Séance du 16 novembre 2022 /// n°55 /// 680 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 16e législature · session Session ordinaire 2022-2023

Séance du 16 novembre 2022 — 55e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Élodie Jacquier-Laforge.

680prises de parole
82orateurs
9points à l'ordre du jour
7scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
576 l'amendement n° 251 de M. Vicot à l'article 6 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture). 34 / 40 rejeté
577 l'amendement n° 56 de M. Naegelen à l'article 6 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture). 56 / 60 rejeté
578 l'amendement n° 880 de Mme Roullaud à l'article 6 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture). 45 / 96 rejeté
579 l'amendement n° 379 de Mme Lechanteux à l'article 6 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture). 46 / 105 rejeté
580 l'article 6 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture). 155 / 2 adopté
581 l'amendement n° 715 de Mme Pochon après l'article 6 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture). 63 / 59 adopté
582 l'article 6 bis du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture). 169 / 3 adopté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 680 — page 1 / 4.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à quinze heures.)

Suite de la discussion d’un projet de loi

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #7

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (nos 343, 436).

Discussion des articles (suite)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #9

Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 188 à l’article 6.

Article 6 (suite)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #11

La parole est à M. Christophe Naegelen, pour soutenir les amendements nos 188 et 190, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

article 6 · amendement 188 et 190

En effet, le no 190 est un amendement de repli. Alors que le présent projet de loi ouvre la possibilité de déposer plainte avec des moyens de télécommunication modernes grâce à la vidéo, ces amendements tendent à s’assurer que les forces de police ou de gendarmerie constatent avant le début de la déposition que la victime s’exprime dans un lieu sûr, que personne à proximité ne l’empêche de parler librement, ni ne la contraint. Il importe que ce dispositif neuf ne soit pas dévoyé et que les dépôts de plainte soient sécurisés.

Sur l’amendement no 251, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES) d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Quel est l’avis de la commission sur les amendements en présentation groupée ?

Florent Boudié rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · EPR #14

Défavorable.

La parole est à M. le ministre de l’intérieur et des outre-mer, pour donner l’avis du Gouvernement.

Gérald Darmanin ministre de l’intérieur et des outre-mer · EPR #16

Avis défavorable.

#17

(Les amendements nos 188 et 190, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #18

La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir l’amendement no 251.

article 6 · amendement 251

Il fait suite à notre long débat d’hier sur les conditions de dépôt de plainte en ligne garantissant l’accompagnement le plus protecteur pour les victimes, notamment en cas d’atteinte à leur intégrité physique. Dans certains cas, ces atteintes s’accompagnent de pressions, qui pourraient avoir lieu au domicile au moment du dépôt de plainte en vidéoconférence.Cet amendement de repli vise à s’assurer que ce n’est pas le cas, en prévoyant une visite de policiers ou de gendarmes au domicile de la victime dans les meilleurs délais après le dépôt de plainte, pour vérifier que celui-ci a eu lieu dans des conditions de sécurité et de protection optimales.

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #22

Cette question, qui sera bien sûr prise en considération dans le décret en Conseil d’État prévu par l’article, rejoint celle de la plainte hors les murs, dont le rapport annexé au présent texte prévoit la généralisation, je vous le rappelle. Mon avis est donc défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #24

Même avis.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #25

Je mets aux voix l’amendement no 251.

#26

(Il est procédé au scrutin.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #27

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 75 Nombre de suffrages exprimés 74 Majorité absolue 38 Pour l’adoption 34 Contre 40

#28

(L’amendement no 251 n’est pas adopté.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #29

La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir l’amendement no 688.

article 6 · amendement 688

Nous avons déjà longuement débattu de la question hier soir dans l’hémicycle, et auparavant en commission. Monsieur le rapporteur, dans ce cadre, vous aviez accepté de modifier la formulation initiale du texte, au profit de la phrase « la plainte […] ne peut être imposée à la victime ». À cette forme négative, nous en préférerions une affirmative, qui préciserait que le dépôt de plainte en visioconférence est « une option, à laquelle la victime doit consentir expressément ». Vous vous en doutez, il s’agit encore de se prémunir contre le risque évoqué hier que l’introduction de la forme dématérialisée ne vise simplement à désengorger les commissariats.Cette option doit être au service des victimes, et ne doit être utilisée qu’avec leur consentement, quand elle est la plus pratique, – je pense aux cas d’atteinte aux biens –, ou quand elle est choisie par défaut par des personnes qui ne […]

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #34

Effectivement, comme vous vous en souvenez, nous avons substitué à la formule « toute victime [..] peut se voir proposer [le dépôt de plainte dématérialisé] » une autre, précisant qu’une telle option « ne peut être imposée à la victime ». Cela signifie que la victime, pour reprendre les termes de votre amendement, doit y « consentir expressément ». Votre amendement est donc satisfait ; avis défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #36

Avis défavorable.

La parole est à M. Ugo Bernalicis.

Monsieur le ministre, pour reprendre nos travaux sous de bons auspices et nous permettre de mieux réfléchir, de mieux amender l’article 6, pouvez-vous nous dire où en est votre réflexion sur l’organisation concrète de la prise en charge des plaintes en vidéoconférence au sein des services de police et de gendarmerie ? Un open space sera-t-il ouvert en région parisienne, avec des policiers et des gendarmes équipés d’un micro-casque, chacun travaillant derrière son ordinateur une fois réparties les plaintes parvenant par internet ? Ou alors la prise en charge aura-t-elle lieu dans les casernes et les commissariats existants, mais depuis une plateforme virtualisée, comme cela a été évoqué par le DGPN – directeur général de la police nationale ? S’agira-t-il simplement d’un équivalent numérique à l’accueil physique ? Chaque commissariat serait alors équipé d’un poste dédié à la […]

La parole est à M. le ministre.

Gérald Darmanin ministre · EPR #40

Monsieur Bernalicis, si ce texte est adopté par le Parlement et si le Conseil constitutionnel valide notre démarche, nous prendrons un décret en Conseil d’État, comme le précise l’article. Ce décret sera évidemment soumis au président de la commission des lois, pour votre information et au cas où vous auriez des remarques.Le dispositif pourrait être déployé en deux temps. Dans un premier temps, trois types d’organisation seraient expérimentés : la plateforme virtuelle évoquée par le directeur général de la police nationale ; une organisation territoriale reprenant le principe des centres de traitement des appels au 17 – je ne sais pas si vous en avez déjà visité –, mais en l’adaptant aux spécificités de la visioconférence ; un dispositif dédié aux enquêtes spécifiques. En effet, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, la visioconférence doit éviter à nos concitoyens d’avoir à quitter leur […]

Je ne pourrai faire droit à toutes les demandes de prise de parole sur ce sujet. Respectons le principe d’une limitation à deux prises de parole – une pour, une contre. Un député s’est déjà exprimé pour l’amendement ; Monsieur Schellenberger, êtes-vous contre celui-ci ?

On peut dire ça.

Je vous donne donc la parole.

Je vous remercie, madame la présidente, même si j’espère que les débats parlementaires ne se réduiront pas à terme à savoir si l’on est pour ou contre un amendement et qu’ils continueront de permettre d’élever le niveau de compréhension et celui des échanges.Monsieur le ministre, vous reprenez l’exemple d’une infraction spécifique, technique, relevant du contentieux du bois, que vous avez déjà donné hier, en nous expliquant avoir constaté ce cas lors de l’un de vos déplacements. Mais comme hier soir, je souhaite savoir si vous faites référence à un acte de dépôt de plainte ou à un acte d’enquête ? Ce n’est pas la même chose !

Gérald Darmanin ministre · EPR #49

Il s’agit ici des dépôts de plainte, c’est écrit dans le texte !

La possibilité de recourir à la vidéoconférence pour mener des enquêtes et échanger avec des spécialistes, y compris au sein de l’administration de la police ou de la gendarmerie, ne pose évidemment pas de problème. En revanche, celui qui veut porter plainte après avoir été dépouillé de son bois n’a pas besoin de consulter un spécialiste et peut se rendre dans un poste à proximité.J’ai ainsi l’impression que vous justifiez l’instauration de la plainte en vidéoconférence – dont, encore une fois, je ne conteste pas le bien-fondé, même si j’éprouve certains doutes, à titre personnel –, avec des exemples d’actes d’enquête !

Florent Boudié rapporteur · EPR #52

Pas du tout !

La parole est à M. le ministre.

Gérald Darmanin ministre · EPR #54

Monsieur le député, le texte précise que le dispositif concerne seulement le « dépôt de plainte » – et non les actes d’enquête, donc.Permettez-moi de vous dire qu’il vaut mieux que les policiers et les gendarmes soient formés à la spécificité de l’infraction que la victime souhaite voir reconnaître.S’agissant des violences intrafamiliales, il vaut mieux que les policiers et les gendarmes y soient formés. En effet, quand ils font bien leur métier, ils posent des questions pendant le dépôt de plainte, afin de caractériser au mieux l’infraction et d’éviter un classement sans suite par le parquet. Dans ce domaine, quand on a reçu une formation, on sait quelles questions poser ou ne pas poser, ou comment les formuler. Les médias en ont malheureusement offert des exemples.Ainsi, lorsque vous déposez plainte, vous n’avez pas face à vous un robot, une instance neutre, mais un policier ou un […]

#58

(L’amendement no 688 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #59

La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 1118 rectifié.

Florent Boudié rapporteur · EPR #60

Il vise à garantir que si, à l’issue de la plainte en visioconférence, une audition ultérieure est jugée utile, elle aura lieu physiquement, et non par un moyen de télécommunication. C’est une discussion que nous avions eue lors de l’examen en commission.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #62

Avis favorable.

Si cet amendement est adopté, il fera tomber l’amendement no 57. Quelqu’un souhaite-t-il prendre la parole ?

Sacha Houlié président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · SOC #64

Non !

#65

(L’amendement no 1118 rectifié est adopté à l’unanimité ; en conséquence, l’amendement no 57 tombe.)

· ADOPTION amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #66

La parole est à M. Christophe Naegelen, pour soutenir l’amendement no 56.

article 6 · amendement 56

Il est dommage que l’amendement no 57 soit tombé car son objet n’était pas absolument identique à celui de l’amendement no 1118 rectifié ; dans un souci de proximité, il visait à autoriser le policier ou le gendarme à se rendre directement chez la personne, si elle le demandait.L’amendement no 56, quant à lui, tend à compléter l’alinéa 7. Celui-ci dispose que : « Si la nature ou la gravité des faits le justifie, le dépôt d’une plainte par la victime selon les modalités prévues au présent article ne dispense pas les enquêteurs de procéder à son audition. » Je propose que la personne qui dépose plainte et l’agent qui la reçoit conviennent le jour même d’une date de rencontre ultérieure, qui se ferait sans recours à un moyen de télécommunication.

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #70

Avis défavorable, pour une raison d’ordre pratique, dans la même perspective que celle évoquée par le ministre à l’instant. Selon les modalités d’application de la loi, on peut envisager que les officiers de police judiciaire qui auront procédé au dépôt de plainte par vidéoconférence ne soient pas ceux qui participeront à l’audition ultérieure. Il n’est pas assuré que les premiers disposent de l’agenda des seconds, ce qui rend difficile le choix immédiat d’une date.

Gérald Darmanin ministre · EPR #71

Bien sûr !

Florent Boudié rapporteur · EPR #72

C’est déjà le cas, même sans recours à la vidéoconférence. Dans certaines circonstances, la personne qui dépose plainte physiquement ne peut pas se voir proposer une date pour une audition ultérieure, parce que celle-ci n’aura pas lieu dans la même unité de gendarmerie ou dans le même commissariat, par exemple.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #74

Même avis.

La parole est à M. Christophe Naegelen.

Je vous remercie pour vos explications, néanmoins je trouve que c’est dommage. Prenez presque n’importe quelle entreprise en France : pour simplifier les démarches, elle dispose d’un agenda partagé, qui permet à chaque collaborateur de connaître l’emploi du temps des autres, afin de prévoir des rendez-vous en cas de besoin.Vous voulez investir dans le numérique, monsieur le ministre : avec les 15 milliards d’euros de crédits, je vous conseillerais d’investir peut-être aussi dans des outils qui simplifieront la vie des forces de police en général. Ce type de logiciel, peu coûteux, serait très pratique.

La parole est à Mme Cécile Untermaier.

Je serai brève, pour ne pas allonger les débats.

Florent Boudié rapporteur · EPR #80

Oui !

Les membres du groupe Socialistes et apparentés soutiendront cet amendement, car la recommandation est pertinente. Comme Roger Vicot me le disait à l’instant, le développement des outils numériques devrait permettre d’installer un logiciel de type Google agenda – ce n’est qu’un exemple, je ne veux pas faire de publicité – afin d’organiser des rencontres avec des personnes différentes. L’observation est excellente ; la mesure ne relève peut-être pas de la loi, mais il est possible de l’inscrire dans un décret.

Florent Boudié rapporteur · EPR #82

En effet, ça n’a pas sa place dans la loi !

Monsieur le ministre, vous voulez travailler dans la transparence et viser l’efficacité, en recueillant les propositions pertinentes des parlementaires. Je souhaite vraiment que nous soyons consultés pour l’élaboration des décrets en Conseil d’État, afin de pouvoir vous faire part de nos observations. Il ne s’agit pas d’être suspicieux, mais d’être efficaces et de faire preuve d’un esprit constructif, car nous avons des éléments positifs à apporter.Pour marquer le coup, nous voterons le présent amendement.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #85

Je mets aux voix l’amendement no 56.

#86

(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #87

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 116 Nombre de suffrages exprimés 116 Majorité absolue 59 Pour l’adoption 56 Contre 60

#88

(L’amendement no 56 n’est pas adopté.) (« Ah ! » sur les bancs du groupe RE.)

Grâce à LR !

C’était tout juste !

Sur les amendements nos 880 rectifié et 379, je suis saisie par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutins publics.Sur l’article 6, je suis également saisie, par les groupes Renaissance et Rassemblement national, d’une demande de scrutin public.Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Éric Pauget, pour soutenir l’amendement no 22.

À titre personnel, je suis favorable à l’article 6. Il va dans le bon sens. La plainte en ligne, et non plus seulement une pré-plainte, constitue une avancée significative. Les moyens numériques que vous envisagez de déployer amélioreront considérablement l’accès à la justice et le fonctionnement des commissariats.Le présent amendement concerne les interprètes. Le sujet peut sembler anecdotique, mais dans un territoire touristique, comme le mien, de nombreuses victimes sont de nationalité étrangère. Souvent l’interprète n’est pas disponible et ne peut se rendre au commissariat, ce qui constitue un frein au dépôt de plainte.L’amendement tend donc à insérer un alinéa, afin d’autoriser le recours aux interprètes par un moyen de télécommunication audiovisuelle.

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #97

Avis défavorable. La suggestion est excellente, et vous avez raison de souligner cette difficulté, mais la rédaction de votre amendement pose problème. En effet, le dispositif ne concerne pas seulement les victimes qui entrent dans le champ de l’article 6, mais la totalité de la séquence pénale : les victimes, les témoins, les personnes entendues, suspectées ou poursuivies.En revanche, le ministre le confirmera, il est prévu que le décret comporte des précisions relatives aux interprètes.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #100

Avis défavorable, pour les mêmes raisons. En vertu de l’article 706-71 du code de procédure pénale : « En cas de nécessité, résultant de l’impossibilité pour un interprète de se déplacer, l’assistance de l’interprète au cours d’une audition, d’un interrogatoire ou d’une confrontation peut également se faire par l’intermédiaire de moyens de télécommunications. » Évidemment, cet article s’appliquera à la visioplainte.Outre le recours aux interprètes, nous expérimentons les plateformes de traduction automatique, qui permettent également de gagner du temps. Vous l’avez autorisé dans la loi « sécurité globale ». Le décret reprendra l’intention de votre amendement.

La parole est à M. Éric Pauget.

À la lumière des explications du ministre, je retire l’amendement. Il s’agissait d’un amendement d’appel. J’insiste toutefois sur l’importance d’associer des interprètes au dépôt de plainte car, je le répète, dans des territoires très touristiques, l’indisponibilité des interprètes freine vraiment le dépôt de plainte. Cela altère parfois l’image de notre justice auprès des touristes, malheureusement nombreux, victimes d’infractions chez nous.

#104

(L’amendement no 22 est retiré.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #105

La parole est à Mme Béatrice Roullaud, pour soutenir l’amendement no 880 rectifié.

En l’état du droit, il est possible de porter plainte en ligne, à certaines conditions : on dépose une préplainte, qu’il faut ensuite signer au commissariat, et seuls certains petits délits sont concernés, ayant trait aux atteintes aux biens.Le projet de loi prévoit le recours à un moyen de télécommunication audiovisuelle. Comme je l’ai souligné hier soir, il s’agit d’une avancée. Néanmoins, que recouvre précisément cette désignation ? D’après ce que j’ai compris, il s’agira d’une visioconférence, et la victime sera, par ce moyen, face à un officier de police judiciaire. Ainsi, cette mesure ne résoudra pas le problème du manque d’effectifs dans la police. En effet, il arrive que les policiers renâclent à prendre la plainte si l’on ne dispose pas de preuves suffisantes, or c’est souvent parce qu’ils ne sont pas assez nombreux.Je propose donc d’aller plus loin, dans l’intérêt des […]

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #111

J’ai examiné attentivement votre amendement. Je pense qu’il y a une confusion. Il existe les préplaintes en ligne, qui concernent les atteintes aux biens et certaines discriminations. Il existe également la plainte en ligne, autorisée par l’article 15-3-1 du code de procédure pénale, et réservée à des escroqueries sur internet ; elle se fait au moyen de la plateforme Thesee (traitement harmonisé des enquêtes et signalements pour les e-escroqueries).Par ailleurs, nous voulons créer un nouveau dispositif, de vidéoplainte. Hier soir, le ministre l’a qualifié de « révolution numérique » dans le domaine de la procédure pénale – raison pour laquelle il faut l’encadrer.Votre amendement tend à insérer dans l’article 6 un dispositif de plainte en ligne. Cela est sans rapport avec la vidéoplainte.En revanche, vous soulignez la nécessité d’étendre le champ des infractions pouvant donner lieu à une […]

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #116

M. le rapporteur a tout dit. Madame la députée, depuis le début de ce débat, ce n’est pas la première fois qu’un député de votre groupe convient que les moyens technologiques sont intéressants, tout en estimant qu’ils ne résoudront ni le problème de la procédure, ni celui du manque d’effectifs dans la police nationale. C’est tout l’intérêt du texte que de permettre de résoudre les deux : pas besoin de choisir entre fromage et dessert.Outre les développements technologiques prévus, nous créons 8 500 postes de policiers et de gendarmes et nous simplifions la procédure pénale. Si vous opposez ainsi les articles de façon saucissonnée, nos compatriotes ne comprendront plus rien. Nous avons prévu de tout faire : plus de technologie, plus de moyens humains et plus de simplification de la procédure. Avis défavorable.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #118

Je mets aux voix l’amendement no 880 rectifié.

#119

(Il est procédé au scrutin.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #120

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 141 Nombre de suffrages exprimés 141 Majorité absolue 71 Pour l’adoption 45 Contre 96

#121

(L’amendement no 880 rectifié n’est pas adopté.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #122

La parole est à Mme Julie Lechanteux, pour soutenir l’amendement no 379.

article 6 · amendement 379

Grâce au dépôt de plainte par des moyens audiovisuels, il sera plus simple de porter plainte. Mais il est nécessaire que cette disposition soit rapidement applicable, tant la sécurité dans notre pays rend urgente toute avancée. Cet amendement vise à inscrire dans le projet de loi l’obligation pour la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) d’émettre rapidement son avis, afin que le dépôt de plainte par des moyens audiovisuels entre vite en vigueur.La rédaction actuelle de l’article 6 ne fixant aucun délai, nous proposons d’y préciser qu’il sera de trois mois. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #126

Nous sommes d’accord avec vous sur la nécessaire rapidité de l’entrée en application du dispositif car notre objectif est la pluralité des prises en charge des victimes. Je l’avais déjà dit en commission : un décret en Conseil d’État doit être rédigé auquel, M. le ministre vient de l’annoncer, sera associée la commission des lois puisque le projet de décret sera transmis à son président.Par ailleurs, votre amendement est satisfait : sans réponse de la Cnil après trois mois et demi, son avis est réputé conforme. Avis défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #129

Même avis.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #130

Je mets aux voix l’amendement no 379.

#131

(Il est procédé au scrutin.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #132

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 153 Nombre de suffrages exprimés 151 Majorité absolue 76 Pour l’adoption 46 Contre 105

#133

(L’amendement no 379 n’est pas adopté.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #134

La parole est à M. Jean-François Coulomme, pour soutenir l’amendement no 528 rectifié.

Tout à l’heure, à la suite d’une question de mon collègue Bernalicis, vous avez expliqué comment se déroulerait, dans les commissariats et les gendarmeries, le dépôt de plainte par vidéoconférence. Nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas tout à fait au point – vous l’avez vous-même reconnu. Est-ce que des espaces seront dédiés à ces vidéoconférences ou auront-elles lieu dans un open space ? Du personnel sera-t-il affecté à cette tâche ? Un grand nombre d’incertitudes persistent. Cet amendement de repli vise à intégrer une clause de revoyure dans deux ans, pour faire un point et déterminer si les dispositifs tiennent la route et s’ils ont besoin d’être enrichis ou repensés.

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #137

En réalité, vous souhaitez non pas une expérimentation, mais la suppression du dispositif – vous l’avez indiqué hier –, et pour des raisons que j’ai fortement contestées. Vous avez notamment instillé le doute quant à une prétendue volonté de privatiser la procédure pénale. Quoi qu’il en soit, une expérimentation de deux ans serait trop longue.M. le ministre vient de répondre : l’État prendra évidemment la précaution d’expérimenter certains aspects du dispositif. De plus, le décret en Conseil d’État apportera toutes les précisions relatives à la mise en application. Certaines données réglementaires ne seront pas décidées dans l’hémicycle. C’est pourquoi je dis non à l’expérimentation, mais oui à l’application immédiate, encadrée et coordonnée dans le cadre de l’État de droit.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #140

Même avis.

La parole est à Mme Élisa Martin.

Je suis surprise par la façon dont vous balayez d’un revers de main la proposition d’expérimentation, dans la mesure où vous avez vous-même, monsieur le ministre, reconnu que le dispositif était encore tâtonnant. Comment sera-t-il organisé ? Sera-t-il disponible dans chaque commissariat ? Les agents seront-ils réunis dans un endroit spécifique ? Les agents spécialisés seront-ils les seuls concernés par le recueil de certaines preuves ?C’est honnête de votre part de le reconnaître et il est naturel que tout ne soit pas prêt pour l’application d’un dispositif aussi complexe. C’est pourquoi je suis surprise que la proposition d’expérimentation soit ainsi balayée. Bien au contraire, vous devriez abonder dans notre sens puisque la forme du dispositif n’a pas été précisément définie. De surcroît, sans point d’étape prévu, il est certain que nous n’en reparlerons plus, quelle que soit la façon […]

#144

(L’amendement no 528 rectifié n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #145

Je mets aux voix l’article 6, tel qu’il a été amendé.

#146

(Il est procédé au scrutin.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #147

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 175 Nombre de suffrages exprimés 157 Majorité absolue 79 Pour l’adoption 155 Contre 2

#148

(L’article 6, amendé, est adopté.)

Après l’article 6

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #150

La parole est à Mme Emmanuelle Ménard, pour soutenir l’amendement no 130 portant article additionnel après l’article 6.

article Après_ 6 · amendement 130

Cet amendement est simple : il a pour objectif de faciliter le dépôt des plaintes des victimes de violences conjugales et familiales. En septembre 2019, le Grenelle sur les violences faites aux femmes avait souhaité généraliser le dépôt de plainte à l’hôpital, notamment dans les services d’urgence. L’objectif était de faciliter et d’accélérer les démarches pour les personnes ayant subi des violences et recevant des soins. Elles peuvent désormais déposer plainte en une unité de temps et de lieu et c’est très important puisque les victimes n’ont plus à se déplacer au commissariat ou à la gendarmerie, évitant ainsi le risque d’être suivies par leurs conjoints violents.Néanmoins, cette possibilité reste soumise à la conclusion de conventions entre les centres hospitaliers, les procureurs et les forces de sécurité. Inscrire la possibilité de porter plainte à l’hôpital dans la loi permettrait […]

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #154

Cette possibilité est déjà ouverte par le code de procédure pénale : aucun lieu particulier n’étant indiqué, tous les lieux sont envisageables. Néanmoins, cette seule réponse ne saurait être satisfaisante.Une circulaire du 25 novembre 2021, signée par le ministre de l’intérieur, le garde des sceaux et le ministre de la santé, permet la généralisation progressive du dépôt de plainte à l’hôpital, ce qui constitue bien l’objectif du Gouvernement. Le dispositif ne concerne pas uniquement les violences intrafamiliales, mais vise toutes les situations qui le nécessiteraient.Non seulement il est inutile d’ajouter ce dispositif au texte législatif, mais je vous assure que la trajectoire, affirmée dans la circulaire, est confortée par le mécanisme de généralisation des plaintes hors les murs, lui-même confirmé dans le rapport annexé au projet de loi. Avis défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #158

Même avis.

La parole est à Mme Emmanuelle Ménard.

En somme, vous me dites que mon amendement est déjà satisfait. Il n’empêche que pour concrétiser ce dispositif, il est nécessaire de signer des conventions entre les hôpitaux, les services de sécurité et le procureur.

Florent Boudié rapporteur · EPR #161

Exactement !

Si le dispositif est inscrit dans la loi, ces conventions ne seront plus nécessaires, ce qui permettra de gagner en efficacité. J’en parle en connaissance de cause : à Béziers, après le Grenelle contre les violences faites aux femmes, nous avons voulu instaurer une convention. Il nous a fallu près de deux ans pour que tous les partenaires la signent ! Certes, le covid nous a fait prendre du retard, mais cette signature a demandé beaucoup de temps. Faire figurer le dispositif noir sur blanc dans la loi permettrait d’éviter ces démarches. C’est pour ça que je fais cette proposition de bon sens et d’efficacité. Je ne nie pas que le dispositif existe déjà ; je souhaite simplement sauter la case « convention ».

#163

(L’amendement no 130 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #164

Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 562 et 1053.La parole est à M. Guillaume Gouffier-Cha, pour soutenir l’amendement no 562.

article Après_ 6 · amendement 562

Il s’agit d’un amendement déposé par Véronique Riotton et plusieurs autres collègues. Il a été élaboré avec Mmes Rachel Pardo et Karen Noblinski, avocates au barreau de Paris, à la suite du Grenelle des violences conjugales, conformément à la volonté de renforcer la protection des victimes de violences conjugales et sexuelles. Il vise à créer un droit effectif à l’assistance d’un avocat dès le dépôt de plainte, essentiel pour mieux garantir aux victimes le respect de leurs droits, pour améliorer l’efficacité de la procédure pénale et pour renforcer la confiance dans le système judiciaire.Beaucoup a été fait au cours des dernières années, en particulier depuis le Grenelle des violences conjugales et depuis la réforme de 2021 permettant aux plaignantes d’être accompagnées par un ou une avocate. Il faut aller encore plus loin, pour mieux protéger les victimes et garantir l’effectivité de […]

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #167

La parole est à M. Ludovic Mendes, pour soutenir l’amendement no 1053.

article Après_ 6 · amendement 1053

Je tiens à rendre hommage aux avocates Pardo et Noblinski, qui nous accompagnent dans cette démarche. En septembre 2021, en réaction au témoignage d’une jeune femme dénonçant de mauvaises conditions de recueil de sa plainte, la création du hashtag #DoublePeine a incité des milliers de victimes à s’exprimer sur la façon dont elles ont été reçues dans les commissariats et les gendarmeries. Depuis, beaucoup de choses ont été faites : les dépôts de plainte fonctionnent très bien dans plusieurs territoires, mais sont parfois plus compliqués, en raison du manque d’effectifs dans certains commissariats. Le présent projet de loi vise précisément à répondre aux besoins de recrutement.Il est nécessaire d’expliquer la particularité des violences familiales et intrafamiliales, qui surviennent dans l’intimité. Il est parfois compliqué d’apporter des réponses déterminantes permettant à l’agent de […]

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #172

En commission, nous avions examiné un amendement de M. Ugo Bernalicis dont le contenu se limitait à la première partie de vos amendements, à savoir la création d’un droit à l’assistance d’un avocat dès le dépôt de plainte. J’avais répondu qu’il était satisfait puisque cette disposition avait été introduite par la loi du 22 décembre 2021 pour la confiance dans l’institution judiciaire grâce à notre collègue Alexandra Louis. Elle figure au 8° de l’article 10-2 du code de procédure pénale, qui dispose que les victimes ont le droit « d’être accompagnées chacune, à leur demande, à tous les stades de la procédure, par leur représentant légal et par la personne majeure de leur choix, y compris par un avocat […] ».L’intérêt de vos amendements réside en réalité dans leur seconde partie, qui précise le rôle de l’avocat dans la procédure. Pour cette raison, j’émets un avis favorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #175

J’émets également un avis favorable sur ces amendements, sur lesquels je voudrais m’arrêter un instant.Outre l’amélioration de la formation et l’augmentation des effectifs, il aura en effet suffi d’une simple précision dans un article du code de procédure pénale pour que nous parvenions, avec le garde des sceaux, à améliorer sensiblement l’accueil des victimes. Non seulement toute personne qui se présente dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie ne peut se voir refuser le droit de déposer plainte – nous en avons débattu hier –, mais, surtout, elle peut se faire accompagner par un adulte de son choix, y compris par un avocat. Cette dernière précision s’était avérée utile, tout le monde n’ayant pas compris que les mots : « la personne majeure de leur choix » pouvaient également désigner un avocat – les avocats, en effet, sont généralement des adultes… (Sourires sur les bancs du […]

La parole est à M. Ugo Bernalicis.

Je suis content car ces amendements, dans leur première partie, sont identiques à celui que nous avions déposé et sur lequel la commission avait émis un avis défavorable. Or quand une proposition vient de la majorité,…

Gérald Darmanin ministre · EPR #183

Je n’étais pas là !

Tant mieux, c’est très bien. Je suis très content, je suis très favorable à ces amendements, nous les voterons.

Florent Boudié rapporteur · EPR #185

C’est la deuxième partie du dispositif qui nous conduit à donner cet avis !

Dans ce cas, la prochaine fois, je déposerai des amendements plus longs…L’article 10-2 du code de procédure pénale ne prévoit que l’information des victimes. Or, en réalité, de nombreux policiers ne savent pas que la loi a été modifiée, car on n’a pas vraiment communiqué sur le sujet. Selon les remontées du terrain, des policiers refuseraient à de nombreuses personnes d’être accompagnées de leur avocat au motif que la loi ne l’aurait pas prévu. À cet égard, écrire « Lorsque la victime est assistée par un avocat » est à la fois plus simple et plus compréhensible pour tout le monde.Il en est de même de la faculté d’émettre des observations : elle se justifie par les remontées du terrain. Bien sûr, tout le monde ne peut pas être accompagné d’un avocat – je vous renvoie sur le débat relatif à l’aide juridictionnelle. Mais quand on en a la possibilité, ce dernier doit pouvoir être présent à […]

La parole est à M. Thibault Bazin.

Mon amendement no 28, qui devait être examiné dans un instant, reprenait uniquement la première partie du dispositif proposé par ces amendements identiques. Je comprends de nos échanges que ces derniers sont plus complets et plus précis. Il importe que, dès le stade du dépôt de plainte, le droit à l’assistance d’un avocat soit notifié et effectif. La possibilité pour ce dernier de joindre des observations écrites et de poser des questions est également une disposition utile.Je retire donc mon amendement au profit de ceux que nous examinons.Par ailleurs, monsieur le ministre, nous considérons avec mon collègue Raphaël Schellenberger que, ce droit étant notifié, il n’a pas besoin d’être obligatoirement mentionné dans le texte de la plainte, ce qui serait de nature à alourdir, voire à fragiliser la procédure. Pouvez-vous préciser ce point ?

La parole est à M. le ministre.

Gérald Darmanin ministre · EPR #194

Je vous remercie, monsieur Bazin, de soutenir ces amendements. C’est justement parce que nous ne voulons pas inutilement alourdir la procédure que je donnerai un avis défavorable à l’amendement no 878 d’Ugo Bernalicis, qui prévoit la remise d’un récépissé attestant que la victime s’est vu notifier ses droits. J’espère que vous nous suivrez également sur ce point pour éviter de surcharger la procédure.

La parole est à Mme Caroline Yadan.

En ma qualité d’avocat de femmes victimes de violences, je souhaite apporter un témoignage sur l’évolution du droit et des pratiques. Il y a dix-sept ans environ, j’ai été saisie par une de mes clientes qui avait été tabassée – je pèse mes mots – par son mari, ce qui lui avait valu vingt-cinq jours d’incapacité totale de travail – je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que cela signifie. Elle avait le bras et l’épaule cassés, deux yeux au beurre noir. Elle s’était alors rendue dans une brigade de gendarmerie à Dozulé où les gendarmes avaient pris sa plainte mais n’avaient pas convoqué son mari, qui n’a pas fait une seconde de garde à vue. Lorsque j’avais eu le gendarme au téléphone, il m’avait dit : « Voyons, maître, vu son état, elle a bien dû le chercher, d’une certaine façon. » C’était il y a dix-sept ans.Depuis, comme l’a rappelé M. le ministre de l’intérieur et des […]

#198

(Les amendements identiques nos 562 et 1053 sont adoptés.) (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem. – Mme Emmanuelle Anthoine applaudit également.)

· ADOPTION de plusieurs amendements (main levée) adts
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #199

Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 41 et 193. L’amendement no 41 de M. Jean-Félix Acquaviva est défendu. La parole est à Mme Émilie Chandler, pour soutenir l’amendement no 193.

article Après_ 6 · amendement 41 et 193

Il vient compléter les amendements qui viennent d’être adoptés. Dans sa rédaction en vigueur, le code de procédure pénale n’énonce pas clairement le droit pour une victime d’être assistée par un avocat lorsqu’elle se constitue partie civile, alors même qu’elle se retrouve confrontée aux personnes mises en cause lors de plusieurs actes de procédure, telles la reconstitution et l’identification.Cet amendement vise à sécuriser la présence de l’avocat tout au long de la procédure, dès le dépôt de plainte, comme d’ailleurs c’est déjà le cas pour la personne mise en cause. Il s’agit d’accorder les mêmes droits aux victimes, mais pas pour les mêmes raisons.

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #203

Défavorable, compte tenu des amendements qui viennent d’être adoptés.

#204

(Les amendements identiques nos 41 et 193, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #205

La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement no 878.

article Après_ 6 · amendement 878

Il vise à demander la remise à la victime d’un récépissé notifiant la communication des droits prévus à l’article 10-2 du code de procédure pénale. Monsieur le ministre, je vous ai entendu dire que vous n’y étiez pas favorable car il tendrait à alourdir la procédure.Je le répète, nous nous fondons sur les observations remontant du terrain. Lorsqu’une personne dépose plainte ou est mise en cause, elle se voit remettre un document récapitulant les dispositions de l’article 10-2 du code de procédure pénale. Mais il s’agit plus d’expédier une formalité administrative que de rappeler solennellement les droits et obligations de toute personne impliquée dans une procédure pénale.Le récépissé vise à formaliser l’information sur les droits figurant à l’article 10-2. Nous ne souhaitons pas qu’il incombe à l’assistant d’enquête de réaliser cette tâche – nous en reparlerons plus tard –, parce qu’il […]

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #210

Vous vous êtes abstenus de voter l’article 6 – vous considérez sans doute que c’est déjà un effort –, qui crée un véritable nouveau droit pour les victimes, soutenu par toutes les associations de lutte contre les violences faites aux femmes que nous avons auditionnées. Je regrette que la seule réponse que vous voulez apporter pour protéger les victimes soit un récépissé. C’est la république des paperasses, la république administrative.

Plus de papier !

Florent Boudié rapporteur · EPR #212

Ce n’est pas ce que nous voulons. L’objectif c’est de continuer à former et à informer – M. le ministre l’a indiqué. Je rejoins les propos de notre collègue Thibault Bazin qui s’inquiétait de l’alourdissement de la procédure. L’objectif est de mieux former nos agents, de faire en sorte qu’ils informent mieux les victimes et que les conditions d’accompagnement, y compris par les avocats, soient garanties au-delà même du droit existant. Nous portons une attention aux victimes : la remise d’un récépissé administratif ne saurait être considérée comme une solution au problème.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #214

Même avis.

La parole est à M. Raphaël Schellenberger.

Monsieur le ministre, vous avez répondu à côté à la question posée par mon collègue Thibault Bazin. Il vous demandait si la notification du droit d’être accompagné d’un avocat devrait ou non figurer au procès-verbal du dépôt de plainte, mais vous avez répondu que l’officier de police judiciaire n’aurait pas à remettre de récépissé. À l’occasion de votre avis sur cet amendement, pourriez-vous nous indiquer si cette information figurera au procès-verbal ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #217

Il y a une notification des droits au début !

Mais est-ce que cela devra être précisé dans le procès-verbal de dépôt de plainte ?

article Après_ 6 · amendement 878

La parole est à M. Jean-François Coulomme.

Vous parlez de « république des paperasses », monsieur le rapporteur, mais c’est important, les papiers ! Nous-mêmes ici, vous-même, le Gouvernement, la loi en demandent. La paperasse, c’est un moyen de preuve, un moyen de conserver l’historique. Imagine-t-on fonctionner sans aucune trace écrite ?Ce que nous souhaitons, c’est que les droits des victimes, mais aussi de la défense, soient effectifs ; nous voulons, ni plus ni moins, garantir l’application de l’article 10-2 du code de procédure pénale. Ce dispositif doit permettre aux usagers de se constituer partie civile, de saisir la commission d’indemnisation…Il faut s’efforcer d’éviter les vices de procédure, qui coûtent encore plus cher lorsque les services de police doivent reprendre des affaires a posteriori.

La parole est à M. le ministre.

Gérald Darmanin ministre · EPR #224

Monsieur Schellenberger, je ne voudrais pas que vous soyez frustré, je réponds donc à votre question… C’est déjà le cas : si vous allez déposer plainte, le procès-verbal commence par un rappel des droits des victimes. Si nous créons ce droit supplémentaire, les procès-verbaux seront évidemment complétés. Pardonnez-moi si je n’ai pas bien répondu à la question de M. Bazin, mais j’avais compris qu’il souhaitait que ce droit soit notifié, sans pour autant alourdir la charge de travail des policiers.Je voudrais aussi m’adresser au groupe La France insoumise. Vous avez un problème avec les récépissés… Vous voulez en mettre un peu partout dans l’action de la police et de la gendarmerie.

Ils ont surtout un problème avec la police !

Gérald Darmanin ministre · EPR #227

Exactement. C’est très intéressant ! Cette majorité donne des droits supplémentaires aux victimes, et c’est de cela que nous discutons ; et en quelques minutes, le groupe La France insoumise déplace le débat. Très vite, vous passez de « quels droits supplémentaires pour les victimes ? » à « comment contrôler davantage les policiers ? » (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)

Très juste ! C’est la bonne analyse !

Gérald Darmanin ministre · EPR #229

Chacun a son interprétation du langage. J’ai la mienne et je l’extériorise : il paraît que les bons analystes disent qu’il faut savoir extérioriser ce que l’on ressent… (Sourires sur les bancs du groupe RE. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)Pardon de faire mon analyse devant vous, mais cette réflexion me semble frappée au coin du bon sens. Les faits sont graves et concordants, comme on dit, et vous devriez vous interroger : comment, d’un débat sur l’aide aux victimes, en vient-on à débattre du contrôle des policiers ? C’est inquiétant. Ce n’est pas seulement la notification des droits qui vous intéresse. Ce que vous voulez, c’est une surveillance accrue des policiers.Je réitère donc mon avis défavorable.

Pour vous, surveiller les policiers, c’est donc un problème ?

#233

(L’amendement no 878 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #234

La parole est à M. Mickaël Bouloux, pour soutenir l’amendement no 285.

article Après_ 6 · amendement 285

Je voudrais d’abord préciser, au nom du groupe Socialistes et apparentés, que certains d’entre nous n’ont pas pu être présents pour voter l’article 6, mais que nous soutenons l’élargissement qu’il prévoit des modalités de dépôt de plainte.L’amendement no 285 vise également à faciliter le dépôt de plainte. Il a été présenté en commission des lois, et il est soutenu par des nombreuses associations d’aide aux victimes. Il tend à permettre le dépôt de plainte depuis le domicile ou dans les locaux d’une association d’aide aux victimes. Nous proposons une expérimentation, afin d’adapter, d’évaluer, et le cas échéant d’améliorer le dispositif.La commission des lois a entendu le directeur général de la police nationale, qui a indiqué que la police nationale souhaitait développer l’« aller vers ». C’est bien de cela qu’il s’agit : aller vers les victimes autant que nécessaire. Ce serait […]

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #239

C’est un sujet essentiel. À titre personnel, je suis très favorable – comme le Gouvernement, d’ailleurs – à la généralisation des plaintes hors les murs.Il y a une difficulté, que j’avais signalée en commission des lois – je prends toutes les précautions oratoires nécessaires pour ne pas être mal compris : il ne faudrait pas que nous aboutissions à une forme de service à la demande. On peut craindre des dérives, du point de vue opérationnel, avec la mise à disposition d’officiers de police judiciaire, par exemple.Mais, je l’ai dit à Mme Ménard à propos des hôpitaux, la trajectoire que vous préconisez est bien celle qui est fixée. Je ne peux pas dire à M. Vicot et au groupe Socialistes que l’amendement est satisfait parce que cela figure dans le rapport annexé – je sais trop bien ce que vous me répondriez.La commission a rejeté l’amendement. Toutefois, considérant qu’une telle […]

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #244

Je suis également favorable à cet amendement. Peut-être, néanmoins, pourrions-nous le rectifier – dès à présent, ou plus tard en commission mixte paritaire – pour en élargir le champ. Aujourd’hui, le code de procédure pénale n’impose aucun lieu de dépôt de plainte, même si évidemment cela se fait en général dans les commissariats ou les gendarmeries. C’est pourquoi j’ai pu demander aux services d’expérimenter l’« aller vers » en prenant des plaintes à domicile, à l’hôpital, chez l’avocat, dans les locaux de l’association d’aide aux victimes, chez la voisine, chez la maman, chez le papa, à la ferme… (Sourires.) Je comprends l’intérêt de votre amendement, et j’entends bien généraliser cette démarche d’« aller vers », afin que la victime puisse faire venir les policiers ou les gendarmes chez elle. Cela devrait être possible grâce à des mesures que, je l’espère, vous adopterez dans quelques […]

La parole est à M. Antoine Léaument.

Je suis content que le rapporteur et le ministre soient tous les deux favorables à l’amendement ; nous le sommes également.Quand la police déploie ses efforts à l’extérieur du commissariat, quand on permet un dépôt de plainte depuis le domicile ou d’autres lieux – l’amendement no 715, qui suit, est également intéressant –, on règle des problèmes. En particulier, les femmes victimes de violences conjugales peuvent plus facilement déposer plainte.L’amendement de M. Vicot ne parle pas seulement du domicile, mais aussi des locaux d’associations d’aides aux victimes. Le champ est donc déjà élargi, mais on pourrait y ajouter aussi les structures qui accueillent des femmes victimes de violences ; ce serait à mon sens l’endroit le plus adéquat pour ce type de plaintes.S’agissant de l’amendement no 715, qui traite du même sujet…

Nous n’en sommes pas encore là, monsieur Léaument. C’est moi qui fixe les règles de la séance… Restons-en pour le moment à cet amendement no 285.La parole est à M. le ministre.

Gérald Darmanin ministre · EPR #256

Si l’auteur de l’amendement le permet, nous pourrions le rectifier de la façon suivante : supprimer, au premier alinéa, les mots « À titre expérimental », qui sont superflus ; modifier la fin de cette phrase en écrivant « au sein de son domicile, d’une association spécialisée d’aide aux victimes, ou de tout autre lieu ».De cette façon, le champ des possibilités est large. (M. Mickaël Bouloux approuve.)

Oui, c’est mieux !

Florent Boudié rapporteur · EPR #259

Très bien !

Gérald Darmanin ministre · EPR #260

Il faudrait également retirer de l’amendement les deux derniers alinéas, qui font référence à une expérimentation.Le compte rendu des débats permettra de bien faire comprendre l’esprit qui anime le législateur en cette belle journée de mercredi.

Vous proposez donc de déposer un sous-amendement, monsieur le ministre ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #263

Oui, madame la présidente. C’est la solution la plus simple.

Dans ce cas, je vous propose de suspendre la séance quelques instants.

Suspension et reprise de la séance

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #266

La séance est suspendue.

#267

(La séance, suspendue à seize heures dix, est reprise à seize heures vingt.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #268

La séance est reprise.Mes chers collègues, le sous-amendement no 1315 du Gouvernement à l’amendement no 285, soutenu par M. Bouloux, est désormais rédigé. Le sous-amendement ayant été présenté avant la suspension de séance par M. le ministre, je le mets immédiatement aux voix.

#270

(Le sous-amendement no 1315, accepté par la commission, est adopté.)

· ADOPTION d’un sous-amendement (main levée) ss-adt
#271

(L’amendement no 285, sous-amendé, est adopté.)

· ADOPTION amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #272

La parole est à Mme Marie Pochon, pour soutenir l’amendement no 715.

article Après_ 6 · amendement 715

Monsieur le ministre, vous souhaitez développer la stratégie de « l’aller vers » : cet amendement va dans ce sens. Il vise à créer, à titre expérimental, des brigades de gendarmes et de policiers mobiles ayant pour objectif de recueillir les plaintes des victimes de violences conjugales, notamment dans les territoires ruraux – territoires ruraux où réside 30 % de la population française, mais où ont lieu 50 % des féminicides.Les femmes victimes de violences conjugales en territoire rural subissent une triple peine : l’isolement, le manque de structures associatives capables de travailler sur de telles distances, et la pression sociale liée à l’interconnaissance. Aussi, franchir la porte d’un commissariat peut se révéler encore plus difficile qu’en milieu urbain et l’absence de plaintes n’y est pas synonyme d’absence de violences.Tel que le recommande le rapport d’information du Sénat […]

Quel est l’avis de la commission ?

Florent Boudié rapporteur · EPR #277

Nous partageons votre objectif. À cet égard, nous venons d’approuver l’adoption d’un amendement visant à davantage aller vers les victimes de violences conjugales, après que nous avons également adopté l’article 6, qui contient aussi des solutions dans ce domaine.Cela étant, et je dirai la même chose à Sandra Regol s’agissant de son amendement no 914 visant à créer des unités dédiées à l’accueil de femmes victimes de violences, vous ne définissez pas le périmètre d’action des brigades que vous proposez d’instaurer. Agiraient-elles à l’échelle du département, ou bien de la région ?Votre proposition me semble même moins ambitieuse que celle que nous venons d’approuver, car vous ne précisez pas non plus combien de brigades seraient constituées par département ou par région. Ainsi, la portée de votre amendement apparaît moins importante que notre objectif, qui est d’aller autant que […]

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Gérald Darmanin ministre · EPR #282

Même avis.

La parole est à M. Antoine Léaument.

Le groupe La France insoumise-NUPES est favorable à cet amendement. Monsieur le rapporteur, puisque vous trouvez son contenu intéressant, peut-être pourriez-vous vous engager à lui donner un avis favorable en nouvelle lecture si, d’ici là, le périmètre d’action des brigades mobiles était précisé. Il me semble que cet amendement est globalement en accord avec la philosophie de « l’aller vers », à laquelle nous adhérons tous, dans la mesure où il vise à permettre le dépôt d’une plainte hors des commissariats.À cet égard, permettez-moi de vous faire part d’une inquiétude, dont nous devrions tenir compte dans le texte. Pour une femme victime de violences, porter plainte peut être dangereux lorsque l’époux ou le conjoint en est informé. À ce titre, le dispositif mobile est intéressant, car il permettrait à la victime de bénéficier d’un accompagnement de proximité et discret vis-à-vis de […]