Séance du 19 mars 2024 — 155e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Sébastien Chenu.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Sébastien Chenu.
Tours 1 à 200 sur 335 — page 1 / 2.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, de la proposition de loi portant diverses mesures relatives au grand âge et à l’autonomie (no 2327).
Cet après-midi, l’Assemblée a commencé d’entendre les orateurs inscrits dans la discussion générale.La parole est à M. Jérôme Guedj.
Mesdames les rapporteures de la commission mixte paritaire, nous y voilà ! Le texte que vous nous soumettez comporte des avancées ; nous le reconnaissons depuis le début. À aucun moment, du reste, nous n’avons douté de votre volonté de défendre la question du grand âge, tant la procrastination des gouvernements, de toutes sensibilités, qui se succèdent depuis quinze ans est devenue insupportable pour nos concitoyens.Madame la ministre déléguée chargée des personnes âgées et des personnes handicapées, je souhaite vous poser trois questions auxquelles, je l’espère, vous apporterez des réponses précises.Premièrement, comme je l’ai indiqué lors de la présentation de la motion de rejet préalable, le Gouvernement, qui a levé le gage, ferait preuve de transparence et de cohérence en communiquant à la représentation nationale l’estimation qu’il fait du coût budgétaire de la proposition de loi. […]
La parole est à M. François Gernigon.
Comme nous l’avons souvent souligné, le vieillissement de la génération du baby-boom va provoquer une explosion du nombre des personnes âgées, qui deviendront bientôt plus nombreuses que les enfants de 15 ans. Bien que des avancées significatives aient été réalisées ces dernières années – je pense à la création de la cinquième branche ou au renforcement du soutien à domicile et à la reconnaissance des aidants –, les professionnels et les usagers attendent des actions fortes qui améliorent la lisibilité et favorisent le virage domiciliaire plébiscité par plus de 85 % des Français. L’enjeu est financier, sanitaire et social.La proposition de loi répond à de nombreuses demandes de milliers de professionnels et de millions de personnes âgées. Elle résulte d’un débat nourri par différents travaux, y compris ceux menés par le Gouvernement dans le cadre du Conseil national de la refondation […]
La parole est à M. Sébastien Peytavie.
La motion de rejet préalable présentée par nos collègues socialistes ne relevait ni de la démagogie ni du caprice. C’est une alerte que nous devons toutes et tous entendre. C’est un rappel des engagements pris par les ministres successifs et le Président de la République pour redonner, enfin, de la dignité aux personnes âgées et à celles et ceux qui prennent soin d’elles au quotidien.Notre assemblée a elle-même pris acte de cette promesse en imposant au Gouvernement de présenter un projet de loi de programmation pluriannuelle sur le grand âge et l’autonomie. Mais les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient…Mesdames les rapporteures, madame la ministre, nous avons bien voulu vous faire confiance. Les professionnels du soin et de l’accompagnement, les personnes soignées et accompagnées y ont cru. Les députés de tous bords y ont cru, ou ont bien voulu y croire, y compris au […]
C’est du verbiage technocratique !
En effet, ce n’est pas la grande loi « grand âge et autonomie » qui nous a été tant promise. Le texte qui nous est présenté n’est même pas allé jusqu’au bout de son ambition puisque certaines avancées adoptées à l’Assemblée ont été restreintes ou supprimées par le Sénat – et parfois timidement rétablies en commission mixte paritaire.L’obligation pour les Ehpad privés lucratifs de réserver une part de leurs bénéfices à l’amélioration des conditions de vie ? Supprimée. L’automatisation des sanctions à l’encontre des Ehpad qui ne se conformeraient pas aux injonctions – on parle ici de manquements graves à la qualité et à la sécurité des soins – des agences régionales de santé (ARS) ? Supprimée. La pérennisation de la fusion des services d’aide et d’accompagnement à domicile (Saad) et des services de soins infirmiers à domicile (Ssiad) ? Supprimée également.Nous reconnaissons qu’un certain […]
Très juste !
Ce droit aurait dû être consacré par une véritable loi sur le grand âge et l’autonomie. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et SOC.) Or il exige des moyens financiers. Nous devions déjà investir 6 milliards d’euros par an, puis 9 milliards d’euros à partir de 2030. Où sont-ils ? Vous ne pouvez pas nous les promettre, parce qu’ils ne sont pas compatibles avec votre logiciel, et vous le savez. Votre logiciel, c’est celui qui réclame une économie de 10 milliards d’euros sur les services publics ; c’est celui de Bercy, qui considère que tout ne peut pas être toujours gratuit, pour tout le monde.
Eh oui !
De quoi parle-t-on, dès lors qu’aucun des PLFSS déposés par ce Gouvernement ne permettra d’investir dans le système de soin et d’accompagnement ? Avec cela, nous serons toujours en désaccord car, oui, nous n’avons ni la même vision du monde ni le même projet de société.Quand des améliorations sont possibles, qu’elles vont dans le sens des attentes exprimées – en l’occurrence, par les personnes soignées, les personnes accompagnées et les professionnels –, le groupe Écologiste ne s’oppose pas à un texte. Nous ne ferons donc pas obstacle à la proposition de loi mais, faute d’avoir obtenu des garanties suffisantes pour faire du bien vieillir une réalité, nous nous abstiendrons. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)
La parole est à M. Yannick Monnet.
Tout d’abord, je tiens à rectifier une erreur entendue plusieurs fois : il n’y a jamais eu d’unanimité sur ce texte puisque, depuis le départ, le groupe GDR a voté contre, considérant qu’on ne pouvait traiter la question du grand âge à moyens constants, et donc que ce texte n’était pas à la hauteur des besoins.Dès 2030, plus d’un Français sur trois aura plus de 60 ans. En 2040, le nombre de personnes âgées très dépendantes, qui exigeront une prise en charge lourde, s’élèvera à 2,2 millions, contre 1,3 million aujourd’hui. Le reste à charge moyen en Ehpad est d’environ 1 900 euros ; 77 % des Ehpad publics sont en déficit, et c’est le cas de 92 % des Ehpad dans le secteur associatif. Le taux d’encadrement moyen est de 6 équivalents temps plein (ETP) pour 10 résidents, quand il devrait être au minimum de 8 ETP pour 10 résidents, selon la Défenseure des droits. Voilà une partie du bilan du […]
La parole est à M. Laurent Panifous.
Cela fait un an déjà que nous travaillons sur cette proposition de loi. Issue des rangs de la majorité, elle se composait initialement de quelques mesures positives concernant l’accompagnement de nos aînés, à domicile comme en établissement. Nous dénoncions alors, avec d’autres, le grand décalage entre ce texte et la promesse présidentielle, lancée en 2017, renouvelée avec force au lendemain de la crise sanitaire et réaffirmée en 2022 – c’était hier.Il s’agissait de tenir enfin compte des enjeux profonds soulevés par l’accompagnement des personnes âgées les plus dépendantes. Le Président de la République affirmait que notre pays allait se donner les moyens de ses ambitions en créant les conditions d’un vieillissement digne, à domicile comme en établissement. Il nous invitait à fixer les objectifs, et les moyens nécessaires à ce défi, au sein d’une grande loi sur le grand âge.Les mois […]
La parole est à Mme Chantal Bouloux.
La présente proposition de loi traite d’un enjeu central, au cœur des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens : la perte d’autonomie. De près ou de loin, en milieu rural ou urbain, chacun, sur ces bancs, a été confronté à l’histoire d’un parent, d’un voisin, d’un proche ou d’une simple connaissance qui, du jour au lendemain, a éprouvé le besoin qu’on lui tende la main.Chacun d’entre nous peut se représenter ce qu’implique la dépendance. Qu’elle soit physique, mentale, émotionnelle ou sociale, elle implique d’abord une vulnérabilité dont il faut pouvoir s’accommoder, nécessite ensuite une adaptation à ce nouveau mode de vie contraint et exige enfin de la solidarité.C’est cet élan de solidarité qu’il nous revient, en tant que législateurs, d’organiser à l’échelle de la société. Le mur démographique qui se dresse devant nous impose de penser, dès aujourd’hui, les besoins d’une […]
Silence, je vous prie.
Face à ce constat, le choix de notre majorité est d’agir, sans attendre. Agir dans la continuité de l’action menée depuis 2017, dont le point d’orgue fut, en 2020, la création de la cinquième branche de la sécurité sociale ; agir dans la continuité des derniers PLFSS, qui ont marqué un soutien accru et continu aux métiers du grand âge.Cette proposition de loi constitue une nouvelle étape, au sein d’une stratégie globale qui s’articule autour de trois piliers : prévenir, protéger, accompagner.
Ce texte est vide !
Vous n’avez pas d’argent pour le faire !
Tout d’abord, prévenir la perte d’autonomie et l’isolement. L’enjeu central d’une politique de prévention efficace est de mieux coordonner l’action des différentes structures et des différents agents, afin que le repérage précoce des fragilités soit systématisé. À cet égard, le texte crée un service public départemental de l’autonomie, pour les personnes âgées et handicapées et pour les proches aidants. Ce guichet unique simplifiera le parcours de l’usager.Ensuite, protéger nos aînés. Ce texte vise à leur garantir un meilleur accès aux droits et à en ouvrir de nouveaux, tels que l’instauration d’un droit de visite effectif pour les personnes hébergées en établissement – absolu pour les résidents en fin de vie, y compris durant une crise sanitaire. En renforçant le signalement des maltraitances, le texte entend poursuivre la dynamique de restauration du lien de confiance entre proches […]
C’est indigent !
Considérant que cette proposition de loi constitue une étape majeure pour bâtir une société pleinement sensibilisée aux enjeux de la perte d’autonomie, le groupe Renaissance votera pour son adoption. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Encore heureux !
Sur le texte de la commission mixte paritaire, je suis saisi par le groupe Renaissance d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.
La CMP est parvenue à un accord, mais permettez-moi de rappeler le contexte. Si ces vingt dernières années, la prise en charge de la perte d’autonomie a fait d’importants progrès dans les domaines scientifique, organisationnel et financier, notre pays comptera 21 millions de seniors de plus de 60 ans en 2030, 3 millions de plus qu’aujourd’hui. Permettre aux seniors de vivre en bonne santé est un défi d’une ampleur considérable.Ce texte, à mille lieues des véritables problématiques du grand âge, ne répondra pas aux problèmes auxquels nous faisons face. Dès la première lecture, j’ai dénoncé le manque d’ambition et la pauvreté du contenu de cette proposition de loi qui, j’insiste, passe à côté d’innombrables sujets. De plus, nous attendons toujours la loi ambitieuse sur le grand âge maintes fois promise par le Gouvernement.La volonté politique du Gouvernement et de la majorité demeure donc […]
Quel est le rapport ?
N’oublions pas que 85 % des Français souhaitent vieillir à domicile. Nous devons amplifier les mesures en faveur d’un véritable virage domiciliaire, améliorer les conditions d’hébergement en Ehpad, et répondre au besoin d’inclusion des personnes en situation de handicap. (Brouhaha.)
Chers collègues, veuillez limiter le bruit de fond.
Il faut un changement profond des méthodes d’accompagnement de la vieillesse, ainsi qu’un suivi de qualité, ce qui requiert des réformes d’envergure et des moyens renforcés.Toutefois, le texte a le mérite de permettre quelques avancées. C’est particulièrement le cas des dispositions inscrites à l’article 3, qui consacre un droit de visite auquel nous tenons tant et qui était l’un des éléments phares du programme de notre candidate à la dernière élection présidentielle. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur quelques bancs du groupe RE.)
Mais quel est son nom ?
De qui s’agit-il ?
De Jean-Louis Tixier-Vignancour, peut-être ?
Chers collègues, veuillez laisser l’oratrice terminer son propos dans le silence.
Parmi les droits garantis à toutes les personnes prises en charge par les établissements sociaux et médico-sociaux, nous tenons absolument au droit opposable à la visite de proches, ainsi qu’au droit au maintien d’un lien social et à une vie familiale.Rappelons qu’entre mai 2021 et janvier 2023, la Défenseure des droits a reçu 281 réclamations individuelles dénonçant des atteintes aux droits, ce qui confirme, pour reprendre ses mots, le « caractère systémique de la maltraitance au sein des Ehpad ». Le droit de visite apparaît donc d’autant plus essentiel, en ce qu’il permet le maintien des liens sociaux et familiaux.Par ailleurs, je tiens à rappeler l’opposition du groupe Rassemblement national à l’article 9, qui dispense les petits-enfants et leurs descendants de fournir une aide pour l’hébergement. Alors que la solidarité familiale n’a jamais été aussi menacée et qu’il convient de […]
Chers collègues, veuillez laisser la dernière oratrice de la discussion générale terminer son propos dans le calme.
Il convient néanmoins de rester vigilant sur l’application de ce droit, car la présence d’animaux peut emporter des conséquences, chaque établissement devant pouvoir décider de sa propre organisation.Il est grand temps, également, de réfléchir à l’instauration d’un taux d’encadrement minimal des résidents dans chaque Ehpad, et d’augmenter le nombre de contrôles les concernant. (Brouhaha.)
S’il vous plaît !
Il conviendrait à cet égard d’accorder aux parlementaires un droit de visite permanent des Ehpad et des établissements habilités au titre de l’aide sociale à l’enfance (ASE), afin qu’ils puissent demander des comptes et signaler des manquements à la dignité humaine ou aux droits de la personne. Mon groupe, à l’initiative de Laure Lavalette, a déposé une proposition de loi en ce sens en novembre 2022.Autre élément : dans un contexte d’inflation et de baisse du pouvoir d’achat, il est indispensable d’augmenter le montant des indemnités kilométriques des professionnels de l’aide à domicile. (Brouhaha continu.)
Si ce bruit de fond, qui couvre la voix des orateurs, persiste, je suspendrai la séance. Si vous souhaitez faire traîner les choses, continuez ainsi ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe RE.) Le niveau sonore est insupportable pour tous les orateurs ; je vous demande donc de revenir au calme (Applaudissements sur les bancs du groupe RN), ou de sortir pour poursuivre vos discussions.Madame Dogor-Such, veuillez conclure.
Il suffit de regarder le déficit de la sécurité sociale pour se convaincre que ce manque permanent d’anticipation sur l’évolution de la démographie française est inacceptable, et ce d’autant plus que le texte qui nous est soumis ce soir prévoyait initialement cette disposition, finalement supprimée.Parce qu’il est de notre devoir de soutenir nos aînés et parce qu’elle contient les quelques mesures que j’ai évoquées, mon groupe votera cette proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
La discussion générale est close.Chers collègues, j’y reviens : si vous entrez dans l’hémicycle, c’est pour écouter les orateurs, quels qu’ils soient, et si cela ne vous convient pas, vous pouvez sortir. (Exclamations sur quelques bancs du groupe RE.) Si vous souhaitez mener des conversations privées, veuillez le faire à l’extérieur de l’hémicycle. Ici, on écoute les orateurs : c’est ainsi. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN et sur quelques bancs du groupe LR.)La parole est à Mme Annie Vidal, rapporteure de la commission mixte paritaire, que nous écoutons donc dans le silence.
Après des mois de travail, nous arrivons, chers collègues, à l’aboutissement de cette proposition de loi. J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’une « proposition de loi » car, comme tous les textes de ce type, celui-ci ne peut à lui seul traiter l’ensemble des problématiques du sujet qu’il aborde. (Mme Caroline Fiat s’exclame.) L’ampleur de la question du grand âge est d’ailleurs considérable. Les enjeux sont sociaux, sanitaires, médico-sociaux et ont trait aussi bien à l’adaptation des cités et des logements, à la formation, qu’à l’attractivité des métiers. J’y insiste : qui, sur ces bancs, pourrait prétendre qu’une proposition de loi pourrait englober tous ces éléments ?
Elle a raison !
C’est donc bien sur une proposition de loi sur laquelle nous nous apprêtons à nous prononcer. Il ne s’agit pas d’un projet de loi plus important, mais ce texte comporte des mesures concrètes et pragmatiques qui seront immédiatement utiles. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Non !
Vous ne parlez même pas de la loi de programmation alors que vous en aviez fait approuver le principe par un amendement !
J’ajoute qu’au-delà de ce vote, nous continuerons de travailler ensemble. Les sujets sont vastes et d’autres véhicules législatifs nous permettront d’avancer. (Mme Caroline Fiat s’exclame.) Dans cette attente, l’adoption de ce texte nous ferait franchir un pas supplémentaire en faveur de nos aînés. Chers collègues, je compte sur un vote responsable de votre part en leur faveur. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE. – Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et SOC.)
Justement !
La parole est à Mme Laurence Cristol, rapporteure de la commission mixte paritaire.
Ce soir, après dix-huit mois d’examen de cette proposition de loi, nous avons l’occasion de montrer combien nous soutenons les professionnels de santé (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE),…
Franchement, c’est exagéré.
Ce n’est pas tout à fait historique. Un peu de retenue !
…qui attendent le fameux guichet unique – il nous permettra de simplifier la vie de nos aînés –, qui attendent l’élaboration d’une stratégie de prévention de la perte d’autonomie, qui attendent le soutien des aides à domicile. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Silence, je vous prie !
Elle a raison !
N’oublions donc ni les professionnels, ni les personnes âgées, ni leurs aidants. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE, ainsi que sur les bancs des commissions. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des personnes âgées et des personnes handicapées, et je souhaite que nous l’écoutions dans le calme. Des amendements doivent être examinés, aussi aurez-vous l’occasion de vous exprimer.
Tout d’abord, je souscris pleinement aux propos de Mmes les rapporteures, sur lesquels je ne reviendrai pas.Ensuite, je remercie les différents orateurs pour leurs interrogations. N’étant pas du genre à me défiler, j’essaierai d’y répondre, en commençant par celles de M. Guedj.S’agissant de l’estimation du coût budgétaire de cette proposition de loi, elle s’élève à 500 millions d’euros, tous financeurs confondus.
Une paille !
Vous le voyez donc, monsieur Guedj, l’État est au rendez-vous et continue d’investir dans le grand âge : il n’y a absolument aucun désengagement de notre part.En ce qui concerne le pilotage, le texte, que vous avez voté en première lecture, prévoit la création de la conférence nationale de l’autonomie. Pensée sur le modèle de la Conférence nationale du handicap, elle nous permettra de réunir les acteurs concernés en vue de définir les grandes orientations.
Vous aviez parlé d’un comité interministériel !
Comme vous, je souscris pleinement à la nécessité de nous appuyer sur une approche interministérielle sur de nombreux sujets, tels que l’accessibilité, le logement ou encore le transport ; c’est-à-dire sur ce qui a trait au quotidien des personnes âgées.Quant aux suites à donner à ce texte, je me suis exprimée, monsieur Guedj.
Non !
Ce n’est pas clair !
Mais si ! J’ai dit que je voulais travailler avec vous, afin que nous avancions ensemble sur la question de la gouvernance, ou encore sur celle du développement de l’habitat intermédiaire, qui est attendu par nos concitoyens.
Oui ou non, y aura-t-il un projet de loi en 2024 ?
Rendez-nous Élisabeth Borne !
Et je veux travailler avec vous – ce qui vous concerne aussi, monsieur Guedj – sur la question du financement, qui est le nerf de la guerre. J’ai dit tout cela cet après-midi.
Le financement est bien le problème !
M. Peytavie a aussi évoqué un désengagement de l’État. Je répète que ce n’est absolument pas le cas.
Non, seulement 10 milliards de moins !
Les chiffres étant vite oubliés – c’est la politique du zapping –, je les rappelle : entre 2022 et 2027, nous augmenterons de 5,2 milliards d’euros les ressources de la branche autonomie. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Seule Mme la ministre déléguée a la parole.
Celles-ci passeront ainsi de 17,5 milliards à 22,7 milliards d’euros. Il n’y a donc aucun désengagement de l’État : nous sommes au rendez-vous ! (Mme Sandra Marsaud applaudit.) Vous avez d’ailleurs voté cette augmentation, je me permets de le dire. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Non, on ne l’a pas votée ! Il y a eu le 49.3, madame !
C’est vrai ! Les membres de La France insoumise n’ont peut-être pas voté cette mesure ! (Mêmes mouvements.)
Chers collègues, je vous prie de laisser Mme la ministre conclure son intervention. Dans le cas contraire, je suspendrai la séance et nous voterons un peu plus tard.
Vous n’avez donc pas voté l’augmentation des crédits alloués à la branche autonomie, ce qui est dommage pour les personnes âgées. (Mêmes mouvements.)
Arrêtez la caricature ! Nous aussi, nous avons travaillé.
Vous l’assumez, dont acte. Pour ma part, je m’engage à sanctuariser ce qui a été voté.En définitive, je compte sur vous pour voter cette proposition de loi, qui présente toute de même de belles avancées pour les personnes âgées. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE, sur quelques bancs du groupe Dem, ainsi que sur les bancs des commissions.)
J’appelle maintenant le texte de la commission mixte paritaire.Conformément à l’article 113, alinéa 3, du règlement, je vais d’abord appeler l’Assemblée à statuer sur les amendements dont je suis saisi.L’amendement no 1 de Mme Laurence Cristol, rapporteure, est de coordination.
(L’amendement no 1, accepté par le Gouvernement, modifiant l’article 1er bis A, est adopté.)
L’amendement no 2 de Mme Annie Vidal, rapporteure, est rédactionnel.
(L’amendement no 2, accepté par le Gouvernement, modifiant l’article 12 quater, est adopté.)
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi, compte tenu du texte de la commission mixte paritaire, modifié par les amendements adoptés par l’Assemblée.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 273 Nombre de suffrages exprimés 228 Majorité absolue 115 Pour l’adoption 177 Contre 51
(L’ensemble de la proposition de loi est adopté.) (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE, Dem et HOR, ainsi que sur les bancs des commissions.)
La parole est à Mme la ministre déléguée.
Je me réjouis vraiment de ce vote (« Libérez-vous ! » sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES), qui concrétise un travail parlementaire que je respecte, qui a duré un an et demi et qui comporte de très belles avancées pour les personnes âgées. Nous devons être au rendez-vous pour nos aînés. (MM. Benjamin Lucas et Maxime Minot s’exclament.)Je salue le travail des rapporteures, Mmes Laurence Cristol et Annie Vidal, qui se sont énormément investies.Je note (la ministre déléguée se tourne vers les bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES) que vous n’avez pas voté et que vous assumez donc votre désengagement ! (Vives protestations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Et nous en sommes fiers ! Nous en sommes fiers ! Cela fait sept ans que nous travaillons sur le sujet !
L’ordre du jour appelle la discussion du projet de loi visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires et à améliorer l’accompagnement des victimes (nos 2308, 2333). Avant la présentation, pour oxygéner vos neurones, je vous propose de suspendre la séance pour cinq minutes.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à vingt-deux heures quinze, est reprise à vingt-deux heures vingt.)
La séance est reprise.
La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de la ville et de la citoyenneté.
Elle est revenue de Marseille !
Vingt-trois ans après l’adoption de la loi du 12 juin 2001 tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, dite About-Picard, l’organisation et la réponse pénale de L’État ne sont plus adaptées aux phénomènes nouveaux des dérives sectaires.Il est donc impératif de renforcer notre arsenal juridique pour protéger les victimes face à ces phénomènes. C’est la raison de ma présence devant vous – et la raison de votre présence. La mobilisation de tous…
Pas toujours !
…est essentielle pour lutter contre toutes les formes de dérives sectaires. Le vote final de ce texte aura un impact fondamental pour adapter notre droit et, avec détermination, continuer le combat pour prévenir, punir et venir en aide aux victimes des mouvements sectaires.C’est le sens de la stratégie nationale pluriannuelle de lutte contre les dérives sectaires 2024-2027, qui décline treize objectifs et quarante mesures opérationnelles, parmi lesquelles le projet de loi dont nous discutons ce soir.Je l’affirme avec clarté,…
Ça change !
Très drôle… C’est ma conviction profonde et l’esprit de ce projet de loi : l’État ne lutte pas contre les croyances, les opinions ou les religions, mais bien contre toutes les formes de dérives sectaires. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen protège et garantit la liberté de conscience. Nous y sommes profondément attachés. C’est pourquoi nous avons collectivement travaillé à renforcer les garanties constitutionnelles de ce texte. (M. René Pilato s’exclame.)Mais l’État se doit de protéger ses citoyens contre les dérives sectaires, un fléau pour notre cohésion sociale et dont les pratiques dangereuses font des milliers de victimes chaque année – un fléau en constante évolution.
C’est vrai !
Illustrons ce propos : dans son dernier rapport, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) alerte sur les solutions miracles proposées par certains pseudo-thérapeutes contre des pathologies cancéreuses – comme des injections de gui ou encore des interruptions de soins de médecine conventionnelle qui peuvent être particulièrement dangereuses. Voilà ce à quoi nos familles, nos enfants, nos grands-parents ou même nos amis peuvent être exposés. Face à ces charlatans, dont les méthodes d’embrigadement évoluent sans cesse, nous ne pouvons laisser les victimes et leurs proches seuls, livrés à eux-mêmes. Notre devoir est de les protéger ; tel est le rôle du législateur. (M. Benjamin Lucas s’exclame.)De nouvelles grandes tendances caractérisent les dérives sectaires et le phénomène est en expansion. Les signalements à la Miviludes ont doublé […]
Il n’y a rien dans votre texte !
Cette prévention doit être au cœur de nos politiques publiques et j’en ai fait un des maîtres mots de ma feuille de route. Elle est le versant nécessaire de la bonne application du texte dont nous discutons.
C’est indispensable !
C’est pourquoi les effectifs de la Miviludes ont doublé ces dernières années afin d’assurer un soutien accru de l’État aux associations d’accompagnement des victimes, dont je tiens à saluer l’engagement. En outre, vous l’aurez constaté, nous avons lancé au début du mois une vaste campagne de communication et de sensibilisation du grand public. J’ai souhaité qu’elle vise directement les problématiques du quotidien des Français et expose les facteurs de vulnérabilité que des individus malveillants pourraient exploiter – comme la santé, la fortune, l’éducation ou l’éveil spirituel. Nous sommes déterminés à agir sur tous les terrains.Ce projet de loi vise à réformer en profondeur notre dispositif juridique de lutte contre les dérives sectaires. Il aura des effets importants tant sur la répression des auteurs que sur l’indemnisation et l’accompagnement des victimes.Le Gouvernement propose […]
Excellent !
Pour nos concitoyens, pour les familles qui ont vécu des drames et afin d’en éviter d’autres, sortons des postures politiques et prenons conscience de l’urgence qu’il y a à voter ce texte.En cohérence avec la création d’un nouveau délit d’assujettissement psychologique et physique, prévue à l’article 1er du projet de loi, nous avons proposé qu’une circonstance aggravante soit instaurée pour plusieurs crimes et délits – meurtres, actes de torture et de barbarie, violences ou encore faits d’escroquerie – commis dans un environnement sectaire. Cette mesure doit permettre d’adapter la réponse pénale au phénomène sectaire en tenant compte de la gravité de ces méthodes d’emprise.Nous souhaitons aussi renforcer l’accompagnement des victimes. Dans des conditions particulièrement strictes, définies par décret, et après avis du ministère public, l’État dressera la liste des associations agréées. […]
Très bien !
L’information des acteurs judiciaires sur les dérives sectaires sera améliorée en y associant davantage les services de l’État. Ces services d’experts pourront fournir aux juridictions judiciaires et aux parquets qui les sollicitent des informations susceptibles de les éclairer.Je souhaite à présent vous parler des objectifs de la création d’un nouveau délit d’assujettissement psychologique ou physique. Nous souhaitons agir en amont de l’abus de faiblesse, en sanctionnant le fait même d’assujettir une personne par des « pressions graves, ou réitérées, ou de techniques propres à altérer le jugement », déjà mentionnées par le code pénal.
Eh oui !
Ce nouveau délit permettra d’enrayer la mécanique néfaste de l’embrigadement sectaire – celle qui détruit la personnalité, coupe de l’environnement familial et ruine la santé. Cette mécanique est la porte ouverte à tous les abus.Nous visons là deux objectifs. Il s’agit de pallier les insuffisances d’un cadre juridique qui n’est plus à même d’appréhender les nouvelles formes de dérives sectaires. Il s’agit aussi d’améliorer l’indemnisation des victimes en prenant mieux en compte le préjudice corporel qui résulte de l’altération de la santé psychologique ou mentale des personnes sous emprise sectaire.En l’état du droit, les tribunaux prononcent de manière aléatoire la réparation de ce préjudice. Les victimes sont parfois découragées par les difficultés du combat judiciaire. Cette situation n’est pas acceptable : les victimes doivent être mieux protégées et indemnisées. C’est l’ambition de […]
C’est certain, merci beaucoup !
Votre expertise sur le sujet a été un atout lors de la construction de ce projet de loi et des discussions qui ont suivi.Vous savez combien je suis attachée au travail parlementaire ; je salue les évolutions qui complètent utilement les propositions du Gouvernement. Je me réjouis qu’elles s’inscrivent dans une volonté commune de renforcer la lutte contre les dérives sectaires et de mieux protéger les victimes.J’ai aujourd’hui toute confiance dans la mobilisation de cette assemblée pour continuer à défendre les victimes des dérives sectaires à l’occasion de cette nouvelle lecture.J’ai une pensée pour l’ensemble des associations spécialisées, qui agissent au quotidien pour venir en aide aux victimes et à leurs familles ; leur action est cruciale. Je vous le dis avec gravité : elles ont besoin de ce texte pour aider les victimes, toujours plus nombreuses, à sortir de ces spirales néfastes. […]
Exactement !
C’est ce qui me tient le plus à cœur et m’incite à continuer le combat. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)
La parole est à Mme Brigitte Liso, rapporteure de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.
Si nous sommes à nouveau réunis ce soir pour examiner le projet de loi visant à lutter contre les dérives sectaires, c’est que la commission mixte paritaire (CMP) n’a pas été conclusive. Nous aurions évidemment préféré que ce texte soit adopté à l’issue de la première lecture.Force est de constater que les positions de chaque chambre étaient trop éloignées pour qu’un compromis soit trouvé, ou même envisagé.J’avais fait de l’article 1er, qui crée un délit autonome de sujétion, et de l’article 4, qui sanctionne la provocation à l’abandon de soins, des lignes rouges. Je ne pouvais pas renier mes convictions et mettre à mal tous les efforts entrepris depuis six ans pour défendre les victimes en cherchant un accord à tout prix et en bradant le texte – je n’ai pu m’y résoudre, c’était impossible !La lutte contre les dérives sectaires est en effet un combat que je mène depuis mon premier […]
Je, je, moi je !
…j’ai écouté les victimes et leurs familles anéanties, entendu leur détresse, et perçu le besoin d’agir et de légiférer.Ce combat, je l’ai d’abord mené avec les ministres Marlène Schiappa, puis Sonia Backès – à l’initiative des assises nationales de lutte contre les dérives sectaires – et enfin, avec pugnacité, à vos côtés, madame la ministre – chère Sabrina. Je vous remercie chaleureusement.
Super !
C’est au plus près du terrain que ma conviction s’est forgée et que j’ai pu mesurer l’immensité de ce défi.Le constat est limpide : nous ne sommes pas suffisamment armés pour faire face aux dérives sectaires et aux nouveaux canaux qu’elles peuvent emprunter – sur les réseaux sociaux, à l’école, au sein de nos hôpitaux, sans oublier le business du bien-être. Ce sont nos lieux de vie et de sociabilité qui sont menacés.J’ai la conviction profonde qu’en adoptant ce projet de loi, nous éviterons des drames et protégerons la vie de milliers de Français. N’est-ce pas là l’une des missions dévolues aux parlementaires que nous sommes ?Aujourd’hui, l’heure est venue de prendre nos responsabilités.Ce texte, dont les ambitions sont multiples, renforce notre arsenal juridique en permettant à nos magistrats de mieux caractériser et sanctionner l’infraction à caractère sectaire – car on ne rend pas […]
C’est un peu logique, quand même !
…rappelons les autres avancées essentielles de ce projet de loi : l’agrément pour les associations, qui leur permet de se constituer partie civile ; la transmission, par le parquet, des condamnations aux ordres professionnels ; la circonstance aggravante si les faits de sujétion sont commis en ligne ; les peines complémentaires de suspension et de bannissement pour exercice illégal de la médecine en ligne introduites par les sénateurs ; l’extension du délai de prescription, porté à dix ans à compter de la majorité. C’est sur l’ensemble de ces dispositions que nous aurons à nous prononcer.Disons-le clairement, notre droit commun est insuffisant. Les délits d’abus de faiblesse, de pratique illégale de la médecine, de provocation au suicide, ou encore de mise en danger de la vie d’autrui ne permettent pas de punir les gourous à la hauteur des souffrances qu’ils engendrent.Pour preuve, je […]
Il y en a beaucoup !
Certainement pas pour les vols, le trafic de drogue ou les violences intrafamiliales ! Pourquoi les acceptons-nous pour les dérives sectaires ?Aujourd’hui, on juge partiellement, sans pouvoir rattacher une situation sectaire à un délit spécifique, tout simplement car un tel délit n’existe pas encore. Les gourous s’en sortent donc avec des amendes ou du sursis, et poursuivent à bas bruit leur entreprise macabre.Au-delà des avancées législatives, ce projet de loi doit être un outil de sensibilisation auprès du grand public. Nous sommes les lanceurs d’alerte ! Ce texte n’a évidemment pas la prétention de tout résoudre. Il constitue cependant une étape cruciale puisqu’il place la lutte contre l’emprise sectaire au cœur de l’agenda politique – enfin, et pour de bon ! Trop souvent calfeutré, étouffé dans l’intimité familiale, ce sujet intègre désormais la sphère publique.Nous pouvons mettre […]
On a essayé !
Ils s’égosillent, se fourvoient et, surtout, se trompent de combat.
Tiens, ça rime !
« Voici notre loi, lisez-la, et vous verrez qu’elle est faite de liberté, de franchise et de loyauté » : ces mots furent prononcés par Aristide Briand lors du débat sur la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État.
Très bien !
Comparaison n’est pas raison…
Comme un clin d’œil, ils résonnent avec le texte que nous examinons ce soir, fidèles à notre promesse républicaine.C’est pourtant simple : nous créons un délit de provocation à l’abandon de soins lorsqu’elle entraîne une perte de chance et a des conséquences particulièrement graves sur la santé. Nous sanctionnons également les charlatans qui poussent nos concitoyens à suivre un traitement dangereux.Naturellement, l’article 4 est encadré et borné par des critères stricts : le traitement proposé doit être présenté comme bénéfique pour la santé ; les pressions et manœuvres doivent être réitérées ; les chances de guérison du malade doivent être avérées ; l’intentionnalité du délit doit être appréciée par le juge.Cet article a d’ailleurs fait l’objet d’une réécriture dans un esprit transpartisan – ce qui prouve qu’il n’est pas maudit, mais attendu !Dernière obsession en date, ce texte […]
Mais c’est fini, c’est révolu tout ça !
Le débat doit être constructif et apaisé : nous le devons aux victimes et à leurs familles. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Dans la discussion générale, la parole est à M. Hadrien Clouet.
Nous examinons un texte censé lutter contre les dérives sectaires. Vérifions donc sa portée : empêcherait-il le président Macron de recevoir le scientologue Tom Cruise à l’Élysée ? Non. Bloquerait-il la construction du nouveau quartier général de la scientologie à Saint-Denis ou celle de nouveaux bâtiments de la Famille missionnaire de Notre-Dame en Ardèche ? (« Non ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES) Non. Limiterait-il les baptêmes organisés par Marine Le Pen au sein de la Fraternité Pie X ? (Mêmes mouvements) Non. Permettra-t-il la restitution de l’argent perçu par Jean-Marie Le Pen en raison de ses accointances avec la secte Moon ? (Mêmes mouvements) Pas davantage.
Et le gourou Mélenchon ?
Alors, quel est l’objectif de ce projet de loi ? Piétiner, suivant la procédure accélérée, tout le travail accompli depuis les assises nationales de la lutte contre les dérives sectaires, il y a tout juste un an. À cette occasion, les experts avaient expliqué qu’il était nécessaire d’accompagner les victimes, de déconstruire le discours d’emprise, d’équiper les services de contrôle en ligne et de renforcer la Miviludes.Mme la ministre vient de nous annoncer avoir doublé le nombre de postes de la Miviludes ; certes, mais il avait été divisé par deux juste avant ! Vous n’avez donc rien fait de nouveau. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Les experts avaient également estimé qu’il fallait consolider les partenariats européens ; à cet égard, il vaut mieux voter pour la liste de l’Union populaire aux prochaines élections européennes, vous serez sûrs d’élire des gens qui ont […]
Exactement !
Qu’avez-vous retenu de toutes les préconisations des experts ? Rien, ou si peu : des peines, des sanctions, des amendes. Ce texte vise uniquement à aggraver les sanctions contre les gourous, comme si ces derniers consultaient le code pénal avant d’exercer une emprise sur une personne tierce !Cela dit, nous pourrions voter un texte qui ne sert à rien : ce ne serait pas la première fois. (Sourires sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Mais pour une raison inconnue, vous avez déclenché la procédure accélérée – y avait-il une urgence ? Pas du tout –, qui vous a conduits à rédiger n’importe comment des dispositions exclusivement répressives, en inventant des peines dont la hiérarchie n’a aucun sens et qui redoublent des sanctions déjà existantes. Cela explique le rejet du Conseil d’État et du Sénat, que nous allons répéter ce soir.En outre, l’article 3 présente un recul pour les victimes : il […]
Eh oui, évidemment !
C’est également dangereux parce qu’une relation d’emprise ne se rompt pas à coups de code pénal ; elle se détricote petit à petit, grâce à l’accompagnement des victimes, grâce au rétablissement du doute méthodique dans leur conscience, avec le soutien et l’investissement des organismes publics – tous les experts le disent. D’où nos recommandations et nos amendements visant à renforcer les prérogatives et les moyens de la Miviludes, ainsi qu’à systématiser un conventionnement avec les agences régionales de santé (ARS), permettant de faire remonter les alertes et de les traiter directement. L’adoption de ces amendements conférerait son efficacité à un texte inefficace : vous devriez nous remercier.Seules quelques associations spécialisées savent engager le processus d’accompagnement des victimes et sont capables de soutenir ces dernières tout au long d’un procès, malgré la violence que […]
Eh oui !
Une autre voie était possible : soutenir toutes les associations dans l’obtention de la reconnaissance d’utilité publique, afin notamment qu’elles disposent de suffisamment de personnel. Tel est le sens de nos amendements visant à mener des campagnes de prévention et de sensibilisation, que vous voterez, je l’espère. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NUPES.)Mais la question la plus centrale n’est pas posée : depuis un siècle, comment sommes-nous parvenus à faire reculer les sectes ? Grâce aux livres, à la science et à l’intelligence collective, plutôt que grâce à la matraque. Mettez de l’argent dans les écoles, dans la littérature scientifique et dans la santé publique ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Vous doterez ainsi les consciences de la force dont elles ont besoin pour tracer leur route loin des gourous ! (Applaudissements […]
Bravo !
Brillant !
La parole est à M. Paul Molac.
Les dérives sectaires sont un fléau qui a gagné tous nos territoires et ne cesse de progresser. Nous avons tous à l’esprit les gens qui font du porte à porte pour vendre des marchandises, voire des idées plus ou moins farfelues, tout en tentant de nous mettre sous leur coupe. Désormais, le danger sectaire s’invite sur nos téléphones, nos réseaux sociaux, nos écrans ; bref dans bon nombre d’aspects de notre vie quotidienne.Nous devons donc être vigilants, pour protéger nos concitoyens. La Miviludes ayant démontré son utilité dans la lutte contre les dérives sectaires, le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires se réjouit de la consécration de son rôle et de ses fonctions. En première lecture, des amendements de notre collègue Béatrice Descamps ont permis de préserver son caractère interministériel et de renforcer ses liens avec le secteur associatif. Alors que par le […]
Elle n’a pas dit ça !
J’attends plus d’humilité et moins de provocation de la part du rapporteur d’un texte de loi. Informer la presse avant la représentation nationale n’est pas acceptable. Il est regrettable de songer que si l’on avait maintenu la suppression de cet article, la commission mixte paritaire aurait pu être conclusive, rendant l’application du texte plus rapide.Je reconnais toutefois que la rédaction de l’article est plus équilibrée que le texte initial, même si elle soulève toujours des difficultés et des interrogations. Notre rôle de législateur consiste précisément à identifier ces problèmes et à leur prêter attention. Notre groupe considère que l’arsenal pénal actuel est suffisant ; tel est du reste l’avis du Conseil d’État. Par ailleurs, notre groupe s’interroge sur l’effectivité de la protection des lanceurs d’alerte. L’article 4 prévoit également que l’infraction n’est plus constituée si […]
La parole est à Mme Mathilde Desjonquères.
Le présent projet de loi entend répondre à la hausse préoccupante des dérives sectaires, en particulier thérapeutiques. En 2021, le nombre de saisines de la Miviludes a augmenté de 86 % par rapport à 2015 ; un quart environ de ces saisines étaient en lien avec la santé.Depuis une dizaine d’années, ces dérives thérapeutiques ont évolué : on y retrouve une multitude de groupes ou d’individus qui investissent en particulier les domaines de la santé, de l’alimentation et du bien-être, mais aussi le développement personnel, le coaching et la formation. Comme je l’ai rappelé tout au long de l’examen de ce texte, la crise sanitaire a été un terreau fertile pour les dérives sectaires. Nous avons vu émerger sur le web des gourous 2.0, de nouveaux maîtres à penser autoproclamés, agissant en ligne et mettant à profit la viralité des réseaux sociaux pour fédérer autour d’eux de véritables […]
La parole est à M. Didier Paris.
Nous avons tous parfaitement conscience des tenants et des aboutissants de ce texte relativement délicat puisqu’il vise à faire la jonction entre protection de la santé et protection des libertés individuelles. Cependant, chacun d’entre nous est convaincu de son absolue nécessité, compte tenu du développement du mécanisme sectaire, notamment grâce aux nouvelles techniques numériques, mais aussi en raison de la perte de valeurs et de repères dans la société – la crise sanitaire que nous avons traversée y a sans doute également contribué.Si nous sommes d’accord pour reconnaître le développement des sectes, nous devons également nous mettre d’accord pour en combattre les dérives ; tel est précisément l’intérêt de ce projet de loi. Les débats ont montré que certains d’entre vous considèrent celui-ci comme liberticide, alors que d’autres estiment qu’il est inutile.
Au mieux inutile, au pire liberticide !
Je confirme, c’est exactement ce que nous avons dit !
À nos yeux, il n’est ni l’un ni l’autre. Il n’est pas inutile, parce que nous devons évidemment lutter contre les graves dérives sectaires. Beaucoup ont d’ailleurs travaillé sur ce sujet, Mme la ministre est très déterminée à agir et Mme la rapporteure a partagé avec nous son expérience et la manière dont elle aborde le problème.Le texte est utile car il prévoit le renforcement des pouvoirs de la Miviludes. Cette mission ne pouvant pas mener une action exhaustive – nous le savons bien –, la réponse aux dérives sectaires échoit également à chacun d’entre nous.Les associations, elles aussi, doivent être soutenues. Il y a débat, M. Molac l’a rappelé, sur le fait de savoir s’il faut étendre ou non aux associations reconnues d’utilité publique la possibilité accordée aux associations agréées de se constituer partie civile.
On a vu ce que ça avait donné avec l’agrément d’Anticor !
L’un n’excluant pas l’autre, je n’y suis pas opposé, mais c’est une opinion personnelle.Contrairement aux membres de la NUPES, nous considérons que le droit pénal n’est pas fantasmatique,…
La science dit pourtant le contraire !
…qu’il est absolument nécessaire et que s’il n’est pas adapté à la situation actuelle, il doit évoluer. (M. Ugo Bernalicis s’exclame.) Monsieur le président, intervenez s’il vous plaît.
Poursuivez monsieur Paris, ne vous laissez pas déconcentrer.
Ce conseil relèverait presque de l’article 4 du projet de loi !
Le droit pénal est encore fondé sur ce qui était auparavant l’abus de faiblesse, dont la première caractéristique était d’être qualifié par des données objectives – le fait d’être malade, le fait d’être enceinte, le fait d’être trop âgé ou trop jeune, entre autres. L’état de faiblesse était ainsi constaté par nature, en fonction de certaines propriétés sociales, mais, fort heureusement, le projet de loi prévoit de profondes évolutions en la matière.Il introduit en effet la notion plus subjective de sujétion, que celle-ci soit physique ou psychologique.
Mais non !
Ce progrès était nécessaire et se lit à trois endroits du texte : l’article 10 crée un délit autonome et modernise le droit pénal, l’article 2 prévoit des circonstances aggravantes – nous avions besoin de sortir du cadre objectif que nous connaissions jusqu’alors – et l’article 4 vise à lutter contre les provocations à abandonner ou à s’abstenir de suivre un traitement médical ou prophylactique. Ce dernier article a certes fait l’objet d’un avis très précautionneux du Conseil d’État, c’est le moins qu’on puisse dire, mais également d’un travail très important de Mme la ministre et des groupes de la majorité, au sens le plus large du terme – je n’ai pas oublié que certains des groupes qui n’appartiennent pas à la majorité présidentielle ont voté le texte en première lecture.
Oui, mais ils ne sont pas représentés ce soir !
J’espère qu’ils apporteront à nouveau leur soutien à ce projet de loi utile, nécessaire et, dans sa dernière version, protecteur des libertés. J’espère donc que nous irons tous dans le même sens, raison pour laquelle le groupe Renaissance votera le texte, sans aucune ambiguïté. (Applaudissements sur les bancs des commissions. – M. Thomas Rudigoz applaudit également.)
Quel enthousiasme !
La parole est à M. Philippe Pradal.
« Fais que mes malades aient confiance en moi et mon art, pour qu’ils suivent mes conseils et prescriptions. Éloigne de leur lit les charlatans, l’armée des parents aux mille conseils et les gardes qui savent toujours tout, car c’est une engeance dangereuse, qui par vanité fait échouer les meilleures intentions de l’art et conduit souvent les créatures à leur mort. » C’est par ces mots que Maïmonide essayait d’éloigner du lit du patient ceux qui venaient y prodiguer des conseils sans maîtriser « l’art », pour reprendre son terme.Le retour de ce texte en séance publique, en nouvelle lecture, après des débats constructifs en commission la semaine dernière, me fournit l’occasion de réaffirmer le soutien du groupe Horizons et apparentés à un texte complet qui barrerait fermement la route à l’ensemble des dérives sectaires, en considérant leurs nouvelles formes, leurs nouveaux instigateurs […]
En l’occurrence, vous ne tremblez pas beaucoup.
…lorsque nous abordons des sujets aussi sensibles que les croyances et la liberté d’expression, mais notre rôle n’en est pas moins politique, notamment à cette étape du parcours législatif de ce texte. En séance publique, lors de la première lecture du projet, j’avais cité cette phrase de Voltaire : « Toute secte, en quelque genre que ce puisse être, est le ralliement du doute et de l’erreur. » Je tiens précisément à dissiper le doute et à nous préserver de l’erreur que constituerait un éloignement de l’intention initiale du projet de loi.La lutte contre les dérives sectaires, phénomène qui porte atteinte à l’ordre public, aux droits fondamentaux, à la sécurité, voire à l’intégrité des personnes, est un enjeu de cohésion sociale, de santé et d’ordre public. Si ce dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de croyance est parfois difficile à détecter ou à qualifier, tant ces […]
Oui, ce serait dommage que le texte se révèle inconstitutionnel !
…il est apparu primordial de préciser que l’infraction de provocation à l’abandon de soin ne serait pas constituée si la personne concernée avait pu, même consciente des risques associés, exprimer sa volonté libre et éclairée de remplacer un traitement par un autre.Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe Horizons et apparentés votera en faveur de ce projet de loi. (Applaudissements sur les bancs des commissions. – Mme Michèle Peyron applaudit également.)
La parole est à M. Benjamin Lucas.
On assiste ces dernières années à une recrudescence des phénomènes sectaires. Ils prennent désormais de multiples formes et investissent les champs de la santé, de l’alimentation, du bien-être, du développement personnel, du coaching ou de la formation. Leurs conséquences sur leurs victimes sont plurielles : isolement social, dépression, abandon de soins, escroquerie financière, mise en danger de la vie d’autrui, etc. La crise sanitaire et les périodes de confinement ont facilité l’émergence des groupes ou individus responsables de ces dérives, lesquels agissent très souvent en ligne.De nombreux faits illustrent cette amplification, dont le nombre de saisines de la Miviludes atteste : 4 020 signalements – un record – ont été enregistrés en 2021. Ce chiffre augmente constamment depuis plusieurs années ; il progressait de 33 % entre 2020 et 2021 et de 86 % entre 2015 et 2021. Dans un […]
Eh oui !
J’en profite donc pour rendre hommage à cette mission. (M. Ugo Bernalicis applaudit.)
Bravo, très bel hommage !
Elle travaille en étroite collaboration avec les préfectures, les ordres professionnels, le pôle santé du Défenseur des droits et les ARS, ainsi qu’avec diverses organisations, telles que la Ligue contre le cancer ou l’Institut national du cancer (Inca). Elle doit être soutenue politiquement et maintenue dans l’exercice de ses missions.Le projet initial nous a paru assez pauvre et bâclé. Impréparé, donc, il concentrait l’action publique sur la seule réponse pénale et, compte tenu des difficultés à trouver une définition juridique des phénomènes sectaires, il aurait eu peu d’efficacité. Comme l’a révélé le Conseil d’État dans son avis publié le 17 novembre 2023, il risquait d’être frappé d’inconstitutionnalité.Le projet a depuis évolué au cours de la procédure parlementaire, notamment lors de son examen à l’Assemblée où l’échec de la CMP le ramène. À ce sujet, je salue l’apport de […]
C’est vrai !
Évidemment, nous soutenons tout effort visant à lutter contre les dérives sectaires, mais nous tenons à vous refuser tout sentiment de victoire que pourraient vous inspirer nos votes, et vous inviter à vous faire assez petits. C’est en effet sous un angle quasi exclusivement répressif que vous avez abordé la lutte contre les dérives sectaires,…
Inutile d’ajouter « quasi », l’angle est exclusivement répressif !
…sans être à la hauteur des enjeux de la prévention, qui est pourtant au cœur du problème. En ce qui concerne précisément la prévention de ces dérives auprès du jeune public, l’état dramatique de la médecine scolaire, qui pourrait et devrait jouer un rôle central, affaiblit notablement votre discours.
Il a raison !
Je parle de la santé à l’école mais je devrais parler de la santé tout court : la volonté vous manque de comprendre comment et pourquoi, au-delà des manipulations et des escroqueries, des personnes se détournent de la science et de la médecine. Les difficultés d’accès aux soins, les déremboursements massifs, les déserts médicaux, l’état affligeant d’un hôpital public que vous avez abandonné ou encore les suppressions de lits sont autant d’accélérateurs du désespoir et de la recherche de solutions alternatives aventureuses.Après notre excellent collègue Clouet tout à l’heure, à mon tour de vous inciter à soutenir davantage l’école publique, l’accès à la culture et l’éducation populaire, facteurs essentiels de l’émancipation et de la capacité à construire son autonomie et une réflexion personnelle. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES, LFI-NUPES, SOC et GDR-NUPES.)
Bravo, de parler d’émancipation !
Que dire de votre manque total de crédibilité, madame la ministre, pour incarner ce combat ? Vous déclariez que « M. Raoult n’[était] pas n’importe qui » et vous avez joué le rôle d’intermédiaire entre lui et M. le Président de la République lors de la crise sanitaire du covid, ce que la presse a révélé. (Mme Sandra Regol applaudit.)
Ce n’est pas vrai !
Nous ne pouvons donc que constater votre difficulté à incarner en toute sincérité le combat contre les dérives sectaires. Évoquant M. Raoult, je ne veux pas laisser le Rassemblement national en reste.