Séance du 21 mai 2026 /// n°242 /// 395 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2025-2026

Séance du 21 mai 2026 — 242e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Hélène Laporte.

395prises de parole
47orateurs
15points à l'ordre du jour
9scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
6808 l'amendement n° 920 de Mme Batho après l'article 5 (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (pr… 50 / 63 rejeté
6809 l'amendement n° 121 de Mme Galzy après l'article 5 (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (pr… 37 / 90 rejeté
6810 l'amendement n° 247 de Mme Hignet après l'article 5 (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (p… 31 / 99 rejeté
6811 l'amendement n° 835 de Mme Jourdan après l'article 5 (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (… 37 / 94 rejeté
6812 l'amendement n° 1616 du Gouvernement et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 5 ter (examen prioritaire) du projet de loi d'… 88 / 29 adopté
6813 l'amendement n° 1401 de M. David Magnier après l'article 5 ter (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté a… 39 / 62 rejeté
6814 l'amendement n° 1402 de M. David Magnier après l'article 5 ter (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté a… 42 / 60 rejeté
6815 l'amendement n° 1839 de M. Turquois après l'article 5 ter (examen prioritaire) du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agrico… 60 / 48 adopté
6816 l'amendement n° 96 de M. Le Fur et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 5 quater (examen prioritaire) du projet de loi d'ur… 75 / 27 adopté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 395 — page 1 / 2.

Hélène Laporte president · RN #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)

Suite de la discussion d’un projet de loi

Hélène Laporte president · RN #7

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (nos 2632, 2765).

Discussion des articles (suite)

Hélène Laporte president · RN #9

Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles, s’arrêtant à l’amendement no 1082 portant article additionnel après l’article 5, examiné par priorité.

Après l’article 5 ( amendements appelés par priorité – suite )

Hélène Laporte president · RN #11

La parole est à Mme Nathalie Coggia, rapporteure pour avis de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire – articles 5 à 8 ter –, à laquelle la commission des affaires économiques a délégué l’examen des articles 5 à 10 et 14, pour soutenir l’amendement no 1082.

article Après_ 5 · amendement 1082
Nathalie Coggia rapporteure pour avis de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire · EPR #12

Les commissions locales de l’eau (CLE) peuvent constituer en leur sein des commissions ou comités techniques chargés d’instruire les questions relevant de leur compétence. Ces instances, dont l’existence et la composition relèvent des règlements intérieurs propres à chaque CLE, jouent un rôle déterminant dans la préparation des décisions relatives à la gestion de l’eau, notamment lors de la révision des schémas d’aménagement et de gestion des eaux, les Sage.Or, si certaines CLE ont spontanément constitué des commissions techniques spécialisées sur les questions agricoles, cette pratique n’est pas généralisée et ne fait l’objet d’aucune obligation légale. Il en résulte une hétérogénéité dans la prise en compte des enjeux agricoles au sein des instances de gouvernance locale de l’eau, ce qui nuit à la qualité du dialogue entre la gestion de l’eau et l’activité agricole.Le présent […]

article Après_ 5 · amendement 1082

La parole est à Mme la ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire, pour donner l’avis du gouvernement.

Annie Genevard ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire · DR #16

Le gouvernement est extrêmement favorable à l’amendement de Mme la rapporteure, que je tiens à remercier.En effet, les agriculteurs demandent avec insistance d’être mieux représentés au sein de la commission locale de l’eau, instance très importante qui est mobilisée pour l’élaboration du Sage et dont nous avons évoqué le rôle à l’occasion de l’examen de différents amendements. Le fait de constituer une commission technique agricole donnera aux agriculteurs le sentiment qu’ils sont reconnus et que les préoccupations qui leur sont propres peuvent être entendues.

#18

(L’amendement no 1082 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt

L’amendement est rejeté. (« Oh ! » sur divers bancs.)

Annie Genevard ministre · DR #20

C’est pourtant ce que veulent les agriculteurs !

Le vote est très clair. Il n’y avait que quelques voix « pour ». (Protestations sur les bancs des groupes EPR et DR.)

Il n’y a personne du groupe EPR !

Ils sont où ? Il n’y a personne !

Pas question de revoter !

Vous remettez en cause la présidence ?

Mes chers collègues, il est vingt et une heure trente. Il nous reste deux heures et demie à passer ensemble de façon agréable. Nous poursuivons donc la discussion. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)La parole est à M. Mickaël Cosson, pour soutenir l’amendement no 2227.

Après l’article 5 (amendements appelés par priorité – suite)

Il vise à assurer la souveraineté alimentaire par des actes plus que par des paroles, en prévoyant que les projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) prennent en compte la souveraineté alimentaire et le maintien de l’activité agricole dans nos territoires. L’eau ne doit pas être pensée seulement comme une contrainte environnementale, c’est aussi une condition pour produire et nourrir. L’amendement vise donc à articuler plus clairement eau, agriculture et transition écologique au lieu de les opposer. Il permet d’inscrire noir sur blanc que les PTGE doivent également prendre en considération la réalité productive de chacun de nos territoires.

article Après_ 5 · amendement 1082

Après l’article 5 ( amendements appelés par priorité – suite )

Quel est l’avis de la commission ?

Après l’article 5 (amendements appelés par priorité – suite)

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #30

La souveraineté alimentaire est au cœur du texte. Toutefois, introduire dans le code de l’environnement un renvoi au code rural pour encadrer les PTGE créerait une hiérarchie implicite entre les objectifs de la politique de l’eau et ceux de la politique agricole. Les PTGE ont vocation à concilier l’ensemble des usages de l’eau sur un territoire donné ; y inscrire explicitement la souveraineté alimentaire comme critère de référence risque d’être interprété comme le fait d’accorder la priorité à l’usage agricole par rapport aux autres, ce qui serait contraire à la logique de l’article L. 211-1 du code de l’environnement.Avis défavorable, donc.

Après l’article 5 ( amendements appelés par priorité – suite )

La parole est à M. le ministre délégué chargé de la transition écologique, pour donner l’avis du gouvernement.

Mathieu Lefèvre ministre délégué chargé de la transition écologique · EPR #33

Le gouvernement est favorable à cet amendement qui prévoit la prise en compte des grands principes de la politique agricole dans la planification locale de l’eau afin de mieux concilier les usages.Si vous me le permettez, madame la présidente, je voudrais revenir sur le vote qui vient d’avoir lieu.Je rappelle à la représentation nationale que le Rassemblement national s’est opposé à une disposition…

…favorable aux agriculteurs !

Après l’article 5 (amendements appelés par priorité – suite)

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #37

…qui crée des comités techniques agricoles au sein des commissions locales de l’eau, une disposition demandée par les agriculteurs, une disposition d’équilibre qui permettait de concilier l’ensemble des usages. (Protestations sur les bancs du groupe RN.) Pour ma part, mesdames et messieurs les députés du Rassemblement national, je considère que l’ensemble des amendements que vous défendrez pour revoir les CLE et la démocratie locale de l’eau sont nuls et non avenus puisque vous n’êtes même pas capables d’adopter une mesure aussi consensuelle. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

Après l’article 5 ( amendements appelés par priorité – suite )

La parole est à Mme la présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Sandrine Le Feur présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire · EPR #39

Je veux que la représentation nationale et les agriculteurs qui nous regardent se rendent compte de ce qui vient d’être rejeté par le Rassemblement national, qui affirme pourtant défendre les agriculteurs : nos collègues ont voté contre la création d’un comité technique agricole au sein des CLE.

C’est une blague !

La parole est à M. Philippe Schreck.

Depuis ce matin, monsieur le ministre, votre projet de loi passe grâce au Rassemblement national. En effet, le groupe EPR n’est pas là ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #43

Il faut assumer votre vote !

Dans l’amendement en question, vous aviez tout de même le génie de créer une sous-commission dans une commission.

Sandrine Le Feur présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire · EPR #45

C’était la demande des agriculteurs !

Eh bien, il fallait que vos troupes soient là à l’heure, comprennent votre amendement et le votent. Nous ne sommes pas votre béquille, nous n’avons pas à recevoir de leçons et les agriculteurs savent très bien à qui ils doivent la situation dans laquelle ils sont : à vous ! (Mêmes mouvements.)

La parole est à Mme la ministre.

Après l’article 5 (amendements appelés par priorité – suite)

Annie Genevard ministre · DR #48

Bien sûr, monsieur le député, chacun est absolument libre de son vote. Simplement, pour avoir beaucoup échangé – comme vous, sans doute – avec les agriculteurs, j’ai constaté qu’ils étaient très demandeurs d’une meilleure représentation au sein de la CLE. Que de fois ne nous ont-ils pas dit : Nous ne sommes pas suffisamment nombreux, nous voulons être mieux reconnus dans nos spécificités ! Ils étaient vraiment demandeurs de cette sous-commission. D’où notre surprise car il nous semblait, d’après vos interventions, que c’était une ambition et une préoccupation partagées. Cela dit, chacun est maître de son vote.

Après l’article 5 ( amendements appelés par priorité – suite )

#49

(L’amendement no 2227 est adopté.)

· ADOPTION amendement (main levée) adt
Hélène Laporte president · RN #50

La parole est à Mme Lisa Belluco, pour soutenir l’amendement no 320.

article Après_ 5 · amendement 320

Après l’article 5 (amendements appelés par priorité – suite)

L’espace d’un instant, nous nous sommes inquiétés de l’extension du socle commun, de la bonne vie du socle commun et de l’amitié entre les droites de l’hémicycle, mais nous voilà rassurés ! (Mme Marie Pochon applaudit.)Le présent amendement s’inspire d’un avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE) d’avril 2023, qui recommande d’interdire l’utilisation de fonds publics pour les projets de stockage de grande taille appelés mégabassines ou réserves de substitution. Nous proposons que ces projets, qui représentent une maladaptation, ne puissent plus être financés par de l’argent public. L’argent public des agences de l’eau doit servir à financer une meilleure adaptation, des solutions fondées sur la nature et des stockages adaptés aux territoires.

article Après_ 5 · amendement 320

Après l’article 5 ( amendements appelés par priorité – suite )

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #54

Tout d’abord, interdire le financement des réserves de substitution est directement contraire à l’objet du titre III du présent texte, qui vise précisément à sécuriser les projets de stockage inscrits dans des PTGE concertés : les agences de l’eau en sont un financeur essentiel et leur retrait rendrait la plupart de ces projets économiquement impossibles.

On ne vise que les grandes bassines !

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #56

Ensuite, conditionner l’ensemble des financements d’irrigation à l’agriculture biologique introduit une discrimination entre irrigants que rien ne justifie au regard des objectifs de gestion équilibrée de la ressource – nous en avons déjà parlé.Enfin, la disposition interdisant le financement du démantèlement des réserves jugées illégales est paradoxale car elle prive les agences d’un outil utile pour accompagner la mise en conformité après une décision de justice, ce qui est contraire à l’intérêt général.L’avis est donc défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Après l’article 5 (amendements appelés par priorité – suite)

Annie Genevard ministre · DR #60

Cet amendement me surprend un peu. M. Biteau nous a fait la démonstration tout à l’heure que lorsque les réserves de substitution étaient financées par de l’argent public et gérées publiquement – il donnait l’exemple de la Vendée –, cela marchait bien.

Après l’article 5 ( amendements appelés par priorité – suite )

Si c’est 100 % public, oui !

Après l’article 5 (amendements appelés par priorité – suite)

Annie Genevard ministre · DR #62

Or votre amendement dit exactement le contraire, madame la députée.S’agissant de l’agriculture biologique, nous avons dit dix fois ce que nous pensions : affirmer qu’il faut lui donner la priorité sur toute autre forme d’agriculture est une discrimination qui nous paraît problématique. Toujours est-il que l’interdiction de toute subvention publique pose un réel problème. C’est pourquoi nous émettons un avis défavorable.

La parole est à Mme Delphine Batho.

Voilà plusieurs fois que l’on nous objecte qu’affecter l’argent public prévu pour l’irrigation au soutien à l’agriculture biologique constitue une discrimination. Mais la grande différence entre l’agriculture biologique et l’agriculture chimique, c’est que la première ne recèle pas les coûts cachés de la seconde en matière d’assurance maladie, d’explosion du nombre de cancers, de conséquences pour les collectivités chargées de la fourniture de l’eau potable, qui doivent assumer les coûts de la dépollution et du charbon actif – et ainsi de suite.

Elle a raison !

Donc cessez de parler de discrimination quand il s’agit du mode de production agricole le plus vertueux pour les écosystèmes et la ressource en eau !

Pour la santé également !

#69

(L’amendement no 320 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Hélène Laporte president · RN #70

La parole est à M. Mickaël Cosson, pour soutenir l’amendement no 2190.

article Après_ 5 · amendement 2190

Il vise à encadrer les prescriptions des agences de l’eau pour les projets agricoles. On parle souvent de transposition entre la réglementation nationale et européenne ; l’amendement prévoit que les agences de l’eau ne puissent pas, sauf exception majeure, imposer aux projets agricoles des critères qui ne sont pas prévus par la réglementation en vigueur en matière d’eau, de milieu marin ou de biodiversité. L’idée est d’éviter les exigences variables, plus ou moins lourdes, d’un territoire à l’autre. La protection de l’environnement doit suivre des règles claires, prévisibles et équitables. C’est donc un amendement d’égalité de traitement et de sécurité pour les agriculteurs.

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #73

Certes, l’hétérogénéité des conditions, d’une agence à l’autre, nuit parfois à la lisibilité des dispositifs ; il ne s’agit cependant pas d’un dysfonctionnement, mais du produit d’une gouvernance décentralisée qui permet aux agences d’adapter leurs critères aux réalités hydrologiques, agronomiques, économiques. Un aquifère karstique méditerranéen n’appelle pas les mêmes critères qu’une plaine alluviale du Bassin parisien. Imposer par décret un socle national unique, interdire aux agences d’y déroger dans un sens plus restrictif, réduirait la capacité d’adaptation au terrain qui fait précisément leur valeur ajoutée par rapport à une administration centrale. Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #75

Même avis.

#76

(L’amendement no 2190 est retiré.)

Hélène Laporte president · RN #77

La parole est à Mme Delphine Batho, pour soutenir l’amendement no 917.

article Après_ 5 · amendement 917

Cet amendement reprend une proposition du groupe Modem qui elle-même faisait suite au rapport de la mission d’information sur la gestion des conflits d’usage en situation de pénurie d’eau. La mission estimant insuffisantes les sanctions infligées aux récidivistes en matière de non-respect des restrictions – par exemple lorsqu’un arrêté préfectoral, pour cause de sécheresse, interdit l’irrigation –, nous souhaitons les aggraver.

article Après_ 5 · amendement 917

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #80

L’amendement procède d’une logique d’affichage répressif, alors que le principal problème identifié tient à l’insuffisance des contrôles et que le droit permet déjà de sanctionner le non-respect de ces arrêtés. En outre, porter l’amende en cas de récidive à 15 000 euros, sans modulation selon la gravité des faits ou les volumes en cause, risque de créer des situations où elle deviendrait disproportionnée. La gestion durable de la ressource en eau suppose d’abord des moyens de contrôle, de prévention, d’accompagnement des usagers. Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #82

Même avis.

La parole est à Mme Delphine Batho.

J’aimerais savoir pourquoi, car ce qu’avance Mme la rapporteure est malheureusement faux. Que chacun comprenne bien : l’amende en cas de récidive s’élevant à 1 500 euros, bafouer l’arrêté préfectoral qui interdit l’irrigation coûte moins cher que de le respecter. (Mme Dominique Voynet applaudit.) Il faut que ce soit le contraire ; c’est élémentaire, extrêmement simple. Du reste, cette mesure proposée par le Modem est inspirée, je le répète, des conclusions de la mission d’information parlementaire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)

La parole est à M. le ministre délégué.

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #86

Au-delà du problème de l’eau, nous sommes en train de travailler à une réévaluation de l’échelle des sanctions en matière de police environnementale, au sens large. Il faudrait que votre demande s’inscrive dans cette réflexion d’ensemble, de manière à conserver une proportionnalité ; c’est la raison pour laquelle nous ne souhaitons pas aborder ce soir ce point précis, même s’il conviendrait d’alourdir ces sanctions.

#87

(L’amendement no 917 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Hélène Laporte president · RN #88

La parole est de nouveau à Mme Delphine Batho, pour soutenir l’amendement no 920.

article Après_ 5 · amendement 920

Nous avons beaucoup évoqué la rareté de l’eau et débattu des productions agricoles qui méritent que leur irrigation soit sécurisée, préservée, dans un contexte de changement climatique. Il ne s’agit plus de départager divers types d’agriculture alimentaire mais d’opposer, d’une part, la sécurité et la souveraineté alimentaires, d’autre part, les cultures à vocation énergétique, dont cet amendement vise à empêcher l’irrigation. (Mmes Marie Pochon et Lisa Belluco applaudissent.)

article Après_ 5 · amendement 920

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #91

Nous en avons déjà un peu parlé. Qu’en cas de pénurie d’eau l’alimentation humaine ait la priorité par rapport à l’énergie, c’est un principe légitime ; en revanche, cibler spécifiquement les cultures intermédiaires à vocation énergétique reviendrait à instaurer, entre les usages agricoles de l’eau, une hiérarchie qui dépasse la vocation de ce texte. En zone de répartition des eaux (ZRE), la gestion des priorités relève des PTGE, des arrêtés préfectoraux, des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et des Sage, le tout permettant un arbitrage territorialisé. Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #93

L’amendement vise à interdire, en ZRE, l’irrigation des cultures intermédiaires à vocation énergétique. Je souscris également au principe en vertu duquel l’alimentation est la vocation première de l’agriculture ; jamais nous ne connaîtrons l’équivalent du système allemand, où la viande de porc, par exemple, constitue un sous-produit de la méthanisation, ce que nous condamnons.Cependant, ces cultures intermédiaires présentent l’avantage de sécuriser le fonctionnement des méthaniseurs ; elles jouent aussi un rôle important en période d’interculture, leur couvert végétal évitant que le sol, entre récolte et semis, ne reste nu. Il appartient donc aux territoires dans le cadre des PTGE, aux organismes uniques de gestion collective (OUGC) dans celui de la stratégie d’irrigation, de définir les usages les plus pertinents. C’est la raison pour laquelle le gouvernement émettra un avis […]

La parole est à Mme Delphine Batho.

L’amendement n’a pas pour objet de remettre en cause des cultures intermédiaires, dont nous pourrions évoquer le rôle dans la rotation des cultures, par rapport aux nitrates, etc. Il s’agit uniquement de savoir si on les irrigue et à cette question, je réponds non. Dans un contexte de changement climatique, où le bien commun que constitue l’eau devient un bien rare, on ne consacre pas l’irrigation à des cultures intermédiaires à vocation énergétique ; ce serait un non-sens, une absurdité.De surcroît, il n’est pas vrai que les PTGE et autres permettent d’apprécier au cas par cas. Sans fondement légal, aucun OUGC ne peut décider d’exclure de l’irrigation tel type de culture. Il faut une disposition législative. Si mes souvenirs sont exacts, l’Assemblée avait d’ailleurs adopté un amendement en ce sens lors de l’examen du projet de loi Egalim ; l’opposition des sénateurs a malheureusement […]

La parole est à M. Dominique Potier.

Je soutiens Mme Batho. Pour élargir un peu la perspective, deux choses dans ce texte nous inquiètent terriblement : d’une part, la banalisation, sans régulation, de l’agrivoltaïsme de masse ; d’autre part, une méthanisation en vue de laquelle le gouvernement, sur les conseils du département énergétique de Bercy, a fait le choix de l’injection alors que la cogénération pouvait engendrer des systèmes vertueux d’économie circulaire, recyclant les effluents et permettant une certaine optimisation.Ces deux décisions, je le répète, sont terribles ; ajoutez la capacité à irriguer des agriculteurs les plus puissants, ceux qui disposent de l’entregent et des moyens financiers nécessaires, et vous obtenez un système totalement déraisonnable. Nous sommes en train de nous préparer à des pénuries, à des crises énormes, et nous utiliserions de l’eau pour fabriquer de l’énergie, avec un taux de […]

Tout à fait !

Hélène Laporte president · RN #103

Je mets aux voix l’amendement no 920.

#104

(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

Hélène Laporte president · RN #105

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 120 Nombre de suffrages exprimés 113 Majorité absolue 57 Pour l’adoption 50 Contre 63

#106

(L’amendement no 920 n’est pas adopté.)

Hélène Laporte president · RN #107

Sur l’amendement no 121, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à Mme Stéphanie Galzy, pour soutenir l’amendement.

article Après_ 5 · amendement 121

Il ne s’agit pas d’un amendement de confort mais d’un cri d’alerte, montant de nos territoires agricoles. Partout dans nos campagnes, les exploitants voient les sécheresses qui s’enchaînent, les récoltes fragilisées, les rendements qui baissent ; pendant ce temps, l’État regarde ailleurs. Le stockage de l’eau est devenu une nécessité vitale – pas demain, maintenant. Tout en se battant pour survivre, nos agriculteurs se heurtent aux lenteurs administratives, aux blocages idéologiques, à l’inaction gouvernementale.Dans ma circonscription, viticulteurs et vignerons ont fini par comprendre qu’ils ne devaient pas attendre grand-chose : ils s’organisent, créent des associations, travaillent collectivement à des projets d’irrigation, non pour leur confort, je le répète, mais parce qu’ils refusent de mourir. Voilà où nous en sommes ; des femmes, des hommes qui nourrissent la France sont obligés […]

article Après_ 5 · amendement 121

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #112

Dans un contexte de diminution structurelle des eaux renouvelables, inscrire au sein du code rural le développement du stockage de l’eau sans y associer des conditions d’efficience et de partage de la ressource constituerait un signal normatif déséquilibré. Par ailleurs, les articles 5 et 6 du texte traitent la question du stockage de manière opérationnelle et équilibrée, en articulant développement, efficience, gouvernance démocratique, fondement scientifique des décisions, respect des contraintes environnementales, dans le cadre des PTGE. Cet ajout au code rural serait superflu : avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #114

Votre amendement est satisfait par l’article L. 211-1 du code de l’environnement et de la pêche maritime, déjà souvent mentionné au cours de ce débat, qui dispose qu’« une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau […] vise à assurer », entre autres choses, « la promotion d’une politique active de stockage de l’eau ». Cette finalité, clairement exprimée dans le code de l’environnement, répond à votre intention.Par ailleurs, puisque vous défendez la filière viticole, il est injuste de prétendre que rien n’est fait en la matière. La France est à la manœuvre à Bruxelles pour soutenir le train de mesures ciblées sur le secteur viticole – le paquet « vin ». Les dispositions qu’il contient sont élaborées en parfaite coordination avec la filière viticole et vinicole. Sur le seul exercice budgétaire en cours, nous avons ouvert près de 130 millions d’euros en autorisations d’engagement […]

La parole est à Mme Manon Meunier.

Vous souhaitez inscrire le stockage de l’eau au sein du code rural et de la pêche maritime parmi les priorités pour atteindre la souveraineté alimentaire ; mais le faire sans aborder, de façon plus générale, la gestion de l’eau serait une erreur.En agriculture, la question de l’eau ne peut en effet se résumer au seul stockage. Certes, c’est un des enjeux, nous ne l’avons jamais nié, et plusieurs cultures nécessitent des retenues collinaires qui doivent être évaluées au cas par cas, selon les territoires, en tenant compte en priorité de la disponibilité de la ressource en eau et des conflits d’usage. Mais l’action ne peut s’arrêter là. Elle doit également passer par le développement de cultures plus sobres en eau, à l’heure où les périodes de sécheresse s’accentuent. Cela implique une réflexion sur le choix de variétés et d’espèces particulières, y compris pour l’alimentation animale, en […]

Hélène Laporte president · RN #121

Je mets aux voix l’amendement no 121.

#122

(Il est procédé au scrutin.)

Hélène Laporte president · RN #123

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 131 Nombre de suffrages exprimés 127 Majorité absolue 64 Pour l’adoption 37 Contre 90

#124

(L’amendement no 121 n’est pas adopté.)

Hélène Laporte president · RN #125

Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 105, 538, 612 et 1207, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 105, 538 et 612 sont identiques.Les amendements nos 105 de M. Corentin Le Fur et 538 de M. Thierry Liger sont défendus.La parole est à M. Eric Liégeon, pour soutenir l’amendement no 612.

article Après_ 5 · amendement 105 et 538

L’eau est indispensable à toute production agricole. Sécuriser son accès pour les agriculteurs consiste à garantir une disponibilité suffisante et régulière de l’eau, afin de protéger les cultures comme les élevages. Cela préserve l’alimentation des populations, garantit les revenus agricoles et concourt à la souveraineté alimentaire. Face aux effets du changement climatique et à la variabilité accrue de la pluviométrie annuelle, le développement des capacités de stockage de l’eau constitue un levier structurant pour garantir la résilience des exploitations et procurer une alimentation suffisante, stable, saine et accessible à tous. Le présent amendement vise ainsi à inscrire, parmi les principes fondamentaux du code rural et de la pêche maritime, une orientation claire en faveur de la sécurisation de l’accès à l’eau pour l’agriculture.

Hélène Laporte president · RN #128

L’amendement no 1207 de Mme Sandra Marsaud est défendu.Quel est l’avis de la commission ?

article Après_ 5 · amendement 105 et 538
Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #130

Ces amendements visent à inscrire des objectifs d’augmentation des volumes stockés ou du nombre d’ouvrages de stockage dans les Sdage, ce qui revient à faire de l’accroissement des prélèvements une fin en soi, indépendamment des ressources disponibles et de l’état des milieux. C’est précisément la logique inverse de celle du présent texte, qui conditionne le développement du stockage à des PTGE concertés et fondés sur les meilleures connaissances hydrologiques. Les Sdage ont vocation à gérer l’équilibre de la ressource, non à en promouvoir l’exploitation croissante.Je soutiendrai ultérieurement un amendement qui répond plus efficacement à l’objectif sous-jacent des présents amendements, puisqu’il proposera d’intégrer dans les Sage des orientations stratégiques de développement du stockage associées à des objectifs d’efficience.Pour ces raisons, avis défavorable sur l’ensemble des […]

Quel est l’avis du gouvernement ?

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #134

Le gouvernement partage évidemment l’objectif de ces amendements. Leur mise en application pratique soulèverait en revanche un certain nombre de difficultés, à commencer par le bouleversement de la hiérarchie des usages, qui risque de poser des problèmes en matière de sécurité civile et de potabilité de l’eau.Par ailleurs, s’agissant de la hiérarchie des usages anthropiques, le gouvernement est opposé à l’établissement d’une priorité entre les différents usages économiques. Ce serait une source de complexité si nous devions arbitrer entre les besoins de l’agriculture, du tourisme ou de la production d’énergie. Par souci d’éviter la complexification et eu égard aux impératifs de sécurité, le gouvernement est défavorable à ces amendements.S’agissant ensuite de la fixation des objectifs de stockage dans les Sdage, nous considérons, comme Mme la rapporteure, que cet échelon n’est pas le […]

#139

(L’amendement no 1207 est retiré.)

La parole est à M. Benoît Biteau.

Ces amendements posent un problème de fond comme de forme.Sur le fond, d’abord : lorsque l’on élabore un Sdage, la démarche des agences de l’eau – j’ai le plaisir de siéger dans deux comités de bassin différents – consiste à privilégier une approche globale. Il s’agit d’organiser au mieux, sur les territoires et les bassins-versants, le grand et le petit cycle de l’eau, qui sont les deux compétences principales des agences de l’eau. C’est dans cet esprit que s’élabore le schéma directeur, avec pour fil conducteur le principe du pollueur-payeur qui a d’ailleurs présidé à l’émergence même des agences de l’eau. Pour ces raisons, on ne peut inscrire d’office le stockage sans y intégrer les aménagements du territoire nécessaires à la restauration du grand cycle de l’eau, ni la dimension agricole pour ne pas affecter son petit cycle.Sur la forme, ensuite : les Sdage, élaborés par les comités […]

#144

(Les amendements identiques nos 105, 538 et 612 ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Hélène Laporte president · RN #145

Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 247, par les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Union des droites pour la République ; sur l’amendement no 835, par le groupe Socialistes et apparentés. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Anne Stambach-Terrenoir, pour soutenir l’amendement no 247.

Nous vous proposons par cet amendement de voter un moratoire sur les projets de mégabassines. Puisque vous nous jurez depuis ce matin que ce texte ne vise absolument pas à les favoriser, nous vous proposons de l’inscrire explicitement dans la loi.Vous persistez à nier les faits, comme si nous ne savions pas lire. Pourtant, la suppression des réunions publiques sur les projets de stockage de l’eau ne vise-t-elle pas à autoriser, en catimini, les projets les plus contestés, c’est-à-dire ces mégabassines ? De même, permettre au préfet de passer au-dessus de la justice ou du schéma d’aménagement et de gestion des eaux pour imposer un projet de stockage de l’eau, n’est-ce pas faciliter l’implantation de mégabassines ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Les mégabassines ne constituent pas une adaptation au changement climatique, contrairement à ce que vous répétez à […]

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #153

Nous en avons déjà longuement débattu.

Non !

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #155

La notion de mégabassine n’a aucune assise juridique. Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #157

Tout d’abord, votre amendement est totalement dépourvu de portée normative. La notion de mégabassine n’existe que dans votre vocabulaire ; elle ne figure ni dans le code de l’environnement, ni dans le code rural et de la pêche maritime, ni dans ce projet de loi. Je n’ai eu de cesse de vous demander à quel article vous en auriez trouvé l’occurrence, ce que vous êtes incapable de faire.

Aux articles 5 et 6 !

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #159

La vérité, c’est que cet amendement confirme la position que vous tenez depuis le début : vous ne voulez aucun stockage d’eau. Vous considérez que le stockage n’est pas un outil d’adaptation au changement climatique.

De maladaptation !

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #161

Au fond, vous ne voulez pas d’eau parce que vous ne voulez pas d’agriculture, madame la députée. Tel est le sens véritable de votre amendement. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Lamentable !

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #163

Vous ajoutez à cela une forme d’indignité : quand des individus viennent à Sainte-Soline avec des armes par destination, qui peuvent être des armes de guerre, quand ils blessent des policiers et des gendarmes, ce n’est pas l’environnement qu’ils défendent. Ils sont contre les forces de l’ordre et contre l’ordre dans ce pays. Voilà ce que vous défendez, madame la députée. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

C’est vraiment mauvais !

Le sens de la nuance !

Rendez-nous Mme Genevard !

La parole est à M. Nicolas Turquois.

Nous avons écouté tout l’après-midi des orateurs expliquer qu’il était très important de respecter la démocratie de l’eau. Le dernier alinéa de l’amendement prévoit que « Les autorisations de construction et d’exploitation de mégabassines délivrées dans les dix années précédant la promulgation de la présente loi sont suspendues durant la durée du moratoire. » Vous voulez même remettre en cause des projets qui auraient été validés, mais non encore réalisés. C’est la preuve que vous vous contrefichez de la démocratie de l’eau ; vous voulez monter les agriculteurs et la population les uns contre les autres. Voilà ce que vous faites ! (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et EPR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Même si, je l’entends, prélever de l’eau l’hiver pour irriguer l’été peut avoir un impact à court terme sur le milieu, cet impact est moindre que lorsque […]

La parole est à Mme Manon Meunier.

Madame la ministre de l’agriculture, vous disiez tout à l’heure sur le ton de la plaisanterie que nous menions la lutte des classes des paysans, comme si c’était quelque chose de dépassé. Eh bien oui, nous menons la lutte des classes des paysans. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) En réalité, la lutte contre les mégabassines s’inscrit précisément dans cette logique. Ces installations sont le meilleur moyen que vous avez trouvé pour privilégier une petite partie des paysans – c’est ainsi que ça se passe. Alors que tous les paysans d’un territoire contribuent au financement des mégabassines par l’intermédiaire d’une Coop de l’eau, seuls quelques-uns bénéficient de l’eau qui est stockée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP).

Eh voilà !

Derrière, ce qu’on ne dit pas, c’est que ce sont des millions d’euros d’argent public qui sont concentrés sur quelques paysans, tandis que les autres galèrent parfois à construire des petites retenues collinaires. J’ai pris tout à l’heure l’exemple d’une maraîchère dans ma circonscription qui voulait créer un petit ouvrage de stockage. Il lui a fallu de nombreuses années pour réussir à obtenir quoi que ce soit. Elle a dû débourser des dizaines de milliers d’euros qu’elle a eu des difficultés à réunir. Ce n’était pas un blocage démocratique ; c’est simplement que l’argent public n’est pas orienté en priorité vers ces paysans qui contribuent à la souveraineté alimentaire, mais vers vos amis, vers ceux que vous préférez privilégier.

Les gros !

Je rappelle que 34 % de la production des surfaces irriguées sont destinés à l’exportation. Vous construisez des mégastructures pour l’exportation – vous exportez notre eau. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) Oui, nous menons la lutte des classes des paysans. Dans notre pays, l’écart entre les paysans les plus riches et les paysans les plus pauvres est bien plus élevé que pour les autres métiers. Il y a aujourd’hui de très gros paysans, qui s’approprient une grande partie des richesses (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP),…

Merci de conclure, madame la députée.

…et ce sont eux que vous privilégiez dans vos politiques. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. – Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière. – Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

La parole est à M. Benoît Biteau.

Ce moratoire vise à évaluer la pertinence, y compris économique, des mégabassines. Les agences de l’eau commencent à publier des études qui montrent que le retour sur investissement de l’argent public qu’elles y injectent est faible : quand on met 1 euro d’argent public dans de tels projets, le retour économique pertinent n’est que de 70 centimes environ. L’argent public investi est supérieur au retour économique. La pertinence des mégabassines doit par conséquent être précisément évaluée dans le cadre d’un moratoire.Monsieur Turquois, j’ai l’honneur et le plaisir d’être l’élu d’une circonscription où cinq mégabassines viennent d’être définitivement interdites par le Conseil d’État. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les porteurs de projet devront restituer 1,2 million d’euros de subventions et la remise à l’état initial se fera à leurs frais. C’est bien la preuve que […]

Oh, certes non !

…mais de protéger les agriculteurs du désagrément de devoir ensuite restituer l’argent public qu’ils ont perçu et remettre le site à l’état initial, parce que les projets sont totalement contraires aux règles, que ce soient les règles européennes ou les règles nationales. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.) Ainsi, cette mesure vise aussi à protéger les agriculteurs de dérives qui pourraient les exposer à de graves difficultés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

La parole est à Mme la ministre.

Annie Genevard ministre · DR #183

J’ai le souvenir d’avoir rencontré, au dernier Salon de l’agriculture, un des agriculteurs concernés par une réserve de substitution. Dans votre bouche, ce sont des mégabassines, comme il y a des mégapoulaillers, ou des fermes-usines (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP),…

Arrêtez !

Annie Genevard ministre · DR #185

…mais cela s’appelle des réserves de substitution – pour les périodes pendant lesquelles il n’y a pas d’eau.

Des méga-réserves de substitution !

Annie Genevard ministre · DR #187

Cet agriculteur, qui était membre d’une coopérative ayant élaboré un projet de réserve de substitution, était au désespoir. Il cultive des semences, ce n’est pas un gros céréalier producteur de maïs – cette catégorie d’agriculteurs est votre bête noire, l’archétype de l’agriculteur que vous conspuez à longueur d’interventions. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

C’est le système que nous dénonçons !

Annie Genevard ministre · DR #189

Cet homme ne correspond pas du tout au portrait que vous faites des agriculteurs concernés par ces projets. Par ailleurs, je rappelle que la surface agricole utile consacrée au maïs dans notre pays s’élève à 560 000 hectares. Si vous considérez que le soutien à cette filière est indu, cela va poser un réel problème de reconnaissance pour un très grand nombre d’agriculteurs dans notre pays.Cet amendement est particulièrement scandaleux parce qu’il est rétroactif. Le moratoire concernerait non seulement les projets en cours d’instruction, mais aussi les autorisations délivrées dans les dix années qui ont précédé la promulgation de la présente loi.

C’est une maladaptation !

Annie Genevard ministre · DR #192

Il y a vraiment une volonté punitive dans cette approche, qui n’est pas acceptable. Avis totalement défavorable.

Hélène Laporte president · RN #193

Je mets aux voix l’amendement no 247.

#194

(Il est procédé au scrutin.)

Hélène Laporte president · RN #195

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 141 Nombre de suffrages exprimés 130 Majorité absolue 66 Pour l’adoption 31 Contre 99

#196

(L’amendement no 247 n’est pas adopté.)

Hélène Laporte president · RN #197

La parole est à Mme Delphine Batho, pour soutenir l’amendement no 915.

article Après_ 5 · amendement 915

Il vise à énoncer un principe simple et de bon sens : en République, dans un État de droit, les décisions de justice s’appliquent. Quand une décision de justice a déclaré qu’un ouvrage était illégal, les pouvoirs publics et l’État ne peuvent pas chercher à contourner cette décision en procédant à des formes de régularisation a posteriori. (M. Maxime Laisney applaudit.)

article Après_ 5 · amendement 915

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #200

Le droit existant prévoit déjà que les porteurs de projet dont les autorisations ont été annulées doivent procéder à la remise en état du site. Inscrire dans la loi une interdiction générale de régularisation irait à l’encontre de la jurisprudence du Conseil d’État, qui admet la régularisation lorsque le vice ayant conduit à l’annulation est réparable, ce qui est bien sûr souhaitable pour les exploitants agricoles et les autres usagers d’ouvrages de stockage. Le présent texte prévoit précisément le mécanisme de l’autorisation provisoire pour gérer la transition vers une nouvelle autorisation. C’est une voie équilibrée. Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #202

Même avis.

Dommage qu’on n’ait aucune explication !

La parole est à Mme Delphine Batho.

Mon collègue a évoqué la situation des réserves dites de l’Association syndicale autorisée d’irrigation (Asai) des Roches. Je voudrais pour ma part interroger le gouvernement sur le lac de Caussade.

Bien sûr !

Excellente question !

Peut-on, dans un État de droit et une république, s’arroger le droit de construire de façon illégale des ouvrages de stockage ? Alors que ces ouvrages ont été déclarés illégaux à plusieurs reprises par la justice, le préfet cherche une manière de régulariser la situation. L’intention de cet amendement est de l’empêcher. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

La parole est à M. Alexandre Allegret-Pilot.

La scène est cocasse : la gauche veut nous interdire de régulariser des réserves en eau, alors qu’à longueur de journée, elle veut régulariser des clandestins dans notre pays. (Rires et exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Il y a une différence : ce sont des humains !

À un moment, réveillez-vous ! Refuser de régulariser des réserves en eau alors qu’on veut régulariser des personnes qui méprisent notre République, il y a un problème ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Parfois, mieux vaut se taire ! Ou réfléchir avant de parler.

La parole est à M. le ministre délégué.

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #215

Je suis en désaccord total avec vous, madame la ministre Batho. Quand un ouvrage a été déclaré illégal par une décision de justice, le porteur de projet a le choix entre la mise en conformité – c’est d’ailleurs ce que nous faisons s’agissant des volumes prélevables – ou la remise en état. Dans quelle République serions-nous si la décision de justice imposait un démantèlement immédiat ? Ce ne serait pas la même République.

Ça rame !

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #217

Par ailleurs, un soupçon de partialité pèse ici sur le corps préfectoral. Les préfets représentent l’intérêt général et ils le défendent – c’est inscrit dans la Constitution de la Ve République. Ils n’ont pas à concilier des intérêts particuliers avec un intérêt général – ils défendent par définition ce dernier. Dans le cas d’espèce de Caussade, les propositions de régularisation qui ont été faites ne sont pas définitives et n’ont pas encore été établies. Évidemment que le principe du contradictoire s’applique. (Protestations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Toutefois, ce n’est pas un contradictoire arbitraire ; il se fait sous l’autorité du juge.

Ça fait dix ans que ça dure !

Mathieu Lefèvre ministre délégué · EPR #219

Si on imposait le démantèlement immédiat dès lors qu’une décision de justice était prise, il n’y aurait plus beaucoup de gens pour vouloir investir dans ce pays et construire des projets. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.)

Bah voyons !

C’est la garantie d’impunité !

#222

(L’amendement no 915 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Hélène Laporte president · RN #223

La parole est à Mme Delphine Batho, pour soutenir l’amendement no 916.

article Après_ 5 · amendement 916

Il vise à construire la paix de l’eau dans le département des Deux-Sèvres, dont beaucoup d’entre vous parlent sans y vivre…

article Après_ 5 · amendement 916

Ça arrive souvent !

…et sans savoir quelle est aujourd’hui la situation de ce territoire dans lequel les tensions et la violence empoisonnent la vie quotidienne.Par cet amendement, je propose tout d’abord que les autorisations environnementales des réserves d’irrigation dont les travaux n’ont pas commencé soient abrogées ; et ensuite, que la gestion de l’eau pour l’irrigation agricole fasse l’objet d’une concertation préalable qui aborde les solutions d’adaptation de l’agriculture et de l’irrigation au changement climatique.Ces autorisations environnementales ont été délivrées sur le fondement d’un dossier d’enquête publique qui date d’il y a plus de dix ans. Depuis, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) a estimé que les calculs de volumes d’eau prélevables ne tenaient pas compte du changement climatique, l’autorisation unique de prélèvement dans ce bassin-versant a été annulée, et la […]

article Après_ 5 · amendement 916

Quel est l’avis de la commission ?

Nathalie Coggia rapporteure pour avis · EPR #231

Je ne peux évidemment pas souscrire à votre amendement, pour plusieurs raisons.D’abord, abroger par voie législative et donc générale des autorisations individuelles qui ont été régulièrement délivrées porterait une atteinte grave à la sécurité juridique.Ensuite, le contentieux que vous citez montre que le droit existant permet aux juges administratifs d’assurer le contrôle de la légalité de ces autorisations. C’est ce contrôle qui doit jouer, plutôt qu’une abrogation législative rétroactive.Sur le fond, on en a déjà beaucoup débattu. Les réserves de substitution sont des outils, parmi d’autres, d’adaptation au changement climatique, dont la légitimité a été reconnue par le juge dans de nombreuses décisions. Le présent texte a précisément pour objet de sécuriser leur développement dans le cadre des PTGE, qui offrent la concertation territoriale préalable que vous appelez de vos vœux.Mon […]

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #237

Je fais miens les arguments de Mme la rapporteure.Je voulais ajouter que je me suis rendue dans les Deux-Sèvres. Ce déplacement, qu’on disait périlleux, s’est parfaitement bien déroulé. Ce n’était pas une visite Potemkine. J’ai rencontré tous les syndicats. Le panel complet des acteurs du stockage d’eau était présent.C’est en effet un territoire blessé, profondément traumatisé par les événements violents qui s’y sont déroulés. Je l’ai senti et j’ai compris ce jour-là à quel point un territoire comme celui-là avait besoin d’apaisement. Voilà le premier enseignement.Le deuxième enseignement que j’en tire, c’est que ces acteurs, y compris les syndicats plutôt proches de cette partie de l’hémicycle (Mme la ministre se tourne vers le côté gauche de l’hémicycle), m’ont dit ne pas être opposés aux réserves de substitution. Le prisme des événements violents de Sainte-Soline ne reflète pas le […]

J’ai plusieurs inscrits, mais je vais essayer de donner la parole à un orateur pour, un orateur contre et de faire tourner la parole. La parole est à M. Philippe Schreck.

Cet amendement en dit beaucoup sur le rapport entre l’écologie que je qualifierais de politique et notre agriculture.Il nous placerait dans la situation suivante. Une autorisation a été délivrée. Les travaux n’ont pas commencé, mais l’autorisation et les financements mis en place permettent à l’agriculteur d’investir, de trouver un successeur ou de développer des projets. Le premier coup de pioche n’a pas encore été donné et la loi annule l’autorisation. On anéantit tout. Cet amendement allie l’insécurité juridique au refus de l’irrigation pour notre agriculture.La loi a été respectée et appliquée, les autorisations ont été données et les financements sont versés. Il ne manque plus qu’à commencer les travaux, mais comme cela n’a pas été fait tout de suite, on abroge tout. Cela n’a pas de sens ! Nous voterons naturellement contre. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

La parole est à Mme Ersilia Soudais.

Madame la rapporteure, vous dites que nous avons déjà beaucoup débattu sur les mégabassines, mais la qualité du débat n’est pas là. Je ne reviens pas sur les interventions de l’extrême droite, qui case la question des clandestins alors qu’on parle de mégabassines. (« Ah ! » sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.) Avec eux, c’est simple, quoi qu’on dise, ils nous répondent : immigration !

Quel humour !

Du côté du gouvernement, on a face à nous un ministre qui fait mine depuis des heures de ne pas comprendre ce qu’est une mégabassine. Monsieur le ministre, une mégabassine, ce n’est pas n’importe quel ouvrage de stockage d’eau : c’est un ouvrage gigantesque, qui représente une dizaine de terrains de football. On ne parle pas de n’importe quel site de stockage d’eau. À un moment donné, il va falloir arrêter de faire semblant de ne pas comprendre !On a bien compris pourquoi vous le faites : l’idée, c’est de nous faire passer, encore une fois, pour des extrémistes. (Exclamations et applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR ainsi que sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR.) C’est ce qu’on entend depuis le début des débats. Mais la vérité, c’est que l’extrémisme est de votre côté, avec votre défense de l’agrobusiness, qui va jusqu’à la caricature. Vous pouvez masquer cela avec […]

Non, au contraire !

…puisque de grandes quantités d’eau s’évaporent ou se dégradent – jusqu’à 60 % du total de l’eau retenue dans certaines d’entre elles –, sans compter l’impact considérable de ces ouvrages sur les milieux naturels et la biodiversité.

La parole est à Mme Delphine Batho.

Madame la ministre, je vous remercie pour ce que vous avez relaté de votre visite en Deux-Sèvres, mais vous n’avez pas rencontré tout le monde. Vous ne m’avez pas rencontrée (Mme la ministre proteste) – vous m’aviez invitée, mais votre visite n’a pas eu lieu dans ma circonscription. Vous n’avez pas rencontré tous les élus locaux. Vous n’avez pas rencontré les associations environnementales. Vous n’avez pas rencontré les élus qui font face à des fermetures de captage d’eau potable. Vous n’avez donc vu qu’une partie de la réalité des Deux-Sèvres.Je reconnais une chose et je vous en donne acte : vous avez compris qu’il y avait un besoin d’apaisement. Mais comment apaiser si on ne fait pas « pouce », si on ne remet pas les choses à plat ? Mon amendement propose un chemin concret pour parvenir à un apaisement. Je n’ai pas compris comment, concrètement, vous pensiez pouvoir apaiser les choses […]

La parole est à Mme la présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Sandrine Le Feur présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire · EPR #257

J’ai entendu dire que l’on n’avait pas correctement débattu sur le sujet des mégabassines. Je tiens à rappeler qu’en octobre 2023, nous avions débattu en commission du développement durable d’une proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur le déploiement des mégabassines, défendue par Mme Clémence Guetté.

Donc, vous savez ce que sont les mégabassines !

#259

(L’amendement no 916 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt