Séance du 5 octobre 2023 /// n°9 /// 376 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 16e législature · session Session ordinaire 2023-2024

Séance du 5 octobre 2023 — 9e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Caroline Fiat.

376prises de parole
39orateurs
11points à l'ordre du jour
7scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
2688 l'article 4 AC du projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique (première lecture). 53 / 36 adopté
2689 l'amendement n° 914 de M. Alfandari après l'article 4 AC du projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique (première lecture). 56 / 33 adopté
2690 l'amendement n° 478 de Mme Amiot et l'amendement identique suivant à l'article 4 B (supprimé) du projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace … 31 / 45 rejeté
2691 l'amendement n° 581 de M. Raux à l'article 4 B (supprimé) du projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique (première lecture). 17 / 43 rejeté
2692 l'amendement n° 433 de M. Taché et les amendements identiques suivants à l'article 4 B (supprimé) du projet de loi visant à sécuriser et réguler l'esp… 17 / 45 rejeté
2693 l'amendement de suppression n° 8 de Mme Parmentier à l'article 4 du projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique (première lecture). 13 / 42 rejeté
2694 l'article 4 du projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique (première lecture). 43 / 18 adopté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 376 — page 1 / 2.

Caroline Fiat president · LFI #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)

Suite de la discussion d’un projet de loi

Caroline Fiat president · LFI #7

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique (nos 1514 rectifié, 1674).

Discussion des articles (suite)

Caroline Fiat president · LFI #9

Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles, s’arrêtant à l’amendement no 1056 à l’article 4 AC.

Article 4 AC (suite)

Je vous informe que je suis saisie de deux demandes de scrutin public : l’une, sur l’amendement no 555, par le groupe Rassemblement national, l’autre, sur l’article 4 AC, par le groupe La France insoumise-Nouvelle Union populaire, écologique et sociale.Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. le rapporteur général de la commission spéciale, pour soutenir l’amendement no 1056, qui fait l’objet des sous-amendements nos 1112 de M. Erwan Balanant et 1113 de M. Philippe Latombe.

Paul Midy rapporteur général de la commission spéciale · EPR #13

Avant la levée de séance pour le dîner, j’ai évoqué à plusieurs reprises cet amendement visant à améliorer la rédaction du premier alinéa de l’article 4 AC.En l’état, cet alinéa est ainsi rédigé : « L’État se fixe l’objectif que 80 % des Français disposent d’une identité numérique au 1er janvier 2027 et près de 100 % d’entre eux au 1er janvier 2030. » L’expression « près de 100 % » peut vraiment être améliorée car elle crée de la confusion. Nous l’avions retenue en partant du constat que 97 % des Français possèdent une carte nationale d’identité (CNI), document qui n’est pas obligatoire.Nous proposons de réécrire ainsi l’alinéa : « L’État se fixe l’objectif qu’au 1er janvier 2027 100 % des Français puissent avoir accès à une identité numérique gratuite et que 80 % d’entre eux en disposent effectivement. » Nous conservons ainsi l’objectif de 80 % en 2027, tout en écrivant que cette […]

Caroline Fiat president · LFI #17

La parole est à M. Erwan Balanant, pour soutenir le sous-amendement no 1112.

article 4 AC

L’idée est d’améliorer votre amélioration, monsieur le rapporteur général. Que l’identité numérique soit facultative, gratuite et facilement accessible à 100 % des Français, c’est très bien. Cependant, je suis plus réservé sur la deuxième partie de la phrase : « […] et que 80 % d’entre eux en disposent effectivement. » Cette formulation suggère une incitation laissant entendre que cette identité numérique serait quand même un peu obligatoire. Voilà pourquoi je propose de retirer ce membre de phrase. Je laisse mon collègue Latombe vous présenter le deuxième étage de la fusée parce que, nous aussi, nous aimons bien les fusées à deux étages.

Caroline Fiat president · LFI #19

Merci pour la transition, monsieur le député. La parole est à M. Philippe Latombe, pour soutenir le sous-amendement no 1113.

article 4 AC

Nous avons effectivement conduit un travail à quatre mains pour améliorer l’écriture de cet amendement. Nous voulons expliquer pourquoi l’objectif est de faire en sorte que 100 % des Français aient une identité numérique. Je propose donc de préciser dans la loi : « Cette identité a pour objectif d’améliorer les relations entre les usagers et les services publics. » Nous expliquons à nos concitoyens qu’elle sert à faciliter leurs relations avec les services publics, et uniquement avec ces derniers – c’est d’ailleurs la position du Gouvernement. Si ces deux sous-amendements étaient adoptés, nous pourrions voter pour l’amendement.

Quel est l’avis de la commission sur les sous-amendements ?

Paul Midy rapporteur général · EPR #22

Merci aux collègues Balanant et Latombe de saluer les améliorations proposées par l’amendement no 1056.Au collègue Balanant, je précise que le taux de 80 % est un objectif ambitieux mais raisonnable car il ne fait que prolonger le trait de l’évolution de l’identité numérique au cours de dernières années en France – 10 % actuellement – et reste très inférieur au taux de détention de la CNI – 97 %.Grâce au magnifique plan France très haut débit, mis en œuvre par le Gouvernement, plus de 80 % des locaux de notre pays sont maintenant accessibles à la fibre. Bravo à tous ceux qui ont travaillé sur ce sujet – ils sont d’ailleurs nombreux parmi nous ce soir. Dans le même état d’esprit, il est utile de se fixer en matière d’identité numérique une ambition raisonnable qui ne doit pas avoir vocation à contraindre – c’est bien pour cela que nous proposons d’améliorer la rédaction de l’article 4 […]

La parole est à M. le ministre délégué chargé du numérique, pour donner l’avis du Gouvernement sur l’amendement et les deux sous-amendements.

Jean-Noël Barrot ministre délégué chargé du numérique · Dem #28

Il était pertinent et utile que le rapporteur général puisse, à travers l’amendement qui a conduit à l’adoption de cet article en commission spéciale, fixer un objectif ambitieux pour le déploiement de l’identité numérique en France. Il faut donc conserver ce principe dans le texte. Pour ma part, je pense que le premier usage de cette identité numérique doit être de faciliter l’accès au droit et l’accès aux services publics. Je donnerai donc un avis favorable à l’amendement.En revanche, je demande le retrait du sous-amendement de M. Latombe qui restreint l’utilisation de l’identité numérique à la seule amélioration des relations entre les usagers et les services publics, ce qui me semble un peu excessif car, comme je l’ai indiqué, elle peut aussi faciliter l’accès au droit, par exemple.Le sous-amendement de M. Balanant préserve l’objectif de rendre accessible une identité numérique à […]

La parole est à M. Aurélien Lopez-Liguori.

Nous sommes franchement opposés à la rédaction actuelle de l’article qui comporte quasiment une obligation de résultat : près de 100 % des Français doivent avoir une identité numérique. Vous allez un peu dans notre sens, monsieur le rapporteur général, en indiquant que l’idée est que « 100 % des Français puissent avoir accès à une identité numérique gratuite et que 80 % d’entre eux en disposent effectivement ». La dernière partie de la phrase suggère tout de même une certaine obligation.Pour notre part, nous avons déposé l’amendement no 555, issu des travaux du groupe d’études relatif à l’économie, à la sécurité et à la souveraineté numériques, pour introduire la notion de consentement à l’attribution d’une identité numérique. Comme notre amendement risque de tomber en cas d’adoption de l’amendement no 1056, nous voterons pour les deux sous-amendements : pour celui de M. Balanant, car […]

Chers collègues, j’ai accepté d’inscrire quatre orateurs dans cette discussion, mais ne me demandez pas s’ils sont pour ou contre car la soirée semble un peu compliquée. (Sourires.) Pour votre information, je signale que l’adoption du sous-amendement no 1112 ferait tomber le sous-amendement no 1113.

Ah non !

Si, ce sera comme ça.La parole est à Mme Marie Guévenoux.

Je voulais remercier le rapporteur général pour cette nouvelle rédaction qui correspond bien aux débats précédents et éclairera les suivants. Il est clairement indiqué qu’il n’y a pas d’obligation en matière d’identité numérique mais seulement une possibilité : « puissent avoir accès à une identité numérique » a remplacé « disposent d’une identité numérique ». C’est une différence de taille.Nous pouvons désormais parler d’incitation. La nouvelle rédaction formule une ambition, celle que tous Français qui le désirent puissent accéder à une identité numérique. « L’État se fixe l’objectif […] que 80 % d’entre eux en disposent effectivement » : un objectif est fixé mais, je le répète, il n’y a pas d’obligation, seulement une incitation.J’en viens aux sous-amendements d’Erwan Balanant et de Philippe Latombe, dont je comprends l’esprit. À mon sens, celui d’Erwan Balanant est satisfait. […]

La parole est à M. Arthur Delaporte.

La rédaction du texte ne sera pas clarifiée si les sous-amendements ne sont pas adoptés, en particulier le sous-amendement no 1112 qui supprime le seuil de 80 %. Il y a d’ailleurs un détail qui me chiffonne dans ces taux qui ne concernent que les Français. Comment certifier l’identité numérique des étrangers résidant en France s’ils ne sont pas pris en compte ?

Paul Midy rapporteur général · EPR #43

Le texte concerne les Français !

Il y a des trous dans la raquette !

C’est un vrai sujet. On va certifier l’identité de ceux qui ont la nationalité, mais ceux qui ne l’auraient pas et pourraient faire l’objet de contrôles – des mineurs étrangers résidant sur le sol français, par exemple – se verraient exclus de l’accès à cette certification. C’est une réflexion que je vous livre en passant, monsieur le rapporteur général, et qui pourrait donner lieu à débats.L’intérêt du sous-amendement no 1112 est de supprimer le taux de 80 % d’accès effectif à l’identité numérique. En effet, avec un tel taux, toute la population serait concernée puisqu’il ne faut pas décompter les personnes trop âgées ou trop jeunes : vous n’allez pas demander à des enfants de moins de 10 ans d’avoir une identité numérique !

Paul Midy rapporteur général · EPR #47

Quelque 97 % des Français ont une CNI !

Actuellement, les réseaux sociaux arrivent à saturation alors que 83 % ou 84 % des Français sont inscrits !Si vous mentionnez le taux de 80 %, cela revient à dire que tous les Français concernés doivent adopter l’identité numérique puisqu’on viserait de fait tous ceux qui sont en mesure de posséder un smartphone. Il faut éventuellement un objectif vague pour l’État qui peut très bien viser tous les Français, mais il ne s’agit pas qu’il soit « effectivement » atteint.

La parole est à M. Philippe Latombe.

Conformément à la demande du rapporteur général et du ministre délégué, je retire mon sous-amendement au profit de celui de M. Balanant, ce qui permettra de faire avancer les débats – d’autant qu’il serait de toute façon tombé si le sous-amendement no 1112 était adopté, ce que je souhaite.

#52

(Le sous-amendement no 1113 est retiré.)

La parole est à M. le rapporteur général.

Paul Midy rapporteur général · EPR #54

J’en remets une couche en appuyant les propos de notre collègue Guévenoux : l’article prévoit simplement que l’État se fixe un objectif. Cela n’a rien de contraignant, mais permet tout de même de fixer une ambition et de donner un horizon à tous ceux qui travailleront sur cette question.Monsieur Delaporte, vous expliquez que, dès lors que seuls 80 % des Français sont sur les réseaux sociaux, fixer un objectif de 80 % de Français disposant d’une identité numérique en 2027 reviendrait à viser l’ensemble de la population potentiellement concernée. Attention toutefois : s’il est vrai que 80 % des Français sont sur les réseaux sociaux actuellement, on peut imaginer que cette proportion sera beaucoup plus élevée en 2027.

Non ! Les enfants de moins de 10 ans n’iront pas sur les réseaux sociaux !

Paul Midy rapporteur général · EPR #57

En tout cas, on parle ici des Français de façon générale, et non de ceux qui sont sur les réseaux sociaux. Le bon élément de comparaison auquel il me semble pertinent de se référer est celui de la CNI plastique – or, 97 % des Français, tous âges confondus, en possèdent une.

#58

(Le sous-amendement no 1112 est adopté.)

· ADOPTION d’un sous-amendement (main levée) ss-adt
#59

(L’amendement no 1056, sous-amendé, est adopté ; en conséquence, l’amendement no 555 tombe.)

· ADOPTION amendement (main levée) adt

Caroline Fiat president · LFI #60

La parole est à Mme Ségolène Amiot, pour soutenir l’amendement no 440.

article 4 AC · amendement 440

Je ne peux que féliciter l’Assemblée d’avoir ainsi amendé un article dont la rédaction initiale était assez terrifiante. Notre ligne n’a toutefois pas changé : imposer à au moins 80 % de la population de se doter d’une identité numérique sur les plateformes de l’État constitue une perspective terriblement effrayante, d’autant que, cet été, les fichiers contenant les données personnelles de l’ensemble des bénéficiaires de Pôle emploi ont été piratés, de même que les fichiers de plusieurs hôpitaux – donc les données de santé des patients, autrement plus sensibles. Avant de vouloir absolument enregistrer les données de tous nos concitoyens, peut-être devrions-nous commencer par sécuriser au maximum nos serveurs et par nous assurer que nous sommes bien en mesure de garantir la sécurité de leurs données.Pour en venir à l’amendement, nous voulons supprimer l’alinéa 2 de l’article 4 AC, dans […]

Quel est l’avis de la commission ?

Paul Midy rapporteur général · EPR #64

Si je comprends bien, vous proposez de supprimer l’alinéa qui prévoit que le Gouvernement remette au Parlement un rapport dans lequel il expliquera comment il compte avancer sur ces questions. Je salue à mon tour l’esprit de coconstruction qui nous a permis d’adopter un amendement sous-amendé afin d’améliorer l’article 4 AC, mais il me semble encore plus intéressant d’accompagner cette disposition d’une demande de rapport afin que le Gouvernement rende compte de l’application de cette disposition.Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Jean-Noël Barrot ministre délégué · Dem #67

Même avis.

La parole est à M. Vincent Thiébaut.

Je tiens à réagir aux propos qui viennent d’être tenus en défense de cet amendement, ainsi qu’à ceux que j’ai pu entendre avant la pause de vingt heures. Je suis assez surpris : votre crainte – pour faire simple – est que l’État flique les citoyens. Or l’action de l’État est contrôlée par les parlementaires (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES), par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), et par toute une série d’autorités chargées de veiller au respect du droit constitutionnel.

Ah !

Dans le même temps, personne ne s’insurge du fait que Google ait été capable, pendant la crise liée à la covid, de publier un rapport expliquant que 85 % des Français étaient allés dans un supermarché ou que tant de Français s’étaient rendus dans une pharmacie à telle ou telle période. Mais d’où pensez-vous qu’ils tenaient ces chiffres ? Il s’agissait de la compilation des données – non anonymes – de tous les Français équipés d’un téléphone. Et personne n’en parle, personne n’est choqué, personne ne se pose la question de la protection de ces données !

Ça n’a rien à voir !

Il s’agit simplement de reconnaître que ce traçage a déjà lieu et qu’il est le fait d’acteurs dont on ne connaît pas toutes les intentions. Je vous invite, chers collègues, à bien écouter ce que dit M. Page, fondateur de Google, de l’objectif qu’il assigne à ces outils informatiques. L’État, quant à lui, est là pour apporter des garanties, et des garde-fous sont prévus, notamment grâce au contrôle de plusieurs organismes. Cessons donc de faire croire que l’État français est autoritaire et tentons d’apporter de la régulation, plutôt que de laisser faire des acteurs qui se trouvent à des milliers de kilomètres, dont nous ne connaissons ni les intentions réelles ni ce qu’ils font de toutes ces données – malgré tout ce que nous savons déjà. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs des groupes RE et Dem.)

La parole est à M. Andy Kerbrat.

Apparemment, le micro fonctionne à nouveau. Je remercie les équipes de l’Assemblée d’avoir réparé ma catastrophe de tout à l’heure ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)Collègue, vous avez posé la bonne question : en effet, l’identité numérique est actuellement entre les mains d’acteurs privés, qui captent les données non anonymes des Français.Il a été décidé – et nous nous en réjouissons, puisque nous avons voté pour le sous-amendement de notre collègue Balanant – de supprimer l’objectif de 80 % initialement prévu dans le texte. Nous restons néanmoins opposés au principe même d’identité numérique.L’objectif de 80 % ayant été supprimé, nous ne voyons plus l’intérêt d’un rapport qui contiendrait des éléments que vous auriez déjà dû nous transmettre – la même remarque vaut d’ailleurs pour le référentiel. Quelle identité numérique comptez-vous proposer aux Français ? […]

C’est ce qu’on fait !

Vous voulez confier ces contrôles à des licornes françaises,…

Mais non !

…qui œuvrent au profit du capital et qui travailleront le plus souvent comme sous-traitants de groupes comme Google – on l’a vu avec la société Dorcel.Mais la question centrale est la suivante : n’est-ce pas plutôt à l’État de construire une véritable identité numérique publique et de revoir intégralement notre rapport au numérique, qui est pour l’heure totalement privatisé ? J’y vois, pour ma part, un champ de socialisation – pardon d’employer ce terme qui est un gros mot pour beaucoup d’entre vous – essentiel, à notre époque, pour protéger nos concitoyens.Voilà pourquoi le rapport prévu à l’alinéa 2 n’a plus d’importance à nos yeux : ce qu’il faut, ce sont des réponses. Car l’identité numérique que vous proposez soulève de nombreuses questions : qu’en sera-t-il des étrangers, des personnes résidant sur le territoire français sans posséder de carte d’identité, ou encore des touristes ?

Veuillez conclure, cher collègue.

Par cette méthode, vous allez supprimer pour certains toutes les possibilités d’accès à de très nombreux services publics. (Applaudissement sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)

La parole est à M. le rapporteur général.

Paul Midy rapporteur général · EPR #88

Pour lever toute ambiguïté, monsieur Kerbrat, il est bien question ici d’une identité numérique régalienne.

Ah !

Paul Midy rapporteur général · EPR #90

Elle existe déjà concrètement, sous la forme de l’application France Identité, actuellement expérimentée par 30 000 Français. Ce chiffre est d’ailleurs appelé à augmenter à compter du 15 octobre, date à laquelle les habitants de trois départements pourront dématérialiser leur permis de conduire ou déposer une procuration dans l’application.Soyons très clairs : l’article 4 AC porte bien sur une identité régalienne, publique et étatique, à savoir France Identité. Je la distingue très nettement des solutions de vérification d’âge évoquées aux articles 1er et 2, qui peuvent effectivement être confiées à des sociétés privées, parfois des start-up, lesquelles rencontrent plus ou moins de succès.

Je retire mon amendement, madame la présidente !

#93

(L’amendement no 440 est retiré.)

Caroline Fiat president · LFI #94

Je mets aux voix l’article 4 AC, tel qu’il a été amendé.

#95

(Il est procédé au scrutin.)

Caroline Fiat president · LFI #96

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 89 Nombre de suffrages exprimés 89 Majorité absolue 45 Pour l’adoption 53 Contre 36

#97

(L’article 4 AC, amendé, est adopté.)

Monsieur le président Maillard, vous souhaitez que je vous donne la parole ?

Pour demander une suspension de séance de dix minutes, madame la présidente.

Elle est de droit.

Suspension et reprise de la séance

Caroline Fiat president · LFI #102

La séance est suspendue.

#103

(La séance, suspendue à vingt et une heures cinquante-cinq, est reprise à vingt-deux heures cinq.)

Caroline Fiat president · LFI #104

La séance est reprise.

Après l’article 4 AC

Caroline Fiat president · LFI #106

Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 871 rectifié, 869 rectifié, 963 rectifié et 870 rectifié, portant article additionnel après l’article 4 AC, qui peuvent être soumis à une discussion commune.Les amendements nos 869 rectifié et 963 rectifié sont identiques. L’amendement no 871 rectifié fait l’objet de deux sous-amendements identiques, nos 1114 et 1118, et l’amendement no 869 rectifié fait l’objet de deux sous-amendements, nos 1115 et 1106. Je vous informe que je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : par le groupe Écologiste-NUPES, sur les amendements nos 871 rectifié, 869 rectifié et 870 rectifié ; par le groupe Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES), sur les sous-amendements no 1114 et identique. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir les amendements nos 871 […]

Paul Midy rapporteur général · EPR #107

Je me permettrai de prendre un peu de temps pour bien présenter la démarche associée à ces trois amendements.

En tant que rapporteur général, vous bénéficiez d’un temps de parole illimité !

Pas tout à fait, madame la présidente !

Paul Midy rapporteur général · EPR #110

J’essaierai d’être un peu synthétique mais je veux expliquer la démarche qui a été la nôtre avec les quelque 180 collègues, issus du groupe Renaissance bien sûr mais aussi des groupes Horizons et apparentés et Démocrate, qui ont cosigné l’un ou l’autre des amendements de cette discussion commune. Je les remercie au passage d’avoir mené ce travail collectif.Tout part d’un problème : le niveau de violence que l’on constate sur les réseaux sociaux, beaucoup plus élevé dans l’espace numérique que dans le monde physique.

On pourrait citer l’exemple de collègues présents dans cet hémicycle !

Paul Midy rapporteur général · EPR #113

Je pense à Manon Lanza qui, il y a quelques jours, a subi une vague de cyberharcèlement et de lynchage, marquée par d’innombrables remarques sexistes de la part de milliers d’internautes, uniquement parce qu’elle a eu un accident dans le cadre d’une course automobile, le GP Explorer 2. Je pourrais également citer la jeune Lindsay qui s’est suicidée il y a un peu plus de trois mois après avoir été victime de cyberharcèlement scolaire. Depuis, sa mère nous a demandé de mettre fin à l’impunité sur les réseaux sociaux.Si 80 % des Français sont présents sur les réseaux sociaux, ce chiffre atteint sans doute 100 % au sein de cette assemblée. Nous pouvons tous faire jour après jour le même constat : c’est racisme, misogynie, sexisme, LGBTphobie, islamophobie, antisémitisme à tous les étages. Un tel niveau de violence tous azimuts pose problème.Quelle en est la cause ? Je ne pense pas que nous […]

Pas tous !

Paul Midy rapporteur général · EPR #117

Depuis dix à quinze ans, ce phénomène a été documenté par les scientifiques. Je vous renvoie aux travaux de John Suler, pour l’étranger et, pour la France, à ceux d’Arnaud Mercier et de François Jost. Il apparaît que la cause numéro un est le sentiment d’anonymat sur les réseaux sociaux. Celui-ci génère en effet un sentiment d’impunité qui explique que, pour beaucoup d’entre nous, il n’existe plus aucune limite.

Ce n’est pas ça, la cause !

Paul Midy rapporteur général · EPR #119

Les experts appellent cela l’anonymat dissociatif mais, puisque je souhaite être synthétique, je ne développerai pas ce point. Tout le monde comprend, sans avoir recours aux travaux des chercheurs, que l’on croit jouir d’une forme d’impunité lorsqu’on se sent totalement anonyme. Cela a en tout cas été documenté par les scientifiques à travers le monde depuis pas mal d’argent… pardon, depuis pas mal de temps. (Sourires.) Après tout, il n’est pas faux de dire que ces recherches ont sans doute coûté pas mal d’argent !

La recherche ne coûte pas d’argent ! Elle ne fait que nous enrichir !

Paul Midy rapporteur général · EPR #121

Avec tous les collègues cosignataires, nous proposons de ne pas réinventer le fil à couper le beurre mais d’appliquer tout simplement à l’espace numérique les principes qui ont fait leurs preuves dans le monde physique.Je pense en particulier à un principe très clair : oui au pseudonymat, non à l’anonymat.Prenons trois exemples dans le monde physique. Premier exemple : lorsque je marche dans la rue, je ne suis pas obligé d’indiquer mon nom sur ma veste. Heureusement, j’ai le droit au pseudonymat. En revanche, si je suis arrêté par la police, je dois décliner mon identité. Je peux même être embarqué au poste pendant quatre heures pour des vérifications d’identité.Évidemment, je parle des cas où la police estime que je commets un acte illégal. Je ne suis pas anonyme face à l’autorité si je suis suspecté de commettre ce type d’action.

Vous n’êtes pas Gérald Darmanin !

Paul Midy rapporteur général · EPR #126

Deuxième exemple : lorsque je conduis ma voiture sur la voie publique, je ne suis pas obligé d’indiquer mon nom sur ma voiture. Heureusement, j’ai le droit au pseudonymat. En revanche, je ne peux pas conduire sur la voie publique une voiture qui ne dispose pas d’une plaque d’immatriculation.L’utilité de cette plaque n’est pas de permettre à l’État de savoir si vous vous rendez le soir chez votre maîtresse ou si vous allez passer votre week-end à Bordeaux. En revanche, si vous dépassez la limite de vitesse autorisée, si vous commettez une action illégale ou, pire, si vous créez un accident et tuez des gens, elle est un moyen de s’assurer que vous n’êtes pas anonyme face à l’autorité.J’en arrive à mon troisième exemple.

On espère qu’il n’y en a pas trop !

Paul Midy rapporteur général · EPR #130

C’est le dernier, ne vous inquiétez pas !Lorsque j’ouvre une ligne téléphonique, mon numéro de téléphone ne s’accompagne pas de mon nom. J’ai droit au pseudonymat. Je peux donner mon numéro de téléphone à une personne en me faisant passer pour quelqu’un d’autre. En revanche, pour ouvrir ma ligne téléphonique, je dois donner ma pièce d’identité aux opérateurs de télécommunications.

Non, pas pour une ligne téléphonique !

Ce n’est pas obligatoire pour tous les opérateurs !

Paul Midy rapporteur général · EPR #134

Là encore, je ne suis pas anonyme face à l’autorité si j’utilise ma ligne téléphonique pour commettre des actes illégaux.Nous proposons donc tout simplement d’appliquer le même principe dans l’espace numérique, en particulier sur les réseaux sociaux. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, Dem et Écolo-NUPES.)

Ne dites pas « tout simplement » !

Chers collègues, je donnerai la parole à un orateur de chaque groupe qui souhaite expliquer son vote. Pour le moment, laissons le rapporteur général s’exprimer dans le calme.

Paul Midy rapporteur général · EPR #138

Merci, madame la présidente. Concrètement, cela signifie que je dois bien sûr avoir droit au pseudonymat. Je peux créer autant de comptes que je veux sur les réseaux sociaux avec un pseudonyme, par exemple Paulo91 accompagné d’une photo de mon chat. Cela ne pose aucun problème. Je dois pouvoir m’exprimer librement sous pseudonymat.En revanche, si je commets un acte illégal ou répréhensible à partir de mon compte, je ne peux pas être anonyme face à l’autorité. Si, par exemple, j’utilise mon compte pour harceler une jeune fille qui se suicidera quinze jours plus tard, je ne peux pas m’en sortir en invoquant mon anonymat. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et Dem.)

Vous n’êtes pas anonyme !

Paul Midy rapporteur général · EPR #141

Nous voulons associer le compte Facebook à une identité numérique mais je ne souhaite évidemment pas que Facebook dispose de la carte d’identité de tous les Français.Le fonctionnement est simple : on procédera à une certification grâce à une connexion entre Facebook – pour reprendre cet exemple – et l’appli France Identité, sur laquelle figurera l’identité numérique de chacun. L’application ne transmet alors que deux informations : un, il y a bien une personne physique derrière ce compte ; deux, voici le code indéchiffrable par Facebook que ce réseau social va associer au compte de l’utilisateur. Le réseau social n’a donc aucun moyen de connaître l’identité de ce dernier, mais si ce compte est utilisé pour faire des choses extrêmement répréhensibles, il faut que, sous réquisition d’un juge, on puisse demander l’identité du détenteur de ce code indéchiffrable pour Facebook mais […]

Pourquoi pas l’Arcom ?

Paul Midy rapporteur général · EPR #144

Voilà le principe.Nous proposons donc une fusée : ce n’est pas la première dont vous entendez parler, mais celle-là a trois étages.

Ce n’est pas une fusée, c’est une bombe !

Une usine à gaz !

C’est vrai que c’est lunaire !

Paul Midy rapporteur général · EPR #149

Premier étage : celui du développement des identités numériques, étape indispensable pour mettre le système en place. Deuxième étage : obliger, à partir de 2025, les plateformes des réseaux sociaux à proposer la fonctionnalité de compte certifié – pour les personnes physiques comme les personnes morales. Troisième étage : à partir de 2027, tous les comptes sur les réseaux sociaux sont certifiés, à quelques exceptions près – je pense aux comptes dont la faible portée ne permet pas de procéder à un harcèlement de masse.On a voté le premier étage, c’est une très bonne chose, et en plus on l’a fait en partenariat. Mais soyons clairs : notre objectif demeure évidemment de faire avancer le débat.Nos concitoyens ont une très forte attente à cet égard : je pense à la mère de Lindsay, ou encore à Catherine Deneuve qui, la semaine dernière, proposait de faire une loi sur l’anonymat. […]

Si Hanouna est d’accord !

Paul Midy rapporteur général · EPR #153

Tout cela montre qu’il y a une demande très forte de notre société et, maintenant, nous voulons faire avancer le schmilblick – même si nous avons déjà beaucoup fait pour que le débat se tienne.

Si c’est chez Hanouna qu’on vote !

Paul Midy rapporteur général · EPR #155

Je vais être très transparent : la longue suspension de séance qui a eu lieu tout à l’heure nous a permis de nous réunir pour approfondir notre réflexion. Dans quel sens ?

Ne dites pas tout ! (Sourires.)

Paul Midy rapporteur général · EPR #157

Nous avons constaté que si on votait ce soir sur ces amendements, ils seraient adoptés. Les députés favorables à ces dispositions étaient tout simplement les plus nombreux.

Ah, non !

Paul Midy rapporteur général · EPR #159

Et puis, dans les discussions avec tel et tel groupe, j’ai entendu que si ces amendements passaient, cela pourrait remettre en cause le vote final sur l’ensemble du texte, ce qui n’est certainement l’intention de personne dans cette assemblée.

C’est un peu long !

Paul Midy rapporteur général · EPR #161

Cher collègue Kerbrat, je vous demande encore une minute.J’espère que c’est l’intention du plus grand nombre de collègues de voter ce texte in fine, car il comporte des avancées absolument majeures pour sécuriser l’espace numérique au service des Français.Par conséquent, madame la présidente, en cohérence avec le raisonnement que je viens d’exposer, je retire les amendements nos 871 rectifié, 869 rectifié et 870 rectifié. Je retire également les amendements nos 875 rectifié et 874 rectifié qui suivent et que vous n’avez pas encore appelés. (De nombreux députés du groupe RE se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe HOR.)

#164

(Les amendements nos 871 rectifié, 869 rectifié et 870 rectifié sont retirés ; en conséquence, les sous-amendements nos 1114 et 1118 tombent.)

Tout ça pour ça !

Caroline Fiat president · LFI #166

Madame Guévenoux, qu’en est-il de votre amendement no 963 rectifié ?

article Après_ 4AC · amendement 963 rectifié

Je le retire, madame la présidente.

#168

(L’amendement no 963 rectifié est retiré ; en conséquence, les sous-amendements nos 1115 et 1106 tombent.)

Caroline Fiat president · LFI #169

Madame Guévenoux, retirez-vous également l’amendement no 964 rectifié qui devait être en discussion commune avec les amendements no 875 rectifié et 874 rectifié, dont M. le rapporteur général a annoncé le retrait avant que je les appelle ?

article Après_ 4AC · amendement 964 rectifié

Je le retire aussi.

#171

(L’amendement no 964 rectifié est retiré.)

La parole est à M. le ministre délégué.

Jean-Noël Barrot ministre délégué · Dem #173

Je tiens à saluer le sens des responsabilités du rapporteur général et du président Maillard ainsi que celui des députés signataires de ces amendements en leur disant que grâce à leur travail, ils ont permis de faire émerger un débat qui nous aura valu l’adoption en commission de l’objectif ambitieux que le Parlement a désormais fixé au Gouvernement pour le déploiement de l’identité numérique, ce qui est un grand progrès et un des acquis précieux de ce texte si, comme nous l’espérons tous, il était définitivement adopté à l’issue de son parcours législatif.Je ne doute pas que le travail se poursuivra au niveau national, mais aussi au niveau européen puisque, comme vous le savez, le Gouvernement avait opposé à ces amendements un risque sérieux d’inconventionnalité, ce qui ne signifie pas qu’il ne puisse pas y avoir à l’avenir au niveau européen, à l’instigation de la France, elle-même […]

Sur l’amendement no 914, je suis saisie par le groupe Horizons et apparentés d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Laurence Heydel Grillere, pour soutenir les amendements nos 550 et 551, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

Je défends les amendements préparés par mon collègue Benoit Mournet. Le premier concerne les plateformes de petites annonces en ligne. Rappelons qu’il y a 200 000 victimes d’usurpation d’identité chaque année. Il est proposé ici que les plateformes identifient leurs utilisateurs de manière qu’on puisse les retrouver si nécessaire, grâce au système KYC – Know Your Customer c’est-à-dire, en français, la connaissance client. La certification de compte serait réalisée par un tiers de confiance dont les données seraient stockées en France.Le second d’amendement est un amendement de repli dont l’objectif est d’identifier et de mettre en avant l’ensemble des plateformes qui réaliseraient ce type de pratique en leur délivrant le label « plateforme responsable ».

Quel est l’avis de la commission sur les deux amendements ?

Paul Midy rapporteur général · EPR #180

À titre personnel, je trouve que c’est une excellente idée… Mais je vous propose, madame la députée, de prendre exemple sur ce que nous venons de faire. Demande de retrait, sinon défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Jean-Noël Barrot ministre délégué · Dem #182

Même avis.

#183

(Les amendements nos 550 et 551 sont retirés.)

Caroline Fiat president · LFI #184

La parole est à M. Henri Alfandari, pour soutenir l’amendement no 914.

article Après_ 4AC · amendement 914

Il vise à procéder à une expérimentation basée sur France Identité numérique – laquelle a développé une nouvelle forme d’identité régalienne – et qui permettrait aux usagers d’accéder à l’ensemble des données de service public. Il ne s’agit pas ici de rouvrir le débat sur l’anonymat et le pseudonymat, mais bien de rendre un service public à nos concitoyens.Le périmètre de l’expérimentation est inspiré du rapport d’information rédigé à l’issue des travaux de la mission sur l’identité numérique qu’a présidée Mme Marietta Karamanli. Ne sont visés que les départements volontaires et, en leur sein, que des citoyens volontaires.L’idée est bien d’avoir, d’un côté, une prérogative d’État, en l’occurrence tout ce qui est lié à l’identité civile sous la forme de l’identité numérique régalienne, et, de l’autre, un portail géré par l’État, qui permette d’accéder à toutes les données de service […]

Quel est l’avis de la commission ?

Paul Midy rapporteur général · EPR #189

Je remercie le collègue Alfandari de proposer d’avancer grâce à une expérimentation. Je pense que les expérimentations en ce domaine sont extrêmement utiles et la France doit s’y projeter dans les prochains mois et dans les prochaines années. L’avis est donc favorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Jean-Noël Barrot ministre délégué · Dem #191

Sagesse.

La parole est à M. Aurélien Lopez-Liguori.

Je voudrais qu’on s’arrête tout de même deux minutes sur ce qu’il vient de se passer. En effet, parmi les amendements que M. le rapporteur général a retirés, il y en avait un qui visait à supprimer l’anonymat en ligne, il était dénommé « immatriculation »… comme si les Français étaient des bagnoles. C’était un coup de poignard de la majorité présidentielle dans le dos du Gouvernement, plus de 200 députés qui en sont issus étaient prêts à apporter leur soutien à cette proposition.

Monsieur le député, je vous interromps et je vous propose de ne pas revenir sur les amendements retirés car, sinon, nombre de collègues vont avoir à leur tour envie de faire de même.

Exact !

Et je sens que ce serait une très mauvaise idée. (M. Luc Lamirault, président de la commission spéciale, et M. le rapporteur général applaudissent.)

C’est très bien présidé, ce soir !

Je vous invite donc à en venir à l’amendement. Sinon, un autre collègue souhaite-t-il intervenir sur cet amendement ?La parole est à M. Andy Kerbrat.

Nous nous opposons à l’amendement no 914 parce qu’il existe d’autres méthodes – que nous, nous aurions pu proposer –, comme celle de l’identité numérique. C’est un sujet d’autant plus intéressant que celle-ci aurait pu être construite avec tous les députés ici présents, non pas au moyen d’une fusée à trois étages qui, les trois quarts du temps, explose en plein vol pour finir en miettes. On aurait pu proposer à la représentation nationale une méthode transparente…

Parlez de l’amendement !

Mais j’ai le droit d’être contre l’amendement, madame Yadan. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RE.) Et nous aurions pu travailler à d’autres solutions pour obtenir (Exclamations sur les bancs du groupe RN)…

Je vous rappelle, monsieur Kerbrat, que cet amendement propose d’étendre à terme l’identité numérique régalienne à tous les Français par le déploiement de la carte nationale d’identité électronique.

Mais n’est-ce pas ce dont je parle ? On aurait pu…

…proposer une identité numérique transpartisane, construite dans un but de service public, qui n’aurait pas explosé en plein vol. Il y a donc tout de même une question que je me dois de poser à M. le rapporteur général et à M. le ministre délégué : est-ce que vous ne vous seriez pas fait tirer les bretelles au niveau européen pour non-conventionnalité de l’ensemble du projet de loi ?

Je vous remercie, monsieur Kerbrat.

Je pose cette question parce qu’une lettre de Thierry Breton a été rendue publique aujourd’hui… (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RE et RN. – Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)C’est important, madame la présidente !

Tout est important, cher collègue.

On est dans le métavers, ce soir !

La parole est à Mme Agnès Carel, pour s’exprimer sur l’amendement.

Si cet amendement vous convient, mes chers collègues, la manière la plus simple de le montrer, c’est de voter pour.

Caroline Fiat president · LFI #213

Je mets aux voix l’amendement no 914.

#214

(Il est procédé au scrutin.)

Caroline Fiat president · LFI #215

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 89 Nombre de suffrages exprimés 89 Majorité absolue 45 Pour l’adoption 56 Contre 33

#216

(L’amendement no 914 est adopté.) (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – M. le rapporteur général applaudit également.)

Article 4 A

Je suis saisie de plusieurs demandes d’intervention sur l’article.La parole est à Mme Cyrielle Chatelain.

Je tiens à remercier le rapporteur général pour avoir retiré ses amendements ; cela va nous permettre de poursuivre nos travaux dans l’esprit constructif de collaboration avec le ministre délégué qui caractérise l’examen de ce texte depuis son commencement. La preuve, c’est que nous voterons l’article 4A. Il n’empêche qu’un débat a été ouvert, avec des arguments qui, je le pense, appellent une réponse.Les amendements retirés étaient déposés au nom des femmes et des jeunes qui sont harcelés sur les réseaux sociaux. Soit ! En tant que présidente d’un groupe dont de nombreuses députées se font harceler quotidiennement sur les réseaux sociaux, où elles reçoivent des menaces, y compris des menaces de viol, je vous le dis : votre solution était totalement inadaptée. Vous confondez les causes et les conséquences. Monsieur le rapporteur général, vous entendre vous prévaloir, pour défendre votre […]

Il est lucide !

Cette qualification n’est pas fausse !

Avec ces amendements, comment pouvions-nous être certains qu’un jour ou l’autre, vous n’auriez pas voulu consulter les posts des militants écologistes après avoir décidé que leurs actions visant à défendre la nature et nos vies le méritaient ?

Paul Midy rapporteur général · EPR #226

De quoi parle-t-elle ?

Luc Lamirault président de la commission spéciale · HOR #227

Tout cela est sans rapport avec l’article 4 A !

Vous avez eu raison de retirer ces amendements, et vous le savez, car nous nous serions empressés de voter contre eux, d’autant qu’ils ne permettaient en rien de déconstruire l’ensemble des paroles racistes, sexistes et homophobes. Au contraire, ils auraient constitué un danger pour l’ensemble des militants des droits humains et des militants écologistes. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.)

La parole est à M. Andy Kerbrat.

C’est quand même dommage : en empêchant la représentation nationale de s’exprimer réellement sur l’identité numérique, telle qu’elle est proposée par M. Midy, nous perdons toute possibilité de discuter réellement de la lutte contre les discriminations et le harcèlement en ligne. À titre individuel, je ne suis pas totalement en désaccord avec les propos que j’ai entendus tout à l’heure selon lesquels l’identité numérique est nécessaire pour lutter contre la haine en ligne. Je sais que les victimes des familles défendent cette position. Mais pour ces dernières, certaines choses comptent davantage.Ce qui leur importe surtout c’est que lorsque Nicolas s’est suicidé, il n’y a eu absolument aucune réaction de la part de son établissement scolaire. Ils veulent que le service public, la prévention, les moyens humains d’accompagnement psychologique et affectif (Mme Cyrielle Chatelain applaudit) […]

Et l’article 4 A, vous en parlez quand ?

Qu’allez-vous préparer avec le prochain budget, si ce n’est une perte des moyens de l’État ? Et en plus vous le ferez passer à coups de 49.3 !On l’a dit tout à l’heure à propos du référentiel et de tous les champs de restrictions : la prévention en ligne sera nécessairement affectée, simplement parce qu’on pourra considérer comme pornographique tel ou tel contenu. On a aussi discuté des possibilités de censure ; l’intervention de ma collègue Chatelain était très pertinente à ce sujet.Pour l’instant, vous nous assurez que tout ira bien. Mais je vous expliquais tout à l’heure qu’en Finlande, ils envisagent de faire le tri sur internet entre les Finlandais et les migrants. (Exclamations sur divers bancs.)

Vous l’avez déjà dit !

J’ai le droit de me répéter ! (« Et il a raison ! » sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)Je suis d’accord avec ma collègue Chatelain : essayons de revenir à la raison et travaillons, grâce au service public du numérique, à l’élaboration de véritables plans de lutte contre la pédopornographie…

Il faut conclure, monsieur le député !

…le harcèlement en ligne, l’homophobie, les féminicides, le racisme, l’antisémitisme et… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES applaudissent ce dernier. – « Bravo ! » sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)

Nous en venons aux amendements à l’article.La parole est à Mme Louise Morel, rapporteure de la commission spéciale pour les titres Ier et II, afin de soutenir l’amendement no 876.

Louise Morel rapporteure de la commission spéciale · Dem #243

C’est un plaisir de vous retrouver, chers collègues ! Mais avez-vous seulement compris que nous avons changé de sujet ? À entendre les interventions sur l’article, je me le demande…Dans le prolongement de nos débats en commission, cet amendement vise à mettre à la charge des producteurs – et non plus des plateformes, comme c’était le cas jusqu’à présent – l’obligation de faire apparaître un message d’avertissement sur les contenus visés, afin de mieux garantir la conformité de l’article 4 A au Digital Services Act (DSA) – j’espère que ce point-là pourra nous rassembler.Je sais que certains députés souhaitaient faire peser cette obligation sur les plateformes. Mais je crois qu’il est important de modifier le texte pour garantir une meilleure conventionnalité du dispositif.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Jean-Noël Barrot ministre délégué · Dem #247

L’article 4 A a été introduit dans le projet de loi par les sénateurs et les sénatrices alors que le Gouvernement n’y était initialement pas très favorable, notamment pour des raisons de conventionnalité. La France se trouve-t-elle en mesure d’imposer à des acteurs qui ne sont pas établis sur son territoire des règles telles que celles prévues au présent article ? De plus, soumettre les plateformes à l’obligation de surveiller l’ensemble des contenus pour pouvoir les labéliser ou les surtitrer constitue un motif d’inconventionnalité peut-être plus important encore.Cet amendement de la rapporteure vient résoudre une bonne partie du problème d’inconventionnalité en confiant aux producteurs de ces vidéos le soin de les labéliser et d’y apposer un surtitre ou un message. Voilà qui sécurise grandement l’article 4 A : sans cette modification, il serait très probablement contesté au titre de […]

#250

(L’amendement no 876 est adopté.)

· ADOPTION amendement (main levée) adt
Caroline Fiat president · LFI #251

La parole est à Mme Sophia Chikirou, pour soutenir l’amendement no 441.

article 4 A · amendement 441

Il vise à ce que le message d’avertissement apparaisse non pas seulement au début de la vidéo, mais aussi au moment des scènes simulant la commission de crimes ou d’agressions sexuelles. L’idée est la suivante : lorsque des mineurs sont représentés dans des scènes violentes d’agression sexuelle ou de violence physique, il conviendrait d’annoncer que les actes simulés sont interdits dans la réalité et pénalement réprimés ; il ne faudrait surtout pas donner l’impression qu’on pourrait les reproduire.On parlait de la protection des jeunes ou des plus influençables. Il est vrai que banaliser ce type de scènes pourrait conduire ces personnes un peu sensibles ou fragiles à imaginer que les faits représentés sont anodins, banals, qu’ils pourraient faire partie du quotidien. Le risque est de voir des comportements violents – embrasser de force ou contraindre quelqu’un à un rapport sexuel, entre […]

Quel est l’avis de la commission ?

Louise Morel rapporteure · Dem #257

Nous partageons exactement le même objectif. Cela vous a peut-être échappé, mais votre demande est satisfaite par un amendement adopté lors des travaux de la commission spéciale. Il est ainsi précisé, à l’alinéa 3 de l’article 4 A, que les contenus concernés devront « comporter un message, visible pendant toute la durée de visionnage, qui mentionne explicitement le caractère illégal des comportements représentés et les sanctions pénales associées ».Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Jean-Noël Barrot ministre délégué · Dem #260

Même avis !

Je retire mon amendement, madame la présidente !

#262

(L’amendement no 441 est retiré.)

Caroline Fiat president · LFI #263

La parole est à M. Laurent Esquenet-Goxes, pour soutenir l’amendement no 180.

article 4 A · amendement 180

Cet amendement est inspiré des propositions du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), qui a remis la semaine dernière un rapport édifiant sur l’industrie de la pornographie. Il a pour objet d’interdire la publication par les sites pornographiques de vidéos qui représentent des agressions sexuelles sur mineurs. Il est d’ailleurs plutôt aisé de reconnaître ces vidéos grâce à la désignation de l’actrice comme « lycéenne » ou « petite sœur », ou à un lieu comme une salle de lycée, ce qui explicite forcément la situation.Ce texte du Gouvernement, enrichi des propositions de mes collègues rapporteurs, nous permet de faire un bond de géant absolument nécessaire vers une industrie pornographique mieux régulée. Il prévoit actuellement l’apposition d’un message d’information sur les vidéos représentant des agressions sexuelles sur mineurs, prouvant par ailleurs qu’il est […]

Quel est l’avis de la commission ?

Louise Morel rapporteure · Dem #269

Votre amendement manifeste votre volonté sincère de protéger nos concitoyens contre l’accès à certains contenus, en particulier pédocriminels. Nous avons déjà pu évoquer ce sujet précédemment dans le cadre de nos débats. Votre proposition revient en réalité à réguler les contenus pornographiques en interdisant de produire ceux qui, par exemple, mettent en scène des viols sur des mineurs. Je comprends tout à fait votre position, mais ce sujet sort du champ du texte. Je pense qu’il nous faudrait ouvrir une réflexion plus large sur la place que la pornographie occupe dans notre société.Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Jean-Noël Barrot ministre délégué · Dem #272

Même avis.

La parole est à M. Laurent Esquenet-Goxes.

Cet amendement d’appel incitait en effet à se poser la question de la place de la pornographie et de la pédopornographie dans la société. Je le retire, madame la présidente.

#275

(L’amendement no 180 est retiré.)

Caroline Fiat president · LFI #276

La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 450.

article 4 A · amendement 450

Dans la même lignée que les propositions de la rapporteure et de notre collègue Chikirou, nous suggérons d’afficher un message permanent signalant que les actes mis en scène sont répréhensibles au titre du code pénal.Vous commencez à ouvrir un vrai débat, celui qui porte sur la place de la pornographie dans la société. Pour ma part, je serais plutôt tenté de parler de la place des rapports entre dominants et dominés dans notre société, et d’un climat d’agression permanente provenant d’une structure patriarcale qui remonte à plus de deux mille ans d’histoire dans notre pays. C’est ainsi que s’est enracinée l’idée que les femmes seraient dominées par les hommes ; c’est ainsi qu’on a pu inventer un terme aussi dégueulasse que celui de « beurette » pour désigner les petites Arabes des quartiers et en faire un objet de fantasmes sexuels – dans le monde LGBT, il y a, pour désigner les hommes […]