Séance du 4 décembre 2024 — 63e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 601 à 800 sur 1057 — page 4 / 6.
Et Raphaël Arnault, alors ?
Ce mauvais génie d’autrefois, le voilà revenu parmi nous et tout le monde doit mesurer la gravité du moment : pour la première fois depuis soixante-deux ans, un gouvernement risque d’être renversé.
Par votre faute !
C’est seulement ce que prévoit la Constitution !
Oui, nous avons tous conscience de la situation politique très difficile. Non, il n’y a pas de majorité dans cet hémicycle. Oui, la France traverse une situation trouble et confuse,…
Grâce à qui ?
Oui, grâce à qui au juste ?
…mais le choix que vous avez à faire, lui, est parfaitement clair.Nous savons tous, bien sûr, que les Français n’attendent aucun miracle en cette période. En revanche, ils attendent que nous fassions du travail utile.
Rassurez-moi, il n’a bien que cinq minutes de temps de parole ?
Le choix que nous devons faire, chers collègues, est donc parfaitement clair. D’ailleurs, il n’y a pas trois options possibles, mais seulement deux : l’intérêt du pays ou l’intérêt des partis. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR et EPR.)
Oui !
Le choix de la responsabilité ou le choix du chaos, le choix de la solution ou le choix du désordre. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.) Ce choix, monsieur le premier ministre, cher Michel,…
Très, très cher…
M. Barnier a rougi !
…c’est celui que vous avez fait il y a trois mois avec dignité, avec respect, avec droiture. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – « Oh ! » sur de nombreux bancs.) Je tiens à vous rendre hommage car votre comportement contraste tant avec celui que certains adoptent dans l’hémicycle.Vous vous êtes employé à éteindre l’incendie budgétaire dans un pays en faillite. Avec Bruno Retailleau, vous vous êtes employé à redonner un cap à notre politique de sécurité. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.) Vous vous êtes employé à ouvrir des chantiers importants. Je pense à votre lutte contre le narcotrafic, à votre volonté de contrôler l’immigration irrégulière avec le rétablissement du délit de séjour irrégulier, à votre volonté d’instaurer plus de justice entre le public et le privé, grâce au débat salutaire sur les jours de carence.
Pas besoin d’ennemis avec des amis comme ça !
Oui, monsieur le premier ministre, vous avez essayé, dans cette période, de défendre le choix de la responsabilité.Avec les députés de la Droite républicaine,…
Ou ce qu’il en reste !
…avec Mathieu Darnaud et la droite sénatoriale, nous avons également fait le choix de la responsabilité en vous soutenant. Aussi avons-nous fait des propositions pour améliorer le budget, comme le premier ministre le souhaitait.
Vous n’avez jamais siégé !
Pendant toute la discussion budgétaire vous étiez absents ! Vous avez laissé le ministre tout seul !
Permettez-moi de remercier ici le ministre du budget, Laurent Saint-Martin, qui a fait un travail courageux. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR, EPR et HOR.)
Alors que vous l’avez complètement abandonné !
Avec Véronique Louwagie, nous avons ouvert le chantier de la lutte contre la bureaucratie administrative, contre ces myriades d’agences si coûteuses, à l’origine des normes qui épuisent les Français. (Mêmes mouvements.)
Eh oui !
Quelle démagogie !
Avec Yannick Neuder et Thibault Bazin, nous avons défendu l’idée essentielle d’une revalorisation du travail, en proposant le plafonnement des aides sociales par rapport au Smic et en ouvrant la voie à une réforme des aides sociales et à leur fusion en une allocation unique, ce qui est indispensable.
Pour que les Français aient à choisir entre la misère ou la misère ?
Garder le social, en finir avec l’assistanat (« Oh ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) et revaloriser le travail, ainsi que tous ceux que vous, sur les bancs de la gauche, avez oubliés et abandonnés. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.) Et il reste tant à faire.
Rendez l’argent, plutôt !
Quelle honte…
Est-ce que ce que nous avons engagé est perfectible ? Bien sûr !
Rendez l’argent !
Est-ce que notre pays peut encore se payer le luxe de semaines d’instabilité gouvernementale, alors que tout est à rebâtir ? Sûrement pas !Vous avez beau éructer (L’orateur montre les bancs situés à gauche de l’hémicycle), nous voilà tous face à nos responsabilités. Évidemment, chacun fera son choix en son âme et conscience…
C’est déjà fait !
…et ce choix, il faudra le défendre face aux Français.
Aucun problème !
C’est bien ce que nous comptons faire !
Il y a une chose qu’on ne peut pas accepter ici.
Ah ?
On ne peut pas accepter que vous expliquiez, comme vous l’avez fait ces derniers jours, que la motion de censure, ce n’est pas grave. On ne peut pas expliquer avec la légèreté qui est la vôtre que la censure n’aura pas de conséquences.
Pourtant, ça fera moins d’impôts !
On ne peut pas mentir aux Français en disant qu’il n’y aura pas de conséquences. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur de nombreux bancs du groupe EPR.) Il y aura des conséquences, qui seront payées par les Français, et ceux qui se livrent au jeu minable d’aujourd’hui devront leur rendre des comptes.
Rendez l’argent !
Bullshit, comme dirait l’autre !
La censure, ce que vous appelez bullshit, ce sera l’augmentation de l’impôt sur le revenu pour 18 millions de Français.
Mais non !
Menteur !
C’est faux !
Ils paieront ce prétendu bullshit que les députés du RN balaient d’un revers de main ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.)
Non !
On leur fait économiser 40 milliards d’euros d’impôt !
Ce sont 400 000 travailleurs qui deviendront imposables, mais qui sont le cadet des soucis des députés du groupe Rassemblement national !
La hausse des taxes, c’est vous !
Voilà la manière dont ils défendent la France qui travaille ! Une fois encore, madame Le Pen, ce sont les Français qui paieront les conséquences de votre légèreté et de votre irresponsabilité ! (Mêmes mouvements.)
C’est la droite des impôts qui parle !
La censure, c’est la fin des aides d’urgence aux agriculteurs, la fin de tout ce que vous avez cherché à construire ces dernières semaines, madame Genevard, c’est la fin des allègements de charges, la fin des exonérations de taxes et la fin de la revalorisation de leurs retraites, eux qui travaillent dur mais touchent des pensions misérables. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR, EPR et HOR. – M. Mickaël Cosson applaudit également.)
Eh oui !
Il est facile d’aller sur les ronds-points pour prétendre flatter les agriculteurs, puis de les abandonner une fois dans l’hémicycle ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe DR, applaudissements sur de nombreux bancs du groupe EPR et sur quelques bancs du groupe Dem. – Protestations sur quelques bancs du groupe RN.)
Oh !
La censure, c’est la fin du plan d’urgence pour sauver les maisons de retraite de la faillite.La censure, c’est l’abandon du cumul emploi-retraite, qui permettrait de lutter contre la désertification médicale.
Non mais arrêtez !
La censure, et je vois bien que cela vous gêne, c’est renoncer à l’augmentation des effectifs de gendarmes, de policiers et de magistrats, si indispensable quand la sécurité doit être notre priorité. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR, EPR, Dem et HOR.)La censure, c’est porter un coup d’arrêt à la loi de programmation militaire, alors même que l’Europe est menacée à ses frontières. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)La censure, c’est la dette qui va continuer à filer, alors même que la France, avec le désordre que vous avez conjointement créé, est désormais moins crédible que la Grèce sur les marchés financiers.
C’est le résultat de votre politique !
C’est vous qui êtes au gouvernement !
Il paraît pourtant qu’on a un Mozart de la finance à l’Élysée !
On lui impose 1 point de taux d’intérêt supplémentaire et ce sont les Français qui paieront l’addition. Ce sont 30 milliards d’euros de dette supplémentaire et d’intérêts dans les années qui viennent, c’est trois fois le budget de la justice !
C’est la dette Macron !
Vous en êtes responsables !
La censure, visiblement ça vous gêne encore, c’est l’aggravation de la crise immobilière. C’est la fin du prêt à taux zéro, au moment même où le marché de l’immobilier s’effondre, ce qui met en péril nos artisans et nos entreprises. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et Dem.)
Et l’instabilité fiscale, alors ?
La censure, c’est l’incertitude économique pour tous ceux qui prennent des risques. C’est l’incertitude pour les entreprises, c’est l’incertitude pour les PME, c’est l’incertitude pour les commerçants, c’est l’incertitude pour les artisans, c’est l’incertitude pour les professions libérales. Vous n’en avez même pas dit un mot, madame Le Pen ! (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes DR, EPR et HOR.)
Eh oui !
Cette incertitude, c’est celle des Français qui vont hésiter à consommer demain. Je prends d’ailleurs date aujourd’hui : par votre irresponsabilité, vous enfoncerez la France dans une crise économique et financière…
Mais arrêtez !
…et vous en porterez la responsabilité aux yeux des Français, qui se souviendront de ceux qui ont allumé la mèche. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
C’est vous, le responsable !
Un pays a besoin de stabilité. Il a besoin de stabilité, il a besoin d’un budget, il a besoin d’un gouvernement.
Le pays a surtout besoin d’un gouvernement de gauche !
On arrive !
Rien n’est pire, pour une économie, que l’incertitude.La censure, et c’est sans doute le plus grave, c’est faire perdre à notre pays son dernier atout. La France pouvait au moins compter sur la stabilité de ses institutions, mais vous vous délectez d’une plongée dans l’instabilité. (L’orateur montre les bancs situés à gauche et à droite de l’hémicycle.) Voilà l’image que vous donnez.La stabilité de nos institutions, c’est ce qui nous a toujours protégés, si bien que même dans les crises les plus graves, notre pays demeurait gouvernable.
Qui a dissous l’Assemblée, au juste ?
Alors que nous dansons au-dessus d’un volcan, vous nous proposez de faire un pas de plus en direction de l’instabilité institutionnelle qui a accéléré l’agonie de la IVe République.Vous vous apprêtez à ouvrir la boîte de Pandore de l’instabilité gouvernementale. Vous réveillez les vieux démons qui viennent de l’extrême gauche de la politique française,…
Vous savez ce qu’ils vous disent, les démons ?
…ceux de l’impuissance, de l’instabilité ministérielle et de l’incertitude économique.Si encore vous aviez des solutions !
On en a !
Mais nous sommes la solution !
Contrairement à vous, nous avons été élus sur un programme !
Il fallait être présent, nous les avons présentées, nos solutions !
Vous proposez le blocage sans solutions.
C’est parce que vous n’avez pas siégé que vous n’avez pas entendu nos propositions !
Que vous le vouliez ou non, il ne peut pas y avoir de nouvelles élections législatives avant l’été : c’est ça, la vérité.Pendant que se jouait cette comédie d’une insoutenable légèreté, qu’avons-nous entendu ? « Vous ne nous avez pas traités avec suffisamment d’égards », voilà ce que nous avons entendu.
Il semble que vous ayez mal entendu !
Qu’est-ce que cela veut dire ? Que vous vous apprêtez à jouer avec le destin de la France, que vous vous apprêtez à faire tomber un gouvernement parce qu’on ne vous aurait pas traités avec suffisamment d’égards ? Est-ce vraiment cela, être à la hauteur des enjeux ? Est-ce bien l’image que vous voulez offrir ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)Je n’oublie rien de la responsabilité de La France insoumise. Je n’oublie rien du danger que représentent ceux qui veulent autoriser l’apologie du terrorisme. (Protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)
Démago !
Franchement, ça n’a rien à voir !
Je n’oublie rien du danger que représentent ceux qui entretiennent une complaisance détestable avec l’antisémitisme et je n’oublie rien du danger de ceux qui ont trahi Jaurès et Clemenceau.
Que dire de ceux qui ont trahi de Gaulle ?
Toutefois, la réalité c’est que sans vos voix, madame Le Pen, La France insoumise ne pourrait rien. La réalité, madame Le Pen, c’est que vous vous apprêtez à voter pour ceux qui traitent les policiers d’assassins. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Mettez-vous donc à genoux devant Mme Le Pen !
La réalité, madame Le Pen, c’est que vous vous apprêtez à voter pour ceux qui traitent les terroristes de résistants.
Oh, franchement !
Honnêtement, la dignité devrait vous imposer un autre comportement. Quand on lit le texte de la motion de censure, on comprend toute l’hypocrisie de son soutien : il dénonce les plus viles obsessions de l’extrême droite et vous le voteriez ? Voteriez-vous un texte qui explique qu’il ne faut pas revenir sur l’aide médicale d’État ? Voteriez-vous un texte qui explique qu’il ne faut pas de loi plus ferme au sujet de l’immigration ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)
Mettez-vous à genoux plus vite !
Voilà, madame Le Pen, ce que vous allez faire,…
Nous votons la censure, pas la motion !
…voilà à quelles incohérences en sont réduits, dans cet hémicycle, les semeurs de chaos.
Bravo !
Il faut lui donner un bavoir !
Dans un parcours politique, il y a toujours un moment de vérité. Il y a des moments où on ne peut pas duper, esquiver ou feindre. Des moments où il faut choisir entre un intérêt personnel, madame Le Pen, et l’intérêt du pays. Des moments où il faut choisir entre son intérêt partisan et le sens de l’État. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)Madame Le Pen, je n’ai jamais été de ceux qui vous diabolisaient. (Rires et exclamations sur les bancs du groupe RN. – M. Julien Odoul fait mine d’allonger son nez.)
On est au théâtre des Deux Ânes ou quoi ? C’est Bernard Mabille ?
Je n’ai jamais été de ceux qui vous donnaient des leçons de morale.
Le bisou, le bisou !
Je vous le dis donc avec d’autant plus de force aujourd’hui : les Français jugeront sévèrement le choix que vous vous apprêtez à faire. Les Français jugeront sévèrement ceux qui prétendent redresser le pays et choisissent le désordre. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Au revoir !
Vous n’avez fait que 6 % !
Les Français jugeront sévèrement ceux qui voulaient se montrer responsables, mais font finalement le choix de l’irresponsabilité. Les Français jugeront sévèrement ceux qui prétendaient incarner l’ordre et choisissent aujourd’hui le chaos.
C’est la meilleure !
Emmanuel Macron porte peut-être seul la responsabilité de la dissolution…
Enfin quelque chose de vrai !
…mais vous porterez, avec La France insoumise, la responsabilité de la censure qui plongera le pays dans l’instabilité. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes DR, EPR et HOR.)
Allez, au revoir !
Je vous le dis donc une dernière fois : ressaisissez-vous ! (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.) Ressaisissez-vous, il en est encore temps ! Ressaisissez-vous et changez votre choix !
N’en jetez plus !
Allez allumer un cierge !
Ressaisissez-vous, parce que sinon, nous nous souviendrons longtemps de ce jour désolant. (Brouhaha.)Nous nous souviendrons longtemps, madame Le Pen, qu’une alliance des contraires, portée par le cynisme, a plongé notre pays dans l’instabilité.
Stop !
Ressaisissez-vous, parce qu’il est toujours temps de faire le choix de la France ! (Les députés du groupe DR se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
La parole est à Mme Cyrielle Chatelain. (Les députés du groupe EcoS se lèvent pour applaudir. – Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et GDR.)
Je souhaite m’adresser à celles et ceux qui nous regardent. Certains souhaitent la censure de votre gouvernement, d’autres non, mais tous sont inquiets. Tous se demandent ce qu’il adviendra demain. Qu’ils en soient assurés : la décision du groupe Écologiste et social et de ses partenaires du NFP de censurer le gouvernement a été prise en conscience et avec gravité. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)Nous en connaissons les conséquences : une France de nouveau sans gouvernement, avec un travail budgétaire à reprendre presque du début. Pourtant, notre main ne tremblera pas au moment de voter la censure car, plutôt que de subir encore et encore une mauvaise politique, faite de coupes budgétaires aveugles et de concessions à l’extrême droite, nous souhaitons nous donner une chance de tout recommencer, de changer enfin le contenu des politiques et la manière de faire de la […]
Exactement !
En refusant sa défaite dans les urnes, Emmanuel Macron nous a entraînés dans l’impasse.
C’est vrai !
En s’appuyant sur un accord avec Marine Le Pen, il a cherché à maintenir sa politique, quoi qu’il en coûte. Cela vous a permis, monsieur le premier ministre, d’être nommé et d’arracher quatre-vingt-dix jours à la tête de l’État. Cela a permis à Marine Le Pen de gagner du temps dans le procès où elle est accusée d’avoir organisé un système de détournement d’argent public au profit de son parti. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC.) Ce sont quatre-vingt-dix jours de gâchés. Votre erreur, monsieur le premier ministre, est d’avoir pensé que Marine Le Pen vous laisserait faire un budget et qu’elle se refuserait à vous censurer. Et vous, crédule, vous l’avez crue. Peut-être la croyez-vous encore ?
Quelle erreur !
Et vous vous êtes abaissé, de compromis en compromission.Mais la réalité, c’est que cette censure sur le budget était écrite d’avance. Le sursis qu’elle vous a donné n’était que le nouveau subterfuge d’un parti politique qui ne fait que des coups et qui adapte son timing à ses poursuites judiciaires.
Un parti auquel vous allez vous associer !
Mais la politique ne peut se réduire à des déclarations anxiogènes sur les plateaux de télévision, à des négociations par presse interposée, à la mise en scène d’un dialogue et à de fausses promesses. La réalité finit toujours par s’imposer face à la communication car la politique, ce sont avant tout des choix qui ont des conséquences économiques, physiques, psychologiques pour de nombreux Français, des choix qui les affectent dans leur chair et dans leur vie.Édouard Louis, dans Qui a tué mon père, l’exprime mieux que je ne pourrais le faire. Il écrit : « Les dominants peuvent se plaindre d’un gouvernement de gauche, ils peuvent se plaindre d’un gouvernement de droite, mais un gouvernement […] ne leur broie jamais le dos. […] La politique ne change pas leur vie, ou si peu. Ça aussi c’est étrange, c’est eux qui font la politique alors que la politique n’a presque aucun effet sur leur […]
Eh oui !
Enfin, pourquoi les électeurs qui se sont mobilisés en masse contre l’extrême droite vous pardonneraient-ils vos compromissions avec le Rassemblement national ? (Mêmes mouvements.) Ils ne le feront pas, et nous non plus.Ainsi, dans peu de temps, votre gouvernement sera censuré. La censure d’un gouvernement sans soutien populaire, sans majorité parlementaire et sans dialogue avec son opposition républicaine est inéluctable.
Tout à fait !
Après un gouvernement qui est allé à l’encontre du vote des Français en méprisant l’Assemblée, nous souhaitons un gouvernement qui mette en œuvre le changement de politique voulu par les Français et qui s’appuie sur le Parlement. Nous réaffirmons qu’il est légitime que la gauche et les écologistes, qui constituent la première force politique de l’Assemblée nationale, gouvernent le pays, autour d’une feuille de route issue du programme du Nouveau Front populaire et articulée autour de quelques priorités : la constitution d’un budget augmentant les ressources de l’État ; des mesures efficaces et immédiates pour lutter contre le réchauffement climatique ; la réunion, enfin, d’une conférence pour l’augmentation des salaires et l’arrêt des licenciements boursiers. (Mêmes mouvements.)Après la censure, la France ne sera pas paralysée mais entrera dans une période incertaine, au cours de […]
C’est bien le problème, justement !
Tout d’abord, le groupe Écologiste et social défend la primauté de la décision collective, du débat public et du travail parlementaire, que les membres de la coalition gouvernementale ont fuis pendant des mois. (Mêmes mouvements.)
Bravo !
Il faut en finir avec l’approche verticale du pouvoir, qui est aujourd’hui mise en échec. Le prochain gouvernement devra s’engager à ne pas utiliser le 49.3. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC. – M. Stéphane Peu applaudit également.) C’est la garantie du débat parlementaire et c’est la seule garantie pour qu’un gouvernement ne soit pas censuré.Ensuite, il faut remettre les choses dans le bon ordre. Il y a une obsession médiatique et politique autour de la personne qui pourrait gouverner la France demain : c’est prendre les choses à l’envers. Pour le groupe Écologiste et social, la question primordiale est celle-ci : pourquoi voulons-nous gouverner et quelle politique voulons-nous mener ? C’est dans cet esprit que nous avons proposé, dans une feuille de route gouvernementale de gauche et écologiste, onze mesures prioritaires afin de […]
Oh non, pas vous !
…qui viendra réparer ce que vous et vos prédécesseurs avez cassé et combler le trou budgétaire que vous avez créé. Vous pouvez rester aveuglés par votre dogmatisme du zéro nouvel impôt, mais dans ce cas, il sera difficile d’obtenir un budget, puisque c’est cette politique qui nous a conduits à ce déficit incommensurable. (Mêmes mouvements.)Le Rassemblement national sera incapable d’apporter des solutions : il sait rejeter mais ne sait pas construire. Il refuse de mettre à contribution les plus riches et de revenir sur la politique de l’offre, qui creuse notre déficit. La seule solution qu’il propose, c’est de s’en prendre aux étrangers, à qui il refuse l’aide et l’attention qui sont dues à n’importe quel être humain.Seuls la gauche et les écologistes ont le courage d’assurer un changement de politique budgétaire, en mettant à contribution les héritages dorés et les hauts patrimoines, en […]
On les connaît, vos idées !
…et nous aurons le courage de les présenter devant cette assemblée et de trouver des majorités pour les faire adopter.
Bravo !
Monsieur le premier ministre, vous censurer aujourd’hui, ce n’est pas laisser la France sans gouvernement, mais lui donner la possibilité d’avoir un gouvernement qui mette en œuvre la politique que les Français méritent, une politique qui les respecte et qui réponde à leurs besoins et à leurs attentes. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS, dont de nombreux députés se lèvent, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.)
La parole est à M. Marc Fesneau.
Je n’ai nulle intention, en ces moments de crise si graves, de participer à un énième échange caricatural ou théâtral, alors que les Françaises et les Français s’inquiètent ou s’interrogent légitimement sur leur avenir et celui de leur pays. Je n’ai pas davantage l’intention, par des invectives, de creuser un peu plus le fossé entre ceux qui, dans cette assemblée, devraient se comprendre et se parler pour bâtir au service du pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) On ne peut pas, en même temps, vouloir rassembler et s’employer à diviser les démocrates.
Le célèbre « en même temps » !
J’ai seulement l’intention de dire ce que je vois de la vérité du moment et de notre devoir. Monsieur le premier ministre, dans ma réponse à votre déclaration de politique générale, je soulignais la principale vérité du résultat des urnes du scrutin de juillet dernier : personne n’avait gagné les élections législatives.
Pas vous, en tout cas !
Vous, moins que les autres !
Et à en entendre certains cet après-midi, je crois qu’il n’est pas inutile de le rappeler. Aucun bloc n’a obtenu de majorité absolue pour appliquer son programme seul, et aucun bloc n’a acquis de mandat ni de pouvoir absolu.
Il y en a un qui était en tête !
Nous n’avions qu’un impératif : celui du dialogue, et peut-être plus encore celui de l’humilité et du sens de l’intérêt général. Et les Français nous ont demandé de nous extraire des contingences politiques et partisanes pour travailler ensemble sur l’essentiel et à leur service. C’est le choix que nous avons fait en conscience, monsieur le premier ministre, en vous soutenant avec exigence, mais aussi – et c’est tout aussi important pour moi – avec loyauté. Nous avions espéré, sans doute comme beaucoup de Français, qu’il en soit de même pour toutes les forces parlementaires qui, comme nous, étaient le produit d’une élection sans vainqueur et qui refusaient les extrêmes.Cette situation n’autorisait donc personne à prétendre appliquer son seul programme, rien que son programme, tout son programme. Nous étions prêts à œuvrer au service de l’intérêt général et je peux témoigner que le […]
C’est le moins que l’on puisse dire !
Certains ont manifestement préféré la facilité du cynisme, du sectarisme et, pire encore, du laisser-faire, à l’exigence de l’esprit de responsabilité et de la recherche du compromis. Tout engagement, s’il se veut sincère et utile, nécessite des compromis, et il est évidemment beaucoup plus facile de rester soi-même en ne faisant rien.Vous avez les mains propres, mais vous n’avez plus de mains, pour paraphraser Charles Péguy, que je serais tenté de citer aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur plusieurs bancs du groupe DR.)
Très bien !
Pire : certains renient le sens même du vote des Français en scellant une alliance des contraires.
C’est du mauvais théâtre !
Pourtant, le texte qui nous est soumis, à savoir le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), mais aussi, plus largement, les textes budgétaires dont nous discutons depuis deux mois et que nous devons considérer comme un tout, sont précisément le fruit d’un compromis.
Eh oui !
Jamais, sans doute, des textes budgétaires n’auront été autant remaniés et modifiés à l’aune des débats parlementaires. Le plus évident – fait suffisamment rare pour être souligné – est le compromis…
Entre la droite et la droite !
…entre le Sénat et l’Assemblée nationale sur le PLFSS. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et DR.)
Absolument !
En dépit de ce que certains voudraient faire croire, ce texte est bien le fruit d’un travail entre les différents blocs des deux assemblées. (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe Dem.) Permettez-moi – et pardon à ceux que cela gêne – de citer quelques-unes des avancées nées de ce compromis : une meilleure protection des petites retraites, que nous étions nombreux à défendre (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur plusieurs bancs des groupes EPR et DR) ;…
C’est vrai !
…une fiscalité incitative sur les sodas ; une réforme des allégements généraux de cotisations sociales et patronales, que nous avons pu envisager pour la première fois et à laquelle nous avons su collectivement aboutir, en trouvant un équilibre entre soutien à l’emploi et efficacité de la dépense publique.
Très bien !
Ce PLFSS contient surtout des avancées concrètes pour nos concitoyens. Sans lui, les mesures de prévention et d’accès aux soins ne seront pas renforcées, il n’y aura pas d’investissements supplémentaires dans le système de santé, pas de mesures destinées à lutter contre la pénurie de médicaments. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Sans ce PLFSS, les moyens de la prise en charge de la perte d’autonomie n’augmenteront pas, nos aînés seront privés de plus de 6 500 créations de poste d’accompagnants ; sans lui, il n’y aura ni réforme des retraites des agriculteurs ni ces allégements de charge si cruciaux pour la compétitivité de leurs exploitations. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et DR.)Je ne cherche pas à faire peur,…
C’est pourtant ce que vous faites !
…on ne gouverne pas avec la peur, mais ceux qui prétendent que le vote d’une motion de censure sur ce texte sera sans conséquences devront rendre des comptes devant les Français. (« Très bien ! » sur plusieurs bancs des groupes Dem et DR. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.) En cas de rejet du projet de loi de finances, le résultat serait tout aussi nocif. Là encore, il faudra prendre vos responsabilités ! Sans ce PLF, les ministères régaliens, dédiés à la défense ou à la sécurité quotidienne des Français, qu’il s’agisse de la justice ou des forces de l’ordre, ne disposeront pas de moyens supplémentaires. Sans ce PLF seront assurément trahis les engagements pris auprès des agriculteurs en pleine crise agricole, qu’ils concernent l’accompagnement des éleveurs, l’aide à la transmission des exploitations ou à l’installation des jeunes agriculteurs. Les mêmes qui poussent […]
Il augmente déjà !
…diminuant à proportion notre capacité à financer d’autres politiques publiques.Vous faites prendre le risque d’une perte de confiance dans la capacité de la France à rembourser, à terme, sa dette, ouvrant ainsi la porte à une crise comme ont pu en connaître certains de nos partenaires européens. Ces risques, vous devez, vous devrez les assumer ; vous ne pourrez pas vous en défausser.Aux collègues de gauche : en juillet, vous avez fait le choix de l’immobilisme et du renoncement. En ce mois de décembre, vous vous apprêtez à faire un choix pire, celui de l’irresponsabilité et de l’inconnu. Aux collègues du groupe RN : malgré le désarroi des agriculteurs, des soignants et des forces de l’ordre, dont vous vous prétendez les porte-étendards, malgré les difficultés que ce chaos entraînerait pour les plus modestes, vous vous apprêtez à trahir ces électeurs – les vôtres ! – pour lesquels vous […]
Eh oui !
Au fond, à part sur l’organisation du chaos, vous n’êtes d’accord sur rien. Vous ne vous accordez pas sur les économies à faire, puisque les uns demandent des économies irréalisables et contre-productives sur les aides aux entreprises, quand les autres pensent qu’il suffit de transformer l’aide médicale d’État en aide médicale d’urgence pour régler tous nos problèmes de déficit et de finances publiques. Vous n’êtes pas non plus d’accord sur les perspectives politiques futures, puisque les uns veulent supprimer le délit d’apologie du terrorisme, quand les autres prétendent faire de la sécurité des Français leur priorité. Ni sur le cadre dans lequel s’inscrivent nos politiques : quand les uns – du moins certains –, à gauche, défendent encore l’Europe, les autres veulent instaurer une priorité nationale factice, laquelle serait évidemment contraire à notre engagement européen, et surtout à […]
Exactement !
En Allemagne, la Constitution prévoit la possibilité d’une motion de censure constructive : quand ils renversent un gouvernement, les parlementaires doivent proposer une majorité alternative, sinon la censure est impossible. Savez-vous pourquoi les Allemands ont procédé ainsi ? Parce qu’ils ont tiré les leçons de l’histoire, pris la mesure des conséquences d’une période où des extrêmes, à gauche comme à droite, renversaient les gouvernements semaine après semaine, sans solution alternative, enfonçant en définitive leur pays jusqu’au pire. Quant à vous, en France, vous vous faites les champions de la motion de censure destructrice. Vous n’êtes pas fichus de dire aux Français quelles solutions de rechange vous comptez leur proposer. Vous aggravez la crise.
C’est bien la preuve qu’il faut changer de république !
Cependant, tout cela n’est pas irrémédiable. Il existe une voie, mes chers collègues, pour répondre enfin aux résultats des élections de juillet dernier. Le meilleur moyen de ne pas être sous la menace – donc la tutelle – des extrêmes – des deux extrêmes – est d’accepter enfin le dialogue et le compromis.
Vous êtes l’extrême mollesse !
La censure ne produira rien. Un tel dialogue n’est pas simple à mettre en place ni à maintenir dans la durée. Il demande d’importants efforts : que chacun fasse des pas vers les autres ; que personne, dans cette période, ne joue pour lui-même ; que cessent les arrière-pensées ou les calculs d’arrière-boutiques.
Soit exactement ce que vous n’avez pas fait !
Très belle déclaration d’amour au RN ! À quand la demande en mariage ?
Plusieurs éléments permettraient d’en jeter les bases, à commencer par des attitudes et des discours respectueux des adversaires, qui commandent de s’abstenir de dramatiser, de caricaturer les politiques publiques et de mettre en scène artificiellement de faux affrontements, qui exigent d’assumer non seulement nos divergences – c’est facile –, mais aussi – plus difficile – nos convergences.Un tel dialogue implique un système institutionnel qui favorise le compromis. Je dirai avec gravité que c’est une question de survie pour notre démocratie. Cela suppose un mode de scrutin qui puisse libérer les différentes familles politiques des logiques de bloc, tout en respectant les identités de chacun. Discutons sans tabous des sujets qui continuent de diviser, comme les retraites, par exemple, puisque la révision de la réforme de 2023 n’a pas débouché sur un compromis. Nous ne parviendrons pas à […]
Une bonne lecture !
« Gouverner, écrivait-il, c’est choisir, si difficiles que soient les choix. » À propos des défis à relever, ajoutait-il, certains estimeront qu’il faudrait emprunter « d’autres sentiers, ombragés et faciles », qu’une politique gouvernementale pourrait « laisser de côté ce qui est dur pour ne retenir que ce qui est agréable ». Mendès France se battait déjà contre cette tentation de la facilité que nous combattons aujourd’hui.
Oui, mais il a échoué !
Pour les démocrates que nous sommes, gouverner consiste d’abord à s’interdire de faire des promesses que l’on ne peut tenir, à refuser la facilité et le pessimisme, à faire le choix de la vérité et du courage, à respecter les électeurs – tous les électeurs. Le premier des respects que l’on doit aux Français commande de ne pas leur mentir.
Gouverner, c’est mentir !
Selon nous, gouverner, c’est rechercher sans cesse avec les Français – pas contre eux, ni sans eux – les voies des réformes nécessaires au pays. Ce n’est pas rechercher son avantage immédiat et personnel, mais estimer que la victoire de tous, par le compromis, est la victoire de chacun ; que nous gagnerons ensemble ou que nous perdrons tous. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem. – M. Roland Lescure applaudit également.) Enfin, ce n’est pas livrer les esprits et le pays aux puissances de la division et du désordre, mais rassembler les Français autour d’un cap, d’un projet et – j’ose le mot – d’un idéal.
Eh oui !
Il y a un chemin et une majorité pour cela, dans cette assemblée comme dans le pays. À cette majorité de se lever et de s’exprimer dès cet après-midi. Au fond, les Français ne nous demandent qu’une chose : faire notre devoir en conscience. Le premier ministre et son gouvernement le font, et c’est ce que nous devons faire en rejetant cette motion de censure. (Les députés des groupes Dem, EPR, DR et HOR se lèvent et applaudissent. – Plusieurs députés du groupe LIOT applaudissent également.)