Séance du 27 novembre 2025 — 73e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback.
Tours 1201 à 1275 sur 1275 — page 7 / 7.
Il ne vous reste qu’une chose à faire : retirer la totalité de ces amendements pour que l’Assemblée nationale puisse se prononcer définitivement sur la nationalisation d’ArcelorMittal et préserver à la fois les 15 000 emplois qui sont directement en jeu et la souveraineté industrielle de la France. (Les applaudissements s’intensifient et les députés du groupe LFI-NFP se lèvent.) Collègues, il faut en finir avec la trahison de la classe ouvrière de ce pays, renoncez et retirez vos amendements ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – M. Julien Gokel applaudit également.)
La parole est à M. Pierre Cazeneuve.
Monsieur Le Coq, à mes yeux, l’article le plus important est l’article 3, qui porte sur le gage. Nous avons évoqué de nombreuses questions en faisant comme si le financement de cette opération de 4 milliards la première année ne comptait pas.
Ça tombe du ciel !
J’espère que nous pourrons atteindre l’article 3 et que nous pourrons débattre du financement de l’opération que vous proposez.Je me trouve par ailleurs un peu désorienté aujourd’hui dans cet hémicycle. Quand j’accompagne des visites scolaires, j’explique aux jeunes que la gauche siège à gauche de la présidente et la droite à sa droite. Or je vois cet après-midi à droite des gens qui veulent nationaliser les entreprises comme des gens de gauche.
Pierre, c’est indigne de toi !
Chers collègues du Rassemblement national, votre position est parfaitement incohérente et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec ce que vous avez fait lors de l’examen du projet de loi de finances en votant matin, midi et soir de nouveaux impôts tout en prétendant défendre les entreprises. À présent, vous soutenez massivement la nationalisation d’ArcelorMittal.Madame la rapporteure, Mme Lebec, dont je soutiens les amendements, vous a interpellée sur les conséquences d’une telle nationalisation. Une chose est sûre : une fois que vous aurez nationalisé ArcelorMittal, l’entreprise conservera les mêmes difficultés, mais ce sera désormais à l’État d’en assumer le poids et d’effectuer des investissements, ce qu’il ne sera pas en mesure de faire. Nous aurons juste perdu 3 milliards d’euros dans l’affaire ! Voilà pourquoi notre groupe affirme depuis le début qu’il faut protéger […]
Cela fait huit ans que vous êtes au pouvoir et vous ne faites rien !
Mais ça, vous ne pourrez pas le faire avec votre programme consistant à augmenter les impôts, à sortir de l’Union européenne et à rompre avec l’économie de marché. La cohérence, pour protéger ArcelorMittal et ses employés et leur offrir une perspective d’avenir, ce serait de ne pas soutenir cette nationalisation. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Je mets aux voix l’amendement no 32.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 177 Nombre de suffrages exprimés 131 Majorité absolue 66 Pour l’adoption 22 Contre 109
(L’amendement no 32 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, qui souhaite s’exprimer sur l’amendement no 31.
Madame la rapporteure, vous refusez les suggestions qui permettraient d’améliorer votre proposition de loi, vous refusez les analyses et les rapports qui permettraient de mieux la préparer, au motif que vous avez déjà beaucoup travaillé. Je me permets de vous rappeler que vous avez, en commission, déposé un amendement qui la réécrivait entièrement, ce qui laisse penser que ce texte n’était peut-être pas si prêt que ça. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Cela peut arriver à tout le monde, mais faites preuve d’un peu de modestie et d’ouverture à ce que l’on vous propose ! Vous ne pouvez pas miser sur l’arrogance – une arrogance qui, sans ironie, ne vous ressemble d’ailleurs pas – pour repousser tous les amendements qui vous dérangent, à moins que vous ne soyez des macronistes qui s’ignorent, ce qui expliquerait pourquoi vous votez pour eux à toutes les élections.
Arrête ! Retire plutôt les amendements !
Vous avez exactement la même attitude. Tous les amendements qui ne viennent pas de votre famille ne valent rien, ils ne sont bons que pour la poubelle ! « Obstruction ! Pas beau ! Vilain ! Fachos ! » Vous ne faites aucune ouverture à personne. Tout est mauvais quand cela ne vient pas de vous. Pourtant, quand on voit la coalition que vous avez formée avec ceux qui ont fermé Florange, vous devriez vous dire que, franchement, vos alliés ne sont pas terribles ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
La parole est à Mme la rapporteure.
Monsieur Tanguy, j’aurais aimé avoir le temps de débattre du fond mais comme vous avez déposé 280 amendements sur un texte de quinze lignes, c’est un peu compliqué ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) À titre d’exemple, les dix amendements suivants déclinent le tableau périodique de Mendeleïev, qui recense tous les éléments chimiques et que vous avez dû étudier au lycée.
Je n’ai que le brevet des collèges !
Comment voulez-vous qu’on débatte du fond sereinement et sérieusement ? Si vous le souhaitez réellement, retirez vos amendements d’obstruction et nous aurons un débat. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je mets aux voix l’amendement no 31.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 179 Nombre de suffrages exprimés 133 Majorité absolue 67 Pour l’adoption 20 Contre 113
(L’amendement no 31 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Anthony Boulogne, pour soutenir l’amendement no 81.
Chers collègues de gauche et d’extrême gauche, je sais que vous aimez les commissions et autres comités Théodule.
Retirez vos amendements !
Eh bien, soyez heureux car je propose de créer une nouvelle commission administrative chargée du suivi de l’éventuelle procédure de nationalisation d’ArcelorMittal. Conçue sur le modèle de la commission chargée de déterminer la valeur d’achat par l’État de la société, elle se verra attribuer des missions clairement définies : veiller à la préservation des intérêts stratégiques de notre pays, garantir le maintien de l’emploi industriel sur notre sol et protéger le savoir-faire accumulé par ArcelorMittal. Il s’agit de s’assurer que l’éventuel processus de passage sous pavillon national de cette grande société industrielle ne nuise pas à nos intérêts. C’est simple comme bonjour, et cette simplicité devrait logiquement pousser tous les députés de cette assemblée à soutenir la mesure. Nous ne parlons pas d’un simple comité, mais bien d’une commission stratégique pour l’avenir industriel du […]
Quel est l’avis de la commission ?
Je suis soucieuse d’éviter la création de toute commission administrative inutile, ce qui devrait toucher le bloc central. Avis défavorable.
C’est bien ça, vous êtes macroniste !
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
La parole est à M. Guillaume Kasbarian.
Je suis très surpris, mais positivement, que Mme la rapporteure s’oppose à la création d’une nouvelle commission. En effet, lorsque nous avons débattu du projet de loi de simplification, nous avons dû batailler pour adopter la suppression d’un paquet de comités Théodule et autres commissions. Or, systématiquement, dès que l’on touchait à n’importe lequel d’entre eux, la gauche nous expliquait que c’était une instance essentielle. Je constate que, depuis, elle a fait du chemin, et je tenais à saluer cet effort. Il semble qu’elle ait enfin pris conscience du fait qu’il ne fallait pas multiplier les commissions et les comités.Je m’étonne, en revanche, que cette demande émane du Rassemblement national. Non seulement, en s’abstenant, il a tacitement accepté la nationalisation, mais il souhaite, en plus, la technocratiser ! En multipliant les instances administratives de contrôle, vous […]
Je mets aux voix l’amendement no 81.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 176 Nombre de suffrages exprimés 173 Majorité absolue 87 Pour l’adoption 43 Contre 130
(L’amendement no 81 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Laurent Jacobelli, pour soutenir l’amendement no 130.
Je vais défendre cet amendement et je ne veux pas entendre parler d’obstruction : Florange se trouve dans ma circonscription et je n’ai déposé que quinze amendements, ce qui est la moindre des choses pour corriger le mauvais, voire très mauvais texte que vous défendez en plus avec des arguments de mauvaise foi.Nous souhaitons demander à la nouvelle société nationalisée – si, par hasard, ce texte était adopté – de présenter annuellement au Parlement un plan de maintien de l’emploi. C’est en effet à travers l’emploi que nous pourrons juger de l’action menée – M. Le Coq a dit lui-même qu’il était essentiel de préserver les emplois dans la sidérurgie.Pour ma part, je ne crois pas qu’une société nationalisée puisse préserver l’emploi, et c’est toute la différence entre le gaullisme et le soviétisme. Le gaullisme, c’est ce que nous proposons :…
Vous avez voulu assassiner de Gaulle !
…que l’État soit présent au conseil d’administration avec un droit de veto et la main sur la stratégie – cela s’appelle l’État stratège. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.) Le soviétisme, c’est vous : c’est donner à l’État la gestion de la direction des ressources humaines, de la comptabilité, du nettoyage, de la cantine… Quand on voit les incapables qui nous gouvernent, c’est franchement jeter nos ouvriers dans la gueule du loup ! Soyez donc responsables ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)
Quel est l’avis de la commission ?
Vous avez déposé une centaine d’amendements pour demander un rapport ou un plan. Sur un texte de quinze lignes, j’appelle ça de l’obstruction. Avis défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Un texte qui est mauvais, voire très mauvais, monsieur Jacobelli, on ne le corrige pas, on vote contre ! Avis défavorable.
La parole est à M. Pierre Cazeneuve.
Entendre M. Jacobelli se réclamer du gaullisme est absolument délirant !
C’est toujours mieux que de se réclamer de Staline !
Ils se réclament du gaullisme, mais ils ont voulu tuer le Général !
Vous êtes les héritiers du maréchal Pétain et toute votre histoire politique n’est que l’héritage du vichysme. Vous êtes la négation du gaullisme, alors ne vous en réclamez pas ! C’est une honte ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe GDR. – M. Jean-Claude Raux applaudit également. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à M. Laurent Jacobelli.
Cher collègue, maîtrisez vos nerfs ! Vous êtes en mal de notoriété et vous n’avez rien à dire, mais de là à insulter le premier parti de France… (Exclamations vives et prolongées sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.) Vous cherchez des pétainistes ? Allez voir au Parti socialiste : la francisque, c’est François Mitterrand ! Allez voir du côté de la Droite républicaine, chez qui on a engagé un collaborationniste comme ministre ! Allez voir les nouveaux antisémites, protégés par certains partis d’ici. Alors ne soyez pas de mauvaise foi. Vous avez tout perdu, vous perdrez bientôt le pouvoir, mais ayez au moins la haine digne ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je mets aux voix l’amendement no 130.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 175 Nombre de suffrages exprimés 175 Majorité absolue 88 Pour l’adoption 43 Contre 132
(L’amendement no 130 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Jocelyn Dessigny, pour soutenir l’amendement no 159.
Il vise à garantir une transparence complète en amont de toute décision engageant les finances publiques. Avant d’engager l’État dans une opération aussi lourde qu’une nationalisation, il est indispensable que l’ensemble des données financières, techniques et juridiques soient rendues publiques. C’est une exigence démocratique autant que budgétaire. Comment pourrions-nous voter ou même débattre sérieusement d’une nationalisation dont nous ne connaissons ni le coût réel, ni les passifs repris, ni les engagements qui l’accompagneront ? Nous ne pouvons pas accepter que l’on demande au Parlement d’approuver un chèque sans montant, sans délai, sans analyse. Votre texte demande de nationaliser d’abord et de comprendre ensuite. Nous proposons l’inverse : comprendre avant d’engager la dépense.Cette transparence n’a rien d’accessoire car elle conditionne la confiance des Français dans la parole […]
Quel est l’avis de la commission ?
Je crois avoir longuement démontré que nous n’avons d’autre choix que la nationalisation. Sinon, la production d’acier aura disparu du territoire français d’ici cinq à dix ans. Cela se jouera dans les mois à venir ; nous ne pouvons pas repousser l’échéance. Avis défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Défavorable.
Je mets aux voix l’amendement no 159.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 170 Nombre de suffrages exprimés 168 Majorité absolue 85 Pour l’adoption 43 Contre 125
(L’amendement no 159 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Manuel Bompard, pour un rappel au règlement.
Il est 20 heures et nos travaux reprendront à 21 h 30. Il nous reste environ 140 amendements de l’extrême droite à examiner, des amendements dont l’unique but est de nous empêcher de voter la proposition de loi avant minuit. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) On dit parfois que le repas peut être bon conseiller : j’invite tous les parlementaires de l’extrême droite à bien réfléchir pendant le dîner pour que nous puissions procéder au vote du texte lors de la prochaine séance. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.
Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente : Suite de la discussion de la proposition de loi visant à la nationalisation d’ArcelorMittal France afin de préserver la souveraineté industrielle de la France ;Discussion de la proposition de loi visant à défiscaliser les pensions alimentaires perçues et à lutter contre la précarité des familles monoparentales ;Discussion de la proposition de loi visant à garantir la gratuité totale des parkings des établissements publics de santé ;Discussion de la proposition de résolution invitant le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter le droit international, dont le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, condition nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient ;Discussion de la proposition de loi visant à exonérer les apprentis de la contribution sociale généralisée […]
(La séance est levée à vingt heures.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra