Séance du 27 février 2026 — 175e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Nadège Abomangoli.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Nadège Abomangoli.
Tours 1 à 200 sur 376 — page 1 / 2.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (nos 2115, 2250 rectifié).
Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 1054 rectifié portant article additionnel après l’article 2.
L’amendement no 1054 rectifié n’est pas défendu.
Nous en venons à des amendements portant article additionnel après l’article 2 bis A.La parole est à M. Théo Bernhardt, pour soutenir l’amendement no 1019.
Il tend à doubler les pénalités pour les fraudes aux pensions de retraite versées à l’étranger. Le rapport de la Cour des comptes de mai dernier dressait un constat accablant de la faiblesse des sanctions appliquées à ce type de fraudes. Les chiffres sont édifiants. En 2023, seules quatre des six caisses régionales de retraite ont prononcé des sanctions – un avertissement et dix-huit pénalités – pour un montant dérisoire de 13 226 euros, alors que 56 % des dossiers présentant des éléments de fraude avérée n’ont fait l’objet d’aucune suite contentieuse. Et quand une pénalité est prononcée, elle s’élève en moyenne à moins de 1 200 euros, ce qui est très inférieur à ce que la loi autorise.Le message envoyé aux fraudeurs est clair : le risque encouru est quasi nul et, s’ils sont pris, la sanction est dérisoire. Nous proposons donc de doubler les pénalités pour les fraudes spécifiques à […]
Je rappelle que sur cet amendement, un scrutin public a été annoncé avant la levée de séance.La parole est à M. Patrick Hetzel, rapporteur de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.
Avis favorable.
La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités, pour donner l’avis du gouvernement.
Même avis.
La parole est à M. Louis Boyard.
Il est important, au début de chaque séance, de relever le très faible nombre de députés présents, ce qui montre bien que le gouvernement a commis une erreur en s’obstinant à maintenir ce texte à l’ordre du jour, contre l’avis de la conférence des présidents. Cela étant, les députés qui restent continueront à défendre pied à pied chaque amendement, dans le souci d’enrichir le débat.Dans cet ordre d’idées, il serait intéressant de poser la question de l’inflation pénale pour savoir si l’aggravation des peines présente bel et bien un caractère dissuasif. Je ferai une distinction entre la fraude organisée et la fraude individuelle. Pour ce qui concerne la première, il n’est pas certain que tous les auteurs de l’infraction sachent exactement quelle peine ils encourent. Surtout, dès lors que des personnes ont décidé de commettre un délit, je doute fort que la gravité de la sanction les […]
La parole est à M. le ministre.
Je voudrais corriger l’avis que je viens de donner – je me suis trompé d’amendement. Je partage bien évidemment le souci de M. Bernhardt de sanctionner sévèrement les fraudes mais il ne me paraît pas nécessaire de créer des sanctions particulières pour les assurés résidant à l’étranger car ils encourent, comme les autres, des pénalités pouvant atteindre jusqu’à quatre fois le plafond mensuel de la sécurité sociale, ce qui est déjà très élevé. Prévoir une sanction spécifique en cas de fausse déclaration pour ces seuls assurés poserait de surcroît une difficulté au regard du principe d’égalité devant la loi. Je rendrai donc un avis défavorable à l’amendement.
La parole est à M. Théo Bernhardt.
C’est dommage et surtout problématique ! Ce n’est pas la première fois que vous jugez nos idées plutôt bonnes mais que vous trouvez une excuse pour ne surtout pas toucher au dispositif en vigueur ! Et pourtant, cette fois, c’est la Cour des comptes elle-même qui vous alerte quant à la gravité des peines et vous enjoint de trouver le moyen de recouvrer l’intégralité des sommes frauduleusement détournées. Votre attitude est incompréhensible mais elle n’est pas nouvelle. Vous annoncez un projet de loi incroyable qu’il faudrait voter en urgence pour éradiquer les fraudes et on se retrouve à une vingtaine de députés à peine en hémicycle, à affronter votre immobilisme !
Je mets aux voix l’amendement no 1019.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 41 Nombre de suffrages exprimés 40 Majorité absolue 21 Pour l’adoption 12 Contre 28
(L’amendement no 1019 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Lionel Duparay, pour soutenir l’amendement no 62.
Afin que l’on puisse s’assurer que les retraités français résidant à l’étranger sont toujours en vie, l’amendement tend à ce que chaque bénéficiaire se présente une fois par an devant les autorités consulaires françaises ou les personnes physiques ou morales agréées par elles. En effet, les expériences précédemment menées pour convoquer des personnes très âgées ont montré que bon nombre d’entre elles étaient déjà décédées.
Quel est l’avis de la commission ?
Nous avons déjà eu ce débat à l’article précédent. Les arguments seront donc les mêmes, celui du caractère difficilement opérationnel de la mesure et l’existence d’autres dispositifs de contrôle, sans compter l’outil biométrique qui pourra être utilisé pour attester de l’identité d’une personne.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
(L’amendement no 62 est retiré.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 362 et 1063, portant article additionnel après l’article 2 bis. La parole est à M. Louis Boyard, pour soutenir l’amendement no 362.
Nous l’avons souvent répété : ce débat est déconnecté de la réalité et des véritables problématiques dont devrait discuter l’Assemblée nationale – et je ne parle pas des bancs désertés de cet hémicycle.D’abord, pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’État, on devrait se préoccuper de la fraude fiscale avant de s’intéresser à la fraude sociale. En effet, la fraude et l’évasion fiscales représentent vingt-quatre fois les fraudes aux prestations sociales.Ensuite, ce texte est profondément déséquilibré car 82 % de ses dispositions se rapportent à la fraude sociale contre 18 % à la fraude fiscale. Quant à la sévérité des mesures, il n’aura échappé à personne que vous avez la main légère pour les fraudes fiscales mais lourde pour les fraudes sociales. J’aimerais profiter de cette prise de parole pour aborder deux sujets.Le premier concerne le montant des prestations sociales. […]
La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian, pour soutenir l’amendement no 1063.
Nous avons à de nombreuses reprises regretté l’absence de travail sur le non-recours. Ce phénomène majeur dans notre pays, qui touche toutes les aides et prestations sociales, aurait pourtant dû être votre principale préoccupation car s’il atteint une telle ampleur, c’est bien en raison de dysfonctionnements dans la conception même des prestations, qui tiennent tant à leur complexité qu’à leur dématérialisation à outrance, les rendant difficiles d’accès.Ces difficultés illustrent une conception très bridée, corsetée, des aides sociales, mais elles sont également liées au fait que ces prestations font chaque trimestre, voire chaque mois, l’objet d’un nouveau calcul, empêchant par là même leurs bénéficiaires de se projeter dans un avenir proche et d’envisager sereinement la sortie de la précarité.Nous vous proposons par conséquent que les dispositifs que vous instaurez pour lutter contre […]
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
Ils visent à mobiliser le répertoire national commun de la protection sociale (RNCPS) au service de la lutte contre le non-recours aux droits sociaux. Je ne méconnais pas l’intérêt de ce sujet mais il excède la portée de nos débats relatifs à la fraude sociale. Sur le fond, la lutte contre la fraude et le non-recours sont tout autant légitimes pour garantir la bonne utilisation des ressources publiques et il ne me semble pas qu’ils doivent être opposés, bien au contraire. Cela étant, ce sont des problématiques distinctes qui nécessitent d’être traitées séparément. Je vous invite donc à retirer ces amendements ; à défaut, j’y serai défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
L’article L. 114-12 du code de la sécurité sociale permet déjà d’utiliser le répertoire national commun de la protection sociale pour lutter contre le non-recours aux droits sociaux, finalité que l’on déduit des alinéas 1 et 2 de l’article. Les amendements sont donc satisfaits et je vous invite à les retirer.Vous savez que se prépare un projet de loi qui doit introduire l’allocation dite de solidarité unifiée. Il est en effet prévu, comme vous l’a indiqué mon collègue Amiel, de bâtir, à partir du chantier engagé sur les données sociales, un compte social unique qui fonctionnera sur le principe de la solidarité à la source en rassemblant automatiquement toutes les données nécessaires. Notre système est complexe, c’est vrai, mais il est le fruit de notre histoire et a le mérite de fonctionner. À nous à présent d’œuvrer à le rendre plus lisible et accessible.Dans quelques mois […]
La parole est à M. Bastien Lachaud.
Il y a ici une incohérence terrible. Vous nous dites que l’amendement est satisfait et que l’on peut déjà utiliser le répertoire pour aller vers et lutter contre le non-recours. Pourtant, 30 % des bénéficiaires potentiels du RSA ne le perçoivent pas…
Tout à fait !
…ce qui représente 3 milliards d’euros.
Eh oui !
Si la mise à disposition du répertoire ne permet pas de lutter contre le non-recours, comment permettrait-elle de lutter contre la fraude ? Peut-être qu’il manque de personnel ou qu’il n’y a pas la volonté politique de lutter réellement contre le non-recours ?
C’est une hypothèse à prendre en considération !
Dans ce cas, il est indispensable que l’Assemblée nationale réaffirme une volonté politique de lutter contre le non-recours et il convient d’adopter ces amendements.
Exactement !
En résumé, d’un côté on constate que le dispositif ne fonctionne pas mais vous nous dites que nos amendements sont satisfaits – magnifique ! – et, de l’autre, vous nous dites que ce même dispositif permettra de lutter contre la fraude. C’est incohérent. En réalité, vous ne voulez pas lutter contre le non-recours.
Eh non !
Si vous aviez cette volonté, vous voteriez nos amendements et vous donneriez des consignes aux personnels pour qu’ils agissent en ce sens.Nous allons voir ce que va voter le Rassemblement national. Après que M. Dessigny nous a expliqué que, dans l’Aisne, les opérations de contrôle ont permis d’engager une lutte contre le non-recours, nous verrons si le Rassemblement national est cohérent jusqu’au bout ou s’il se contente de faire de beaux discours pour, in fine, se moquer du phénomène et se borner à lutter contre une prétendue fraude.
Implacable !
La parole est à M. Lionel Duparay.
M. le ministre Farandou a rappelé que le gouvernement travaillait à une allocation de solidarité unifiée. À titre personnel, je suis prêt à mettre autant d’énergie dans la lutte contre les fraudes sociales et fiscales que pour l’accès aux droits, car c’est un élément de cohésion nationale qui peut nous rassembler largement.Certains d’entre nous ont l’habitude de gérer des services sociaux, notamment dans les départements. Pour ma part, voilà dix ans que j’exerce ces fonctions au sein du département de Saône-et-Loire. Lorsque des demandes sont présentées en commission, notamment au titre du fonds de solidarité pour le logement, nous interrogeons les fichiers afin de conseiller au mieux les personnes concernées. Quand nous détectons une anomalie, nous les accompagnons dans l’accès aux droits. La difficulté, à l’heure actuelle, c’est qu’on ne peut pas interroger des fichiers divers et […]
Quand il y en a !
…ou d’autres organismes qui peuvent les aider à accéder aux prestations auxquelles elles ont droit et qui peuvent également, dans certains cas, leur attribuer des aides exceptionnelles.Des dispositifs existent déjà, c’est vrai, mais nous nous rejoindrons tous sur l’idée qu’il faut aller plus loin, vers un automatisme dans l’accès aux droits. Pour certains, remplir un formulaire de demande est un calvaire et il faut reconnaître que cela n’est pas toujours simple pour nous non plus. Il faut instaurer l’allocation unifiée pour répondre à ce besoin.
(Les amendements identiques nos 362 et 1063 ne sont pas adoptés.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 382 et 1057, tendant à rétablir l’article 2 ter, supprimé par la commission des affaires sociales. La parole est à M. Lionel Duparay, pour soutenir l’amendement no 382.
L’article 2 ter avait pour objet de renforcer la lutte contre la fraude aux prestations sociales et fiscales grâce à l’inscription au répertoire national commun de la protection sociale des personnes ayant fait l’objet d’une sanction définitive pour fraude avérée et caractérisée. Il s’agissait de faire en sorte que, lors de demandes futures, les services puissent, non pas opposer un refus systématique, mais porter une attention particulière à la véracité des informations fournies, en raison de la fraude précédemment caractérisée.Voilà pourquoi nous demandons le rétablissement de l’article.
L’amendement no 1057 de M. Aurélien Lopez-Liguori est défendu.Quel est l’avis de la commission sur ces amendements ?
Ces amendements visent à rétablir l’article 2 ter, qui, introduit par le Sénat, a été supprimé par la commission des affaires sociales. Après avoir débattu de la proportionnalité de la mesure au regard du but poursuivi, la commission a décidé de la supprimer. À titre personnel, je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Je comprends votre intention, qui est d’améliorer la lutte contre la fraude par le partage d’informations importantes, mais mon avis est fondé sur une analyse strictement juridique. Les données à caractère personnel relatives aux condamnations pénales sont des données particulières, visées à l’article 10 du règlement général sur la protection des données (RGPD) et soumises à un régime de protection spécifique. Seules les autorités publiques qui y sont habilitées, c’est-à-dire les administrations judiciaires et répressives, peuvent être responsables de leur traitement. Les organismes de sécurité sociale n’y sont pas autorisés. Compte tenu de cet élément juridique, je vous demande de retirer votre amendement. À défaut, j’y serai défavorable.
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
Je profite de cette prise de parole pour répondre à mon collègue Lachaud, qui m’interrogeait sur le département de l’Aisne.Vous êtes député de Seine-Saint-Denis ; les habitants de votre département ne bénéficient pas de la même qualité de service que les électeurs de l’Aisne, puisque le département de la Seine-Saint-Denis a transféré à l’État la compétence de la gestion du RSA – elle n’est donc plus à votre main. Je comprends votre frustration mais, que voulez-vous, ce choix a été fait par des élus qui sont de vos amis…
Non, pas vraiment !
…ou qui l’étaient à l’époque. Il faudra voir avec eux et je vous laisse demander des comptes à votre président de département. On sait très bien qu’il a fait ce choix parce que le RSA représente un coût énorme. C’est le premier poste de dépenses des départements.
Ce n’était pas ma question !
Nous avons pu agir parce que nous avons gardé la main, comme les autres départements de France ; vous, vous ne le pouvez plus. Pour répondre à votre question, nous n’avons pas voté votre amendement parce que ce que vous proposez est déjà possible partout – sauf en Seine-Saint-Denis.
La parole est à Mme Christine Arrighi.
RSA signifie revenu de solidarité active. C’est un droit dont doivent bénéficier toutes celles et tous ceux qui se retrouvent dans une situation telle qu’ils n’ont plus les moyens ni de se loger, ni de se nourrir, ni de s’habiller. Ce dispositif a été mis en place pour combattre la très grande pauvreté et le sans-abrisme.Alors que 30 % des bénéficiaires potentiels du RSA ne le perçoivent pas, je m’étonne qu’on accepte d’utiliser des données pour contrôler ceux qui en bénéficient et qui pourraient potentiellement frauder, et qu’on ne s’en serve pas pour en faire bénéficier automatiquement celles et ceux qui ne le perçoivent pas parce qu’ils ne l’ont pas demandé. On pourrait imaginer que la solidarité consiste autant à poursuivre les fraudeurs au RSA qu’à aider ceux qui n’en bénéficient pas. Nous nous serions honorés à agir en ce sens ; au lieu de quoi nous travaillons depuis deux jours […]
Excellent !
(Les amendements identiques nos 382 et 1057 ne sont pas adoptés.)
La parole est à M. Louis Boyard.
Je ne serai pas très long. J’ai consulté le magazine du social du département de l’Ain…
Ce n’est pas l’Ain, c’est l’Aisne !
…et je tiens à vous faire savoir qu’avec la bonne politique que préconise M. Dessigny, le taux de non-recours, dans ce département, s’élève à près de 55 %.
Ce sont les chiffres de l’Ain !
Pardon, je voulais dire l’Aisne : les chiffres sont les bons. Dans l’Aisne, le taux de non-recours au RSA atteint 55 %, un chiffre supérieur de plus de 20 % à la moyenne nationale.
N’importe quoi, c’est tellement drôle.
Voilà le rapport du Rassemblement national à la politique sociale : il vise à stigmatiser, à éloigner encore davantage les gens de ce à quoi ils ont droit. Je rappelle qu’au RSA, vous vivez avec 600 euros par mois quand vous êtes seul, et 900 euros quand vous êtes deux. Je voulais juste indiquer à la représentation nationale que, lorsque le RN dépose un amendement, il suffit de regarder les politiques qui sont menées par leurs députés pour comprendre qu’elles ne fonctionnent pas. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.)
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.
À mon tour, je voulais réagir à la légèreté avec laquelle le gouvernement et le rapporteur ont voulu balayer la question du non-recours aux droits et aux prestations sociales. C’est un véritable scandale d’État. Chaque année, on nous impose des budgets – puisque nous ne les votons pas – qui anticipent le fait que des millions de nos compatriotes n’auront pas recours aux aides indispensables auxquelles ils ont pourtant droit. Il y a une organisation institutionnelle qui fait vivre une véritable violence à des centaines de milliers de nos compatriotes qui ont besoin de la solidarité nationale pour survivre. Alors que ce phénomène existe depuis des décennies, entendre dire : « on va réfléchir, faisons un colloque, ouvrons une grande discussion » est assez léger, grave et un peu cynique. Peut-être M. Attal organisera-t-il une nouvelle « nuit des idées » pour savoir si, quand on ne touche […]
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
Pour commencer, je confirme à M. Boyard que je suis élu dans l’Aisne et non dans l’Ain.Ensuite, vous n’avez pas bien compris ce que j’ai dit tout à l’heure au sujet du recouvrement des prestations. Je vais donc le réexpliquer. Lorsque le département de l’Aisne a instauré un dispositif de contrôle et de vérification des indus et des trop-perçus du RSA, il est apparu qu’un grand nombre de personnes ne le percevaient pas alors qu’elles y avaient droit. Depuis, ce nombre a commencé à baisser. Cela va dans le bon sens même si, bien sûr, vous n’êtes pas sans savoir qu’on ne règle pas un tel problème en un jour. En tout cas, le département de l’Aisne montre un exemple que les autres pourraient suivre s’ils n’avaient pas décidé – comme l’a fait la Seine-Saint-Denis – de transférer la gestion du RSA à l’État.
La parole est à M. Daniel Labaronne, rapporteur pour avis de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, à laquelle la commission des affaires sociales a délégué l’examen des articles 1er, 1er bis, 3 à 3 ter, 9, 9 bis, 14, 15, 18 à 20 quater et 23 à 23 ter, pour soutenir l’amendement no 480.
Il est rédactionnel.
La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics, pour donner l’avis du gouvernement.
Très favorable !
La parole est à M. Louis Boyard.
Savourons ! Prenons notre temps ! Nous examinons l’un des seuls articles du projet de loi qui porte sur la fraude fiscale.
Vous avez voté contre les autres !
Fêtons un peu l’événement ! Je vous proposerais bien d’ouvrir une bouteille de champagne mais comme vous ne faites rien contre la fraude fiscale, il n’y a pas suffisamment d’argent dans les caisses de l’État – et ce n’est pas avec ce texte que ça va s’arranger.Pour une fois que mon groupe vote pour un amendement du rapporteur – en l’occurrence, du rapporteur pour avis – et pour un article du projet de loi, il faut tout de même le signaler.Je veux aussi que vous preniez le temps de comparer ce court article, sur lequel ne porte qu’un petit amendement, à ceux qui sont consacrés aux mesures de lutte contre la fraude sociale. Il est vrai que vous comptez récupérer beaucoup d’argent grâce à ces dernières. Nous avons pourtant démontré, à de nombreuses reprises, qu’elles seront assez peu efficaces dès lors que le personnel chargé de les appliquer n’est pas en nombre suffisant.Cela me permet de […]
La parole est à M. le rapporteur pour avis.
Monsieur Boyard, je vous trouve bien sévère à l’égard de ce projet de loi. Certes, la partie consacrée à la fraude sociale est plus longue que celle consacrée à la fraude fiscale, dans une proportion de deux tiers contre un tiers,…
Non, un quart !
…mais c’est parce que nous avons déjà beaucoup agi en matière de lutte contre la fraude fiscale. (Rires et exclamations sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP, SOC et EcoS).
Dans ce cas, pourquoi s’élève-t-elle à 100 milliards ?
Ça fait dix ans qu’on attend ce texte !
Pouvez-vous convenir qu’en 2018, nous avions adopté un projet de loi visant à lutter contre la fraude fiscale, sociale et douanière ? J’étais alors responsable du texte pour le groupe La République en marche.En 2023, lorsque Gabriel Attal…
Le regretté… !
…était ministre des comptes publics, nous avions adopté un projet de loi visant à agir contre les fraudes aux finances publiques.Au passage, je rappelle que, lors de l’adoption du texte de 2018, alors que ce même ministère était occupé par Gérald Darmanin (Exclamations sur divers bancs),…
Le regretté… ! (Sourires.)
Ne citez pas tous les grands penseurs d’un coup !
C’est un vrai feu d’artifice !
Quel succès !
…nous avions fait sauter le verrou de Bercy – je me souviens que l’actuel président de la commission des finances était présent ce jour-là.En 2025, enfin, ont été adoptées une proposition de loi de Thomas Cazenave visant à lutter contre toutes les fraudes aux aides publiques, puis une autre, dont je suis l’auteur, renforçant la lutte contre la fraude bancaire, qui a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale et au Sénat. Je ne le dis pas pour me vanter mais je tiens tout de même à rappeler que le fichier national des comptes bancaires signalés pour risque de fraude (FNC-RF) a été créé par ce texte – un dispositif qui est mentionné dans le projet de loi dans nous discutons aujourd’hui.Nous avons fait beaucoup en matière de lutte contre la fraude fiscale. Peut-être n’avons-nous pas suffisamment agi en matière de lutte contre la fraude sociale. Ce projet de loi permet de rétablir […]
Ah bon ?
Vous le savez très bien, madame Arrighi !
Pas du tout !
Je vais vous l’expliquer, si vous me le permettez.
Monsieur le rapporteur pour avis, il faut conclure.
Par exemple, lorsque nous avons créé l’Office national antifraude, l’Onaf, il a bien fallu faire appel à des agents de la DGFIP, qui se sont alors spécialisés dans cette mission. Nous avons également créé l’unité du renseignement fiscal, l’URF. D’où sont issus les agents de cette unité, d’après vous ? De la DGFIP ! Par ailleurs, certaines personnes qui travaillaient dans les trésoreries municipales n’ont pas été remplacées lorsqu’elles sont parties à la retraite.
Est-ce qu’on fait du contrôle fiscal dans les trésoreries ?
Je pourrais même citer l’exemple de ma commune, Bléré – dont j’ai été maire. La trésorerie a fermé mais des permanences ont été organisées au sein de la maison France Services, le mardi après-midi, jour du marché – c’est ce que j’appelle un redéploiement intelligent.En résumé, nous avons agi intelligemment.
Où est l’argent ? Il n’est pas dans les caisses, en tout cas !
Je tenais à répondre à M. Boyard – que je remercie de m’avoir interpellé sur cette question. Cet amendement rédactionnel m’en a donné l’occasion.
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
Monsieur le rapporteur pour avis, vous ne pouvez pas dire que vous avez fait tout ce qu’il faut en matière de lutte contre la fraude fiscale. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
On a agi ! On a fait ce qu’on a pu !
On ne peut pas dire que c’était un échec mais ça n’a pas marché !
Quel est le niveau de recouvrement de la fraude fiscale ?
Je suis désolé mais nous en sommes à 14 milliards de fraude sociale, contre 80 à 100 milliards de fraude fiscale – et ce texte ne propose rien de nouveau sur ce plan.Il faut mener une véritable action contre la fraude fiscale – et tout ce qui va avec –, il faut prévoir un projet de loi sur cette question. Certes, il faut aussi parler de la fraude sociale – car, contrairement à ce que dit M. Boyard, 14 milliards, ce ne sont pas des cacahuètes –, mais il y a un écart énorme entre le montant des fraudes sociales, sur lesquelles nous nous attardons aujourd’hui, et celui de la fraude fiscale.Ou bien le gouvernement est incompétent, incapable de récupérer l’argent de la fraude fiscale, ou bien les moyens humains et techniques sont insuffisants – ou bien les deux.
Ils manquent de volonté !
Dans tous les cas, un vrai travail doit être mené en la matière. En 2027, lorsque Marine Le Pen sera aux commandes, nous créerons un ministère chargé de la répression et de la lutte contre la fraude. Ainsi, je vous garantis que nous obtiendrons des résultats.
La parole est à M. le rapporteur pour avis.
Monsieur Dessigny, vous ne pouvez pas dire que ce projet de loi ne sert à rien.
Je n’ai pas dit ça !
Il a été conçu avec les acteurs concernés, avec les agents de la DGFIP et de l’unité du renseignement fiscal, avec tous ceux qui luttent au quotidien, pied à pied, contre les fraudeurs. Nous avons travaillé avec eux sur le terrain. Ce projet de loi, il est pour eux car il vise à lever tous les obstacles qui les empêchent de traquer la fraude. Avec ce texte, nous voulons leur exprimer notre reconnaissance pour l’action qu’ils mènent et pour toutes les propositions qu’ils ont formulées et qui visent à améliorer leur activité et leur travail.
Nous en venons à des amendements portant article additionnel après l’article 3.La parole est à M. le rapporteur pour avis, pour soutenir l’amendement no 756.
Il vise à permettre aux organismes de recouvrement des cotisations et contributions sociales, telles que les Urssaf et les caisses de la Mutualité sociale agricole – MSA –, de transmettre à l’INPI, l’Institut national de la propriété industrielle, les informations strictement nécessaires à la mise à jour du registre national des entreprises – RNE – lorsqu’ils constatent une situation de travail dissimulé. En effet, ces organismes ne disposent pas d’une base légale explicite leur permettant de transmettre de telles informations. Cette lacune empêche la mise à jour du registre dans certains cas, pourtant avérés. Ainsi, des entreprises peuvent poursuivre des activités frauduleuses qui restent invisibles dans les registres officiels.Je précise que des garanties sont prévues. Seules les informations strictement nécessaires à l’immatriculation ou à la modification du registre seront […]
Quel est l’avis du gouvernement ?
Merci de permettre aux Urssaf et aux caisses de la Mutualité sociale agricole de tirer toutes les conséquences de leur constat lorsqu’elles identifient des situations de travail dissimulé. Si un fraudeur n’a pas déclaré son activité à l’Urssaf ou à la MSA, non seulement il sera tenu de verser les cotisations dues au titre de son activité dissimulée mais l’Urssaf ou la MSA pourra également, dans un cadre juridique sécurisé, communiquer cette information au teneur du registre national des entreprises pour qu’il enregistre cette activité et lui donne une existence légale. Je suis donc tout à fait favorable à votre amendement.
La parole est à Mme Christine Arrighi.
Franchement, monsieur Labaronne, vous méritez nos applaudissements. La prestation que vous avez faite tout à l’heure était exceptionnelle. Je sais bien que la cérémonie des César, c’était hier, mais en réalité elle a lieu ce soir, à l’Assemblée nationale !Soyons sérieux : en 2026, 550 postes ont été supprimés à la direction générale des finances publiques. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.) Vous évoquez des redéploiements en donnant l’exemple des maisons France Services et des trésoreries municipales mais depuis quand y exerce-t-on des activités de contrôle fiscal ? Franchement, la prestation était bonne mais le texte ne l’était pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)J’en viens au travail dissimulé : combien de postes d’inspecteur du travail ont été supprimés en 2026 ? (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur […]
Allez à la tour Triangle !
La parole est à M. Louis Boyard.
Le député du Rassemblement national a parlé du moment, en 2027, où Marine Le Pen accéderait à la présidence de la République. Je suis désolé mais il y a de grandes chances pour que cela n’arrive pas puisqu’elle a été condamnée – pour fraude, justement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Eh oui, les juges sont rouges !
Ensuite, monsieur Labaronne, je suis ravi d’apprendre que les 20 % de postes qui avaient été supprimés au sein de la DGFIP ont été transférés au marché de Bléré le mardi – nous les avons enfin retrouvés ! – mais il est temps de les faire revenir au ministère, parce qu’il y a du boulot.Vous dites avoir agi contre la fraude fiscale mais le taux de recouvrement de la fraude sociale s’élève à 16 %, contre 14 % pour la fraude fiscale, et le nombre de postes ouverts pour lutter contre la fraude sociale augmente tandis que celui des postes dédiés à la lutte contre la fraude fiscale diminue – une absurdité du point de vue du recouvrement et du besoin d’argent du trésor public.Enfin, je me suis penché sur l’évolution du nombre de postes d’inspecteur du travail depuis 2016, puisque Macron est aux affaires depuis longtemps – merci Hollande, qui n’est pas là ! –, et j’ai constaté que 16 % de ces […]
Eh oui !
C’est bien, enfin une réduction des dépenses ! On ne peut que s’en réjouir !
C’est bien beau de faire voter des articles relatifs au travail dissimulé mais si on ne dispose pas des agents nécessaires pour les faire appliquer, on n’y arrivera pas !J’appelle le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire auquel j’appartiens à voter cet amendement mais tout de même, mes chers collègues, j’ai presque envie de dire que l’article qu’il tend à créer est un article d’appel, puisque nous manquons d’agents pour l’appliquer.
La parole est à Mme Christine Arrighi, pour soutenir l’amendement no 510.
Cet amendement de Mme Sas, cosigné par les membres du groupe Écologiste et social, vise à garantir aux agents de la DGFIP ainsi qu’aux agents de l’Insee et à ceux des services statistiques du ministère de la transition écologique un accès gratuit, plein et entier aux bases notariales Bien et Perval.Il répond à la recommandation no 1 émise par la Cour des comptes…
On ne pouvait pas passer à côté !
…dans son rapport sur l’imposition des plus-values immobilières des particuliers, publié en novembre 2025, qui met en lumière d’importantes lacunes dans les données relatives à cette imposition. En effet, dans l’état du droit, les données issues des déclarations notariées sont imparfaitement exploitables par l’administration fiscale, ce qui limite les possibilités de croisement, d’analyse statistique et de contrôle automatisé.C’est si vrai que, quand il s’est agi de rédiger le rapport d’information sur la fiscalité du patrimoine rédigé par Jean-Paul Mattei et Nicolas Sansu, il n’a pas été possible d’obtenir de la DGFIP des éléments de nature à éclairer le gouvernement sur la fraude patrimoniale.Il y a donc urgence, non à livrer nos données sociales à n’importe qui, mais à recueillir les données des notaires pour la DGFIP et ses agents. (M. Pierre Pribetich applaudit.)
Quel est l’avis de la commission ?
Par cet amendement, vous souhaitez permettre une meilleure exploitation des données immobilières. C’est un objectif incontestablement légitime.Mais il se trouve que votre amendement est satisfait par le droit dans son état actuel. En effet, comme l’indique l’exposé sommaire de l’amendement, « la convention conclue entre l’État et le Conseil supérieur du notariat pour la période 2025-2028 prévoit un accès gratuit aux bases Bien et Perval pour la DGFIP, l’Insee et les services » techniques. Tous les organismes parties prenantes peuvent donc accéder à ces bases et je rappelle que cette convention, renouvelée tous les quatre ans, constitue un cadre stable et pérenne de coopération entre l’État et le notariat.Puisque certains amendements à venir ont trait à l’activité de notaire – je ne sais pas si nous arriverons à les examiner ce soir ! –, j’en profite pour rappeler que les notaires sont […]
Quel est l’avis du gouvernement ?
Défavorable, pour les mêmes raisons.
La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian.
J’ai moi aussi beaucoup apprécié la plaidoirie du rapporteur pour avis en faveur de la politique menée contre la fraude fiscale. Il est vrai qu’il y a eu pas mal de projets de loi et de discussions, beaucoup de mots – des mots, des mots, des mots… Pourtant, selon le dernier rapport de la Cour des comptes, publié le 12 décembre 2025, la volonté politique de mener cette lutte fait défaut et ses résultats ne s’améliorent pas malgré l’application de décisions internationales relatives à la transmission automatique des données. Il y a eu des avancées au niveau international, notamment parmi les États de l’OCDE, mais nous ne progressons pas. J’ai donc l’impression que vous avez beaucoup parlé sans agir depuis 2017.Un fait le prouve. En 2018, je m’en souviens très bien, nous avons dit à M. Darmanin que nous ne disposions pas d’un chiffrage de la fraude fiscale. Il a alors promis aux […]
Très bien !
La parole est à M. Arnaud Le Gall.
Le collègue Louis Boyard l’a dit à plusieurs reprises : ce projet de loi est très dur contre la fraude sociale et très doux contre la fraude fiscale.Il prévoit par ailleurs des traitements très différenciés selon les types de fraude sociale. On sait que parmi les 14 milliards de fraude sociale, 7 ou 8 sont dus au non-versement de cotisations. Ils sont donc le fait d’entrepreneurs, d’employeurs – et on a déjà évoqué le sort que vous faites aux inspecteurs du travail.En revanche, les mères isolées ont bien davantage de chances de se faire contrôler puisque, comme l’a notamment démontré un rapport du Sénat en 2024, les algorithmes de contrôle de la caisse d’allocations familiales (CAF) ciblent mécaniquement les populations de ce type – on part du principe que plus on est dans le besoin, plus on est susceptible de frauder. Des questions écrites ont été posées sur le pourquoi du comment de […]
La parole est à M. le rapporteur pour avis.
Nous examinons la partie fiscale du projet après avoir consacré beaucoup de temps à son aspect social, auquel nous reviendrons. Pourrions-nous pour le moment nous concentrer sur l’aspect fiscal ?
J’en ai parlé !
Oui, à la fin de votre intervention… Je vous l’ai dit, j’ai mené de nombreuses consultations sur la question qui nous occupe. Focalisons donc notre discussion sur cet aspect fiscal et sur les amendements afférents même si je suis prêt à répondre à toutes les interrogations et remises en question – peut-être n’avons-nous pas tout bien fait ! (Rires sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP et EcoS.)
Peut-être ! C’est une hypothèse intéressante !
Je parle de ce projet de loi !Je dirai pour conclure que nous avons notifié 20 milliards d’euros de redressement fiscal.
Il en reste 80 !
Cessez donc de dire que nous n’avons rien fait et que nous n’obtenons aucun résultat !
J’ai dit que vous négociiez avec les gros contribuables et que vous étiez durs avec les plus fragiles !
Compte tenu de ce que nous avons instauré par la loi Darmanin, la loi Attal, la loi Cazenave et la loi Labaronne, on peut dire que nous avons beaucoup agi. Ces 20 milliards sont le résultat de cette volonté politique et de cette détermination à agir concrètement avec l’ensemble des agents qui travaillent sur le terrain pour lutter contre la fraude fiscale et sociale !
Le ministre a parlé de 17 milliards, hier !
La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics.
Le chiffre de 20 milliards donné par le rapporteur pour avis correspond à la somme de l’ensemble des fraudes.
Ah oui !
Je veux simplement rappeler la réalité des chiffres : entre la fin du mandat de François Hollande en 2017 et l’année 2025, les montants encaissés grâce à la lutte contre la fraude fiscale ont augmenté de 40 % ! Une augmentation de plus 3 milliards, c’est tout de même quelque chose !
C’est faux !
Je vais vous redonner les chiffres, madame Arrighi – je ne m’en lasserai pas ! En 2017, les montants encaissés s’élevaient à 8,1 milliards, contre 11,4 en 2024 comme en 2025. Cette progression nette n’est pas le résultat d’une opération du Saint-Esprit.
Eh oui !
Mais si !
Nous l’avons obtenue par l’application de plans. Je pense à la création de l’unité du renseignement fiscal, aux accords internationaux ou encore aux lois que le rapporteur pour avis a rappelées et qui ont permis des progrès considérables.Mais vous avez raison : il reste encore beaucoup à faire. Le but de ce projet de loi est précisément de conférer à nos services les moyens de s’attaquer à la fraude fiscale la plus complexe, notamment en bande organisée, aux mafias. Je regrette que nombre de députés siégeant sur vos bancs aient voté contre ces mesures, quand il s’agissait de criminaliser l’escroquerie aux finances publiques en bande organisée, de donner à nos services les moyens de mener des enquêtes, d’analyser les outils employés et les données numériques saisies ou encore d’allonger la durée de la garde à vue pour prendre le temps nécessaire au démantèlement des réseaux et des […]
La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement.
Sauf erreur de ma part, j’ai déposé une demande de scrutin public sur cet amendement. Je reconnais ne pas l’avoir fait dans des délais raisonnables. Puis-je savoir ce qu’il en est ?
Faute avouée est à moitié pardonnée !
En effet ! J’espère qu’il aura lieu.
Votre demande est arrivée trop tard : il faut déposer de telles demandes avant la fin de la présentation des amendements qu’elles concernent.
La parole est à M. Jocelyn Dessigny.
Monsieur le ministre, je rebondis sur ce que vous venez de dire. Vous vous vantez d’une augmentation de 40 % des montants recouvrés par rapport au quinquennat de M. Hollande, mais vous n’avez annoncé pour l’année 2017 que 8 milliards sur 80 à 100 milliards de fraude estimés ! Je veux bien qu’une augmentation de 40 % de 10 % constitue pour vous un chiffre extraordinaire mais on est tout de même loin du compte ! Qu’est-ce qui a été fait depuis ?De plus, si l’on en croit Mme Arrighi – on peut peut-être lui faire confiance sur ce point –,…
Ah !
…en 2015, les chiffres étaient supérieurs à ceux d’aujourd’hui. Je ne sais pas qui de la Macronie ou des socialistes est le dernier de la classe quand l’autre est avant-dernier mais on ne peut, en tout état de cause, pas se satisfaire de ces 10 %.Nous attendons vraiment de savoir si un projet de loi de lutte contre la fraude fiscale cohérent et sérieux nous sera un jour soumis ou s’il faudra attendre l’élection de Marine Le Pen en 2027 pour que soit nommé un véritable ministre de la lutte contre la fraude.
Dessigny ministre !
La parole est à M. Bastien Lachaud.
Voilà un article que notre groupe va voter. En effet, pour une fois, c’est une contribution à la lutte contre de vrais fraudeurs, c’est-à-dire contre des officines illégales qui se prétendent cabinets d’experts-comptables alors qu’elles servent des entreprises plus que louches en certifiant leurs comptes. Grâce à cet article, la DGFIP pourra transmettre à l’Ordre des experts-comptables des informations couvertes par le secret professionnel afin que cet ordre puisse porter plainte devant les juridictions pénales contre ces officines. C’est une bonne chose. Mais pourquoi demander à l’Ordre de porter plainte alors que la DGFIP pourrait le faire directement ? Pourquoi, quand il s’agit de frapper des entreprises qui fraudent, des entreprises malhonnêtes, le gouvernement a-t-il la main qui tremble ? Pourquoi ne sévit-il pas directement, au moyen de son administration, pour obtenir la […]
La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.
Il se fait tard et avant les trois semaines de suspension de nos travaux, j’ai envie d’être constructif et de proposer à M. Labaronne que nous partions demain en vacances ensemble.
Oh là là !
Je sais que ça peut surprendre,…
Ah oui, ça surprend !
…mais je réfléchissais à la façon de vous convaincre, monsieur Labaronne, de ce qu’est la réalité après votre tirade de tout à l’heure, magnifiquement résumée par notre collègue Arrighi, sur tout ce que vous auriez fait depuis 2017 en matière de lutte contre la fraude fiscale – du moins, je voulais essayer de vous faire comprendre ce que nous en pensions. Si cela vous en dit, je vous propose donc que nous nous rendions ensemble à Venise (Exclamations sur divers bancs)…
La tentation de Venise !
…– en train, évidemment, parce que je suis député écologiste et aussi parce que le voyage sera plus sympathique. Je sais que la Saint-Valentin est passée, mais je vous fais tout de même cette proposition. Nous visiterons une petite église mondialement connue parce que quand on y rentre, on voit des scènes magnifiques au plafond – je vous en épargne les détails, puisque je n’ai que deux minutes – qui à première vue semblent monter jusqu’au ciel. En y regardant mieux, on se rend compte que c’est en réalité ce que l’on appelle un trompe-l’œil. Il s’agit de l’église de San Pantalon, connue à travers le monde entier pour son trompe-l’œil, l’un des mieux réalisés qui soit.
Quelle culture !
Je vous démontrerai alors que votre politique en matière de lutte contre la fraude fiscale est à l’image de cette œuvre : on se fait des peintures de guerre sur le torse, on se paye de grands mots, on produit des textes à répétition… et quand on se rapproche un peu, on voit qu’en fait, c’est tout plat, qu’il n’y a rien ou presque. (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Voilà la réalité. Je me dis que peut-être l’art – puisque vous êtes un artiste à votre manière, monsieur Labaronne – pourrait vous éveiller à la réalité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jacques Oberti applaudit également.) C’est une vraie proposition – les voyages forment la jeunesse et l’activité parlementaire.Mme Arrighi a démontré ce qu’il en est : les moyens et les personnels manquent pour mettre en œuvre les politiques qui seraient nécessaires. Dès lors, que signifie […]
Sur l’amendement no 481 ainsi que sur l’article 3 bis A, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République de demandes de scrutins publics. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Vous voulez faire un rappel au règlement, monsieur Boyard ?