Séance du 20 mars 2024 — 156e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 601 à 800 sur 918 — page 4 / 5.
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 184 Nombre de suffrages exprimés 169 Majorité absolue 85 Pour l’adoption 104 Contre 65
(Le projet de loi est adopté.) (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem, HOR et SOC.)
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures vingt-cinq, est reprise à dix-sept heures trente.)
La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi tendant à tenir compte de la capacité contributive des collectivités territoriales dans l’attribution des subventions et dotations destinées aux investissements relatifs à la transition écologique des bâtiments scolaires (nos 1998, 2335).
La parole est à Mme Sabrina Agresti-Roubache, secrétaire d’État chargée de la ville et de la citoyenneté.
Je suis très heureuse que la présente proposition de loi, d’initiative sénatoriale, soit inscrite à l’ordre du jour d’une semaine du Gouvernement. Elle a trait à un sujet absolument majeur : l’accompagnement des collectivités territoriales face au défi de la transition écologique. Depuis hier, nous avons confirmation que l’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée. L’adaptation de notre vie à cette nouvelle donne climatique est une nécessité et une urgence absolue. Lorsque l’on sait que les bâtiments scolaires représentent un sixième des bâtiments publics des collectivités territoriales, il apparaît évident qu’une mesure clé pour accélérer notre transition écologique est de faciliter les conditions de leur rénovation énergétique. Tel est l’objet même de ce texte, issu des travaux des sénateurs Nadège Havet et Jean-Marie Mizzon, que je salue. Je les rejoins à la fois sur le […]
La parole est à M. Daniel Labaronne, rapporteur de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire.
Dans notre quête d’un avenir plus durable, il est crucial de reconnaître la valeur des petits gestes. La présente proposition de loi s’inspire de ce principe fondamental. Elle a été adoptée à l’unanimité par le Sénat, sous l’impulsion de la sénatrice Nadège Havet, que je salue. Benjamin Franklin, inventeur du paratonnerre, l’a exprimé très sagement : « Les petites causes ont parfois de grands effets ». Avec cette proposition de loi, nous choisissons de concrétiser cet adage en prenant une mesure tangible pour soutenir les collectivités dans leurs efforts en faveur de la transition écologique.
Elles attendent toujours le coup de foudre budgétaire ! (Sourires.)
Cette proposition de loi prévoit une mesure spécifique et équilibrée visant à soutenir les collectivités territoriales les plus fragiles dans l’effort indispensable de rénovation des bâtiments scolaires. En réduisant leur reste à charge de 20 % à 10 %, l’État, par le truchement efficace des préfets – nous y reviendrons dans la discussion –, contribuera à alléger le fardeau financier des collectivités tout en favorisant la modernisation de nos infrastructures éducatives.Il s’agit d’une mesure équilibrée, qui ne présente pas de caractère automatique : elle permettra de cibler les collectivités dont le reste à charge serait disproportionné au vu de leur capacité financière. En adoptant cette proposition de loi, nous opterons pour une approche de bonne gestion, qui assurera non seulement la qualité des infrastructures éducatives, mais aussi la capacité des collectivités à entretenir ces […]
Laissez l’histoire tranquille !
Vous vous en souvenez, le soutien à l’investissement a été renforcé pendant la crise sanitaire par la création d’une DSIL exceptionnelle, qui finance des projets majoritairement dédiés à la transition écologique.
À cela s’ajoutent les 2 milliards du fonds Vert, créé en 2023 et reconduit en 2024, qui permettent aux collectivités de surmonter les défis de la transition écologique.Néanmoins, financer l’investissement ne suffit pas. Il est également essentiel de donner aux collectivités les moyens de se saisir des outils mis à leur disposition et de leur offrir un soutien en matière d’ingénierie. À cet égard, je tiens à saluer le travail remarquable de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), créée en 2019, qui conseille et soutient les collectivités dans la conception, la définition et la réalisation de leurs projets. L’ANCT est un acteur central dans les projets de développement du territoire relevant notamment des programmes Action cœur de ville, Petites Villes de demain et Villages d’avenir. Elle contribue ainsi à renforcer l’attractivité et la vitalité de nos territoires.Pour […]
Dans la discussion générale, la parole est à M. Michel Castellani.
Nous le savons tous ici, les collectivités territoriales sont chargées de financer les travaux de rénovation des bâtiments scolaires de l’enseignement public primaire et secondaire. En lien avec cette responsabilité, elles disposent de plusieurs solutions financières afin de mener à bien leurs projets.Cette politique prend un sens tout particulier à l’heure où la France s’est fixé d’importants objectifs en matière de transition écologique. Les collectivités territoriales prennent toute leur part à la réalisation de cette ambition, la rénovation énergétique des bâtiments scolaires constituant une partie importante de leur contribution. Néanmoins, le législateur a imposé une participation minimale, égale à 20 % du coût total, de la collectivité maître d’ouvrage. Ce plancher peut correspondre à un reste à charge trop important, ce qui conduit à reporter ou à annuler des projets pourtant […]
La parole est à Mme Nadia Hai.
Nous sommes réunis pour examiner la proposition de loi de notre collègue sénatrice Nadège Havet, qui vise à tenir compte de la capacité contributive des collectivités territoriales pour l’attribution des subventions et dotations pour l’investissement relatif à la transition écologique dans les bâtiments scolaires.Cette proposition de loi est l’occasion de nous pencher de plus près sur le comportement de l’État vis-à-vis des collectivités territoriales ces sept dernières années. Elle permet aussi de rendre un hommage appuyé aux maires et aux présidents de région, de département et d’établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), qui coordonnent au quotidien leurs efforts au service de nos concitoyens, dans un contexte parfois compliqué – ces dernières années ne nous ont pas épargnés. Je veux également rendre hommage aux services de l’État, aux préfets et à leurs équipes […]
Très bien !
Certains se plaisent à dire que l’État n’a pas soutenu et ne soutient toujours pas les collectivités territoriales. Ce sont des déclarations de posture, que les faits contredisent. M. le rapporteur, Daniel Labaronne, a brillamment rappelé, dans une liste non exhaustive, les mesures prises par le Gouvernement – je dis brillamment, car il a lui-même participé à l’élaboration de certaines d’entre elles dans le cadre de l’Agenda rural. L’État a pris des mesures conjoncturelles en soutien aux collectivités durant les différentes crises que notre pays a traversées. Il a également adopté des mesures structurelles pour le développement des territoires. Il y a trois ans, un plan de relance inédit et ambitieux a été impulsé par le Président de la République, qui a convaincu ses partenaires européens de lever 750 milliards d’euros pour atténuer les effets de la crise du covid-19 dans les États […]
Un beau slogan !
Bon nombre de mesures pour l’investissement dans les collectivités territoriales ont été déployées soit directement, par les préfets, soit par l’intermédiaire des agences de l’État, comme l’Agence nationale de l’habitat (Anah), l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) et l’Agence nationale du sport (ANS). En 2023, nous avons adopté un mécanisme de soutien budgétaire pour venir en aide aux communes les plus en difficulté. Le président Emmanuel Macron a même pensé à des plans territoriaux ciblés, comme celui de la Seine-Saint-Denis, du Val-d’Oise ou encore le plan Marseille en grand, lesquels concentrent des moyens pour faire face à l’urgence dans laquelle se trouvent ces collectivités. Oui, le Gouvernement soutient les collectivités territoriales ; c’est un fait, et les faits sont têtus.Malgré une crise économique internationale inflationniste, l’année passée a été une année […]
À qui la faute ?
C’est pourquoi il nous faut prendre des mesures en faveur des collectivités territoriales qui en ont le plus besoin, et cibler des objets précis.La proposition de loi notre collègue Nadège Havet se place dans la continuité des mesures prises par le Gouvernement en faveur des collectivités. Dans un contexte de finances publiques tendues, l’équilibre trouvé au Sénat nous paraît de bon sens : abaisser de 20 % à 10 % le reste à charge minimum revenant aux collectivités permettra d’aider les communes à mieux isoler les écoles de nos enfants. Le groupe Renaissance votera cette proposition de loi qui vise à tenir compte de la capacité des collectivités à financer le reste à charge en matière d’investissements relatifs à la transition écologique des bâtiments scolaires, en cohérence avec notre volonté de soutenir les collectivités territoriales chaque fois que nécessaire. Vivent nos territoires […]
Et la République ?
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
Dans un contexte de crise mondiale de l’énergie, le prix de celle-ci s’est envolé et pèse désormais lourdement sur le budget des collectivités. Réduire la consommation énergétique des bâtiments des collectivités territoriales est devenu une nécessité économique. C’est pourquoi cette proposition de loi, qui prévoit un abaissement de 20 % à 10 % de la participation minimale du maître d’ouvrage pour la rénovation thermique des bâtiments scolaires dans le cas où cette participation apparaît disproportionnée, est pertinente. Elle a été adoptée à l’unanimité par la Chambre haute. Elle fait consensus entre l’Association des maires ruraux, l’Assemblée des départements de France et la direction générale des collectivités locales.Dans son rapport annuel, la Cour des comptes a souligné l’importance d’associer les communes à la planification locale de l’adaptation au changement climatique en […]
Placement de produit !
…ainsi que pour tous les maires ruraux des communes les plus modestes, la baisse de leur participation financière à 10 %, sur décision préfectorale, est donc la bienvenue.La proposition de loi constitue une avancée pour les communes rurales et les députés du groupe Rassemblement national la voteront. Toutefois, monsieur le rapporteur, par souci de précision, pourriez-vous nous dire pourquoi le texte ouvre une dérogation spécifique uniquement en matière de rénovation thermique et uniquement pour les bâtiments scolaires des collectivités ? Le troisième alinéa du III de l’article 1111-10 du code général des collectivités territoriales prévoit déjà une dérogation en matière de rénovation des bâtiments non protégés, lorsque le représentant de l’État « estime que la participation minimale est disproportionnée au vu de la capacité financière du maître d’ouvrage. » Nous pensons que la vocation […]
C’est faux ! Vous n’avez pas les bons chiffres.
Les ménages recevront donc moins d’aides pour la rénovation thermique de leur logement, que la loi « climat et résilience » – loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets – leur impose par ailleurs. En parallèle, dans la loi de finances pour 2024, l’État a transformé deux crédits d’impôt, le crédit d’impôt lié à la rénovation lourde des logements sociaux et du parc ancien, et le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), en crédits d’impôt local ouvrant aux propriétaires de nouvelles exonérations, de courte durée, de la taxe foncière.
Cher collègue, il est temps de conclure.
L’État français est un paquebot à la dérive. Manifestement, le commandant a quitté le navire depuis un bon moment. Il est temps de lui donner un cap, un objectif à atteindre. Le peuple français l’attend et il en a besoin. Avec Marine Le Pen,…
Placement de produit !
…nous voguerons, en 2027, vers des horizons plus clairs et plus sûrs. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à M. Michel Sala.
Nous accueillons positivement cette proposition de loi qui permettra l’abaissement à 10 %, contre 20 % actuellement, du reste à charge supporté par les collectivités lors de la rénovation énergétique des bâtiments scolaires. Cette proposition vise à soulager les collectivités territoriales dans leurs travaux de rénovation énergétique, à accélérer la transition écologique et, surtout, à améliorer considérablement le bien-être des élèves et du personnel enseignant.Nos institutions, comme la Cour des comptes, confirment que, dans le contexte actuel, ces mesures sont de bon sens. Il est urgent d’accélérer la rénovation des bâtiments du patrimoine de l’État, quand seulement 14 % des bâtiments scolaires correspondent aux normes de base de consommation énergétique. Il est urgent d’améliorer le bien-être de nos 10 millions d’élèves et de leurs enseignants, surtout quand on sait que certains […]
Eh oui !
Il est urgent d’accélérer les efforts de notre pays, quand le Gouvernement a annoncé vouloir rénover 44 000 écoles en dix ans. Encore faut-il y mettre les moyens !
Exactement !
Selon la ministre déléguée chargée des collectivités et de la ruralité, Dominique Faure, il faudrait 50 milliards d’euros rien que pour rénover les écoles élémentaires. Dans ce cas, pourquoi couper les 500 millions d’euros du fonds Vert, qui était destiné à atteindre cet objectif ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)
Enfin quelqu’un qui sait compter !
Au rythme où nous allons, il faudrait un siècle avant de terminer la rénovation des seules écoles publiques, sans même parler des collèges, des lycées et des universités. Nous nous réjouissons que le texte fasse consensus et nous sommes d’accord pour aller vite. Néanmoins, comme moi, vous connaissez le dicton : « Vite fait, mal fait. » Pourquoi aller aussi vite sur un texte attendu de tous, si c’est pour faire du sur place ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) Certains aspects n’ont pas été assez discutés en commission des finances. Il est pourtant essentiel de comprendre l’idée du texte et la nécessité d’aller plus loin pour aider réellement nos collectivités. Il faut garder à l’esprit que les moyens du fonds Vert alloués à la rénovation énergétique des bâtiments scolaires ne sont pas suffisants et qu’ils ont été amputés par Bercy ; qu’une grande partie des […]
Exactement !
Les collectivités font donc face à un véritable mur qui entrave leurs investissements, notamment à cause du manque de visibilité de leurs recettes et des atteintes à leur autonomie fiscale. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.) D’ailleurs, nos collègues Graziella Melchior et Francesca Pasquini l’ont rappelé en commission et dans leur rapport d’information sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques : nous manquons d’outils pour avoir une vision cohérente du patrimoine immobilier de nos collectivités et leur offrir un cadre clair en la matière. De ce fait, les aides qui leur sont accordées pour rénover leurs bâtiments publics – notamment scolaires – ne sont pas assez ciblées.
Eh oui !
Ainsi, prévoir l’abaissement du reste à charge minimal à 10 % sans le rendre obligatoire ni le flécher revient à ne pas vraiment traiter le problème. Certains veulent absolument un vote conforme dès aujourd’hui, mais pourquoi donc ? À quoi serviraient alors la navette parlementaire et le Parlement lui-même ? Non, l’argument n’est pas sérieux.Ce qu’il faut, c’est agir vite et agir bien. Deux choix s’offrent à nous : soit nous votons pour nous dépêcher, ce qui implique de prémâcher le travail de chacun en rendant automatique la procédure du passage à 10 % ; soit nous laissons la procédure à la discrétion du préfet, auquel cas nous devons encadrer ses décisions.Voter la loi en l’état reviendrait à entériner son manque d’effectivité, car le préfet pourrait ne pas appliquer l’exonération de 90 %, sans même avoir à le justifier. En revanche, si nous prenons nos responsabilités de députés […]
Exactement !
De manière générale, le texte part d’une bonne intention mais nous invitons la majorité à saisir cette occasion…
Pour aller plus loin !
…pour améliorer concrètement le fonctionnement du dispositif et permettre à nos collectivités de respirer sur le plan financier. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)
Bravo !
La parole est à Mme Émilie Bonnivard.
Disons-le d’emblée, la présente proposition de loi va dans le bon sens, mais elle ne constitue pas pour autant la solution miracle qui permettra aux communes de financer massivement la rénovation de leurs bâtiments scolaires. Leur faire croire cela, ce serait les bercer d’illusions et prendre le risque de créer chez elles une déception future qu’elles ne nous pardonneraient pas. Restons donc très modestes, chers collègues, même si nous ne pouvons qu’approuver le principe de ce texte – et je salue au passage le travail des rapporteurs Stéphane Sautarel, au Sénat, et Daniel Labaronne, ici à l’Assemblée.Le rapporteur Labaronne a en effet un grand mérite, celui de tenter de répondre à l’impératif de rénover rapidement nos bâtiments scolaires dans un contexte où les communes rencontrent de grandes difficultés pour financer ces travaux, très lourds et très coûteux, malgré l’existence de […]
Le Donald Trump d’Auvergne-Rhône-Alpes !
…une aide aux communes pour financer des projets sur nos fonds propres. (Mme Nadia Hai s’exclame.) C’est la ruralité, chère collègue, ça compte aussi ! Or ce mécanisme est optionnel, mais une commune reproche désormais à la région de ne pas suffisamment financer son école. En clair, les collectivités, ici, comptent sur la région pour compléter leurs financements, alors que cela ne relève pas de ses compétences – ni de celle, d’ailleurs, des départements.Ensuite, je regrette, comme beaucoup de mes collègues, que nous laissions au préfet la faculté de sélectionner les projets concernés, au lieu de rendre la procédure automatique ; tout cela participe d’un fonctionnement exagérément étatiste.
Oh !
Surtout, gardons-nous de voir dans cette proposition de loi autre chose que ce qu’elle est, c’est-à-dire un premier pas intéressant vers la rénovation des bâtiments publics, sachant que les montants à engager sont considérables et que des freins demeurent.Le frein principal, c’est le manque de moyens dont souffrent nos collectivités, qui est lié à plusieurs mesures prises depuis 2012 : assèchement systématique des ressources de nos communes ; baisse de la DGF, sur laquelle le Gouvernement n’est jamais revenu ; augmentation massive du Fpic (fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales) ; suppression de la taxe d’habitation, dont on ne sait pas jusqu’à quand elle sera compensée ; suppression de la réserve parlementaire, qui contribuait au financement de ces projets d’investissement. Il aurait été plus judicieux de laisser à nos communes les moyens leur […]
Et ils sont très sages !
Eux !
La parole est à M. Emmanuel Mandon.
En soumettant à notre examen une mesure hautement symbolique en faveur de nos écoles, celles de la République, la présente proposition de loi nous amène à nouveau à considérer très concrètement la question du financement de la transition écologique, plus particulièrement l’indispensable rénovation énergétique des bâtiments scolaires.Partout sur le territoire national, les communes ont la responsabilité d’un patrimoine immobilier considérable, qui nous rappelle la grandeur de l’héritage légué par la IIIe République. Depuis Jules Ferry, le devoir républicain a ainsi été inscrit jusque dans nos murs, ce qui a permis de généraliser l’accès des enfants de notre pays à l’éducation.De nombreuses écoles de village ou de hameau ont disparu, hélas, tout au long du XXe siècle, sous l’effet des regroupements pédagogiques et des évolutions démographiques. Elles demeurent toutefois très nombreuses […]
La parole est à Mme Félicie Gérard.
La présente proposition de loi vise à faciliter le financement de projets de rénovation énergétique du bâti scolaire par les collectivités territoriales. Elle a été adoptée en première lecture au Sénat et, à l’unanimité et sans modification, en commission des finances de l’Assemblée nationale, la semaine dernière.Sa mesure principale permet au préfet de fixer la participation minimale de la collectivité, en tant que maître d’ouvrage, à 10 % du montant total des financements apportés par des personnes publiques. La dérogation proposée permet ainsi de prendre conscience des règles strictes qui sont imposées aux collectivités en matière de participation financière.L’article L. 1111-10 du code général des collectivités territoriales que nous nous proposons de modifier a, depuis de nombreuses années, fait l’objet de plusieurs adaptations et dérogations. Par exemple, le préfet s’est vu offrir […]
La parole est à M. Christian Baptiste.
Le groupe Socialistes et apparentés est favorable à ce texte, même si ses membres s’interrogent sur l’effectivité de la mesure proposée, tout simplement parce que les départements sont en grande difficulté : alors qu’ils subventionnent habituellement de nombreux projets, peut-être auront-ils tendance, dans le contexte actuel, à se recentrer sur leurs dépenses obligatoires. Nous nous interrogeons également sur son articulation, à nos yeux nécessaire, avec les taux maximaux de subventions autorisés dans le cadre des dossiers d’attribution de la DETR et de la DSIL, ainsi qu’avec les fonds de concours – car même si on l’oublie souvent, les EPCI peuvent aussi cofinancer des projets.Nous comprenons votre volonté d’adopter un texte conforme à la rédaction retenue par le Sénat et n’avons donc pas déposé d’amendements. Nous tenons néanmoins à signifier à nos collègues sénateurs qu’il aurait été […]
Exactement !
Il faut maintenant passer à l’action. En soutenant cette proposition de loi, nous envoyons un message fort : nous sommes résolus à investir dans l’avenir de nos enfants, à protéger notre planète et à construire une société plus durable et plus juste pour tous. Voter en faveur de cette proposition de loi nous engage à prendre des mesures effectives pour concrétiser notre vision d’un avenir plus vert et plus prometteur pour tous. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, Écolo-NUPES et GDR-NUPES. – M. le rapporteur applaudit également.)
La parole est à M. Benjamin Lucas.
Le groupe Écologiste soutiendra évidemment ce texte. Permettez-moi de rappeler en préambule que l’urgence écologique est le plus grand défi auquel l’humanité ait été confrontée au cours de son histoire. Relever ce défi colossal, vertigineux, nécessite plus que des mots, des slogans et des demi-mesures : il faut un « quoi qu’il en coûte » écologique. Nous devons déployer des moyens sans précédent pour limiter les causes du réchauffement et en atténuer les effets, déjà nettement perceptibles.Cette réalité, monsieur le représentant du Gouvernement, est incompatible avec la trajectoire austéritaire que vous nous imposez.
Tout à fait !
C’est pourtant une question de sécurité nationale ; une question qui détermine nos conditions même d’existence ; une question – ce texte le montre – qui conditionne notre capacité à assurer pleinement la continuité du service public, notamment du service public de l’éducation. Le Haut Conseil pour le climat (HCC) a récemment donné l’alerte sur l’impréparation de la France face aux effets du changement climatique. Cette préoccupation s’applique évidemment à nos écoles : si nous n’agissons pas dès maintenant pour les adapter à ces défis, c’est la continuité du service public de l’éducation qui risque d’être compromise – elle l’est déjà, à vrai dire, quand, comme cela a été rappelé, des enseignements sont interrompus et des écoles fermées parce qu’il fait trop froid ou trop chaud dans des bâtiments devenus de véritables passoires thermiques. Cet état de fait remet profondément en cause la […]
La parole est à Mme Soumya Bourouaha.
La présente proposition de loi vise à instaurer une dérogation permettant, dans certains cas, de réduire la participation minimale de la collectivité maître d’ouvrage de 20 % à 10 % pour une opération de rénovation écologique d’un bâtiment scolaire.Le chantier s’annonce massif : avec près de 51 000 établissements scolaires pour beaucoup construits dans les années 1960 et 1970, dont une majorité écrasante d’écoles du premier degré, les collectivités territoriales consacrent en moyenne 76 % de leur consommation d’énergie aux bâtiments, dont l’essentiel est composé d’établissements scolaires. Le coût des projets pouvant varier, selon l’ampleur de la rénovation et l’état initial du bâti, de 300 à 3 000 euros par mètre carré, la rénovation des écoles représente des investissements massifs pour certaines collectivités. Comme nous l’avons récemment constaté à travers l’exemple du lycée […]
Eh oui !
…à commencer par la proposition de loi du groupe GDR visant à indexer la dotation globale de fonctionnement sur l’inflation. (M. Marcellin Nadeau applaudit.)
Excellente proposition de loi !
L’autre difficulté en matière d’autofinancement concerne bien entendu l’accès au crédit bancaire. Là aussi, il y a beaucoup à dire et à faire. Les collectivités font face, comme l’ensemble de la population, à la montée des taux d’intérêt et au rationnement du crédit. Le temps des emprunts à 1 % semble définitivement révolu et il est plus que jamais nécessaire d’intégrer cette donnée pour traiter de la question des investissements des collectivités.
Des investissements records !
Pourquoi ne pas imaginer des dispositifs qui permettent de contourner les contraintes bancaires en promouvant, par exemple, des prêts à taux zéro (PTZ) octroyés par la Banque des territoires ?Enfin, comment ne pas évoquer les difficultés d’accès aux dotations d’investissement, dont vous voulez pourtant porter la part à 90 % du montant total des travaux ?Ces dotations, de plus en plus spécialisées, supposent une ingénierie importante dont ne disposent pas certaines communes. La concurrence entre les projets s’avère d’autant plus vive que le montant global des dotations s’amenuise. Le décret d’annulation de crédits du 21 février 2024 a raboté le fonds Vert de 400 millions d’euros, ramenant à moins de 2 milliards d’euros le montant total des subventions d’investissement.L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) estime que la rénovation des bâtiments scolaires représente à elle seule […]
La discussion générale est close.
J’appelle maintenant, dans le texte de la commission, l’article unique de la proposition de loi.
La parole est à Mme Graziella Melchior.
À mon tour, je salue la proposition de loi de notre collègue sénatrice du Finistère, Nadège Havet, qui s’inscrit dans la continuité des engagements de la majorité au service des collectivités territoriales et de la transition écologique.En rendant possible la réduction de 20 % à 10 % du reste à charge des collectivités pour les projets d’investissements liés à la rénovation énergétique des bâtiments scolaires, ce texte constitue une avancée supplémentaire qui s’ajoute aux mesures prises pour donner corps aux engagements du Président de la République. Sous son impulsion, la rénovation du bâti scolaire est devenue une priorité pour l’État : une enveloppe de 800 millions d’euros lui est consacrée dans le plan de relance. Le fonds Vert, créé en 2022, y contribue fortement avec une enveloppe de 2 milliards d’euros, augmentée de 500 millions d’euros dans la dernière de loi de finances.Le […]
Excellente collègue !
…et moi-même avons conduite, nous avons pu mesurer l’importance que revêt le bâti scolaire dans la transition écologique. Nous avons constaté que l’accès aux financements existants peut être complexe et le reste à charge financier élevé, notamment pour les élus des petites communes.Je vous invite donc à voter pour cette proposition de loi. Elle offrira aux élus un dispositif supplémentaire dans un arsenal qui ne cesse de s’étoffer pour mieux les accompagner dans le processus de rénovation énergétique des bâtiments scolaires. (Mmes Stella Dupont et Mireille Clapot applaudissent.)
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 8, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement n° 7, par le groupe La France insoumise-Nouvelle Union populaire, écologique et sociale d’une demande de scrutin public ; sur l’article unique, par le groupe Rassemblement national ; et sur l’ensemble de la proposition de loi, par le groupe Renaissance.Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Jocelyn Dessigny, pour soutenir l’amendement no 8.
Le champ d’application du texte est actuellement limité aux travaux de rénovation énergétique des bâtiments scolaires. L’amendement propose de l’élargir en généralisant, aux mêmes conditions, l’octroi de la dérogation aux travaux de rénovation énergétique de tous les bâtiments communaux et intercommunaux.Si les modalités d’application de la présente proposition de loi sont efficaces, il y a lieu d’en faire bénéficier l’ensemble des travaux de rénovation de bâtiments communaux et intercommunaux, sous le contrôle du représentant de l’État.Le Gouvernement n’ayant de cesse d’attaquer l’autonomie fiscale des collectivités, celles-ci voient leurs ressources propres se réduire comme peau de chagrin. Dans la loi de finances pour 2024, l’État a transformé deux crédits d’impôts nationaux en un crédit d’impôt local en ouvrant aux propriétaires la possibilité de nouvelles exonérations temporaires […]
Quel est l’avis de la commission ?
Vous disiez tout à l’heure que lorsque la loi est bavarde, le citoyen l’écoute d’une oreille distraite. Cette proposition de loi est centrée sur les bâtiments scolaires, qui représentent en effet une part importante de la surface des bâtiments communaux et constituent des gouffres financiers en ces temps d’énergie chère car ce sont souvent des passoires thermiques. Si nous devions élargir le champ d’application du texte à d’autres types de bâtiments, nous perdrions en efficacité. C’est la raison pour laquelle je suis défavorable à cet amendement.
La parole est à M. le ministre délégué chargé du logement, pour donner l’avis du Gouvernement.
Même avis.
La parole est à M. Jean-René Cazeneuve.
Avec tout le respect que je vous dois, monsieur Dessigny, je ne peux vous laisser dire que les recettes des collectivités territoriales régressent. Elles ont augmenté d’environ 4 % sur l’année 2018 : qu’on ne nous dise donc pas qu’elles se réduisent !
Elles se sont effondrées depuis 2012 !
En 2023, l’investissement des collectivités locales atteindra un niveau record de 80 milliards d’euros. Le texte vise à aider les collectivités à investir ; dire qu’elles n’ont pas les moyens de le faire est inexact.D’autre part, à trop généraliser cette dérogation, si l’on raisonne à somme nulle, nous diminuerions le nombre de projets que l’État pourrait aider et ainsi le nombre de collectivités ayant recours à cette aide. C’est une mauvaise idée. Concentrons-nous sur les bâtiments scolaires et la transition écologique qui constituent nos deux priorités et, de grâce, n’élargissons pas le champ de la mesure !
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
Monsieur le rapporteur général de la commission des finances, vous n’avez de cesse depuis deux ans de nous seriner votre vision selon laquelle les collectivités locales bénéficient de davantage de crédits qu’elles n’en ont jamais eu.
Cependant lorsqu’on rencontre les maires, ce que je fais avec mes collègues, et ce que vous faites sans doute aussi, le discours est différent. La DGF s’est effondrée depuis dix ans. Les communes n’ont plus de ressources vives ; le département de l’Aisne rencontre même de grandes difficultés pour payer ses fonctionnaires faute de moyens. Vous aurez beau répéter encore pendant trois ans que les collectivités territoriales vivent mieux, sur le terrain ce n’est pas le cas. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Depuis 2012, merci François Hollande !
Et son ministre de l’économie !
La parole est à Mme Émilie Bonnivard.
Je m’abstiendrai sur cet amendement bavard car il sera sans effet du fait d’un problème fondamental : les collectivités sont dépourvues des moyens nécessaires pour investir. Je suis engagée en politique depuis douze ans ; j’ai vu et vécu, en lien avec les maires, la chute de leurs recettes propres. Ce fût d’abord la baisse considérable de la DGF sous François Hollande puis l’explosion du Fpic. On demande aux communes ayant quelques moyens d’aider celles qui en ont moins car l’État est incapable de leur faire bénéficier de la solidarité nationale, ce qui est incroyable.En outre, la réserve parlementaire permettait d’aider massivement les écoles ; vous l’avez rabotée.
Nous devons rétablir une véritable autonomie fiscale des collectivités et leur laisser les moyens d’investir.
La parole est à M. Pascal Lavergne.
Dans le sud de la Gironde, où je suis élu, nous nous bagarrons avec l’État pour que le Réolais soit reconnu comme zone de revitalisation rurale (ZRR). Cela étant, dans cette période où les élus font montre de misérabilisme, j’ai demandé au préfet de calculer le montant total attribué à cette communauté de communes et aux quarante et une communes qui en sont membres au titre de la DETR, de la DSIL et du fonds Vert entre 2020 et 2023 : en tout, 5,7 millions ont été versés pour un territoire de 25 000 habitants, soit 20 000 euros par habitant pendant quatre ans. On ne peut guère parler d’abandon des zones rurales ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Le fonds Vert vient des caisses de l’intercommunalité !
Mais non !
Je mets aux voix l’amendement no 8.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 65 Nombre de suffrages exprimés 62 Majorité absolue 32 Pour l’adoption 12 Contre 50
(L’amendement no 8 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Benjamin Lucas, pour soutenir l’amendement no 1.
Cet amendement de notre collègue Francesca Pasquini précise la portée du texte en l’étendant aux opérations de végétalisation et de désimperméabilisation des cours d’écoles. Ces opérations de rénovation des bâtiments scolaires participent à leur transition écologique et énergétique, objet de la proposition de loi.Les travaux préalables à l’examen du texte au Sénat ont montré que cet amendement est conforme à la volonté du rapporteur – vous noterez l’esprit constructif de ma collègue – qui cite « la question de l’adaptation du bâti scolaire aux vagues de chaleur » parmi les objectifs des opérations de rénovation des bâtiments scolaires.De plus, ces opérations combinent généralement, au sein d’un projet global, une opération de rénovation énergétique des murs et des toits des bâtiments d’une part et, de l’autre, une opération de désimperméabilisation de la cour d’école.
Quel est l’avis de la commission ?
Nous avons eu ce débat en commission des finances. Je persiste à dire que, pour renforcer son efficacité, il y a lieu de concentrer le dispositif de cette proposition de loi sur le financement de la rénovation des bâtiments scolaires en évitant le saupoudrage des dotations.Des fonds spécifiques existent pour investir dans des mesures de végétalisation ou de renaturation. Ainsi, le fonds Chaleur est doté de 820 millions d’euros et n’est pas en concurrence avec d’autres dispositifs budgétaires. Il ne me semble donc pas opportun d’élargir le dispositif prévu par cette proposition de loi alors que certains fonds visent déjà les travaux liés aux îlots de chaleur.À ce point du débat, je souhaite saluer le travail remarquable de nos collègues Francesca Pasquini et Graziella Melchior sur la question de l’adaptation de l’école au changement climatique. Leur rapport d’information indique […]
Quelle malhonnêteté !
Concentrons donc le dispositif sur les établissements scolaires. Ne le confondons pas avec d’autres dispositifs, déjà financés, et évitons de saupoudrer les différentes dotations.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Même avis.
La parole est à M. Sébastien Peytavie.
La végétalisation des cours d’école est un véritable enjeu technique : les cours doivent pouvoir maintenir la fraîcheur tout en restant accessibles aux fauteuils roulants. Le problème est que leur surface est souvent recouverte d’écorces ou d’herbes qui rendent l’utilisation d’un fauteuil roulant particulièrement difficile.Ainsi, il est important d’envisager des solutions techniques et opérationnelles pour réduire la chaleur tout en assurant la praticabilité des sols pour tous, quel que soit le handicap.
Très bien !
La parole est à Mme Marjolaine Meynier-Millefert.
Je rejoins les propos du rapporteur : grâce à l’investissement massif que le Gouvernement propose de consentir pour accompagner les opérations de rénovation des écoles, les collectivités feront des économies sur leur facture énergétique qu’elles pourront ensuite réinvestir dans les travaux de végétalisation, qui sont en effet essentiels.Notre objectif prioritaire est de créer des leviers de financement en faveur des collectivités territoriales afin qu’elles puissent réaliser les travaux et éviter des dépenses d’énergie. Encore une fois, les économies d’énergie pourront être redéployées pour améliorer les conditions de travail des élèves. En clair, en le concentrant sur les économies d’énergie, on fait de ce texte un dispositif vertueux. (Mme Stella Dupont applaudit.)
La parole est à M. Michel Sala, pour soutenir l’amendement no 4.
Cet amendement vise à donner au représentant de l’État, et à lui seul, la faculté de suspendre complètement la participation minimale des collectivités à la rénovation d’un bâtiment scolaire, dans le cadre de la transition écologique. Ainsi, les collectivités pourront accélérer les projets de rénovation, en particulier celles dont le reste à charge, trop élevé, constitue un frein à l’investissement.Comme nous l’avons entendu la semaine dernière en commission, lors de l’audition de l’AMF, il ne manque souvent que quelques dizaines de milliers d’euros pour qu’une collectivité engage des travaux de rénovation. J’ajoute à l’intention de M. Cazeneuve que si l’investissement a été fort cette année, il ne fait que retrouver son niveau de 2017, comme a tenu à le préciser le président de l’AMF.Quant à l’état des finances locales, l’épargne brute des communes de plus de 3 500 habitants est en […]
Quel est l’avis de la commission ?
Permettez-moi de vous livrer le témoignage d’un député qui participe à la commission consultative pour la DETR de son département tourangeau d’Indre-et-Loire. Tous les élus locaux reconnaissent l’effort considérable que l’État consent pour abonder les dotations en faveur de l’investissement, qu’il s’agisse de la DETR ou de la DSIL, et le rôle du préfet est de rappeler cette hausse – mais je m’arrête là, parce que notre débat ne porte pas sur les dotations aux collectivités locales.
Il faudrait prolonger le débat, si c’était le cas !
Le dispositif que nous examinons est utile. La règle de participation minimale du maître d’ouvrage est une règle de bonne gestion, parce qu’elle vise à assurer la qualité des projets présentés par les collectivités. Elle révèle aussi la capacité financière de la collectivité porteuse du projet à entretenir l’investissement.Qualité des projets et capacité financière des collectivités : ces deux points ont été soulignés par les sénateurs, qui ont même estimé que le reste à charge de 0 % serait contraire à l’autonomie de gestion des collectivités. En effet, cela leur enlèverait toute responsabilité dans le financement. La commission avait déjà examiné cet amendement et émis un avis défavorable, que je maintiens.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Même avis.
La parole est à Mme Danielle Brulebois.
L’exposé des motifs de cet amendement explique que les recettes des communes ont baissé, ce qui est totalement faux.
Oh ! Allez voir vos maires !
À deux reprises, nous avons augmenté la DGF de 300 millions d’euros. Quant à la DETR, nos communes n’ont jamais été autant aidées dans leurs investissements.
N’importe quoi ! Vous êtes totalement déconnectée ! Quittez l’hémicycle et allez sur le terrain !
Vous évoquez la taxe d’habitation, que nous avons supprimée. Je rappelle que les communes ont été compensées à l’euro près, et même plus : celles dont le delta était de 10 000 euros ont pu garder ce montant.
Mais bien sûr ! Les communes n’ont jamais été aussi bien servies ! Tout va bien, madame la marquise !
Ils n’aiment pas les communes !
La suppression de la taxe d’habitation est un gain moyen de pouvoir d’achat d’environ 600 à 800 euros par personne, mais vous y êtes opposés, comme on peut l’entendre dans l’exposé de vos motifs.
C’est ça, continuez !
Quand nos communes se plaignent d’avoir perdu leur autonomie fiscale, qu’ont-elles perdu, en réalité ? Elles ont perdu la faculté d’augmenter les impôts fonciers, ce qu’elles n’avaient pas fait depuis dix ou quinze ans.
Et après, vous vous vantez de faire baisser les impôts !
C’est cela, l’autonomie financière : la capacité d’imposer les gens.
La parole est à M. Rodrigo Arenas.
Nos échanges donnent l’impression que les collectivités territoriales vont contracter un prêt en contribuant à l’investissement par un simple apport, comme si elles achetaient un bien immobilier. C’est faux : en réalité, c’est le préfet qui a la main. Qui mieux que lui, qui représente l’État, peut estimer la solvabilité et la bonne santé financière des communes ?Rappelons que cette proposition de loi ne vise pas toutes les communes. Au fond, elle est faite pour les communes les plus en difficulté, à qui vous demanderez de montrer patte blanche afin de pouvoir bénéficier d’un soutien financier auquel elles font appel précisément parce qu’elles ne peuvent pas financer leurs projets par leurs propres moyens.Vos propos et la manière dont vous qualifiez les amendements présentés à tour de rôle par des députés de groupes différents dénaturent l’esprit et la lettre de votre proposition de loi. […]
La parole est à M. Benjamin Lucas, pour soutenir l’amendement no 3.
Cet amendement de notre collègue Pasquini, dont je tiens à saluer, une fois de plus, le travail sur ces questions…
Elle est absente !
…vise à rendre automatique la mesure contenue dans la proposition de loi. Notre objectif est simple : que le maximum de collectivités bénéficient de ce seuil de participation minimal de 10 %.Nous sommes tous d’accord sur un point, ce qui n’arrive pas souvent dans cet hémicycle : la rénovation des écoles est une priorité politique pour l’État et les collectivités. Toutes les collectivités doivent s’y atteler, car huit écoles sur dix ne sont pas aux normes.Si nous voulons atteindre le rythme de 4 000 rénovations par an, tous les leviers doivent être activés et le soutien de l’État aux collectivités doit être massif. Le texte ne doit pas être que déclaratif : montrons que nous voulons nous donner les moyens de relever le plus grand défi de l’histoire de l’humanité, c’est-à-dire la lutte contre le réchauffement climatique, dans ses implications actuelles et futures, dont dépend notre […]
Quel est l’avis de la commission ?
Si je reconnais la qualité du travail de nos collègues Pasquini et Melchior, ce n’est pas pour autant que je suis prêt à accepter toutes ces propositions d’amendement.
Quelle solidarité ! (Sourires.)
L’intérêt du dispositif réside précisément dans son caractère non automatique, qui permettra au préfet de cibler les projets des communes se trouvant dans une situation financière difficile. Or cet amendement en atténue le caractère péréquateur.En outre, je suis étonné de votre défiance à l’égard du corps préfectoral. Nous avons eu ce débat en commission des finances mais permettez-moi cette parenthèse, même si je sais que vous êtes partisan d’une VIe République : le préfet est le seul haut fonctionnaire dont l’existence et le rôle sont décrits dans la Constitution. Il représente l’État dans les territoires, mais aussi les orientations du Gouvernement. Je comprends que vous n’y soyez pas tout à fait favorables mais nous, qui sommes plutôt favorables au Gouvernement,…
« Plutôt » seulement ?
Je dis « plutôt » pour ne pas trop vous gêner… Quoi qu’il en soit, nous souhaitons que le préfet conserve une vision transversale. Il doit donc rester présent dans le choix des collectivités qui, en vertu de ce texte, pourront bénéficier d’un reste à charge de 10 % du montant des opérations de rénovation.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Même avis.
La parole est à M. Benjamin Lucas.
Monsieur le rapporteur, je suis un républicain. Je ne manifeste donc aucune défiance – surtout pas ici – à l’égard du corps préfectoral. Je regrette cette mise en cause, d’autant que le débat était de bonne tenue. (M. Jean-René Cazeneuve rit.) Si, monsieur Cazeneuve, il est de bonne tenue.Ensuite, vos propos sont frappés d’une certaine forme d’hypocrisie. Nous avons confiance dans le corps préfectoral, dans la fonction publique et dans les services publics – que nous soutenons d’ailleurs régulièrement contre vous – mais c’est en vous que nous n’avons pas confiance ! Nous n’avons pas confiance dans ce gouvernement et cette majorité qui, sur les questions écologiques comme éducatives, ont souvent fait de belles déclarations d’amour. Ce ne sont que des mots, encore des mots, toujours des mots ; derrière, les actes ne suivent pas, et les objectifs annoncés ne sont accompagnés ni des moyens […]
Ce n’est pas gentil !
Il est temps que ce débat se termine !
La parole est à M. le rapporteur.
Je ne remettais pas en cause votre appréciation de l’action et du rôle du corps préfectoral dans notre belle République. Je constate seulement que vous êtes adepte d’une autre République et que vous considérez que les orientations du Gouvernement, mises en œuvre par le préfet, ne sont pas les bonnes.Vous parlez de mots ; laissez-moi vous parler d’actes. Le budget vert, innovation unique au monde, classifie les dépenses publiques en fonction de leur impact sur l’environnement : dépenses vertes, brunes ou grises. (M. Sébastien Peytavie s’exclame.)Les dépenses publiques en faveur de la transition écologique représentent au total 35 milliards d’euros. Le fonds Vert a été mis en place en 2023 puis maintenu en 2024, et 2 milliards d’euros supplémentaires ont été alloués à l’investissement des collectivités locales. Ce sont bien des actes.
Autre chose : ces mesures budgétaires, qui découlent d’une véritable volonté politique, ne seraient-elles pas à l’origine de la baisse de 4,8 % de nos émissions de gaz à effet de serre en 2023 ?
Eh oui !
Ce résultat, que nous avons appris aujourd’hui, est absolument remarquable et nous devrions tous nous en féliciter ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)J’en profite pour remercier tous les acteurs qui sont conscients de la nécessité du développement durable et de la rénovation énergétique.
Je ne connais pas un seul maire qui se désintéresse de l’école de sa commune, et je saisis cette occasion pour saluer l’action des élus locaux – comme vous tous, je suppose.
La parole est à M. Rodrigo Arenas, pour soutenir l’amendement no 5.
En proposant de fixer à 10 % le reste à charge pour les communes les plus en difficulté, l’amendement de mon collègue Michel Sala manquait presque d’ambition : celui-ci vise donc à abaisser ce taux à 5 %.Laisser penser, monsieur le rapporteur, que la France serait le seul pays à conduire une action écologique déterminée et responsable me semble non seulement exagéré, mais aussi faux : la chambre parlementaire d’un autre pays européen, pas très éloigné de la France, a ainsi désavoué le budget présenté par son gouvernement, qu’elle ne jugeait pas assez vert – comme quoi la France n’a pas le monopole de la préoccupation écologique !Ensuite, restreindre l’analyse de l’action écologique de la France au taux d’émission de gaz à effet de serre sur le territoire hexagonal nous incite à nous exonérer de toute responsabilité dans les émissions d’autres pays moins vigilants en la matière […]
Quel est l’avis de la commission ?
Un reste à charge à 10 % me semble équilibré et pertinent, et les sénateurs étaient du même avis.
Vous étiez contre !
La commission n’a pas examiné cet amendement mais, à titre personnel, j’y suis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ?
Même avis.
La parole est à Mme Nadia Hai.
Nous ne soutiendrons pas cet amendement car, comme nous l’avons dit précédemment, il nous paraît important de prévoir un reste à charge suffisant,…
Oui : 5 % !
…ne serait-ce que pour s’assurer que les collectivités territoriales pourront faire face aux dépenses de fonctionnement de ces infrastructures, puisqu’elles leur échoient.Par ailleurs, je ne peux pas laisser dire que la baisse des émissions de gaz à effet de serre n’est pas le fruit de l’action que nous menons depuis sept ans. À travers le plan de relance européen, un plan d’investissement massif…
Massif ? Dites plutôt passif !
…de 750 milliards d’euros déployé sous l’impulsion de la France et du Président de la République, Emmanuel Macron, l’Union européenne abonde le plan France relance à hauteur de 40 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 60 milliards d’euros de financements de l’État. Or, sur ces 100 milliards, 35 milliards sont spécialement dédiés à la transition écologique.
Tout va bien, madame la marquise !
Nous avons bel et bien de bons résultats et nous inscrivons effectivement la France dans une démarche de transition écologique grâce à une trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Il est normal de le rappeler, ne vous en déplaise. Votre opposition de posture est déplacée : les chiffres contredisent vos propos et nous donnent raison. (Mme Stella Dupont applaudit.)
Ce n’est pas si sûr !
La parole est à M. Marcellin Nadeau.