Séance du 19 mai 2025 — 202e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Nadège Abomangoli.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Nadège Abomangoli.
Tours 1 à 200 sur 564 — page 1 / 3.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à neuf heures.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (nos 1100, 1364).
La parole est à M. René Pilato, pour un rappel au règlement. Il est fondé sur quel article ?
Sur le fondement de l’article 100 relatif à la bonne tenue des débats. Certains parmi nous vont sur les médias, notamment ce matin sur France Info, expliquer que des malades concernés par le texte auraient encore des années à vivre…
Venez-en au cœur de votre rappel au règlement.
C’est inadmissible, parce que c’est un mensonge.
Ce n’est pas un rappel au règlement, monsieur le député. Vous vous inscrirez au cours du débat pour prendre la parole.
On ne fait pas la revue de presse !
Samedi 17 mai, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant aux amendements identiques nos 591 et 1481 à l’article 4.
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 591 et 1481. La parole est à M. Arnaud Simion, pour soutenir l’amendement no 591.
Je commencerai par dire que je souscris évidemment aux propos de mon collègue Pilato.C’est ma première prise de parole dans l’hémicycle sur cette proposition de loi. À cette occasion, je tiens à saluer l’engagement d’Olivier Falorni, qui se bat depuis tant d’années pour la création de ce nouveau droit. Monsieur le rapporteur général, vous aimez à dire – et vous avez raison – que vous souhaitez un texte encadré et équilibré. Nous étudions précisément les conditions d’accès à ce droit et ses modalités d’application.Cet amendement des députés Socialistes et apparentés propose de supprimer la condition de nationalité française ou de séjour régulier pour pouvoir demander l’aide à mourir. Nous le demandons au nom de nos valeurs, ainsi que du respect des droits de l’homme et des droits humains fondamentaux.Je ne dis pas, monsieur le rapporteur général, que vous pourriez manquer d’humanité ou […]
La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 1481.
Il vise à ouvrir le droit à l’aide à mourir à toute personne, quelles que soient sa nationalité ou ses conditions de résidence en France. En 2024, le gouvernement a présenté son texte comme un acte de solidarité et de fraternité. C’est précisément parce que nous défendons un tel modèle à la française qu’il nous semble impératif de lever la condition de nationalité ou de résidence stable prévue à l’article 4 de la proposition de loi.Dans les pays qui ont légiféré avant nous, cette condition n’est pas systématiquement requise. Ce n’est par exemple pas le cas en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse ou encore au Canada. C’est grâce à cela que certains de nos concitoyens ont pu mettre un terme à leurs souffrances en accédant à l’aide à mourir qui n’était pas autorisée en France. Et c’est sans doute grâce à eux qu’aujourd’hui, la France se décide enfin à entendre et à répondre à cette demande.Il […]
La parole est à Mme Brigitte Liso, rapporteure de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.
Gardons toujours en tête que l’aide à mourir n’est pas un acte isolé : elle doit s’inscrire dans un parcours global d’accompagnement.J’ajoute, même si ce n’est pas la raison la plus importante, que les mentions que vous entendez supprimer constituent des conditions classiques en droit de la protection sociale. Il sera donc beaucoup plus facile pour la sécurité sociale de s’y référer.Je suis défavorable à ces amendements.
La parole est à Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, pour donner l’avis du gouvernement.
Comme l’a rappelé M. Monnet tout à l’heure, nous avons déjà eu cette discussion, l’année dernière. Le principe est d’inscrire la demande d’aide à mourir dans le parcours de soins, d’où la nécessité de prendre en compte la résidence habituelle.Lisez bien l’alinéa jusqu’au bout, car il mentionne deux critères : la nationalité française ou la résidence stable et régulière. La seconde partie de cette phrase est très importante, parce qu’elle prévoit le cas d’une personne étrangère, inscrite dans un parcours de soins en France, qui demanderait l’aide à mourir, parce que ses souffrances ne peuvent être soulagées.En revanche, l’idée n’est pas d’accueillir des personnes qui ne viendraient en France que pour bénéficier de l’aide à mourir. C’est tout le sens de l’alinéa 6 de l’article 4. Avis défavorable.
La parole est à M. Arnaud Simion.
Madame la ministre, j’aimerais une réponse à la question que j’ai posée sur la loi Claeys-Leonetti.
La parole est à Mme la ministre.
Nous aurons l’occasion d’en parler par la suite. Nous souhaitons inscrire la demande d’aide à mourir dans le cadre d’un parcours qui inclut les soins palliatifs, alors que ce qui est prévu par la loi Claeys-Leonetti est complètement différent : le malade qui reçoit une sédation profonde et continue est déjà en fin de parcours à l’hôpital.Nous avons longuement débattu de la nécessité de proposer préalablement des soins palliatifs. Il y a bien une différence entre ces deux actes – cela a été suffisamment dit, depuis une semaine – qui justifie que l’approche ne soit pas la même.
(Les amendements identiques nos 591 et 1481 ne sont pas adoptés.)
Je suis saisie de huit amendements, nos 519, 1314, 1422, 2500, 898, 273, 1447 et 2260, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 519, 1314, 1422 et 2500, d’une part, ainsi que les amendements nos 1447 et 2260, d’autre part, sont identiques. La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 519.
Si, la semaine dernière, nous nous sommes gargarisés de la bonne tenue de nos débats, j’ai pourtant eu le sentiment qu’on ne nous laissait pas toujours nous exprimer. J’espère que nous commencerons cette semaine dans un état d’esprit différent.Madame Rousseau, j’ai été sincèrement touchée quand vous avez insinué qu’en parlant de « tourisme » j’aie pu penser une seconde que les gens qui partaient à l’étranger pour leur fin de vie le faisaient d’un esprit léger.J’ai donc vérifié la définition du terme : le tourisme est un phénomène social, culturel et économique, qui suppose des mouvements de personnes vers des pays ou des lieux situés en dehors de leur environnement habituel, intervenant pour affaires, motifs professionnels ou personnels. C’était bien dans ce sens que j’ai parlé de tourisme – je ne me serais pas permis d’être provocatrice.
Très bien !
L’amendement tend à protéger la France de ce phénomène, car il est vrai que tout cela peut être très difficile.Madame la rapporteure, vous venez d’indiquer que l’aide à mourir s’inscrivait dans un parcours d’accompagnement. Ce n’est pas vrai car le patient peut avoir refusé les soins et l’accompagnement : l’aide à mourir ne s’inscrit pas obligatoirement dans le parcours que vous évoquez.
La parole est à M. Gérault Verny, pour soutenir l’amendement no 1314.
L’amendement tend à supprimer l’accès au droit à l’aide à mourir pour les personnes résidant de manière stable et régulière en France. Ce droit devrait être réservé aux seuls citoyens français. Il ne s’agit pas d’opter pour l’exclusion, mais de rappeler que la fin de vie et, plus encore, l’aide médicalisée à mourir engagent des responsabilités.Entre 2009 et 2012, le nombre d’étrangers se rendant en Suisse pour un suicide assisté a doublé. On parle aujourd’hui de tourisme de la mort.
Quelle honte d’employer cette expression ! Honte à vous !
Parmi les 611 personnes venues de 31 pays, 66 étaient françaises. Ce phénomène montre ce qui arrive quand l’aide à mourir devient un service : elle attire, elle se banalise, elle franchit les frontières.Autoriser toute personne résidant régulièrement en France à y accéder, c’est prendre le risque de faire de notre pays un point d’attraction pour le tourisme de la mort, au moment même où nous ouvrons un cadre juridique très sensible, inédit et encore fragile.La nationalité n’est pas un simple critère administratif. Elle exprime l’appartenance à une communauté politique et à un corps social qui assume collectivement, juridiquement, éthiquement et financièrement les choix posés en matière de soins.En tant que geste ultime, l’aide à mourir doit rester une prérogative strictement liée à cette appartenance. D’autres droits peuvent être partagés plus largement, mais pas celui-là, qui engage la […]
L’amendement no 1422 de M. Alexandre Allegret-Pilot est défendu.La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 2500.
Si vous le permettez, madame la présidente, je défendrai également l’amendement no 273 de Mme Christelle Petex puisque je l’ai cosigné.À l’issue de notre première semaine de travail, je voudrais remercier Mme la ministre et M. le rapporteur général qui acceptent d’entendre des avis divergents. Il est vrai que nous ne sommes pas d’accord, mais ce n’est pas un drame, parce que c’est un débat démocratique. Dans cet endroit, il est normal de ne pas être d’accord.Que M. Pilato ne s’émeuve pas : en démocratie, un député peut avoir un avis différent d’un autre député, et il peut même exprimer cet avis dans les médias. (Sourires.) Cela paraît incroyable, mais c’est ainsi : cela s’appelle la démocratie. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR ainsi que sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)Les amendements nos 2500 et 273 sont liés. J’ai beaucoup hésité à déposer mon amendement. Soit […]
La parole est à M. Gérault Verny, pour soutenir l’amendement no 898.
Cet amendement de repli vise à remplacer la notion vague de résidence stable et régulière par une condition claire : « avoir vécu sur le territoire français depuis au moins cinq années consécutives ». Là encore, il s’agit de contrer le tourisme de la mort, une France devenue destination de fin de vie pour des personnes venues de l’étranger uniquement en vue de bénéficier de l’aide à mourir. Ce serait une banalisation inacceptable de l’acte létal. Ce serait une mise à disposition du système de santé français au service d’une logique utilitariste, déconnectée de tout lien durable avec notre société. (M. Michel Lauzzana s’exclame.)La rédaction de l’alinéa 6, « résider de façon stable et régulière en France », est juridiquement floue, sujette à interprétation, insuffisamment protectrice. Elle laisse la porte ouverte à des situations transitoires ou à des demandes formulées par des personnes […]
L’amendement no 273 de Mme Christelle Petex a été défendu par M. Juvin il y a un instant.Toujours dans la discussion commune, nous en venons aux deux amendements identiques, nos 1447 et 2260. La parole est à M. Yannick Monnet, pour soutenir l’amendement no 1447.
Nous, nous proposons d’assouplir les conditions relatives au critère de résidence sur le territoire français.Arrêtons avec ce fantasme : il n’y a pas de tourisme de la mort ! Un peu plus de 100 personnes sont parties dans un autre pays pour avoir droit à l’aide à mourir ; ne faisons pas croire que des gens viendraient en masse mourir en France. Ils peuvent le faire chez eux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Camille Galliard-Minier applaudit également.) Ce sont tout de même des cas très particuliers. Ne comparez pas le tourisme de l’aide à mourir au tourisme sexuel, qui présente une autre dimension – vous voyez ce que je veux dire. Cette association ne me choque pas, mais, intellectuellement parlant, il ne peut y avoir de tourisme de l’aide à mourir : encore une fois, si les gens sont en mesure de mettre fin à leur vie, ils le font chez eux, non dans un autre pays. […]
La parole est à M. René Pilato, pour soutenir l’amendement no 2260.
Sérieusement, collègues, prendra-t-on le risque de traverser la Méditerranée, de couler, pour bénéficier de l’aide active à mourir ?
Il n’y a pas que les Africains !
Encore une fois, ce n’est pas sérieux ! Nous proposons donc, par devoir d’humanisme, de remplacer « et » par « ou » à l’alinéa 6 qui évoque l’obligation de « résider de façon stable et régulière en France ». Si quelqu’un qui est en France depuis un ou deux ans, qui n’est pas en situation régulière, est en train d’agoniser, il n’aura pas droit à l’aide à mourir ? On va le laisser souffrir ? Je vous invite donc à voter pour les amendements identiques nos 1447 et 2260, dont le contenu est en lien avec le texte et tout ce que celui-ci comporte d’humanité.
La parole est à M. Olivier Falorni, rapporteur général, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune.
En ce début de semaine, je voudrais, comme l’ont fait Philippe Juvin et Christophe Bentz lorsque nous avons interrompu nos travaux samedi soir, remercier les députés, qui ont débattu avec beaucoup de cordialité, de respect, de dignité. J’espère que la semaine que nous entamons, et qui va être longue, se passera dans le même esprit.Dans le cadre de cette discussion commune, nous abordons une série d’amendements opposés entre eux, ce qui semble montrer que notre texte est parvenu à un bon équilibre.
Il est malin ! Il est intelligent !
Je commencerai par souligner que tous ces amendements prévoient des dérogations importantes à la condition de résidence stable et régulière, pourtant devenue un principe cardinal guidant largement l’accès à notre système de protection sociale. Ce principe repose notamment sur celui de l’égalité entre les personnes et devant les charges publiques, ainsi que sur l’idée que le médecin ou le professionnel de santé qui accompagnera la personne malade devrait idéalement être un professionnel qui la connaît et qui la suit habituellement.L’amendement no 519 et les amendements identiques visent à supprimer le critère de résidence stable et régulière en France, réservant le bénéfice de l’aide à mourir aux seules personnes ayant la nationalité française.Je vous rappelle qu’il n’est pas habituel, dans notre système de soins, que l’accès à une prise en charge soit soumis à une condition de […]
C’est vous qui ne l’avez pas bien lu !
Si, je l’ai très bien lu, monsieur Verny ! J’ai même lu des centaines et des centaines d’amendements ;…
M. Verny progresse peut-être !
…si vous voulez, nous détaillerons les vôtres, dont je pense pouvoir faire un bêtisier.
C’est ça que vous appelez le respect et la dignité lors des débats ?
Je suis dans le respect du débat, puisque j’explique que l’adoption de votre amendement entraînerait l’accès à l’aide à mourir des personnes en situation irrégulière. Encore une fois, je vous invite, monsieur Verny, à lire les amendements que vous avez déposés !S’agissant des amendements identiques qui prévoient de rendre alternatifs, non cumulatifs, les critères de régularité et de stabilité, je rappellerai que ces derniers visent à garantir le fait que l’aide à mourir ne sera pas un acte isolé : elle doit s’inscrire, je le répète, dans une prise en charge globale, qui ne peut être réalisée en dehors de ces critères.Il ne faut laisser personne croire que nous pourrions instaurer un système permissif – pas davantage qu’un système restrictif.Les amendements soumis à cette discussion commune ne feraient donc qu’introduire de la confusion, ce qui serait préjudiciable à la clarté de notre […]
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis que le rapporteur général ; je voudrais notamment redire que c’est l’affiliation à l’assurance maladie qui détermine la résidence stable et régulière, puisque, par définition, elle permet de constater que le patient est bien dans notre pays et qu’il y est effectivement soigné. Au-delà de son aspect administratif, cet élément veut dire que le médecin suit le patient et le connaît, ce qui est extrêmement important dans le cadre de la démarche dont nous parlons.Je rappelle aussi que le Conseil d’État a estimé dans son avis que les conditions de nationalité et de résidence ne méconnaissent « pas les principes constitutionnels et conventionnels ».Pour revenir sur ce qui se passe à l’étranger, la majorité des États qui ont introduit dans leurs normes la notion de droit à mourir prévoient une clause de nationalité ou de résidence plus ou moins longue. C’est le cas de l’Espagne, de […]
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel.
Par rapport à nos précédentes propositions, la plupart de ces amendements sont en retrait. Nous voterons évidemment contre, sauf pour ce qui concerne les deux derniers.Il y a là une question d’égalité de traitement, M. le rapporteur général et Mme la ministre l’ont bien souligné, mais aussi une question d’humanité. Vous avez des patients soignés, traités, suivis en France qui ne sont pas Français ; au moment où ils souffriront, où ils répondront à l’ensemble des autres critères prévus par l’article 4, ils ne pourront accéder à l’aide à mourir en France. On va leur dire : « Écoutez, nous sommes désolés, rentrez chez vous ! » Où est l’humanité dans ce traitement-là ? Encore une fois, c’est vraiment une question à la fois d’égalité et d’humanité.Pour notre part, nous souhaitions plus largement que les personnes traitées en France, qu’elles soient Françaises ou non, et même si elles n’y […]
La parole est à Mme Sandrine Rousseau.
Je voudrais dire à Mme la ministre que la question du soin en France n’est pas liée à l’affiliation à la sécurité sociale.
Exactement !
Une personne étrangère ne cotisant pas en France peut arriver aux urgences d’un hôpital, elle sera soignée. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC.) C’est essentiel : il y aurait sinon non-assistance à personne en danger, et il s’agit là du système universaliste que nous avons choisi après-guerre, dont nous sommes très fiers.Pour aucun soin, à aucune étape médicale on ne demande la carte d’identité ou la nationalité du patient. En l’occurrence, il s’agira de personnes sur le point de mourir dont les souffrances sont réfractaires à tout traitement, dont la maladie est incurable, qui se trouvent en phase terminale. Et nous allons leur dire que parce qu’elles ne sont pas Françaises, elles n’ont pas droit à l’aide à mourir ? C’est contraire à toute la philosophie de la France, à la philosophie des Lumières, au pacte social que nous avons conclu avant et après-guerre. Ce […]
La parole est à M. Gérault Verny.
Monsieur le rapporteur général, vous trouverez dans l’argumentaire de notre collègue Rousseau l’exacte démonstration de la nécessité de mon amendement.Je vous remercie tout d’abord des termes peu convenables que vous avez utilisés à mon endroit ;…
C’était mérité !
…cela étant dit, de quoi parlons-nous ?La première série d’amendements identiques vise à supprimer à l’alinéa 6 les mots : « ou résider de façon stable et régulière en France ». Il y a de bonnes raisons à cela car quand c’est flou, il y a un loup, et Mme Rousseau le souligne justement lorsqu’elle met en cause ce critère en affirmant que l’on « soigne » tout le monde. Pour ma part, j’estime qu’on ne peut pas considérer qu’une injection létale est un soin, mais l’essentiel est dit : le texte n’est pas suffisamment clair, pas assez restrictif, et il faut apporter des précisions.
On n’a rien compris !
C’est normal !
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.
Le critère de nationalité figure à l’alinéa 6 et c’est logique. Il y a une alternative : il suffirait de « résider de façon stable et régulière en France ». En tant que législateurs, nous avons le devoir de préciser davantage les choses : quels critères, quelle localisation, quel contrôle ? J’ai bien peur que ce texte insuffisamment précis, qui ne prévoit pas de critères stricts, ouvre la voie à des contentieux.Par ailleurs, le médecin traitant est-il mesure de s’assurer de la régularité du séjour d’un patient ?Tout cela n’est pas assez précis et risque donc, je le répète, de provoquer des contentieux.Le groupe Rassemblement national votera en faveur des amendements identiques nos 519, 1314, 1422 et 2500.
La parole est à M. Patrick Hetzel.
Je ferai trois remarques. Monsieur le rapporteur général, vous évoquez la notion d’équilibre. Elle est très bien définie en physique, mais permettez-moi de vous dire que la perception de l’équilibre de ce texte est similaire à la perception de la douleur : elles sont très subjectives ! (M. le rapporteur général sourit.) Et nous sommes un certain nombre ici à ne pas considérer ce texte comme équilibré. (MM. Charles Sitzenstuhl et Gérault Verny applaudissent.)Madame Rousseau, je vous ai écoutée avec beaucoup d’attention : vous avez affirmé que le droit à mourir ne concernerait que les personnes en phase terminale – j’espère que le compte rendu le fera bien ressortir.
Elle a dit « en phase avancée ou terminale » !
Je vous prends au mot. Plusieurs amendements à venir permettront justement de limiter le droit à mourir à la phase terminale. Je suis certain que vous les voterez, puisque vous avez argumenté en ce sens.Enfin, madame la ministre, vous n’avez pas répondu à la question, très simple et pertinente, de notre collègue Philippe Juvin. Des accords permettent à des étrangers de venir se faire soigner en France. La question de savoir si l’aide à mourir constitue un soin est donc essentielle. Si c’est le cas, ces personnes auront accès à ce droit ; autrement, elles n’y auront pas accès. Nous aimerions une réponse claire, d’autant que tout a été fait pour inscrire les dispositions de la proposition de loi dans la partie du code de la santé publique consacrée aux soins.
La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille.
Je ne soutiendrai pas ces amendements, qui soulèvent toutefois une question importante, sur laquelle je reviendrai souvent au cours du débat. En France, un médecin est tenu de soigner, ou plutôt de prendre en charge, toute personne qui se présente à lui. C’est la dignité d’un médecin.Qui jugera de la recevabilité des critères prévus à l’article 4 ? Le médecin. Mais un médecin a-t-il la capacité d’affirmer qu’une personne réside de manière stable et régulière en France ? Nous débattons d’une réforme de société et on laisse le médecin décider de tout. Je pose la question à chacun d’entre vous et à Mme la ministre : quelles compétences le médecin possède-t-il pour juger de la résidence stable et régulière de son patient ? (Murmures sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) J’ouvre seulement le débat !La responsabilité des décisions ne doit pas reposer tout entière sur le médecin – […]
C’est pour ça qu’il vaut mieux l’enlever !
Exactement !
La parole est à M. René Pilato.
Nous nous parlons franchement dans cette assemblée – je reviendrai d’ailleurs un peu plus tard sur les propos de notre collègue Juvin. Certains patients sont en situation irrégulière mais travaillent, reçoivent des fiches de paie, cotisent et vont voir leur médecin régulièrement. Vous voulez exclure ces personnes connues de leur médecin du droit à l’aide à mourir. Ils ne répondent pas au critère de nationalité, mais ils sont chez nous, ils sont bien installés, et, je le répète, ils cotisent. S’ils remplissent les quatre autres critères, les laissera-t-on agoniser ?
La parole est à Mme la ministre.
Je veux revenir sur trois points. Tout d’abord, nous sommes tous d’accord sur le fait que l’aide à mourir fait partie d’un parcours de soins et que le patient qui en bénéficie est en phase terminale ou avancée.Deuxième point : dès lors que le patient est pris en charge dans un parcours de soins, soit il est de nationalité française et bénéficie automatiquement du droit à l’aide à mourir, soit il est de nationalité étrangère et relève de la protection universelle maladie (Puma), qui certifie la stabilité de sa résidence en France – cette garantie est accordée à condition d’attester trois mois de résidence stable en France.Enfin, dans le cas où une personne ne réside pas en France mais dans un pays appartenant à l’Union européenne, une demande de prise en charge peut être faite par l’État d’affiliation, conformément à la directive européenne du 9 mars 2011 relative à l’application des […]
(Les amendements identiques nos 519, 1314, 1422 et 2500 ne sont pas adoptés.)
(Les amendements nos 898 et 273, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1447 et 2260.
(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 93 Nombre de suffrages exprimés 93 Majorité absolue 47 Pour l’adoption 42 Contre 51
(Les amendements identiques nos 1447 et 2260 ne sont pas adoptés.)
Sur les amendements nos 744 et identique, je suis saisie par le groupe Écologiste et social d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Nous en venons à trois amendements, nos 592, 744 et 1906, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 744 et 1906 sont identiques. La parole est à M. Arnaud Simion, pour soutenir l’amendement no 592.
Cet amendement de repli vise à ouvrir les critères figurant à l’alinéa 6 afin d’inclure les « personnes suivies de manière régulière par un professionnel de santé en France ».Alors que la condition de nationalité pour demander l’aide à mourir n’est pas automatique chez nos voisins européens, nous proposons d’assouplir ce critère en France. Il s’agirait d’ouvrir ce droit aux personnes bénéficiant de soins de santé en France, sur le modèle de la loi belge ou de ce qui se fait au Canada. Cet amendement élargit la solidarité de la France en matière de fin de vie.
La parole est à Mme Sandrine Rousseau, pour soutenir l’amendement no 744.
Une personne peut être étrangère ou en situation irrégulière et bénéficier d’un suivi régulier par des professionnels de santé en France. Nous proposons d’ouvrir le droit à l’aide à mourir à toutes les personnes dans cette situation.
La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 1906.
Ces amendements sont importants. Imaginez deux personnes sujettes à des souffrances réfractaires à tout traitement, dont le pronostic vital est engagé, en phase avancée ou terminale de leur maladie. Elles n’en peuvent plus, elles veulent en finir. Le médecin qui examine leur dossier devra-t-il leur demander : « Avez-vous vos papiers ? » À celle qui n’en a pas, devra-t-il dire « Non, vous ne bénéficierez pas de l’aide à mourir, vous êtes condamnée à mourir dans d’atroces souffrances », alors que le patient de la chambre d’à côté pourra accéder à ce droit ? C’est impensable et contraire à tout ce qui fonde notre humanisme, notre sécurité sociale, notre conception d’une santé accessible à toutes et tous, quelle que soit la situation administrative ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Stéphane Delautrette, rapporteur, applaudit également.)Mes chers collègues, je vous […]
Quel est l’avis de la commission ?
Vous souhaitez élargir l’accès à l’aide à mourir aux personnes suivies de manière régulière par un professionnel de santé en France indépendamment de leur nationalité ou de leur résidence. Mme la ministre et M. le rapporteur général ont largement expliqué les dispositions de l’article 4. Par ailleurs, cette mesure constituerait une dérogation importante au critère d’une résidence stable et régulière. Il me semble souhaitable de nous en tenir au deuxième critère dans sa version actuelle : pour accéder à l’aide à mourir, une personne doit « être de nationalité française ou résider de façon stable et régulière en France ». Ce critère contribue à fixer un cadre clair et respectueux du droit de la protection sociale. Avis défavorable.
C’est inhumain !
C’est honteux !
Quel est l’avis du gouvernement ?
Pour les raisons précédemment exposées, je suis totalement défavorable à ces amendements.
Mais de quoi avez-vous peur ? Je ne comprends pas.
La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille.
Je remercie Mme la ministre d’avoir précisé les conditions dans lesquelles s’appliquera le deuxième critère : la personne doit notamment bénéficier de la Puma, qui certifie une résidence depuis plus de trois mois en France, ou être originaire d’un pays autorisant l’aide à mourir dans le cadre d’une convention avec la France. Mais une question demeure : est-ce au médecin de vérifier si le patient relève de la Puma ou d’une convention passée entre la France et tout autre pays ?
Non, justement ! C’est pour cela qu’il faut soutenir nos amendements !
Je ne cesserai jamais de le répéter : dans cette proposition de loi qui se veut sociétale, on délègue tout au médecin ; la société s’en remet entièrement à lui pour vérifier qu’un patient satisfait aux critères. En tant que professionnel de santé, un médecin n’a pourtant pas les compétences pour contrôler qu’un patient réside de façon stable ou régulière en France. Il ne connaît pas les conventions qui existent entre la France et d’autres pays.
Vous allez donc voter nos amendements !
La parole est à M. Patrick Hetzel.
Au cours de nos débats, de nombreux amendements ont été déclarés irrecevables au titre de l’article 40 de la Constitution parce qu’ils créaient une dépense supplémentaire. Or nous discutons actuellement d’amendements qui contribuent clairement à élargir le dispositif, et ils n’ont pas été déclarés irrecevables au titre de l’article 40. Je m’interroge donc sur la recevabilité de ces amendements. (M. Gérault Verny applaudit.)
Même sur l’aide à mourir, vous avez peur de l’immigration ? C’est honteux !
On peut parler, ou pas ? Ah, la démocratie… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian.
Ce texte a été construit autour des notions d’écoute des patients et de respect de leur dignité, de leur vécu, de leur souffrance. J’en remercie le rapporteur général.Dès lors, je ne comprendrais pas que l’on se place soudainement dans une vision administrative qui mènerait à accéder à la demande d’aide à mourir d’un patient et à rejeter celle d’un autre sur le seul fondement de la nationalité.Nous touchons ici au cœur de l’humanité de ce texte. Nous devons écouter les patientes et les patients, quelle que soit leur situation administrative, quelle que soit leur nationalité. Il s’agit tout simplement de respecter le principe d’égalité, car l’égalité vaut pour chaque être humain au seuil de sa mort, face à cette décision ultime en cas de douleurs réfractaires, dans le cadre du suivi effectué dans notre hôpital, par nos médecins.Il est incompréhensible de déplacer ce débat sur le terrain […]
La parole est à M. René Pilato.
Nous voterons ces amendements parce qu’ils sont identiques à ceux de M. Monnet et de Mme Leboucher examinés tout à l’heure.La régularité et la stabilité, telles que vous les évoquiez, sont avant tout une question de point de vue. Si le médecin reçoit un patient de manière régulière, depuis trois ans par exemple, que ce patient vient avec ses enfants, il ne connaît pas forcément sa situation administrative.La personne est installée, a une fiche de paie, paye des cotisations. Elle a le droit d’être traitée dignement.Nous soutiendrons ces trois amendements.
La parole est à M. Jérôme Guedj, avant que Mme la ministre s’exprime.
Ça tombe bien, parce que j’ai une question à lui poser.Aujourd’hui, sauf erreur de ma part et corrigez-moi si je me trompe, un étranger bénéficiaire de l’aide médicale de l’État (AME) peut être accompagné dans une unité de soins palliatifs.
Heureusement !
Il ne peut pas justifier d’une résidence régulière au sens du code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile, en revanche, il dispose d’une résidence stable. Comme dans les amendements que nous examinons, le colloque singulier avec le médecin constitue une porte d’entrée de l’accompagnement.J’en viens à ma question, madame la ministre. En l’état actuel du texte, un étranger en situation irrégulière, bénéficiaire de l’AME, accompagné en unité de soins palliatifs, ne serait pas éligible à l’aide à mourir que ses voisins pourraient – malheureusement ou heureusement selon leur volonté – solliciter légitimement. Ma question est simple : comment pouvez-vous nous expliquer cette différence de traitement ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
La parole est à Mme la ministre.
Je tiens à revenir sur plusieurs éléments.S’agissant d’abord du cadre général, je souhaite redire que l’accès aux droits est bien déterminé par le code de la sécurité sociale. Trois cas de figure se présentent : soit la personne est de nationalité française affiliée à un régime de sécurité sociale, soit elle bénéficie de la Puma, soit sa situation est prévue par un accord international.Pour répondre à M. Isaac-Sybille, le médecin est informé de la situation du patient par son accès aux droits. Ce n’est pas au médecin de déterminer quoi que ce soit ; il sait, grâce à la sécurité sociale, si le patient est bénéficiaire de la Puma ou de la sécurité sociale.S’agissant ensuite de la question posée par M. Guedj, je confirme que les bénéficiaires de l’AME ont accès aux soins palliatifs. Vous le savez bien, cela fait une semaine que nous débattons du fait de savoir si l’aide à mourir peut être […]
Oui, bon, ce n’est pas la question…
Quoi qu’il en soit, dans le texte tel qu’il est proposé et tel qu’il est soutenu par le gouvernement, l’AME ne couvre pas l’accès à l’aide à mourir.Je répète que je suis défavorable à l’ensemble des amendements.
Je mets aux voix l’amendement no 592.
(Le vote à main levée n’étant pas concluant, il est procédé à un scrutin public.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 108 Nombre de suffrages exprimés 107 Majorité absolue 54 Pour l’adoption 47 Contre 60
(L’amendement no 592 n’est pas adopté.)
Je mets aux voix les amendements identiques nos 744 et 1906.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 105 Nombre de suffrages exprimés 105 Majorité absolue 53 Pour l’adoption 45 Contre 60
(Les amendements identiques nos 744 et 1906 ne sont pas adoptés.)
C’est la honte !
La parole est à M. Stéphane Peu, pour soutenir l’amendement no 2040.
Le texte du projet de loi initial, présenté en 2024, proposait de conditionner l’accès à l’aide à mourir au fait d’être atteint d’une affection grave et incurable, avec un pronostic vital engagé à court ou moyen terme. Les débats en commission puis en séance publique ont largement assoupli cette condition.Dans la rédaction actuelle, il s’agit de permettre le recours à l’aide à mourir à des stades avancés d’une maladie, c’est-à-dire alors même qu’une espérance de vie de plusieurs années ou une rémission seraient encore envisageables.Si le pronostic vital de la personne doit bien être engagé, aucune temporalité n’est désormais requise. En l’état actuel du texte, le législateur a donc renoncé à encadrer le recours à l’aide à mourir en fonction de la durée restant à vivre.En conséquence, il ne s’agit plus d’apporter une réponse spécifique à la fin de vie à sa dernière extrémité ; désormais […]
Quel est l’avis de la commission ?
Vous entamez le débat sur la troisième condition d’accès à l’aide à mourir. Cet amendement ouvre la discussion sur l’alinéa 7, que nous avons fait évoluer l’an dernier et qui vise désormais les personnes atteintes d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale.Je souhaite m’attarder sur la notion de « phase avancée », notamment après la publication récente de l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS) que nous attendions depuis de nombreux mois. Nous y reviendrons à plusieurs reprises, mais je ne fournirai pas de réponse aussi détaillée pour les amendements suivants.Rappelons que cette notion de phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, introduite par l’Assemblée nationale dans le texte l’année dernière, n’est pas une création ex nihilo ; elle est déjà solidement ancrée dans notre cadre […]
Quel est l’avis du gouvernement ?
Alors que nous commençons l’examen de cet alinéa, je me permets à mon tour de prendre le temps de replacer les choses dans leur contexte comme vient de le faire M. le rapporteur général.Nous le savons, il s’agit d’un alinéa très important. En l’état du texte, il précise que la personne malade doit « être atteinte d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale ».Le débat qui nous avait occupés l’année dernière portait sur la notion de court ou moyen terme. Chacun reconnaissait alors que la notion de court terme était à peu près identifiable – et je pèse mes mots en disant cela –, mais que la notion de moyen terme, quant à elle, était une notion extrêmement difficile voire impossible à définir. L’ensemble des professionnels le soulignaient.C’est la raison pour laquelle j’avais pris l’engagement de continuer à […]
Sur l’amendement n° 1263, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Philippe Juvin.
L’amendement no 2040 de M. Peu me paraît très intéressant, car il pose la question du sens d’une phase « terminale ». Voulons-nous – que nous souhaitions ou pas que la loi soit votée – en limiter le champ à des gens qui sont à la fin de leur vie, ou l’ouvrir à des gens qui pourraient avoir plusieurs années à vivre ? Voilà la vraie question. Une fois que nous nous serons mis d’accord sur ce point, nous essaierons de trouver les bons termes.
« Phase avancée » ne veut pas forcément dire plusieurs années à vivre !
C’est la souffrance du patient qui doit être déterminante.
Je ne souhaite pas, vous l’avez compris, que des gens qui pourraient encore vivre plusieurs années soient concernés par cette loi.J’appelle votre attention sur le fait que l’expression « phase terminale » est ambiguë : il y a des maladies en phase terminale qui durent des années. Si vous voulez parler de vie en phase terminale, je comprends, et la question est réglée. Mais il y a bien une ambiguïté.L’amendement de M. Peu me semble, sans aller jusqu’au bout, apporter un début de précision, et c’est pourquoi j’y suis favorable.S’agissant de la Haute Autorité, son avis est très sympathique, mais elle suggère d’utiliser l’adjectif « irréversible ». Pardon, mais une maladie incurable est, par définition, irréversible !
C’est totalement faux !
On tourne autour du pot sans apporter aucune précision. La Haute Autorité reformule avec d’autres termes la notion d’incurabilité. Incurable signifie « qui ne peut pas être guéri », et non « qui ne peut pas être traité ». (M. Gérault Verny applaudit.)
La parole est à M. Bartolomé Lenoir.
Je souscris à ce qui vient d’être dit par M. Juvin.Monsieur le rapporteur général, madame la ministre, des malades atteints d’une maladie incurable, mais qui auraient plusieurs années à vivre, pourraient-ils avoir accès à l’aide à mourir ? Pouvez-vous confirmer cette information ?
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
Je remercie le rapporteur général et la ministre d’avoir exposé leur position.L’un des points principaux sur lesquels nous devrons nous prononcer, c’est bien celui de la phase avancée. Je soutiens l’amendement de M. Peu, qui tend à faire disparaître cette notion du texte.L’avis rendu le 30 avril par la Haute Autorité de santé est bien plus prudent et nuancé que l’interprétation qui nous en a été présentée : il dit en réalité que la notion de phase avancée est problématique quand elle est liée à l’idée de fin de vie.Vous avez raison, monsieur le rapporteur général : la notion de phase avancée est déjà présente dans le code de la santé publique ; mais c’est dans l’article relatif à l’expression de la volonté du malade. Elle n’est pas liée à la question de l’aide à mourir. Il faut, sur ce dernier sujet, prendre à mon sens beaucoup plus de précautions.La Haute Autorité de santé précise qu’« […]
La parole est à M. Aurélien Saintoul.
Nous ouvrons une longue séquence de débats sur les critères médicaux d’accès à l’aide à mourir. M. Juvin parle de synonymie entre « incurable » et « irréversible ». On peut reprendre l’exemple déjà cité du VIH, où les trithérapies permettent souvent de rendre le virus indétectable : c’est incurable, mais la trithérapie empêche de rentrer dans une phase d’irréversibilité.Je voudrais surtout ici clore la discussion sur les critères administratifs d’accès à l’aide à mourir. Je suis profondément choqué que des collègues favorables à l’ouverture d’un droit à mourir, qui reconnaissent qu’il s’agit là d’un droit humain, aient voulu le réserver aux personnes de nationalité française. Je regrette que vous ne nous ayez pas aidés à accorder ce nouveau droit, sur lequel nous avons jusqu’à présent voté ensemble, à tout le monde. C’est profondément choquant, mais aussi cohérent avec votre stratégie […]
La parole est à M. Stéphane Peu.
Je n’ai pas été convaincu par les propos du rapporteur général et de Mme la ministre.Les termes « grave et incurable » ne me paraissent pas suffisants : une maladie grave n’est pas forcément incurable, et le fait qu’elle soit incurable n’engage pas forcément le pronostic vital. C’est pourquoi mon amendement vise à préciser le texte en écrivant que le pronostic vital est « engagé dans un futur prévisible ».Pendant une maladie grave, le patient connaît souvent des hauts et des bas, mais de grands moments de désespérance sont parfois suivis d’autres qui permettent de retrouver le goût de la vie. En l’état actuel, la définition est trop ouverte et pourrait conduire à accorder le suicide assisté ou l’euthanasie à des personnes qui ont encore beaucoup d’années à vivre, et peut-être, sinon de belles années, du moins des années qu’elles apprécieront. (Applaudissements sur les bancs des groupes […]
La parole est à M. Stéphane Delautrette, rapporteur de la commission des affaires sociales.
En effet, nous sommes au cœur du sujet et deux visions s’affrontent.Est-ce à nous de dire dans quelles conditions les gens vont devoir vivre leur fin de vie ? Si je vous écoute, il ne faudrait ouvrir l’aide à mourir qu’aux personnes qui agonisent. C’est vrai, des gens veulent mourir alors qu’ils pourraient vivre encore plusieurs mois, peut-être plusieurs années – mais dans quelles conditions ? Vous voulez leur imposer de continuer à vivre alors que l’on sait qu’elles vont mourir.Fixer une échéance me paraît donc une mauvaise chose. Au-delà de « l’affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale », c’est surtout la question de la souffrance, physique ou psychologique, qui est essentielle. Vous ne prenez pas en considération la souffrance en voulant que ces personnes la subissent tant qu’elles ne seront pas entrées en […]
Eh oui !
Cela ne me paraît pas humain.Nous devons nous opposer à ces amendements car, si l’on retient de tels critères, on ne se met pas à la place du patient. Il faut considérer la question de la souffrance des personnes. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – M. Nicolas Sansu applaudit également.)
La parole est à Mme Danielle Simonnet.
Cet amendement touche au cœur du sujet. Souhaitons-nous garantir une liberté nouvelle ? Est-ce au patient qu’il revient de décider s’il veut continuer à vivre une vie dont il considère peut-être qu’il ne fait plus que la subir ? Voilà les questions que nous devons nous poser.Les conditions inscrites dans le texte sont très strictes, puisqu’il faut être atteint d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, mais aussi présenter une souffrance réfractaire à tout traitement. Certaines personnes peuvent estimer que la souffrance est telle, que l’absence d’autonomie est telle, qu’ils ne vivent plus, mais survivent seulement. C’est à eux de juger que cette vie qu’ils mènent ne vaut plus d’être vécue : qui sommes-nous pour ne pas respecter cette ultime liberté ?Ce n’est pas une liberté au suicide, terme que certains continuent à utiliser. Les conditions sont précises : être « […]
La vie est irréversible.
Des collègues parlent de pronostics : est-ce que la personne a encore six mois, un an, plusieurs années à vivre ? En vérité, vous le savez très bien, la médecine n’en sait rien. Et quand bien même ! Pourquoi accorder ce droit à une personne qui devra subir une telle souffrance pendant quinze jours et pas à celle qui devra la subir pendant trois ans ? Le dialogue permanent avec l’équipe médicale permet, à chaque étape, de proposer au patient d’autres accompagnements et d’autres soins, y compris palliatifs. Le patient doit pouvoir décider en connaissance de cause. Ne restreignons pas les conditions ; il faut voter contre l’amendement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)
La parole est à M. Julien Odoul.
Je réagis aux propos de notre collègue Simonnet. Dans ce débat, il n’y a pas d’un côté les bienveillants, qui veulent la liberté, et de l’autre les malveillants, qui veulent enchaîner les patients en fin de vie. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.) Il y a deux appréciations qu’il faut respecter. Pour ma part, madame Simonnet, je respecte votre point de vue – je ne dis pas que vos positions sont une entrave à la liberté des patients en fin de vie.
Sûrement pas !
C’est l’inverse !
Vous avez posé la question suivante : qui sommes-nous pour empêcher un patient en fin de vie de déterminer son libre choix ? Je vous renvoie la question : qui sommes-nous pour évaluer ce que vaut une vie ? (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)
On ne le fera pas. C’est la personne qui le fera !
J’entends cette petite musique derrière vos propos.
Non, non, non ! Je n’ai jamais dit ça ! Vous déformez mes propos !
D’innombrables exemples de patients en fin de vie, qui souffrent d’une maladie incurable, dont le pronostic vital est engagé, et qui subissent des souffrances réfractaires, montrent que la vie continue, que le patient a envie de continuer à vivre et que le pronostic médical peut se révéler faux. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) Prenons l’exemple emblématique du président Mitterrand,…
C’est la personne qui décide !
…à qui il avait été diagnostiqué, quelques mois après son accession au pouvoir, un cancer de la prostate avec métastases osseuses, et qui subissait des souffrances réfractaires.
Je vous prie de bien vouloir conclure, monsieur le député.
Je termine : alors qu’on lui avait pronostiqué entre trois mois et trois ans à vivre, il a fait quatorze ans de mandat… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Plusieurs députés des groupes RN et UDR applaudissent ce dernier.)
Tant mieux !
Mais c’est n’importe quoi !
La parole est à M. le rapporteur général.
Monsieur Saintoul, je comprends la déception des collègues dont l’amendement visant à élargir les conditions d’accès à l’aide à mourir a été rejeté, mais je tiens à préciser que celle-ci ne sera pas réservée aux personnes de nationalité française. Les personnes qui résident en France de façon stable et régulière y auront accès également. Dans le cadre de la protection universelle maladie, la condition de stabilité implique de résider en France depuis au moins trois mois. Cette condition est liée à la logique d’accompagnement du malade. Le texte ne prévoit pas de préférence nationale en matière d’aide à mourir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – Mme Sophie Errante applaudit également.)Le propos de M. Odoul rejoint la question de M. Lenoir sur le temps qu’il reste à vivre. Si le médecin de M. Mitterrand – je ne l’ai pas connu personnellement – a pris le risque de lui […]
Un Nostramadus de la médecine ?
M. Juvin l’a souligné à de nombreuses reprises dans l’hémicycle, on ne peut pas faire une évaluation en se fondant sur des données statistiques. Même si celles-ci ont évidemment du sens et présentent un intérêt, chaque cas est par définition individuel. À ma connaissance, M. Mitterrand avait plus qu’envie de vivre et d’aller au bout de son mandat – il n’a en aucun cas sollicité une aide à mourir !
Exactement ! Il a raison !
Monsieur Lenoir, la Haute Autorité de santé l’a indiqué clairement, et tous les médecins nous l’ont dit, qu’ils soient favorables ou opposés au texte : les praticiens ne sont pas en mesure, pour chaque cas individuel, de déterminer s’il reste au malade six mois, douze mois, vingt-quatre mois ou davantage à vivre – ils ne sont pas des devins. C’est pour cela que j’avais récusé la notion de moyen terme. Le critère temporel est totalement inopérant.Peut-être avait-on dit à M. Mitterrand, sur le fondement de données statistiques, qu’il lui restait entre trois mois et trois ans à vivre. Cette prédiction s’est révélée inexacte, comme c’est souvent le cas avec les statistiques relatives aux différentes pathologies.Nous procédons article par article, amendement par amendement – c’est la règle du jeu lorsque nous examinons un texte. On a tendance à dire que l’article 4 comprend cinq critères. […]
Tout à fait !
Ainsi, l’alinéa 7 ne définit pas un critère unique mais une série de conditions cumulatives : une affection non seulement grave, mais aussi incurable, qui en outre engage le pronostic vital et qui, de surcroît, est en phase avancée ou terminale.
C’est très important !
De plus, si, comme je le souhaite, nous adoptons l’amendement du gouvernement, nous préciserons que la phase avancée ou terminale correspond à l’entrée dans un processus irréversible – précision supplémentaire qui n’est en rien contradictoire avec les dispositions figurant déjà dans le texte.
Il faut aussi que le patient le demande !
J’ajoute que cet alinéa ne peut pas être isolé du suivant. On ne parle pas uniquement de pathologie, mais aussi de souffrance, physique ou psychologique ; n’oublions pas la souffrance ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS. – M. Nicolas Sansu applaudit également.) Évidemment, le droit à l’aide à mourir se fonde sur une évaluation médicale en lien avec une pathologie : la personne doit être atteinte d’une maladie grave et incurable. Mais elle doit aussi présenter une souffrance réfractaire ou insupportable, et ces critères sont cumulatifs.Même si nous y sommes contraints par les règles qui encadrent le travail parlementaire, nous ne pouvons pas saucissonner le débat. Je le rappellerai autant que nécessaire, les critères d’accès au droit à l’aide à mourir sont cumulatifs. C’est la raison pour laquelle je suis, bien entendu, opposé à l’amendement. […]
La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 1263.
Alors que nous entamons la deuxième semaine d’examen du texte, j’estime moi aussi, dans l’esprit des propos de M. Philippe Juvin et de M. Olivier Falorni, que nous avons collectivement tout à gagner à avoir un débat apaisé, sur le fond des idées, et surtout, respectueux de toutes les convictions – elles sont toutes respectables.
Ça suffit, ce cinéma ! C’est la commedia dell’arte !
Tel a été le cas au cours de la première semaine ; souhaitons que cela dure.À défaut d’être parvenus à supprimer les articles 1 à 4, nous proposons, par cet amendement de repli, de définir les critères d’accès les plus restrictifs possibles pour nous rapprocher du principe d’exception, en supprimant les mots « quelle qu’en soit la cause » et en ne retenant que la notion de « phase terminale ». Rappelons qu’un garde-fou avait sauté il y a un an dès le stade de la commission spéciale : le critère du pronostic vital engagé « à court ou moyen terme » avait été remplacé par les mots « en phase avancée ou terminale ». (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – M. Bartolomé Lenoir applaudit également.)
Quel est l’avis de la commission ?
Vous voulez rédiger ainsi l’alinéa 7 : « Être en phase terminale d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital et à l’issue certaine ». Cela bouleverserait totalement l’équilibre du texte. L’avis de la HAS – je ne développerai pas car Mme la ministre et M. le rapporteur général l’ont fait – est de nature à nous rassurer. Votre amendement apporte de la confusion au lieu de la clarté. J’émets donc un avis défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Défavorable.
La parole est à Mme Nicole Dubré-Chirat.
Nous ne devons pas l’oublier, les critères sont cumulatifs – évitons de les considérer séparément. Les discussions sur les notions de court terme et de moyen terme n’ayant pas abouti, nous avons retenu la notion d’affection grave et incurable. Monsieur Juvin, une maladie incurable, ce n’est pas une maladie non traitable – je pense notamment au diabète, à l’insuffisance rénale et au sida.
Je n’arrête pas de le dire !
Oui, c’est ce qu’il a toujours dit !
J’ai accompagné des personnes atteintes du sida à l’époque où il n’y avait pas de traitement. Elles auraient certainement formulé une demande d’aide à mourir – la situation est différente maintenant que la trithérapie existe.Une personne dont le pronostic vital est engagé est entre la vie et la mort ; il lui reste quelques semaines ou quelques mois à vivre, et elle présente un risque majeur de défaillance d’organe. Les critères, notamment celui de phase avancée ou terminale, avec l’ajout de la définition de la HAS, permettront d’évaluer l’état de santé du patient. Il ne faut pas faire peur en laissant penser que des maladies pour lesquelles il existe un traitement sont concernées par l’aide à mourir – même pour les cancers en phase avancée, les traitements évoluent. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – Mmes Dieynaba Diop et Danielle Simonnet applaudissent également.)
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.
La souffrance est individuelle : prenez deux personnes qui ont la même maladie, leur souffrance sera différente. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)