Séance du 8 septembre 2025 — 1e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
| N° | Scrutin | Voix | Résultat |
|---|---|---|---|
| 3054 | la déclaration de politique générale du Gouvernement de M. François Bayrou (application de l'article 49, alinéa premier, de la Constitution). | 194 / 364 | rejeté |
Tours 1 à 200 sur 460 — page 1 / 3.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
En application des articles 29 et 30 de la Constitution, je déclare ouverte la session extraordinaire convoquée par le président de la République par décret du 27 août 2025.
J’ai reçu du Conseil constitutionnel communication de trois décisions déclarant, en application de l’article L.O. 136-1 du code électoral, Mme Brigitte Barèges, M. Jean Laussucq et M. Stéphane Vojetta inéligibles pendant un an à compter du 11 juillet 2025 et, en conséquence, démissionnaires d’office. Acte a été pris de ces communications au Journal officiel du 12 juillet 2025. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Quelle honte !
Ça commence bien !
C’est une séance importante, je vous remercie de garder le silence.
L’ordre du jour appelle la déclaration de politique générale du gouvernement faite en application de l’article 49, alinéa 1er, de la Constitution, le débat et le vote sur cette déclaration.La parole est à M. le premier ministre, chargé de la planification écologique et énergétique.
Cette épreuve de vérité, comme chef du gouvernement, avec l’assentiment du président de la République, je l’ai voulue. J’ai voulu ce rendez-vous, et certains d’entre vous, les plus nombreux, les plus sensés probablement, ont pensé que c’était déraisonnable, que c’était un trop grand risque. Or je pense exactement le contraire. Le plus grand risque était de ne pas en prendre, de laisser continuer les choses sans que rien ne change, de faire de la politique comme d’habitude,…
Comme à votre habitude !
…de vouloir durer sans prendre les décisions courageuses qui s’imposent, jusqu’au moment où l’irréparable est là et où l’on arrive au bord de la falaise.
Ça fait huit ans !
Car ce dont nous traitons aujourd’hui, ce n’est pas une question politique, c’est une question historique. (Sourires sur les bancs des groupes LFI-NFP et Ecos.)
Ah bon ?
Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les partis, les rivalités des uns avec les autres et les enjeux de pouvoir. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les peuples et les nations. Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les adultes qui se disputent tout le temps. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les enfants et le monde que nous leur construisons. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.)
Les applaudissements sont un peu mous !
Les questions politiques, ce sont des questions pour la prochaine élection. Les questions historiques, ce sont des questions pour la prochaine génération, des questions pour demain qui se jouent aujourd’hui.Tous, nous savons que notre pays, au-delà de l’orientation décisive qui sera tranchée aujourd’hui, se trouve devant un immense champ de questions qui appelleront, dans les années qui viennent, des changements profonds.Je veux, en cinq minutes, vous citer les plus graves de ces questions. Nous sommes devenus, depuis l’an 2000, un pays qui produit moins que les autres, moins que ses voisins.
La faute à qui ?
Mesuré par le PIB par habitant, notre retard de production sur nos voisins les plus proches, qu’ils soient allemands ou belges, est de 15 %. Sur nos voisins néerlandais, il est de plus de 30 %, et ce malgré les efforts faits ces dernières années sur la création d’entreprises, sur l’emploi et sur l’investissement, notamment avec France 2030.Imaginez ce que seraient nos revenus familiaux et les ressources de l’État, si nous disposions de 15 ou de 30 % de plus à partager, si nos salaires étaient de 15 ou 30 % plus élevés et les ressources de l’État de 15 à 30 % plus abondantes. Si nous avions la production de nos voisins, la France n’aurait aucun problème de déficit ou de dette. La production, c’est donc notre urgence nationale.Parallèlement, et non sans lien, nous sommes devant un immense problème d’éducation nationale.
C’est le ministre de l’éducation nationale qui est en train de parler ?
Notre école, notre collège, notre lycée, nos universités, jadis autant d’exemples pour la planète entière, sont aujourd’hui déclassés,…
C’est pourquoi vous devez partir !
…en raison de la chute de la maîtrise des fondamentaux, de l’écrit, de la lecture, de la langue, de l’arithmétique élémentaire ainsi que des difficultés rencontrées dans l’orientation qui est trop précoce, trop angoissante, trop mécanique et qui n’assure pas la promesse républicaine – égalité des chances d’où qu’on vienne et, s’il le faut, deuxième, voire troisième chance. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
La faute à qui ?
Qui gouverne ?
Qui était ministre de l’éducation il y a trente ans ?
Nous sommes devant une immense question de modèle social. Inventé il y a quatre-vingts ans, sous l’inspiration du Conseil national de la Résistance, celui-ci est aujourd’hui gravement déficitaire, car il est déstabilisé par l’évolution démographique, le vieillissement des Français et le déséquilibre du système de retraites.
Et par vos politiques !
Et par le faible taux d’emploi !
Nous sommes devant une immense question de logement. Logement des familles, parcours de la location à la propriété pour ceux qui le souhaitent, logement des jeunes et des étudiants, logement d’urgence : le modèle est à réinventer.Nous sommes le pays du monde qui a le mieux identifié l’enjeu écologique, le développement durable et la production décarbonée.
C’est une blague !
Et le moratoire sur les énergies renouvelables ?
C’est une fierté, mais en un temps où cet enjeu est battu en brèche un peu partout sur la planète, c’est un défi de mobilisation générale.Nous sommes devant une immense exigence et une inquiétude qui portent sur la sécurité, notamment la sécurité de tous les jours – le respect de l’intégrité des biens et des personnes. Nous savons que cette inquiétude, c’est d’abord celle des plus fragiles. Sécurité et justice sont les deux faces de notre premier devoir d’État.
Les réponses, c’est quand ?
Nous sommes devant la question que les migrations posent à nos pays et à nos sociétés. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.)
Les migrations ou l’immigration ?
Les migrations sont liées aux différences de développement, à la misère chez les uns avec une démographie expansive, à l’abondance chez les autres avec une population déclinante, sans compter la déstabilisation climatique. Nous avons donc deux obligations : contrôler et maîtriser les arrivées et intégrer ceux qui sont – et seront – là, par le travail, par la langue et par l’engagement à respecter nos principes de vie. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)Je dois ajouter l’aménagement du territoire dans l’Hexagone, touché par des déséquilibres entre les métropoles et les nouveaux déserts français. Transports, équipements, centres de décision : les territoires sont en demande et ont souvent l’impression que nul ne les entend. Je pense aussi à nos outre-mer, qui font face à des enjeux de vie quotidienne et de destin, dont nous savons qu’ils doivent être totalement […]
Et pour la générosité sociale !
Tout cela, c’est une économie qui a conquis les sommets et qui doit reconstruire les camps de base et rééquilibrer son commerce extérieur, en commençant par le développement de l’agriculture, de l’industrie, de l’automobile, où nous avons des atouts, jusqu’à l’équipement de la maison, dont nous sommes presque absents.
Vous avez fait quoi au haut-commissariat au plan ? (Exclamations sur les bancs des groupes RN, EPR et DR.)
S’il vous plaît, madame Chikirou ! Vous n’avez pas la parole. Merci de laisser M. le premier ministre s’exprimer.
Mais tout cela est aujourd’hui soumis à la question dont tout dépend, à la question vitale, d’urgence vitale – car notre pronostic vital est engagé – dont dépendent notre État, notre indépendance, nos services publics et notre modèle social : la maîtrise de nos dépenses et du surendettement. (« Oh là là ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)Votre soutien, l’accord minimal sans lequel je ne pourrai pas poursuivre ma mission, je le demande à l’Assemblée nationale sur un seul point, qui est décisif : le constat de la situation du pays. La France n’a pas connu de budget en équilibre depuis cinquante et un ans.
La faute à qui ?
Depuis cinquante et un ans, tous les ans, les dépenses s’accroissent, les déficits se répètent et les dettes s’accumulent.
Laissez la place !
Tous les ans, nous dépensons plus – et souvent, beaucoup plus – que nos ressources de l’année. Cela se justifie, bien sûr, lorsqu’il faut passer des crises : la crise des subprimes, crise financière mondiale sous Nicolas Sarkozy, et l’incroyable succession de coups du sort depuis 2020 – le covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, l’inflation et les menaces en tout genre. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)Mais nous ne revenons jamais en arrière : nous continuons à dépenser. C’est devenu un réflexe – pire encore, une addiction. Les dépenses ordinaires du pays, les dépenses pour notre vie de tous les jours, pour les services publics, pour les retraites, pour le remboursement de nos feuilles de sécurité sociale, nous avons pris l’habitude de les financer à crédit.
Et les cadeaux aux riches ?
Cela entraîne donc un dépassement systématique des dépenses.Tous les ans, pour acquitter chaque euro de ces dépassements de dépenses, il a fallu emprunter, comme un ménage ou une entreprise empruntent à la banque en cas de déficit. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Un euro de déficit, c’est un euro de dette supplémentaire. L’addition des déficits, qui atteint plusieurs milliards chaque année, nous a conduits à une écrasante accumulation – 3 415 milliards d’euros de dette à cette heure précise.
À qui la faute ?
Cette accumulation a un prix : la ponction que le service de la dette représente tous les ans, c’est-à-dire ce qu’il faut payer aux créanciers pour les intérêts et la part de capital qu’on doit rembourser. Impossible de ne pas l’acquitter ; sinon, c’est la banqueroute. Sans honorer ces paiements, nous ne trouverions plus à emprunter un centime. Or, dans un pays comme le nôtre, nous ne pouvons pas vivre sans emprunter : nous en avons besoin pour payer les fonctionnaires, financer les retraites et la sécurité sociale ainsi que pour remplir nos obligations d’emprunteurs.Nos obligations de remboursement annuel – intérêts et part à rembourser du capital – dépassent d’ores et déjà, et de loin, ce que notre pays produit en plus chaque année grâce à la croissance et à ses progrès.Il faut avoir les chiffres précis en tête : ils ne sont nullement abstraits, mais disent une chose évidente que nous […]
Et combien pour le capital ?
Nous créerons donc 50 milliards par le travail et transférerons plus de 100 milliards à nos créanciers, soit le double !Autrement dit, le fruit de tout le travail, de l’inventivité dont fait preuve le pays pour avancer chaque année, de tout ce progrès que nous voulons pour les nôtres, pour nos enfants, est entièrement reversé à nos créanciers !
À qui la faute ?
Qui gouverne ?
La majorité de nos créanciers sont étrangers – 60 %. Ces dépenses obligatoires sont donc complètement improductives. Elles n’entraînent la création d’aucun emploi, l’amélioration d’aucun service, la construction d’aucun équipement.Notre pays travaille et croit s’enrichir, mais s’appauvrit tous les ans un peu plus. C’est une hémorragie silencieuse, souterraine, invisible et insupportable.
Comme votre politique !
Or si c’est insupportable, on ne doit pas le supporter ! C’est le sens de la déclaration du gouvernement devant l’Assemblée nationale.Comme capitaine du navire, informé de la voie d’eau qui s’élargit sans cesse, des flots qui envahissent nos cales, j’affirme que notre devoir à tous est d’abord de nous mettre à l’étancher sans attendre !
Mais vous quittez le navire, tel un capitaine qui part en courant ! Normalement ce sont les femmes et les enfants d’abord, pas le capitaine !
Il faut changer de capitaine !
On me rétorque que ce n’est pas urgent, que cela peut attendre, que je suis trop impatient et que je veux aller trop vite. Le bateau flotte encore et il ne faut troubler ni les passagers, ni l’équipage ! Là est la confrontation des points de vue, là est la prise de responsabilité de chacun.Je dis au contraire que si nous voulons la sauvegarde du navire sur lequel nous et nos enfants naviguons, il faut agir sans tarder,…
Comme à Bétharram ?
…et que ce n’est pas hors d’atteinte. Si nous nous y prenons à temps, cela demande seulement la mobilisation de tous et un effort modéré de chacun.Mais il convient d’élargir l’analyse, même brièvement, de dépasser cette description des conséquences de la dette sur la vie des Français et d’envisager les implications pour le destin de la France.
C’est de la politique-fiction !
Nous tous, d’où que nous venions, sommes les héritiers de la France. C’est ce destin, unique entre les peuples, d’une puissance moyenne par le nombre de ses habitants, mais à vocation universelle, qui a fait de nous ce que nous sommes.Aujourd’hui, le destin de la France, notre nation inscrite dans l’histoire, se trouve menacé par nos quotidiennes impérities. Pour une nation, la question de l’influence, sa capacité à faire rayonner ses valeurs, est vitale. Nos valeurs, françaises et universelles, partout menacées, les droits de l’homme, et d’abord le droit des femmes, le droit au respect et à la liberté des femmes, le droit des enfants (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS),…
Et Bétharram, ça relève de quoi ?
…le droit à la liberté et au respect de la vie privée, le droit à la libre opinion, à la libre conviction, le droit à la libre religion, à la libre philosophie, le droit à se former – cet ensemble de droits comme il n’y en eut jamais de plus complet dans le monde, depuis que le monde est monde, qui le défend, sinon la France ?Comment la France peut-elle défendre cet ensemble de valeurs, lui donner du sens en son sein et à travers l’Union européenne, si elle s’avère faible, si elle a perdu sa crédibilité en perdant sa souveraineté ? Nous ne sommes donc pas, à cet instant, défenseurs de nos seuls intérêts, de notre santé et de notre prospérité, mais les défenseurs menacés d’un bloc de valeurs lui aussi en danger. Notre capacité d’influence dépend de notre indépendance et de notre souveraineté. Du respect que la France impose aux autres dépend le respect qu’on portera à ses valeurs.
En Algérie, par exemple ?
La soumission à la dette est similaire à la soumission par la force militaire.
Non, cela n’a rien à voir !
Que nous soyons dominés par les armes ou par nos créanciers du fait d’une dette qui nous submerge, nous perdons notre liberté.
Mais arrêtez ! C’est honteux !
Dans les deux cas, il ne tient qu’à nous de nous émanciper en retrouvant le chemin de la liberté. Cela ne demande qu’un effort sur nous-mêmes.C’est pourquoi la France s’est dotée, sous l’autorité du président de la République et par le vote de ses parlementaires, d’un plan d’équipement de ses armées en hommes et en matériel, la loi de programmation militaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem, sur plusieurs bancs du groupe EPR et sur quelques bancs des groupes DR et HOR.)
C’est mou !
Cette loi doit non seulement être respectée mais aussi abondée par des investissements complémentaires décidés en raison des dangers de toute nature auxquels notre pays et notre continent sont exposés.
Il a raison !
Ces investissements complémentaires nécessaires – 3 milliards supplémentaires dès cette année – sont inscrits dans le plan présenté aux Français au mois de juillet.De la même manière, le gouvernement propose au pays un plan pour aller vers le désendettement, afin que la France échappe en quelques d’années à l’inexorable marée de dettes qui la submerge. Dans quatre années – c’est un délai raisonnable dans la vie d’un pays et de ses habitants –, la dette existera toujours, mais elle n’augmentera plus.Voici le plan : atteindre en 2029 le seuil de 3 % de déficit public, seuil à partir duquel la dette n’augmente plus. Si la dette n’augmente plus, le travail des Français, leur inventivité, leur créativité, leur confiance retrouvée remettront le pays à flot, plus vite qu’on ne le croit.Tout nous y invite : les technologies d’un monde qui va de révolution en révolution, l’intelligence […]
On parle de 40 milliards !
…qu’un pays doit considérer comme supportables. Il s’agit de dépenser un peu moins que ce qui était attendu ou programmé, de freiner les dépenses ou de les étaler dans le temps, tout en affirmant devant nos concitoyens et à la face du monde que si personne ne sera abandonné, ce sont d’abord et avant tout les plus jeunes d’entre nous dont nous devons nous occuper.
Oui, mais pas trop quand même !
J’ai été frappé des messages que j’ai reçus pour avoir évoqué les plus jeunes et le poids qui pèse sur leur génération.
Et le climat ?
Ils portent et porteront pendant vingt ou trente ans, peut-être davantage, le poids des milliers de milliards de dettes que leurs aînés ont contractées…
Que vous avez contractées !
…et qu’ils devront endosser. Ces dettes n’ont pas été contractées pour équiper le pays comme il aurait convenu ou pour décider de l’avenir des jeunes. Ces milliers de milliards de dettes ont été consacrées à éponger les dépenses courantes de la vie de tous les jours, qu’un pays normal devrait assumer à chaque génération pour son compte.
Et c’est le responsable de la situation qui s’exprime !
Mais qui gouverne, qui est au pouvoir ?
Depuis des décennies, nous avons rompu sur ce point le contrat de confiance entre générations qui est la base du contrat social. J’ai été frappé de constater combien les plus jeunes ont le sentiment d’être une génération sacrifiée.
Tant que vous serez au pouvoir !
Vous étiez ministre !
Ils affirment qu’ils n’auront pas de retraite, que ce ne sera pas pour eux.Le double défi qu’ils rencontrent… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Je sais bien que vous voulez qu’on augmente encore les charges qui pèsent sur leurs épaules. Nous pensons exactement le contraire : il faut alléger ce poids pour les libérer de l’esclavage dans lequel on les plonge ! (Mêmes mouvements. – Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe HOR.)
Je vous en prie ! Un peu de silence !
Ces jeunes rencontrent un double défi, souvent synonyme de double échec : la recherche d’un travail et celle d’un logement, notamment dans certaines villes et certaines régions – je ne parle même pas de la question du logement étudiant.
À qui la faute ?
Eh bien, construisez des logements étudiants !
Cette génération ne se voit pas d’avenir commun.
Pourtant, ils ont voté pour nous !
Cette situation est insupportable du point de vue démocratique et civique autant que du point de vue moral.C’est aussi de cela qu’il faut prendre conscience. Les plus avancés en âge doivent unir leurs efforts pour alléger la dette que les plus jeunes devront acquitter. Ne leur dites pas que vous les aimez, que vous veillez sur eux, si vous faites semblant d’ignorer la charge écrasante qui s’accumule sur leurs épaules !
Nous, on ne protège pas des pédophiles !
À chaque fois que vous criez, je peux prendre une gorgée d’eau, donc c’est une bonne chose ! (Applaudissements et sourires sur les bancs du groupe EPR.)
Je vous en prie, chers collègues !
Heureusement que nous ne sommes pas en Chine !
Ayant vécu ces derniers mois cet exercice inédit, et je crois sans précédent, de transparence entre citoyens, j’ai vu la puissance des forces qui veulent qu’on continue à fermer les yeux.
Comme à Bétharram ?
Il y a certes un fait nouveau. Depuis le début du travail que nous avons engagé il y a quelques semaines, les représentants de ces forces commencent leurs discours par : « Nous ne nions pas la situation. » Mais ils ajoutent aussitôt : « Nous sommes en désaccord avec la méthode, les décisions prises, le rythme du désendettement, l’identification des causes, et nous combattrons tout cela de toutes nos forces. C’est pourquoi nous voulons faire tomber le gouvernement qui nous invite à l’effort. » (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)Les uns disent – ne croyez pas que j’ignore l’efficacité de ce discours – que ce sont les immigrés qu’il faut mettre à contribution,…
Votre ministre de l’intérieur le dit !
…que ce sont les étrangers qui sont la cause de tout,…
Pas du tout, vous avez une grande part de responsabilité !
…et que c’est auprès de ceux-là que nous gaspillons notre argent et qu’il faut taper dans la caisse. Ils ont aussi une variante : la cause, c’est l’Europe, nous nous ruinons pour respecter nos engagements. Vingt milliards là, dix milliards ici – c’est plus facile.Je l’ai dit : je suis d’accord pour qu’on vérifie, mesure par mesure, s’il y a des anomalies, des injustices commises au détriment de nos compatriotes.
On l’a fait !
Quelle horreur !
J’ai pris la décision d’intervenir au sujet de l’aide médicale de l’État pour faire entrer dans la norme les préconisations du rapport présenté par Claude Evin et Patrick Stefanini. (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)Je me suis réjoui qu’ils rappellent que nous sommes le premier gouvernement à prendre en compte ce rapport remis il y a deux ans. Mais j’ai entendu des voix qui disaient : « Tout cela nous soulève le cœur ! »En tout état de cause, l’addition des économies est très loin de représenter un ordre de grandeur à la dimension du problème. Ou bien, autre discours : ce sont les riches qu’il faut faire payer. (« Oui ! » et applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR. – Mme Dieynaba Diop applaudit aussi.) Là encore, je ne sous-estime pas l’efficacité du discours. Bernard Arnault et ses […]
Ça se discute !
L’excédent du commerce extérieur dans le secteur du luxe, ce sont 40 milliards d’euros par an ;…
Grâce aux travailleurs !
…et la valorisation de l’image de la France, qui contribue à l’industrie comme au tourisme, représente des dizaines de milliers d’emplois.On nous dit qu’il suffit de leur prendre ce qu’ils ont, ou une large part de ce qu’ils ont, ou chaque année 2 % de ce qu’ils ont, et que les problèmes de la France seront réglés. On oublie deux choses essentielles : la première est qu’un pays comme le nôtre a besoin d’investisseurs. Le 1 % des plus hauts contribuables assume une large part de l’investissement privé dans l’appareil productif en France. Et on oublie une deuxième conséquence : dans le monde de frontières ouvertes où nous vivons (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP)…
Les fameuses frontières ouvertes !
…ceux qui sont ciblés ont une réplique très simple et très immédiate : ils déménagent. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
C’est faux !
Ils ont pléthore de pays où ils peuvent trouver un refuge fiscal, en Europe même : le Luxembourg, la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, pour les entreprises.
Lisez les rapports de vos propres services !
Demandez à nos voisins britanniques ! Ils ont décidé de taxer les étrangers qui étaient exonérés de fiscalité.
Ça n’a rien à voir !
Ces derniers ont déménagé et cela a eu pour conséquence immédiate l’explosion du prix de l’immobilier à Milan. Mentionnons au passage, et François Hollande le sait bien (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP),…
Vous avez appelé à voter pour lui à l’époque !
…que ce type de fiscalité est interdit par le Conseil constitutionnel, qui l’a depuis longtemps déclaré confiscatoire, donc inconstitutionnel ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Vous êtes le porte-parole des 1 % !
Chacun pourra s’exprimer le moment venu. Merci d’écouter le premier ministre dans le calme.
Mais je veux réaffirmer ici qu’il conviendra de trouver un type de contribution qui fasse que les très hauts revenus et les très hauts patrimoines soient appelés à participer spécifiquement à l’effort national ; un travail en profondeur doit être conduit pour éviter que soient mises en place ou que se perpétuent des stratégies d’optimisation fiscale manifestement antiégalitaires qui, bien que juridiquement correctes, sont moralement discutables.
Juridiquement correctes à cause de qui ?
J’ai proposé dès la mi-juillet que les commissions parlementaires soient invitées à participer au travail de mise au point de cette fiscalité de solidarité. Les solutions de facilité, celles qu’on vend aux Français à longueur de discours, ne suffiront jamais.Notons au passage qu’entre ceux qui affirment « Nous allons instituer 20 ou 30 milliards d’impôts nouveaux » et ceux qui stipulent « Pas un euro d’impôts supplémentaires ! », entre ceux qui disent « Nous allons prendre les ressources dépensées pour les étrangers » et ceux qui déclarent qu’ils s’y opposeront « jour et nuit et jusqu’au bout », la conjonction des forces qui annoncent qu’elles veulent additionner leurs voix pour faire tomber le gouvernement, c’est un tohu-bohu qui se prépare pour la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe HOR.)Et – pardonnez-moi de le […]
Et la carte vitale ne fonctionnera plus, on sait !
Il n’y a qu’un seul chemin pour que notre pays s’en sorte, aujourd’hui comme dans les années 1950, quand le général de Gaulle et, un peu plus tôt, Pierre Mendès France,…
Laissez Mendès France tranquille !
…affirmaient, tous deux dans le même sens : le premier, que l’équilibre des finances publiques ne devait pas se faire par l’accroissement chronique de la dette et, le deuxième, qu’« un pays qui n’est pas capable d’équilibrer ses finances publiques est un pays qui s’abandonne ».
Ils étaient démissionnaires !
C’est précisément la question qui est posée aujourd’hui. Mesdames et messieurs les députés, dans cette démarche inédite qui vise à mettre tous les parlementaires face à leur responsabilité propre, personnelle, humaine – tous ceux qui voient bien que quelque chose ne va pas, même s’il est plus commode d’ignorer cette évidence –, dans cette démarche, il y a une certaine idée de la démocratie et du gouvernement d’un peuple. J’ai choisi de m’adresser à vous comme si le destin n’était pas écrit.
Vous vivez dans un monde parallèle !
Comme si la réponse de l’Assemblée nationale à l’engagement de responsabilité n’avait pas été annoncée à cor et à cri, sur tous les tons et toutes les antennes, de la part du plus grand nombre des groupes de cette assemblée.
C’est ce qu’on appelle le déni !
Je m’adresse à vous en prenant au pied de la lettre les principes énoncés à l’article 27 de la Constitution : « Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. » Ce qui veut dire qu’en principe, les mots d’ordre n’ont pas leur place ici. Ce qui a sa place ici, c’est la conscience personnelle de chacun des députés de la nation. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Nous représentons nos électeurs ! Ils nous demandent de voter contre !
S’il vous plaît !
Tous les partis politiques qui ne font pas partie du gouvernement ont annoncé leur décision de le renverser. C’est un exploit tout relatif, permettez-moi de le signaler, puisque ce gouvernement est sans majorité, ni majorité absolue, ni majorité relative…
En effet !
…et que sa chute irrévocable était annoncée depuis la première minute de son existence.
La faute à qui ?
Kamikaze !
Je veux apporter ici une précision. J’ai une haute idée des mouvements politiques. Je me suis engagé quand j’avais à peine plus de vingt ans dans celui auquel j’adhère encore aujourd’hui. Je ne l’ai jamais quitté. Je l’ai défendu quand nous n’étions qu’une poignée à y croire encore. Je l’ai porté envers et contre tous et je suis fier de la génération de responsables qui m’entourent aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Je suis certain que, sur beaucoup de ces bancs, vous partagez le même sentiment d’intime fidélité et de fierté vis-à-vis du parti auquel vous adhérez.Mais les partis politiques ont aussi un défaut fondamental, qu’a si précisément vu, y compris à son détriment, le général de Gaulle,…
Arrêtez de vous comparer avec lui, c’est ridicule !
…c’est que leur logique toujours les conduit à la division. C’est une malédiction, que nous vérifions à cet instant. Notre pays a le plus urgent besoin de lucidité, il a le plus urgent besoin d’unité. Et c’est la division qui menace de l’emporter, qui menace son image et sa réputation. Les forces politiques qui annoncent qu’elles vont faire tomber le gouvernement,…
Excellent !
…ce sont les forces politiques les plus opposées entre elles, celles qui se désignent comme ennemies, celles qui sont incompatibles, par les idées autant que par les arrière-pensées, et qui échangent, d’un bout à l’autre de l’hémicycle, les injures et les mises en cause. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)
Vous avez appelé à voter pour eux ! C’est vous qui les avez fait élire !
Ce qu’elles préparent, si leur logique de division l’emporte, je l’ai déjà dit, c’est le tohu-bohu (Sourires), le désordre où chacun hurle dans son coin et dont rien de bon ne peut sortir.Le gouvernement, par ma voix, engage devant vous sa responsabilité. Ce qui signifie que, par ma voix, à la tribune, il dit : « mesdames et messieurs les députés, le problème dont nous vous saisissons, comme représentants de la nation, nous paraît si grave, il implique si profondément chacun de nos concitoyens, qu’il requiert votre soutien. » Sans un soutien minimal de la part des Français, représentés ici par leurs députés, l’action exigeante et courageuse que la situation implique n’a aucune chance de pouvoir s’imposer.Et sans ce soutien minimal, sans cette entente minimale entre les grandes sensibilités du pays, sur le constat et sur l’impérieuse trajectoire de redressement, alors l’action du […]
C’est ce que vous avez fait pendant toute votre carrière !
…de dissimuler l’essentiel pour communiquer sur le secondaire, en sachant qu’on continue la marche vers l’accident, je vous le dis : je ne serai pas l’homme d’une telle politique. Je crois aux compromis, mais aux compromis qui respectent l’essentiel. La vérité des hommes et des choses, la hiérarchie des ordres et des urgences.
Vous n’êtes pas un homme de compromis !
Je crois aux compromis qui ne se construisent pas sur l’ambiguïté. Requérir le soutien du pays quand il faut agir, c’est pour moi l’article 1er du contrat démocratique. Dans des domaines aussi sensibles, je n’ai jamais cru à l’épreuve de force.
Et le 49.3 ?
Je crois à la conviction partagée. Et je crois qu’il convient de vérifier cet accord de fond auprès des Français ou de leurs représentants chaque fois que c’est nécessaire. Ma conviction, c’est qu’au fond, au point où nous en sommes arrivés, il ne reste plus que deux chemins.Le chemin sur lequel, sur toute la planète, le monde bascule : celui qui considère que la destinée des peuples, c’est d’obéir et que, pour que s’instaure cette logique autoritaire, contre le droit des peuples et le droit de l’homme et du citoyen, tous les coups sont permis ; celui qui considère que la fin justifie les moyens, notamment l’utilisation de tous les conflits, de toutes les mésententes, de toutes les calomnies, qu’il convient de faire flamber.Et vous voyez sans peine, de l’Est lointain à l’Ouest qu’on croyait proche – l’ouest américain – combien cette conception de la politique au bulldozer…
Et le 49.3 ?
…cette loi du plus fort, ce rapport de force brutal paraissent s’imposer ! Sous les applaudissements des uns et le découragement des autres.Et nous, nous sommes là pour ranimer l’autre projet. Le projet même de la démocratie, qui considère plus juste, plus intéressant, plus fructueux de respecter le citoyen, même minoritaire, et de le considérer comme partenaire et coresponsable de son propre destin. Cette démarche, cette méthode fait de la vérité partagée avec les Français son arme suprême. Cette démarche, cette méthode conduit à l’unité du pays et elle écarte la malédiction de la division perpétuelle.Le philosophe et militant Marc Sangnier, que j’aime beaucoup et qui siégea dans votre assemblée à deux reprises, après la première guerre mondiale et après la deuxième, a défini la démocratie comme l’organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience et la responsabilité du […]
Et qui respecte le résultat des élections !
La conscience, c’est-à-dire la plus juste, la plus lucide compréhension des choses et des événements. La responsabilité, c’est-à-dire l’engagement. Nous, citoyens, ne sommes pas là pour être condamnés soit à l’obéissance, soit à la révolte. Nous sommes là pour prendre notre part du destin, les yeux ouverts, avec la vérité comme boussole.Nous sommes un peuple qui s’interroge, non pas seulement sur son avenir, sur l’avenir du monde et de la planète, mais sur le chemin que l’on peut emprunter pour construire cet avenir. Ce que dit le moment que nous vivons, mesdames et messieurs les députés, c’est qu’il y a un chemin, et un seul, pour la France : celui de la vérité partagée, et du courage qu’on choisit ensemble. (Les députés des groupes EPR, Dem et HOR se lèvent et applaudissent. – Quelques députés du groupe DR applaudissent également.)
Nous allons maintenant entendre les orateurs des groupes. Pour les respecter, je vous remercie de quitter l’hémicycle en silence.La parole est à M. Boris Vallaud.
Nous sommes convoqués ici à un rendez-vous que nous n’avons ni souhaité ni organisé. Nous n’ignorons rien de la gravité de la situation économique, financière, sociale et politique dans laquelle notre pays se trouve, ni du tragique de l’époque, qui menace en toute chose et à chaque instant d’ébranler le monde tel que nous l’avons connu. Mais il n’est qu’un responsable à la crise, à la débâcle, au désordre du pays : le président de la République et avec lui ses épigones aveugles, dont vous êtes, monsieur le premier ministre, le premier apôtre. Un président battu dont la politique, disqualifiée dans les urnes, nous a conduits à l’impasse dans laquelle nous sommes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC. – M. Emmanuel Maurel applaudit également.)La responsabilité politique, c’est l’obligation morale et publique, pour les dirigeants, de rendre compte de leurs actes. Vous aimez […]
Chers collègues, s’il vous plaît !
La vie est curieusement faite : quarante ans à dénoncer la dette, à peine huit ans à la creuser comme jamais. Monsieur le premier ministre, vous ne ferez pas aujourd’hui de votre défaite une victoire, de l’absurde un haut fait, du vide politique l’étoffe d’un destin. Non, vous soumettre à ce vote n’est pas un acte de courage, c’est une dérobade (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe EcoS), que dis-je, une pantalonnade ! Face à l’adversité, vous vous résignez. Face à la difficulté, vous reculez. Face à la responsabilité, vous vous effacez. Dans le grand silence de l’été, nous pensions que vous prépariez le budget : en réalité, vous prépariez votre sortie. Derrière votre geste politique, solitaire et désinvolte, votre faux sacrifice en dissimule un vrai : celui des millions de Français de l’Hexagone et des outre-mer, ces précaires, ces mères […]
Avec qui ?
…à rechercher dans un même élan la stabilité politique et la justice fiscale, sociale, territoriale. Nos choix ne sont pas les vôtres, ils sont ceux des Français : pas le travail, le capital ; pas les jours fériés, les héritiers ; pas le ruissellement, la redistribution ; pas les PME, les multinationales ; pas la récession, la relance. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
La relance comme en 1981 !
Nous proposons un autre chemin, celui des peuples qui refusent la résignation et regardent plus loin que leurs chaînes. Aux Français les plus modestes, lassés du sacrifice sans horizon, nous disons le droit de vivre de leur travail. La baisse de la contribution sociale généralisée que nous voulons, c’est 900 euros de plus par an pour un salarié au smic, 1 500 euros pour un couple gagnant 1 920 euros chaque mois.
Et les recettes ?
Aux richesses insolentes, aux fortunes doublées en dix ans, aux grandes entreprises qui paient moins que les PME et profitent davantage, nous disons : le temps du patriotisme économique et de la justice fiscale est venu. (Mêmes mouvements.) À la France, patrie du courage heureux, qui doute de son destin, nous disons : l’élan plutôt que le déclin. Un plan de relance réveillera nos territoires, réarmera nos usines, soutiendra hôpitaux et écoles, préparera l’avenir. À l’histoire, enfin, qui nous regarde, nous disons que nous réduirons les déficits et la dette, oui, mais sans écraser les existences. Ce n’est pas la vie qu’il faut taxer, c’est l’injustice qu’il faut abolir. Ce soir, nous ne passerons pas sous la tutelle du Fonds monétaire international, les cartes Vitale ne cesseront pas de fonctionner et la politique ne sera pas projetée hors de son orbite.
Dormez, bonnes gens !
Un nouvel horizon s’ouvre pour la gauche, pour le pays. À ceux qui nous font reproche de vouloir exercer le pouvoir, qui pensent que « gouverner, c’est trahir », je réponds : exercer les responsabilités, c’est être fidèle au contrat qui nous lie aux électeurs qui espèrent de la gauche un changement dans leur vie (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC),…
Pour résumer : le changement, c’est maintenant !
…aux classes populaires qui ont bien conscience de leurs intérêts, qui ne peuvent se payer le luxe d’attendre leur hypothétique délivrance par une nouvelle élection, qui préfèrent l’action, même imparfaite, au verbe impuissant et savent qu’un pas en avant vaut mieux que mille programmes. (Mêmes mouvements.) À ceux qui objectent l’absence de majorité, je dis qu’il en existe une dans le pays : la majorité des vies difficiles, la majorité absolue des Français exprimant leur colère et leur refus d’une politique qui, depuis huit ans, ne se préoccupe pas d’eux. Je dis qu’il en existe une ici : la majorité des députés élus dans l’élan du front républicain, tenus par un seul engagement, une seule promesse – ne rien céder à l’extrême droite. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS. – M. Emmanuel Maurel applaudit également.) Députés du socle […]
Quelle leçon de démocratie vous nous donnez !
Oui, c’est désormais à la gauche arrivée en tête de gouverner, à celles et ceux qui veulent assumer leurs responsabilités de prendre l’initiative. Comme socialistes, nous ne nous déroberons pas. Nous n’avons qu’une exigence : servir, avec une autre politique, mais aussi une autre méthode. Voilà pourquoi c’est au Parlement, sur la base de nos propositions, sans recours au 49.3, que nous chercherons des majorités, autour de quelques priorités qui répondent à l’urgence pour les Français, aux attentes du pays, jusqu’à la grande explication – jusqu’au grand rendez-vous démocratique de 2027. Négocier n’est pas capituler, ni renoncer à ses espérances. Ce n’est pas nier le dissensus, solder le désaccord, fabriquer des majorités artificielles. Vous êtes la droite, nous sommes la gauche. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
Plutôt que de penser à la droite ou à la gauche, pensez aux Français, ça vous changera !
C’est là un acte de confiance dans la démocratie parlementaire, dans les forces républicaines qui peuplent notre assemblée et peuvent se retrouver dès demain. Chers collègues, parce qu’il haïssait les catastrophes et détestait les écroulements, Victor Hugo nous avertissait ici même, dans cette assemblée, il y a 175 ans : « Aux hommes assez insensés pour dire : L’humanité ne marchera pas, Dieu répond par la terre qui tremble ! » Aujourd’hui, aux hommes assez insensés pour espérer des artisans du naufrage les moyens de s’en sortir, le pays répond par un cri. Ce cri qui monte, il faut l’entendre. Il est encore celui de l’espoir ; ne le décevons pas. De là où il se trouve, il est désormais temps pour le président de la République de faire son devoir plutôt que de céder à son bon plaisir. Nous sommes prêts : qu’il vienne nous chercher ! (Les députés du groupe SOC se lèvent et applaudissent. […]
La parole est à M. Laurent Wauquiez. Encore une fois, merci, pour qu’il puisse s’exprimer, de quitter l’hémicycle en silence.
Nous y revoilà. Nous y revoilà donc : au bout d’à peine neuf mois, un gouvernement est de nouveau sur le point de tomber.
Pas encore !
Et à chaque étape, nous enfonçons encore plus notre pays dans la voie de l’instabilité. Quelles que soient nos opinions, quelles que soient nos convictions, sur tous ces bancs, personne ne peut s’en réjouir. Si nous sommes ici, c’est parce que nous aimons la République. Si nous sommes ici, c’est parce que nous voulons par notre engagement contribuer à la reconstruction de notre pays, parce que nous aimons la France ; nous ne pouvons que ressentir de la tristesse face à ce qu’est en train de devenir la politique française. Je me souviens de l’émotion que j’éprouvais en entrant pour la première fois dans cet hémicycle, lieu sacré de la politique de notre pays, où se sont fait entendre les voix d’Aristide Briand, le père de la laïcité, de Jules Ferry, Georges Clemenceau, Charles de Gaulle ou Philippe Séguin.
Ou Georges Marchais ! (Sourires sur les bancs du groupe GDR.)
Si différents soient-ils, tous ont incarné une part de la noblesse de ce qu’est la politique française ; or, cette politique que nous aimons, nous la voyons aujourd’hui à nouveau rongée par ses vieux démons – ceux de l’instabilité. L’instabilité, dans l’histoire de notre pays, n’est jamais quelque chose que nous devrions prendre à la légère. L’instabilité, dans l’histoire de la démocratie française, a souvent failli emporter notre République. N’oublions pas qu’ici, à l’époque de la IVe République, les gouvernements tombaient les uns après les autres ; la démocratie était menacée. Le général de Gaulle, avec les institutions de la Ve République, a redonné à la France sa stabilité. Son premier ministre, l’un des meilleurs que la France ait connus, Georges Pompidou, est resté six ans à ce poste, durée qui lui aura permis d’inscrire son action dans le temps long. Nous, au cours des deux ans […]
C’est vous, l’instabilité ! Vous qui défendez la Ve République !
Pendant qu’à l’Assemblée nationale, je le répète, certains s’amusent de tout cela, cherchent à en profiter, recourent à des invectives et des cris qui tiennent maintenant lieu de délibérations en vue du bien commun,…
Hypocrite ! Ils se sont désistés en votre faveur !
…il y a dans notre pays des artisans, commerçants, professionnels libéraux, entrepreneurs, salariés qui, eux, savent le prix à payer lorsque l’on déstabilise l’économie et les institutions. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et HOR ainsi que sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.) Tous les Français en paient les conséquences : le déficit, le surendettement, la désindustrialisation, l’insécurité et une immigration hors de contrôle.Nous en sommes au point où la France s’endette à des taux supérieurs à ceux de la Grèce. Monsieur le premier ministre, vous avez raison de nous alerter sur ce point. Nous en sommes également au point où des narcotrafiquants versent des aides sociales aux habitants de nos cités. Ces deux symboles sont redoutables en ce qu’ils disent du déclin de notre pays.Dans cette période, une personne agite tous les désordres parce qu’elle espère en […]
C’est nous !
…menée par Jean-Luc Mélenchon, est le premier danger politique pour notre République. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP ainsi que sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.)Avec les députés de la Droite républicaine, nous serons le premier barrage face à cette menace. Nous n’accepterons jamais qu’un gouvernement comporte des membres de La France insoumise.
Et le RN, ça ne vous dérange pas ?
Nous n’accepterons jamais que se mette en place ici le programme funeste du Nouveau Front populaire. (Mêmes mouvements.)Cela vaut évidemment pour un gouvernement socialiste qui prônerait ou appliquerait ce même programme.Monsieur le premier ministre, j’en viens à la question qui nous est posée : celle du redressement budgétaire de notre pays. Il nous est arrivé d’avoir des différends, et nous nous en sommes toujours expliqués avec franchise.De la même manière, je vous ai immédiatement apporté mon soutien quand vous avez posé le diagnostic de la situation budgétaire. En effet, et je le reconnais, vous avez depuis longtemps eu le courage de dire la vérité sur l’état de nos finances et de poser ce débat fondamental pour l’avenir du pays. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et EPR.)Oui, la situation budgétaire de la France appelle un sursaut collectif. C’est une évidence. Nous ne […]
C’est votre bilan !
Face à cela, certains affirment que l’on peut dépenser sans compter ; que l’on peut continuer à augmenter les impôts dans un pays qui en détient déjà le record. Ça n’est pas un débat nouveau dans la démocratie. Nous siégeons dans cet hémicycle face à la tapisserie de l’école d’Athènes, qui illustre les philosophes de l’Antiquité grecque. Au IVe siècle avant Jésus-Christ, la démocratie athénienne,…
Oh là là ! (Sourires.)
…berceau de la démocratie, fait face aux assauts de Philippe II de Macédoine. Il y a alors, dans l’Ecclésia, un débat portant précisément sur le sujet qui nous occupe aujourd’hui : la gestion de la dépense publique. Cela devrait vous inspirer un peu. Certains disent alors que l’on peut continuer à dépenser sans compter. Face à eux, Démosthène, cette belle figure de la démocratie athénienne, affirme que la réalité démentira leurs chimères, et dit « préférer les paroles qui sauvent aux paroles qui plaisent ». Je vous reconnais, monsieur le premier ministre, d’avoir fait ce choix. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR, EPR, et HOR ainsi que sur quelques bancs du groupe LIOT.)Inlassablement, au cours des derniers mois, les députés de la Droite républicaine vous ont fait des propositions ; pas pour qu’il y ait moins d’économies mais pour qu’il y en ait davantage. Nous les avons […]