Séance du 30 octobre 2025 — 21e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Sébastien Chenu.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Sébastien Chenu.
| N° | Scrutin | Voix | Résultat |
|---|---|---|---|
| 3260 | la proposition de résolution visant à dénoncer les accords franco-algériens du 27 décembre 1968 (article 34-1 de la Constitution). | 185 / 184 | adopté |
Tours 1 à 200 sur 532 — page 1 / 3.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à neuf heures.)
L’ordre du jour appelle la discussion, en application de l’article 34-1 de la Constitution, de la proposition de résolution de M. Guillaume Bigot, de Mme Marine Le Pen et des autres membres du groupe Rassemblement national visant à dénoncer les accords franco-algériens du 27 décembre 1968 (no 1778).
La parole est à M. Guillaume Bigot.
Imaginez un contrat : un contrat qui vous lie à un partenaire qui ne respecte aucun de ses engagements ; un contrat où vous devez tout, et votre partenaire ne doit rien ; mais un contrat que vous continuez pourtant à respecter scrupuleusement, dans l’esprit comme dans la lettre. Ce contrat existe, c’est l’accord franco-algérien du 27 octobre 1968.L’excellent rapport d’information que notre collègue Charles Rodwell a consacré à cet accord évoque un « véritable statut » de l’Algérien en France, extrêmement dérogatoire au droit commun. C’est d’abord vrai en matière de prestations sociales. Un étranger, selon le droit commun, doit résider cinq ans en France pour toucher le RSA, les allocations familiales ou la prime d’activité ; pour un Algérien, cette exigence disparaît. Un étranger doit résider dix ans en France avant de bénéficier du minimum vieillesse ; un Algérien y a droit au bout […]
Mais bien sûr !
Les ressortissantes algériennes sont inactives à plus de 50 %.Avec le contrat de 1968, nous avons non seulement créé une filière d’immigration à part entière, mais aussi engendré des trappes à pauvreté intergénérationnelle – le taux d’emploi des descendants d’immigrés algériens est encore plus bas que celui de leurs parents. C’est une véritable pompe aspirante pour l’immigration, et une pompe expirante pour nos finances publiques.En outre, ce régime dérogatoire, maintenu par les accords de 1968, produit des effets encore plus choquants. Par cet accord, la France accepte la kafala, une norme du droit islamique qui facilite le regroupement familial en plaçant des enfants algériens sous l’autorité de grands-parents ou d’oncles et de tantes, qui peuvent les faire venir.Comment pouvons-nous d’un côté interdire les signes religieux à l’école et de l’autre appliquer la kafala dans notre droit […]
Ça n’a rien à voir !
Cela a tout à voir ! Soit vous êtes sincèrement laïques et vous votez pour abroger ce texte qui ne l’est pas, soit vous refusez de l’abroger, et dans ce cas, ne venez plus jamais nous parler de laïcité. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Racisme !
Sur le plan sécuritaire, le déséquilibre induit par l’accord de 1968 est tout aussi manifeste. En dix ans, le nombre d’Algériens dans nos prisons est passé de moins de 2 000 à plus de 4 000, soit une hausse de 177 % ; autant de criminels et de délinquants qui devraient, une fois leur peine purgée, être renvoyés dans leur pays – c’est logique.Mais il n’en est rien. Pourquoi ? Parce qu’Alger refuse de délivrer les laissez-passer consulaires et de reprendre ses propres ressortissants. Le terroriste de l’attentat de Mulhouse : il a été visé par quatorze procédures d’expulsion, mais il y a eu quatorze refus de l’Algérie. Un Algérien condamné pour violences conjugales : il est protégé par l’accord, donc inexpulsable. La meurtrière de la petite Lola : elle est, elle aussi, placée, sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), obligation non exécutée.Alors, que faire ? Continuer à […]
Non !
…et nous devons le faire non par hostilité envers le peuple algérien,…
Ah bon ?
À peine…
…qui souffre lui aussi du régime d’Alger, mais au contraire parce que les Algériens ne doivent plus être des étrangers à part ; ils doivent devenir des étrangers à part entière. Il ne doit y avoir en France qu’une seule catégorie d’étrangers hors Union européenne, égaux en droits et en devoirs.L’Algérie française, c’est fini ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN et sur quelques bancs du groupe UDR.)
C’était vous !
Soixante-trois ans après l’indépendance, il est temps d’en accepter les conséquences, en traitant notre ancienne colonie comme tous les autres pays – ni mieux, ni moins bien, sans dérogation. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
C’était vous, l’Algérie française !
Cette dénonciation n’est pas une fin en soi ; cela envoie le signal que notre pays cesse de courber l’échine, rompt avec une mauvaise conscience malsaine et veut normaliser ses relations avec l’Algérie.À cet égard, assumer le bras de fer est indispensable pour rétablir l’équilibre : plus aucun visa tant que nos ressortissants Boualem Sansal et Christophe Gleizes ne seront pas libérés, ou plutôt un visa par OQTF exécutée – donnant-donnant, entre égaux. (M. Boris Vallaud s’exclame.)Je vous entends déjà dire populisme, démagogie, effet de tribune. Vous avez tort.
Racistes ! (Protestations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
C’est vous ! C’est vous qui adaptez votre propagande selon l’origine de nos concitoyens !La France doit se respecter, en se faisant respecter, et en faisant respecter le droit international.Pour finir, je m’adresse à ceux de mes collègues qui, tout en étant secrètement d’accord avec nous, hésitent à voter avec nous.
Nous ne sommes pas d’accord avec vous !
Collègues Républicains, voterez-vous pour cette résolution, en cohérence avec les positions du président Bruno Retailleau, qui a rappelé l’impérieuse nécessité de dénoncer l’accord il y a deux semaines encore ?
Oui !
Il n’est plus là !
Collègues Démocrates, suivrez-vous le souhait de votre président François Bayrou, qui admettait le 26 février dernier la nécessité de remettre en cause l’accord ?Collègues du groupe Horizons, allez-vous désavouer votre candidat à la présidentielle Édouard Philippe, qui appelait en mars dernier à revenir sur les accords de 1968 ?Collègues macronistes, vos votes contrediront-ils les propos tenus par Gabriel Attal le 10 janvier 2025 – « La France doit avoir le courage de […] mettre un terme à l’accord franco-algérien de 1968 […]. » « L’heure de la fermeté a sonné », ajoutait-il.
Merci de bien vouloir conclure.
Oui, l’heure de la fermeté… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes RN et UDR se lèvent et applaudissent ce dernier.)
La parole est à Mme Laure Miller.
Il m’est impossible de commencer sans avoir une pensée pour Boualem Sansal, honteusement enfermé depuis le 16 novembre 2024, et dont nous demandons la libération immédiate, ainsi que celle de Christophe Gleizes.Nous sommes réunis pour débattre d’un sujet grave et sensible, qui engage bien plus que notre politique migratoire : celui de nos relations avec l’Algérie, plus particulièrement de l’accord franco-algérien de 1968, dont les effets suscitent de nombreuses critiques au-delà des clivages partisans.Ce débat, parce qu’il touche aux relations entre nos deux peuples, doit être abordé avec lucidité, sans tabou et sans excès. La position du groupe Ensemble pour la République est connue et claire : oui, l’accord franco-algérien de 1968 pose plusieurs problèmes. (« Ah ! » sur quelques bancs du groupe RN.)D’abord, un problème d’égalité de traitement entre ressortissants étrangers résidant […]
C’est bien !
Comme l’a démontré le rapport de Charles Rodwell, le texte de 1968, ses avenants successifs et une jurisprudence constante ont progressivement instauré des droits beaucoup plus favorables pour les ressortissants algériens – je pense en particulier à la carte de séjour de dix ans, de plein droit, et dont le renouvellement est automatique.Dans le même temps, la jurisprudence a affaibli certains garde-fous du droit commun : elle a notamment considéré qu’aucune disposition ne permettait de retirer cette carte à des ressortissants algériens pour des motifs d’ordre public.Autrement dit, même dans des situations où un retrait de titre serait légitime, l’administration est contrainte d’engager une procédure d’expulsion, beaucoup plus lourde – beaucoup plus lente – et réservée aux cas les plus graves.Plus largement, l’ensemble des mécanismes de contrôle classiques – examen des ressources, durée […]
Très bien.
Au-delà de ces anomalies juridiques, l’accord a également un coût significatif pour nos finances publiques. Le rapport Rodwell estime entre 200 et 300 millions d’euros par an le surcoût administratif et juridictionnel lié aux facilités d’accès et de maintien sur le territoire. À cela s’ajoute un surcoût social estimé entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an, en raison de structures familiales plus dépendantes des minima sociaux et des prestations telles que le RSA, la prime d’activité, l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ou encore l’allocation aux adultes handicapés (AAH).Pour toutes ces raisons, nous sommes favorables à la remise en cause de cet accord. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.) Mais il faut le faire dans l’ordre et dans le droit. (« Oh ! » sur les mêmes bancs.) Ce n’est pas un sujet tabou, c’est un problème de méthode. (Nouvelles exclamations sur les […]
Huit ans au pouvoir !
Mais voilà un parti politique, le parti lepéniste, qui renvoie dos à dos toute la classe politique depuis maintenant quarante ans,…
Et pour cause !
…car le discours de madame Le Pen est, à ce titre, exactement le même que celui de son père. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR. – Exclamations continues sur les bancs du groupe RN.) Voilà plus de quarante ans que vous courez après le pouvoir, quarante ans à nous expliquer que, si vous gouvernez, tout sera réglé à coup de menton, quarante ans à dénoncer, à vous indigner, à promettre et à prétendre diriger un jour la France. Et puis voilà que, quarante ans plus tard, un parti obsédé par la question migratoire vient nous présenter une proposition de résolution brouillonne et absolument pas aboutie. (Exclamations continues sur les bancs des groupes RN et UDR.)
C’est démago !
Parler le langage du populisme est bien sûr confortable. Ça permet de faire le buzz sur les réseaux sociaux, d’agiter les peurs, d’accuser les autres de faiblesse. Mais, quand il s’agit d’aller au-delà des postures et de proposer des dispositifs concrets, de travailler, en somme, d’évaluer, d’anticiper, là, il n’y a plus personne ! (Mêmes mouvements.)
Chers collègues, laissez l’oratrice s’exprimer !
Chers collègues, sortir de l’accord, oui. Mais pas au prix du vide. Pas au prix du désordre. Alors non, nous ne voterons pas cette proposition brouillonne et inopérante. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. M. Sébastien Delogu applaudit également.)
Bravo, madame Miller !
Chers collègues, il n’est que 9 h 17. Nous avons toute une journée à passer ensemble jusqu’à minuit. Essayons d’entamer ces débats dans le calme.La parole est à M. Abdelkader Lahmar.
En devenant député, je ne m’attendais pas à ce que nous perdions notre temps sur des textes aussi scandaleux et inutiles que celui qui nous est proposé aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ce texte mélange tout : relations internationales, immigration, délinquance, sécurité... le combo gagnant de l’extrême droite !En s’appuyant sur quelques faits divers, le groupe RN propose de réécrire tout un régime juridique. Pour faire peur, et en contradiction totale avec toutes les études sérieuses, il n’hésite pas à établir des liens grossiers entre immigration irrégulière et délinquance. Pourtant les faits sont têtus : entre 2019 et 2022, 93 % des OQTF ont visé des personnes sans aucun passé judiciaire.Et, comme si ça ne suffisait pas, pour alimenter la haine à l’encontre des immigrés, l’extrême droite surfe sans retenue sur les difficultés diplomatiques avec […]
Retailleau n’a rien à voir avec ça !
Depuis des mois, en effet, nous assistons à une surenchère sur la question. En juin dernier, c’était M. Ciotti – il n’est pas là (« Mais si, il est là ! » sur les bancs des groupes UDR et RN) –…
Je suis là !
Il est tellement grand que vous ne l’avez pas vu !
…qui, pour sceller son allégeance au RN, proposait déjà de dénoncer les accords de 1968 : un soi-disant gaulliste qui reprend les marottes d’un parti fondé par d’anciens membres de l’OAS – Organisation de l’armée secrète –, on aura tout vu !…
Ils sont là ! (M. Sébastien Delogu désigne les bancs du groupe Rassemblement national.)
Depuis, c’est tout l’extrême centre macroniste qui s’est rallié à cette idée : François Bayrou, Gabriel Attal, Édouard Philippe… trois anciens premiers ministres à la remorque de l’extrême droite – c’est affligeant !Mais venons-en au cœur de la proposition d’aujourd’hui. L’exposé des motifs est rempli de mensonges, de raccourcis grossiers et de données tronquées mais, venant de vous, nous y sommes habitués. Le RN dénonce un faible taux d’exécution des OQTF, en oubliant de dire que notre pays en prononce bien plus que ses voisins – la comparaison avec le Danemark en est presque risible : ce pays prononce moins de 4 000 obligations de quitter son territoire chaque année, contre 140 000 en France pour la seule année 2024, soit autant que l’Italie, la Grèce et l’Espagne réunies.
Ce n’est pas le prononcé qui compte, c’est l’exécution !
L’Algérie est ensuite présentée comme le premier pourvoyeur de migrants. C’est faux ! Depuis deux ans, les Algériens ne sont que la deuxième nationalité la plus représentée dans l’octroi de premiers titres de séjour. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.) Pire, pour arriver au chiffre de 2,5 millions d’Algériens, le RN propose, sans honte, de compter les descendants français d’immigrés parmi les Algériens présents sur notre sol ! Citer des chiffres c’est bien, savoir les utiliser, c’est mieux ! Bien sûr, quand on connaît votre idéologie, on comprend mieux votre allergie aux chiffres arabes… (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR. – Mme Fatiha Keloua Hachi applaudit également.)Pour continuer ce torrent d’absurdités, vous évoquez pêle-mêle les « difficultés migratoires » auxquelles notre pays devrait faire face, une immigration qui serait « non maîtrisée » et, bien […]
N’importe quoi !
…et l’Algérie serait alors en droit de saisir la Cour internationale de justice (CIJ). (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Certains juristes affirment même qu’en abrogeant les accords de 1968, on en reviendrait à la libre circulation prévue par les accords d’Évian de 1962.
Mais oui !
Est-ce là le souhait du Rassemblement national ? Ça m’étonnerait !S’il y a des éléments à revoir dans ces accords, c’est par le dialogue et la diplomatie qu’il faut y parvenir,…
Pour ça, il faut être deux !
…pas par des coups de menton aux relents coloniaux. Où va nous mener cette absurde confrontation ? Si le régime algérien décide de suspendre nos accords économiques ou la coopération antiterroriste, que faisons-nous ?
Chiche !
Allons-nous continuer l’escalade jusqu’à ce que toute relation entre nos deux pays soit rompue ? Cela n’a aucun sens ! L’histoire entre la France et l’Algérie a été remplie de guerres, de souffrances et de crimes. Il ne tient qu’à nous, chers collègues, d’en écrire une suite remplie de paix, d’amitié et de dialogue entre nos deux peuples. C’est ainsi que moi, fils d’immigré algérien, fier de mes deux nationalités française et algérienne (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR), j’ai l’honneur de vous dire que nous voterons contre ce texte raciste et haineux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se sont levés, et sur les bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.)
La parole est à M. Laurent Lhardit.
J’ai écouté avec attention M. Guillaume Bigot s’exprimer sur cette proposition de résolution. Je comprends de ses propos, comme du texte qui nous est soumis, qu’ils ne servent finalement qu’à jeter de l’huile sur le feu de la crise diplomatique entre la France et l’Algérie, et, au passage, à dénigrer toute une population sur fond de xénophobie totalement décomplexée. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR ainsi que sur plusieurs bancs LFI-NFP, EcoS et GDR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Ce que vous faites ce matin, en soumettant ce texte à la représentation nationale, est irresponsable. Au nom du groupe Socialistes et apparentés, en tant que président du groupe d’amitié France-Algérie, mais aussi en tant que Marseillais,…
Marseille, c’est l’Algérie, c’est ça que vous dites ?
Mais t’as pas honte ?
…je tiens à rappeler que la relation entre la France et l’Algérie est d’abord constituée de liens forts et puissants entre nos peuples, de familles partagées, d’amour, d’amitié, de collaborations professionnelles, de relations quotidiennes entre des millions de Français et d’Algériens,…
Et d’électeurs !
…des deux côtés de la Méditerranée. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LFI-NFP, EcoS et GDR.)
Personne ne dit le contraire !
Ces liens forment un tissu dense, bien plus puissant que vos manifestations d’hostilité, bien plus puissant que cette petite haine recuite, nostalgique d’un empire maintenant révolu depuis plus d’un demi-siècle.Autant le dire d’emblée, la proposition que nous examinons ce matin ne sert à rien. En réalité, et nous le savons tous, les accords que vous souhaitez dénoncer ont été largement vidés de leur contenu depuis 1968 et ils ont de fait, aujourd’hui, une faible influence sur ces flux migratoires qui restent et demeurent votre seule et unique obsession.La France et l’Algérie traversent une période de relations difficile, sans doute la plus difficile depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962. Le moment d’examen de ce texte est par conséquent particulièrement malvenu. Il alimente les tensions là où il faudrait maintenant apaiser les choses – j’adresse à ce sujet une pensée toute […]
Bravo !
Pas de chance pour vous, ces liens sont anciens et résilients, et vous ne pourrez les effacer comme vous ne pourrez effacer l’histoire, même si vous vous employez à la réécrire pour servir vos intérêts électoraux. Pas de chance pour vous non plus, les Algériens ne sont pas les profiteurs que vous tentez de dénoncer à coup de rapports bidon, puisqu’ils forment aujourd’hui la communauté étrangère la plus nombreuse en France et, par voie de conséquence, celle qui contribue le plus à l’impôt dans notre pays, qui cotise le plus, qui contribue le plus au financement des retraites, y compris des vôtres. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.)
Bravo !
Et puis enfin, avec l’Algérie, c’est aussi à l’avenir que nous devons songer. Alors que les équilibres mondiaux vacillent, il est maintenant impératif pour la France et l’Europe de renouer des liens avec ses voisins du Sud. L’Algérie occupe à cet égard une place stratégique et nos intérêts convergent dans de nombreux domaines, depuis la lutte contre le terrorisme et la grande criminalité jusqu’à l’avenir de cette mer Méditerranée que nous avons en commun. Puisqu’il est difficile de parler à votre cœur, considérez au moins les intérêts économiques de la France, avec par exemple le développement exponentiel attendu de la route commerciale entre l’Europe du nord et l’Afrique, qui ouvre de nouvelles perspectives de développement et d’emplois pour nos deux pays, notamment grâce au commerce maritime, dont la majeure partie passera par la France et par l’Algérie.Soixante-trois ans après […]
La parole est à M. Laurent Wauquiez.
Le représentant de l’OAS !
Mieux vaut l’être de l’OAS que du FLN !
Seul le président Wauquiez à la parole !
Cela fera un an, dans deux semaines, que l’écrivain français Boualem Sansal est arbitrairement détenu par le régime d’Alger, malgré son état de santé alarmant, pour la seule raison qu’il a écrit et parlé en homme libre. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)Il dénonçait le risque d’une soumission de la France au régime d’Alger, dont il est aujourd’hui la première victime. Dans le silence de bien des élus de notre assemblée, le régime d’Alger ne cesse d’humilier notre nation : il a refusé, à dix reprises, l’expulsion du terroriste algérien qui a commis un attentat à Mulhouse le 22 février dernier, et il refuse de reprendre sur son sol ses ressortissants sous OQTF qui menacent la sécurité des Français.
Eh oui !
Ce régime se permet même d’accuser la France d’avoir commis un prétendu génocide, utilisant la haine anti-Français comme principal ciment d’une population qu’il a abandonnée à la pauvreté depuis des décennies. Il n’y a pas de pire cynisme.Nous ne devons pas tomber dans un piège : ce n’est ni contre les Algériens ni contre l’Algérie que la France doit se faire entendre, c’est contre le gouvernement d’Alger.Ce qui est pire encore, c’est que, depuis des mois, notre pays subit ces humiliations en silence, sans réagir.
Exactement !
La France continue de verser des millions d’euros d’aide au développement à l’Algérie ; dans le débat budgétaire, le groupe Droite républicaine proposera d’y mettre fin. Le gouvernement français augmente même le nombre de visas étudiants délivrés et maintient tous les avantages dont bénéficient les ressortissants algériens.
Eh oui !
La France ne doit pas oublier la grande leçon de Clausewitz : dans l’affrontement des nations, si la France veut être respectée, elle doit se faire respecter. Le régime d’Alger n’entendra qu’un discours : le rapport de force. Une seule mesure le fera reculer : la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)Nous n’avons que trop attendu. C’est un accord unique au monde, qui accorde des privilèges exorbitants.
Il a raison !
Je n’en citerai que trois, pour mesurer à quel point il n’y a aujourd’hui plus aucune raison de faire bénéficier le régime d’Alger d’un tel traitement de faveur. Tout d’abord, un regroupement familial, quasiment de plein droit, peut être demandé par un ressortissant algérien dès douze mois de résidence, ce qui n’est le cas pour aucun autre étranger. Ensuite, aucune possibilité n’existe pour la France de retirer la carte de résidence de dix ans, même pour un motif d’ordre public. Comment un pays peut-il accepter cela ? Enfin, aucun délai n’est prévu pour bénéficier du RSA dès le premier jour de l’obtention du titre de séjour, alors que nous demandons cinq ans de résidence régulière à tous les autres étrangers.
C’est open bar !
Et on repart !
Il faut y mettre fin.En juin 2023, les députés de la Droite républicaine avaient déposé, grâce à l’action de Michèle Tabarot – à laquelle je veux rendre hommage –, une proposition de résolution identique à celle dont nous discutons. Depuis lors, beaucoup de personnes ont changé d’avis et s’y sont déclarées favorables, comme Édouard Philippe et Gabriel Attal. Une immense majorité de Français y est favorable. Surtout, c’est la seule façon de se faire entendre du régime d’Alger.Que chacun assume. C’est notre devoir de députés, au-delà des différences politiques, de réagir enfin face à ce régime. Je le dis ici avec beaucoup de simplicité et dans le respect de chacun : à chaque fois que le RN votera, dans cet hémicycle, des impôts nouveaux, des taxes nouvelles, en lien avec le FMI… (Rires sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Je voulais parler de LFI, mais, méfiez-vous, le FMI peut venir !Chaque […]
Oh là là !
Quelle honte !
Les masques tombent.
De la même manière que nous nous opposons aux positions du Rassemblement national que nous trouvons parfois folles sur l’économie, nous sommes également capables de livrer les combats dont la France a besoin sur les sujets régaliens, notamment ici sur la dénonciation des accords de 1968. Le groupe de la Droite républicaine votera donc cette résolution que nous avions nous-mêmes défendue en 2023.Face au régime d’Alger, les tergiversations et les compromissions ont échoué : l’heure des actes et de la détermination doit enfin sonner. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)
La parole est à Mme Sabrina Sebaihi.
L’ingérence étrangère incarnée !
Vous nous présentez ce matin un texte qui n’est pas une question de visas, mais de vengeance. Au fond, depuis 1960, vous rejouez sans cesse la guerre d’Algérie. Vous n’attaquez pas un accord, mais une mémoire.
Où étiez-vous le 8 mai ?
Celle d’un peuple qui a conquis son indépendance, celle d’hommes et de femmes venus participer à la reconstruction de la France, ainsi que celle de millions d’Algériens et d’enfants d’Algériens qui font pleinement partie de cette République, de notre République.
C’est de la mythologie.
Dans une République, un accord ne se dénonce pas unilatéralement, mais ça se respecte, ou ça se renégocie dans le cadre du droit international et dans l’honneur des nations. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.)Celui de 1968 entre la France et l’Algérie n’est pas un cadeau : c’est le prolongement des accords d’Évian, entre deux peuples liés par cent trente-deux ans de colonisation, de guerre et de migrations.Hasard du calendrier, ce texte vient quelques semaines après la publication du rapport de députés macronistes, qui chiffrent le coût de cet accord à 2 milliards d’euros par an.
Deux milliards d’argent français !
Ce rapport s’appuie sur les chiffres de l’extrême droite ; la boucle est bouclée.Collègues du socle commun, je vous invite à lire Les Irresponsables. Qui a porté Hitler au pouvoir ? de Johann Chapoutot, qui rappelle que les fascistes n’arrivent jamais seuls au pouvoir. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Contrairement à vos fantasmes, l’immigration rapporte plus de 1 % du PIB français, les travailleurs immigrés cotisent plus qu’ils ne perçoivent de prestations et les étudiants étrangers rapportent à la France plus de 1 milliard d’euros net par an. Êtes-vous même au courant que sans les 15 000 médecins algériens nos hôpitaux ne tiendraient pas une semaine ?
Eh oui !
L’immigration n’est pas un coût, mais une force et une chance pour la France, que vous feignez de défendre.
Elle a raison !
Parce que vous ne supportez pas cette réalité, vous cherchez à la travestir en la salissant de la manière la plus abjecte. Vous parlez de souveraineté, mais moi, reprenant le célèbre concept de Spinoza, j’appelle cela une passion triste.Vous prétendez parler d’égalité devant la loi, mais votre histoire politique est tout sauf égalitaire. Elle se fonde sur la discrimination, sur le rejet et sur le fantasme de la cinquième colonne.
Exactement !
Mais, me direz-vous, qu’attendre des héritiers du Front national, fondé en 1972 par d’anciens membres de l’OAS, cette organisation terroriste qui a ensanglanté l’Algérie et la France ? (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et SOC.) L’OAS, ce n’était pas la défense de la France, c’était la guerre contre la République.
Et le FLN ?
Et les porteurs de valises ?
Ce n’était pas l’honneur, c’était la torture, les bombes dans les cafés, les exécutions sommaires et la tentative d’assassiner le général de Gaulle, dont vous vous prévalez pourtant.
Et les munitions qui étaient trafiquées par la CGT ?
Vos pères fondateurs ? Pierre Bousquet, ancien volontaire de la division SS Charlemagne, François Duprat, militant néofasciste négationniste, Roger Holeindre, vétéran de l’OAS et, bien sûr, Jean-Marie Le Pen qui, après avoir torturé en Algérie, a bâti toute sa carrière politique sur la nostalgie de l’Empire, sur l’antisémitisme et sur le racisme. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.)Vous pouvez changer de nom, repeindre votre logo, sourire sur les plateaux télé, mais votre ADN politique, lui, n’a pas changé. Il est raciste, revanchard et colonial. (Mêmes mouvements.)
Très bien !
Alors, quand vous venez ici, cinquante ans plus tard, nous parler de patriotisme avec des vibratos dans la voix : c’est une parodie. Je le dis avec gravité : gare à ceux qui ressuscitent les thèses de l’ennemi de l’intérieur. Derrière les drapeaux tricolores que vous arborez, il y a toujours l’ombre des rafles et la trahison de ceux qui ont préféré servir la botte des nazis plutôt que la liberté. (Mêmes mouvements.)
Quelle honte !
Le patriotisme, c’est résister, pas trahir. C’est aimer la France, dans toutes ses couleurs, pas rêver de la blanchir. C’est aimer une France grande, généreuse, pas rabougrie et haineuse. Au fond, les vrais patriotes, c’est nous ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR. – Rires sur les bancs des groupes RN et UDR.) La France que vous rêvez d’imposer n’existe plus et c’est tant mieux. La vôtre regarde l’Algérie avec rancune ; la nôtre la regarde avec lucidité et respect. La vôtre cherche des boucs émissaires ; la nôtre cherche des solutions.
Exactement !
Vous cherchez des électeurs !
Et la vôtre veut effacer la mémoire, quand la nôtre veut réparer l’histoire.Oui, le RN et ses alliés sont la dernière survivance politique de la haine coloniale. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.) La France, la vraie, celle de Jean Jaurès, de Joséphine Baker et d’Aimé Césaire, ne marchera jamais derrière ceux qui, hier encore, dénonçaient leurs voisins à la Gestapo. (Mêmes mouvements.)
Vous êtes pathétiques !
Cela, aucun slogan ni aucune stratégie de communication ne pourront l’effacer. (Mêmes mouvements.) C’est pour cela que vous préférez travestir l’histoire, parce qu’elle vous trahit, révèle vos origines, vos compromissions et vos lâchetés. Elle rappelle surtout que vous n’êtes pas les défenseurs de la France. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.)
Vous êtes la complice d’Alger !
Vous travaillez pour qui ?
Je vous le dis sans détour : votre haine n’a plus de place ici. Nous voterons contre ce texte car la France que nous défendons regarde son passé avec ses lumières et ses ombres. Reconnaître, réparer et construire l’avenir, c’est ce qui fait la grandeur d’une nation. (Les députés des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC se lèvent pour applaudir. – Les députés du groupe GDR applaudissent également.)
Quelle naïveté !
La parole est à M. Bruno Fuchs.
Nous sommes appelés à examiner une proposition de résolution tendant à dénoncer de façon unilatérale les accords franco-algériens de 1968. Ce que propose le Rassemblement national, c’est de faire de la politique étrangère un instrument de tribune.Permettez-moi, chers collègues, de vous le dire un peu directement : ce que vous faites n’est pas sérieux. C’est même irresponsable, car cette résolution va frontalement à l’encontre des intérêts de la France. Pour un parti qui dit, à longueur de journée, vouloir les défendre, c’est plutôt inquiétant.Ces accords ont été signés il y a plus d’un demi-siècle. À l’époque, ils constituaient un compromis pragmatique entre deux nations, marquées par la guerre d’Algérie. Ils ont eu le mérite de maintenir un cadre de dialogue et d’échanges entre nos deux peuples, malgré les blessures encore vives de l’histoire.Cinquante-sept ans plus tard, il faut être […]
C’est bien le problème !
En proposant de le dénoncer, vous nous demandez de vous aider à violer le droit international et à affaiblir la parole de la France. Vous pourriez aussi l’exposer à une plainte devant la Cour internationale de justice de La Haye. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.) je ne suis pas sûr que cela soit de nature à vous émouvoir.Cela montre en tout cas qu’il n’y a pas, au Rassemblement national, d’homme ou de femme d’État capable d’assumer la complexité d’une relation bilatérale. Vous instrumentalisez la relation franco-algérienne pour nourrir un agenda identitaire et populiste, sans vous soucier des conséquences réelles. Et pourtant, ces dernières seraient immédiates, profondes et gravement préjudiciables à la France.La première – vous la connaissez, et, à elle seule, elle justifierait de retirer votre résolution –, ce serait de compromettre tout espoir de libération de nos compatriotes […]
N’importe quoi !
C’est du chantage !
Je voudrais avoir ici une pensée émue et affectueuse pour eux, leur famille et leurs proches et les assurer, devant la représentation nationale, que nous continuons de faire tout notre possible pour les faire sortir.
Agissez, plutôt !
Une dénonciation aurait aussi un impact catastrophique sur le contrôle de l’immigration en provenance d’Algérie que, pour notre part, nous ne voulons pas assumer. Les OQTF deviendraient quasiment impossibles. Ce n’est pas ce que vous dites rechercher.
Fariboles !
Sur le plan économique, les conséquences se font déjà sentir. (« Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.) Depuis le début de l’année 2025, nos exportations ont baissé de 21 %. Peut-être pensez-vous que votre résolution permettra de les faire repartir ?C’est même l’ensemble de nos coopérations bilatérales qui seraient à l’arrêt. En matière de lutte contre le terrorisme, les trafics criminels ou l’immigration illégale, une rupture aurait pour effet de geler ces échanges et d’affaiblir nos dispositifs de sécurité.Ce serait surtout, comme l’a dit M. Lhardit, une injure aux 6 millions de nos concitoyens qui vivent des deux côtés de la Méditerranée.Pour un parti qui affirme vouloir défendre les intérêts de la France, proposer une dénonciation unilatérale de ces accords n’est ni sérieux ni responsable.
L’Algérie a déjà dénoncé ces accords !
Face à une telle renonciation, nous voulons une France forte, une France qui se fait respecter et qui, pour cela, respecte ses engagements internationaux. C’est la raison pour laquelle nous proposons de réviser une quatrième fois cet accord. C’est possible, puisque la déclaration finale du Comité intergouvernemental de haut niveau franco-algérien, qui s’est tenu en octobre 2022, a réaffirmé la volonté commune de réactiver le groupe technique bilatéral de suivi de l’accord de 1968, en vue de l’élaboration d’un quatrième avenant.Une telle renégociation serait bénéfique pour nos deux pays, à la fois pour renforcer la coopération – notamment consulaire –, pour corriger les déséquilibres actuels et pour développer de nouveaux programmes.Le courage politique, ce n’est pas de rompre, c’est de bâtir des solutions durables dans le respect du droit et des intérêts de notre pays et de nos […]
Boualem Sansal vous remercie !
Ce message est approuvé par le gouvernement algérien !
La parole est à M. Sylvain Berrios.
« Notre ennemi traditionnel et éternel est la France. » C’est de cette manière que l’ancien ministre algérien du travail et de la sécurité sociale, El Hachemi Djaâboub, a parlé de notre pays en pleine séance du sénat algérien, en avril 2021.Charmante marque d’affection de la part d’un pays que l’on dit ami, à qui nous versons chaque année 132 millions d’euros au titre de l’aide au développement et avec qui nous sommes liés par des accords migratoires depuis 1968. Charmante marque d’affection quand on sait que le coût de ces accords, pour la France, est de 2 milliards d’euros.
C’est faux !
Arrêtez de mentir !
La France entretient depuis un siècle des liens forts avec l’Algérie, mais aujourd’hui, nos relations diplomatiques sont au plus mal. Le point de rupture a été atteint en décembre dernier, lorsque l’ambassadeur de France à Alger a été convoqué de manière humiliante par le ministère des affaires étrangères algérien. Quelques semaines plus tard, ce sont quinze agents diplomatiques français qui ont été expulsés, en seulement quarante-huit heures. S’ensuivirent plusieurs semaines de tensions diplomatiques extrêmes, qui ont révélé les fractures qui séparent désormais nos deux nations. Elles sont symbolisées par l’emprisonnement de Boualem Sansal – à qui nous devons une pensée –, condamné pour avoir choisi d’émettre des critiques contre le pouvoir en place.Nous devons aussi une pensée au journaliste Christophe Gleizes, qui a commis l’imprudence de vouloir écrire sur une équipe de football qui […]
C’est faux !
Il est pertinent de préciser qu’à l’inverse, les Français ne bénéficient d’aucun privilège migratoire en Algérie : ils sont soumis aux mêmes procédures que les ressortissants des autres pays. Les accords de 1968 sont donc bien des accords de privilèges algériens. Alors que la France traverse une période de tensions migratoires depuis plus de dix ans, comment justifier ces privilèges auprès de nos concitoyens ? Comment justifier qu’en 2024, sur 16 238 OQTF notifiées, seules 828 – soit moins de 5 % – aient donné lieu à un retour effectif vers l’Algérie ?
Eh oui !
Comment justifier les tensions extrêmes qui en résultent ? Comment justifier que le flux migratoire le plus important en France – celui qui concerne 690 000 ressortissants algériens –, ne réponde pas aux règles communes de la politique migratoire française ?
Tout cela est faux, il faut revoir votre copie !
En maintenant ces accords sans les réformer, la France s’humilie et abandonne de fait une partie de sa souveraineté. Regardons les choses en face : l’Algérie a déjà suspendu l’accord et doit par conséquent redevenir un partenaire comme les autres, lié à notre pays par des accords comme les autres, qui garantissent la pleine souveraineté de chaque partie.Notre relation avec l’Algérie doit être remise à plat, comme le proposait Édouard Philippe en juin 2023, comme nous l’avions demandé lors du débat qui a suivi la déclaration de politique générale de François Bayrou, comme nous l’avons demandé en janvier 2025 à l’occasion d’une séance de questions au gouvernement et comme nous l’avions encore demandé, en février 2025, lors de l’examen d’une motion de censure visant ce même gouvernement.Parce que la relation entre la France et l’Algérie est à reconstruire sur de nouvelles bases, nous […]
La parole est à Mme Soumya Bourouaha.
La volonté de dénoncer les accords franco-algériens de 1968 est devenue une rengaine de la droite et de l’extrême droite de cet hémicycle ; et elles font preuve d’un certain acharnement, puisqu’une première tentative en ce sens s’est déjà soldée par un échec. Pourquoi remettre cette proposition à l’ordre du jour de nos travaux ?Vous mettez en avant le traditionnel argument de la « submersion migratoire » et la nécessité de réguler une immigration jugée « massive » et « dangereuse ». Votre acharnement n’a en réalité qu’un seul objectif : l’humiliation de l’Algérie et de son peuple. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)Au fond, l’extrême droite, héritière de l’OAS, n’a jamais digéré l’indépendance algérienne, qui a rompu avec le colonialisme français. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs des groupes […]
Voilà autre chose !
Vous prétendez diriger la France un jour, mais votre conception de la diplomatie plongerait le pays dans un chaos sans nom, tant elle repose sur la provocation – plutôt que sur la raison. Vous rêvez de gouverner la France ; moi, je souhaite simplement qu’elle ne tombe jamais entre vos mains. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)
Bravo !
Ce n’est pas vous qui en déciderez, ce sont les électeurs.
L’argument de la facilité de circulation des Algériens en France ne tient pas. Ces accords ont déjà été réformés à de multiples reprises et les conditions d’octroi de nombreux titres de séjour, durcies. Ces accords sont hermétiques à certaines avancées du droit commun : les cartes de séjour pluriannuelles, les passeports talent, la régularisation par le travail, les titres de séjour pour motif humanitaire, au profit des victimes de la traite ou de violences conjugales. Tout cela, les citoyennes et les citoyens algériens n’y ont pas droit.De plus, dénoncer de manière unilatérale les accords de 1968 constituerait une violation du droit international, car il n’existe aucune clause expresse de dénonciation. L’Algérie pourrait donc saisir la Cour internationale de justice de La Haye.Avec vous, c’est toujours pareil : le respect du droit ne vaut que pour certains, mais jamais pour vous. Les […]
Il est bon, M. Retailleau.
…a essayé de mettre en œuvre, mais avec quel résultat ? Aucun !Entretenir et exacerber le conflit ne fonctionne pas. L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal est toujours emprisonné et le journaliste Christophe Gleizes aussi. Nos relations diplomatiques n’ont jamais été aussi affaiblies.La stratégie que vous défendez est un échec. Dénoncer les accords franco-algériens de 1968 est une impasse, voire pire. Vous vous présentez comme les défenseurs de la sécurité des Françaises et des Français, mais vous devriez aborder cette question avec plus de mesure. Des diplomates expérimentés ont clairement dénoncé votre stratégie : la dégradation des relations franco-algériennes a rendu beaucoup plus difficile la coopération, pourtant solide depuis des années, sur des enjeux essentiels de renseignement et de sécurité intérieure. Votre obsession anti-Algérie l’emporte sur ces réalités.Au contraire […]
J’ai des copains algériens qui me disent que j’ai raison de voter cette proposition de résolution !
La droite et l’extrême droite jouent un jeu dangereux. Elles éludent les véritables enjeux de la relation franco-algérienne, au profit du seul sujet qui compte à leurs yeux, l’immigration. Il faut pourtant revenir à une relation respectueuse et retrouver le chemin d’un dialogue apaisé, avancer pas à pas, pour mettre fin à cette crise. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR et EcoS.)Le travail de mémoire qui a été engagé, en France comme en Algérie, doit reprendre. Il est indispensable.Le premier responsable de la crise que nous traversons est-il seulement capable de cette concession ? C’est bien le président de la République, Emmanuel Macron, qui l’a ouverte, il y a un an et demi, avec la reconnaissance, par la France, de la marocanité du Sahara occidental. Cette décision, unilatérale, était contraire au droit international et au droit à l’autodétermination des […]
La parole est à M. Matthieu Bloch.
Qu’on me permette de remercier le groupe Rassemblement national, qui nous offre l’occasion d’examiner cette proposition de résolution de bon sens, qui tend à dénoncer les accords franco-algériens de 1968. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
La honte !
Vous êtes les sous-fifres du RN !
Affirmons-le d’emblée : un État souverain ne devrait pas conserver, dans le tiroir de ses renoncements, un texte aussi ancien, inégal et coûteux – un texte qui continue de produire ses effets comme une vieille horloge dont plus personne n’ose arrêter le balancier.
Vous avez le doigt sur la couture du pantalon : quelle honte !
Pourtant, il est l’heure de tourner la page de la période qui a suivi la déchirure de la guerre d’Algérie. L’heure de couper le cordon d’une assistance postcoloniale envers un pays dont le gouvernement, trop souvent, nous insulte.L’accord de 1968 et la jurisprudence qui en découle accorde aux ressortissants algériens un statut dérogatoire dans toutes leurs démarches, dès lors qu’ils sont présents sur notre sol : conditions de séjour, regroupement familial, accès aux aides sociales.Ce régime d’exception est sans équivalent au monde et, comble de l’absurde, sans réciprocité. Dans le rapport qu’ils ont remis à la commission des finances le 15 octobre, nos collègues Rodwell et Lefèvre ont chiffré le coût de ce contrat totalement déséquilibré : près de 2 milliards par an !
À vous entendre, ça ne cesse d’augmenter !
Il ne s’agit pas seulement d’une question budgétaire : c’est aussi une question de principe, une question constitutionnelle. Le principe d’égalité, valeur cardinale de notre République, est aujourd’hui piétiné. Un étranger algérien n’est pas soumis au même droit qu’un étranger marocain, tunisien ou malien. L’égalité devant la loi, garantie par l’article 1er de notre Constitution, s’efface ici devant un traité obsolète, entretenu par une jurisprudence aussi généreuse qu’irresponsable.Comment justifier de tels privilèges et une telle inégalité en ces temps de crise budgétaire ? Comment justifier une telle dépense, financée par les Français ? Comment justifier cette mesure qui facilite une immigration que nous ne maîtrisons déjà plus ? Par des relations exceptionnelles avec l’État algérien ? Exceptionnellement mauvaises, oui !Le président de la République, dans son infinie naïveté, croit […]
Vous n’avez pas bien écouté !
Le président de la commission des affaires étrangères aussi vous a signifié que vous faisiez n’importe quoi !
La France insoumise, fidèle à sa schizophrénie politique, brandira d’une main les pancartes appelant à la destitution du président et, de l’autre, lèvera son verre au domaine réservé d’Emmanuel Macron – domaine réservé à l’absurde pour ce qui concerne les relations franco-algériennes.
C’est juste que nous ne sommes pas racistes !
Il est temps de rompre le cercle vicieux du renoncement. Un pays qui maintient un traité contraire à son intérêt national n’est plus un État souverain. Un pays qui finance sans contrepartie un système injuste n’est plus une république juste. Un pays qui ne sait plus dire non à ses partenaires, même lorsque le bon sens l’exige, n’est plus respecté. En votant cette proposition de résolution, le groupe UDR votera pour une relation normalisée, claire, honnête et réciproque avec l’Algérie.
N’importe quoi !
La proposition du groupe Rassemblement national est courageuse et conforme à l’attente de millions de Français. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.) Collègues du bloc central, ne vous dérobez pas à ce rendez-vous de l’histoire, soyez courageux, vous aussi ! (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN. – M. François-Xavier Ceccoli applaudit également.)
La parole est à M. Philippe Bonnecarrère.
J’ai comme vous une pensée pour nos deux concitoyens détenus en otage d’État par l’Algérie.Comme de coutume, j’aborderai le sujet en formulant exclusivement des propositions. En matière migratoire, la France est partie prenante de 197 accords, dont 140 sont bilatéraux – par exemple l’accord du Touquet, le traité de Sandhurst ou encore l’accord franco-algérien de 1968. Ces accords portent sur des sujets très variés, puisqu’ils concernent à la fois les visas de court séjour, le codéveloppement ou l’immigration irrégulière. D’où ma première proposition : notre pays doit se doter d’une doctrine d’emploi de ces accords ainsi que d’un cadre de suivi de leur exécution.Deuxième proposition : tous les accords n’ayant pas la même importance, certains doivent être suivis de manière prioritaire – l’accord franco-algérien étant évidemment la priorité numéro un, l’éléphant dans le salon, si vous me […]
Pas du tout !
Mais il faut lire aussi l’article 53 de la Constitution : « Les traités […] relatifs à l’état des personnes […] ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi. » Autrement dit, si le président de la République a l’initiative des traités, les négocie et a le dernier mot en les ratifiant, le Parlement codécide de leur contenu ; le président a certes la première place, mais le Parlement joue aussi son rôle. Il est donc normal que ce débat ait lieu et que chacun puisse donner son opinion. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – M. Joël Bruneau applaudit également.)
La discussion générale est close.La parole est à M. le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement.
Je vous prie d’excuser l’absence du ministre de l’Europe et des affaires étrangères ainsi que celle de ses ministres délégués, requis ce matin par d’importants travaux diplomatiques.Alors que nous traversons une phase de fortes tensions bilatérales avec l’Algérie – renforcées par la détention inacceptable de nos compatriotes Boualem Sansal et Christophe Gleizes, tous deux lourdement condamnés au début de l’été et à qui je rends un hommage appuyé –, la question des accords franco-algériens relatifs à la circulation des personnes suscite un débat qu’il faut aborder sans tabou.Du fait d’une histoire partagée, qui a créé des liens complexes et profonds entre nos deux nations, l’Algérie est le premier pays d’immigration en France ; or les pouvoirs publics s’attachent aujourd’hui à mieux contrôler les flux migratoires. Ce débat n’est pas neuf et préexistait aux tensions que nous connaissons […]
Rodwell, c’est pour vous !
Le volume de demandes de visas resterait quant à lui le même. Les demandes seraient simplement examinées selon d’autres critères. Pour l’immigration familiale, des visas de long séjour seraient nécessaires, en lieu et place des visas de court séjour qui suffisent actuellement. Ainsi ne faut-il pas attendre d’une dénonciation de cet accord une baisse automatique et massive du nombre d’immigrés.
Il faudrait donc renoncer ?
Cela signifie-t-il pour autant que cet accord, manifestement caduc, doit demeurer intangible ? Bien sûr que non. Il doit être renégocié, comme il l’a déjà été à trois reprises.
Qu’attendez-vous ?
Il est indéniable que cet accord, s’il a été légitime par le passé, lorsqu’il fallait organiser une immigration du travail pour les besoins de l’économie, est désormais anachronique. Il ne correspond plus à nos intérêts en matière migratoire : il facilite l’immigration familiale, qui représente 52 % des titres de séjour délivrés aux Algériens, au détriment de l’accueil de talents estudiantins ou professionnels, qui ne sont pas couverts par l’accord ; il est également moins exigeant en matière de police du séjour.J’y insiste, l’accord n’est pas figé : nous avons déjà, à trois reprises, négocié avec les autorités algériennes des avenants plus exigeants. En 1985, nous avons renforcé les critères d’admission sur le territoire français, en introduisant par exemple des conditions de ressources et en précisant les conditions de délivrance des certificats de résidence. En 1994, nous avons rendu […]
Il a osé, il l’a fait !
Il privilégie donc la voie de la renégociation, dans le cadre d’un dialogue exigeant avec l’Algérie. Nul ne peut accuser le gouvernement de faiblesse. (Mêmes mouvements.)
Vous êtes des lâches !
En réponse à toutes les décisions hostiles ou brutales des autorités algériennes de ces derniers mois, nous avons pris la mesure qui s’imposait ; non pas dans un esprit d’escalade, mais dans une logique de défense des intérêts de la France.
Rendez les milliards !
Nous assumons le rapport de force et la fermeté : ils sont plus à même de produire des résultats que les effets de manche. Il est facile de taper du poing sur la table à propos du dossier algérien. Mais nous n’avons rien à gagner d’une aggravation de la crise avec l’Algérie, sinon à voir la question des réadmissions s’enkyster et engendrer un risque sécuritaire dont il est de la responsabilité du gouvernement de protéger les Français. Notre gouvernement a une responsabilité et une seule : faire progresser concrètement les intérêts de la France et des Français. C’est ce que nous faisons ; c’est la voie de la responsabilité et j’en appelle à celle de chacune et de chacun d’entre vous. (Mme Nicole Dubré-Chirat applaudit.)