Séance du 1er décembre 2022 /// n°79 /// 607 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 16e législature · session Session ordinaire 2022-2023

Séance du 1er décembre 2022 — 79e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Naïma Moutchou.

607prises de parole
39orateurs
11points à l'ordre du jour
1scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
658 l'ensemble de la proposition de loi portant création d'une juridiction spécialisée aux violences intrafamiliales (première lecture). 41 / 40 adopté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 607 — page 1 / 4.

Naïma Moutchou president · HOR #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)

Suite de la discussion d’une proposition de loi

Naïma Moutchou president · HOR #7

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi portant création d’une juridiction spécialisée aux violences intrafamiliales (nos 346, 513).

Suspension et reprise de la séance

Naïma Moutchou president · HOR #9

Compte tenu de l’absence de M. le rapporteur, la séance est suspendue pour une durée de cinq minutes.

#10

(La séance, suspendue à vingt et une heures trente, est reprise à vingt et une heures trente-cinq.)

Naïma Moutchou president · HOR #11

La séance est reprise.

Rappel au règlement

La parole est à M. Sylvain Maillard, pour un rappel au règlement.

Il se fonde sur l’article 100 relatif à la bonne tenue des débats, madame la présidente. Comme vous l’avez répété à maintes reprises, les journées de niche parlementaire sont des moments importants : elles débutent à neuf heures et s’achèvent à minuit. Nous examinons un texte important, je crois, et je ne voudrais pas que nous soyons les otages d’une élection interne à un parti politique, même si vous avez balayé tout à l’heure cet argument d’un revers de main. (Protestations sur quelques bancs du groupe LR.)Je suis très gêné que le rapporteur n’ait pas été à l’heure pour l’ouverture de la séance parce qu’il participait à un meeting.

Il avait deux minutes de retard !

Nous, nous étions à l’heure ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)

Vous êtes minoritaires ! Combien de fois avons-nous dû attendre que vos bancs se garnissent ?

Je demande au rapporteur de nous expliquer pourquoi il était en retard, avant de poursuivre nos débats. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)

La moraline de M. Maillard, non merci !

Discussion générale (suite)

La parole est à M. Aurélien Pradié, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, en réponse à la discussion générale.

Aurélien Pradié rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · NI #24

Madame la présidente, je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses, à votre égard et à l’égard de l’ensemble des députés, ainsi qu’à celui de M. le ministre et de Mme la ministre déléguée présents. En effet, j’ai eu une minute et demie de retard…

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux, ministre de la justice #25

Plus !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #26

…et je vous présente de nouveau des excuses. Je suis d’autant plus certain que vous les accepterez que l’on excuse beaucoup plus facilement les fautes qu’on a soi-même souvent commises. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) En l’espèce, j’ai souvenir de longues et nombreuses séances auxquelles, en raison d’un dîner chez le Président de la République ou chez tel ou tel ministre, les députés du groupe La République en marche – ainsi se nommait alors leur groupe – arrivaient avec trois quarts d’heure de retard.

C’est vrai !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #28

À cette occasion, les séances étaient allègrement suspendues. Je n’avais pas de dîner ce soir, mais un autre engagement politique.

Mais vous, vous êtes rapporteur !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #30

Je viens de vous prier de bien vouloir accepter mes excuses. Comme vous le proposez, j’accepte aussi les vôtres. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Je voudrais répondre aux propos qui ont été tenus et aux contributions, plus ou moins heureuses, apportées au cours de la discussion générale.Il y a trois ans, presque jour pour jour, nous étions dans cet hémicycle – vous n’y étiez pas, monsieur le garde des sceaux, vous n’étiez pas ministre à l’époque ; vous n’y étiez pas non plus, madame la ministre déléguée ; beaucoup de députés n’y étaient pas non plus, mais certains étaient présents. Or, pendant près de quinze heures, nous avons débattu d’une proposition de loi (PPL), adoptée à l’unanimité, qui nous a permis d’instaurer des mesures qui ne sont pas les miennes, mais celles de la représentation nationale et désormais celles d’une loi de la République : le bracelet […]

Ça, c’est consensuel !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #34

Mais le sujet est ailleurs. Lorsque vous étiez à la tribune, monsieur le ministre, il ne s’agissait pas d’être dans l’invective ou dans l’attaque de tel ou tel député, que vous n’apprécieriez pas pour je ne sais quelle raison. Il s’agissait de traiter du sujet de fond, qui aurait dû être abordé pendant la discussion générale : or vous ne l’avez pas fait. Lorsque votre prédécesseur, avec lequel j’avais autant de divergence qu’avec vous, était à ce banc pour examiner la proposition de loi, nous avons toujours eu un ton à mille lieues de celui que vous avez eu.

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #35

Non !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #36

Je ne crois pas avoir eu, dans mon intervention, un ton d’invective, de condescendance ou de mépris à l’égard de votre travail. Je vous le dis comme je le pense et vous l’apprécierez comme vous voudrez : je considère que l’on peut attendre autre chose d’un garde des sceaux que des règlements de comptes et des matchs personnels. Je souhaite que ce ne soit pas non plus le cas pour la suite, et que nous puissions en venir au fond.Le fond de l’affaire est simple : c’est le combat pour la création d’une juridiction spécialisée. Si certains députés de la majorité sont encore de bonne foi, ils savent que nous l’avons déjà mené en 2019. Ils se souviennent qu’alors, en commission comme dans l’hémicycle, j’avais dit que l’étape suivante était la création d’une juridiction spécialisée : nous en avions convenu. Lorsque nous avons défendu la généralisation du bracelet antirapprochement dès […]

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #39

Je ne dis pas ça !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #40

C’est vrai que quelque chose a changé entre 2019 et 2022 : il y a désormais plus de femmes tuées chaque année dans notre pays. C’est ça, la différence ! Ce qui valait en 2019 concernant la juridiction spécialisée vaut exactement de la même manière aujourd’hui. Vous ne pouvez pas nous faire ce procès consistant à dire que nous avons traité négligemment ce texte. En le faisant, vous n’êtes pas respectueux, non pas à mon égard, c’est peu important, mais à l’égard des députés qui ont collectivement signé cette proposition de loi et l’ont inscrite dans la niche parlementaire. Accessoirement, vous n’êtes pas très respectueux à l’égard de la représentation nationale. Ce n’est pas parce qu’on est ministre qu’on est meilleur que les autres ; ce n’est pas parce que vous avez été magistrate ou avocat que vous êtes les meilleurs spécialistes de cette question.En 2019, lorsque nous avons défendu la […]

C’est vrai !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #43

Nicole Belloubet, elle-même assise sur le banc où vous êtes, l’a exprimé publiquement et l’a répété. Ces propos figurent clairement dans le rapport sur le texte de loi.

On l’a entendu !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #45

À cette époque, nous avons eu un débat très constructif, notamment avec les députés du groupe Dem, qui étaient sceptiques sur cette mesure. J’ai tâché de les convaincre alors que j’en doutais moi-même un peu. Lorsqu’il y a deux ans, nous avons évalué la loi, ils ont reconnu avec honneur et intelligence que cette mesure avait vraiment amélioré la protection des femmes. À l’époque, lorsque nous avons demandé que l’ordonnance soit délivrée dans un délai maximal de six jours, que n’avons-nous entendu ! Vous souvenez-vous des débats avec des techniciens experts qui nous expliquaient que c’était impossible ; avec les représentants des magistrats, madame la ministre déléguée, qui me disaient qu’ils n’y arriveraient jamais, que c’était une folie, que nous désorganiserions l’institution judiciaire, que nous allions beaucoup trop vite et que des études d’impact et des expertises supplémentaires […]

Tout à fait !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #51

Or seuls treize bracelets – vous m’avez bien entendu : treize ! – ont été délivrés, dans le cadre d’une ordonnance de protection ; en 2021, seulement douze. Ce chiffre ne vient pas de moi, c’est vous qui nous l’avez indiqué dans une réponse à un courrier que je vous ai envoyé il y a plusieurs mois, réponse dans laquelle, noir sur blanc, vous nous dites que les bracelets antirapprochement délivrés avant la mesure pénale sont un échec. La raison en est très simple et ce que vous pointiez comme un problème est en fait le cœur du sujet : nous avons confié au juge aux affaires familiales (JAF) le soin de prendre les ordonnances de protection, dans lesquelles il peut prononcer la mesure de port d’un bracelet antirapprochement. Concrètement, le juge aux affaires familiales, car c’est un juge civil, a besoin que l’auteur consente au port du bracelet antirapprochement pour l’inscrire dans […]

C’est édifiant !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #53

À l’époque, lorsque nous avons défendu la généralisation du bracelet antirapprochement, nous avions soulevé ce problème : les juges aux affaires familiales ne prononceraient pas le port de BAR dans l’ordonnance de protection parce que cette mesure ne relève pas de leur compétence de civilistes. Nous l’avons constaté et nous le constatons encore. S’il ne fallait retenir qu’une seule grande raison de créer cette juridiction spécialisée, ce serait l’instauration d’un nouveau magistrat, compétent à la fois sur le volet civil et le volet pénal. Est-ce baroque ?

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #54

Mais oui !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #55

Non, puisque, au risque de vous l’apprendre, monsieur le garde des sceaux – mais je n’imagine pas que tel sera le cas, vous qui êtes un si grand expert de la matière judiciaire –, il se trouve que le juge des enfants manie la matière autant civile que pénale. Il peut ordonner à la fois des mesures éducatives qui relèvent du champ civil et des mesures pénales. Des juridictions spécialisées existent déjà dans notre pays.

Absolument, très juste !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #57

Le juge des enfants, créé en 1945, le juge aux affaires familiales, ainsi que le juge chargé des tutelles et des curatelles sont-ils des institutions baroques ? Ce n’est pas du tout le cas, nous vous proposons de créer le même type de juridiction spécialisée.Enfin, nous devrons de toute façon traiter ce sujet. L’Espagne, le Québec…

Peut-être la France !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #60

…et d’autres pays d’Europe et du monde savent qu’il faut instaurer une juridiction spécialisée. La vérité, c’est que nous pouvons encore travailler ce texte qui n’est pas « écrit avec les pieds », comme vous l’avez aimablement dit.

C’est vrai que c’est incorrect et méprisant !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #62

La vérité, c’est que si vous aviez pris le temps de vraiment le lire, au-delà des notes de vos collaborateurs, vous auriez compris, madame la ministre déléguée, qu’en l’espèce, la question de la proximité des tribunaux a été résolue par voie d’amendement. Si vous découvrez la procédure parlementaire, je le regrette.

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #63

Quel mépris ! Vous ne consultez pas les notes de vos collaborateurs ?

Aurélien Pradié rapporteur · NI #64

La proposition de loi que nous avions défendue et qui avait été votée à l’unanimité en 2019, avait été modifiée par vingt-sept amendements. Ce sont tout à fait le rôle de nos commissions et la vocation d’un rapporteur, qui ne doit pas être borné mais qui doit écouter ce qui se dit en commission et corriger ce qui doit l’être. Nous avons toujours fait ainsi, y compris lorsque nous avons déposé la proposition de loi en 2019.Je conclus définitivement en soulignant que nous avons aujourd’hui une chance réelle de mettre un pied dans la porte. Je respecte tout le travail d’études et d’évaluation qui sera réalisé par mes collègues. Madame la députée, je regrette une chose : lorsque je vous ai auditionnée – puisque vous avez omis de le dire –, vous avez à peine prononcé une phrase, vous n’avez pas voulu me dire un dixième du travail que vous aviez effectué, vous avez tout caché, comme si […]

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #66

Ce n’est pas du mépris, ça ?

Aurélien Pradié rapporteur · NI #67

En revanche, si aujourd’hui, nous votons en première lecture ce texte, vous aurez tout le temps de nous rendre votre rapport, de nourrir la réflexion et nous aurons tout le temps de contribuer à faire voter cette proposition de loi.S’agissant du délai, monsieur le garde des sceaux, vous aurez observé que je ne l’ai pas modifié. Si vous pouviez au moins vous retenir de faire des gestes de revers de la main lorsque je m’exprime, ce serait plus respectueux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #69

Mais pour qui vous prenez-vous ?

Aurélien Pradié rapporteur · NI #70

Pour un simple député de la nation, monsieur le ministre, élu par nos concitoyens et qui ne mérite pas que vous fassiez ce geste lorsqu’il s’exprime, quel que soit le mépris dont vous faites preuve à son égard.

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #71

Soyez à l’heure, ce serait déjà pas mal ! Prétentieux, je n’ai jamais vu ça !

Monsieur le rapporteur, c’est moi qui fais la police de la séance, et qui, éventuellement, interpelle les uns et les autres. Je vous remercie de conclure.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #73

S’agissant de la question de la date et du délai, nous avons voulu inscrire un délai dans le texte. La première version de la proposition de loi n’en fixait pas, et c’est justement parce que nous en avons discuté en commission que je me suis dit qu’il serait souhaitable de fixer un délai maximal. N’avez-vous pas lu le mot « maximal » ? Cela veut tout simplement dire que, si vous vous sentez aussi prêt, alors avançons : votons cette proposition de loi en première lecture, examinons les conclusions que rendra la mission parlementaire. Vous aurez ainsi tout le temps de faire voter en deuxième lecture ce texte, et de passer des paroles aux actes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #74

Tout est à refaire !

La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux, ministre de la justice #76

Monsieur Pradié, nous nous sommes rencontrés pour la première fois en commission des lois de l’Assemblée nationale. Vous m’aviez alors reproché de ne pas avoir répondu à l’un de vos courriers que je n’avais pas reçu, mais que vous aviez déjà transmis à la presse. Cela n’augurait pas…

Aurélien Pradié rapporteur · NI #77

C’est très grave !

On ne va pas refaire toute l’histoire de votre vie à deux !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #79

Ce n’est pas formidable, voyez-vous. Vous avez voulu vous faire un petit coup de publicité sur mon compte en parlant… (M. le rapporteur s’exclame.) Vous allez souffrir que je vous réponde, monsieur Pradié !

Chers collègues, s’il vous plaît, seul le ministre a la parole.

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #81

Vous avez fait part de cette inimitié sans nuage qui nous unit depuis deux ans et demi, souffrez que j’en dise un mot. Voilà comment je vous ai connu, ce qui ne m’a, bien entendu, pas donné d’emblée l’envie d’être plus aimable que cela. Passons maintenant à autre chose.

C’est bon, vous avez réglé vos comptes ?

Je suis jaloux !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #84

Au civil, infliger un bracelet antirapprochement sans avoir obtenu l’autorisation…

Infliger, le terme est mal approprié.

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #86

Non, il n’est pas mal approprié, parce que le bracelet antirapprochement représente, d’une certaine façon, une coercition. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, vous l’avez rappelé, certains avocats étaient contre. Du reste, vous ne les avez peut-être pas à nouveau auditionnés pour cette raison.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #87

Si, si !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #88

Mais qu’il me soit permis de vous dire plus sérieusement – cela devrait nous unir, nous ne faisons plus dans le sentimentalisme – que la proposition de loi est inconstitutionnelle : ce n’est pas plus compliqué que cela. Si un juge civil prend une mesure coercitive sans respecter le contradictoire, c’est anticonstitutionnel – je vois Mme Untermaier qui acquiesce. Que vous voulez-vous que j’y fasse ? On ne peut s’affranchir des règles au motif que l’on veut absolument faire aboutir, aujourd’hui, tout de suite, sa PPL qui est mal préparée.Je vais rappeler plusieurs éléments. L’Espagne, personne ne dit le contraire, a été un modèle et nous a inspirés – je dis « nous » car cela remonte à quelques années – s’agissant des BAR et des téléphones grave danger. J’ai expliqué qu’il avait fallu un certain temps pour que la criminalité spécifique des violences intrafamiliales (VIF) baisse en Espagne […]

Aurélien Pradié rapporteur · NI #92

Non, ici, elle est ministre déléguée !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #93

Avant d’être ministre déléguée, elle était magistrate et elle a montré quel était son combat et il est équipollent au vôtre. Pensez-vous franchement…

Aurélien Pradié rapporteur · NI #94

Ce n’est pas le propos !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #95

En tout cas c’est mon propos et souffrez de l’entendre.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #96

Je ne souffre pas mais c’est pénible.

C’est la traduction de l’obstruction ministérielle !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #98

Pensez-vous franchement qu’Isabelle Rome, qui s’est battue toute sa vie pour cette cause particulière, ne voudrait pas de la juridiction spécialisée que vous proposez si elle était convaincue de son efficacité ? On marche sur la tête, monsieur Pradié. Vous n’avez pas le monopole de… d’ailleurs vous n’avez le monopole de rien ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)

La réciproque est vraie !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #100

Pardon de vous le dire mais ça suffit, les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Vous vous placez dans une position de victime en disant : « Ah ! mais je suis le seul à avoir conscience de la situation ! » Vous pouvez nous redonner le chiffre des féminicides, reste que si vous créez une juridiction spécialisée, ça ne changera rien à ce chiffre qui n’est pas bon. Ce qui doit changer, c’est que la justice doit être avertie plus tôt. Quand les féminicides sont commis, malheureusement, il est trop tard. Il faut renforcer le dispositif des bracelets antirapprochement, je l’entends, mais il faut le faire dans le respect de la Constitution car, excusez-moi du peu, nous ne sommes pas au café du commerce. En outre, il faut multiplier les téléphones grave danger plus encore que nous ne l’avons déjà fait.Le procès que vous me faites est tout de même inouï. Vous êtes en effet audacieux : vous […]

Visiblement, à ses yeux, je vaux moins que lui !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #103

Elle ne vous vaudrait pas et donc la sénatrice Vérien non plus ?

Aurélien Pradié rapporteur · NI #104

N’importe quoi !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #105

Je vais vous dire, monsieur Pradié, parce que ça commence à me chauffer les oreilles : la Chancellerie vous a fixé cinq rendez-vous ; or à chaque fois vous étiez en réunion électorale et jamais vous n’êtes venu me voir. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)

Aurélien Pradié rapporteur · NI #106

Vous allez me faire gagner le congrès…

Et moi, je n’ai eu aucun rendez-vous – zéro ! (Sourires.)

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #108

Ce n’est pas vrai !

Si, c’est vrai !

Pour terminer cette discussion, la parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances.

Isabelle Rome ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances #111

Monsieur le rapporteur, je ne pense pas qu’on puisse parler de mépris. Vous êtes un très bon politique, ce que nous savons tous, mais, pour la rédaction de votre proposition de loi, je ne pense pas que vous ayez entendu des victimes, que vous soyez allé dans une juridiction. Je reste sur ma faim en lisant votre texte, quand bien même il serait amendé.Je dirai quelques mots sur le bracelet antirapprochement et sur son instauration en France. À l’époque j’étais à la Chancellerie et je me suis rendue en Espagne pour examiner le fonctionnement du système Cometa. Lorsque je suis rentrée, j’ai dit à la garde des sceaux que notre système juridique n’était pas adapté à la mise en place d’un tel dispositif, qu’il faudrait modifier le texte pour l’imposer dès la phase présentencielle et qu’au civil, ce serait très compliqué parce qu’il faudrait obtenir l’accord du mis en cause. C’est pourquoi, à […]

Aurélien Pradié rapporteur · NI #114

À l’époque, j’étais comme vous, à l’extérieur.

Il y a quinze ans, il n’était pas aux manettes…

Isabelle Rome ministre déléguée #116

C’était en tout cas votre parti qui était aux manettes et les chiffres n’étaient pas extraordinaires : 179 féminicides en 2007, 168 en 2008.

Ce n’est pas un argument !

Isabelle Rome ministre déléguée #118

Eh bien, puisque vous brandissez des chiffres, j’en brandis à mon tour, voilà. Nous n’avons pas de leçons à recevoir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)

Vous n’avez pas à en donner non plus !

Discussion des articles

Naïma Moutchou president · HOR #121

J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement, puisque la commission n’a pas adopté de texte.

Article 1er

La parole est à Mme Cécile Untermaier.

En effet nous n’avons pas de leçons à recevoir mais nous avons tous à apprendre sur une question qui invite à beaucoup d’humilité et de détermination. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)

Exactement !

Très bien !

Nous devons tous nous retrouver malgré nos réserves sur le texte – je ferai part des miennes. L’heure n’est pas à l’invective mais à la réflexion, au débat et, je le répète, à l’humilité. Comme tous ceux qui se sont exprimés pendant la discussion générale, nous sommes face à un fléau qui assombrit l’avenir des familles concernées et les enfants de ces familles. Nous devons prendre cette situation en considération. Il serait injuste d’avancer que rien n’a été fait. Beaucoup a été fait : la gendarmerie, la police se sont mobilisées.

C’est exact !

Leurs services accomplissent un travail très important. Les intervenants sociaux sont des plus utiles. La justice également travaille beaucoup.

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #130

Bien sûr !

Elle a mis en place des filières, des chambres spécialisées qui fonctionnent très bien. (M. le garde des sceaux opine du chef.) J’espère, à l’occasion de la défense d’un amendement, vous expliquer ce dispositif.Le Parlement, de son côté, a fait son travail, comme l’a expliqué le rapporteur Pradié. L’ordonnance de protection est désormais prise de manière satisfaisante, à raison d’un délai de six jours qu’il a été possible de respecter. Comme quoi l’initiative parlementaire et l’esprit d’innovation parlementaire peuvent être utiles et, dans le cadre du débat qui s’ouvre, nous devons privilégier l’écoute et la volonté d’avancer sur un sujet qui nous tient à cœur.

La parole est à Mme Émilie Chandler.

Je suis une jeune députée, je ne connais pas tous les usages et je vous prie de bien vouloir excuser mon ignorance.

Nous sommes beaucoup de jeunes députés !

Tant mieux.Si nous nous en tenons au droit, un cas m’est échu par malchance le 28 décembre 2019, alors que j’étais de permanence au déferrement de l’antenne des mineurs du barreau de Paris. Je n’étais pas encore parlementaire mais avocat pour enfants. Le cas était celui d’un mineur de 17 ans et demi qui commettait un inceste sur son petit frère de 4 ans – en effet, si nous voulons donner dans le pathos, les exemples abondent et nous pouvons tous avoir les larmes aux yeux en pensant qu’autour de nous les choses se passent ainsi et qu’il ne faut donc pas faire n’importe quoi avec le droit. Que fait-on, donc, de ce mineur de 17 ans et demi qui va passer devant le juge des enfants et qui, six mois plus tard, à 18 ans et un ou deux jours, commettra la même horreur sur son autre petit frère ? Nous avons deux victimes et le même auteur – mineur dans le premier cas et majeur dans le second.

Il ne passera pas devant le juge aux affaires familiales !

La juridiction spécialisée proposée, qui vise à fixer un cadre pénal général pour les violences intrafamiliales, ne prend pas en considération le cas que je viens d’exposer.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #140

Il n’y a pas de cadre pénal tout court.

Il y a un vide juridique pour ce type de cas qui, pourtant, concerne un certain nombre de familles – ici un auteur et deux toutes petites victimes.

C’est terrible, ça, comme argumentation…

Si vous voulez que nous évoquions des drames, allons-y mais je préfère trouver des solutions juridiques cohérentes, transpartisanes. (Murmures.) Je souhaite terminer mon propos tranquillement car, au-delà de nos débats, il y a la vie des femmes, des enfants et des tout petits enfants – dont nous ne parlons pas assez. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)

La parole est à M. Jean-Paul Mattei.

Ce débat est intéressant et nécessaire. Je remercie M. Pradié de mettre en lumière ces problèmes même si je ne partage pas ses positions. J’ai exercé les fonctions de maire pendant seize ans et j’ai été confronté à ces questions de violences intrafamiliales auxquelles il a fallu réfléchir. Quelles sont les solutions ? Nous avons vécu un bon moment démocratique dans le cadre d’une niche parlementaire, lorsque nous avons voté l’instauration du bracelet antirapprochement. Mais quand je vous écoute ce soir, j’entends que vous défendez ce qui s’apparente à un texte d’appel.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #146

Mais non !

Il ne sera pas forcément efficace. En même temps, une mission est prévue qui devra remettre un rapport censé traiter la question au fond. Aussi ne serait-il pas urgent d’attendre ce rapport afin de voir si nous pouvons travailler sereinement ? Votre texte est nécessaire parce qu’il nous interpelle. Reste que nous sommes des législateurs et que nous avons envie d’être efficaces – il faut que le texte que nous voterons serve. Car s’il s’agit d’adopter un texte qu’il faudra complètement chambouler à la lumière du rapport que rédigera la mission, cela me gêne, cela me trouble. Je ne suis pas convaincu de la nécessité d’une juridiction spécialisée. Les magistrats ont une vision et une expérience qui leur permettent d’avoir, au-delà d’une spécialisation quelque peu théorique, ce côté humain et de se montrer efficaces dans certains des jugements qu’ils auront à prononcer.Je remercie encore une […]

La parole est à M. Ugo Bernalicis.

La discussion technique que nous avons à l’article 1er est intéressante mais plusieurs amendements entendent répondre à la question de savoir quelle juridiction prendra en considération les mis en cause mineurs. Alors débattons-en au moment d’examiner ces amendements et non au préalable, pour dénoncer le texte.Il en va de même pour les juridictions spécialisées, dont vous savez que nous ne sommes pas de grands fanatiques. Nous avons donc prévu un amendement qui vise à créer, non une juridiction d’exception mais un pôle composé de magistrats s’étant spécialisés dans les violences intrafamiliales, ce qui ne revient pas au même. Nous pouvons tous nous retrouver sur ce point. (Applaudissements quelques les bancs du groupe LFI-NUPES.)Les députés des différents groupes ont échangé des arguments et, j’y insiste, plutôt que de passer notre temps à dire que le texte est mal rédigé ou qu’il faut […]

Naïma Moutchou president · HOR #153

Nous en venons aux amendements.La parole est à Mme Edwige Diaz, pour soutenir l’amendement no 54.

article 1er · amendement 54

Comme nous l’avons précisé dans la discussion générale, les amendements déposés par M. le rapporteur, qui s’inspirent largement des propositions du Rassemblement national, vont dans le bon sens. Néanmoins, le présent amendement pourrait, s’il était adopté, constituer un ajout positif pour la justice. Il vise à ce que chaque tribunal judiciaire – à savoir au plus proche de nos concitoyens – compte un collège de trois juges spécialisés dans les violences intrafamiliales. Ce collège serait chargé de connaître de ce contentieux pénal ainsi que des ordonnances de protection.Ces affaires de violences, celles exercées tant sur les conjoints que sur les enfants, méritent toute l’attention des institutions judiciaires et il est important de pouvoir se reposer sur un ensemble de magistrats spécialisés pour leur traitement. Une victime de violences de la part d’un conjoint ou d’un parent se trouve […]

Quel est l’avis de la commission ?

Aurélien Pradié rapporteur · NI #157

J’ai, sur le sujet, un point d’accord avec vous et vous l’avez d’ailleurs évoqué en commission : la nécessaire proximité des juridictions, qui est le principal objet de votre amendement.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #158

Mais avant de vous donner une réponse plus complète, je note que, contrairement à ce que vous aviez fait en commission, vous n’avez pas déposé d’amendement visant à supprimer l’article 1er en séance. Vous savez que je n’ai pas de sympathie particulière pour votre groupe politique : je trouve que cette démarche va dans le bon sens et je tenais à le dire.Pour le reste, votre amendement me semble poser un problème majeur que mon amendement no 5 pourrait résoudre – il vise à créer dans chaque tribunal judiciaire un tribunal des violences intrafamiliales, afin d’accroître la proximité géographique de la juridiction que ce texte tend à instaurer. En effet, vous proposez trois juges par ressort de tribunal judiciaire affectés aux violences intrafamiliales, ce qui me paraît tout à fait impossible, aussi bien dans une circonscription comme la vôtre que dans la mienne. Il ne saurait y avoir trois […]

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #162

Madame Diaz, comme l’a dit tout à l’heure Mme Untermaier, des filières existent déjà. Nous pouvons utiliser les mots « filières », « spécialisations », « juridictions spécialisées », « pôles » : je l’ai dit tout à l’heure, la dénomination est une immense valise dans laquelle on peut mettre beaucoup de choses. J’ajoute que nous disposons déjà de référents VIF, à raison d’un par parquet, et que nous avons envoyé plus de 105 contractuels exclusivement chargés de ces questions dans toutes les juridictions françaises.Je le répète, je n’ai pas d’opposition de principe à la création d’une juridiction différemment spécialisée, si je puis dire les choses ainsi. Mais, bon sang, il faut tout de même que nous disposions d’une étude d’impact ! On ne peut pas chambouler les juridictions de cette manière, en n’ayant auditionné que huit personnes et sans avoir interrogé ni les conférences ni les […]

Ah !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #169

Oui, et je rappellerai d’ailleurs que certains n’ont pas voté le budget de la justice.

Rappelez-le !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #171

Alors que nous faisons tout pour simplifier et fluidifier les procédures pénale et civile, vous cherchez à nous imposer un dispositif nébuleux de nature à contraindre les magistrats à un chamboulement complet de leurs habitudes quotidiennes : il faut tout de même penser à cela ! Vous affirmez agir au nom de l’efficacité, mais vous prenez des risques tout à fait considérables. Je rappelle que les magistrats suivent tous une formation initiale et continue.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #172

Volontaire !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #173

Comment ferons-nous s’il manque un magistrat à votre formation collégiale de trois personnes ? On ne jugera plus les affaires ?

Aurélien Pradié rapporteur · NI #174

Comment fait-on aujourd’hui ?

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #175

Mais aujourd’hui les affaires sont jugées. J’ai donné…

Aurélien Pradié rapporteur · NI #176

Comment fait-on ?

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #177

Je vous remercie, monsieur Pradié, de m’interrompre à nouveau. Vous ne voulez pas entendre les réponses. Vous faites cavalier seul. Vous voulez avoir raison contre tout le monde, même contre la Constitution – je l’ai rappelé il y a quelques instants.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #178

On a compris !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #179

Pas vous en l’occurrence, puisque vous persistez. (Exclamations sur divers bancs.)

Aurélien Pradié rapporteur · NI #180

Mais si, la répétition m’aide à comprendre !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #181

Veuillez me laisser terminer mon propos. Votre but est évidemment de m’interrompre. Pardonnez-moi de vous le dire, mais la spécialisation que vous souhaitez représente un véritable danger. D’ailleurs, je l’ai dit tout à l’heure, dans certaines hypothèses, votre dispositif contraindrait des victimes à accomplir de longs déplacements, alors que nous faisons justement tout – absolument tout ! – pour que le recueil de la parole de la victime et sa prise en charge aient lieu sur place et dans des délais raccourcis. Pardonnez-moi à nouveau de vous le dire, votre proposition de loi aurait pour effet de désosser tout ce qui a été entrepris dans ce domaine et qui fonctionne.Je l’ai évoqué tout à l’heure, mais vous ne voulez pas l’entendre pour mieux persister sur votre texte : le nombre de réponses pénales est en augmentation et les décisions rendues sont de plus en plus sévères. Si […]

Du respect !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #184

…du bon sens ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)

Aurélien Pradié rapporteur · NI #185

Et l’amendement ?

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #186

J’ai dit que l’avis était défavorable, car il faudrait passer par une loi organique pour adopter une telle mesure. Vous voyez que vous ne m’écoutez pas.

La parole est à Mme la ministre déléguée.

Deux avis ministériels pour le prix d’un !

Isabelle Rome ministre déléguée #189

Je souhaite partager avec vous ce que j’ai entendu à la barre pendant des années. Le même scénario qui s’y déroulait systématiquement, scénario sur lequel je ne mettais d’ailleurs pas de nom. Il était seulement étrange de voir à quel point les affaires de féminicides se passent toutes de la même façon. Que se passait-il ? Une femme rencontrait un homme, leur relation démarrait très vite,…

Le but du jeu, c’est de perdre du temps ?

Isabelle Rome ministre déléguée #191

Leur relation démarrait très vite…

Aurélien Pradié rapporteur · NI #192

C’est une manœuvre. On est en train de jouer !

Isabelle Rome ministre déléguée #193

Non, je n’ai vraiment pas envie de jouer ! C’est trop grave !

Aurélien Pradié rapporteur · NI #194

Gardez votre calme !

On n’interrompt pas Mme la ministre déléguée !

Monsieur le rapporteur, madame la ministre déléguée, s’il vous plaît…

Isabelle Rome ministre déléguée #197

J’ai passé trop de temps à ça dans ma vie et je n’ai pas envie de jouer ! (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)

Elle n’a pas à le prendre à partie !

S’il vous plaît ! Monsieur le rapporteur, madame la ministre déléguée, veuillez ne pas engager de conversation entre vous.

M. le ministre est un meilleur comédien !

Ce n’est pas comme si le Gouvernement ne faisait jamais d’obstruction !

Attention, chers collègues, je vais suspendre la séance. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.)Je rappellerai quelques règles simples. En principe, les orateurs se tournent vers la présidence lorsqu’ils s’expriment. Par ailleurs, je ne veux ni que vous vous interpelliez directement, ni qu’il y ait de monologues, ni que s’installent des conversations entre vous. Je vous demande de revenir au texte et de bien vouloir écouter Mme la ministre déléguée jusqu’au bout. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)

Demandez au Gouvernement d’éviter de jouer la montre !

Isabelle Rome ministre déléguée #205

Le sujet est trop grave pour avoir envie de jouer, monsieur le rapporteur. Ces femmes, je les ai vues et je puis vous dire qu’il se passait toujours la même chose.

Vous parlez dans le vide, madame la ministre déléguée !

Isabelle Rome ministre déléguée #207

Systématiquement, elles tombaient amoureuses d’hommes qui, très vite, les humiliaient, les éloignaient de leur famille et de leurs amis, leur faisaient parfois perdre leur travail. Puis arrivaient la dévalorisation de leur personne, les menaces. Ils les harcelaient avec 200 SMS par jour : « Tu es où ? », « Tu fais quoi ? » leur demandaient-ils en permanence.

Le Gouvernement fait de l’obstruction : cinq minutes plus tard, on n’a toujours rien appris !

Isabelle Rome ministre déléguée #209

Au bout de quelques mois ou de quelques années, à petit feu, survenait leur véritable destruction.

Quel est le lien avec l’amendement ?

Isabelle Rome ministre déléguée #211

La plupart de ces femmes me disaient qu’elles se sentaient comme des serpillières. À cet égard, on a longtemps pensé qu’elles étaient dans l’ambivalence, parce qu’elles retiraient leur plainte quelques jours après être enfin parvenues à en déposer une – nous savons tous que c’est fréquent. On pensait qu’elles ne savaient pas ce qu’elles voulaient. Grâce à l’apport des sciences humaines, nous avons finalement compris que le processus auquel nous assistions s’appelait l’emprise,…

D’où la nécessité de la formation et de la spécialisation !

Monsieur Bernalicis, s’il vous plaît.

Isabelle Rome ministre déléguée #214

…et qu’il fallait savoir la détecter pour comprendre la situation de ces femmes.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #215

Quel est le lien avec l’amendement ?

Isabelle Rome ministre déléguée #216

Si on ne sait pas ce qu’est l’emprise, on passe à côté du danger et on laisse des femmes et des enfants en danger.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #217

Ça n’a aucun rapport avec l’amendement !

Vous allez parler combien de temps ?

Isabelle Rome ministre déléguée #219

C’est pourquoi je persiste à dire qu’il faut des formations très poussées pour les magistrats qui ont à traiter de ces affaires.

Aurélien Pradié rapporteur · NI #220

Aucun rapport avec l’amendement !

Isabelle Rome ministre déléguée #221

De la même manière, j’estime qu’il faut un système dédié au traitement de ce type d’affaires, mais qui ne soit pas un système bancal.

Quel lien avec la collégialité des formations de magistrats ?

Isabelle Rome ministre déléguée #223

Il faut de la cohérence et seul le travail des parlementaires Chandler et Vérien la procurera.

Le garde des sceaux est un meilleur comédien !

Isabelle Rome ministre déléguée #225

Le garde des sceaux l’a dit, on ne fait pas…

C’est de la discussion générale !

On n’interrompt pas Mme la ministre déléguée !

Éric Dupond-Moretti garde des sceaux #228

Dès qu’une femme prend la parole, vous faites ça ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)

Chers collègues, s’il y a des contestations, je vous invite à faire des rappels au règlement.

Pour faire un rappel au règlement, il faudrait déjà qu’elle termine son propos !

Madame la ministre déléguée, je vous remercie de bien vouloir conclure.

Isabelle Rome ministre déléguée #232

On ne fait pas une justice spécialisée d’un claquement de doigts, et les apparentes bonnes idées, comme celle proposée dans cet amendement, peuvent créer des frustrations, de l’instabilité, et même un danger si elles sont mal travaillées.

Allez !

Isabelle Rome ministre déléguée #234

Les fausses bonnes idées ne feront pas diminuer les féminicides et risquent, au contraire, d’éloigner encore davantage les victimes des tribunaux. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)

La parole est à Mme Émilie Chandler.

Cet amendement vise à établir une justice et des magistrats spécialisés dans le contrôle coercitif de personnes soupçonnées d’exercer une emprise sur leur famille et capables de prendre en considération d’autres éléments qui sont, pour l’heure, insuffisamment exploités par les professionnels amenés à prendre des décisions pénales sur des cas très graves.Or une justice et des magistrats spécialisés existent déjà au sein des tribunaux judiciaires. Cela démontre l’intérêt et l’enjeu de la mission sur le traitement judiciaire des violences intrafamiliales, qui s’efforcera d’entendre tout le monde et de retenir les meilleures idées provenant de chaque groupe. Ce n’est pas la majorité qui détient la vérité sur cette question : nous voulons simplement chercher les dispositions les mieux adaptées au traitement judiciaire des violences intrafamiliales. Je le répète, le but de la mission est de […]

Ils ont changé, les députés Renaissance !

La parole est à Mme Isabelle Santiago.

Il est dix heures et demie, et bien que la séance publique soit faite pour que nous nous exprimions, je remarque que les prises de parole prennent ce soir énormément de temps.

C’est le problème : ils jouent la montre !

Soit il y a obstruction parlementaire,…

Madame Santiago, votre intervention n’a pas de rapport avec l’amendement. Est-ce un rappel au règlement ?

Je sais que mes propos n’ont pas trait à l’amendement !