Séance du 17 mars 2025 /// n°132 /// 365 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2024-2025

Séance du 17 mars 2025 — 132e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Xavier Breton.

365prises de parole
52orateurs
7points à l'ordre du jour
1scrutins

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ScrutinVoixRésultat
1039 la motion de rejet préalable, déposée par Mme Mathilde Panot, de la proposition de loi organique fixant le statut du procureur national anti-stupéfian… 23 / 178 rejeté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 365 — page 1 / 2.

Xavier Breton president · DR #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)

Discussion, après engagement de la procédure accélérée, d’une proposition de loi et d’une proposition de loi organique adoptées par le Sénat

Xavier Breton president · DR #7

L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic (nos 907, 1043 rectifié) et de la proposition de loi organique fixant le statut du procureur de la République national anti-criminalité organisée (nos 908, 1044). La conférence des présidents a décidé que ces deux textes donneraient lieu à une discussion générale commune. Sur la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, à la demande du gouvernement et en application de l’article 95, alinéa 4, du règlement, l’Assemblée examinera par priorité, à l’issue de la discussion et du vote sur l’article 2, les articles 23 quinquies, 23 et 23 bis A, puis l’article 14, les articles 8, 8 bis et 8 ter, l’article 16, les amendements portant article additionnel après ces articles, ainsi que l’article 24 et les amendements retenus par le gouvernement portant article […]

Présentation commune

La parole est à M. le ministre d’État, garde des sceaux, ministre de la justice.

Gérald Darmanin ministre d’État, garde des sceaux, ministre de la justice · EPR #10

Je suis heureux de soutenir cette initiative parlementaire avec le ministre d’État, ministre de l’intérieur et avec la ministre chargée des comptes publics. La présente proposition de loi, déposée au Sénat par le sénateur socialiste Jérôme Durain et son collègue du groupe Les Républicains, Étienne Blanc, permet à l’ensemble des services de l’État d’être bien mieux armés, bien plus rapides et efficaces contre le narcotrafic.La drogue, notamment de synthèse – je pense au fentanyl –, est la première cause de mortalité aux États-Unis. Elle déstabilise les États qui nous entourent, en particulier la Belgique et les Pays-Bas. Les stupéfiants et la masse d’argent immense que génère leur trafic représentent une menace pour la santé publique, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens, mais aussi pour la démocratie.

Eh oui !

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #13

Lorsque des journalistes, des avocats, des magistrats, des hommes et des femmes politiques, des douaniers, des policiers, des gendarmes sont assassinés, lorsque des menaces sont directement exercées sur les agents pénitentiaires ou sur les dirigeants, lorsque la corruption, en raison de la surface financière des organisations criminelles, s’insinue partout, jusqu’à ruiner l’autorité de l’État, nous nous devons de réagir. Remettre l’État à sa place et sectionner les têtes de cette hydre, les bras de la pieuvre du narcobanditisme, implique des moyens judiciaires, policiers, fiscaux.Voilà quelques années, notre pays s’est réveillé pour lutter contre le terrorisme. Je ne dis pas que nous ne faisions rien ou n’étions pas efficaces auparavant…

Jolie précaution !

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #16

…mais les autorités françaises ont dû s’adapter, notamment du fait de l’État islamique et d’Al-Qaïda. Le gouvernement d’alors, un gouvernement socialiste, a dû ainsi réorganiser les services de police – en créant la DGSI, la direction générale de la sécurité intérieure – et surtout les services judiciaires – en créant le Pnat, le parquet national antiterroriste. Si le parallèle avec la lutte contre la drogue n’est évidemment pas parfait, nous devons adopter une démarche similaire et nous inspirer de ce qui a fonctionné afin de créer des structures à même de nous aider à lutter contre un narcobanditisme qui tue davantage, si l’on se réfère au nombre d’homicides ou de règlements de compte qui y sont liés chaque année, que les attentats terroristes – lesquels n’en demeurent pas moins un sujet crucial pour les services de sécurité.Quatorze ans : c’est l’âge du plus jeune tueur à gages de […]

Il n’a pas toujours raison !

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #30

…tout en invitant le Parlement et moi-même à restreindre de quatre à deux ans – renouvelables – la durée d’affectation des détenus à ces quartiers de haute sécurité.

Au maximum !

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #32

Je serai donc favorable aux amendements qui iront dans ce sens.La création de ce régime de détention va de pair avec la réforme du statut des repentis, que je détaillerai à présent afin que la représentation nationale en saisisse la logique. Je salue d’ailleurs le travail des rapporteurs en cette matière éminemment morale, mais aussi pragmatique.Si l’Italie a inventé la mafia, elle a aussi inventé l’antimafia. Par un régime de détention sévèrement durci, semblable à celui que je vous propose, et par un statut de repenti applicable y compris aux crimes de sang – ce qui soulève d’importantes questions morales –, elle a mis fin à de très nombreuses organisations criminelles et à la série d’assassinats – une soixantaine – qui, après celui du juge Falcone, a ensanglanté l’Italie des années durant. Grâce à ces mesures, des personnes se sont mises à table, comme on dit : elles ont accepté de […]

Laissez-lui du temps pour qu’il puisse s’exprimer, quand même ! (M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur, sourit.) Ah, il est fort ce Gérald Darmanin !

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #38

Par ailleurs, une caractéristique importante du régime durci de détention tient à l’effacement de la distinction entre la détention provisoire et la condamnation définitive. C’est déjà le cas, puisque le régime carcéral ne change pas vraiment pour une personne qui se trouve condamnée après avoir été placée en détention provisoire – vous remarquerez d’ailleurs que M. Amra, bien qu’il soit toujours présumé innocent, se trouve en détention provisoire dans un établissement pour peine, en l’occurrence la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe. Dans la mesure où le régime de détention durcie s’appliquera aux personnes les plus dangereuses – notamment à ces jeunes qui, à l’âge de 20 ou 30 ans, continuent de vouloir commander leur organisation et des points de deal en faisant montre d’une grande violence –, il devra concerner à la fois celles condamnées définitivement et celles placées en […]

Sur ce sujet, il n’y a pas grand-chose dans le texte !

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #41

Le rapport du Sénat évoque entre 4 et 6 milliards d’euros d’argent liquide qui, chaque année, passe par des commerces licites et illicites et par des opérations de blanchiment, que nous peinons à suivre et pour lesquelles les instructions des magistrats, il faut bien le dire, ne sont pas toujours au rendez-vous. En effet, nous ouvrons peu d’enquêtes pour blanchiment à l’occasion d’enquêtes de saisie ; c’est cette pratique que le texte vise à changer.Il s’agit donc d’un texte très important, qui donne des moyens aux magistrats, aux agents pénitentiaires…

Non, le texte ne prévoit pas de moyens supplémentaires, c’est bien le problème !

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #44

…ainsi que des moyens pour lutter férocement et efficacement contre le narcotrafic. C’est un texte difficile qui, tout en préservant nos libertés, vise à protéger l’intégrité et la sécurité des agents publics, à commencer par celles des agents pénitentiaires. Mesdames et messieurs les députés, je voudrais – comme vous, j’imagine – avoir une pensée pour les agents qui sont morts ou ont été blessés à Incarville. Nous leur devons ce texte et ces dispositions. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LIOT.)

La parole est à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur.

Parlera-t-il aussi longtemps que Darmanin ?

Bruno Retailleau ministre d’État, ministre de l’intérieur #47

Jamais nous n’avons autant saisi de drogue : par centaines de kilos, par tonnes, ce week-end encore, sur l’A7 ou en pleine mer avec 6 tonnes interceptées par la marine nationale.

Mais que fait la police ?

Bruno Retailleau ministre d’État #49

Pour autant, jamais le prix du gramme de cocaïne n’a été aussi bas. Cela montre bien que ce que nous prélevons est plus que compensé par les arrivées massives de drogue dans notre pays. Les drogues, y compris les plus dures, sont désormais disponibles partout, en ville comme à la campagne,…

Il n’est pas là, Louis Boyard ?

Bruno Retailleau ministre d’État #51

…dans les outre-mer aussi, ces territoires traversés par les grandes routes de la drogue et qui rencontrent des problèmes spécifiques, notamment de pauvreté parmi la jeunesse. La drogue est disponible tout le temps, et pas seulement sur des points de deal : avec l’Uber shit, c’est la drogue qui vient désormais au consommateur.Nous faisons face à une double menace. Le narcotrafic, c’est d’abord la cause racine d’une hyperviolence, totalement débridée, partout en France. La seconde menace, c’est une menace existentielle, qui vise directement notre démocratie et les intérêts fondamentaux de la nation, notamment au moyen du couple corruption-violence. C’est pourquoi ce texte est un texte de combat, un texte refondateur qui doit vous permettre de voter l’arsenal à même de faire reculer le narcotrafic dans notre pays.Je le déclare très solennellement à la tribune de l’Assemblée nationale […]

C’est fini, la loi du talion !

Bruno Retailleau ministre d’État #55

Nous devons impérativement doter nos services et les forces de sécurité intérieure des armes dont ils ont besoin. Il s’agit d’un combat vital pour sauver des vies humaines, protéger ceux qui craignent de mourir parce qu’ils habitent des quartiers d’où ils ne peuvent déménager, protéger ceux qui démolissent leur vie dans les addictions, protéger ceux qui se perdent dans les trafics ou les règlements de compte.Nous constatons un effroyable rajeunissement de ceux qui tuent et de ceux qui sont tués. Le narcotrafic et la criminalité organisée créent à la fois des enfants soldats et des enfants victimes. Je me souviens de ce jeune de 15 ans, à Marseille, lardé de cinquante coups de couteau et brûlé vif. Voilà la perspective que les narcotrafiquants offrent à notre jeunesse : un chemin de larmes et un destin de sang.Notre réaction se doit d’être vigoureuse, car il y va de vies humaines autant […]

Ou des narco-ministres !

Bruno Retailleau ministre d’État #59

…la voie de la cartellisation s’ouvrira. Si nous laissons prospérer la corruption et les menaces, les intérêts fondamentaux de notre pays seront en danger.C’est pourquoi nous devons nous doter d’une nouvelle organisation, qui rende l’État beaucoup plus efficace, et d’un nouvel arsenal juridique. Face à des réseaux criminels parfaitement structurés, l’État demeure trop souvent éparpillé et cloisonné.

Et même départementalisé, grâce à Gérald Darmanin !

Bruno Retailleau ministre d’État #62

C’est la raison pour laquelle doivent être institués, dans le domaine judiciaire, comme l’a annoncé Gérald Darmanin, un parquet national et une chaîne judiciaire dédiés. Cela exige aussi, symétriquement, que le ministère de l’intérieur s’organise et se dote, comme en matière de lutte contre le terrorisme, d’un état-major à la fois permanent et interministériel. Cet état-major réunira en un même lieu, à Nanterre, l’ensemble des services de renseignement des quatre ministères concernés – intérieur, justice, finances et armées – et les services d’enquête. Cet état-major aura pour chef de file la direction nationale de la police judiciaire, qui traite actuellement 80 à 85 % des affaires de criminalité organisée. Cette organisation permettra de mieux coordonner l’État et, avec la justice, nous donnera davantage de force et d’efficacité.En outre, de nouvelles armes sont nécessaires pour […]

On va en parler !

Bruno Retailleau ministre d’État #65

…afin que, lorsqu’un caïd, qui pourrit la vie de toute une barre d’immeuble est condamné pour trafic de drogue,…

Pas condamné, suspecté ! Il ment !

Pour protéger les caïds, vous êtes toujours là, vous !

Bruno Retailleau ministre d’État #68

…le préfet puisse se substituer au bailleur social ou privé de l’appartement pour l’expulser de son logement. Il faudra aussi donner au préfet le pouvoir d’empêcher de paraître autour d’un point de deal des individus qui occupent l’espace public… (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

M. Sylvain Maillard #69

Très bien !

Bruno Retailleau ministre d’État #70

…ainsi que la capacité de fermer des commerces qui font office de blanchisseries d’argent sale.

Ce n’est pas dans le texte. Ne commencez pas ce petit jeu !

Bruno Retailleau ministre d’État #72

Je voudrais revenir sur certaines dispositions qui ont suscité – ce qui est parfaitement normal – des débats. Je me souviens de l’année 2015 et de celles qui ont suivi, lorsque nous avons dû légiférer face au terrorisme. À chaque fois, nous avons dû placer le curseur au bon niveau, entre les libertés et la sécurité publiques. C’est le travail des deux chambres du Parlement que de légiférer au niveau adéquat, de façon à concilier les impératifs de sécurité publique et de protection des libertés individuelles.Le premier point, qui sera sans nul doute très débattu, a trait aux techniques de renseignement et notamment à la question du chiffrement.

Oui, parlons-en !

Bruno Retailleau ministre d’État #75

Je parlerai clair : les écoutes de grand-papa, c’est terminé. Désormais, les grands criminels se servent massivement de messageries cryptées, qu’ils utilisent comme centrales d’achat, pour recruter des petites mains ou des tueurs à gages. Nous ne pouvons rester inactifs face à ce phénomène. L’État ne peut pas, dans cette lutte et ce combat si ardus, où des vies humaines sont en jeu, avoir une guerre de retard sur les pratiques de la criminalité organisée. (M. René Pilato s’exclame.)Nous partageons tous deux objectifs : mettre ces criminels hors d’état de nuire ; préserver les libertés publiques, qui nous sont chères. Ces deux impératifs sont parfaitement conciliables. La nouvelle rédaction que nous vous proposerons précisera les choses et permettra de faire en sorte que les backdoors,…

Vous ne pouvez pas parler français ?

Bruno Retailleau ministre d’État #78

…c’est-à-dire les portes de vulnérabilité, qui pourraient affaiblir le chiffrement, soient interdites. Nous ferons aussi en sorte que les solutions de renseignement ne soient pas proposées à l’insu des plateformes mais qu’une coopération ait lieu pour déterminer ces solutions progressivement, plateforme par plateforme,…

Ça n’existe pas, techniquement !

Bruno Retailleau ministre d’État #80

…en conciliant la sécurité publique et les libertés. C’est un point fondamental : ou nous laissons nos services aveugles, ou nous tentons de concilier ce qui est conciliable. Nous pouvons trouver une solution sans avoir à sacrifier la sécurité ou la liberté.Une autre mesure a été beaucoup débattue : celle du dossier coffre, qu’il convient désormais d’appeler le « procès-verbal distinct ». Je veux rendre hommage au rapporteur Vincent Caure : il a beaucoup travaillé à une nouvelle mouture qui, je pense, sera satisfaisante.

Non !

Bruno Retailleau ministre d’État #83

Le Conseil d’État, que nous avions saisi, a rendu son avis, le 13 mars, dans sa forme la plus large et solennelle, puisqu’il a été délibéré en assemblée générale.

Ce n’est pas lui qui fait la loi !

Bruno Retailleau ministre d’État #85

Je rappelle qu’il s’agit, avec cette mesure, de faire en sorte que les criminels n’aient pas accès aux noms des enquêteurs qui ont directement permis la pose de certaines techniques, ou aux noms de ceux qui les y ont aidés. Si les noms sont dévoilés, des personnes sont menacées et des vies humaines sont en danger. On peut, là encore, concilier les priorités.Le Conseil d’État a reconnu qu’il n’y avait là rien de nouveau dans notre droit : le témoin anonyme existe depuis plus de vingt ans et la géolocalisation depuis plus de dix ans. Il a également reconnu la constitutionnalité du dispositif, en se référant à la décision du Conseil constitutionnel du 30 mars 2018, et a indiqué qu’elle était conforme à l’arrêt rendu en 2006 par la CEDH. Il a ajouté que les renseignements obtenus sans que soient révélés les noms, les lieux et les techniques utilisées ne pourront pas être utilisés comme […]

Bruno Retailleau ministre d’État #88

…quand des vies humaines sont en jeu. Il y a là un élément décisif à l’établissement de la proportionnalité de cette mesure, qui permet de concilier les droits de la défense, le principe du contradictoire avec la protection de l’intégrité physique des enquêteurs.Ce texte sera fondamental. Gardez à l’esprit que ces organisations criminelles tuent et torturent.

Eh oui !

Bruno Retailleau ministre d’État #91

Le parallèle a souvent été fait avec la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme, depuis les attentats perpétrés à Toulouse et à Montauban par Mohamed Merah, a tué 174 personnes ; les narcotrafiquants en ont tué 104 dans la seule année 2024. En trois ans, ils ont fait plus de victimes que le terrorisme depuis 2012. Cela exige de nous un sursaut, que les Français, pour leur sécurité, appellent de leurs vœux. Nos services ne seront pas condamnés à l’immobilisme et à l’impuissance si nous répondons à cet appel au terme d’un débat nourri, légitime…

C’est mal parti !

Bruno Retailleau ministre d’État #93

…et qui permettra, avec fermeté et détermination, de faire reculer la grande criminalité et le narcotrafic. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

Quatre minutes de moins que Gérald !

La parole est à Mme la ministre chargée des comptes publics.

Amélie de Montchalin ministre chargée des comptes publics · LaREM #96

La proposition de loi des sénateurs Jourda, Blanc et Durain répond à une urgence nationale, qui préoccupe tous les élus, de territoires urbains ou ruraux, et inquiète l’ensemble de nos concitoyens. Cette urgence, c’est celle de la lutte contre les fléaux du narcotrafic et de la criminalité organisée. Je remercie très sincèrement les sénateurs de cette initiative et je veux souligner que le gouvernement soutient pleinement ce combat, dont il a fait une priorité – et même une cause d’intérêt national. Dès sa déclaration de politique générale, le premier ministre en a souligné l’urgence.Chaque jour, l’actualité nous montre combien est pressante la menace de la criminalité organisée. Elle enrôle notre jeunesse, gangrène notre économie. Elle menace de corrompre nos institutions, les agents publics, les personnels des entreprises de logistique. Elle fragilise, au bout du compte, notre contrat […]

Pour faire la guerre !

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #101

…c’est particulièrement intolérable. De la bonne gestion de nos ressources dépend aussi notre crédibilité vis-à-vis de nos partenaires européens et internationaux.Face aux criminels, notre main ne doit pas trembler. Nous devons nous munir des outils adaptés à une lutte contre des trafiquants et des réseaux qui ne connaissent, eux, aucune limite morale ou financière. Les masses d’argent qu’ils brassent leur procurent une capacité d’action quasiment à la hauteur de celle des États, avec des moyens colossaux de transport, de communication, de dissimulation et de défense. Face à l’amplitude de ces trafics et à leur montée en puissance, l’État, dans toutes ses dimensions – judiciaire, de contrôle, de détection ou de coercition – ne peut rester désarmé. Il doit adapter ses outils, ses pouvoirs, ses moyens d’investigation et donc son cadre législatif, garantie de notre État de droit.L’ensemble […]

Bravo les douanes !

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #106

Je veux également saluer la direction générale du Trésor, l’Office national antifraude (Onaf), la direction générale des finances publiques (DGFIP), l’Agence française anticorruption ou encore l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) qui, chacun dans son domaine, luttent dans le silence et dans l’ombre pour la disparition de ce fléau.

Quand vous ne leur enlevez pas des moyens !

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #108

Grâce à son positionnement privilégié en matière de surveillance et de sécurisation des frontières extérieures de l’Union européenne, à l’instar des autres douanes européennes, la douane est à l’origine de 60 à 75 % des saisies de stupéfiants, toutes administrations confondues.

Mais que fait la police ?

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #110

Elle collabore avec les services de police judiciaire et l’autorité judiciaire, et inscrit son action dans le cadre interministériel du plan national de lutte contre les stupéfiants.Je veux vous rappeler quelques événements récents, afin que nous prenions tous bien conscience de l’ampleur de cette menace, qui n’a rien de fictif. À Dunkerque, il y a quelques jours, c’est un conteneur de 10 tonnes de cocaïne qui a été saisi.

Encore les douanes !

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #113

On a saisi, il y a deux jours, 826 kilogrammes de cocaïne sur l’autoroute A7 et, il y a quelques heures, quelques kilogrammes d’héroïne laissés sur un bas-côté. Nous devons beaucoup à ces douaniers qui, à chaque fois, risquent leur vie.L’argent du trafic et le produit de son blanchiment sont très vite envoyés à l’étranger. Tracfin a donc pour mission d’identifier les avoirs criminels des têtes de réseau, qu’ils se trouvent en France ou non, pour que nous puissions rapidement saisir leurs comptes bancaires et révéler les activités économiques des groupes criminels. Depuis septembre 2023, grâce à l’action de Tracfin et des parquets, 40 millions ont été saisis sur les comptes de société « lessiveuses ».

Ce n’est pas avec des fermetures administratives à la mords-moi le nœud qu’on va résoudre le problème !

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #116

En 2024, le service a pu mettre à jour des réseaux structurés agissant bien au-delà des frontières françaises. L’Onaf, en 2024, a saisi 600 millions d’euros au cours de toutes ses enquêtes en matière de fraude aux aides publiques – fraudes trop souvent liées, vous le savez, à la criminalité organisée.La présente proposition de loi, issue d’un travail transpartisan remarquable mené par les sénateurs Jourda, Blanc et Durain à la suite des conclusions de la commission d’enquête sur l’impact du narcotrafic en France, nous permettra de nous fixer les objectifs les plus ambitieux. Sa grande vertu est de donner les outils juridiques à ceux qui, comme les douaniers, sont mobilisés sur le terrain vingt-quatre heures sur vingt-quatre, au péril parfois de leur propre sécurité, pour traquer des trafiquants toujours plus agiles et agressifs. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre le moindre […]

Vous voulez légaliser alors ?

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #129

La nation est unie ; elle ne sera pas vaincue. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

La parole est à M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

Il fait corps avec le gouvernement !

Vincent Caure rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · EPR #132

Le texte dont nous commençons aujourd’hui l’examen est un texte important. En raison de son sujet, d’abord : la lutte contre la délinquance et le crime organisé. En raison de son ampleur et de son ambition, ensuite : il touche à l’organisation judiciaire, au droit, à la procédure pénale ainsi qu’à l’exécution des peines. En raison de sa singularité politique, enfin : rapporté au Sénat par un sénateur socialiste et une sénatrice Les Républicains, il a été voté à l’unanimité par la Chambre haute. Une même unanimité ne nous animera peut-être pas jusqu’à la fin de la semaine, ni peut-être jusqu’à la fin de cette soirée,…

Eh non !

Vincent Caure rapporteur · EPR #134

…mais je suis certain que la lutte contre le narcotrafic doit dépasser nos clivages, comme c’est le cas dans certaines municipalités.

Tous ceux qui sont consommateurs au NFP devraient se déporter, il y a conflit d’intérêts !

Vincent Caure rapporteur · EPR #136

J’espère ainsi que nous serons nombreux à ne pas faire obstacle à l’adoption de ce texte, nombreux à le soutenir. Je remercie mes collègues commissaires aux lois pour le travail de grande qualité que nous avons pu mener, au-delà de nos appartenances politiques.Ce texte est le reflet d’un constat largement partagé par les personnes que nous avons entendues. Et c’est parce qu’il l’est largement que nous avons pu véritablement exercer notre rôle de législateur, en travaillant avec les différents groupes dans un objectif commun d’amélioration. Ce texte n’est ni tiède ni liberticide.La spécialisation de nos juridictions et l’adaptation de notre architecture judiciaire doivent permettre de faire face aux organisations structurées qui dirigent les groupes criminels.Il nous faut un acteur à l’incarnation forte et reconnue, capable de faire face aux enjeux de coordination de l’action judiciaire. […]

Eh oui !

Vincent Caure rapporteur · EPR #142

Pour ne pas nous laisser dépasser par ces stratégies de plus en plus sophistiquées, nos modes d’action doivent évoluer. C’est l’objet de certaines dispositions innovantes, comme la possibilité de recourir à un procès-verbal distinct.Ces évolutions doivent s’inscrire dans le respect des principes qui irriguent notre démocratie et notre procédure pénale. En tant que rapporteur, j’y serai particulièrement attentif et je vous proposerai la réécriture de plusieurs dispositions.Concernant les articles 15 ter et quater, qui permettent l’activation à distance des appareils électroniques, le Conseil constitutionnel a tracé le chemin permettant d’assurer la proportionnalité de ce procédé.

Pas sûr…

Vincent Caure rapporteur · EPR #146

C’est ce chemin que j’entends suivre. C’est pourquoi je soutiendrai le rétablissement de ces dispositions, tout en veillant à en renforcer les garanties juridiques.Les articles 22 et 22 bis contiennent d’importantes mesures pour renforcer nos moyens de lutte contre la corruption. Nos débats en commission ont permis de recentrer ces dispositions et d’en assurer la cohérence en supprimant des mesures redondantes par rapport au droit existant.Ils ont également contribué à rendre les mesures de lutte contre la corruption dans les ports plus opérationnelles, en tenant compte des contraintes particulières de l’activité dans ces points stratégiques de notre territoire.L’incarcération des personnes condamnées et le renforcement de la sécurité des établissements pénitentiaires constituent le troisième axe de la lutte contre la délinquance et la criminalité organisée. Ce renforcement suppose […]

La parole est à M. Éric Pauget, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

Éric Pauget rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · DR #153

Face à la cartellisation du trafic de drogue, qui a créé de véritables narcomafias françaises, nous avons le devoir de réarmer la France. Mais nous ne pourrons remporter ce combat sans transformer notre culture de lutte contre les stupéfiants en une véritable guerre contre les narcotrafiquants.Fortement attendue par les praticiens et les services opérationnels, largement saluée par les personnes auditionnées, cette proposition de loi doit nous permettre d’adapter notre arsenal juridique au fléau du narcotrafic. C’est un texte avant tout pragmatique, dépourvu de toute forme d’angélisme ou de naïveté, que nous allons examiner.Oui, les besoins opérationnels sont majeurs, nos outils de lutte contre la criminalité organisée obsolètes ou inadaptés.

On se demande qui a été au pouvoir pendant huit ans…

Éric Pauget rapporteur · DR #157

Certes, les dispositions de ce texte sont nombreuses et variées, mais toutes visent le même impératif d’efficacité. Pour adapter nos modes d’action, il faut tenir compte de l’évolution des stratégies criminelles et des méthodes des réseaux.D’abord, nous devons renforcer nos méthodes de lutte contre le blanchiment. Pour les narcotrafiquants, la recherche du profit financier est le nerf de la guerre. Le texte comprend plusieurs dispositifs efficaces, fondés sur des pouvoirs de police administrative plus rapides à mettre en œuvre, comme le gel administratif des avoirs criminels des personnes liées au trafic de stupéfiants. C’est dans le même objectif qu’en commission, nous avons précisé les modalités de fermeture administrative des établissements de blanchiment de l’argent du crime.Nous avons aussi renforcé les pouvoirs des agents des douanes engagés dans la lutte contre le blanchiment. En […]

Pour le coup, je préfère la version des sénateurs…

Éric Pauget rapporteur · DR #167

Cet article pragmatique tire les conséquences des évolutions de la criminalité organisée, en partant du constat que nos techniques d’enquête traditionnelles sont parfois insuffisantes pour infiltrer et démanteler des structures criminelles. Face aux limites d’un dispositif largement sous-utilisé, avec seulement 42 personnes concernées quand l’Italie gère plus de 1 000 repentis, les débats en commission nous ont permis de renforcer son efficacité, tant sur le plan procédural que sur l’attractivité.Enfin, je regrette la suppression de l’article 11, qui visait à renforcer les moyens de lutte contre les passeurs de produits stupéfiants, communément appelés « mules ».

C’est une bonne nouvelle !

Éric Pauget rapporteur · DR #170

Si l’importation de produits stupéfiants est un enjeu de sécurité publique, elle présente aussi des risques importants en termes de santé publique.

Surtout !

Éric Pauget rapporteur · DR #172

Il faut mieux accompagner ces passeurs, qui risquent leur vie en ingérant des quantités importantes de stupéfiants, et adapter nos outils juridiques à ce phénomène. Je vous proposerai de rétablir les dispositions de l’article 11.

Non !

Éric Pauget rapporteur · DR #174

Je le répète, les organisations criminelles utilisent les lacunes de notre arsenal répressif et la vulnérabilité de tiers pour faire prospérer leur trafic de drogue.J’espère que nos débats en séance nous permettront de consolider les dispositions de ce texte d’importance et d’en rétablir l’équilibre initial. Ensemble, soyons à la hauteur des enjeux soulevés par la lutte contre la narcocriminalité organisée et répondons aux attentes des services opérationnels, ainsi que des Français. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et Dem, ainsi que sur les bancs des commissions.)

La parole est à M. Roger Vicot, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

Roger Vicot rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · SOC #177

Nous examinons aujourd’hui une proposition de loi préparée par des travaux parlementaires dont j’ai eu l’occasion de saluer la qualité en commission : ceux de la commission d’enquête de nos collègues Durain et Blanc au Sénat, qui ont débouché sur un rapport documenté, précis – terrifiant par certains aspects –, et ceux de la mission d’information menée par les députés Léaument et Mendes. Ces travaux nous permettent de mieux appréhender une partie des dispositions sur lesquelles nous sommes amenés à nous prononcer.

Merci et bravo !

Roger Vicot rapporteur · SOC #179

Je l’ai déjà dit en commission, ce texte est riche – voire complexe – et, parfois, hétéroclite. Je regrette que les conséquences potentiellement très importantes de certains articles aient peut-être été mal anticipées ou mal évaluées. C’est notamment le cas en matière de renseignements, mais nous aurons largement l’occasion d’y revenir cette semaine.Depuis son dépôt, la proposition de loi a significativement changé d’ampleur.

Eh oui !

Roger Vicot rapporteur · SOC #182

Initialement centrée sur le trafic de stupéfiants, elle a été élargie à la lutte contre la criminalité organisée ; c’est bienvenu. Il est temps que notre pays prenne conscience de l’ampleur de la menace et lutte contre la consolidation d’un véritable écosystème criminel, qui corrode notre pacte social et nos institutions, et contribue au développement d’autres crimes – trafic d’armes ou traite des êtres humains.Si la réponse à cette menace doit être ferme, il faut défendre nos principes fondamentaux tout aussi fermement. Avec mes collègues rapporteurs, et au sein de la commission des lois, c’est dans cette optique de juste équilibre que nous avons cherché à placer le curseur au bon endroit. Nous avons donc remanié le texte adopté par le Sénat de manière assez importante. Je remercie d’ailleurs mes collègues de la commission des lois pour la qualité de nos échanges la semaine […]

C’est vrai !

Roger Vicot rapporteur · SOC #186

Les auteurs du texte ont cherché à adapter l’encadrement législatif de la réquisition des données de connexion, ce qui a suscité de nombreuses inquiétudes quant à l’affaiblissement du chiffrement des services de communication en ligne. À l’initiative de huit groupes, et à la quasi-unanimité, la commission des lois a supprimé cet article.

Bravo la commission !

Roger Vicot rapporteur · SOC #188

Je note que le gouvernement proposera une nouvelle rédaction en séance. Si elle apporte certaines réponses aux critiques exprimées, elle semble encore inaboutie.

Il a raison !

Roger Vicot rapporteur · SOC #190

Lors des nombreuses heures d’auditions, nous avons perçu combien le sujet était techniquement et politiquement complexe. L’adaptation des réquisitions de données à l’évolution technologique devrait faire l’objet d’un projet de loi dédié, précédé des consultations nécessaires et d’une étude d’impact comportant des éléments techniques solides.

Très bien !

Roger Vicot rapporteur · SOC #192

La commission des lois a également supprimé les dispositions de l’article 19 qui autorisaient l’infiltration de civils – ni policiers, ni gendarmes, ni douaniers – au sein des organisations criminelles. Dans la mesure où ce sont des civils déjà impliqués dans des activités criminelles qui auraient bénéficié, sous l’autorité judiciaire, d’un tel dispositif, on pouvait nourrir des inquiétudes légitimes sur la fiabilité des informations ainsi recueillies.La commission a aussi supprimé l’article 20 ter, qui étendait la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) – notre plaider-coupable à la française – aux crimes prévus en matière de trafic de stupéfiants. L’application de la CRPC en matière autre que délictuelle est un sujet trop fondamental pour être examiné dans un tel texte.Telles sont les principales modifications apportées par la commission dans les articles dont […]

La parole est à M. le président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

Florent Boudié président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · EPR #196

Jamais le trafic de drogue n’a été aussi prospère et violent dans notre pays. J’en veux pour preuve les saisies effectuées par les forces de l’ordre, qui atteignent des niveaux records – 23 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2023, 53 en 2024. Des territoires jusqu’ici épargnés, notamment des villes moyennes, sont à présent touchés par le poison mortel du crime organisé, qui se joue de notre droit et de nos institutions.Le premier défi est celui de la sécurité, alors que les violences liées au trafic de stupéfiants explosent. En 2024, on a dénombré 110 homicides et un peu plus de 300 personnes blessées, dont des victimes collatérales.L’enjeu est aussi économique : le marché clandestin dégage entre 3 et 6 milliards d’euros par an. Il finance le crime organisé, renforce des réseaux tentaculaires, encourage leur diversification et développe leurs capacités de blanchiment – nous en […]

On a déjà du mal à traquer les fraudes sur le marché légal !

Florent Boudié président de la commission des lois · EPR #205

…y compris lorsqu’il passe par des commerces qui semblent être des commerces de proximité alors que ce sont de vraies lessiveuses.Si la commission des lois a validé la majorité des dispositions de la proposition de loi, toutes les incertitudes n’ont pas été levées. Je pense notamment à l’article 16, relatif au procès-verbal distinct, qui a suscité des réserves.

C’est le moins que l’on puisse dire !

Florent Boudié président de la commission des lois · EPR #208

Cette disposition pourrait nous faire cruellement défaut si nous devions ne pas la réintroduire dans le texte. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Elle existe déjà au Royaume-Uni et en Allemagne.

Elle n’existe pas en Allemagne !

Florent Boudié président de la commission des lois · EPR #210

J’appuierai personnellement sa réintroduction, avec les ajustements demandés par le Conseil d’État.Je pense aussi à l’article 8 ter, relatif à l’accès aux messageries cryptées, que la commission a supprimé. En l’occurrence, je suggère au contraire d’adopter une position de vigilance et de mener un travail d’approfondissement dans les semaines et les mois qui viennent – travail qui n’a eu lieu ni au Sénat ni à l’Assemblée nationale.En revanche, la commission des lois a approuvé la création des quartiers sécurisés de lutte contre le crime organisé. Nous pourrons progresser sur cette question en nous fondant sur les ajustements demandés par le Conseil d’État. La saisine préalable du Conseil d’État nous a éclairés, que ce soit sur l’article 23 quinquies, qui porte sur les quartiers sécurisés, l’article 23 bis A, relatif à la visioconférence, ou l’article 16, sur le procès-verbal distinct. […]

Motion de rejet préalable (proposition de loi)

Xavier Breton president · DR #215

J’ai reçu de Mme Mathilde Panot et des membres du groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire une motion de rejet préalable, déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement. La parole est à M. Ugo Bernalicis.

Monsieur le président, messieurs les ministres de l’intérieur…, mes chers collègues. Lutter contre le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée est une nécessité. Ce n’est pas celui qui a remis, avec Marie Guévenoux, un rapport d’information sur la réforme de la police judiciaire dans le cadre de la création des directions départementales de la police nationale, voulue par Gérald Darmanin, qui vous dira le contraire. L’ensemble des services d’enquête, en particulier le haut du spectre, nous avaient alertés sur la criminalité organisée prédatrice, qui gagnait du terrain, et sur la corruption qui l’accompagnait. Nous avons relayé cette alerte.Que le crime doive être réprimé, c’est une évidence pour tout le monde.

On a quelques doutes !

Mais comment, avec quels moyens et de quelle manière ? Nous présentons cette motion de rejet préalable car ce texte ne prévoit pas de réprimer efficacement le crime organisé. Il n’est d’ailleurs nullement besoin de changer la loi pour être plus efficace – c’est surtout une question de moyens. Par ailleurs, ce texte comporte des articles qui posent de grandes difficultés quant aux libertés fondamentales, voire à l’État de droit – une notion que le ministre Retailleau, nous le savons, n’affectionne pas particulièrement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Enfin, ce texte passe intégralement sous silence une politique publique qui devrait être centrale car elle permet notamment de lutter contre la consommation de stupéfiants : la prévention. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Pour beaucoup d’entre vous, la prévention […]

On voit les résultats au sein de votre groupe !

Or c’est bien l’efficacité qui nous préoccupe. Nul besoin de changer la loi pour être plus efficace. Vous proposez qu’il existe, en matière de répression, un chef de file. Mais l’Ofast est déjà chef de file dans la lutte contre le trafic de stupéfiants ; l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) est, comme son nom l’indique, chef de file en matière de lutte contre la criminalité organisée ; l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) est chef de file dans son propre domaine. S’il vous fallait un chef de file des chefs de file, sachez qu’une telle instance a été créée dans le cadre de la réforme de M. Darmanin : c’est la direction nationale de la police judiciaire, qui a remplacé la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Tout cela existe déjà, nul besoin d’une nouvelle loi.Il vous semble également nécessaire de créer une […]

J’applaudis Léaument, pas Mendes !

…ainsi que celui des sénateurs Blanc et Durain, soulignaient l’importance de ces scanners.

Eh oui, il ne faut pas se contenter d’applaudir les douaniers, il faut aussi les écouter !

Mais nul besoin d’une nouvelle loi pour acheter des scanners supplémentaires !A-t-on vraiment besoin d’un texte de loi pour renforcer les moyens de la police, en faisant en sorte que les offices centraux disposent des effectifs cibles – les moyens qui devraient théoriquement leur être alloués ? Non ! En l’état actuel de la loi, il est également possible de mettre sur écoute, de sonoriser, de géolocaliser. Anonymiser les enquêtrices et les enquêteurs du haut du spectre dans les procédures l’est tout autant, tout comme infiltrer un réseau, perquisitionner de nuit,…

Amélie de Montchalin ministre · LaREM #229

Non !

…mettre à l’isolement les prévenus ou les condamnés pour trafic de stupéfiants, saisir l’argent sale des trafiquants.Mais alors, pourquoi recourir à une nouvelle loi ?

Mme Danièle Obono #232

Pourquoi ?

Ne serait-ce pas simplement de la communication politique destinée à masquer votre incurie en matière de lutte contre la criminalité organisée – avant, d’autres étaient au pouvoir, mais depuis sept ans, c’est bien vous qui n’arrivez pas à lutter efficacement contre ce phénomène ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Qui dit lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants dit police judiciaire – des enquêtrices et des enquêteurs rompus à la procédure pénale, déterminés dans leurs investigations, et en nombre suffisant. En matière d’effectifs, on repassera. Par le passé, ce n’était déjà pas très reluisant : quand nous avons rendu notre rapport en 2023, le ministre Darmanin, alors ministre de l’intérieur, expliquait lui-même qu’il manquait 5 000 officiers de police judiciaire (OPJ). Nous n’y sommes pas, et c’est même le contraire qui s’est produit. […]

Et ce n’est pas net !

Pourquoi évoquer les opérations Place nette ? Au moment de la réforme visant à départementaliser la police nationale, qui a eu de lourdes conséquences sur la police judiciaire, l’objectif assumé du ministre Darmanin était déjà d’améliorer la lutte contre le trafic de stupéfiants. Devant la commission d’enquête de MM. Blanc et Durain, celui qui était alors ministre de l’intérieur – je ne sais pas vraiment si cela a changé – a d’ailleurs déclaré : « L’excuse de dire qu’il faut absolument des enquêtes judiciaires parfaites pour ne pas faire de voie publique, c’est justement ce qui fait me semble-t-il l’inefficacité publique que le Français moyen voit dans la rue. » Il opposait donc très directement les moyens mis sur la voie publique à ceux alloués aux enquêtes judiciaires. (M. Emmanuel Duplessy applaudit.) Par voie de conséquence, on a retiré des moyens à la police judiciaire au profit de […]

Ça ne marche pas, c’est de la pure communication !

Mon collègue Antoine Léaument y reviendra. Vous avez organisé ces opérations, et vous revenez quand même avec un texte de loi sur le narcotrafic : on se demande donc bien à quoi elles ont pu servir.

À rien !

N’ont-elles pas fonctionné ? N’est-ce pas justement parce que la police judiciaire ne dispose pas des moyens suffisants pour mener des enquêtes au long cours que tout cela est inefficace ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous avons la réponse, puisque c’est vous qui présentez ce texte sur le narcotrafic du haut du spectre : c’est un aveu de votre part. Vous constatez l’échec de la politique que vous menez depuis sept ans, en particulier lorsque M. Darmanin était aux responsabilités.La situation n’est guère meilleure en ce qui concerne l’économique et le financier. Avec Jacques Maire, j’ai remis en 2019 un rapport d’information consacré à la lutte contre la délinquance économique et financière. Nous avions constaté que les enquêtrices et les enquêteurs étaient trop peu formés et en nombre insuffisant.J’avais auditionné, à l’époque, les représentants de l’Office […]

M. Maxime Laisney #243

Waouh !

Et encore, ils ne sont pas tous officiers de police judiciaire puisque le métier n’est pas assez attractif – et on comprend pourquoi quand on sait qu’il y a 20 euros de différence entre la prime de voie publique et la prime OPJ, voilà qui ne fait pas forcément envie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Pour ce qui est de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière, spécialisé dans la lutte contre les circuits de blanchiment – vous entendez tous les jours à la télé qu’il faut frapper les trafiquants au portefeuille et nous l’avons encore entendu tout à l’heure –, combien compte-t-il d’agents ? Soixante-deux – pour la France entière.

Ah ben, forcément !

Et c’est avec ça que le parquet national anti-criminalité organisée va fonctionner ? On se pince. Finalement, nous aurons des enquêtes sans enquêteurs et sans enquêtrices, et c’est bien le plus problématique.

Eh oui ! Que de la com’ !

Quant à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués, l’Agrasc, ses moyens se sont améliorés, moyens grâce auxquels le nombre de saisies et de confiscations a augmenté, de même que les rentrées pour l’État. Je me demande donc bien ce qu’on attend pour libérer les vannes, pour recruter davantage de fonctionnaires dans ces services, vu combien ils rapportent par agent. Vous qui cherchez des milliards à tire-larigot, c’est le moment de mettre le paquet – mais il n’en est pas question avec le présent texte.Je reviens sur le Pnaco puisqu’il semble qu’il y ait un relatif consensus sur la concentration des moyens. Il faut savoir que dans le cadre de la Junalco, la fonction du Pnaco est remplie par le parquet de Paris. Mais les procureurs travaillent sous la coupe des magistrats du siège avec les Jirs, ce qui donne plus de garanties pour une justice efficace et […]

C’est tout ce que vous avez trouvé pour masquer vos positions laxistes ?

C’est creux…

Or la justice, ce n’est pas le spectacle.Désolé, monsieur Darmanin, ça tombe sur vous mais les scanners qui manquent – vous étiez alors à Bercy –, c’est vous ! La réforme de la police judiciaire, c’est vous ! Les amendes forfaitaires délictuelles pour les consommateurs de stupéfiants, lesquelles sont inopérantes, c’est vous ! Le logiciel XPN dont le dysfonctionnement ne permet pas aux policiers et aux enquêteurs de faire leur travail, c’est vous !

Quelle catastrophe !

Finalement, pour sortir du piège du narcotrafic, il vaudrait mieux sortir Darmanin du gouvernement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ce serait peut-être plus efficace.Le texte remet par ailleurs en cause les principes fondamentaux. La surveillance algorithmique a montré son inefficacité, y compris dans la lutte contre le terrorisme. Vous voulez accéder aux conversations cryptées alors que, de toute façon, ce ne sera pas possible. Le renseignement va et vient dans les enquêtes. Le dossier coffre, cerise sur le gâteau, fait des avocats les potentiels complices de ceux qu’ils défendent. Je mentionnerai aussi la loi du soupçon, avec les interdictions de paraître. J’en passe. Voilà qui montre bien les problèmes que vous avez avec l’État de droit, sans parler de vos narcoprisons où la dignité humaine est une variable d’ajustement.

Darmanin, narcomique…

Je l’affirme solennellement : la dignité humaine ne se négocie pas. Nous n’utilisons en effet pas les mêmes armes que les criminels. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) C’est ça, la force de la République et de l’État de droit.

Tout à fait !

C’est ne pas s’abaisser à de tels comportements.

Exactement !

Pour ce qui est de l’étanchéité que vous pensez obtenir des prisons, franchement, ce sera un rêve tant que vous n’aurez pas réglé le problème de la surpopulation carcérale. Il serait d’ailleurs temps d’instaurer un mécanisme de régulation carcérale, ce qui serait bien plus efficace pour le pays. (Mêmes mouvements.)En conclusion, et je n’oublie pas M. Retailleau, pour sortir le pays du piège du narcotrafic, il faudrait plutôt sortir le pays du piège de votre politique inefficace et dangereuse. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – MM. Emmanuel Duplessy et Steevy Gustave applaudissent également.)

La parole est à M. le ministre d’État.

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #269

Je ne prendrai que quelques instants, afin que M. Bernalicis ne se sente pas méprisé car il s’est manifestement exprimé comme s’il était dans un groupe de parole. (Sourires.) Il a réussi à s’opposer à un texte qui a fait l’unanimité au Sénat, mesdames et messieurs les députés.

Et alors ?

Gérald Darmanin ministre d’État · EPR #271

Les communistes, les socialistes et les écologistes ont voté ce texte des deux mains. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) Mais M. Bernalicis, dans une sorte de quart d’heure warohlien, avait très envie de nous parler ce soir de ses nombreux problèmes et qui s’accumulent puisqu’il n’est toujours pas à Beauvau, le pauvre Ugo. (Rires et applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)Il est sans doute temps de revenir au sérieux, c’est-à-dire à la lutte contre le trafic de drogue, et de laisser les élucubrations de M. Manatane ailleurs. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

Au moins, moi, je n’ai pas un bilan catastrophique !

La parole est à M. le ministre d’État.

Bruno Retailleau ministre d’État #275

Cette intervention de M. Bernalicis était stupéfiante (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR, DR et Dem) et, franchement, je ne pensais pas avoir à entendre ce tissu d’une contre-argumentation qui n’en est pas une.Vous dites, monsieur Bernalicis, que les leçons que nous avons tirées du terrorisme en créant une chaîne judiciaire spécialisée, en créant un état-major permanent, seraient vaines pour lutter contre le narcotrafic. Or, grâce à cette nouvelle organisation, à ce nouvel arsenal, nous avons pu déjouer quatre-vingt-six attentats. (Mêmes mouvements.)Mesdames et messieurs les députés, n’écoutez pas cette partie de l’hémicycle qui est celle du laxisme et qui donc ne veut pas vraiment lutter contre le narcotrafic. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Le laxisme, c’est vous !

Bruno Retailleau ministre d’État #279

Nous, nous le voulons, nous obtenons des résultats et nous en aurons encore plus une fois que ce texte aura été adopté. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et Dem.)

Explications de vote

La parole est à M. Paul Molac.

Nous aurions préféré que le texte soit un projet de loi plutôt qu’une proposition de loi. Certaines dispositions sont en effet inquiétantes comme celle portant sur le recueil de renseignements ; mais d’autres sont positives comme la confiscation des avoirs. En outre, la suppression de l’article 8 ter est une bonne chose.

Il va revenir !

Enfin, pour ce qui est du statut de repenti, nous pourrons l’améliorer en séance.On pourrait croire que cette proposition de loi n’est qu’un coup de com’ et que l’arsenal législatif en vigueur suffit. Le groupe LIOT ne partage pas cet avis et affirme que nous devons aller plus loin.Nous ne pouvons pas tolérer que les narcotrafiquants se fassent la guerre à coups de kalachnikovs dans nos quartiers. L’inaction serait coupable.

Le texte n’y changera rien !

Des centaines d’auditions, un millier d’amendements déposés dont 150 défendus âprement par le groupe LFI-NFP… Nous avons besoin de cette loi…

Voilà !

…pour nos forces de sécurité, pour nos élus, pour nos concitoyens, en particulier pour ceux qui habitent dans les banlieues et sont directement sous le coup des narcotrafiquants. Nous ne devons pas faiblir sur ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur de nombreux bancs des groupes EPR et Dem.)

La parole est à Mme Brigitte Barèges.

J’avoue que nous ne sommes pas étonnés. Au sein de la commission des lois, dès les premières minutes, vous avez commencé à essayer de détricoter le texte et, aujourd’hui encore, vous tentez de le censurer.

Oui !

Vous êtes mal à l’aise avec ce texte.

Pas du tout !

Vous êtes mal à l’aise avec l’ordre. Vous prônez toujours l’anarchie ; nous, nous aimons l’ordre, nous sommes pour les victimes et non pour les criminels et nous n’avons pas, au sein de notre groupe, de gens qui consomment des stupéfiants.

Vous n’avez pas été condamnée, vous ?

Je me souviens que l’un d’entre vous a osé, en commission des lois, prôner la dépénalisation du cannabis.

Sa légalisation !

Sa légalisation. Ce sont peut-être vos pratiques, ce ne sont pas les nôtres.Les ambitions du texte ont été quelque peu révisées à la baisse. Soyez assurés que le groupe UDR s’emploiera à le rendre encore plus ferme face aux criminels organisés et face au danger que représente le narcotrafic pour la jeunesse, pour la population et pour notre avenir. Vous ne nous aurez pas à l’usure, nous serons là jusqu’à la fin des débats. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

La parole est à M. Michaël Taverne.

Il n’est pas étonnant que l’extrême gauche (« La gauche ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) dépose une motion de rejet préalable sur ce texte ô combien important, attendu par les policiers, par les gendarmes, par les douaniers, par les agents pénitentiaires et par les magistrats, qui ont une volonté commune contraire à la vôtre, celle de lutter efficacement contre les narcotrafics et, au-delà, contre les réseaux criminels sous toutes leurs formes. Il y a encore quelques minutes, je discutais avec un magistrat qui me disait que c’était le texte de la dernière chance.En commission, la gauche, dans sa globalité, mais avec la complicité de plusieurs macronistes, a voulu vider le texte de sa substance en supprimant des dispositions prévoyant l’utilisation de certains moyens technologiques ou encore le dossier coffre destiné à sécuriser des techniques d’enquêtes sensibles.

Vous n’êtes pas capable de faire un truc aussi magistral que Bernalicis !

Bref, pendant que les réseaux criminels utilisent des moyens technologiques dernier cri, la gauche propose aux enquêteurs de revenir au papier carbone, à la machine à écrire, au Minitel,…

Ça, c’est Darmanin, on lui laisse !

…de dépénaliser la cocaïne, de légaliser le cannabis et de libérer les détenus – quel beau programme pour les Français !Messieurs les ministres, le texte a deux inconvénients : d’abord, il arrive un peu tard, alors qu’avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, nous alertons les gouvernements successifs depuis des années sur la situation, tout en formulant des propositions sans qu’elles soient reprises, sans que des politiques efficaces soient appliquées. Que du blabla, comme d’habitude.Enfin, le texte ne va pas assez loin. C’est pourquoi nous avons déposé des amendements de rétablissement d’articles supprimés par la gauche, mais aussi des amendements visant à faire gagner le texte en efficacité.Monsieur le garde des sceaux, je me souviens que vous avez déclaré, lors de votre prise de fonctions, qu’il fallait collectivement nous réveiller. Oui, réveillez-vous car cela fait trop longtemps que […]

La parole est à M. Sébastien Huyghe.

Malheureusement, je ne suis pas surpris que, fidèles à leurs habitudes, nos collègues du groupe LFI-NFP préfèrent l’obstruction au débat,…

Ça nous avait manqué !

…l’invective aux propositions, le dogmatisme à la responsabilité.Ce texte est attendu, le narcotrafic fait partie des préoccupations majeures des Français et, pourtant, vous nous proposez de l’éluder. Notre rôle de parlementaires est d’œuvrer pour la démocratie en favorisant un débat éclairé. Pourtant, vous nous proposez lâchement l’immobilisme et de faire fi du travail parlementaire.Le narcotrafic et la criminalité organisée tuent en France et à nos frontières, mais vous nous proposez d’abandonner les victimes à leur sort et de laisser les trafiquants de drogue ainsi que les chefs de réseau criminel prospérer en toute impunité.L’exigence est immense, les victimes et leurs familles attendent de nous responsabilité et action. Nous devons nous montrer à la hauteur, unis et déterminés pour répondre avec force et clarté.Votre rejet de principe n’est rien d’autre qu’un aveu d’impuissance car […]

La parole est à Mme Élisa Martin.

Nous déposons cette motion de rejet préalable, non pas, comme vous aimeriez le faire croire, parce que nous ne voudrions pas lutter contre ceux que vous appelez les narcotrafiquants,…

Vous les appelez comment, vos amis ?

…mais parce que ce texte ne réglera rien.Votre texte est voué à l’échec, puisque vous ne traitez pas des causes. Cette idée, bien que simple, vous échappe.Concernant la consommation, vous ne pensez qu’à interdire et prohiber. Vous vous enferrez dans une voie qui a toujours échoué. Malgré vos politiques répressives, nous sommes le premier pays d’Europe consommateur de cannabis. (M. Antoine Léaument applaudit.)

Voilà !

Une première réponse serait d’en légaliser la consommation pour que l’État reprenne le contrôle de la situation. Vous couperiez ainsi l’herbe sous le pied des grands criminels. Or vous vous y refusez catégoriquement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous ne prévoyez aucun moyen pour mener des politiques sanitaires d’accompagnement des addictions, alors qu’elles touchent de plus en plus de personnes et qu’elles se multiplient pour le plus grand bénéfice et le plus grand bonheur des trafiquants.Vous n’apportez aucune réponse aux premières victimes du narcotrafic. Pendant que vous vous targuez de fermeté, de tolérance zéro et d’autres éléments de langage creux, vous ne faites rien pour empêcher les jeunes de tomber dans le trafic.

C’est pathétique !