Séance du 27 novembre 2025 — 74e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Christophe Blanchet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Christophe Blanchet.
Tours 801 à 847 sur 847 — page 5 / 5.
Quelle déception ! (Sourires.)
Étant donné les rapports de force dans l’hémicycle et sachant que le Rassemblement national a décidé de laisser passer cette proposition de loi des Insoumis, l’Assemblée nationale devrait dans quelques instants adopter ce texte à une large majorité. (Rires et exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Il n’y a personne sur vos bancs !
Je ne veux pas être l’oiseau de mauvais augure, mais je crains qu’à minuit, après les réjouissances – car l’adoption de la proposition de loi suscitera des scènes de joie et de liesse (M. Manuel Bompard acquiesce),…
Évidemment !
… vous publierez des tweets : « Victoire ! L’Assemblée nationale nationalise ArcelorMittal ! » ; (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) ; vous applaudirez ceux qui nous écoutent en tribune et vous ferez de la com’ sur les réseaux sociaux –, la suite ressemble à ce qui advient dans le conte de Cendrillon. À minuit, le carrosse se transformera en citrouille, mais il n’y aura pas de baguette magique. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)
C’est toi, la citrouille !
Les promesses que vous avez vendues tomberont dans l’oubli, soit que cette proposition de loi ne prospère pas et n’arrive pas au terme de son parcours législatif, soit que, celui-ci achevé, elle ne résolve absolument rien. C’est le nœud du long débat que nous avons eu aujourd’hui : l’absence d’effet des nationalisations.Une nationalisation ne résout aucun des problèmes économiques de l’entreprise. Mettre l’État à la tête d’ArcelorMittal ne réglera ni le problème de l’insuffisance de la demande interne d’acier ni celui de la concurrence déloyale ; cela ne baissera pas par magie les coûts de l’entreprise, cela ne redressera pas son chiffre d’affaires, ses bénéfices et sa rentabilité. La nationalisation ne résoudra pas les problèmes intrinsèques de l’entreprise – nous l’avons suffisamment répété.L’histoire économique est jonchée de nationalisations entièrement ratées.
De privatisations ratées aussi !
De nombreux orateurs ont expliqué que la nationalisation était la panacée, que les nationalisations historiques avaient invariablement bien marché. Ce n’est pas vrai. La nationalisation du Crédit lyonnais a entraîné 15 à 20 milliards d’euros de pertes. La nationalisation d’Usinor a été une catastrophe et a englouti des milliards d’euros d’argent public. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Thomson a été nationalisé en 1982 et les résultats ont été tellement mauvais qu’en 1997 l’entreprise valait 1 franc symbolique. La nationalisation d’Areva s’est soldée par 10 milliards d’euros de pertes.Nous pourrions également prendre des exemples à l’étranger. Les nationalisations des années 1970 en Angleterre n’ont pas fonctionné ; les grandes vagues de privatisations dans les années 1980 ont même montré qu’elles avaient été une catastrophe. Il en a été de même en Grèce ou en Italie, où […]
C’est vous qui gérez mal !
Oui, partez !
Il procède à des nominations politiques ; il met des gens incompétents à la tête de ses entreprises et celles-ci ne fonctionnent pas mieux. Il repousse les réformes nécessaires : il refuse d’insuffler un changement dans l’entreprise et remet à plus tard des restructurations qui sont pourtant essentielles au redressement de la boîte. Il laisse les pertes s’accumuler. Et à la fin, quand il y a des milliards d’euros de pertes, qui paie ? (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) À la fin, rien n’est gratuit, il y a bien quelqu’un qui paie ces nationalisations ratées : le contribuable.
211 milliards d’aides aux entreprises, 1 000 milliards de dette !
Les 4 à 6 milliards d’euros d’argent public, d’argent des Français, que vous utiliseriez pour nationaliser ArcelorMittal seraient engloutis en pure perte. Cela coûterait aux contribuables, qui viendraient éponger les dettes, sans que la nationalisation ait fonctionné. Le mécanisme a été le même dans toutes les nationalisations ratées, en France comme à l’étranger. L’histoire économique est jonchée de ces échecs.Je pense que l’État doit se concentrer sur la compétitivité. Il doit passer beaucoup plus de temps à discuter non pas des nationalisations, mais des baisses d’impôts et de dépenses publiques.
On a vu le résultat depuis sept ans ! C’est brillant !
La meilleure façon de donner de la rentabilité aux industries est de leur permettre d’être plus compétitives avec une politique moins fiscale, ce qui suppose moins de dépense publique. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)
Vous n’avez pas honte ?
Mais vous n’en voulez pas. Vous voulez de l’État partout, tout le temps, dans toutes les entreprises de France.Je terminerai avec une pensée pour tous les salariés de l’entreprise qui sont dans la difficulté…
Ils sont dans les tribunes !
…et qui ont pu croire aux discours de certains députés, à mon sens mensongers, qui surfent sur leurs difficultés pour leur vendre du rêve.
Regardez-les !
Encore une fois, je crains qu’ils ne soient très déçus… (M. le président coupe le micro de l’orateur, dont le temps de parole est écoulé. – Les députés du groupe EPR applaudissent ce dernier.)
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 210 Nombre de suffrages exprimés 168 Majorité absolue 85 Pour l’adoption 127 Contre 41
(La proposition de loi est adoptée.) (Les députés des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR se lèvent et applaudissent longuement en se tournant vers les tribunes.)
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à vingt-trois heures trente-cinq, est reprise à vingt-trois heures quarante.)
La séance est reprise.Mes chers collègues, quelques personnes dans l’hémicycle ont pris des vidéos pendant la suspension. Je vous rappelle que c’est strictement interdit, sauf pour un usage personnel. J’ai identifié auprès des huissiers les personnes que j’ai vues prendre des vidéos sur différents bancs. Si celles-ci sont diffusées dans les médias, j’en référerai au bureau pour demander des sanctions. Je renouvelle ainsi le rappel au règlement que Mme la présidente de l’Assemblée vous avait fait à tous par écrit.
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi de Mme Sophia Chikirou et plusieurs de ses collègues pour défiscaliser les pensions alimentaires perçues et lutter contre la précarité des familles monoparentales (nos 1956, 2121).
La parole est à Mme Sophia Chikirou, rapporteure de la commission des affaires sociales.
La France insoumise est un grand mouvement populaire qui a mis à profit sa journée de niche parlementaire pour faire adopter des textes qui changent la vie de millions de nos concitoyens et qui répondent à des besoins concrets. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ainsi avons-nous adopté une résolution contre l’accord de libre-échange avec le Mercosur et une proposition de loi pour les ultramarins, qui vise à garantir la continuité territoriale et le service postal universel. (Mêmes mouvements.) Ainsi avons-nous fait adopter une proposition de loi pour la nationalisation d’ArcelorMittal. (Mêmes mouvements.)Malheureusement, à cette heure-ci de la nuit et par la faute de l’extrême droite dans cet hémicycle, nous ne pourrons pas faire adopter deux autres textes qui, pourtant, changeraient la vie de millions de nos concitoyens. (Mêmes mouvements.)
Ça vous arrange !
Nous ne pourrons pas faire adopter la proposition de loi visant à garantir la gratuité des parkings des hôpitaux. Surtout, nous ne pourrons pas faire adopter celle que je vous présente ce soir pour défiscaliser les pensions alimentaires perçues et augmenter le montant de l’allocation de soutien familial. Nous ne pourrons pas accomplir ces grandes avancées fiscales et sociales, par la faute de l’extrême droite, qui a révélé ce soir ce qu’elle est. (Mêmes mouvements.)
Exactement !
C’est votre choix !
Je tiens à faire entendre ce soir la colère que les collectifs et les associations de familles monoparentales et de mères isolées m’ont demandé d’exprimer devant vous. (Mêmes mouvements.) Encore une fois, par votre bêtise, par votre mépris pour les classes populaires, une avancée sociale est repoussée et annihilée. Cette obstruction qui vous a tant amusés aujourd’hui n’est que la démonstration que vous êtes l’assurance-vie du système. (Mêmes mouvements.) Vous, l’extrême droite, assurance-vie d’un système de domination et d’un système patriarcal qui a placé les familles monoparentales et les mères isolées dans la précarité, voire dans la pauvreté pour nombre d’entre elles, vous avez empêché la discussion sur un sujet qui touche 2 millions de familles dans notre pays et qui concerne 3,5 millions d’enfants. (Mêmes mouvements.) Ce soir, nous avons assisté à l’exposition de votre ridicule – […]
La parole est à M. le ministre délégué chargé de la fonction publique et de la réforme de l’État. Je vous informe que je lèverai la séance à minuit pile.
Je respecterai le temps que vous avez indiqué, monsieur le président. Madame la rapporteure, vous avez rappelé la précarité et la pauvreté qui touchent de très nombreuses familles monoparentales, comme on les appelle pudiquement, c’est-à-dire, dans l’immense majorité des cas, des femmes élevant seules leurs enfants.Ces familles, ces femmes seules, attendent de nous non pas des slogans – elles en ont beaucoup soupé – mais des solutions. Malheureusement, votre texte n’en propose pas. Pour le montrer, j’insisterai sur l’article 1er, qui est le cœur de votre proposition de loi.La défiscalisation des pensions alimentaires n’apporterait rien à plus de 70 % des parents concernés parce que, comme vous l’avez dit, ces femmes seules ne sont pas imposables. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) En réalité, ce sont les foyers les plus aisés qui en bénéficieront. Ce sont eux qui […]
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Zahia Hamdane.
Je ne suis pas montée à cette tribune pour dérouler des chiffres froids, des articles du code fiscal ou des cours d’économie. Je suis venue pour parler de la vie réelle, de nos enfants, de leurs besoins et de leurs droits. Je suis venue vous parler de celles et ceux qui sont les piliers silencieux de notre société : les parents qui élèvent seuls leurs enfants, souvent dans des conditions matérielles et émotionnelles d’une violence inouïe.Je le dis avec gravité : ce que vivent aujourd’hui près de 1 million de familles monoparentales en France et 3 millions d’enfants relève de la maltraitance institutionnelle. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Cette maltraitance est organisée, tolérée et reproduite par des règles que nous avons le pouvoir de changer. Un enfant sur quatre vivant dans un foyer monoparental est pauvre. Si, dans cet hémicycle, nous ne tremblons pas face à ce […]
Madame la députée, il est minuit passé ; je vous laisse trente secondes pour conclure.
Très bien, monsieur le président. Je reprends donc : le débiteur, souvent le père, peut déduire de ses impôts une part importante de la pension qu’il verse, tandis que la mère, après la séparation, voit son niveau de vie diminuer – parfois jusqu’à 24 % de perte.Nous aurions pu, chers collègues, voter pour un texte de nature à réparer le passé, à sécuriser le présent, à protéger l’avenir. Nous aurions pu voter pour un texte qui aurait changé la vie de millions d’enfants. Nous aurions pu voter pour un texte qui fasse de la dignité des familles monoparentales une priorité de la République. Nous n’avons pu le faire aujourd’hui ; nous continuerons ce travail et le ferons une autre fois ! (Les députés du groupe LFI-NFP ainsi que plusieurs députés du groupe SOC se lèvent et applaudissent. – Mme la rapporteure applaudit également.)
Prochaine séance, mardi 2 décembre, à quinze heures : Questions au gouvernement ;Discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, du projet de loi de finances de fin de gestion pour 2025 ;Discussion, en nouvelle lecture, du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Bon anniversaire à celles et ceux qui, comme M. le ministre, le fêtent aujourd’hui ! La séance est levée.
(La séance est levée, le vendredi 28 novembre 2025, à zéro heure.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra