Séance du 17 mai 2024 — 198e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 1 à 200 sur 713 — page 1 / 4.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à neuf heures.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des générations en agriculture (nos 2436, 2600).
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant aux amendements no 11 et identiques portant article additionnel après l’article 1er.Je vous informe que l’adoption des amendements de rédaction globale de l’article 1er a fait tomber les amendements no 446 et identiques, ainsi que les amendements no 585 et suivants jusqu’au no 1960.
Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 11, 945 et 3930.L’amendement no 11 de M. Julien Dive est défendu.
La parole est à Mme Delphine Batho, pour un rappel au règlement.
Il se fonde sur l’article 98, alinéa 5, du règlement et sur l’article 45 de la Constitution.Je m’interroge sur la recevabilité des amendements identiques que nous examinons. En effet, ils font référence à un article du code rural et de la pêche maritime qui n’existe pas. Pour vous mettre de bonne humeur, en ce vendredi matin, je salue la créativité de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), mentionnée dans l’exposé des motifs de l’un des amendements. Est-il toutefois utile que notre assemblée perde du temps à examiner ces amendements ? (M. Loïc Prud’homme applaudit.)
Ces amendements ont été déclarés recevables par le service de la séance. Nous allons donc les examiner. Nous prenons cependant note de votre rappel au règlement.
Les amendements nos 945 de M. Vincent Descoeur et 3930 de Mme Hélène Laporte sont défendus.La parole est à Mme Nicole Le Peih, rapporteure de la commission des affaires économiques pour les articles 1er à 4, afin de donner l’avis de la commission.
Ces amendements proposent que le premier alinéa du V de l’article L. 122-1 du code de l’environnement mentionne « l’étude préalable d’impact prévue à l’article L. 122-1-4 du code rural et de la pêche maritime ». Cet article du code rural et de la pêche maritime n’existant pas, je demande aux auteurs des amendements de bien vouloir les retirer.
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, pour donner l’avis du Gouvernement.
Même avis.
(Les amendements identiques nos 11, 945 et 3930 sont retirés.)
Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 8, 933, 2267 et 3931.La parole est à M. Julien Dive, pour soutenir l’amendement no 8.
Au-delà de la reconnaissance de l’intérêt général de l’agriculture comme principe fondateur du droit et des politiques publiques, que nous avons inscrite hier dans le projet de loi, des modifications appropriées du code de l’environnement sont nécessaires, en particulier dans le domaine de la politique de l’eau.
L’amendement no 933 de M. Vincent Descoeur est défendu.La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 2267.
Cet amendement, repris par plusieurs collègues, vise à rappeler que l’agriculture, que les productions agricoles ont besoin d’eau – il est parfois nécessaire de souligner certaines évidences. Nous reviendrons certainement sur le fait que l’usage de cette ressource doit être équilibré et tenir compte des besoins du secteur.
L’amendement no 3931 de Mme Hélène Laporte est défendu.Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?
Ils visent à modifier l’article L. 211-1 du code de l’environnement pour y mentionner que l’agriculture est « d’intérêt général majeur », conformément à l’article L. 1 A du code rural et de la pêche maritime, que l’Assemblée a adopté hier soir.Le rééquilibrage que ces amendements visent à opérer entre la politique de l’eau et l’agriculture me paraît inutile pour deux raisons. D’une part, le fait que l’agriculture soit reconnue d’intérêt général majeur joue en sa faveur face à certains critères de gestion de l’eau. Désormais, l’agriculture fera l’objet d’une attention spécifique et sera privilégiée, le cas échéant, au détriment de l’article L. 211-1 du code de l’environnement. D’autre part, le 5o bis de l’article L. 211-1 du code de l’environnement indique déjà que l’eau est un élément essentiel de la sécurité de la production agricole.L’agriculture est pleinement prise en considération […]
Quel est l’avis du Gouvernement ?
L’eau est évidemment importante pour l’agriculture. C’est d’ailleurs le sens de plusieurs dispositions du projet de loi. La reconnaissance de l’agriculture comme étant d’intérêt général majeur permettra d’adapter les politiques publiques en fonction des besoins en eau du secteur. En outre, comme l’a indiqué Mme la rapporteure, le 5o bis de l’article L. 211-1 du code de l’environnement consacre « la promotion d’une politique active de stockage de l’eau par un usage partagé permettant de garantir l’irrigation ». La référence à l’agriculture est explicite. Les amendements sont satisfaits. Avis défavorable.
La parole est à Mme Delphine Batho.
Par quel miracle des amendements identiques qui modifient le code de l’environnement sur la question de la gestion équilibrée de la ressource en eau, qui relève de la Charte de l’environnement et de plusieurs directives européennes, peuvent-ils être considérés comme recevables ? Sur le fond, ils remettent en cause le partage de l’eau entre agriculteurs en en modifiant les dispositions.Outre qu’ils portent atteinte aux principes généraux de la gestion de l’eau et du code de l’environnement, ces amendements sont malheureusement révélateurs de vos intentions.
(Les amendements identiques nos 8, 933, 2267 et 3931 ne sont pas adoptés.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 9 de M. Julien Dive et 191 de M. Jean-Yves Bony.
(Les amendements identiques nos 9 et 191 sont retirés.)
La parole est à M. Julien Dive, pour soutenir l’amendement no 3406.
Je l’ai expliqué en commission : en cas de contentieux, le juge se réfère davantage au code pénal qu’au code rural ; il est donc nécessaire d’inscrire dans le code pénal que la souveraineté alimentaire est un intérêt fondamental de la nation. Tel est le sens de l’article 1er bis que nous avons adopté en commission : je retire donc l’amendement.
(L’amendement no 3406 est retiré.)
Je vous rappelle que l’adoption des amendements de rédaction globale de l’article 1er a fait tomber les amendements nos 585 et suivants jusqu’à l’amendement no 1960 inclus. La parole est à M. Jimmy Pahun, pour soutenir l’amendement no 3718.
Considérant que les territoires insulaires métropolitains et les territoires de montagne font face à des difficultés similaires liées à leur géographie spécifique, le présent amendement s’inspire du VI de l’article L. 1 du code rural et de la pêche maritime, relatif à l’agriculture de montagne, pour reconnaître la spécificité de l’agriculture insulaire.Si les agriculteurs des îles partagent les mêmes défis et les mêmes inquiétudes que leurs homologues du continent, ils sont en outre soumis aux contraintes de l’insularité. À Belle-Île-en-Mer, le prix du gazole non routier est environ 50 centimes plus cher qu’ailleurs. Le coût de l’approvisionnement en matériels et produits agricoles y est aussi supérieur puisqu’il faut les transporter par la mer – près de 51 euros la tonne. De manière générale, tout est plus cher dans les îles pour les particuliers, les professionnels et les […]
Quel est l’avis de la commission ?
J’entends votre passion pour les îles, cher collègue. Avis favorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Je comprends également la passion qui vous anime, monsieur le député Pahun, ainsi que d’autres de vos collègues, sur ces sujets-là.Je vous rappelle toutefois que la particularité insulaire est déjà reconnue dans la loi 3DS. Il ne nous paraît donc pas utile de la faire figurer à nouveau dans le présent projet de loi.Reste que, eu égard à l’attention que vous y portez les uns et les autres, je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée. (Mme Maud Gatel applaudit.)
Très bien !
C’est important !
Merci !
L’amendement no 1722 de Mme Josiane Corneloup est défendu.Quel est l’avis de la commission ?
Votre amendement, par lequel vous souhaitez que les politiques publiques concourent à la promotion active de la souveraineté alimentaire, est satisfait par le deuxième alinéa de l’article L. 1 A du code rural et de la pêche maritime, tel que l’Assemblée l’a adopté hier, qui dispose que « les politiques économiques, sociales et environnementales concourent à assurer la souveraineté alimentaire et agricole de la France », la suite de l’article faisant référence aux politiques publiques susmentionnées. Je vous demande donc de retirer votre amendement.
(L’amendement no 1722, ayant reçu un avis défavorable du Gouvernement, est retiré.)
La parole est à M. Grégoire de Fournas, pour soutenir les amendements nos 4296 et 4297, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Ces amendements, en dépit de leur portée symbolique, nous semblent importants : ils visent à reconnaître le rôle que jouent la viticulture et le pastoralisme dans la prévention des feux de forêt. Je sais bien, comme député de la Gironde, que la présence de barrages naturels est un atout dans la lutte contre ces incendies.
Quel est l’avis de la commission ?
Il est vrai que des expériences ont mis en évidence que les plantations de vigne permettent de stopper la propagation de feux d’espaces naturels. En arrivant sur la vigne, en effet, si l’incendie cause des dégâts, principalement au niveau des premières rangées, le feu ne passe pas au-delà. Des plantations de vigne ont ainsi montré leur efficacité, notamment dans l’Aude, et en particulier dans le massif de la Clape.Mais d’autres dispositifs, comme des plantations de haies ou la constitution de chemins forestiers, sont également efficaces. C’est notamment le cas dans la forêt des Landes.Sans nier le rôle de la viticulture dans la lutte contre la propagation de feux, son importance n’est pas supérieure à celle d’autres dispositifs. Je vous demande donc de retirer votre amendement.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Vous avez raison, monsieur le député de Fournas : l’agriculture, en particulier la viticulture et le pastoralisme, permet de lutter contre les risques d’incendies de forêt, risques qui vont malheureusement devenir plus importants à cause du dérèglement climatique.Mais, Mme la rapporteure l’a dit, d’autres activités agricoles peuvent contribuer à cette lutte. L’importance spécifique, en la matière, du pastoralisme et de la viticulture a par ailleurs été reconnue dans l’article 1er du texte, ce qui témoigne de l’intérêt que nous portons à ces activités. Je demande le retrait de l’amendement ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
(Les amendements nos 4296 et 4297, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
La parole est à M. Dominique Potier, pour un rappel au règlement.
Je voulais vous signaler ce qui me semble être une anomalie : l’amendement no 1960 apparaît comme tombé, alors même que nous ne l’avons pas examiné.
Il est tombé du fait de l’adoption, hier soir, de l’amendement portant nouvelle rédaction globale de l’article 1er.
C’est stupéfiant !
Le service de la séance va examiner cette question et nous y reviendrons si nécessaire. (Sourires.)
J’espère !
Je suis saisie de cinq amendements identiques, nos 10, 192, 939, 1523 et 3929. La parole est à M. Julien Dive, pour soutenir l’amendement no 10.
Cet amendement vise l’instauration d’une étude préalable d’impact économique et social, afin de matérialiser l’intérêt général qui s’attache à la protection, à la valorisation et au développement de l’agriculture, conformément au principe du développement durable.
La parole est à M. Jean-Yves Bony, pour soutenir l’amendement no 192.
Je souhaite également que soit rédigée une étude préalable d’impact économique et social, afin, comme vient de le préciser notre collègue, de matérialiser l’intérêt général qui s’attache à la protection, à la valorisation et au développement de l’agriculture, conformément au principe du développement durable.
Les amendements identiques nos 939 de M. Vincent Descoeur, 1523 de M. Francis Dubois et 3929 de Mme Hélène Laporte sont défendus.Quel est l’avis de la commission ?
Je donne un avis défavorable pour deux raisons.Tout d’abord, cet amendement, du fait de son caractère général et de certains des termes qui y sont employés, est totalement inapplicable. Que signifie, par exemple, « avoir des conséquences négatives importantes sur l’agriculture » ? Cette imprécision se révélerait un nid à contentieux.Vous précisez ensuite que la disposition que vous défendez doit se faire dans le respect du développement durable, que vous dites consacré par le Conseil constitutionnel. Or, dans la décision du Conseil constitutionnel en date du 31 janvier 2020, ce n’est pas le développement durable qui est consacré, mais la « protection de l’environnement », en tant que patrimoine.
(Les amendements identiques nos 10, 192, 939, 1523 et 3929, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
L’amendement no 1096 de Mme Mathilde Paris est défendu.
(L’amendement no 1096, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
La parole est à M. Julien Dive, pour soutenir l’amendement no 4301.
Je reviens sur les revendications, toujours d’actualité, que le monde agricole a formulées en ce début d’année, à propos de la complexité administrative, des questions normatives et de la fiscalité.J’entends des déclarations d’intention promettant de ne pas surenchérir sur les normes existantes et de ne pas créer de nouvelles taxes. Or, depuis le 1er janvier, la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets – dite loi climat et résilience – prévoit qu’une taxe puisse être créée dès lors que les objectifs de réduction des engrais azotés ne seraient pas respectés deux années consécutives.Il est louable d’avoir une trajectoire. Il est également louable de vouloir réduire le volume des intrants, ainsi que celui des émissions de protoxyde d’azote et d’ammoniac. Le monde agricole est prêt à s’engager dans cette démarche […]
Quel est l’avis de la commission ?
Je suis défavorable, pour deux raisons, à cet amendement.D’une part, la redevance dont vous souhaitez supprimer la possibilité est un outil parmi d’autres pour favoriser la réduction des émissions d’ammoniac et de protoxyde d’azote liées à l’usage d’engrais minéraux azotés. Il serait dommage de se priver de ce moyen d’avoir une influence sur les comportements.D’autre part, et contrairement à ce que vous écrivez dans votre exposé sommaire, il ne s’agit en rien d’appliquer « une imposition rapide et sans préparation adéquate ». Si, en effet, vous lisez dans son intégralité le III de l’article 268 de la loi « climat et résilience », partie que vous souhaitez abroger, vous y verrez bien précisé que la mise en œuvre de cette redevance doit veiller « à préserver la viabilité économique des filières agricoles concernées et à ne pas accroître d’éventuelles distorsions de concurrence avec les […]
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Avis défavorable également. La loi n’envisage cette redevance que comme une possibilité et, s’il était d’aventure prévu qu’elle soit instaurée, vous aurez l’occasion d’en débattre.Vous avez raison de souligner que les agriculteurs font des efforts, si bien que cette trajectoire de réduction des engrais azotés est, à l’heure actuelle, tenue sans difficulté. L’article de la loi est par ailleurs bien équilibré, comme Mme la rapporteure l’a rappelé, en ce qu’il mentionne la nécessité de veiller à ce qu’une éventuelle redevance ne vienne pas pénaliser, par des distorsions de concurrence, notre agriculture.
La parole est à Mme Delphine Batho.
Je ne comprends que trop bien maintenant que l’objectif du projet de loi que nous examinons est d’abroger, trois ans après sa promulgation, des articles de la loi « climat et résilience » : illustration parfaite de la revanche historique que vous voulez prendre sur la Charte de l’environnement, sur le Grenelle de l’environnement et sur d’autres dispositions adoptées depuis.Nous avions voté contre l’article 268 de la loi « climat et résilience ». Il est absolument nécessaire que nous sortions des engrais azotés de synthèse, et le mécanisme prévu par cet article est tellement compliqué que personne n’y comprend rien. Il a par ailleurs récemment fait l’objet de reculs de la part du Gouvernement.Cela permet de souligner un paradoxe : on ne peut pas demander aux agences de l’eau et à la politique environnementale de subventionner un certain nombre d’actions visant à réduire l’impact de […]
La parole est à M. Francis Dubois.
En matière de revanche, madame Batho, ne généralisez pas : pour ma part, et comme d’autres collègues, je n’étais pas député à l’époque.
L’amendement no 1180 de M. Loïc Prud’homme est défendu.
(L’amendement no 1180, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 2669 et 3680. La parole est à Mme Mathilde Hignet, pour soutenir l’amendement no 2669.
Cet amendement vise définir une stratégie foncière pour les territoires d’outre-mer – des agriculteurs et des agricultrices doivent pouvoir s’y installer. À La Réunion, par exemple, leur moyenne d’âge est de 53 ans : ils seront donc nombreux, là aussi, à partir à la retraite.On constate également que la population augmente plus vite, dans ces territoires, que ne s’accroît la production agricole. Votre ministère indique qu’il existe un important potentiel de remise en culture de certaines terres – en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion notamment. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Chantal Jourdan, pour soutenir l’amendement no 3680.
Cet amendement vise à mettre en place une stratégie foncière spécifique à chaque territoire d’outre-mer afin d’assurer l’objectif de renouvellement des générations. On constate un véritable désordre foncier, qui bloque les transmissions, et la prolifération des terres dites incultes, qui pourraient être requalifiées ou revalorisées en terres agricoles.
Quel est l’avis de la commission ?
Vous souhaitez une stratégie foncière pluriannuelle dans chaque territoire d’outre-mer. Je vous renvoie au rapport très complet rédigé par Stéphane Artano, Vivette Lopez et Thani Mohamed Soilihi au nom de la délégation sénatoriale aux outre-mer, en date du 28 juin 2023, qui préconise une stratégie foncière autour de quatre actions : sauvegarder les terres agricoles déjà cultivées ; reconquérir les terres agricoles exploitables ; transmettre pour assurer la relève des générations ; aménager dans une perspective d’agriculture durable.Je suis donc d’accord sur le principe de la mise en œuvre d’une stratégie foncière outre-mer mais la protection de la souveraineté alimentaire de ces territoires – incluant l’agriculture et, donc, la politique foncière – est acquise dans le cadre de l’article 1er du projet de loi. Je vous demanderai de bien vouloir retirer votre amendement.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Chaque territoire ultramarin a une histoire foncière et agricole singulière, même si les outils de droit commun s’appliquent : contrôle des structures, commissions départementales de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), statut du fermage.En outre, Mayotte ou la Nouvelle-Calédonie, par exemple, disposent d’outils originaux, spécifiques, placés pour certains sous le contrôle de l’État.Enfin, certains territoires disposent également de schémas d’aménagement régionaux qui visent précisément à proposer une vision stratégique pour le territoire. En l’état du droit, rien n’empêche donc les collectivités locales ultramarines de renforcer les aspects fonciers dans ces documents. Avis défavorable.
(Les amendements identiques nos 2669 et 3680 ne sont pas adoptés.)
La parole est à M. Sébastien Jumel, pour soutenir l’amendement no 3118.
Les secteurs agricole et agroalimentaire occupent un poids relatif important dans les économies d’outre-mer en matière d’emplois, de contribution à l’activité productive locale ou de recettes d’exportation. À ce titre, le programme 149, Compétitivité et durabilité de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la forêt, de la pêche et de l’aquaculture, contribue aux objectifs stratégiques de développement de l’agriculture ultramarine.Notre collègue Marcellin Nadeau, premier signataire de l’amendement, souhaite accélérer sa mise en œuvre effective, en ciblant l’impératif de souveraineté alimentaire dans les collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution, en grand retard, alors que, plus que partout ailleurs, en raison du caractère îlien, vulnérable et contraint de ces territoires, souveraineté agroalimentaire et souveraineté énergétique sont des nécessités vitales pour […]
Quel est l’avis de la commission ?
Vous souhaitez que le projet de loi prenne spécifiquement en compte certaines actions dans le cadre de la stratégie consistant à faire bénéficier les collectivités d’outre-mer de la souveraineté alimentaire.Il est vrai que les territoires d’outre-mer présentent des spécificités agricoles, du fait de leur caractère insulaire et éloigné : productions spécifiques, rendements inférieurs à ceux de métropole pour des cultures ou élevages comparables, aléas climatiques plus importants, taille des parcelles et des exploitations moindre qu’en métropole.L’importance des territoires d’outre-mer et la prise en compte de leurs spécificités figurent déjà au dernier alinéa du II de l’article 1er, dans la rédaction que nous avons adoptée hier soir.L’article L. 1 A du code rural et de la pêche maritime dispose désormais que « les objectifs de politiques publiques susmentionnés devront tenir compte et […]
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Je comprends l’intention de l’amendement – tenir compte des spécificités ultramarines. Je vous rappelle que nous y avons donné droit hier en adoptant un sous-amendement que vous souteniez. Le principe est donc désormais inscrit à l’article 1er.Les spécificités ultramarines sont bien réelles, vous avez raison. Dans ces territoires, il ne s’agit pas seulement de souveraineté mais d’autonomie alimentaire, compte tenu de la distance et des surcoûts.En revanche, je vous demanderai de bien vouloir retirer cet amendement – à défaut, mon avis sera défavorable – car le programme 149 vise déjà à améliorer notre autonomie alimentaire, territoire par territoire et secteur par secteur. Je pense également au plan de souveraineté pour la filière fruits et légumes, qui prévoit des moyens spécifiques pour l’outre-mer.
La parole est à M. Sébastien Jumel.
Je prends acte de vos explications mais, n’étant pas l’auteur de cet amendement, je le maintiens.
La parole est à Mme Mathilde Hignet, pour soutenir l’amendement no 2788.
Nous souhaitons que le Gouvernement soumette une présentation de la trajectoire sur cinq ans du programme national de développement agricole et rural (PNDAR) et dresse un bilan de ce programme pour l’année passée.Le compte d’affectation spéciale pour le développement agricole et rural (Casdar) s’élève chaque année à environ 147 millions d’euros. Il est alimenté par la taxe collectée par l’Agence de développement agricole et rural (Adar), dite taxe Adar, dont le montant varie en fonction du chiffre d’affaires de l’exploitation.Ce compte d’affectation alimente le PNDAR qui finance les chambres d’agriculture, les instituts techniques agricoles (ITA) et les organismes nationaux à vocation agricole et rurale (Onvar).Le PNDAR oriente directement le développement agricole pour les années à venir et représente une somme importante. Il est donc nécessaire que les parlementaires l’examinent et […]
Quel est l’avis de la commission ?
Vous souhaitez que le Gouvernement présente le PNDAR au début de chaque programmation puis, chaque année, une trajectoire de financement. Il est vrai que ce programme est un document important puisqu’il permet d’orienter les actions des acteurs du développement agricole et rural vers des objectifs prioritaires pour notre agriculture. L’instrument financier de ce programme national – le Casdar – est bien connu dans le milieu rural.Le PNDAR est établi pour cinq ans par le ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire et fait, alors, l’objet d’une présentation au Parlement. Il n’est pas nécessaire d’inscrire le principe d’un bilan annuel dans la loi puisque nous pouvons auditionner le ministre régulièrement afin de disposer d’un état des lieux et de nous assurer que la trajectoire prévue est bien la bonne. Je demande le retrait de votre amendement.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Votre amendement est satisfait par la procédure en vigueur. Je vous demande de retirer votre amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.
La parole est à M. Dominique Potier.
Je soutiens la proposition de notre collègue Mathilde Hignet. C’était le sens de notre amendement, tombé, à la suite de l’adoption de l’amendement Alfandari réécrivant l’article 1er, qui prévoit une évaluation tous les dix ans. Cela nous semble trop long au regard des impératifs démographique et climatique.J’en profite pour vous présenter mes excuses, madame la présidente, puisque c’est bien une erreur rédactionnelle qui a fait tomber notre amendement.Notre proposition tendait à réviser régulièrement le plan stratégique national (PSN) afin de prendre en compte des objectifs que nous nous sommes fixés en matière de souveraineté et d’agroécologie par exemple, et de différencier les aides en fonction de la surface, en privilégiant les soixante-neuf premiers hectares, puisque c’est la surface moyenne des exploitations agricoles de notre pays. Cela permettrait d’appuyer puissamment notre […]
La parole est à Mme Mathilde Hignet.
Même s’il vous semble satisfait, rien n’empêche d’adopter cet amendement puisqu’il s’agit d’un projet de loi d’orientation qui, par essence donc, vise à inscrire des orientations dans la loi.
(L’amendement no 2788 est adopté.) (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Hélène Laporte, pour soutenir l’amendement no 3127.
Il s’agit d’un amendement d’appel sur deux sujets : l’étiquetage des produits et les marchés publics. Nous plaidons pour une véritable traçabilité alimentaire. Ainsi, quand vous allez faire vos courses, il est très difficile de différencier une tomate du territoire marmandais, du Lot-et-Garonne ou de France, d’une tomate du Maroc.En ce qui concerne les marchés publics, quand les poulets consommés en France sont issus de l’importation à 50 %, cette proportion monte à 70 % pour l’alimentation hors domicile, qui inclut la restauration assurée dans tous les établissements et institutions publics – comme les écoles, les hôpitaux ou les Ehpad.Comment pouvons-nous être crédibles dans notre stratégie de « Manger français » quand, en l’état du droit, les collectivités publiques ne peuvent favoriser la production alimentaire nationale dans leurs marchés ?Le droit européen des marchés publics est […]
Quel est l’avis de la commission ?
Vous plaidez pour une loi de patriotisme économique. Les deux sujets que vous évoquez posent problème : instaurer une priorité d’accès aux marchés publics au bénéfice des agriculteurs français serait contraire au droit de la concurrence, notamment au droit européen ; l’étiquetage de l’origine des produits relève de la réglementation européenne, et toute modification doit faire l’objet d’une concertation au niveau européen. Avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Même avis.
La parole est à M. Grégoire de Fournas.
Comme hier, chaque fois que nous proposons des mesures de bon sens – il s’agit tout de même de favoriser l’agriculture française dans les marchés publics –, vous brandissez le droit européen !Il faut mener ce combat à Bruxelles, et vous ne voulez pas le mener. Selon vous, le droit de la concurrence nous interdirait toute mesure de ce type. Faut-il donc laisser les produits ukrainiens, et ceux du marché unique, entrer en France sans rien faire ? Vous ne voulez pas bouger car mener un bras de fer avec la Commission serait antieuropéen.Il va tout de même falloir qu’à un moment vous preniez votre bâton de pèlerin et votre courage à deux mains pour défendre les agriculteurs à Bruxelles car ça commence à faire beaucoup ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
La parole est à M. Frédéric Descrozaille.
Ce que vous venez de dire est faux, cher collègue. Il ne s’agit pas d’un combat contre la Commission, mais d’un combat de conviction avec nos vingt-six partenaires européens. Le droit de la concurrence nous protège tous puisque nous exportons également des produits agricoles.Vous avez raison, il faut mener le combat pour que 20 à 30 % de la commande publique, en valeur ou en volume, soient réservés à des producteurs et fournisseurs locaux. Le groupe Renew a bataillé sur cette question. (« Oh ! » sur les bancs du groupe RN.)Parfaitement ! Mais c’est un long travail de conviction !
Et ça marche bien !…
Vous avez tort quand vous visez la Commission. Elle traduit seulement les inconséquences des États membres et nos propres contradictions.Si nous menons ce travail de conviction, c’est par passion du compromis. Il vaut mieux surmonter ce qui nous divise par la délibération, plutôt que par les frontières et les armes ; c’est cela l’histoire de l’Europe ! (Protestations sur les bancs du groupe RN.)
N’importe quoi ! Arrêtez !
Vous n’adhérez pas à cette vision puisque vous accusez la Commission et l’Europe de tous les maux. Mais ne dites pas que nous refusons de mener ce combat. C’est faux ; je le répète, nous plaidons pour qu’une partie de la commande publique puisse être réservée à des produits locaux. C’est un travail de longue haleine puisqu’il s’agit de modifier les règles du marché commun. (M. Jean-Luc Fugit applaudit.)
La parole est à Mme Hélène Laporte, pour soutenir l’amendement no 3128.
C’est également un amendement d’appel : nous proposons d’inscrire dans ce texte un objectif de rééquilibrage des politiques budgétaires en faveur des campagnes françaises et du monde agricole. Comme nous le disons depuis plusieurs décennies, les territoires perdus de la République ne sont pas les quartiers populaires des grandes agglomérations – contrairement à ce que prétendent systématiquement nos adversaires. Ces quartiers ont bénéficié de milliards d’euros qui n’ont jamais réglé leurs problèmes faute de s’attaquer à leur source. En revanche, les campagnes françaises et le monde agricole pâtissent d’un défaut d’investissement public ; nos agriculteurs sont les premiers à en faire les frais. Avec eux, c’est la souveraineté alimentaire française qui est touchée.
(L’amendement no 3128, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
Merci pour ces avis détaillés !
L’amendement no 3731 de M. Antoine Villedieu est défendu.
(L’amendement no 3731, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
La parole est à M. David Taupiac, pour soutenir l’amendement no 3966.
Notre débat porte sur l’agriculture mais, en France, il serait plus pertinent de parler d’agricultures au pluriel. Les territoires du pourtour méditerranéen sont en première ligne face au changement climatique : ils connaissent des difficultés d’accès à l’eau et le dérèglement climatique les expose de plus en plus fréquemment à des aléas qui gagnent en importance. Ainsi, depuis trois ou quatre ans, les cultures viticoles de plusieurs départements ont subi le gel, la grêle, le mildiou et la sécheresse. Les difficultés sont réelles : serons-nous en mesure de pérenniser une pratique agricole dans ces zones soumises à un climat méditerranéen ? D’autant plus que les projections montrent qu’elles s’étendront vers le nord de la France dans les années à venir.Une expérimentation s’avère donc nécessaire. Nous proposons qu’elle soit menée pendant trois ans dans cinq départements du pourtour […]
Quel est l’avis de la commission ?
Par cet amendement, vous souhaitez qu’un dispositif résilient en faveur de l’agriculture méditerranéenne soit expérimenté dans cinq départements du pourtour méditerranéen.L’agriculture est une activité économique de première importance en région Occitanie, qui compte plus de 60 000 exploitations agricoles et 3 millions d’hectares – ce qui en fait l’une des premières régions agricoles de France. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) est également fortement marquée par l’agriculture : on y recense plus de 22 000 exploitations agricoles et 284 produits labellisés. Des problèmes agricoles communs à ces deux régions ont été identifiés, notamment par les participants au Salon Med’Agri qui s’est tenu en janvier 2023 : ils ont constaté des difficultés spécifiques, par exemple en matière de pluviométrie.Des expérimentations peuvent être menées mais doivent-elles vraiment être inscrites […]
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Merci, monsieur le député Taupiac, de mettre en avant les difficultés que rencontrent les exploitants agricoles non seulement sur le pourtour méditerranéen, mais aussi dans le reste de la zone soumise à un climat méditerranéen. Vous parlez de cinq départements ; je ne suis pas sûr de comprendre auxquels vous pensez, puisque la rive méditerranéenne en compte un peu plus.
Les cinq plus touchés !
Par ailleurs, nous avons devancé votre appel : dans les prochaines semaines, nous présenterons un plan d’accompagnement de l’agriculture méditerranéenne doté de 50 millions d’euros. Même si nous partageons votre constat, nous pensons que le temps n’est plus aux expérimentations – il faut aller au-delà. Notre plan rejoint toutefois votre proposition sur plusieurs points – accès à l’eau, résilience des modèles, pratiques agroécologiques, évolution des cultures. Il faut aussi réorganiser les filières pour tenir compte des évolutions de l’assolement.C’est donc un projet global que nous vous présenterons prochainement. Nous procéderons sans doute territoire par territoire, pour prendre en compte les spécificités de chaque maillon : les intercommunalités, les régions et les autres collectivités locales. En effet, le plan touche à la question des circuits locaux, à l’économie de filières, à la […]
La parole est à M. Dominique Potier.
Monsieur le ministre, vous avez raison ; tous les syndicats que nous avons auditionnés en commission s’accordent sur le fait que l’agriculture méditerranéenne représente un enjeu spécifique, y compris au-delà de la région Occitanie. On ne peut qu’être d’accord avec le collègue Taupiac, mais je salue les travaux engagés, qui comportent une dimension de coopération méditerranéenne : nous avons beaucoup à apprendre de nos voisins méditerranéens, notamment des pays du Maghreb. Leur avance en matière d’agronomie et d’économie ouvre la voie à une transmission de technologies et de savoir-faire.Inscrire ces préoccupations dans la loi me paraît sensé. Il ne s’agit pas de rendre la loi bavarde – c’est un enjeu actuel, tant macro et microéconomique que d’aménagement du territoire. Il faut aussi penser à l’effet rebond : certains utilisent la crise climatique qui touche déjà l’agriculture […]
La parole est à M. Dominique Potier, premier orateur inscrit sur l’article 1er bis.
Après l’intérêt général majeur, voici les intérêts fondamentaux de la nation. Cette proposition dont on connaît l’origine idéologique – elle vient du groupe Les Républicains – a été adoptée à notre grande surprise avec le soutien du Gouvernement et de la majorité. L’intérêt général majeur était un objet juridique non identifié ; l’article 1er bis pourrait être plus dangereux. De deux choses l’une : soit l’ajout est insignifiant, et nous n’avons pas besoin d’une loi bavarde ; soit il a des implications juridiques, et l’on touche à des enjeux de défense et de sécurité nationales. En effet, dans la loi, porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, c’est-à-dire révéler des secrets qui mettent en péril l’intégrité du pays ou sa sécurité, relève de la trahison.
Cela vise les ingérences étrangères !
Monsieur le ministre, chers collègues, nous partageons tous ici je crois l’espoir que les débats portant sur l’agriculture, notamment les débats locaux, soient apaisés, fondés sur la science, démocratiquement organisés et qu’ils ne s’enlisent pas. Mais à partir du moment où l’on considère que porter une parole critique sur les dérives de tel ou tel modèle agricole relève du crime de guerre, on est dans la démagogie, le mensonge ou la forfaiture. En tout cas, on n’est plus à la hauteur d’un débat digne de l’Assemblée nationale. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Très bien !
La parole est à M. Jean-Claude Raux.
Je rejoins notre collègue Dominique Potier pour dénoncer un article vide ou dangereux – bel exemple de ces articles dont Les Républicains ont le secret. Il est vide puisque l’article L 410-1 du code pénal compte déjà au nombre des intérêts fondamentaux de la nation l’équilibre de son milieu naturel, son environnement et les éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique. Que l’on place l’agriculture du côté de l’équilibre des milieux naturels, de la recherche agronomique ou des activités économiques, elle fait donc déjà partie des intérêts fondamentaux de la nation.Cet article est aussi dangereux car les intérêts fondamentaux de la nation sont à mettre en rapport avec la défense nationale. On dit de quelqu’un qui trahit la nation en transmettant des documents secret-défense à un pays étranger qu’il s’en prend aux intérêts fondamentaux de la nation.Contester ou même […]
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
Cet article est intéressant, et la présentation qu’ont faite nos deux collègues de l’article L. 410-1 du code pénal incomplète. Cet article précise bien que relèvent des intérêts fondamentaux de la nation l’indépendance et l’intégrité du territoire, sa sécurité, la forme républicaine de ses institutions – c’est explicite –, ainsi que les moyens de sa défense et de sa diplomatie – le régalien pur et dur. Mais il ne s’arrête pas là : il fait mention de l’équilibre du milieu naturel de la France et de son environnement, et des éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique et de son patrimoine culturel. On ne peut donc pas dire que, dans notre droit, les intérêts fondamentaux de la nation sont circonscrits à des sujets purement régaliens – ils comprennent aussi des éléments sociaux et sociétaux. Ajouter l’agriculture après la mention des intérêts économiques est cohérent […]
La parole est à Mme Mathilde Hignet.
Cet article long de deux lignes, qui pourrait sembler ridicule, est dangereux et disproportionné.
Elle a raison !
Issu des bancs LR…
Que venons-nous faire là-dedans ?
…et RN, il conduirait à faire figurer au rang des intérêts fondamentaux de la nation le potentiel agricole. Ce dernier serait alors protégé par la section du code pénal relatif aux crimes et délits contre la nation. Devra-t-on alors envisager la condamnation de celles et ceux qui votent des accords de libre-échange détruisant l’agriculture française ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – Claude Raux applaudit également.)
Mettez vos fiches à jour !
La parole est à M. Sébastien Jumel.
Je fais partie de ceux qui considèrent que défendre nos agriculteurs, c’est impérieux et que défendre la souveraineté alimentaire, c’est vital. Je considère toutefois que vous vous contentez d’effets de manche, alors qu’en matière d’actes concrets, vous êtes aux abonnés absents. En effet, si l’on considère que la souveraineté alimentaire et l’agriculture sont des intérêts majeurs, il faut s’opposer aux traités de libre-échange ! Il faut mettre en place des outils fiscaux pour taxer les produits qui ne respectent pas les normes sociales, environnementales et sanitaires lorsqu’ils franchissent nos frontières ! Or, en bons libéraux que vous êtes, vous refusez d’actionner ces leviers. En contrepartie, vous faites des effets de manche et vous vous contentez d’un blabla inefficace, avec les dangers que cela comporte.Si seule l’opposition tenait ce discours, on pourrait le mettre sur le compte […]
Sur les amendements n° 38 et identiques, je suis saisie par les groupes Renaissance et Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 38, 2671 et 4199, tendant à supprimer l’article. La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 38.
Permettez-moi de répondre à M. Charles Sitzenstuhl au sujet de l’article 410-1 du code pénal. En vigueur depuis le 1er mars 1994, il définit les intérêts fondamentaux de la nation, qui recouvrent différents aspects de la défense nationale, tels que la diplomatie, l’intégrité territoriale, les atteintes à la souveraineté et la lutte contre le terrorisme. Les intérêts fondamentaux de la nation incluent également le respect des institutions, ainsi que l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement, les éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique, et de son patrimoine culturel.Monsieur le ministre, pouvez-vous nous présenter la jurisprudence en la matière ? À quel moment quelqu’un a-t-il été accusé de mettre en cause l’intégrité de la recherche scientifique, des équilibres naturels ou de l’équilibre sociétal de notre pays ? La mesure proposée est si […]
La parole est à Mme Manon Meunier, pour soutenir l’amendement no 2671.
Je souscris aux propos de nos collègues de gauche. Cet article vise à modifier un article du code pénal figurant dans le Livre IV relatif aux crimes et délits perpétrés contre la nation, l’État et la paix publique. La disposition proposée est complètement disproportionnée, puisqu’elle vise à placer le potentiel agricole sur le même plan que la défense.Je rejoins notre collègue Dominique Potier : cet article est démagogique. Soit il s’agit d’une prise de position électoraliste et démagogique, visant à faire croire au secteur agricole qu’il est placé au-dessus des autres et que l’on fait des choses pour lui – alors que certains juristes expliquent que cela ne servira à rien. Soit il s’agit de la continuité de votre politique : l’unique solution que vous proposez à tous les problèmes, c’est la répression. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)Soit cet article sera inutile […]
Ça m’étonnerait qu’ils brûlent les véhicules des gendarmes !
Il est vrai que suivant leur camp, vous ne les considérez pas de la même manière.Or ce n’est pas ce qu’attend le monde agricole. Dans ce projet de loi ne figurent aucun prix ni aucune volonté de s’opposer aux traités de libre-échange : il ne contient que des propositions symboliques, alors que les agriculteurs qui ont manifesté en janvier demandaient des solutions concrètes. Quand ils prendront connaissance du contenu de ce projet de loi, je ne pense pas qu’ils vous remercieront et qu’ils applaudiront des deux mains. (M. Charles Sitzenstuhl s’exclame.) Le monde agricole mérite mieux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme Delphine Batho, pour soutenir l’amendement no 4199.
Pourrions-nous faire preuve d’un peu de sérieux sur des sujets de cette gravité ? L’article 410-1 du code pénal n’a jamais été modifié depuis sa codification en 1994. Il porte sur la permanence des institutions républicaines et sur la défense de la nation.Vous faites comme si cet article du code pénal était isolé, mais à sa suite, une section détaille les crimes correspondants aux atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation, c’est-à-dire l’ingérence, la trahison, l’espionnage et l’intelligence avec une puissance étrangère. Autant de crimes graves, qui sont d’actualité dans le contexte géopolitique et international actuel. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES, LFI-NUPES et SOC.)Et vous voulez modifier ces dispositions, comme si elles n’avaient pas d’importance, pour ajouter « notamment l’agriculture » ! Le Conseil d’État a fait des dissertations sur le sens du mot […]
Très bien !
Quel foutage de gueule ?
Quel est l’avis de la commission ?
Ces amendements tendent à supprimer l’article 1er bis, qui vise à mentionner l’agriculture dans l’article 410-1 du code pénal relatif aux intérêts fondamentaux de la nation. J’y suis défavorable pour deux raisons. (L’oratrice marque une pause.)
Sortez les rames !
Quel suspense !
Ô temps, suspends ton vol !
Je viens d’entendre une expression assez choquante, c’est pourquoi je me permets de prendre du temps – le temps que mérite l’agriculture.Premièrement, vous n’indiquez nullement les raisons…
Mais si !
…pour lesquelles vous souhaitez supprimer cette référence dans le code pénal. En l’état, il paraît difficile de les voter.
Vous ne nous avez pas écoutés !
Si, je vous ai écoutés et je vous ai lus également. Deuxièmement, contrairement à ce que vous laissez entendre dans vos exposés sommaires, l’agriculture n’est introduite que de façon accessoire dans l’article 410-1 du code pénal.
L’agriculture est accessoire maintenant !
C’est bien le problème !
L’agriculture y est introduite comme n’étant que l’un des aspects du potentiel économique de la France. Il s’agit de faire écho au dispositif de l’article L. 1 A du code rural et de la pêche maritime, qui spécifie justement que la souveraineté alimentaire et la souveraineté agricole de notre pays contribuent – je l’entends avec un « c » majuscule –…
Les verbes ne prennent pas de majuscule !
…à défendre ses intérêts fondamentaux. Avis défavorable. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)
Révisez votre grammaire !
C’est ça, votre réponse ?
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Vous semblez découvrir que la culture et le champ économique, entre autres sujets, font partie des intérêts fondamentaux de la nation.
Ben voyons !
Soit l’article 1er bis est absurde, soit il ne l’est pas, mais il est curieux de considérer qu’ajouter l’agriculture serait inutile, alors qu’il est pertinent d’y faire figurer l’économie.Ensuite, il me semble utile d’ajouter « notamment agricole » à cet article du code pénal. Cette adjonction aurait dû être effectuée en 1994, mais l’enjeu de l’arme alimentaire n’a émergé que récemment dans le champ géopolitique.Il y a dix ans, les acteurs mondiaux et européens ne recouraient pas à l’arme alimentaire les uns contre les autres. L’alimentation et l’agriculture sont devenues des armes au service de la déstabilisation des territoires, s’attaquant par conséquent aux intérêts fondamentaux des nations. Aussi ajouter au domaine économique la dimension agricole, qui doit faire l’objet d’une vigilance particulière, me paraît-il utile.Certains acteurs géopolitiques font de l’agriculture une arme […]
Et économique !
La Russie en fait partie, entre autres, mais ne vous inquiétez pas, d’autres pays y viendront. C’est pourquoi cette adjonction est utile. Avis défavorable.
La parole est à M. Pascal Lavergne.
Permettez-moi d’invoquer un philosophe Lot-et-Garonnais, Michel Serres. Rassurez-vous, il n’est pas affilié à la Coordination rurale, il se place à un tout autre niveau. (Exclamations sur divers bancs.)
Pourquoi préciser : « Rassurez-vous » ?
Incroyable !
Quelle honte !
Un peu de respect pour les agriculteurs !
Michel Serres considère l’alimentation et la vie comme sacrées ; il donne une importance particulière à ceux qui pratiquent l’agriculture, à ce que représente l’agriculture comme potentiel de vie et, j’y insiste, à sa dimension sacrée. Il est important de pouvoir le faire.
Quel mépris !
La parole est à M. Grégoire de Fournas.
Monsieur Lavergne, nous relaierons auprès de la Coordination rurale vos propos pour le moins déplacés…
Ce n’est pas bien de rapporter !