Séance du 3 février 2026 — 139e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Christophe Blanchet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Christophe Blanchet.
Tours 1 à 200 sur 295 — page 1 / 2.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de résolution européenne visant à sauvegarder et renforcer le financement de la lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine (nos 1113, 1264).
Cet après-midi, l’Assemblée a commencé d’entendre les orateurs inscrits dans la discussion générale.La parole est à Mme Maud Petit.
Nous vivons un moment que beaucoup n’auraient jamais imaginé connaître : l’éradication du VIH n’est plus un rêve lointain mais un objectif à portée de main. Le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) nous fixe un cap clair pour 2030 : zéro nouvelle infection, zéro décès lié au sida, zéro discrimination.Pour celles et ceux qui ont traversé les années noires, qui ont vu des proches partir trop tôt, cet horizon a longtemps semblé irréel. Pourtant, la perspective de tourner la page d’une épidémie qui a marqué l’histoire contemporaine n’a jamais été aussi proche.Depuis les années 1980, près de 92 millions de personnes ont été infectées par le VIH et plus de 44 millions sont mortes de maladies opportunistes liées au sida. Ces chiffres rappellent l’ampleur du combat mené.Aujourd’hui, nous disposons d’outils puissants : les traitements antirétroviraux, qui permettent de […]
La parole est à M. Bertrand Bouyx.
Aujourd’hui, dans l’Union européenne, 765 000 personnes vivent avec le VIH. Près de 10 % d’entre elles ignorent encore leur séropositivité et, chaque année, 23 000 nouveaux diagnostics viennent rappeler que cette épidémie n’appartient pas au passé. Elle est bien là, tenace, insidieuse, et frappe d’abord les plus vulnérables – ceux que nos sociétés oublient trop souvent, ceux dont les voix portent moins que les nôtres.Pourtant, depuis quatre décennies, la science a accompli des miracles. Grâce aux traitements antirétroviraux, une personne séropositive peut espérer vivre aussi longtemps qu’une personne séronégative ; grâce à la prophylaxie pré-exposition, nous disposons d’outils pour briser les chaînes de transmission ; grâce à la coopération internationale, des millions de vies ont été sauvées, notamment en Afrique où le Fonds mondial a permis de réduire de moitié le nombre de décès liés […]
La parole est à Mme Constance de Pélichy.
Ce texte s’inscrit dans un contexte que nous pouvons unanimement qualifier de particulièrement préoccupant pour la gouvernance mondiale de la santé. La suspension, puis le gel, de larges pans des financements américains consacrés à la lutte contre le VIH constituent un choc brutal pour la communauté internationale. Comme cela a déjà été rappelé, ces décisions ont déclenché une crise mondiale du financement des programmes de lutte contre ce virus, avec un impact direct sur l’accès aux soins, la prévention et les chaînes d’approvisionnement. In fine, ce sont les presque 40 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde qui en subissent les conséquences.Une telle situation met en péril des décennies d’efforts, de progrès médicaux et de coopération internationale. Elle révèle surtout la fragilité de notre système qui, trop dépendant d’un nombre restreint de financeurs, est exposé à […]
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
« Mon souci principal, dans cette histoire, est de mourir à l’abri du regard de mes parents. » Ces mots sont ceux d’Hervé Guibert, dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Ils disent avec justesse ce qu’a été le VIH à ses débuts : une maladie mortelle, bien sûr, mais aussi une expérience de la honte, de la peur, de l’isolement, du silence. À la fin des années 1980, le taux de mortalité de ceux chez qui était diagnostiqué le syndrome d’immunodéficience acquise atteignait 60 % en deux ans.Le sida était alors majoritairement une condamnation à mort. Mais il était aussi une condamnation à la mort sociale : licenciement, exclusion, contrôle discriminatoire aux frontières – jusqu’à l’interdiction d’entrée sur le territoire de certains pays. Car le VIH n’a jamais été une simple question de santé : il a été instrumentalisé comme un outil de stigmatisation et de domination. Des groupes déjà […]
Bravo !
L’audition du ministre Barrot en commission des affaires étrangères l’a encore démontré cet après-midi. Les budgets alloués à l’aide publique au développement ne doivent jamais être une variable d’ajustement des crédits alloués au ministère des affaires étrangères. C’est notre humanité qui est remise en cause lorsque la haine préside à l’affectation des crédits budgétaires.J’ai souvenir d’avoir évoqué dans cet hémicycle il y a presque un an, comme d’autres de mes collègues, le danger que représentait la suspension de l’activité de l’Agence des États-Unis pour le développement international. À l’époque, l’ONU avait estimé que l’arrêt définitif de l’aide américaine pourrait entraîner la mort de 6,3 millions de personnes du seul fait du sida entre 2025 et 2029.Alors je demande à ceux qui veulent appliquer une logique d’austérité à l’aide publique au développement : que direz-vous lorsque […]
Bravo !
La parole est à M. Olivier Fayssat.
La proposition de résolution européenne qui nous est soumise touche à un sujet important mais auquel nous avons fini par nous habituer inconsciemment au fil du temps, au risque de le laisser glisser à l’arrière-plan des priorités internationales : la lutte contre le VIH, le sida. Pour nous ramener à la gravité de la réalité, n’oublions pas qu’en 2023, 630 000 personnes sont mortes du sida dans le monde tandis que 1,3 million ont été nouvellement infectées et que près de 40 millions vivent avec le virus.Ces chiffres ne traduisent pas un échec scientifique, au contraire : désormais, nous savons traiter, prévenir et dépister. Les traitements antirétroviraux fonctionnent, de même que la prophylaxie pré-exposition, et le principe « Indétectable = Intransmissible » est établi.Ce qui est en train de lâcher, ce n’est pas la science mais les financements. Le rapport que nous avons examiné est […]
Mais c’est le sujet, justement ! Vous n’avez rien compris !
Nous votons en faveur du financement de la lutte contre une maladie très grave et j’aimerais être certain qu’une partie de ce financement ne s’évaporera pas dans des actions d’inspiration wokiste.
Ça y est !
Qu’est-ce que vous racontez ? C’est indécent !
Nous ne voudrions pas être embarqués malgré nous, avec l’argent des Français, dans la défense de théories fumeuses.
Franchement, collègue, vous n’êtes pas à la hauteur.
La lutte contre le VIH n’est pas un combat abstrait : c’est un enjeu de sécurité sanitaire mondiale, car les virus ne connaissent ni frontières ni slogans.Pour toutes ces raisons, et dans un esprit de vigilance politique, le groupe UDR votera en faveur de cette proposition de résolution, en rappelant que chaque euro engagé doit servir en priorité à la prévention, au dépistage, au traitement du VIH et à la recherche à son sujet…
Vous pensez que ça peut servir à quoi d’autre ?
…sans dilution, sans détournement, sans confusion des combats. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
La parole est à M. Alexandre Dufosset.
Nous examinons une proposition de résolution européenne visant à sauvegarder et renforcer le financement de la lutte contre le VIH. Le texte rappelle utilement l’ampleur de l’épidémie, les progrès thérapeutiques et surtout le risque d’une diminution du financement à l’échelle internationale.Pour le Rassemblement national, la ligne est claire : la lutte contre le VIH est un impératif de santé publique. Elle l’est d’abord en France, où l’on déplore encore des milliers de découvertes de séropositivité chaque année. On constate ainsi une hausse de 41 % des diagnostics du virus chez les jeunes de 15 à 24 ans entre 2014 et 2023 selon une étude publiée le 25 novembre par Santé publique France (SPF).L’importance de ce combat contre l’épidémie oblige les nations à prendre leurs responsabilités, d’abord parce que l’Union européenne ne détient qu’une compétence d’appui en matière de santé. C’est […]
Taxez les riches !
Bien sûr, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme est un instrument important, en lien avec notre système de santé, mais il doit être exemplaire et se soumettre à des procédures de contrôle et d’évaluation…
C’est déjà le cas !
…plus strictes qui incluent des audits systématiques, des indicateurs publics, des outils de lutte contre la corruption et de sanction des dérives.Lorsqu’on finance la prévention, le dépistage et les traitements, on doit exiger des résultats mesurables : réduction des nouvelles infections, baisse de la mortalité, amélioration de l’accès aux antirétroviraux et continuité effective des soins. Je suis au regret de constater que ce point constitue un angle mort de la résolution qui nous est soumise.S’agissant de la recherche, nous sommes d’accord pour dire qu’elle est un bien commun pour la France – ce n’est hélas pas la conception de nombreuses puissances – et le texte mentionne des innovations majeures, notamment des prophylaxies injectables semestrielles prometteuses. Nous souscrivons donc à l’idée d’un effort scientifique renforcé. Mais, là encore, il faut sortir d’une vision naïve : la […]
C’est vraiment honteux.
Il y a une manière efficace de mener des politiques publiques et une manière responsable de pratiquer la solidarité internationale : celles qui protègent, contrôlent, évaluent et obtiennent des résultats. C’est cette voie que nous défendons. Si cette proposition de résolution est un chèque en blanc, signé au prix de notre souveraineté budgétaire et au profit d’une Europe bavarde et impuissante, alors ce sera sans nous. Mais s’il s’agit de remettre de la discipline, de la clarté et de l’efficacité dans l’effort international de lutte contre le VIH, alors nous sommes évidemment favorables. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
La parole est à Mme Brigitte Liso.
Nous faisons face à une menace qui dépasse nos frontières et qui met en péril des décennies de progrès dans la lutte contre le VIH. Ces derniers mois, en effet, les coupes budgétaires imposées par l’administration de Donald Trump dans les programmes de santé mondiale ont fragilisé les efforts de prévention. Des millions de vies sont mises en danger à travers le monde, car ne l’oublions pas : le sida tue ! Le VIH se transmet toujours ! Pour preuve, deux chiffres : selon l’OMS, il y a eu, en 2022, 630 000 morts du VIH et 1,3 million de personnes contaminées. Ces chiffres traduisent une réalité quotidienne et rappellent que, malgré les avancées scientifiques, malgré les traitements et malgré la prévention, la lutte contre le VIH est loin d’être terminée.L’Onusida nous alerte également : en l’état des politiques publiques actuelles, il existe un risque qu’il y ait plus de 8 millions de […]
La parole est à Mme Ségolène Amiot.
Depuis le début de l’épidémie de sida, on compte 44 millions de morts – l’équivalent de la population de l’Argentine. En 2024, 41 millions de personnes vivaient avec le sida – soit la population du Canada – et seulement 77 % d’entre elles avaient accès à un traitement.Nous sommes réunis aujourd’hui pour exiger le financement par la France et par l’Union européenne de la lutte contre le VIH. Le texte dont nous débattons s’inscrit dans une actualité inquiétante, notamment sur le plan international, puisque les États-Unis ont fait en 2025 une annonce catastrophique, celle du retrait d’une énorme partie de leur contribution financière à la lutte mondiale contre le VIH.Impossible de ne pas lier ces coupes massives de l’administration Trump aux enjeux diplomatiques actuels : la suppression totale de l’enveloppe américaine à l’Onusida s’inscrit dans la stratégie de Trump d’affaiblir l’ONU et […]
Mais oui, bien sûr !
Eh oui, monsieur Potier ! (Sourires.)
…pousse des associations comme Aides à un plan social d’ampleur pour éviter la fermeture totale, alors qu’elles luttent au quotidien contre cette maladie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)En France comme ailleurs, la lutte passe par la prévention. Mais l’accès à la prévention et aux traitements suppose une véritable éducation à la sexualité. Or en France, l’Evars – éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité –, bien qu’obligatoire, n’est dispensée qu’à 30 % des élèves, faute d’un financement ambitieux et suffisant.L’éradication du VIH ne peut être que mondiale. Il est grand temps que la France et l’Union européenne réagissent politiquement et financièrement à l’impérialisme américain ; il est grand temps d’augmenter la participation française et européenne à la lutte contre le VIH pour enfin l’éradiquer. C’est pourquoi le groupe Insoumis que je […]
La discussion générale est close.
J’appelle maintenant, dans le texte de la commission, l’article unique de la proposition de résolution.Sur cet article, je suis saisi par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Arthur Delaporte, rapporteur de la commission des affaires européennes, pour soutenir l’amendement no 1.
J’ai déposé douze amendements, dont plusieurs sont rédactionnels : cette proposition de résolution ayant été rédigée l’an dernier, il s’agit de mettre à jour les années évoquées ainsi que les chiffres mentionnés.Si vous le permettez, monsieur le président, je défendrai en même temps les amendements nos 1 et 2. Le premier vise à actualiser la référence à la stratégie mondiale de lutte contre le VIH de l’Onusida, en remplaçant 2021-2026 par 2026-2031. Le deuxième vise à actualiser la référence aux objectifs de lutte contre le VIH de l’Onusida afin de l’aligner sur l’échéance internationale actuellement en vigueur, désormais fixée à 2030.
La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, pour donner l’avis du gouvernement sur ces deux amendements.
Je peux d’ores et déjà indiquer que je suis favorable à l’ensemble des amendements du rapporteur…
C’est louche ! (Sourires.)
…puisqu’il s’agit, comme il l’a dit, d’actualiser les années et les chiffres initialement mentionnés.
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Madame la ministre, vous avez été interpellée par plusieurs orateurs sur le montant que la France va consacrer au Fonds mondial de lutte contre le sida. Il est tout de même incroyable que le gouvernement, alors que nous sommes réunis ce soir, dans l’hémicycle, après le vote du budget – tous les commentateurs disent : « La France a un budget ! » –, pour traiter du financement de la lutte contre le sida, ne soit pas capable de dire quel montant il compte lui consacrer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur les bancs des commissions. – M. Pierre Pribetich applaudit également.) Donc, madame la ministre, soit vous n’avez pas d’infos, et c’est un signal dangereux sur la nature du budget que l’on a confectionné pour la nation, soit vous en avez, mais elles sont si indécentes au yeux de ceux qui se battent contre cette maladie que vous n’osez pas les révéler ce soir, de peur […]
Exactement !
Je vous invite à nous les donner… Il y a bien quelqu’un qui les détient, passez un coup de fil à Bercy ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP – MM. Pierre Pribetich et Nicolas Thierry applaudissent également.)
Bravo !
(Les amendements nos 1 et 2 sont successivement adoptés.)
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 3.
Il s’agit d’actualiser le nombre de personnes contaminées par le virus du VIH dans le monde – on en compte 900 000 de plus que l’année dernière – ; je précise que « contaminées » ne signifie pas forcément « condamnées », dans la mesure où l’on peut vivre aujourd’hui avec le VIH.Cet amendement me permet de rebondir sur la question de l’efficacité de la politique d’aide à la lutte contre le VIH, qui a été évoquée d’une façon assez abjecte par notre collègue du Rassemblement national dans la discussion générale. Sachez, chers collègues, qu’il n’y a pas d’aide plus efficace que celle relative à la lutte contre le VIH. Il suffit d’ouvrir le rapport et de regarder les chiffres : vous verrez que le taux de mortalité a considérablement diminué.Aujourd’hui, je le redis, on peut vivre avec le VIH. Ce n’est pas parce qu’on est contaminé qu’on meurt du sida. Et la baisse des taux de contamination […]
Ces arguments ne sont pas racistes !
Quel est l’avis du gouvernement ?
Je confirme mon avis favorable. Je tiens à rappeler à M. Lecoq que le budget n’est pas encore promulgué.
Oh ! Quand même !
Par ailleurs, je ne peux pas laisser dire dans cette enceinte que la France n’est pas engagée sur ce sujet.
Le gouvernement français, lui, ne l’est pas !
Je rappelle que les financements pour la période 2023-2025 ont atteint 1,5 milliard, dont 250 millions pour Unitaid et 500 millions pour les vaccins.
Répondez à la question !
Et, en contrepartie de ces sommes importantes – pour répondre à une question qui a été soulevée à la droite de l’hémicycle –, la gestion de ces financements comme le contrôle de leur impact sur les organisations concernées sont absolument exemplaires. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Il faut répondre à la question, madame la ministre !
Ma collègue a raison.
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Je crois que nous sommes tous fiers ici que notre pays soit l’un des membres fondateurs du Fonds mondial de lutte contre le sida et qu’il ait été, dans les années que vous venez de citer, le deuxième financeur de ce fonds. J’ai bien dit le deuxième ! C’est notre fierté !Mais nous nous inquiétons du fait que dans notre pays, les associations auront désormais moins de moyens, et qu’à l’échelle internationale, la solidarité ne va plus fonctionner. (« Eh oui ! » sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Quant aux raisons budgétaires invoquées, c’est comme quand on parle des maladies en France. Dans les quartiers sans médecin, les personnes sont mal soignées. Or on s’aperçoit que cela coûte encore plus cher à la sécurité sociale que si elles avaient été prises en charge dès le début. Si on baisse les budgets, madame la ministre, cela coûtera encore plus cher en vies et en conséquences pour […]
Monsieur Lecoq, j’ai compris que vous vous exprimiez en faveur de l’amendement.
C’est exact.
Un orateur pour, un orateur contre : la parole est à M. Guillaume Gouffier Valente.
Je suis moi aussi pour l’amendement, mais je suppose que je peux tout de même m’exprimer, monsieur le président ?Je suis quelque peu gêné, madame la ministre, parce que nous sommes un certain nombre de parlementaires à échanger depuis plusieurs mois avec le gouvernement sur ce sujet – mais pas avec vous-même, c’est vrai. Il y a visiblement certains de vos collègues qui n’ont pas envie de venir ce soir échanger avec nous directement – même s’il y a bien entendu une solidarité gouvernementale et que vous les représentez à ce titre.Cela fait des mois que nous réclamons la reconduction de l’effort de la France en faveur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme – ou malaria.Ce sont des risques majeurs. Vous ne pouvez pas rester silencieuse, d’autant que de nombreux États attendent de connaître la contribution française pour fixer la leur. (M. le rapporteur […]
Il est passé par 49.3 !
…et on sait que la contribution initialement prévue par le gouvernement était largement réduite par rapport au montant de 2025 – 1,6 milliard. En 2026, même si nous n’arrivons pas à la même somme, il faut que nous restions au-dessus des autres pays – l’Allemagne, par exemple, a reconduit un montant de 1 milliard –, que nous continuions d’être une nation motrice sur un sujet qui demeure majeur pour des millions de personnes à travers la planète. (Applaudissements sur les bancs des commissions. – M. Vincent Caure applaudit également.)
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 4.
Il est rédactionnel. Je vais également défendre l’amendement no 5, qui vise à tenir compte de la baisse du nombre de contaminations en France, passé de 3 650 à 3 400. L’évolution est plutôt positive et témoigne que, quand on met les moyens, quand on renforce la prévention, quand on a une politique publique qui marche, ça marche.
Quand ça marche, ça marche…
Toutefois, madame la ministre, ce qui se passe en ce moment nous inquiète. Comme notre collègue Danielle Simonnet l’a indiqué, des centres de santé sexuelle sont menacés, des associations mettent la clé sous la porte et la direction générale de la santé a réduit de 20 % les financements de certaines structures travaillant dans la prévention. Si on veut que les contaminations continuent de baisser, il y a urgence à renforcer et à soutenir les politiques de santé publique. Au moment des débats budgétaires, nous avons discuté de la prise en compte du Ségur de la santé – autre sujet évoqué par Danielle Simonnet. Vous vous êtes alors engagée à examiner la situation des associations, notamment de santé sexuelle et d’aide aux femmes victimes de violences. (Mme Danielle Simonnet applaudit.)
La mobilisation, c’est ce jeudi !
Quel est l’avis du gouvernement sur ces deux amendements ?
Favorable.
La parole est à Mme Ségolène Amiot.
Nous prônons un vote pour ou une abstention sur ces amendements. Par ailleurs, ce soir, nous pouvons lire dans la presse que – fumée blanche ! – la France a un budget. Toutes les lignes budgétaires sont donc connues et, théoriquement, madame la ministre, en tant que membre du gouvernement, vous devriez y avoir accès.
Cela a déjà été dit !
Vous devriez être en mesure, comme le prévoit notre règlement, de nous informer sur ce que prévoit le budget en matière de lutte contre le sida, en France et à l’étranger.
Nous discutons d’une proposition de résolution ! On n’est pas en train de faire le budget !
Les associations vous le réclament car certaines d’entre elles, comme Aides, sont sur le point de licencier la quasi-totalité de leurs salariés faute de garanties sur leurs financements. Je ne suis pas sûre que la France ait le luxe de pouvoir se passer des associations de lutte contre le VIH, qui font le boulot, trop souvent abandonné par les pouvoirs publics, de prévention, d’information et de dépistage. C’est pourquoi je vous prie de nous informer et de nous dire quel est le budget prévu par le gouvernement pour la lutte contre le VIH, à l’intérieur de nos frontières et à l’étranger. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Il va revenir à la charge, et il a raison de le faire…
Madame la ministre, je ne vais pas vous embêter tout le temps avec des questions de financement. Toutefois, pour ma part, je suis de la génération « Ciel, mon mardi ! » C’est à travers cette émission et son présentateur que j’ai découvert les questions liées au sida et les enjeux du préservatif bon marché – je crois me souvenir que le prix était de 1 franc, à l’époque. Ensuite, pendant les vingt-cinq ans où j’ai été élu dans une ville voisine du Havre, les préservatifs y étaient gratuits. Ils étaient disponibles dans les salles de sport, dans les piscines, à l’accueil de la mairie et dans tous les espaces que fréquentaient les jeunes.
À l’université !
Une telle politique nécessite des moyens et toutes les interventions de sensibilisation des jeunes, à Gonfreville-l’Orcher ou au Havre, avaient lieu avec des associations. On ne mène pas des politiques publiques qu’avec des fonctionnaires ; on le fait aussi avec le soutien d’associations qui doivent avoir des moyens. C’est cela que vous allez casser. Je vous invite vraiment à revoir votre copie. Madame la ministre, vous êtes médecin, vous êtes fondamentalement d’accord avec ce que nous disons à propos de la santé. Osez interpeller Bercy ! Sinon, assumez vos responsabilités !
(Les amendements nos 4 et 5 sont successivement adoptés.)
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 7.
Il s’agit d’un amendement rédactionnel, comme le no 6. Je vais défendre le no 8, qui vise à tenir compte de l’évolution du nombre de nouveaux diagnostics en Europe, passé de 24 731 à 24 164. Cette baisse très faible – on pourrait presque parler de stabilité – doit nous alerter collectivement sur la nécessité de mener des politiques publiques de santé européennes, n’en déplaise à certains. Pour continuer de répondre au Rassemblement national, je souligne que la baisse de moitié de la mortalité depuis 2010 est une conséquence de cette politique de santé publique, que la baisse de 60 % des nouvelles contaminations entre 1995 et 2023 est une conséquence des politiques ambitieuses menées à l’échelle mondiale. On ne sortira pas du sida avec une politique limitée à la France, car les épidémies ne connaissent pas les frontières. Des données fiables, produites notamment par l’Onusida, prouvent […]
Quel est l’avis du gouvernement sur ces trois amendements ?
Favorable.
La parole est à Mme Valérie Bazin-Malgras.
Sans vouloir non plus vous embêter, madame la ministre, je trouve toutefois qu’au lendemain de l’adoption du budget, vous devriez connaître les montants alloués à la protection des Français contre le VIH. Par ailleurs, on aura beau mettre tout l’or du monde, rien ne vaut la protection. Je profite donc de l’examen de ce texte pour répéter aux Français que, pour ne pas tomber malade du sida, il faut se protéger.
(Les amendements nos 7, 6 et 8 sont successivement adoptés.)
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 9.
Il est rédactionnel. Je vais défendre aussi le no 10, qui vise à ce que le texte tienne compte de la diminution significative des contributions financières de plusieurs États européens. Cette tendance, qui ne concerne pas les seuls États-Unis, a été évoquée par de nombreux collègues. Si la baisse n’est que de 1 % en Allemagne et de 2 % au Canada, elle est beaucoup plus importante en Suède – 15 % – au Japon – 18 % – et au Royaume-Uni – 69 %. La France était jusqu’ici le deuxième donateur international. Madame la ministre, je ne me souviens pas de vos termes exacts mais, en substance, vous avez dit que la France conserverait une place primordiale ou de premier plan. (Mme la ministre acquiesce.) Est-ce à dire qu’elle va rester le deuxième financeur du Fonds mondial ? On a évoqué l’arrêt du PEPFAR, mais les États-Unis continueront de contribuer au Fonds mondial et, potentiellement […]
Quel est l’avis du gouvernement sur ces deux amendements ?
Favorable.
Ah !
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Madame la ministre, la France, qui ne participe pas à toutes les actions de solidarité au même niveau, se targuait à l’ONU d’être le deuxième financeur du Fonds mondial et s’enorgueillissait de cette contribution au multilatéralisme et aux politiques internationales. Or, fait rarissime, le président de la République n’a pas participé au dernier sommet de reconstitution des ressources du Fonds, à Johannesbourg ; il était représenté par le ministre des affaires étrangères. Toute la communauté internationale en a déduit qu’il allait se passer quelque chose d’important par rapport au Fonds mondial de lutte contre le sida.Nous savons que quelque chose va se passer, que le budget est voté, que la contribution française risque de diminuer. Pourquoi alors ne voulez-vous pas nous indiquer le montant prévu ? Il n’est pas possible qu’une ministre de la santé ne le connaisse pas. C’est donc que […]
Le gouvernement est un canard sans tête !
La parole est à M. Guillaume Gouffier Valente.
Monsieur Lecoq, heureusement que le président de la République n’était pas à Johannesbourg ! On connaît depuis le mois de septembre 2025 le montant prévu de la contribution de la France au Fonds mondial : 700 ou 800 millions d’euros, soit une baisse de 50 %. Je suis donc un peu surpris par nos débats. Si le Président n’a pas participé au sommet,…
C’est parce qu’il avait honte !
…c’est parce que le budget était en cours de discussion ici et qu’il y avait une bataille pour augmenter cette contribution.Monsieur le rapporteur, je ne pense pas que la somme ait bougé. Dans le budget final figurent toujours 700 à 800 millions. Que le gouvernement n’ait pas envie de répondre signifie peut-être qu’il reste une marge de manœuvre pour revenir à 1,6 milliard ou, s’il y a une baisse, pour rester le deuxième contributeur.
C’est combien, finalement ?
Il s’agit d’un enjeu majeur, madame la ministre. Ces derniers mois, le gouvernement n’a cessé de dire qu’il respecterait la voix du Parlement. Or, au Sénat comme ici, cette voix s’est élevée à plusieurs reprises en faveur de la plus grande protection possible de la solidarité internationale, notamment des contributions à la santé mondiale et, tout particulièrement, au Fonds mondial. Aussi serait-il souhaitable d’avoir des éclaircissements sur ce que cache cette absence de réponse à propos d’un montant que tout le monde ici connaît parfaitement.
(Les amendements nos 9 et 10 sont successivement adoptés.)
La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 11.
Bravo !
L’amendement no 11 vise à actualiser la rédaction proposée l’année dernière en tenant compte du fait que le PEPFAR n’a pas été totalement arrêté, comme nous l’anticipions alors, mais réduit – il représente désormais 1,4 milliard, contre 6,9 auparavant. Le caractère erratique de la politique américaine a des effets dévastateurs sur l’organisation de l’offre et de l’acheminement des médicaments.L’évolution de PEPFAR est liée à celle de la diplomatie américaine, qui conditionne son aide à la signature d’accords bilatéraux. L’amendement no 12, auquel j’espère que Mme la ministre adhérera, vise à ce que la France défende un multilatéralisme de projets. Nous ne devons pas basculer dans le bilatéralisme égoïste que pratiquent les États-Unis, qui consiste à mettre sous pression des pays ayant besoin de financements et à conditionner leur aide à un accès aux données. La France défend une science […]
Excellent !
Quel est l’avis du gouvernement ?
Avis favorable sur les deux amendements.
La parole est à M. Théo Bernhardt.
Je ne peux vous laisser employer le terme d’obscurantisme, monsieur le rapporteur. Je vous oppose un exemple simple : pendant deux ans, j’ai bossé sur le VIH au sein de l’équipe d’un laboratoire de recherche pour essayer de comprendre le fonctionnement de ce virus, sur lequel j’ai rendu plusieurs rapports et auquel j’ai consacré mon mémoire. Vous ne pouvez pas dire que le Rassemblement national serait obscurantiste sur cette question.
Mais que répondez-vous à Trump sur le « wokisme » ?
Vous ne pouvez pas dire que les députés du Rassemblement national n’en ont rien à faire ou tiennent des propos… (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) En tout cas, les vôtres sont indécents ! Nous sommes évidemment pour la lutte contre cette pandémie qui sévit dans le monde depuis des dizaines d’années – j’y suis particulièrement sensible à titre personnel.
Vous admirez Trump !
Vous ne pouvez pas nous faire ce procès ignoble et indigne ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Le Pen disait que le sida était une punition divine !
Le débat se passait bien jusque-là !
La parole est à M. le rapporteur.
J’invite le collègue du Rassemblement national qui vient de s’exprimer à écouter ou à lire l’intervention de M. Fayssat,…
Il est à l’UDR, pas au RN !
…à laquelle il n’a peut-être pas assisté tout à l’heure. Ce dernier a explicitement qualifié de wokistes des termes dont il jugeait la présence inopportune dans cette résolution. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) De tels propos font écho à ceux que l’on a pu entendre aux États-Unis et qui ont motivé la suspension du PEPFAR en conditionnant le financement des associations au bannissement de certains termes, au risque de causer des millions de morts. Voilà la réalité ! Il faut maintenant assumer vos propos, chers collègues.
Obscurantistes !
Mais je n’ai pas tenu ces propos !
Si vous ne les assumez pas, alors changez de parti !
Je suis membre du RN et fier de l’être !
Vous êtes trumpistes !
(Les amendements nos 11 et 12 sont successivement adoptés.)
Je mets aux voix l’article unique de la proposition de résolution tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 135 Nombre de suffrages exprimés 135 Majorité absolue 68 Pour l’adoption 135 Contre 0
(L’article unique, amendé, est adopté, ainsi que l’ensemble de la proposition de résolution.) (Applaudissements sur tous les bancs.)
Vous voyez bien que nous avons voté pour !
Wokistes !
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de résolution européenne visant à soutenir le Danemark et le Groenland et à œuvrer en faveur d’une plus grande coopération en matière de défense (nos 1170, 1490).Je vous rappelle que la conférence des présidents a prévu que les travaux des semaines de l’Assemblée se déroulent dans le respect des horaires de séance. En conséquence, je lèverai la séance à minuit pile.La parole est à M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des affaires étrangères.
Tout d’abord, je tiens à saluer les militaires français présents au Groenland, engagés dans le cadre de l’exercice international Arctic Endurance, que nous avons eu la chance de rencontrer, le président Anglade et moi-même, il y a quelques jours. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)Ce soir, nous débattons d’une résolution pour réaffirmer notre solidarité pleine et entière à l’égard de ceux qui sont nos amis et nos alliés, les Danois et les Groenlandais ; pour réaffirmer que le Groenland n’est ni à prendre ni à vendre, qu’il n’est pas un territoire vide de population et d’hommes que l’on pourrait vendre à l’encan ; pour réaffirmer qu’il y a des choses qui ne se font pas, qui ne se disent pas, quand on est alliés et amis.Je ne connais pas un seul Français qui ne s’inquiète des derniers développements de la situation internationale. Or, ce soir, cette proposition de résolution […]
Quel ringard !
Une culture stratégique commune, c’est bien ce qu’il nous manque encore tristement aujourd’hui, à nous Européens. Je l’affirme à cette tribune, notre avenir est européen, que ce soit en matière économique, sociale, environnementale, démocratique ou en matière de défense.
Va à Bruxelles !
À l’inverse du chemin que nous vous proposons avec Damien Girard, il en existe un autre, celui que proposent tous les nationalistes du monde comme, ici, ceux du Rassemblement national : repli et nationalisme. Le plus étonnant, c’est que personne ne vous en tient rigueur.
C’est vous qui n’avez plus d’électeurs !
C’est votre parti, députés du Rassemblement national, qui a soutenu pendant des années la sortie de l’Union européenne, présentée comme la seule solution pour la sécurité de la France, avant de proposer la sortie de la monnaie unique. Or pour représenter les Français du Royaume-Uni,…
Vas-y !
…je ne sais que trop bien quel coût il faut subir quand on fait le choix de sortir de l’Union européenne. Je le répète, notre avenir passe par l’Union européenne, notre force, notre puissance sont européennes : dans cette compétition mondiale, c’est parce que nous avons utilisé le bazooka qu’est l’outil anticoercition que Donald Trump a reculé. (Rires sur plusieurs bancs du groupe RN.)C’est vous aussi qui refusez que l’on bâtisse une défense européenne, que l’on envisage de construire une autonomie stratégique en Europe.
C’est le bébé von der Leyen !
Vous continuez à présenter la France comme l’horizon indépassable de la sécurité collective et l’Europe des nations comme la seule solution pour notre sécurité. Vous oubliez au passage que c’est cette Europe, l’Europe des nations, qui a plongé par deux fois au XXe siècle notre continent dans la guerre. Il faudra aussi nous expliquer comment la France, seule, pourrait tenir tête aux empires. Il est loin le temps où votre champion parlait du vent de fraîcheur que la victoire de Donald Trump faisait souffler sur nos démocraties.Voilà, chers collègues, le chemin que nous vous proposons avec cette proposition de résolution. C’est un chemin transpartisan pour affirmer le leadership français comme une force et la réponse européenne comme une nécessité. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Il n’a pas dit un mot du Groenland !
Si, mais il fallait écouter !
La parole est à M. Damien Girard, rapporteur de la commission des affaires étrangères.
Les menaces directes d’annexion ou d’achat illégal du Groenland par Donald Trump ne sont pas une provocation isolée. Elles constituent une méthode, la même que celle de Poutine, d’Erdoğan, de Xi Jinping, de Netanyahou : celle de la légitimité par la force brute, celle de l’impérialisme, du nationalisme, du colonialisme. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)Messieurs les monarques, ici, en France, nous le savons encore plus qu’ailleurs : les peuples ne sont pas à vendre. Aucun territoire n’est à conquérir par la force des armes ou de l’argent. Les Groenlandais utilisent le très beau mot de nunarput pour exprimer leur attachement au territoire et à la liberté. Du Rojava au Groenland, de Caracas à Taïwan, de Kiev à Gaza, non, messieurs les monarques, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’est pas négociable.
Bravo !
Ce droit des peuples est notre rempart face à l’impérialisme violent et face au nationalisme brutal dont le Rassemblement national, qui siège dans cet hémicycle, est le complice direct. Si nous ne sommes pas solidaires du Groenland comme des autres cibles américaines, telles que le Canada, nous ne serons crédibles nulle part.Oui, la pression américaine était un test. Oui, nous l’avons passé avec succès. Les déclarations fermes des pays de l’Union, comme l’exercice Endurance arctique, sont bien plus que des symboles. Ils sont la preuve de notre volonté. Sans provocation, sans agressivité, nous montrons notre préparation et notre résolution. Nous affichons notre inua comme on dit au Groenland, notre force vitale.Oui, nous sommes capables d’agir et de faire respecter notre identité et nos valeurs, même sans le commandement américain, voire contre lui. C’est décisif. Oui, nous sommes […]
La parole est à M. le ministre délégué chargé de l’Europe.
Le Groenland n’est ni à vendre ni à prendre, et toute remise en cause de son statut ou de ses frontières est inacceptable. Face aux menaces américaines et aux volontés extérieures de décider de son avenir à la place de ceux qui y vivent, la position de la France est claire, constante et sans ambiguïté. C’est au peuple groenlandais, au Groenland et au Danemark seuls de décider des questions qui les concernent. La souveraineté ne se négocie pas ; l’intégrité territoriale ne se marchande pas. Ces principes intangibles fondent la position invariable de la France sur la scène internationale, à propos du Danemark et du Groenland comme de l’agression de l’Ukraine par la Russie.La France a exprimé son soutien au plus haut niveau et à plusieurs reprises. Le président de la République l’avait déjà annoncé à Nuuk le 15 juin 2025, faisant de la France le premier pays d’Europe et du G7 à se […]
La parole est à M. le président de la commission des affaires étrangères.
La surenchère autour du Groenland et du Danemark révèle un des défis existentiels de l’Europe. Dans un contexte international profondément instable, cette résolution européenne est au cœur des enjeux majeurs auxquels l’Europe se trouve confrontée, alors que notre continent doit affirmer sa présence et sa souveraineté face aux pressions extérieures et aux rivalités croissantes dans l’Arctique et l’Atlantique Nord.Cette proposition de résolution, adoptée de manière consensuelle par la commission des affaires étrangères le 4 juin 2025, est sur le devant de la scène en raison de l’actualité internationale. La commission que je préside suit ce dossier avec attention et, demain, nous tiendrons une table ronde avec des membres éminents du parlement danois. Si le Groenland peut paraître éloigné géographiquement, son avenir conditionne directement notre propre sécurité collective et notre destin […]
La parole est à M. le président de la commission des affaires européennes.
Notre débat de ce soir n’est pas anodin et, dans la mesure où il est la conséquence d’une nouvelle brèche dans l’ordre international que nous connaissions, il est même décisif. Nous ne sommes pas réunis ce soir pour débattre d’un énième coup de force de la Russie ou d’un nouvel embrasement au Proche-Orient. Nous sommes réunis parce que le Danemark, pays ami et allié, a été menacé de l’annexion d’une partie de son territoire par l’un de ses alliés, les États-Unis d’Amérique. Ces deux pays appartiennent à une même alliance militaire : un seuil a donc été franchi.C’est pourquoi je salue en préambule le travail des rapporteurs qui nous permet d’adresser de nouveau un message de soutien et de solidarité française et européenne au Danemark, au Groenland et au peuple groenlandais.Le Groenland est un territoire européen, souverain et indépendant. Nous le répétons ici : nous ne transigeons pas […]
Ah non ! On n’en veut pas, de ça !
Nous avons des instruments de financement et la préférence européenne est actée. Cela dit, nous devons en faire davantage pour renforcer notre autonomie et permettre à certains États membres de mettre un terme à leur dépendance à l’industrie américaine de l’armement.Notre seconde priorité est la défense de nos intérêts économiques face à l’agressivité chinoise et aux tarifs américains. (M. Aurélien Saintoul s’exclame.) Pour cela, notre agenda économique doit être très simple : il doit protéger les acteurs européens en instaurant la préférence européenne, des mesures miroirs et d’autres mesures de protection.Enfin, notre troisième priorité est d’investir, investir et encore investir. Investir dans l’IA, le quantique, le spatial, la greentech – en somme, dans toutes les technologies d’avenir, qui favoriseront notre souveraineté et notre indépendance et nous rendront plus forts dans la […]
Et la diplomatie ?
Au fond, ce que nous devons faire, c’est développer notre autonomie stratégique, réduire notre dépendance à l’égard de la Chine et des USA et assumer de faire de l’Europe une puissance militaire, technologique, économique et scientifique.Ce qui se joue au Groenland dépasse largement ce territoire. C’est un test de crédibilité, de maturité et de responsabilité stratégique, et la confirmation que dans le monde qui vient, l’Europe ne sera respectée que si elle est capable d’assumer pleinement et concrètement sa puissance et de maintenir son cap, celui de l’indépendance, de la souveraineté et du refus de la vassalisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR ainsi que sur les bancs des commissions.)
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Liliana Tanguy.
La proposition de résolution que nous examinons ce soir n’est pas une simple résolution diplomatique, c’est un acte politique fort. Elle réaffirme que l’Europe ne cède ni à l’intimidation ni à la logique expansionniste d’une grande puissance qui bafoue le droit international. Elle incarne la vision d’une Europe solidaire et indépendante ayant la capacité d’agir fermement pour notre sécurité collective.Je veux saluer ici le travail remarquable de nos deux rapporteurs, Vincent Caure et Damien Girard, qui ont su faire entendre une voix claire, ferme, européenne. Je souhaite également souligner l’initiative de Vincent Caure et du président de la commission des affaires européennes, Pieyre-Alexandre Anglade, qui se sont rendus récemment au Groenland, dans le cadre d’une mission à Nuuk, pour porter un message de solidarité française et européenne.Les déclarations du président des États-Unis […]
La parole est à M. Aurélien Saintoul.
Nous voici revenus soixante-dix ans en arrière. En 1956, la France et le Royaume-Uni découvraient durant la crise de Suez que les États-Unis n’avaient absolument aucune intention de défendre leurs intérêts. En France, nos prédécesseurs surent en tirer les conséquences. Le programme nucléaire français était lancé pour dissuader « tous azimuts », les colonies étaient enfin abandonnées et en 1966, le général de Gaulle retirait la France du commandement intégré de l’Otan, notre pays n’accueillant plus désormais aucune base américaine.Il fallut Nicolas Sarkozy et ses soutiens pour revenir sur ces choix. Celui qui se vantait qu’on l’appelât « l’Américain » n’avait apparemment pas été assez instruit des pratiques états-uniennes par l’invasion illégale de l’Irak, ou peut-être était-il après tout indifférent au respect du droit international puisque peu après, en coalition avec l’Otan, il menait […]
Ce n’est pas faux !
Les menées de Washington sont inacceptables, mais elles n’étaient pas imprévisibles. En 2016, déjà, Trump se faisait fort d’acheter le Groenland. Il y a un an, lors des questions au gouvernement, j’interrogeais sur la stratégie à l’égard des États-Unis et il me fut répondu : « Nous ne sommes pas naïfs mais il ne sert à rien d’anticiper d’emblée le pire. » Quelle prescience ! Les forfaitures se sont succédé : les livraisons d’armes à un État génocidaire ou l’enlèvement d’un président en exercice. À chaque fois, le gouvernement ferme les yeux, voire approuve.Il y a quelque chose de dérisoire à voir la pensée magique à l’œuvre dans ce texte, dont pas un mot n’est consacré aux dépendances réelles de la France et des États membres de l’Otan aux États-Unis. Pas un mot pour aborder le fait que le Danemark fut pendant des années le poste avancé de la NSA, l’Agence nationale de sécurité des […]
La parole est à M. Thierry Sother.
Les Européens ont vécu pendant des décennies dans l’ombre protectrice des États-Unis. Outre-Atlantique se trouvait l’allié le plus précieux de beaucoup de nos nations, qui en étaient dépendantes pour leur commerce et pour leur protection. Cet allié n’a jamais été un partenaire idéal. Il espionnait, il étendait son droit et utilisait sa justice pour servir ses intérêts commerciaux, il menait des guerres que nous désapprouvions. Mais il partageait avec nous de grandes valeurs, en particulier celles de l’État de droit et de la démocratie.
À Guantanamo ?
Les États-Unis ne sont plus rien de tout cela. Sous la présidence de Donald Trump, notre allié est devenu une menace. Dès son investiture, Donald Trump avait dessiné les contours de quatre années noires pour les relations internationales, où il pourrait prendre tout ce dont avait besoin : il menaçait de s’emparer du canal de Panama, d’annexer le Canada ou encore d’acquérir le Groenland – sans exclure, jusqu’à très récemment, le recours à la force. C’est là son fonctionnement de tyran : faire planer la peur et la menace jusqu’à obtenir un avantage.La sidération des Européens a trop duré. Nous avons un continent de grande taille et bien peuplé. Nous avons une histoire militaire et diplomatique et il nous reste encore les moyens de notre protection. Nous avons un espace commercial crucial pour les puissances impérialistes, auxquelles nous ouvrons actuellement grand nos portes, quoi […]
La parole est à M. Antoine Vermorel-Marques.
Il est des dirigeants qui croient à la force du droit et il en est qui ne croient qu’au droit de la force. Donald Trump ne croit ni aux règles, ni aux peuples, ni aux alliances. Il croit à lui-même. Il croit à l’argent. Il croit au rapport de domination. Et aujourd’hui, c’est cette vision du monde, brutale, vulgaire et dangereuse, qui s’exprime à travers ses propos sur le Groenland.Depuis des mois, Donald Trump parle d’un territoire européen comme un promoteur parle d’un terrain à bâtir. Il ne parle pas de souveraineté. Il ne parle pas de peuple. Il parle d’intérêt. Il parle de contrôle. Il parle de possession.Car chez Donald Trump, tout devient marchandise. La diplomatie devient un deal. Les alliances deviennent des contrats léonins. La géopolitique devient un bras de fer permanent. Le Groenland, dans cette logique, n’est pas une terre habitée, c’est un actif stratégique, un stock de […]
La parole est à Mme Catherine Hervieu.
Depuis bientôt dix ans, les États-Unis de Donald Trump menacent le multilatéralisme, le respect du droit international et le respect des peuples à disposer d’eux-mêmes. Être leur voisin plus ou moins lointain est aujourd’hui un risque en raison de leur propension à la prédation, de leur impérialisme et de leur utilisation de la loi du plus fort. La menace n’est pas digne d’un État, soi-disant plus grande démocratie du monde, alors même que la population états-unienne vit sous le joug de l’ICE, la police de l’immigration américaine.Les États ne sont pas des articles que l’on trouverait sur une liste de courses. Dès 2017, le Groenland est devenu la cible du président des États-Unis : déclaration de volonté d’annexion, de rachat par tous les moyens, car tout s’achèterait.Oui, la liberté a un prix. Résister face aux impérialistes et aux colonisateurs, et trouver la voix de son autonomie ou […]
La parole est à M. Jimmy Pahun.
Je tiens, avant toute chose, à remercier MM. Vincent Caure et Damien Girard, rapporteurs de ce texte, pour l’occasion qu’ils nous offrent de parler de la situation en Arctique.En effet, les régions polaires deviennent chaque année plus vulnérables et accessibles. Les équilibres régionaux sont aujourd’hui remis en question par les agissements de certaines grandes puissances – la Russie, évidemment, mais aussi les États-Unis. Les dernières déclarations de Donald Trump sur le Groenland sont venues s’ajouter à l’intérêt ancien des États-Unis pour cette région, en particulier pour ce territoire. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait affirmé son intérêt pour le Groenland. Cette fois, il va encore plus loin. Ses propos constituent une remise en cause de la souveraineté danoise sur le Groenland et du droit à l’autodétermination du peuple groenlandais.Elles sont contraires aux règles du […]
La parole est à M. Bertrand Bouyx.
La proposition de résolution que nous examinons aujourd’hui rappelle que certaines lignes ne doivent jamais être franchies. Quand un allié, un partenaire historique, remet en cause la souveraineté d’un territoire européen, ce n’est pas une simple question de politique étrangère, c’est une atteinte à nos valeurs fondamentales.Le Groenland n’est pas un enjeu géostratégique comme les autres. Le Groenland est avant tout une nation, avec son peuple, son histoire et son droit inaliénable à décider de son propre avenir. Disons-le de façon claire et définitive, le Groenland appartient aux Groenlandais. Depuis 1979 et l’obtention de son autonomie interne, confirmée en 2009 par un statut d’autogouvernement renforcé, le Groenland a construit patiemment son destin.Une nation de 56 000 citoyens qui ont choisi librement leur voie, une nation dont 86 % de la population rejette catégoriquement toute […]
La parole est à M. Stéphane Lenormand.
La proposition de résolution que nous examinons porte sur l’Arctique. Si, pour beaucoup, c’est un espace lointain, appréhendé à travers des cartes, des rapports ou des débats stratégiques, pour d’autres, dont je fais partie, c’est un peu plus concret. Lorsqu’on est élu de Saint-Pierre-et-Miquelon, on apprend assez tôt que le voisin américain est parfois surprenant et exigeant.Le groupe LIOT soutient pleinement cette proposition de résolution, qui rappelle avec une sobriété bienvenue des principes que l’on pensait durablement acquis : la souveraineté des États, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’idée, somme toute raisonnable, selon laquelle un territoire ne se négocie pas comme une simple marchandise.Les déclarations répétées de responsables américains évoquant la possibilité d’une intégration forcée du Groenland ne sauraient être réduites à de simples maladresses. Elles […]
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Parfois, la nature se joue des hommes. Donald Trump voulait le Groenland ; les États-Unis en ont eu le climat pendant quelques jours ! Parfois, la nature a elle aussi des choses à dire…Cette proposition de résolution européenne ne vise pas seulement, comme son titre l’indique, à apporter notre soutien au Danemark et au Groenland mais relève, en réalité, de plusieurs sujets : la souveraineté territoriale, l’impérialisme états-unien et la défense européenne. L’impérialisme de Donald Trump n’est ni nouveau ni circonscrit : il concerne la bande de Gaza, le golfe du Mexique, le Venezuela, le Canada, le Groenland, Cuba et j’en passe. Les raisons en sont le pouvoir et le profit. Donald Trump a rappelé à Davos qu’il est un magnat de l’immobilier ; partout où il va, il pense constructions, titres de propriété et bénéfices. Un peuple habite-t-il sur le territoire qu’il convoite ? Peu lui importe. […]
La parole est à M. Matthieu Bloch.
Groenland. Jusqu’à récemment, ce mot évoquait pour beaucoup une terre lointaine, glacée, presque abstraite, une carte de géographie, une étendue blanche au nord de nos préoccupations. À présent, le Groenland est devenu le révélateur d’un monde qui change, le symbole de rapports de force assumés et, surtout, d’une faiblesse que nous feignons trop souvent d’ignorer.Commençons par l’essentiel : le Groenland appartient au royaume du Danemark. Cette réalité, établie en droit international, est reconnue par la communauté internationale. Dès lors, toute évolution du statut du Groenland doit relever de la volonté librement exprimée du peuple groenlandais.Lorsque le président des États-Unis a évoqué publiquement la possibilité d’une acquisition du Groenland, y compris par la force, il ne s’agissait pas d’une maladresse, mais d’un acte politique lourd de sens. On ne menace pas un territoire que […]