Séance du 7 février 2023 — 135e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Sébastien Chenu.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Sébastien Chenu.
Tours 201 à 400 sur 434 — page 2 / 3.
La philosophie de la sécurité sociale, c’était même d’étendre à tous les travailleurs les dispositifs dont bénéficient les personnes sous régime spécial. Dès lors, mettre fin aux régimes spéciaux sous prétexte d’équité et de justice n’est qu’une diversion pour faire oublier l’essentiel, à savoir que cette réforme des retraites va faire 100 % de perdants. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Stéphanie Rist, rapporteure générale de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission sur cette série d’amendements identiques.
Certains des collègues qui ont soutenu ces trente-deux amendements de suppression de l’article 1er ont dit qu’il était injuste. Mais c’est pourtant bien une question de justice et d’équité que de le proposer. Sinon, dites-moi pourquoi deux métiers identiques ne devraient pas être soumis même régime ? On cite régulièrement l’exemple du chauffeur de bus qui est traité différemment selon qu’il exerce à Paris ou à Orléans.Vous arguez aussi que nous voulons diviser les Français. Mais cet article est au contraire le moyen de les rassembler au sein du régime général (Exclamations sur de nombreux bancs du groupe LFI-NUPES), sachant que beaucoup de nos concitoyens sont polypensionnés. Eh oui, c’est actuellement le cas de 58 % des gens relevant d’un régime spécial. Ce sera donc un moyen de simplifier les retraites à venir que de fermer les régimes spéciaux aux nouveaux entrants. Vous considérez […]
La parole est à M. le ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion, pour donner l’avis du Gouvernement.
L’avis du Gouvernement est le même que celui de Mme la rapporteure générale. On a beaucoup entendu, de la part des différents défenseurs de ces amendements, des déclarations générales à propos du passage de 62 à 64 ans, mais nous parlons ici de régimes spéciaux pour lesquels l’âge de départ légal demeurera inférieur. On a aussi beaucoup entendu de déclarations sur la pénibilité ou encore sur la manière dont sont appréhendées les catégories actives dans la fonction publique, deux sujets là aussi éloignés de celui des régimes spéciaux et donc de cet article.Je rappelle ce que nous voulons faire : à partir du 1er septembre 2023, tous les nouveaux embauchés seraient affiliés au régime général de l’assurance vieillesse, les entreprises négociant entre-temps des grilles de rémunération et des conditions de protection sociale permettant à chacun de rejoindre ce régime dans les meilleures […]
Eh oui !
…et celui des IEG nécessite une taxe affectée à hauteur d’1,7 milliard d’euros par an, payés par les consommateurs. Tout cela nécessite un retour à l’équité et une mise à égalité. Nous allons le faire en respectant le contrat social, c’est-à-dire en veillant à ce que tous ceux qui ont été recrutés dans le cadre d’un régime spécial puissent continuer à en bénéficier, comme nous l’avons fait pour la SNCF. C’est ainsi que nous proposons d’aller vers l’équité et vers la fin de différences qui apparaissent aujourd’hui comme des injustices. Le Gouvernement est évidemment défavorable à ces amendements. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Je vais donner la parole à un orateur par groupe.
Ils ont été cinquante à parler !
La parole est à M. Didier Martin.
La totalité de l’enveloppe des subventions de l’État aux régimes spéciaux s’élève à 8,5 milliards d’euros environ. Il faut, certes, penser à ces femmes et à ces hommes qui ont travaillé ou qui travaillent aujourd’hui ou bien le feront demain au service de l’intérêt général par le biais d’entreprises particulières. Néanmoins, qui dit « régime spécial » dit « départ anticipé ». À cet égard, le ministre vient de le rappeler, il y aura des négociations de convergence pour progressivement décaler l’âge de départ. Il ne s’agit pas d’aligner tout le monde à 64 ans, les Français qui nous écoutent doivent le savoir. Il faut bien constater aussi que régime spécial signifie le versement de pensions plus élevées, soit en moyenne – je reconnais que ce mode de calcul écrase les disparités – 2 500 euros brut par mois quand la moyenne pour l’ensemble des salariés est de 1 510 euros par mois. Quant à la […]
La parole est à M. Pierre Dharréville.
Tout d’abord, je voudrais rappeler que le groupe Gauche démocrate et républicaine-NUPES continue de demander le retrait de ce projet de loi et que la demande de suppression de l’article 1er (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes GDR-NUPES et LFI-NUPES) s’inscrit bien évidemment dans la logique qui est la nôtre. Et je crois que vous devriez entendre raison parce que c’est la seule issue raisonnable.Il y a beaucoup de phantasmes et de démagogie autour de ces régimes dits spéciaux. Et ce n’est pas nouveau. Raison de plus pour rappeler quelques faits : ils représentent 1,4 % de la population active et 4 % des retraités, et prévoient des surcotisations payées par ceux qui en sont les assurés pour contribuer évidemment à leur financement.
Le compte n’y est pas tout à fait !
J’ajoute que ces régimes ne sont absolument pas responsables des difficultés du régime général. Parmi ceux que vous supprimez, il y en a même deux qui contribuent au financement du régime général et donc à la solidarité. Tout cela mérite d’être rappelé et d’être mis sur la table pour avoir une vision objective des choses. Nous considérons que les régimes spéciaux sont des régimes pionniers parce qu’ils ont permis la prise en compte ajustée des métiers et de leur pénibilité par la diversité de chacun des régimes concernés.Vous, vous proposez seulement une dégradation brutale des droits des nouveaux entrants. Nous nous opposons évidemment à une telle disposition. Je note au passage, monsieur le ministre, que vous vous asseyez sur les propos que vous avez tenus sur le caractère fondamental des négociations de branche et du dialogue social dans son ensemble, puisque les régimes spéciaux […]
La parole est à M. Marc Le Fur.
Chers collègues de gauche, je vois ai écoutés avec la plus grande attention pendant une heure et demie…
Très bien ! Il faut continuer !
…défendre votre point de vue, démarche que je respecte. Mais une omission m’a particulièrement choqué. Je précise au préalable que je suis élu dans la circonscription où se trouvent Loudéac et Lamballe qui comptent chacune un abattoir de 3 000 salariés. Ces gens travaillent – pour des raisons liées évidemment aux exigences sanitaires – dans le froid, et ils sont, en plus, atteints en particulier de troubles du muscle et du squelette quatre fois plus que la moyenne nationale. Pas un mot durant cette heure et demie sur ce public ! Vous n’avez pas montré la moindre attention à son égard. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et SOC.) Mais il se trouve que ce public existe ! (Mêmes mouvements.)
Chers collègues, seul M. Le Fur a la parole.
Le temps n’est plus aux régimes spéciaux, il est à l’examen de la pénibilité au cas par cas, individu par individu, en fonction du poste occupé. C’est la raison pour laquelle il faut que ce texte soit beaucoup plus ambitieux sur les questions de pénibilité. La solution est là. Certes, les régimes spéciaux se justifiaient parfaitement quand ils ont été conçus, mais aujourd’hui, le vrai progrès serait de prendre en compte la véritable pénibilité en fonction des charges soulevées, du froid ou des intempéries dans lesquelles travaillent un certain nombre de salariés.Un rappel pour conclure : ces salariés de l’agroalimentaire pour lesquels vous n’avez pas eu un mot, ils vous nourrissent ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
La parole est à M. Thomas Ménagé.
Après plus d’une heure de présentation de ces amendements de suppression, j’indique que nous, au Rassemblement national, ne les voterons pas, car nous ne sommes pas favorables à tous les régimes spéciaux et souhaitons supprimer ceux qui sont injustes et injustifiés. Aucune raison ne justifie, en effet, que les membres du Conseil social, économique et environnemental et ceux de la Banque de France aient un régime spécial. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.) Nous avons, aux côtés de Marine Le Pen, une vision pragmatique et très claire : s’il y a des problèmes de recrutement et de fidélisation dans certains métiers, il faut y remédier. Je pense notamment aux industries électriques et gazières. Nous sommes ici tous favorables, à l’exclusion d’une partie de la NUPES, à la relance du nucléaire dans notre pays. L’État s’y emploie aujourd’hui et c’est une bonne chose, mais […]
La parole est à M. Éric Coquerel.
Manifestement, nous n’avons pas la même notion de ce qu’est un privilège que les groupes de la majorité et celui du Rassemblement national. Selon vous, il faudrait remettre en question des régimes pionniers notamment parce que leurs caisses seraient déficitaires. En revanche – c’est très étonnant –, le fait que l’intérêt public verse, sous forme d’exonérations, 90 milliards d’euros aux entreprises ne vous pose pas de problème (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES), alors même qu’une partie de ces exonérations financent des dividendes, l’argent public payant les intérêts particuliers et enrichissant des individus dont le salaire ou les indemnités équivalent parfois les revenus d’une vie entière des salariés que vous traitez de privilégiés. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.)
Rien à voir !
Par ailleurs, je suis très étonné que vous prétendiez prendre ainsi des décisions pour ceux qui ont des existences sociales fort éloignées des nôtres,…
…en remettant en question leurs conquêtes sociales, pourtant justifiées par la pénibilité de leurs métiers. Collègues, dans quel état seriez-vous, au bout d’une journée de conduite d’un bus double de la RATP, au bout d’une année, d’une carrière entière, avec des salaires souvent inférieurs de moitié à nos indemnités ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Voilà bien des propos de provoc’ de gauche !
Enfin, vous nous parlez d’égalité entre les salariés. C’est étonnant : à chaque fois que l’on s’en prend à des régimes pionniers, c’est pour reculer l’âge de la retraite de tous les autres salariés (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES) et camoufler ainsi une injustice généralisée ! Si vous vouliez vraiment que tous les salariés gagnent à la réforme, rapprochez le régime général des régimes pionniers, au lieu de dégrader la condition de tous. (Mêmes mouvements.)
La parole est à M. Philippe Vigier.
Ce soir, nous essayons de sauver le système de retraites par répartition. (« Oh ! » sur les bancs du groupe GDR-NUPES.)
Vous rigolez ou quoi ?
Mais arrêtez !
Nous sommes tous attachés à ce système, mais nous constatons tous qu’il est déficitaire ; vous connaissez aussi l’évolution démographique. En outre, oui, monsieur Roussel, parmi les trente-cinq orateurs précédents, aucun n’a dit le moindre mot sur les petites retraites et les carrières hachées.
Mensonges !
Parlons simplement des régimes spéciaux. (Protestations sur de nombreux bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.)
Laissez M. Vigier s’exprimer.
Vous nous accusez de brutalité, alors que nous prévoyons une clause du grand-père. Vous évoquez la RATP, mais sans songer aux conducteurs travaillant à Chartres, dans ma circonscription – savez-vous combien ils gagnent, à quel âge ils partent à la retraite ? Vous ne voulez pas en entendre parler. (Protestations sur de nombreux bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.)
Chers collègues, s’il vous plaît !
Alors que vous prétendez défendre le pouvoir d’achat et l’équité, aucun d’entre vous n’a rappelé que chacun participe à l’équilibre du système des retraites des entreprises gazières et énergétiques à travers une contribution, comme le mentionne chaque facture d’électricité et de gaz. C’est 1,7 milliard d’euros qui sont ainsi pris dans la poche des contribuables.
C’est faux !
Vous n’en dites pas un mot.
Mensonges !
Enfin, pourquoi, si vous vous souciez de la question, n’avez-vous pas ouvert des régimes spéciaux à tous les métiers les plus pénibles lorsque vous étiez aux responsabilités ? Je pense, moi, aux mécaniciens, aux boulangers, aux charcutiers. (Exclamations sur les bancs du groupe GDR-NUPES.) À quel âge partiront-ils à la retraite ?
Si vous vous souciez d’eux, révisez votre projet !
Vous préférez ne protéger que quelques-uns : on voit bien que vous êtes injustes et que vous avez tort. L’injustice et la brutalité, c’est vous ! (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
Chers collègues, chacun apprécie de pouvoir s’exprimer dans le silence, en étant écouté par ses collègues.
C’est vrai que les députés communistes font beaucoup de bruit !
Faisons cet effort collectif et donnons l’exemple en écoutant Mme Chatelain.La parole est à Mme Cyrielle Chatelain.
Avec cette réforme, vous ne protégez personne. (M. Matthias Tavel applaudit.) Ce n’est pas un hasard si vous avez choisi cet article pour ouvrir le texte car, avec celui-ci, vous pensez nous donner une leçon d’équité. Or l’équité, c’est donner à ceux qui en ont besoin ce dont ils ont besoin. C’est pourtant simple ! Pour vous, l’équité implique de détruire ce qui protège, plutôt que de l’étendre à tous ceux qui auraient besoin d’être protégés. (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES ainsi que sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) Je le répète, 100 000 ouvriers et employés partent chaque année à la retraite à 62 ans, alors que leur espérance de vie est plus brève que celle de n’importe lequel d’entre nous et que celle des cadres. Or, demain, vous leur demanderez de partir à 64 ans. Voilà la réalité de votre réforme !Plutôt que d’étendre ce qui protège, vous cassez encore […]
La parole est à M. Jérôme Guedj.
C’est par constance et cohérence que le groupe Socialistes et apparentés s’oppose à la suppression des régimes spéciaux.
Vous vous répétez !
Nous sommes en effet opposés au report de 62 à 64 ans de l’âge de départ à la retraite que vous proposez à l’ensemble des Français. Or, si vous supprimez les régimes spéciaux, vous appliquerez ce nouvel âge de départ à la retraite aux travailleurs qui en bénéficient. Nous nous opposons de manière égale aux deux mesures.Pour comprendre pourquoi vous vous acharnez à supprimer ces régimes, j’ai étudié attentivement les nombreuses raisons que vous avancez. J’ai trouvé la réponse à la page 48 du rapport sur les objectifs et les effets du projet de réforme des retraites, qui tient lieu d’étude d’impact : « Le financement des régimes spéciaux de retraite implique par ailleurs un effort de la solidarité nationale au bénéfice de certains secteurs ou de certaines entreprises, effort qui doit être interrogé dans le contexte de la rationalisation de la dépense publique et d’ouverture à la […]
Quelle solution proposez-vous ?
C’est la cohue.
Merci, monsieur le député.
Nous n’arrivons pas à recruter. Pourtant, au lieu de sanctuariser ces métiers, vous les fragilisez. C’est une raison de plus pour rejeter votre proposition. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
La parole est à M. Paul Molac.
Les membres du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires n’ont pas de position tranchée sur ces amendements, mais s’interrogent. Quand un régime spécial est financé par les salariés et les patrons concernés et ne dépend en rien de la solidarité nationale, pourquoi le supprimer ? Vous comptez ainsi soumettre tout le monde aux conditions minimales prévues par le droit du travail, en rejetant les conventions collectives qui améliorent l’ordinaire.
Très bien !
C’est dangereux, car cela rend impossibles les avancées sociales, au moins dans certaines branches, alors que celles-ci peuvent parfois être généralisées.
Exactement !
Par ailleurs, quand les régimes spéciaux dépendent de la solidarité nationale, je comprends que l’on envisage leur suppression. Mais, monsieur le ministre, pourquoi considérer que, au vu des effectifs concernés, celui de la RATP doit être supprimé, mais non celui de l’Opéra de Paris ? La réforme doit valoir pour tout le monde ou pour personne, sinon, c’est de l’équité à géométrie variable ! En ce qui me concerne, je voterai pour ces amendements de suppression.
La parole est à M. Vincent Thiébaut.
Je ne reviendrai pas sur les régimes spéciaux, les arguments ont été donnés. Il faut plutôt évoquer les injustices actuelles, car les opposants à l’article ont l’injustice à géométrie variable. Cela a été dit, une partie des régimes spéciaux sont financés par l’ensemble des travailleurs et travailleuses français.
Non !
Si, car certains sont déficitaires. Ces mêmes travailleurs et travailleuses français cotisent pour 70 % d’entre eux au régime général, en plus de cotiser, pour bon nombre d’entre eux, à une retraite complémentaire – l’Agirc-Arrco, notamment. Or, l’Agirc-Arrco, gérée par les syndicats, peut leur imposer une décote de 10 % de leur pension s’ils partent à la retraite entre 62 et 64 ans, même si leurs annuités sont complètes ! Cette injustice concerne 70 % des actifs français, mais vous ne l’évoquez pas. (M. Frédéric Petit applaudit.)
Il a raison !
Vous préférez faire payer la société, favoriser les positions individuelles, au détriment de l’union, du sens de la collectivité que nous devons tous avoir.
Vous parlez de votre propre réforme !
Oui, vous jouez sur les intérêts individuels, vous qui vous dites collectivistes et favorables à l’union. Je suis bien déçu. Vous devriez être ravis que nous jouions collectif, en supprimant ces régimes qui ne sont pas pionniers, mais des réponses à des situations particulières du passé.
Défendez plutôt votre réforme !
Je ne vous entends pas parler de la décote imposée par les syndicats à 70 % des Français. Le groupe Horizons et apparentés votera contre ces amendements. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – M. Sylvain Maillard applaudit également.)
Je mets aux voix les amendements identiques nos 540, 653, 654, 657, 658, 660, 661, 663, 668, 669, 672, 676, 677, 678, 679, 1037, 1071, 1268, 1536, 1986, 2017, 2134, 3799, 3998, 5953, 8692, 11118, 13002, 14569, 15954,18048 et 19108.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 450 Nombre de suffrages exprimés 380 Majorité absolue 191 Pour l’adoption 127 Contre 253
(Les amendements identiques nos 540, 653, 654, 657, 658, 660, 661, 663, 668, 669, 672, 676, 677, 678, 679, 1037, 1071, 1268, 1536, 1986, 2017, 2134, 3799, 3998, 5953, 8692, 11118, 13002, 14569, 15954,18048 et 19108 ne sont pas adoptés.)
Je suis saisi de plusieurs amendements identiques, nos 684, 1038, 1074, 1157, 1541, 2024, 2135, 3999, 5954, 12507, 13101, 18065, 19105 et 19976.La parole est à M. Alain David, pour soutenir l’amendement no 684.
Nous refusons la suppression du régime spécial de retraite de la RATP. Cette mesure est injuste et inutile. Nous rencontrons de nombreux problèmes pour faire fonctionner l’outil performant qu’est la RATP, compte tenu du manque d’attractivité des métiers qu’elle propose, de leur pénibilité et de leur spécificité.Vous déclencherez inutilement la réprobation, voire la colère, de l’ensemble des personnels de la RATP. La suppression de ce régime spécial de retraites n’amènera rien, car ses premiers effets financiers ne seront pas évidents avant une quarantaine d’années. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur quelques bancs du groupe GDR-NUPES.)
La parole est à M. Laurent Alexandre, pour soutenir l’amendement no 1038.
Je m’adresse à vous, députés macronistes, pour vous expliquer la vraie vie. (Exclamations sur les bancs des groupes RE et HOR. – Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La vraie vie où l’argent tombe du ciel, où on n’a pas besoin de travailler pour manger !
Jusqu’à quel point devrons-nous supporter votre cynisme et votre dogmatisme ? Les Français, eux, ne le supportent plus et l’expriment dans la rue, aujourd’hui et samedi. Ils sont 80 % à rejeter votre réforme. Nous sommes leurs députés et nous devons donc les représenter, et non les mépriser comme vous le faites. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Vous voulez les priver de deux ans de vie à la retraite, tout en ne tenant plus compte de la pénibilité. Vous avez déjà supprimé les critères qui concernaient les salariés dont les conditions de travail étaient les plus dures, en supprimant la prise en compte des postures pénibles, des vibrations mécaniques, du port de charges et l’exposition à des agents chimiques dangereux. Maintenant, vous leur demandez de travailler deux ans de plus. Dans quel monde vivez-vous ? (Mêmes mouvements.) Voulez-vous les envoyer directement du […]
La parole est à Mme Ersilia Soudais, pour soutenir l’amendement no 1074.
Le Gouvernement nous le rabâche sans cesse – on dirait un disque rayé : cette réforme doit sauver notre système de retraite par répartition. Nous serions ainsi sauvés ! Mais cet argument fallacieux n’a qu’un seul but : pousser les travailleurs à miser sur la capitalisation pour apporter de l’argent aux fonds de pension. Oui, cet argument ne vaut rien, tous les économistes le disent. Vous faites un choix politique car notre système de retraite ne connaît pas de problème de financement. Le Conseil d’orientation des retraites, qui est loin d’être un rassemblement d’affreux gauchos, l’affirme aussi : le système se porte bien.Le Gouvernement emploie donc un deuxième argument, massue : la fin des régimes spéciaux. Il s’agit de diviser pour mieux régner ! Plutôt que de tirer tout le monde vers le haut, on nivelle par le bas, on crée de la pauvreté et de la précarité : c’est l’égalité dans la […]
Franchement !
Prenons l’exemple du régime de retraite de la RATP, qui compte 52 000 pensionnés, soit 0,3 % de l’ensemble des retraités. La nouvelle réforme du Gouvernement concerne moins de 5 % des futurs retraités de la RATP. Faut-il tout chambouler pour 3 000 salariés ? Quelle aberration ! En effet, les régimes spéciaux ne concernent pas l’ensemble des salariés d’un secteur, mais seulement ceux dont les conditions de travail sont les plus dures. Tous les salariés de la RATP le disent : après trente ans de carrière, les cheminots sont cassés.
Ce n’est pas vrai ! Ce n’est plus vrai !
Pathologies, troubles musculo-squelettiques, un salarié sur cinq est inapte en fin de carrière. Nous plaidons pour que le régime spécial de la RATP, qui est non pas un privilège mais une compensation liée à la pénibilité subie, soit préservé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Ce n’est plus Germinal, la France !
Des privilégiés, il y en a. Allez les chercher, en rétablissant l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et en taxant les superprofits. (Mêmes mouvements.)
La parole est à Mme Farida Amrani, pour soutenir l’amendement no 1157.
Votre plaidoyer pour la fin aux régimes spéciaux, sous prétexte d’équité et de justice sociale entre les futurs retraités, est une diversion politique. Diviser pour mieux régner, voilà le slogan de la minorité présidentielle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Mais les faits sont têtus : tous les Français vont pâtir d’un départ à la retraite à 64 ans. Je défends le régime de la RATP, régime juste, conforme aux principes de sécurité sociale puisqu’il prend mieux en compte la pénibilité pour les travailleurs dont l’espérance de vie est la plus faible.Avec votre réforme, à cause de vous, Michaël, chauffeur de métro qui effectue des mouvements répétitifs à la même fréquence et travaille en horaires décalés, sans jamais voir la lumière du jour, ne pourra pas partir plus tôt en retraite. (Protestations sur les bancs du groupe RE.) Malgré ses troubles musculo-squelettiques […]
Et les bouchers, les boulangers ne font-ils pas des gestes répétitifs ?
Ainsi, en 2021, un chauffeur a fait une crise cardiaque à bord de son train, mettant la vie de dizaines de personnes en danger. Avec votre réforme, ces situations vont devenir monnaie courante. Nous ne l’acceptons pas. C’est pourquoi nous plaidons pour le maintien du régime spécial de la RATP, base de la justice sociale de notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à M. Matthias Tavel, pour un rappel au règlement.
Je fais un rappel au règlement sur le fondement de l’alinéa 3 de l’article 70. Lorsque notre camarade, et collègue, Laurent Alexandre s’est exprimé en disant qu’il avait travaillé à l’usine pendant des années, nous sommes nombreux à avoir entendu une voix qui venait du centre de cet hémicycle dire : « Retournes-y ! ». Nous refusons et dénonçons ce mépris de classe : il est à l’image de votre réforme ! (Protestations sur les bancs du groupe RE. – Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)Nous demandons des excuses et souhaitons que cette phrase figure au compte rendu, mais aussi que des sanctions soient prises. Votre réforme est une réforme de classe, mais vous ne voulez pas l’entendre. (Le micro est coupé.)
Monsieur le député, le service des comptes rendus m’indique que cette phrase n’a pas été entendue. Elle ne figure pas au compte rendu. (Vives protestations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Nadège Abomangoli, pour soutenir l’amendement no 1541.
Séquence tranche de vie : la scène se déroule sur le quai de la ligne 8 ou 2 ou 13, ou sur ceux du RER B ou A – c’est partout pareil. Tous les jours, le quai est bondé, les rames aussi, les agents sont à bout de souffle, comme les usagers. On manque de machinistes : le métier n’est plus attractif. L’ouverture à la concurrence exigée par l’Union européenne est passée par là. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Cette situation n’est pas nouvelle. Au contraire, elle empire depuis trop longtemps. Tous les matins, les Franciliens font l’expérience de la destruction et de votre mépris vis-à-vis des transports publics.
Encore un amendement parisien ! Et le reste de la France ?
Il n’y a pas que Paris dans la vie !
Vous voulez casser le régime des agents de la RATP, car on ne s’arrête pas en si bon chemin quand il s’agit de déréguler, contre les intérêts des peuples, sous les ordres de Bruxelles. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Vous voulez casser ce régime alors que beaucoup des métiers de la RATP cochent toutes les cases de la pénibilité : horaires décalés, vie privée et familiale affectée, travail de nuit, tâches usantes, répétitives, exposition à la pollution. Ce régime, conquis de haute lutte, a été négocié dans le cadre d’accords collectifs afin que les spécificités des métiers soient prises en considération.Monsieur le ministre, vous avez cru bon d’opposer les chauffeurs de bus de Toulouse et ceux de Paris, mais c’est un nivellement par le haut dont nous avons besoin pour assurer un régime protecteur et digne à l’ensemble des agents des transports à travers la France. […]
La parole est à M. François Piquemal, pour soutenir l’amendement no 2024.
Pourquoi existe-t-il des régimes spéciaux ? Parce qu’il existe des métiers spéciaux, comme celui de militaire, que vous avez essayé d’attaquer en commission de la défense, en allongeant leur durée de cotisation et en reculant leur date de départ à la retraite.Il y a des métiers spéciaux, et il existe des métiers essentiels. Quelle est la différence entre l’un de vous, chers collègues, et un chauffeur de la RATP, en région Île-de-France, ou de Tisséo, en région toulousaine ? Si vous faites grève, personne ne s’en apercevra ! Alors qu’on voit tout de suite quand un chauffeur fait grève ! Il s’agit d’une différence d’essentialité et d’utilité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Cela devrait vous appeler à une forme d’humilité.Nous avons également évoqué la pénibilité, qui peut être physique, mais aussi mentale, et se rencontrer non seulement à la RATP et à Tisséo, mais […]
Quand on a 25 ans, on ne pense pas à la retraite !
La parole est à Mme Ségolène Amiot, pour soutenir l’amendement no 2135.
C’est après de longues luttes que les travailleurs de la RATP ont réussi à faire reconnaître la pénibilité de leur métier et, surtout, à faire prendre en compte la diminution de leur espérance de vie. Vous passez votre temps à nous rabâcher que l’espérance de vie augmente et que c’est la raison pour laquelle il faudrait absolument augmenter la durée de cotisation. Mais ce n’est pas le cas pour ces travailleurs. Les horaires décalés et irréguliers, le travail de nuit et de week-end, les mouvements répétitifs qui causent des troubles musculo-squelettiques, les heures passées sous terre à ne pas voir la lumière du jour, la pénibilité est telle que, malgré un régime spécial, un travailleur sur cinq n’atteint pas l’âge de la retraite – il est déclaré, avant, en incapacité de travail. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) Et vous voulez rallonger la durée de cotisation ? […]
Aux crochets ? Quel discours stigmatisant !
Vos économies nous coûteront finalement très cher, bien plus cher que celles que vous prévoyez de réaliser. Face à cette injustice totale, les travailleurs seront dans la rue dès samedi, comme ils l’ont été aujourd’hui ou la semaine dernière, afin de manifester contre cette réforme dont personne ne veut. Que voulons-nous ? Revenir à la retraite à 60 ans pour tous, avec des pensions indignes…
Lapsus révélateur !
…dignes pour tous. Que faut-il faire pour y arriver ? C’est simple : augmenter les salaires, hausser celui des femmes au niveau de celui des hommes et récupérer les cotisations dont nous avons exempté les grandes entreprises. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 3999.
Lors de l’examen du texte en commission des affaires sociales, j’avais invité les députés macronistes à se rendre au dépôt de bus de Lagny pour rencontrer les machinistes-receveurs, en d’autres termes les conducteurs de bus. Vous auriez alors pu rencontrer Nathalie,…
…qui a commencé à travailler à 17 ans, en 1983. Elle a tenu différents emplois, travaillant notamment sept ans dans la restauration. Elle s’est engagée à la RATP en 1994 en tant que machiniste-receveur, c’est-à-dire conductrice de bus. Son métier, elle l’aime. Pourtant, elle subit les horaires décalés. Quand elle est du matin, elle commence sa journée de travail à quatre heures trente, au milieu de la nuit, au mépris de son rythme de sommeil. Elle alterne avec des semaines où elle travaille le soir et termine à deux heures du matin.
C’est Zola, là !
Mais il y a plein de métiers dans le même cas !
Nathalie, mère de famille de deux enfants, a dû sacrifier nombre de vacances scolaires et de réveillons de Noël ou du Nouvel an. Âgée de 57 ans, son droit à la retraite, après vingt-huit ans et six mois de travail à la RATP, elle l’a bien mérité.
Vingt-huit ans !
Et Gérard ?
Elle fait grève car, pour elle, il est hors de question de céder au poison de la division que vous instillez : avec votre clause du grand-père (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES), les machinistes ne devraient penser qu’à leur gueule et se moquer du fait que les nouveaux n’aient plus les mêmes droits ! Elle fait grève parce qu’elle est attachée au service public de la RATP que vous condamnez à la privatisation, alors que les démissions de chauffeurs sont à un niveau historique, que la RATP n’arrive pas à recruter et que ce sera pire demain, si les chauffeurs n’ont plus de compensation. Elle fait grève, elle manifestait aujourd’hui et, samedi, elle manifestera encore, parce qu’avec des millions d’autres Français, elle exige le retrait de votre réforme. (Mêmes mouvements.)
La parole est à Mme Karen Erodi, pour soutenir l’amendement identique no 5954.
Tous les Parisiens s’en rendent compte : ces temps-ci, prendre le métro est parfois plus difficile que réussir une épreuve de « Fort Boyard ». Engorgements, temps d’attente trop longs, dysfonctionnements multiples : quelle est la cause ? La principale raison…
C’est la défense corporatiste !
Ceux d’en face vont-ils arrêter de hurler ?La principale raison de ces désagréments est la gestion calamiteuse de la RATP. Elle touche en particulier la maintenance, avec un manque d’investissements chronique dans les infrastructures. S’y ajoutent des difficultés de recrutement. Non, la vie de conducteur de métro ne fait pas rêver : horaires décalés, plannings qui changent du tout au tout d’une semaine à l’autre, mouvements répétitifs et, pour finir, apparition de pathologies, notamment de troubles musculo-squelettiques, voire inaptitude pour un salarié sur cinq.
Vous n’y croyez pas vous-même !
Face à cette situation, que propose le Gouvernement ? De supprimer le régime adapté qui permet à moins de 5 % des salariés de la RATP de partir avant ceux du régime général. (Bruit persistant.)Est-ce que les députés de la Macronie peuvent écouter ? Monsieur Terlier, est-ce que je peux parler ?
Madame Erodi a la parole. Continuez, madame la députée. (Exclamations.)
On ne s’entend pas !Vous n’arrivez pas à recruter à cause des conditions de travail désastreuses ? Très bien, rendez les carrières encore plus pénibles. Voilà ce que propose le Gouvernement.
Détachez-vous de vos notes !
C’est absurde. C’est vrai, vous voulez supprimer tous les régimes spéciaux pour remplacer les dispositifs de départ anticipé par le compte professionnel de prévention. Autrement dit, on empêche les salariés qui exercent des métiers pénibles de partir un peu plus tôt pour éviter des problèmes de santé. Une fois les corps abîmés, on constate les dégâts. Pour vous, un bon retraité est un retraité endommagé. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES.) Nous, au contraire, souhaitons maintenir le régime de retraite de la RATP. Nous vous invitons donc à voter au moins ces amendements et, si le cœur vous en dit – si vous en avez un (Exclamations) – à retirer cette odieuse réforme des retraites. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Béatrice Roullaud, pour soutenir l’amendement identique no 12507.
La commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a auditionné le directeur de la caisse de retraite du personnel de la RATP. Il en ressort qu’avec la suppression du régime spécial, il faut prévoir par an entre 20 et 30 millions d’euros de cotisations retraite en moins chaque année, puisqu’il y aura entre 2 000 et 3 000 entrants en moins, sans parler de l’ouverture à la concurrence du monopole de la RATP, qui interviendra dès le 1er janvier 2025. La situation se dégraderait ensuite fortement, impliquant une augmentation du financement de l’État.En 2025, avec l’ouverture du marché, plus de 19 000 salariés quitteront l’entreprise pour aller dans des filiales ou des entreprises concurrentes. La loi d’orientation des mobilités du 24 décembre 2019 dispose que ces personnes conserveraient leurs droits à la retraite. En pratique, en cas d’adoption de la présente réforme, il faudra […]
La parole est à M. Sébastien Rome, pour soutenir l’amendement identique no 13101.
Nous souhaitons maintenir le régime de retraite de la RATP, issu d’accords collectifs. Votre volonté de supprimer la retraite de 5 % des salariés de la RATP – 5 % seulement – est bornée, étriquée, revancharde à l’égard des droits que les travailleurs ont acquis par le passé. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES.) Vous ne voulez pas prendre en considération la pénibilité du travail, vous ne voulez pas entendre que le travail d’aujourd’hui, comme celui d’hier, fait mal à ceux qui travaillent dur, qui se lèvent tôt le matin et qui travaillent tard le soir en laissant leur famille, à ceux qui sont soumis à des horaires hachés et qui accomplissent des gestes répétitifs, pendant trente ans.Entendez les travailleurs de la RATP : ils disent qu’ils sont usés par le travail, qu’ils ont travaillé à des horaires décalés, parfois tôt le matin pendant une semaine, puis la nuit la […]
Il a raison !
La Cour des comptes affirmait en décembre dernier que le compte de pénibilité ne répond en rien aux objectifs assignés, qu’il n’a aucune vertu de prévention, qu’il n’est pas à la hauteur.Nous parlons en effet d’un régime spécial, car il est bien plus avancé que les autres. Depuis longtemps, il tient compte du fait que le travail que l’on aime faire et que l’on aime faire bien, peut aussi faire mal. Il est important de pouvoir partir, non pas à 64 ans, deux ans plus tard qu’aujourd’hui, mais à 60 ans, deux ans plus tôt. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES.)
Sur les amendements nos 684 et identiques, je suis saisi par les groupes La France insoumise-Nouvelle Union populaire, écologique et sociale et Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES) d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement identique no 18065.
Madame la présidente de la commission des affaires sociales, vous avez prétendu qu’une majorité de Français étaient contre les régimes spéciaux. C’est normal : depuis le début des débats, depuis de nombreux mois même, vous distillez de fausses informations, parfois caricaturales. Les régimes spéciaux ne sont ni plus ni moins qu’une manière de prendre en compte les pénibilités, qui ne se valent pas toutes. Nous nous opposons à la suppression des régimes spéciaux, parce que nous considérons qu’elle revient à nier la pénibilité au travail. En effet, ils sont issus d’une juste perception du travail.Monsieur le ministre, vous ne manquez pas de culot de citer Ambroise Croizat. Pour mémoire, à la création du régime général, en 1945, l’objectif était de l’aligner sur les régimes spéciaux – par le haut ! Avec votre réforme, ce qui vous distingue d’Ambroise Croizat, c’est que lui voulait le […]
La parole est à M. Adrien Quatennens, pour soutenir l’amendement identique no 19105.
La seule justification de la présente réforme des retraites est de faire des économies. Quelles économies ? On nous dit que la démographie est incontestable, mais la productivité l’est aussi : une heure de travail en 1990 produisait déjà vingt-cinq fois plus qu’une heure de travail en 1830 ; entre 1970 et 2015, la productivité du travail a encore triplé. Depuis 1975, la richesse produite a été multipliée par presque neuf – elle a explosé. La population active a augmenté de 25 %, mais comme le temps de travail n’a pas diminué, le chômage et la compétitivité se sont accrus.Le sens de l’histoire, le sens du progrès, n’est donc pas de travailler toujours plus : il est de consacrer davantage de la richesse produite au financement des retraites et du temps libre. Dès lors, pourquoi un tel détricotage ? Pour financer les pertes dues aux cadeaux fiscaux consentis aux grandes entreprises et aux […]
La parole est à Mme Sabrina Sebaihi, pour soutenir l’amendement identique no 19976.
Les régimes spéciaux sont le dommage collatéral de cette réforme. Vous les utilisez pour détourner l’attention de votre réforme et diviser les Français. Pourtant ceux-ci ne sont pas dupes de vos manœuvres : ils sont toujours opposés au texte. Vous nous proposez notamment de supprimer le régime spécial de la RATP. En voyant la paupérisation des transports en commun en Île-de-France, la diminution des salaires, l’affaissement des conditions de travail, la baisse de l’attractivité à cause de laquelle nous n’avons plus assez de chauffeurs, nous vous disons d’arrêter le nivellement par le bas.
On l’a déjà entendu, ça !
Vous nous expliquez que d’autres chauffeurs de bus, ailleurs, souffrent. Chiche ! Nivelons par le haut pour tous les chauffeurs de France et il n’y aura plus d’inégalités dans ce pays !
On a compris, vous l’avez déjà dit !
Avec quel financement ?
On vous en a proposé !
Si vous pensez réellement aux travailleurs – vous n’avez cessé de nous dire, la larme à l’œil, qu’il s’agit d’une réforme de justice sociale –, allons jusqu’au bout, nivelons par le haut, augmentons les salaires, améliorons les conditions de travail des chauffeurs de bus et, surtout, supprimez cette réforme ! (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES et sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?
Il est défavorable. Ces amendements tendent à supprimer les alinéas 1 et 2 de l’article 1er, ce qui aurait pour conséquence d’affilier tous les agents de la RATP au régime général. Mme Ersilia Soudais a dit que, selon le COR, le système se porte bien. Comme nous examinons l’article 1er, il est essentiel d’être très précis lorsque nous rapportons des propos.Le Conseil d’orientation des retraites n’a pas dit que le système se porte bien ; il fait des projections, et ne formule pas de recommandations. Le Comité de suivi des retraites (CSR), en revanche, interprète les résultats : or il nous alerte sur la situation. Dans son avis de septembre 2022, il explique : « Le choc en cours est d’ordre […] structurel. […] on est à risque de déséquilibres […] significatifs à court et moyen terme, qu’amplifierait la poursuite de conditions économiques dégradées. Tout cela oblige à reposer la question […]
Il y a d’autres passages à citer !
En ce début d’examen du texte, il était important de souligner clairement la nécessité de rééquilibrer le système de retraite.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
L’article 1er tend à mettre fin à la plupart des régimes spéciaux. L’Assemblée nationale a repoussé les amendements de suppression de l’article. Il s’agit maintenant de décliner la mesure régime par régime. Le coût du régime de la RATP est estimé à 700 millions d’euros. La recherche d’équité et la période de convergence que j’évoquais précédemment nous conduisent à émettre un avis défavorable sur ces amendements identiques.
La parole est à M. Thibault Bazin.
Ces amendements, déposés par les deux extrêmes de l’hémicycle (Protestations sur les bancs des groupes RN, LFI-NUPES et GDR-NUPES),…
Tais-toi, vendu !
…tendent à conserver le régime spécial de la RATP. Pourtant, la caisse de sécurité sociale chargée de la gestion de ce régime dépend en grande partie des subventions de l’État. La dotation de l’État pour couvrir les droits ouverts par le régime de la RATP devrait atteindre 810 millions d’euros en 2023. Elle se montait à 611 millions en 2013. Elle a donc connu une hausse de 33 %.
Il faut embaucher, ça ira mieux !
La somme de 810 millions est supérieure au coût que ce PLFRSS prévoit pour revaloriser les petites retraites en 2023. L’employeur et les salariés ne financent les dépenses du régime qu’à hauteur de 40 %. Il s’agit d’une atteinte à l’universalité du système par répartition. Pourquoi l’État soutiendrait-il autant les territoires couverts par la RATP et pas les autres de l’Hexagone ? C’est profondément injuste ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)Les personnes qui exercent le même métier ailleurs dans le pays ne bénéficient pas de telles conditions : cela fait naître un sentiment d’injustice sociale, mêlé d’un sentiment d’iniquité territoriale. Pourquoi l’âge d’ouverture des droits serait-il plus faible pour les agents d’exploitation de la RATP ? Pourquoi, en cas de départ anticipé, la décote serait-elle plus faible que pour les fonctionnaires ou les salariés du secteur […]
Et vos copains sénateurs ?
La parole est à M. Thomas Portes.
Vous l’aurez compris, nous proposons de maintenir le régime spécial de la RATP. Depuis le début de l’examen du texte dans l’hémicycle, vous n’avez que ces mots à la bouche : « justice, équité et égalité ». Mais à quelle justice correspond la suppression du régime spécial de la RATP ?
À aucune !
Faire travailler deux ans de plus les salariés de la RATP améliorera-t-il le sort des conducteurs de bus de Toulouse, d’Orléans ou de Tours ?
Non, évidemment, mais cela vous importe peu, messieurs les membres du Gouvernement ! Votre projet, c’est la régression sociale pour tous. Vous l’avez rappelé avec beaucoup de sincérité lorsque vous avez parlé de la réforme de la SNCF, monsieur Attal ; vous êtes ici en service commandé pour vous payer les régimes spéciaux, qui représentent tout ce que vous détestez : l’intérêt général, la solidarité et le service public. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)En quoi est-il juste d’attaquer un régime spécial qui permet à des salariés de partir plus tôt, eu égard à la pénibilité de leurs conditions de travail ? En quoi est-il juste de voler deux ans de vie à des femmes et à des hommes qui travaillent en horaires décalés, en trois-huit, les week-ends et les jours fériés, tout en gérant le stress et la circulation des usagers ?
C’est vous qui êtes injuste ! Il y a plein de métiers comme ça !
En quoi est-il juste de sacrifier des salariés, alors même qu’au moment du départ à la retraite, un salarié de la RATP sur cinq est déjà en inaptitude ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) En rien, évidemment et vous le savez, monsieur le ministre délégué.Rien ne justifie cette suppression. Les propos que vous avez tenus hier, à la tribune, qualifiant les salariés de la RATP de privilégiés et les montrant du doigt, sont indignes d’un ministre de la République ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Vous présentez ces salariés comme des privilégiés, mais qui sont les privilégiés dans ce pays ? Beaucoup l’ont rappelé ici et L’Humanité – un très bon journal – l’a rappelé aujourd’hui : les patrons du CAC40, qui se gavent et accumulent des sommes astronomiques, ne produisent rien, spéculent et sont de véritables parasites ! (Applaudissements sur les bancs du […]
Avec cette réforme, monsieur le ministre délégué, vous voulez enterrer les Français, mais ce sont eux qui vont enterrer votre réforme dont personne ne veut ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Fanta Berete.
Vous parlez toute la journée d’équité, mais où est l’équité dans ces régimes spéciaux, qui ont été créés il y a des années, pour de bonnes raisons ?
Elle n’est pas dans votre réforme !
Selon un sondage d’Opinion Way du 27 janvier, plus de 69 % des Français y sont opposés : cela vaut pour celui de la RATP. Pourquoi ne retenir que les sondages qui vous arrangent ? Assumez ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Les régimes spéciaux reflétaient une pénibilité mais, en 2023, celle-ci est inhérente à chaque métier. En toute sincérité, j’assume de le dire : il est intolérable que, pour un même métier, en fonction de leur employeur, certains salariés puissent travailler plusieurs années supplémentaires. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Vous nous parlez de deux ans supplémentaires, mais il y a parfois un delta de cinq ans pour un même métier, et cela passe comme une lettre à la poste !
Elle a raison !
Certains de ces régimes spéciaux sont déficitaires : ils bénéficient de 6 millions de subventions de l’État et de 2 millions de taxes affectées. Ils sont certes équilibrés, mais sur le dos de nombreux Français. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Je vous le demande, les yeux dans les yeux : comment pouvez-vous défendre ce que vous évoquez depuis le début de l’examen du texte et l’accepter ? (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Pendant des années, nous avons supporté des différences entre les régimes : nous devons commencer à rectifier le tir. La pénibilité à titre individuel est traitée à l’article 9 ; si vous retirez vos amendements d’obstruction, nous pourrons sans aucun doute aborder ce thème, qui est attendu par les Français, ainsi que par les cheminots.
Retirez votre réforme !
Michaël, qui travaille en trois-huit et de nuit, ne travaillera jamais jusqu’à 64 ans : il partira sans nul doute deux ans avant l’âge légal. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE et sur quelques bancs du groupe Dem.)
La parole est à M. Fabien Roussel.
Cette discussion a été très intéressante.
Un peu répétitive !
Nous avons été nombreux à faire plusieurs constats équivalents. Premièrement, la RATP a du mal à embaucher ; c’est une réalité, il manque des chauffeurs de bus et des chauffeurs de métro. (Protestations sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Il n’y a pas qu’à la RATP, tout le monde a du mal à embaucher !
Si le régime est en déséquilibre, c’est certainement parce qu’il manque de salariés. Afin de résoudre ce problème, 250 élus d’Île-de-France attendent toujours un rendez-vous avec la Première ministre.Deuxièmement, nous constatons tous que les conditions de travail sont difficiles dans les sociétés de transport, du secteur privé comme du secteur public : toutes ont du mal à embaucher, précisément parce que ces métiers sont pénibles et difficiles.
Démago !
Parlons des escarbilles et des locomotives à vapeur !
Troisièmement, il faudra à l’avenir beaucoup plus de conducteurs de bus et de métro, puisque nous voulons développer les transports collectifs, notamment pour tenir les objectifs climatiques.
Et les chauffeurs routiers ?
C’est pourquoi il est nécessaire de garantir de bonnes conditions de travail à tous les salariés – du public comme du privé.
C’est votre vision du travail, ne confondez pas tout !
Il faut tenir compte de la pénibilité de ces métiers et les rendre attractifs, grâce aux salaires et aux départs anticipés, pour donner envie aux jeunes de les exercer.
Avec quel financement ? Démagogues !
Irresponsables !
Vous, vous voulez tirer ces professions vers le bas, en commençant par la RATP et en demandant à tous les salariés, du secteur privé comme du secteur public, de travailler plus longtemps. Oui, vous tirez la France et les travailleurs vers le bas. Au contraire, nous voulons le meilleur pour la France, nous voulons tirer tous les salariés vers le haut et réserver ces régimes pionniers à tous les chauffeurs et tous les conducteurs de France. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES.)