n’y a plus de démocratie ! Il n’y a plus que des 49.3 !
Mais finalement, que constate-t-on ? Les députés sont saisis sur des textes mineurs qui devraient relever directement du gouvernement. (Applaudissements sur les bancs des groupes LIOT et SOC.)
Exactement !
Nous passons des heures à parler de l’encadrement des dispositifs de vapotage à usage unique ou d’expérimentations relatives à des bourses pour les élèves.
Pendant ce temps-là, le budget passe par 49.3, au mépris du peuple !
Ce matin même, nous avons passé trois heures, en commission, sur un texte visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique.
C’est un vrai sujet !
Je ne nie absolument pas l’importance de ces sujets, mais est-ce vraiment à l’Assemblée nationale de les traiter au cas par cas ? N’est-ce pas du ressort du pouvoir réglementaire ?L’ironie veut que, le jour même où nous avons consacré plusieurs heures au frelon asiatique, nous ne parlerons presque pas de la loi d’orientation agricole. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Christophe Bex applaudit également.) Pire, nous allons voter ce soir sur l’avenir que nous souhaitons pour notre agriculture, alors qu’il y a deux heures, nous ne disposions toujours pas du texte ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LIOT, SOC et EcoS. – M. Philippe Bonnecarrère applaudit aussi.)
C’est honteux !
Il faut relire la Constitution !
Pourquoi ? Parce qu’il est issu d’une CMP convoquée en début de semaine et qui s’est déroulée cette nuit. Concrètement, cela signifie que les députés nouvellement élus n’auront pas eu la possibilité d’être associés à ce débat majeur.
C’est une honte !
Cela signifie aussi que le texte a été discuté par une assemblée qui n’est plus la même qu’aujourd’hui, et qu’il a ensuite été négocié cette nuit entre sept sénateurs et sept députés, ces derniers ayant découvert le texte qu’ils devaient examiner seulement quelques heures auparavant. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Eh oui ! C’est honteux !
Vous n’aimez pas la démocratie ! Vous n’aimez pas les représentants du peuple !
Comme beaucoup, j’appelais à ce qu’un texte pour l’agriculture soit voté sans attendre, mais la méthode employée me révolte : elle illustre un déni de démocratie. Comment un vote éclairé pourrait-il avoir lieu ce soir, alors que nous n’avons même pas cinq heures pour étudier la proposition qui nous est soumise ?
C’est injuste !
Cela me révolte car, en quelques mois, ce n’est pas la première fois que cela se produit. Le budget a donné lieu à une CMP expéditive. Soit ! Nous avions besoin d’un budget dans l’urgence. Mais ce qui m’indigne, c’est qu’un texte aussi important que le budget de notre pays – un des budgets les plus complexes que la France ait eu à élaborer depuis la fin des années 1950 –, un texte aussi politique, soit adopté dans ces conditions. Et je ne parle pas de l’usage du 49.3 : ce qui m’a révoltée, monsieur le premier ministre, c’est de vous entendre répondre, lors des questions au gouvernement, une semaine après son adoption express, que vous non plus, vous ne saviez pas exactement ce qu’il contenait, et que vous aussi, vous en découvriez un peu plus chaque jour. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS. – MM. Christophe Bex et Philippe Bonnecarrère applaudissent également.)
Lamentable !
Comment peut-on adopter un budget aussi important avec autant d’amateurisme ?
Vous devriez censurer, collègue ! Soyez cohérente !
Comment pouvons-nous accepter, vous comme moi, d’être à ce point court-circuités ?Oui, l’Assemblée est difficile à manœuvrer, mais elle est le reflet de la société française : elle est divisée. En faisant volontairement le choix de la contourner, vous contournez le peuple. Alors, comme nous ne pouvons plus débattre des orientations du pays, la seule manière de débattre est la motion de censure. C’est dramatique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Emmanuel Duplessy applaudit également.)
Il faut la voter !
Que dire lorsque votre garde des sceaux déclare ici, au sujet de la proposition de loi de M. Attal sur les mineurs délinquants, qu’il réécrira le texte issu des travaux de l’Assemblée ? Cela signifie-t-il que, lorsque l’Assemblée s’exprime, le gouvernement peut tout balayer d’un revers de la main ?La palme pourrait être accordée au président de la République qui, alors que nous traversons une crise financière sans précédent, alors qu’il n’a plus aucune légitimité démocratique ni politique, annonce un budget de 109 milliards d’euros pour l’intelligence artificielle,…
Ce sont les 100 milliards du ferroviaire !
…sans que nous ayons jamais eu la moindre discussion, ici, sur ce que nous voulons pour l’avenir de l’intelligence artificielle. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) De qui se moque-t-on ?L’Assemblée est le reflet du peuple ; elle en est l’émanation ; c’est le socle sur lequel repose la légitimité démocratique de notre République. La contourner ouvre la voie aux tentations autoritaires.La motion qui nous occupe ce soir n’en est qu’un symptôme. Parce que nous n’avons plus de débats sur le fond ni de possibilité d’échanger sur le contrat de société que nous voulons, nous en sommes réduits à parler de sémantique migratoire au cours de l’examen d’une motion. C’est affligeant, et je ne participerai pas à cela. Mais, monsieur le premier ministre, s’il vous plaît, soyez à la hauteur de nos principes républicains : remettez l’Assemblée au cœur de la vie politique nationale et […]
La parole est à Mme Soumya Bourouaha.
La motion de censure qui nous est soumise, déposée par nos collègues socialistes, vise à dénoncer les dérives du gouvernement et la compromission historique d’un bloc dit central, composé des forces macronistes originelles et d’une droite républicaine qui n’a plus de républicaine que le nom. Comme eux, nous considérons que ce gouvernement, par la voix de certains des plus éminents de ses membres, a fait le choix de tourner le dos à la République pour s’engouffrer toujours plus loin dans les thèses et la rhétorique de l’extrême droite.Oui, l’extrême-droitisation du débat public est une réalité ; elle est une pente glissante sur laquelle le gouvernement a décidé de s’engager, sans retenue. Les exemples d’un tel glissement sont nombreux. Votre ministre de l’intérieur, ne serait-ce que lui, a érigé les dérapages en mode de fonctionnement. En proclamant que « l’État de droit n’est ni […]
Eh oui !
Il plaidait encore il y a quelques jours pour l’arrêt de toute « activité ludique » en prison, sous-entendant que les prisons françaises seraient un gigantesque réseau Disneyland où la gauche, irresponsable, dorloterait les délinquants. Au-delà de leur degré d’irresponsabilité, ces propos sont très éloignés de la réalité, ce qui fait peur.
La réalité est pire !
Les irresponsables, c’est vous !
La France est en effet régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour les très mauvaises conditions de détention dans son système carcéral.Enfin, vous-même, monsieur le premier ministre, avez apporté votre pierre à l’édifice en légitimant, il y a quelques semaines, un supposé « sentiment de submersion » migratoire. Vous avez ainsi, à votre tour, repris les mots, les concepts et les obsessions de l’extrême droite la plus antirépublicaine. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)Ces multiples provocations ne sont pas des actes isolés. Elles sont l’aboutissement d’une dérive de la droite amorcée il y a plus de quinze ans, lors de la création du ministère de l’identité nationale sous Nicolas Sarkozy. Mais elles sont aussi le fruit de la complaisance d’une partie de la gauche qui, en certaines occasions, a cédé du terrain à ces idées […]
Exactement !
Vous l’avez compris, nous partageons le constat dressé par les auteurs de cette motion de censure. Néanmoins, nous voulons exprimer une divergence par rapport à nos collègues socialistes. Donner l’alerte à propos des valeurs républicaines est indispensable, mais cela ne suffit pas. La dérive du pouvoir actuel est aussi et surtout la conséquence directe d’une politique économique et sociale qui abandonne les classes populaires et certains territoires de la République. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.)La droite et la Macronie laissent les inégalités se creuser désespérément ; elles bradent les services publics ; elles imposent un budget d’austérité qui ne répond en rien aux attentes des Français. Or, nous le savons, le racisme ne prospère jamais aussi bien que dans la misère. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP. – M. Emmanuel […]
Eh oui !
…agenda politique qui, depuis 2017, a une seule et unique obsession : satisfaire les marchés financiers, quoi qu’il en coûte au peuple.Ce gouvernement, par sa soumission aux dogmes du marché et par sa violence sociale, est responsable de l’affaissement du pacte républicain. Il est aussi responsable de la montée des ressentiments xénophobes et de l’affaiblissement du vivre-ensemble. Il n’y a pas de combat efficace contre l’extrême droite sans un engagement résolu pour la justice sociale.
Elle a raison !
Jaurès disait déjà en son temps que « le socialisme, c’est la République menée jusqu’au bout » ; leurs destins sont intimement liés. L’affaiblissement des valeurs d’humanité et de partage, le discrédit permanent jeté par le bloc central, c’est la victoire du « tous contre chacun » face au vivre-ensemble, la victoire de la concurrence sur la coopération, la victoire de la division face à l’unité.
Très juste !
Cet affaiblissement s’illustre jusque sur la scène internationale, où notre pays a perdu toute crédibilité et où sa voix ne porte plus. Il a abandonné ses fondamentaux et ses valeurs. Il a renoncé à défendre en premier lieu les peuples, surtout les plus fragiles. Les droits civils et politiques ne sont plus au cœur de son action, et c’est le prix des armes qui, désormais, guide notre diplomatie. Les habitants de Gaza, de Goma, du Sahara occidental et de tant d’autres terres sont abandonnés par la France, qui préfère le bruit des bottes, l’odeur de l’argent et la loi du plus fort à la voix de la paix et à l’honneur des peuples. (M. Édouard Bénard applaudit.)
Très juste !
Pour cela aussi, nous voulons vous censurer.De nombreux procès en républicanisme ont été faits à la gauche ces dernières années. Trop souvent, nous avons accepté les quolibets ; nous avons accepté d’entendre certains, au sein du bloc central, dire que le front républicain devait se diriger contre nous.
C’est une honte !
C’est oublier trop vite que nous sommes les héritiers des fondateurs de la République (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS) et que jamais nous ne baisserons la tête face à ceux qui ont choisi l’alliance avec ses ennemis. La confusion ne peut plus exister entre la gauche et l’extrême droite. La perte de repères ne peut pas se poursuivre. Vous devez entendre que les mauvais budgets que vous imposez aux Français par 49.3 sont des accélérateurs concrets des idées d’extrême droite.
Tout à fait !
C’est à cette condition que, demain, notre République pourra retrouver la concorde et l’harmonie dont elle a besoin. C’est pourquoi les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine voteront dans leur majorité la motion de censure déposée par nos collègues socialistes. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS.)
La parole est à M. Maxime Michelet.
La motion de censure soumise à nos délibérations est la sixième déposée par la gauche contre l’actuel gouvernement en l’espace d’un mois seulement. On pourrait s’attendre à ce que notre débat ne soit qu’une nouvelle répétition des cinq précédents débats qui nous ont réunis au même motif. Mais c’était sans compter sur la créativité politique de la gauche qui innove, avec cette nouvelle motion de censure, en inventant la motion de censure détournée.Monsieur le premier ministre, je vous prie de bien vouloir m’excuser mais mon discours ne vous évoquera qu’incidemment, puisque la motion de censure ne vous évoque qu’incidemment. Le but premier de cette motion n’est pas, en effet, de vous renverser, et ses signataires le savent. Son seul et unique but est de porter la censure contre son seul et unique sujet, à savoir les idées du Rassemblement national et de ses alliés de l’Union des droites […]
Faux !
Permettez-moi d’ailleurs, en toute amitié,…
Nous ne sommes pas amis !
…de vous alerter sur l’entrisme dans vos rangs de ce que vous qualifiez d’extrême droite, car cette même étude d’opinion démontrait que 43 % de vos sympathisants souscrivent également à cette expression.Une adhésion qui nous remémore quelques paroles anciennes, prononcées en 1989, sur le nombre d’immigrés présents en France. Un homme politique que vous connaissez bien affirmait alors : « Le seuil de tolérance a été atteint dès les années 1970. » Ces mots, que vous qualifierez à n’en pas douter de funestes, sont ceux de François Mitterrand.Pour vous, la question migratoire, qui inquiète tant nos compatriotes, qui bouleverse tant leur quotidien et nos territoires, n’est pas un problème mais une opportunité. Une opportunité de réaffirmer l’hégémonie morale que vous souhaitez exercer, une opportunité aussi, quelque peu désespérée, de raccrocher les wagons du Nouveau Front populaire, puisque […]
C’est vous qui l’avez perdue en vous alliant au RN !
Mais cela ne nous dérange pas. Nous aurions même envie de vous en remercier, tant votre motion est une flagrante démonstration de votre rupture avec la réalité.On ne peut que regretter que vous n’ayez jamais fait vôtres les mots fameux de Charles Péguy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » Face à la réalité, vous faites le choix de ne pas voir ce que vous voyez, vous préférez détourner le regard. Car oui, la submersion migratoire est une réalité, étayée par des chiffres incontestables que je vais me permettre de vous rappeler.En vingt ans, le nombre de premiers titres de séjour délivrés a plus que doublé, passant de 120 000 à 340 000, et en dix ans seulement, le total de ces titres de séjour s’est élevé de 2,7 à 4,3 millions. En quinze ans, les demandes d’asile ont quant à elles plus que triplé […]
Nous devons prendre notre part !
Mais au-delà de votre censure de la réalité, vous voulez, à travers nos idées, censurer les opinions. Vous évoquez d’ailleurs dans votre texte une étonnante tyrannie de l’opinion qu’on comprend aisément comme la tyrannie des opinions différentes des vôtres. Au-delà de votre censure de la réalité, vous voulez censurer le peuple, les idées auxquelles le peuple adhère et les droits dont le peuple est dépositaire.
On veut censurer le fascisme !
Car, au milieu des innombrables droits évoqués par votre texte, où se trouvent les droits du peuple de France ? Où se trouvent les droits du peuple souverain à choisir librement son destin ? Où se trouvent les droits du peuple français à choisir qui il accueille et qui il n’accueille pas ? Où se trouvent les droits du peuple à ne pas consentir à la submersion migratoire ? Le peuple français n’a jamais consenti à ces politiques. En réalité, ce peuple vous dérange, car il ne pense pas comme vous mais comme nous. Et, pour paraphraser Bertolt Brecht, peut-être préféreriez-vous le dissoudre. En tout cas, vous brûlez d’impatience de le censurer et de le faire taire.Au fil de vos discours, il est une évidence incontestable : vous avez une haute estime de vous-mêmes et une piètre estime du peuple français. Toutes les passions sont pour vous des « passions tristes ». Quant à nous, la seule […]
C’est sans doute pour cela que le peuple français vous a placés en tête le 8 juillet…
Voilà une autre réalité qui vous dérange, mais elle est incontestable, peu importe vos motions de censure et vos leçons de morale.
Peu importent les élections, peu importent les urnes !
Nous sommes le premier parti de France et nous sommes le parti du peuple français. Les idées que vous condamnez sont celles d’un peuple qui refuse de subir, mais qui veut choisir ; celles d’un peuple qui refuse de se résigner, mais qui veut se battre ; celles d’un peuple qui s’est battu pour être libre et souverain et qui entend bien le rester.Naturellement, au regard du caractère hautement opportuniste et tristement politicien de cette motion, nous ne censurerons pas votre gouvernement, monsieur le premier ministre.
Vous collaborez avec ce gouvernement !
C’est limite, ça, madame la présidente !
Mais, si j’étais à votre place, je nourrirais tout de même quelques inquiétudes à la lecture de cette motion de censure. Car elle annonce la fin inévitable du macronisme. Cette parenthèse insensée se refermera bientôt, entraînant dans sa faillite tous ceux qui veulent en hériter. Alors, face à la gauche, face à son idéologie, face à sa bien-pensance, face à son aveuglement, face à son mépris des droits du peuple,…
C’est vous qui n’assumez pas de censurer ce gouvernement. Honte à vous !
…il ne restera bientôt qu’une seule et unique alternative pour construire l’alternance et poursuivre la France, et cette alternative, c’est nous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
(À dix-neuf heures vingt-cinq, Mme Clémence Guetté remplace Mme Yaël Braun-Pivet au fauteuil de la présidence.)
La parole est à M. Kévin Pfeffer.
Les semaines passent et se ressemblent, à l’Assemblée nationale. Nous voici à nouveau réunis cet après-midi, dans un spectacle un peu pathétique auquel le public, lassé, ne participe plus, pour débattre de la censure du gouvernement, cette fois-ci à l’initiative de nos collègues socialistes, et en raison des déclarations prétendument scandaleuses du premier ministre intérimaire sur l’immigration.Mais qu’a bien pu dire M. Bayrou pour mériter que l’Assemblée nationale perde encore du temps à débattre d’une censure alors qu’il y a tant à faire pour la France, alors que les Français nous regardent et attendent que nous nous occupions des problèmes qu’ils rencontrent au quotidien ? De quelle immonde sortie a-t-il bien pu se rendre coupable pour que ce débat soit prioritaire sur tous les problèmes des Français ?Eh bien, il a osé, il a eu l’extrême audace de parler d’un sentiment de submersion […]
Et vous, vous êtes l’ultradroite !
…j’ai une information à vous faire parvenir, car elle n’était peut-être pas arrivée jusqu’à vous : comme le premier ministre, comme nous, ce sont 65 % des Français qui estiment que la France est submergée par l’immigration. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
C’est par votre racisme que nous sommes submergés, chers collègues !
D’ailleurs, socialistes, méfiez-vous de vos infréquentables électeurs, car 39 % de vos partisans sont de cet avis. S’insurger contre une réalité, contre des faits établis et chiffrés ne changera pas l’évidence : notre pays est bel et bien submergé…
Par votre bêtise !
…et les Français ne le supportent plus.Mais nous ne sommes pas dupes face à cette motion de censure socialiste. Ces propos ne sont qu’une bonne excuse, qui tombe à pic alors que vous tentez de faire oublier votre participation au gouvernement et votre trahison à l’endroit du Nouveau Front populaire. Mais s’il vous plaît, lavez votre linge sale au sein de votre infréquentable famille et ne prenez pas à partie tous les Français ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)Ah, il est loin ce Parti socialiste qui, par la voix de sa candidate à l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal, disait ne pas être favorable à une régularisation globale des sans-papiers, en ces termes : « Nous ne pouvons, pas plus que nos voisins, ouvrir purement et simplement nos frontières sans créer des déséquilibres économiques et sociaux insupportables, notamment une forte pression à la baisse sur les […]
Et vous, les bourgeois, vous coûtez combien ?
Au-delà du constat de submersion, l’immigration actuelle est un problème : un problème pour nos finances publiques, pour notre mode de vie, pour notre modèle social, pour notre sécurité, n’en déplaise aux socialistes, dont la présence au gouvernement constitue d’ailleurs aussi une partie du problème ! Car, si les mots de certains sonnent parfois agréablement aux oreilles des Français, les actes se font attendre. Preuve en est votre budget, pour lequel toutes les propositions d’économies à réaliser sur le dos des Français ont été mises sur la table : du déremboursement des médicaments à la baisse du montant des retraites, de l’augmentation du prix de l’électricité à la baisse des investissements de nos collectivités locales, du matraquage fiscal de nos petites entreprises à la remise en cause de l’apprentissage et, partant, de l’emploi de nos jeunes, absolument toutes les pistes […]
Vous, vous protégez les riches et les ultrariches !
Mais nous vous le disons, monsieur le premier ministre : les mots ne suffisent plus ! Nous le disons aussi à M. le ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, qui partage toujours nos constats, souvent nos solutions,…
Il partage surtout votre idéologie !
…qui promet beaucoup mais accepte de gouverner dans la même équipe que des ministres socialistes, et qui a préféré reconduire Emmanuel Macron à la présidence de la République en appelant à voter contre Marine Le Pen en 2022 : les Français ne veulent plus se payer de mots ! Les mots ne sont plus suffisants lorsque la France sombre chaque jour un peu plus sous un chaos migratoire qui pèse sur notre sécurité et nos finances.Si vous ne partagez pas ces constats, consultez les Français ! Un formidable outil, rangé depuis 2005 au fond des tiroirs de l’Élysée, existe : consultez les Français par référendum ! Proposez-leur un texte pour durcir fortement les conditions d’entrée et de maintien sur notre territoire. Proposez-leur un texte donnant la priorité aux Français pour l’attribution de logement sociaux et leur réservant l’accès à certaines prestations sociales. Proposez-leur de mettre fin […]
Vous détestez la République !
Vous savez que ces propositions sont très largement plébiscitées par les Français et vous avez peur de les consulter, peur qu’ils désavouent cinquante années d’une politique migratoire anarchique qui a conduit à rendre impossible l’assimilation des étrangers présents sur le sol national, qui a mené au communautarisme, voire au séparatisme…
Celui des riches et des pauvres !
…et a accueilli en France des personnes qui ne veulent pas vivre selon les mœurs françaises, ne reconnaissent pas la loi française et qui même, parfois, veulent imposer leur mode de vie à leurs voisins, à l’école, au travail, dans les services et l’espace publics.
Arrêtez les clichés !
Seul le Rassemblement national – avec Marine Le Pen, présidente de la République, et Jordan Bardella, premier ministre (Applaudissements sur les bancs du groupe RN) – aura le courage de mettre en œuvre toutes ces propositions plébiscitées par les Français.
Vous êtes le chaos !
Aujourd’hui, nous ne censurerons pas le gouvernement pour des mots sur l’immigration qui déplaisent à l’extrême gauche, mais nous ne nous interdisons rien, notamment en cas d’inaction prolongée sur les questions migratoires. Car s’il y a bien une chose qui jette le discrédit sur l’action de ce gouvernement,…
Dont vous êtes les alliés !
…c’est l’inaction, l’impuissance, l’indifférence aux grandes urgences quotidiennes du pays, de l’inquiétude vitale sur la fin de la France jusqu’à l’urgence sociale de la fin du mois.Comment s’alarmer d’une submersion migratoire qu’une majorité de Français s’accordent à reconnaître quand on refuse même de remettre en vigueur le délit de séjour irrégulier ou des accords obsolètes avec un pays qui nous met au défi, comme l’Algérie ? Comment rester sourds aux cris de détresse de millions de Français qui craignent pour leur sécurité, n’arrivent plus à vivre de leur travail et peinent à joindre les deux bouts ?L’outil de la censure est précieux. Il doit servir à protéger les Français. Nous l’avons utilisé en ce sens en décembre contre le gouvernement Barnier, obtenant ainsi une bouffée d’oxygène pour les Français.Car l’indexation des retraites sur l’inflation au 1er janvier, c’est grâce à la […]
N’importe quoi ! Quelle imposture !
Monsieur le premier ministre, si le RN ne s’est pas encore servi du marchepied que constitue le bloc de gauche pour vous censurer, c’est parce qu’il fallait un budget et que nous ne croyons ni en vous, ni en vos potentiels successeurs pour améliorer le budget 2025 désormais adopté. Cependant, le Rassemblement national ne s’interdit rien pour l’avenir. Quand nous le déciderons, de préférence à la suite de nouvelles élections que nous appelons de nos vœux, vous devrez laisser la place ! Ainsi les Français pourront-ils confirmer le plébiscite en faveur du Rassemblement national qu’ils ont déjà exprimé à deux reprises en juin 2024.Compte tenu du triste spectacle que nous offrent l’Assemblée nationale et nos collègues d’extrême gauche depuis maintenant huit mois, dont cet après-midi constitue une nouvelle illustration, nul doute que le triomphe de nos idées sera encore plus important demain. […]
La parole est à M. Stéphane Vojetta.
Nous voici donc réunis pour examiner une nouvelle motion de censure. Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par une confidence : si l’on m’avait dit en juin 2022, au soir des élections législatives, que j’interviendrais aujourd’hui à cette tribune au nom du groupe Ensemble pour la République pour soutenir le rejet d’une motion de censure socialiste contre un gouvernement dont Manuel Valls serait membre, j’avoue que j’aurais eu du mal à le croire ! (Sourires)Cependant, je dois vous faire une autre confidence : depuis la nomination de ce gouvernement, Manuel Valls, et d’autres ministres à ses côtés, font un bon travail. (Exclamations et rires sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ils font le travail que les Français attendent d’eux : un travail nécessaire, tel que le soutien d’urgence à nos concitoyens de Mayotte et de Nouvelle-Calédonie.Passons à l’examen de cette motion de censure. […]
Elle est à venir !
…n’est pas tel ou tel gain budgétaire, mais bien le fait d’être revenu au centre du jeu politique. Rappelons-nous en effet du triste mois de décembre dernier, alors que nous abordions la motion de censure qui allait faire tomber le gouvernement Barnier. La seule question sur toutes les lèvres était à l’époque : « que va décider le Rassemblement national ? ». On décortiquait les déclarations du moindre porte-parole lepéniste, on attendait dans l’anxiété le compte rendu du dernier SMS échangé entre Michel Barnier et Marine Le Pen. Nous en étions même arrivés à prêter attention à la logorrhée de Jean-Philippe Tanguy, dans l’espérance que le décryptage de ses diatribes dévoilerait un fragment de la pensée complexe de sa patronne.Aujourd’hui, quel contraste ! Désormais, c’est Boris Vallaud, Olivier Faure et François Hollande que l’on surveille comme le lait sur le feu, car ce sont eux qui […]
Ah !
Votre plus grand succès, collègues socialistes, c’est celui-là : le fait d’avoir retiré le volant des mains du Rassemblement national. Pourtant, en présentant cette motion de censure, vous lui redonnez la possibilité de revenir au centre du jeu à votre place. Il ne me semble pas que les enjeux soulevés par cette motion justifient de prendre ce risque. L’essentiel n’est-il pas désormais, pour ce gouvernement et cette assemblée, d’avancer d’une manière ou d’une autre ?Certes, nos points de désaccord sont nombreux. Je ne vais pas tenter de vous convaincre aujourd’hui de l’état catastrophique de notre système de retraite, dit par répartition mais qui creuse chaque année davantage le gouffre de notre dette publique. Je n’aspire pas non plus à trouver avec vous un consensus sur l’immigration ou sur la taxation des patrimoines. Ces désaccords-là sont profonds : ils devront être tranchés à […]
Oui !
Ainsi, nous disposons d’un budget et le Parti socialiste a enfin quitté le côté obscur de la force,…
Là, c’est non !
…de sorte que nous pourrions travailler ensemble. Et pourtant, nous étudions aujourd’hui une motion de censure, la trente-troisième depuis juin 2022 et la première à ne pas être présentée sur le fondement de l’article 49.3 de la Constitution, car vous nous proposez de censurer le gouvernement sur la base de la défense de certains principes républicains.Ceux-ci doivent effectivement nous guider chaque jour dans notre mission de parlementaires désignés par le peuple pour le représenter fidèlement entre ses murs. Et si je vous sais courroucés par le vocabulaire de certains membres du gouvernement,…
À raison !
…force est de constater que, selon les derniers sondages, 73 % des Français considèrent qu’accueillir de nouveaux étrangers n’est pas souhaitable.
Ils n’étaient pas nombreux à Londres en 40…
Vous êtes aussi mauvais pour les discours que pour les tweets !
Représenter fidèlement les Français impliquerait de reconnaître leurs inquiétudes et d’y répondre en travaillant avec « le cœur tendre et l’esprit ferme » que vous revendiquez, selon les mots d’Ayda Hadizadeh, plutôt que de les nier en s’offusquant. N’oublions jamais que 30 à 40 % des électeurs actuels du Rassemblement national votaient à gauche avant de basculer. Alors répondons à ces Français ! Ne laissons pas le monopole de la question migratoire à la seule extrême droite, qui n’aura que faire de notre cœur tendre, de notre humanisme et du respect de l’État de droit.
Valls, c’était autre chose !
Ces principes républicains que vous souhaitez défendre, chers collègues, vous les trouverez d’ailleurs davantage du côté de ce gouvernement qui vous a tendu la main que du côté d’une France insoumise qui vous insulte dès qu’un micro est tendu, alliée de circonstance qui lâche contre vous des meutes de cyberharceleurs si vous osez dévier de sa ligne et qui expulse Raphaël Glucksmann de manifestations prétendument unitaires.Cher Olivier Faure, vous faites l’hypothèse qu’un jour viendra le temps des excuses de la part de vos chers amis Insoumis. En attendant, chacun peut continuer à admirer sur les réseaux sociaux leur visuel vous dépeignant comme un allié de Marine Le Pen.
Ce sont vos tweets qui sont infamants !
Des amis, des alliés, des républicains ne font pas ça ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Les principes républicains, pensez-vous vraiment les retrouver au sein d’une gauche où, en moins de 24 heures la semaine dernière, trois députés ont été, pour l’un, condamné pour violences aggravées contre deux fonctionnaires de l’éducation nationale, dont une femme ; pour l’autre, condamné pour conduite en état d’ivresse, tandis que le troisième expliquait sur une chaîne du service public en quoi ses achats de drogues dures à des mineurs de moins de 15 ans avec de l’argent public étaient excusables.
Et Kohler, et Bergé ? Il y en a cinquante autour de Macron…
Des députés macronistes se droguaient aussi !
Voilà donc le tiercé dans l’ordre – ou plutôt le tiercé du désordre – de ceux qui vont voter aujourd’hui avec vous cette motion de censure, censée défendre les valeurs de la République. Or il faudrait déjà respecter ses règles, notamment celles que nous et nos prédécesseurs avons fixées collectivement dans cette enceinte.Et s’il fallait donner une dernière raison de ne pas voter cette motion de censure, ce serait sans doute la manière dont celle-ci est promue par La France insoumise. Ses membres, nous le savons, étaient déjà fâchés de vous voir régulièrement délaisser votre rôle de supplétifs du grand dessein mélenchoniste (Exclamations et rires sur les bancs du groupe LFI-NFP), à savoir la démission du président de la République conduisant à une présidentielle anticipée si ardemment désirée par un Jean-Luc Mélenchon qui ne rajeunit pas. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Vous parlez toujours de Mélenchon, jamais de Macron ! Auriez-vous honte de lui ?
Ils sont désormais également jaloux de vous voir – vous, les « sociaux-traîtres » – reprendre votre place légitime au centre du jeu politique national, sans vous renier mais sans tout bloquer.Face à ce crime de lèse-majesté, ils ont donc pris la seule décision logique : tenter de remettre le Rassemblement national au centre de ce jeu à votre place. Pour ce faire, ils ont décidé d’orchestrer un pseudo-scandale politique (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP),…
Un pseudo-scandale ? Avec 112 plaintes ? Vous êtes abject !
Il s’agit d’agressions d’enfants !
Retournez à Bétharram !
…espérant convaincre les députés lepénistes de voter en faveur de cette motion de censure qui les attaque pourtant allègrement. Voilà la seule explication valable à la campagne que nous subissons collectivement depuis quinze jours et qui consiste à parler de tout, sauf des victimes des crimes en question.
Et vous, qu’avez-vous dit ? Rien du tout !
Non, les principes républicains ne peuvent être défendus par ceux qui choisissent d’instrumentaliser et de récupérer les terribles violences sexuelles infligées à des mineurs, les élèves de Notre-Dame de Bétharram – des actes que je condamne personnellement et au nom du groupe auquel j’appartiens, en souhaitant que leurs auteurs soient punis aussi durement que notre loi le permet.Heureusement – ou hélas ? –, il semblerait que les députés du Rassemblement national ne soient pas tombés dans ce piège grossier.
Ils vous ont accordé un sursis !
Merci le RN !
L’ouverture prochaine du Salon de l’agriculture doit probablement raviver chez eux les souvenirs de leurs permanences saccagées au lendemain de la censure du gouvernement Barnier.Chers collègues socialistes, vous allez donc voter pour votre propre motion de censure. Votre bonne conscience sera rétablie, vos péchés absolus, ainsi soit-il.
Absous !
Oui, absous, merci !
Ignare !
Puis nous pourrons enfin, peut-être, commencer à être utiles à notre pays et à travailler sérieusement – ensemble, je le souhaite.Vous l’aurez sans doute compris, le groupe EPR ne votera pas cette motion de censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Très mauvais discours !
La parole est à M. Bastien Lachaud.
Après la racaille de Twitter, un orateur !
Nous avons devant nous le pire gouvernement de la Ve République (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) : antisocial, réactionnaire, illégitime. Il doit partir. Le président Macron, qui l’a installé, doit s’en aller. Qu’ils dégagent tous ! (Mêmes mouvements.)Face à ce pouvoir, il faut une vraie opposition. Pas une opposition en papier mâché, qui se contente d’effets de manche et qui fait trembler – mais de rire – le premier ministre. Quelle pantalonnade !Ce gouvernement détruit l’État et le bien public. La cure d’austérité est la plus violente jamais vue : 25 milliards de coupes budgétaires. Tout y passe : logement, éducation, enseignement supérieur, santé, emploi, collectivités locales. C’est l’asphyxie.Notre pays n’a pourtant jamais été aussi riche, mais ce gouvernement le clochardise pour mieux financer des cadeaux fiscaux à ses amis. (Mêmes mouvements.) Pour eux, le […]
La honte !
…réduction des droits et radiation des chômeurs ;…
La honte !
…travail gratuit pour les allocataires du RSA ;…
La honte !
…baisse de l’indemnisation des arrêts maladie et gel du point d’indice des fonctionnaires ;…
La honte !
…aucune augmentation du smic ni des salaires ; et la retraite à 64 ans. Ce gouvernement fait les poches des travailleurs pour gaver les actionnaires et les milliardaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Ce gouvernement se fiche de l’écologie comme de sa première chemise – d’ailleurs, le premier ministre y a consacré à peine une minute de son discours de politique générale. Il baisse tous les crédits alloués à l’environnement : rénovation thermique, électrification des véhicules, énergies renouvelables et fonds Vert pour les collectivités. En tout, ce sont 2 milliards de moins par rapport à 2024. Il attaque toutes les agences et les normes environnementales. Il sacrifie la planète et les générations futures sur l’autel de l’austérité et du profit. (Mêmes mouvements.)Ce gouvernement parle comme l’extrême droite et veut d’ailleurs appliquer le programme de celle-ci […]
Il n’est pas premier ministre, il est premier menteur !
Ce gouvernement piétine la démocratie. Car s’ils sont là, c’est parce qu’ils ont volé le résultat des élections législatives des 30 juin et 7 juillet derniers. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Elles avaient été remportées par le Nouveau Front populaire mais le président de la République a décrété, tout seul, que personne n’avait gagné, pour continuer la même politique et installer une coalition de bric et de broc rassemblant tous les perdants sous le patronage de revenants sortis de nulle part : Michel Barnier et François Bayrou. (Mêmes mouvements.)
Tous sortis de la naphtaline !
Coup de force contre la démocratie. Coup d’État contre le vote du peuple.Cette faute originelle suffirait à elle seule à justifier que nous votions la motion de censure. Nous la voterons une nouvelle fois aujourd’hui, comme nous avons voté toutes celles qu’a présentées la gauche. Nous sommes des opposants conséquents. Nous voulons faire tomber ce gouvernement calamiteux et illégitime. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Tous ne peuvent pas en dire autant.Nous ne sommes pas dupes de la triste comédie qui nous est offerte aujourd’hui par nos collègues socialistes. À cinq reprises déjà, depuis l’arrivée de François Bayrou à Matignon, ils ont eu l’occasion de voter la censure. Ils se sont abstenus. Ils ont permis à M. Bayrou de durer, ils lui ont laissé les mains libres pour agir et mener sa politique destructrice. Et voilà qu’ils feignent à présent de déplorer cette même […]
Excellent !
Ça vole haut !
Que nos collègues socialistes se rassurent, le Rassemblement national a d’ores et déjà indiqué qu’il ne voterait pas cette motion de censure. Le tour est joué : le gouvernement se maintiendra et sa politique désastreuse se poursuivra. Tout changer pour que rien ne change : un mauvais tour joué par des politiciens cyniques.Le Rassemblement national nous avait depuis longtemps habitués à ce petit numéro de passe-passe : « Censurera ? Censurera pas ? », « Retiens-moi où je fais un malheur ! ». Avant les élections, ils promettaient de faire tomber le vieux monde, comme le disait M. Bardella.
Richard Ferrand, par exemple !
Depuis, ils sont devenus la première béquille du système. (Mêmes mouvements.) Ils ont même laissé Richard Ferrand prendre la tête du Conseil constitutionnel en vertu d’un accord conclu avec le clan Macron. (Mêmes mouvements.) Ils veulent devenir respectables, s’attirer les bonnes grâces du grand capital et se contenter d’y ajouter une bonne dose de racisme pour attirer à eux un peuple égaré. C’est misérable. (Mme Hélène Laporte s’exclame.)Voilà que les socialistes rejoignent les rangs de ceux qui font semblant de s’opposer, mais apportent en réalité leur soutien tacite au gouvernement. Ils se drapent dans de grands mots comme « responsabilité » ou « compromis » alors qu’en vérité, leurs intentions sont toutes petites. En refusant de s’opposer frontalement au gouvernement, ils pensent pouvoir séduire les déçus du macronisme. Certains croient sincèrement à cette stratégie, d’autres ne […]
Honteux !
Le peuple est condamné à la perspective de subir deux ans de malheur supplémentaires, avec le tapis rouge déroulé au Rassemblement national. Ceux qui prennent cette responsabilité devront en répondre devant leur conscience. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Et devant les électeurs !
Nos collègues socialistes accusent, à raison, le gouvernement d’être « l’accélérateur de nombreux affaissements politiques et moraux ». Toutefois, ne le sont-ils pas eux-mêmes ? Quand on prend au sérieux l’engagement de défendre ceux qui subissent dans leur chair la violence sociale et le racisme, on ne se contente pas de jouer une pièce de boulevard. Quand on prend au sérieux la menace de l’extrême droite, celle dont les groupuscules ont assassiné Djamel Bendjaballah, poignardé un syndicaliste ou chanté hier encore « Paris est nazi » en pleine rue (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), on ne se contente pas d’une motion de censure symbolique. C’est indigne.Nous ne serons jamais de ceux-là. Nous restons fidèles au programme du Nouveau Front populaire : un programme de rupture, et non de compromis, avec la politique d’Emmanuel Macron. (Mêmes mouvements.) Nous combattons la […]
Ce sera en 2027 !
Nous voulons la fin de la monarchie présidentielle et appelons de nos vœux une VIe République démocratique, sociale, écologiste et humaniste pour gouverner, enfin, par le peuple et pour le peuple. (Mêmes mouvements.)
Il y a des élections pour ça !
On sait que ça en gêne certains !
Ils n’aiment pas les élections !
François Mitterrand écrivait : « Il n’y a d’opposition qu’inconditionnelle dès lors qu’il s’agit de substituer un système de gouvernement à un autre. Retoucher, aménager, corriger le pouvoir absolu, c’est déjà composer avec lui. C’est mimer l’opposition de Sa Majesté qui, autant que la majorité, participe au régime qui le soutient. » Certains feraient bien de méditer ces paroles. Nous ne serons jamais, nous, la béquille du système ni l’opposition de Sa Majesté. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent.)
La parole est à M. Philippe Bonnecarrère.
L’indépendance d’un député non inscrit l’autorise à prendre du recul, à garder le sens de la nuance et à se limiter à quelques observations,…
Mais qui êtes-vous ?
…tout d’abord sur le rôle du Parlement aujourd’hui, deuxièmement sur ce qui est essentiel et ce qui est accessoire, ensuite sur l’intérêt national. Je conclurai en me demandant qui, parmi nous, est l’idiot utile du Rassemblement national.S’agissant du rôle du Parlement, nos concitoyens sont lucides et conscients des difficultés du pays et de l’absence de majorité – ne vous en déplaise, monsieur Lachaud. Ils attendent de nous du sérieux et des solutions.La défense, ce soir, de la motion de censure nous a-t-elle fait gagner en crédibilité ? Je l’ai écoutée respectueusement. J’y ai entendu une charge sévère – en soi légitime, c’est le débat démocratique –, une dénonciation, mais pas d’ambition pour notre pays.D’ailleurs, avons-nous réellement débattu ? Je regrette qu’à aucun moment un orateur n’ait essayé de convaincre ses collègues – même si les députés de certains groupes se sont levés […]