Séance du 1er juillet 2025 /// n°1 /// 954 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Première session extraordinaire 2025

Séance du 1er juillet 2025 — 1e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.

954prises de parole
127orateurs
25points à l'ordre du jour
3scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
2874 l’ensemble du projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte (première lecture). 367 / 109 adopté
2875 l’ensemble du projet de loi organique relatif au Département-Région de Mayotte (première lecture). 537 / 0 adopté
2876 la motion de censure, déposée en application de l'article 49, alinéa 2, de la Constitution, par M. Boris Vallaud et 65 députés. 189 / 0 rejeté

Verbatim Le compte rendu

Tours 801 à 954 sur 954 — page 5 / 5.

Discussion et vote

… d’engager la paix fiscale et de réduire drastiquement les mauvaises dépenses, celles consacrées à l’immigration, au millefeuille administratif ou au train de vie de l’État. (Les exclamations s’amplifient.) Chers collègues du bloc de gauche, vos cris ne disent qu’une chose : que vous êtes minoritaires et que, sans le Rassemblement national, vous ne pouvez emporter aucun scrutin. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Continuez donc de hurler : cela nous rappelle à quel point vous êtes isolés – heureusement – dans cet hémicycle, et davantage encore dans les urnes.Monsieur le premier ministre, le Rassemblement national a toujours été le plus transparent. (M. Benjamin Lucas-Lundy s’esclaffe.) Nos lignes rouges sont connues de tous les Français. Nous ne voulons pas de décret sur la programmation pluriannuelle de l’énergie, solution qui traiterait en quelques secondes un […]

Par contre, l’austérité, vous la voulez !

Nous ne voulons pas d’aggravation de la situation sociale. Nous ne voulons pas que de nouveaux coups soient portés au pouvoir d’achat des Français.

Quelle audace !

Nous ne voulons pas que de nouveaux efforts leur soient demandés tant que vous n’aurez pas eu le courage de vous attaquer au coût de l’immigration.

Excellent !

Nous ne voulons pas un seul centime d’impôt ou de taxe supplémentaire sur les entreprises tant que vous n’aurez pas réduit le train de vie de l’État…

Et le double salaire de Marine Le Pen, on en parle ?

…et cessé de verser des milliards d’euros à des agences et des opérateurs dont la seule mission, pour certains, est d’entraver toujours plus la liberté de chacun dans notre pays.Nous n’accepterons ni la TVA sociale, ni le gel des pensions de retraite ou des prestations de solidarité pour tous, ni la fameuse « année blanche » que plusieurs de vos soutiens appellent de leurs vœux depuis quelques semaines. La seule « année blanche » que le Rassemblement national acceptera concerne la contribution nette de la France au budget de l’Union européenne : il ne faut pas un seul centime d’euro supplémentaire pour l’Union européenne issu de l’argent des Français ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Exclamations sur les bancs des groupes SOC et EcoS.)

Rendez les 4 millions !

Cette exigence n’est pas uniquement celle du Rassemblement national : c’est celle des 11 millions d’électeurs de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, celle du peuple dont nous ne sommes ici que les modestes avocats.Alors, monsieur le premier ministre, engagez la parole du gouvernement et répondez à la seule question que vous devriez vous poser chaque jour : qui devez-vous écouter ? Les députés d’extrême gauche ou les 11 millions d’électeurs du Rassemblement national ? Derrière chaque porte que vous décidez d’ouvrir, seul et en pleine conscience, peut se cacher la censure. Et croyez-moi, lorsqu’il s’agit de défendre la France et les Français, le Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella n’hésitent jamais.

En attendant, c’est vous qui soutenez la politique macroniste !

Nous censurerons deux fois, cinquante fois, cent fois s’il le faut !

Hypocrites ! Vous ne censurez jamais !

La balle est dans votre camp : entendez ce que dit le peuple de France ! Rendez-vous lors de l’examen du budget pour déterminer l’espérance de vie de votre gouvernement. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

La parole est à M. Stéphane Vojetta.

C’est dommage, Manuel Valls n’est pas là ! Où est-il, d’ailleurs ?

Nous voici réunis pour examiner une motion de censure déposée par le Parti socialiste. Je dispose de trente-cinq minutes pour dire tout le mal que je pense de cet exercice.

Ça ne suffira pas !

Rassurez-vous, je serai beaucoup plus bref, car je déteste perdre mon temps, ce qui n’a pas l’air d’être votre cas.

Alors, finis ! (Sourires sur les bancs du groupe RN.)

Puisque nous avons un peu de temps, si vous le permettez, monsieur Tanguy, je souhaiterais d’abord formuler une réflexion personnelle. Chacun d’entre nous ici a l’honneur d’avoir été élu par nos concitoyens. Mais vous demandez-vous parfois pour quoi faire, au juste ? Personnellement, je me le demande régulièrement,…

Faites autre chose, alors !

…particulièrement au vu de notre incapacité à avancer sur quelque sujet que ce soit au cours de ces dernières semaines.

On a la réponse : pour pourrir la vie des Français !

Je vous le demande : quel est le véritable sens de notre fonction de parlementaire, si nous ne pouvons nous mettre d’accord sur rien, pas même sur des constats ? Ne sommes-nous donc ici que pour mieux préparer notre prochaine élection ou favoriser celle de notre chef ? Ou pour préparer un congrès ?

Et vous, pour assurer la survie du macronisme ?

C’est hélas souvent l’impression que nous donnons, vous en particulier, monsieur Faure, notamment en déposant cette motion de censure qui témoigne davantage d’un serment d’allégeance à La France insoumise…

…que d’une volonté réelle de faire tomber ce gouvernement ou de proposer des solutions réalistes à la situation des retraites. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Exclamations sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.)Ne devrions-nous pas plutôt aspirer à nous saisir de chaque seconde de notre mandat – un mandat qui peut finir demain, nous le savons – pour faire bouger les choses ou, comme l’auraient suggéré vos prédécesseurs sur ces bancs, pour changer la vie ? Mais pour cela, encore faudrait-il que vous soyez capables de sortir de la posture et de regarder la vérité en face.

Vous aussi, sortez de la posture : assumez vos erreurs !

Chers collègues socialistes, vous reprochez au premier ministre et au gouvernement d’avoir nui aux travaux du conclave, court-circuité le dialogue social et empêché un débat parlementaire sur la réforme des retraites, en écartant d’emblée le retour à la retraite à 62 ans et en imposant une trajectoire d’équilibre financier.

Tout à fait !

Si une chose a nui à la qualité des travaux du conclave, c’est bien moins l’attitude de François Bayrou que celle de la Cour des comptes, qui nous a refusé le diagnostic impartial qu’elle avait pourtant le devoir de réaliser. Revenons en effet quelques mois en arrière, à la déclaration de politique générale du 14 janvier dernier.Monsieur le premier ministre, vous nous préveniez alors en ces termes : « Le déséquilibre du financement du système de retraites et la dette massive qu’il a creusée ne peuvent être ignorés ou éludés. » Pour financer les retraites, une fois épuisées les cotisations, « restent 55 milliards, versés par le budget des collectivités publiques, au premier chef le budget de l’État, à hauteur de quelque 40 ou 45 milliards. Or, ces 40 ou 45 milliards annuels, nous n’en avons pas le premier centime. Chaque année, cette somme, le pays l’emprunte. Autrement dit, il a choisi […]

Il ne mérite pas ça !

…« une partie du montant des pensions que nous versons aux retraités actuels ».Voilà pourquoi, monsieur le premier ministre, vous aviez alors demandé à la Cour des comptes de nous fournir l’état actuel et précis du financement du système de retraites. Ce diagnostic devait ensuite être soumis aux partenaires sociaux – à charge pour eux, dans le cadre du conclave, de nous montrer, à nous parlementaires, le chemin vers une refonte indispensable de notre système de retraites.Il faut bien le reconnaître : la Cour des comptes a failli dans la mission qui est la sienne, elle qui est censée assister le Parlement et le gouvernement en fournissant de manière indépendante des analyses utiles aux décideurs et susceptibles de contribuer activement à l’amélioration de la gestion publique et de ses résultats.Oui, la Cour des comptes a failli dans sa mission. En affirmant que le système de retraites a […]

Parlez pour vous !

Complotiste !

Pour rappel, les pensions de retraite représentent chaque année un quart de nos dépenses publiques et absorbent 14 % du PIB de la nation.

Il a lu le PLFSS !

Personne, pas même vous, ne conteste ces chiffres. Pourtant, nous ne savons pas mesurer correctement l’impact de ces dépenses sur nos finances publiques. En effet, la comptabilité de ce système de retraites, en particulier le compte d’affectation spéciale (CAS) Pensions, a été instaurée en 2006 pour que les déficits éventuels soient répartis dans le budget de chaque ministère. Ils se retrouvent donc partout, sauf dans le système de retraites, dans le but d’entretenir, quoi qu’il arrive, la fable d’un système de retraites par répartition juste et à l’équilibre.

Cinq minutes, ressenties trente-cinq !

Cette fable, vous la connaissez : voilà des années que la Cour des comptes et le COR nous la racontent le soir pour nous endormir, en s’appuyant sur les conventions comptables votées par nos prédécesseurs. Cette volonté systémique de dissimulation est réelle et son implication sur la gestion de nos finances publiques est dangereuse. Je citerai quelques exemples illustratifs.

Ah, merci ! Une version illustrée ! Avec des coloriages ?

Cette volonté de dissimulation affaiblit la sécurité sociale, notamment ses branches famille, chômage…

L’assurance chômage ne relève pas de la sécurité sociale !

…et accidents du travail, en leur imposant chaque année une quinzaine de milliards de transferts de cotisations vers la branche vieillesse. Ce mécanisme aboutit désormais à la fragilisation de l’ensemble et à la reconnaissance par la Cour des comptes d’un risque de défaut de paiement de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) en 2027 – mais, bien sûr, pas à la reconnaissance d’un déficit du système de retraites.Cette volonté de dissimulation contamine également nos débats budgétaires.

Quel gouvernement a menti sur l’ampleur du déficit ?

Quand nous votons ici le budget de l’éducation nationale, savons-nous vraiment que 28 % de ce budget est absorbé par les cotisations et surcotisations retraite payées par l’État employeur ? Cette part est d’ailleurs en augmentation constante, puisqu’elle était de 22 % en 2006. Lors des débats budgétaires pour 2025, combien d’entre nous pensaient sincèrement consacrer 87 milliards d’euros à l’éducation de notre jeunesse, alors qu’en réalité, 24 milliards d’euros de ces autorisations d’engagement votées étaient ponctionnés pour financer les pensions des enseignants retraités ainsi que certains régimes déficitaires de la fonction publique ?Vous êtes-vous déjà penchés, ne serait-ce qu’une fois, sur la fiche de paie d’un enseignant ? (« Oui ! » sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Faites-le : vous y verrez un salaire net réduit à la portion congrue, enseveli sous une montagne de […]

C’est faux !

Et cela pèsera davantage encore sur le budget de l’éducation nationale, sans pour autant améliorer la rémunération nette des enseignants, et sans autre justification que d’équilibrer les recettes et les dépenses du CAS Pensions.Dans la même veine, êtes-vous conscients que, pour faire face à la dégradation des comptes de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), le taux de cotisation patronale des collectivités passera de 32 % en 2024 à 44 % en 2028, sans autre justification que le nécessaire équilibrage des recettes et des dépenses de retraite ?Ainsi, la masse salariale brute des agents des fonctions publiques territoriale et hospitalière augmentera de 3 % par an et pèsera sur le budget des collectivités et des hôpitaux – qui reviendront vers nous pour évoquer ce problème –, sans aucun effet sur le salaire net de ces agents.René Magritte nous aurait […]

ChatGPT est en surchauffe !

Selon elle, c’est tout simplement « un besoin élevé de financement qui implique une diversification des ressources au-delà des cotisations sociales ». Une fois cette centaine de milliards de surcotisations, de subventions et de transferts divers pris en compte, le régime des retraites affichait effectivement un excédent comptable de 8,5 milliards en 2023. Et voilà, le tour est joué ! Un miracle comptable digne de Bernadette Soubirous ou un tour de prestidigitation qui évoque Gérard Majax, à moins qu’il ne soit plutôt du niveau de Garcimore.Le tour est joué, et nous pouvons regarder ailleurs au moment de chercher les postes de dépenses qui pourraient être ciblés dans la tâche pourtant inévitable et inéluctable de réduire le déficit budgétaire.

C’est laborieux !

Nous faire regarder ailleurs, c’est précisément l’objectif recherché. Reconnaissons-le : ce système est opaque, même pour nous qui débattons et votons le budget de la nation.

On ne l’a pas voté, le budget de la nation !

Ce système, en torturant la langue et les concepts comptables, nous empêche de penser clairement. Le déficit d’un système par répartition devrait être la différence entre les pensions versées et les cotisations perçues. Lorsque les cotisations ne suffisent plus à couvrir le paiement des pensions, le système est en déficit. Pour éviter la cessation de paiement, il faut alors faire appel à une source extérieure de financement : soit l’État, donc le contribuable ; soit, à défaut, la dette.Or notre système, que l’on dit par répartition et qui est présenté comme étant à l’équilibre, n’est financé qu’aux deux tiers par des cotisations prélevées sur la masse salariale. Le tiers restant provient de l’État. Et à part vous, chers collègues, qui peut encore croire que ces milliards qui sortent des poches de l’État et du contribuable n’ont aucun impact sur notre déficit ni sur notre dette publique […]

D’après vous, qui était au gouvernement ces dernières années ?

Nous étions au gouvernement, mais la responsabilité est partagée – je vais y revenir.La réalité, c’est celle d’un système qui nuit au pouvoir d’achat des actifs, qu’ils travaillent dans le secteur public ou le secteur privé. La réalité, c’est celle d’un système qui accélère la paupérisation de notre éducation nationale, de notre système de santé et de nos services publics.

La faute à qui ?

La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité au sein d’une même génération, alors que nous ne savons pas dire combien coûte l’écart de droits entre le système de retraites du public et celui du privé. La réalité, c’est celle d’un système incapable d’assurer l’équité entre les générations, puisque nous savons déjà que les taux de remplacement chuteront.

Vous êtes là depuis 2017 ! Vous aviez huit ans pour changer les choses, vous n’avez rien fait !

Les retraités actuels touchent 75 % de leur dernier salaire, alors que les actifs actuels, eux, devront se contenter de 54 % lorsqu’ils arriveront à l’âge de la retraite, malgré l’allongement de leur durée de cotisation. La réalité, c’est enfin celle d’un système qui empêche tout pilotage efficace par le gouvernement ou par le Parlement, en nous rendant incapables d’identifier les véritables causes du déficit budgétaire de la France.Alors que nous faisons face à un déficit annuel de plus de 150 milliards d’euros, nous concentrons nos débats sur des fusions d’agences de l’État qui ne permettront que des économies marginales, ou sur la traque des centenaires algériens dans les bleds, dans l’espoir d’en retirer les 40 millions évalués par la Cour des comptes.

La faute à qui ?

Reconnaissez vos erreurs !

L’attitude de ceux qui, à l’instar de la Cour des comptes, pourraient lever le voile mais choisissent de ne pas le faire, est coupable. Si cette attitude permet d’éviter de reconnaître un déficit comptable, elle favorise aussi l’installation d’un déficit démocratique,…

Ce n’est pas la censure de la Cour des comptes !

…celui qui consiste à laisser les Français, leurs représentants élus et les partenaires sociaux débattre de l’avenir de nos retraites sur la base d’un diagnostic trompeur. Ce système biaisé et non pilotable est la conséquence de la réforme qui a créé le CAS Pensions, menée en 2001 par le gouvernement Raffarin et entrée en vigueur en 2006. Depuis lors, il n’a jamais été remis en cause par aucun des ministres des finances ou du budget qui se sont succédé à Bercy. Alors, vous allez mentionner Bruno Le Maire,…

Les grands romanciers d’abord !

…mais n’oublions pas ses prédécesseurs, dont la liste est longue : Michel Sapin, Pierre Moscovici – tiens, encore lui ! –, François Baroin, Christine Lagarde, Jean-Louis Borloo et Thierry Breton.

Que des gens de droite !

D’une certaine manière, au fil du temps, nous sommes tous devenus complices de ce déni de réalité. Oui, tous, et nous aussi, chers collègues, car qui, dans cet hémicycle, a un jour levé la main pour exiger que nous mettions fin à cette fable ? Qui a eu le courage de s’insurger face à des conventions comptables qui nous empêchent de voir ou de comprendre la réalité ? Oui, il faut du courage pour accepter de voir la réalité en face,…

Nous avons refusé tous vos budgets parce qu’ils étaient mauvais !

…car il serait alors inévitable et inéluctable de trouver des solutions qui vont à l’encontre soit de certains de vos récits politiques, soit de certains de nos intérêts électoraux.Je suis désolé de vous le dire, cela va vous choquer,…

Vous avez raison d’être désolé !

…même si je reconnais aisément que l’on peut reprocher des choses à ce gouvernement (M. Inaki Echaniz, M. Benjamin Lucas-Lundy et Mme Marie Pochon applaudissent), le courage que j’évoquais à l’instant, un seul l’incarne ici : François Bayrou. (Rires et applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS.)

C’est une incarnation !

Il guérit les écrouelles par imposition des mains !

C’est de la transsubstantiation !

C’est rafraîchissant, quand même !

Eh oui, jeudi dernier, lors de votre conférence de presse, monsieur le premier ministre…

Rangez la boîte de cirage !

Écoutez, vous allez apprendre quelque chose !

C’est Shirley ou Dino ?

Vous nous disiez donc, monsieur le premier ministre : « Tout ça se passe […] dans l’hypocrisie la plus complète » ; « vous croyez qu’il y a un des responsables qui ignore que c’est par le déficit et la dette qu’on finance [les retraites] ? »

Le premier ministre n’a jamais été ministre avant…

Je le demande à M. Faure, je le demande à Mme Le Pen et à M. Tanguy, je le demande à M. Mélenchon et à ses pantins (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP), à tous ceux qui défendent le statu quo, voire le retour à 62, 60 ou même 56 ans, à ceux qui défendent l’indexation ad vitam aeternam des retraites les plus élevées : ignorez-vous réellement que chaque année que nous laissons passer sans réformer notre système de retraites pour l’adapter à la nouvelle donne démographique creuse le trou dans lequel nous enterrons l’avenir de nos enfants et de la nation ? (M. Benjamin Lucas-Lundy s’exclame.)

C’est votre dette !

En ce qui concerne le groupe Ensemble pour la République, nous sommes conscients des défis qui nous attendent.

Soyez surtout conscients de votre bilan !

Nous sommes conscients que les solutions aux problèmes que j’ai évoqués seront difficiles à faire accepter et à mettre en œuvre, mais à ce stade, ni nous, ni vous, ni le gouvernement n’avons plus d’autre choix que celui de la responsabilité, qui consiste à regarder la réalité en face et à agir.

La réalité, c’est que vous avez perdu les élections et qu’il y a une majorité pour abroger la réforme des retraites !

En proposant cette motion de censure, chers collègues du Parti socialiste, vous nous invitez au contraire à garder la tête dans le sable,…

C’est ce que vous faites face au changement climatique !

…à laisser nos enfants, et leurs enfants après eux, régler le problème que nous avons collectivement laissé s’installer. En proposant cette motion de censure, vous nous dites : « Circulez, il n’y a rien à voir ! » Toutefois, ce que nous avons tous laissé faire pendant vingt ans par lâcheté collective – c’est ce dont il s’agit – n’est désormais plus acceptable. La responsabilité est partagée.

C’est vous qui êtes au pouvoir !

Notre avenir et la souveraineté financière de notre nation sont en jeu. Par conséquent, sans surprise, le groupe Ensemble pour la République ne votera pas cette motion de censure.

Merci, au revoir !

Nous encourageons le premier ministre et son gouvernement à poursuivre son combat courageux en faveur de davantage de transparence et de justice pour les actifs actuels et pour les générations futures. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)

La parole est à M. Hadrien Clouet.

Monsieur Bayrou, cela fait six mois et quelques jours que vous êtes là. C’est six mois et quelques jours de trop. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Macroniste de la première heure, vous avez applaudi quand le reste de la clique a privé de deux ans de vie les Françaises et les Français. (Mêmes mouvements.)

Il ne fallait pas voter pour eux !

Mais nous ne sommes pas rancuniers : nous proposons de vous mettre vous-même à la retraite dès ce soir – et à taux plein, c’est dire ! Vous en aurez, de la chance, contrairement aux 10 000 personnes qui meurent chaque année avant la retraite à cause de votre réforme. C’est à elles que nous dédions cette motion de censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous devez partir car vous n’auriez jamais dû être là.

Tu as voté pour eux !

Aux élections, vous avez fait 3,8 % : on pourrait confondre votre score avec un taux d’inflation ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Depuis, vous avez multiplié les mensonges et les manigances. La pire, sans doute, concerne une des plus grandes affaires pédocriminelles de notre histoire, celle de Bétharram. (Mêmes mouvements.) Vous saviez, vous aviez les moyens d’agir et vous n’avez rien fait, à part insulter les témoins et mentir sans vergogne à tous les parlementaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également. – Exclamations sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)

C’est insupportable !

Contrairement à M. Vojetta, je ne crois pas que vous soyez un être de lumière et de sainteté descendu sur terre pour guérir les gens par imposition des mains, voire pour les faire ressusciter. Si vous êtes à ce poste, c’est seulement parce que, sur le Titanic qui coule, personne ne voulait être commandant en second. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Même Macron – c’est paru ce matin dans Libération – se demande : « Mais pourquoi ils ne le virent pas ? » (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Très bonne suggestion !

Puisque nous parlons de naufrage, revenons à votre conclave, qui vient de finir en eau de boudin.

Habemus papam !

Je rembobine : en janvier 2025, à la tête d’un des pires budgets d’austérité de l’histoire de France, qui ferme des classes dans les écoles, des lits dans les hôpitaux et qui abandonne l’industrie française, vous achetez le soutien du Parti socialiste avec un tour de passe-passe : un conclave sur les retraites. Ce conclave, à bien y regarder, c’est moins Léon XIV que Thatcher II. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)Dès le lendemain de sa proclamation et de sa convocation, dès lors que vous êtes sauvé de la première motion de censure, vous faites volte-face : exit les discussions pour trouver de nouvelles recettes, exit la surcotisation sur les très hauts salaires, qui aurait pourtant assuré l’équilibre des caisses. C’est ça, la méthode Bayrou ! On vous imagine en réunion de copropriété, refusant de parler des charges, en […]

Écoutez, monsieur Bayrou, ça s’adresse à vous !

Vous avez exclu du conclave la FSU – Fédération syndicale unitaire – et Solidaires, puis la CGT et FO sont partis, puis la CFDT, la CFTC, l’Unsa et la CFE-CGC ont exprimé leur désaccord avec votre borne d’âge. La seule chose que montre le conclave, c’est que tout le monde est hostile à cette réforme des retraites et la déteste. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benoît Biteau applaudit également.)Logiquement, pour vous en sortir, vous avez décrété que le Medef aurait un droit de veto sur tout, qu’il s’agisse de l’âge de départ, des annuités ou encore des cotisations – veto partout !

Justice nulle part !

Mais enfin, un conclave où le Medef a droit de veto, ce n’est pas une réunion, c’est de l’extorsion, définie à l’article 312-1 du code pénal ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les syndicats, eux, avaient le droit de choisir entre le café tiède et le café froid, la soupe étant réservée au patronat.Je résume : votre conclave, c’est une réunion dont ne peut sortir qu’un texte approuvé par des gens qui sont d’accord avec vous. Eh bien – nous allons vous le rappeler ce soir –, nous ne sommes pas d’accord avec vous. (Mêmes mouvements. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Nous ne céderons jamais, nous n’abandonnerons jamais notre tâche historique et populaire consistant à abroger cette réforme inique des retraites. (Mêmes mouvements. ) À 64 ans, un tiers des gens souffrent déjà d’incapacité professionnelle, et vous voulez leur pourrir les années de vieillesse […]

Il n’écoute pas !

Qui paiera ces 40 milliards ? Évidemment pas les actionnaires, qui ont détourné le double l’année dernière, ce qui ne leur vaut guère qu’une petite tape sur l’échine. Non : dans vos classeurs, il y a d’autres projets, que je tiens à faire connaître à tous ceux qui nous écoutent. Ces 40 milliards, c’est l’équivalent d’un million de fonctionnaires – profs, pompiers, infirmiers, aides-soignants –, que vous pourriez supprimer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est l’équivalent de toutes les prestations de la branche famille de la sécurité sociale, qui pourraient sauter : l’allocation de rentrée scolaire, les aides personnelles au logement (APL), les allocations familiales, la prime d’adoption, l’allocation aux adultes handicapés (AAH), l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH), la somme de tout cela représente ce que vous voulez couper à l’hiver.

Écoutez un peu, monsieur Bayrou, au lieu de discuter avec vos copines !

Françaises, Français, vous voilà avertis : ces gens comptent étrangler le peuple à la rentrée. Dès lors, notre tâche du moment consiste à les empêcher de tenir jusqu’à la rentrée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Dans vos manœuvres détestables, vous avez un appui certain : les députés du Rassemblement national, qui tentent de se faire oublier – ils sont quatre, en cette fin d’après-midi.

Eh oui !

Si Bayrou est toujours premier ministre ce soir, ce sera à cause d’eux et à cause d’elles. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

Tu as voté pour eux !

Si on part en retraite à 64 ans, ce sera à cause d’eux et à cause d’elles. Au lieu de députés RN, nous avons des répondeurs automatiques qui répètent la même fiche dans toutes les émissions : « on n’a pas d’idées, on verra quand on sera au pouvoir ». (Rires sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Mais Bardella a lâché le morceau, hier soir, à 21 h 38,…

Exactement !

…sur CNews – une chaîne peu recommandable, mais tant pis.

Tu l’as regardé ?

Bien sûr : ce n’est pas avec ses interventions au Parlement européen que je vais savoir ce qu’il dit ! (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Quand on lui demande s’il veut abroger la réforme des retraites, M. Bardella répond : « On verra la situation budgétaire dans laquelle on sera dans deux ans. » Il confirme ainsi la confidence qu’il a faite à M. Gattaz, ancien patron des patrons, le 8 avril, au Forum des libertés – encore un machin de l’extrême droite : « On va devoir […] renoncer au retour à l’âge légal à 62 ou 60 ans. » (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

La honte !

Voici l’aveu : le RN n’abrogera pas la réforme des retraites. C’est eux-mêmes qui le disent ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)La seule chose étonnante qu’il reste à expliquer, c’est la raison pour laquelle le RN se cache et n’assume pas ses opinions politiques. C’est simple : comme M. Bayrou, le RN veut les retraites par capitalisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Philippe Tanguy s’exclame.)

Démasqués !

Les hurlements de M. Tanguy ne m’empêcheront pas d’aller au bout du propos ! Thomas Ménagé, rapporteur du texte du Rassemblement national sur les retraites – on s’en souvient, car il était rapporteur pour la première fois –, a déclaré ici même le 31 octobre 2024 : « Il faut débattre de la question d’une part de capitalisation collective. »

Quel rapport ?

Plus récemment, le 28 mai, Éric Ciotti a présenté à un plan pour la capitalisation des retraites (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP)…

Eh oui ! Le casino !

Du Macron pur jus, collègues !

…prévoyant de flécher 11 % des pensions vers des fonds financiers privés, histoire que les économies d’une vie puissent disparaître au premier retournement boursier, quand la finance aura une saute d’humeur. Pour compenser le manque à gagner immédiat, M. Ciotti propose de verser dans le système de retraites deux tiers des fonds du logement social. Les gens n’auront donc plus de retraite et plus de logement. Bravo ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Traduction : avec le Rassemblement national, vous n’aurez plus de maison et l’argent qu’il vous restera sera joué à la Bourse de New York.Il y a aussi la version coupée d’eau tiède ; je pense à l’interview du député RN Gaëtan Dussausaye. Je l’ai lue hier soir : j’avais fini le dernier Stephen King et je cherchais une autre lecture du même genre. Je le cite : « Si on ne vote pas la censure, ce n’est pas qu’on soutient […]

La censure ne porte pas sur un texte !

Non : si vous ne la votez pas, c’est que vous soutenez les auteurs du texte et que vous voulez les laisser en écrire d’autres ! C’est encore pire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je continue : « Changer de projet sur les retraites fait partie d’un tout budgétaire, avec de nouveaux moyens de financement nécessaires […]. » Si vous cherchez vraiment des recettes supplémentaires pour les retraites, pourquoi votez-vous contre la surcotisation sur les hauts salaires ou la mise à contribution des revenus financiers ? (Mêmes mouvements. – Mme Christine Arrighi applaudit également.)Pour finir, le pompon – tout cela vient de la même interview…

C’est un festival !

Tout à fait ! Le pompon, donc : « Est-ce que les Français ont envie d’instabilité à quelques semaines des vacances ? » Laissez-moi vous apprendre que 40 % des gens n’ont pas de vacances ; vous devriez les fréquenter, cela vous ferait du bien. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Quant à ceux qui en ont, ils aimeraient bien que ces vacances ne soient pas les dernières qu’ils passent avec leurs proches !

Eh oui ! Exactement !

Bref, le RN parvient à être à la fois le marchepied, le paillasson et la serpillière de la Macronie : ce n’est pas un groupe parlementaire, c’est une quincaillerie ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Si vous ne votez pas la censure, c’est parce que vous craignez le retour aux urnes, Mme Le Pen ayant été condamnée et déclarée inéligible. (Mêmes mouvements.)

Quatre millions !

Ah, il est beau, le parti du peuple qui sacrifie des millions de retraités pour un siège de députée dans un accord de dessous-de-table avec François Bayrou !

Elle est à plus de 30 % ! Combien faites-vous ? (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Bref, contre la réforme des retraites, contre le budget partagé du gouvernement et du RN, il est l’heure de voter la censure, avec en tête les mots du grand écrivain José Saramago : « Il faut quand même persister. L’espoir est comme le sel, il ne nourrit pas, mais il donne de la saveur au pain. » Votre censure, c’est notre sel. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, sur plusieurs bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe GDR.)

Yaël Braun-Pivet president · EPR #1354

La discussion est close. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de censure. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Je rappelle que seuls les députés favorables à la motion de censure participent au scrutin et que le vote se déroule dans les salles voisines de l’hémicycle. Le scrutin est ouvert pour vingt minutes ; il sera donc clos à 20 h 17.

Suspension et reprise de la séance

Yaël Braun-Pivet president · EPR #1356

La séance est suspendue.

#1357

(La séance, suspendue à dix-neuf heures cinquante-sept, est reprise à vingt heures dix-huit.)

Yaël Braun-Pivet president · EPR #1358

La séance est reprise.Voici le résultat du scrutin : Majorité requise pour l’adoption de la motion de censure, soit la majorité absolue des membres composant l’Assemblée 289 Pour l’adoption 189 La majorité requise n’étant pas atteinte, la motion de censure n’est pas adoptée.

Ordre du jour de la prochaine séance

Yaël Braun-Pivet president · EPR #1362

Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures quarante-cinq : Discussion de la proposition de loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive. La séance est levée.

#1363

(La séance est levée à vingt heures vingt.)

#1364

Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra