Séance du 25 mai 2023 — 246e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Élodie Jacquier-Laforge.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Élodie Jacquier-Laforge.
Tours 801 à 838 sur 838 — page 5 / 5.
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir le sous-amendement no 1807 et de donner l’avis de la commission sur les amendements en discussion commune.
Deux approches totalement différentes se font jour, entre ceux qui ne veulent pas d’un porte-avions et ceux qui proposent d’en prévoir un deuxième.Plusieurs d’entre vous l’ont souligné, il est indispensable de détenir un porte-avions si l’on veut que la France soit une nation-cadre sur le plan maritime. C’est également un atout en matière de surveillance de l’espace aérien, ce qui est important dans toutes sortes de combats, qu’ils se déroulent sur terre ou sur mer. Un porte-avions permet également de multiplier nos modes d’actions dans le cadre de la dissuasion nucléaire. Enfin, il permet de poser une empreinte sur un territoire, d’assurer notre présence et de démontrer que nous disposons d’une certaine puissance. Voilà pourquoi nous détenons à l’heure actuelle un porte-avions.S’agissant des amendements, je serai synthétique, car je sais que le président de la commission souhaite […]
La parole est à M. le président de la commission de la défense nationale et des forces armées.
Je souhaite non pas ralentir les débats mais compléter les propos du rapporteur, qui a bien expliqué les fonctions d’un porte-avions en matière de couverture des opérations navales et de projection de puissance – ce dernier point est important pour un pays tel que la France qui représente le deuxième espace maritime et est un État archipel, constitué de possessions sur presque tous les continents. Je souhaite néanmoins tordre le cou à quelques idées reçues sur le porte-avions, puisque j’ai eu la chance, lorsque j’étais à l’École de guerre, d’être embarqué durant une semaine sur le Charles-de-Gaulle – je n’étais pas très convaincu auparavant :…
Une semaine !
…nous ne sommes pas très nombreux à avoir vécu une telle expérience ! On pense généralement qu’un porte-avions n’est qu’un bâtiment qui permet de porter des avions. Or c’est avant tout un centre opérationnel, un centre de renseignement de la force navale, un magnifique outil logistique à même de réparer des avions à des niveaux très poussés, des soutes à munitions, deux centrales nucléaires et un aéroport sur le pont. Il s’agit donc d’un outil très polyvalent, capable de réaliser beaucoup de choses, qui est bien plus qu’un simple aéroport flottant.On pense souvent également qu’un porte-avions est lent. En réalité, il est capable de parcourir jusqu’à 1 000 kilomètres par jour : il peut donc être déployé rapidement dans les différents espaces maritimes. On entend aussi le débat selon lequel il serait vulnérable. En effet, du fait de l’hypervélocité, les missiles voleront plus vite. Mais […]
Bravo !
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Je souhaite revenir sur un point important qui peut persister dans l’esprit de beaucoup de Français : supprimer le deuxième porte-avions, monsieur Rimane, n’impliquerait pas que nous ayons plus de bateaux. Avec un tel raisonnement, nous pourrions refaire tout le débat et proposer d’enlever des satellites pour mettre davantage de patrouilleurs, et ainsi de suite. Le porte-avions, comme l’a rappelé le président Gassilloud, accomplit des missions particulières que d’autres bateaux ne savent pas faire. Objectivement, bien malins ceux qui savent ce qui nous attend en matière de menace. Le porte-avions est l’un des outils qui permet de répondre à des menaces spécifiques.Ensuite, j’ai été interrogé hier soir sur la catapulte du porte-avions. Le groupe aéronaval, en particulier le porte-avions, tire largement la souveraineté industrielle vers le haut, notamment en matière de propulsion […]
C’est la diversité !
Dernier point de cohérence : on ne peut pas dire, comme ce matin, que le retour dans le commandement intégré de l’Otan traduirait une forme d’abandon – je ne reviendrai pas sur ce débat – et vouloir s’en remettre en matière de sécurité en Méditerranée au seul groupe aéronaval Bush. Si nous voulons conserver notre autonomie stratégique et notre capacité à être forts au sein de l’Otan, ne laissons pas les clefs de la maison au seul porte-avions américain présent en Méditerranée.
Évidemment !
Nous disposons du nôtre : le porte-avions nucléaire français. C’est aussi une question de cohérence globale. On ne peut pas jouer sur plusieurs platines en même temps : au bout d’un moment, cela conduit à une stéréo mal réglée.
Pourriez-vous, monsieur le ministre, nous redire formellement vos avis sur les amendements ?
C’est une excellente question, madame la présidente. Avis défavorable aux amendements identiques nos 201 et 1034 ; défavorable ou demande de retrait sur l’amendement no 1367. Avis favorable au sous-amendement no 1807 et aux amendements identiques nos 1174, 1680 et 1685 ainsi sous-amendés, car ils sont le fruit d’un engagement de ma part, demandé par la majorité notamment : c’est-à-dire être en mesure d’éclairer les décisions à venir.
J’ai reçu deux demandes de prise de parole que je vais accepter, mais je vous demande d’être brefs dans la mesure où il est déjà plus de vingt heures.La parole est à M. Bastien Lachaud.
Avant de nous prononcer sur les amendements identiques nos 1174 et suivants, sous-amendés, je voudrais m’assurer que les études ne porteront pas sur le coût du deuxième porte-avions, mais sur le coût du format à deux porte-avions, c’est-à-dire sur le coût non seulement de la détention d’un porte-avions supplémentaire, mais aussi de frégates supplémentaires, de nouveaux quais – je ne suis pas exhaustif. Soyons précis. De la même manière, je voudrais m’assurer que cela inclut les économies d’échelle qui seraient réalisées si les catapultes et les brins d’arrêt étaient produits en France et si le coût était divisé pour les deux porte-avions.
Nous n’en serons plus à cela près !
La parole est à M. Davy Rimane.
Je souhaite simplement apporter une précision au ministre. Le but n’est pas de dire oui ou non à un porte-avions.
Je sais bien.
Toutefois, si la France souhaite disposer de ce porte-avions, elle doit être aussi en mesure de protéger tous ses territoires quels qu’ils soient. Vous n’êtes pas sans savoir qu’au moment où je vous parle, il n’y a jamais eu autant de bateaux qui pillent illégalement les ressources halieutiques de nos territoires, en tout cas en Guyane, au niveau de l’Amazonie : cela pose un problème puisque la ressource est sur le point de se tarir. Par conséquent, si la France est en mesure de financer la construction d’un porte-avions de ce type, elle doit aussi pouvoir accorder des moyens supplémentaires à la lutte contre les vagues incessantes de pillage dans notre territoire maritime. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Donc, il faut quatre porte-avions ?
La parole est à M. le ministre.
Je ne suis pas l’auteur des amendements que vous avez mentionnés, monsieur Lachaud : ce serait plutôt à eux de vous répondre. Néanmoins, ils font référence au « format ». Je vous propose d’entendre cette notion de la manière la plus large possible puisque, de fait, un porte-avions ne peut pas sortir sans sa garde, c’est-à-dire sans un sous-marin nucléaire d’attaque.
Oui, cela va de soi.
Un porte-avions qui ne porterait pas d’avions ne serait pas très utile non plus. Il s’inscrit donc dans un format de groupe aéronaval. Ensuite, on peut aussi aller plus loin : force aéronavale nucléaire ou non, par exemple Je me suis engagé à ce que la réflexion soit documentée une bonne fois pour toutes, y compris pour l’histoire.Pour revenir sur le point évoqué par monsieur Rimane, de fait, les enjeux sont énormes. Nous reviendrons plus tard dans la discussion sur l’outre-mer. En revanche, il ne faut pas se servir du porte-avions à ce sujet. Pour que les concitoyens qui nous regardent, y compris d’outre-mer, nous comprennent bien, s’il n’y avait pas de porte-avions, la cohérence globale m’oblige à souligner que certaines missions de sécurité devraient être assurées par d’autres segments maritimes, qui ne seraient pas pour autant davantage déployés outre-mer.
(Les amendements identiques nos 201 et 1034 ne sont pas adoptés.)
(Le sous-amendement no 1807 est adopté.)
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1174, 1680 et 1685.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 67 Nombre de suffrages exprimés 67 Majorité absolue 34 Pour l’adoption 66 Contre 1
(Les amendements identiques nos 1174, 1680 et 1685, sous-amendés, sont adoptés.)
La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.
Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :Suite de la discussion du projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense.La séance est levée.
(La séance est levée à vingt heures dix.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra