Séance du 14 juin 2023 — 269e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Caroline Fiat.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Caroline Fiat.
Tours 1 à 200 sur 897 — page 1 / 5.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
La parole est à M. Inaki Echaniz.
Merci, madame la présidente, de me donner la parole en ce début de séance. Depuis quelques jours, de violents orages frappent le Béarn de façon répétée et de fortes inondations ont touché plusieurs villages : Oloron-Sainte-Marie, Agnos, Bidos ou Eysus. Hier, un torrent de boue a déferlé sur celui de Lourdios-Ichère, bien connu en vallée d’Aspe, dévastant l’école et la mairie.Je tiens à rendre solennellement hommage à M. Millerou, l’instituteur de la commune : grâce à son sang-froid et sa réactivité, il a permis d’éviter un drame. À l’arrivée du torrent de boue, haut de 1,5 mètre, il était en classe avec ses élèves, qu’il a réussi à évacuer in extremis. Au nom de la représentation nationale, je voudrais lui dire toute notre reconnaissance. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LFI-NUPES.)Je veux aussi adresser mes vœux de prompt rétablissement à Marthe Clot, maire de […]
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi visant à régulariser le PLUI de la communauté de communes du Bas-Chablais (nos 811, 1326).
La parole est à M. le ministre délégué chargé des transports.
Puisque nous allons parler d’un sujet qui concerne la Haute-Savoie, permettez-moi d’avoir à nouveau, au nom du Gouvernement, un mot pour les victimes de l’attaque d’Annecy et pour les forces de l’ordre et de sécurité, les soignants et les agents des services publics (Applaudissements sur tous les bancs), les héros ordinaires qui se sont mobilisés pour, face à ce drame, montrer le meilleur visage de notre pays et de ses valeurs.Le texte qui nous rassemble vise à lever un obstacle administratif à la réalisation d’une liaison routière entre les communes de Machilly et de Thonon-les-Bains. Pour en avoir longuement parlé avec de nombreux élus du territoire, qui m’avaient saisi de ce sujet, au premier rang desquels Mme la rapporteure Anne-Cécile Violland et son collègue sénateur Cyril Pellevat, je sais que cette liaison est attendue de longue date – plusieurs décennies – par les habitants du […]
La parole est à Mme Anne-Cécile Violland, rapporteure de la commission des affaires économiques.
Nous discutons d’une proposition de loi transmise par le Sénat. Je voudrais donc commencer par remercier Mme Martine Berthet, rapporteure de ce texte au Sénat (Applaudissements sur quelques bancs des groupes HOR, RE et Dem – Mme Émilie Bonnivard applaudit également),…
Visiblement, elle a trois amis ici !
Solidarité savoyarde !
…les sénateurs de Haute-Savoie, Mme Sylviane Noël et M. Cyril Pellevat, auteurs de la proposition, et M. Loïc Hervé, qui l’a soutenue. L’engagement transpartisan des parlementaires pour l’avenir du Chablais a permis l’adoption de ce texte par 234 voix contre 12.De même, je remercie très sincèrement les différents groupes qui ont accepté son inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale cette semaine. Je remercie vivement M. Guillaume Kasbarian, président de la commission des affaires économiques, M. Daniel Montin, administrateur de la commission, ainsi que mes collaboratrices ; tous ont œuvré de concert en faveur de cette proposition de loi. Enfin, je remercie toutes les personnes qui ont accepté d’être auditionnées et de nous donner ainsi une connaissance plus fine de la situation.Ce texte est inhabituel, je le concède, mais il ne crée pas de précédent. Il revêt une importance […]
Il y a tellement de circulation !
Je confirme !
L’accès aux services de soins est de plus en plus difficile, ce qui pose un vrai problème de santé publique. Il faut parfois plus d’une heure et demie pour rejoindre les urgences ! Le sous-équipement structurel du Chablais conduit à engorger les villes traversées par les deux axes existants : Bons-en-Chablais, Brenthonne, Lully, Perrignier ou encore Sciez et Douvaine connaissent des embouteillages du matin jusqu’au soir. Ces bouchons dégradent fortement la qualité de l’air, ce qui nuit à la santé des Chablaisiens. Les cours d’école sont situées à proximité des routes, exposant les enfants à ces dangers.S’y ajoutent de véritables problèmes de santé environnementale liés aux émissions de gaz à effet de serre, infiniment plus importantes lorsque les véhicules sont immobilisés dans un bouchon qu’en cas de circulation fluide. La consommation d’essence double également. Autre dommage […]
Et l’on parle encore de décentralisation…
À la suite d’une concertation publique, menée en 2016 sous l’égide de la CNDP – Commission nationale du débat public –, et d’une évaluation environnementale exhaustive, comprenant une enquête publique et l’avis des collectivités territoriales concernées, le projet de réalisation d’une liaison à deux fois deux voies a été déclaré d’utilité publique par décret en Conseil d’État le 24 décembre 2019. Cette déclaration d’utilité publique permet à la fois d’engager la procédure d’expropriation et de désigner le concessionnaire. L’article 6 du décret prévoit la mise en compatibilité des plans locaux d’urbanisme (PLU) des dix communes situées sur le trajet du projet de liaison.Toutefois, quelques mois plus tard, à la fin du mois de février 2020, juste avant les élections municipales et la crise sanitaire, le plan local d’urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Bas-Chablais est […]
Veuillez conclure.
Certains voudraient refuser d’aider les élus locaux concernés et les obliger à attendre de nouveau quatre ans pour faire avancer un projet qui fait pourtant l’objet d’un large soutien. Ces élus sont présents dans les tribunes, ce dont je les remercie. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, LR, Dem et HOR.)
Bravo !
J’ai reçu de Mme Cyrielle Chatelain et des membres du groupe Écologiste-NUPES une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
Oh non !
La parole est à Mme Julie Laernoes.
Au nom des décroissants !
Nous sommes saisis d’une proposition de loi qui n’a pas à être débattue ici.
Sympa, non ?
Nous sommes, me semble-t-il, à l’Assemblée nationale. Que vient faire dans notre ordre du jour une proposition de loi visant à modifier un PLUI ? Notre rôle, mes chers collègues, est bien de légiférer et de débattre des orientations nationales,…
Et d’adapter des dispositions législatives !
…et non de se substituer aux élus locaux pour en accomplir les droits et les devoirs, ni de contourner par le haut les procédures d’urbanisme ordinaires – j’insiste sur ce mot. Car oui, pour élaborer un plan local d’urbanisme intercommunal, il faut franchir certaines étapes, consistant à vérifier le bien-fondé du projet et à en évaluer ses effets.L’objet de cette régularisation contrevient à tous les objectifs que l’État s’est fixés : zéro artificialisation nette (ZAN), priorité donnée au rail plutôt qu’à la route, préservation de la biodiversité ou encore moyens engagés pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. J’y reviendrai.
Dites que vous ne voulez pas d’autoroute, ça ira plus vite ! Si l’on plantait des arbres, vous seriez d’accord !
Absolument rien ne va dans la proposition de loi visant à régulariser le PLUI de la communauté de communes du Bas-Chablais. D’abord, sur la forme, le titre est mensonger. Vous ne régularisez rien, vous contournez plutôt les procédures, qui ne sont pas aussi complexes que vous le prétendez. Il aurait suffi que le PLUI, en cours de révision, prévoie le projet autoroutier, à condition que les collectivités territoriales le soutiennent autant que vous le prétendez, ce dont je doute.Il est vrai qu’il est plus facile, lorsqu’on rencontre une quelconque opposition à un projet autoroutier, de passer en force par une loi d’exception pour faire taire les opposants. L’A31 bis de Thionville, l’A154 de Saint-Rémy-sur-Avre, le projet de contournement du Havre : tant de projets autoroutiers à laquelle la France est accro, mais contre lesquels, partout, les oppositions grondent.
Elles s’expriment, les oppositions !
Comptez-vous présenter une proposition ou un projet de loi pour chacun de ces projets ?
Oui !
Dans le Bas-Chablais, si le projet d’autoroute reste en germe depuis tant d’années, vous devez vous douter que c’est parce qu’il n’a aucun sens et qu’il ne résout aucun problème. En outre, les cafouillages ne cessent de s’enchaîner. Ainsi, on découvre que Thonon Agglomération a malencontreusement « oublié » d’inclure la réalisation de cette autoroute tant voulue lors de l’élaboration du PLUI du Bas-Chablais.Dès 2019, la mission régionale d’autorité environnementale a donné l’alerte : la consommation d’espace ne serait absolument pas la même si cette autoroute était incluse dans le paysage. Mais Thonon Agglomération a fait la sourde oreille, voulant croire qu’il lui serait possible d’ignorer les avis de la MRAE. Des études environnementales complémentaires ont bien été demandées, mais, comme d’habitude, les considérations environnementales sont passées au second plan.Parce que le choix a […]
Nous n’avons pas de leçons à recevoir !
C’est pourquoi le groupe Écologiste vous propose de rejeter résolument cette proposition de loi.Pis encore, madame la rapporteure, vous êtes en train de créer un précédent très dangereux – nos collègues ont soulevé ce point en commission.
Mais non, la rapporteure a été claire sur ce point !
Non, l’oratrice a raison !
Vous ouvrez la voie à toutes les collectivités locales désireuses de construire un nouvel échangeur routier, une extension d’aéroport ou un nouveau centre commercial en zone protégée.
Elle a dit l’inverse !
Ainsi, Antoine Vermorel-Marques, membre du groupe Les Républicains,…
Excellent député !
…a déposé cette semaine une proposition de résolution pour réaliser la déviation de la nationale 7.
Et alors ? Désolé s’il bosse plus que vous !
Rejoignez-nous !
Vous ouvrez donc la voie à un interventionnisme systématique de l’État : ce dernier pourra se substituer aux collectivités locales à chaque fois que l’on souhaitera éviter d’écouter les gens – habitants, agriculteurs, associations de protection de l’environnement –, ou, tout simplement, lorsque le maire de la commune voisine ne sera pas d’accord avec vous. Le rôle du Parlement n’est pas de piétiner les compétences des collectivités ni de résoudre à la hâte des problèmes de mise en compatibilité de documents.
Exactement !
Voilà pourquoi, sur la forme, nous rejetons ce texte en bloc, et nous vous demandons d’en faire de même.
Il n’y a pas d’autre solution qu’un vote du Parlement !
Sur le fond du projet, à l’heure où la loi de programmation sur l’énergie et le climat est en cours d’élaboration, toute personne ici présente, sérieusement engagée pour le climat et pour l’environnement, ne peut en conscience voter la présente proposition de loi.
Arrêtez de dire n’importe quoi, vous êtes contre le Lyon-Turin ! Êtes-vous pour que les camions traversent les villages ?
Nous sommes le 14 juin 2023, il fait 29 degrés à Paris. Nous avons déjà subi plusieurs canicules l’été dernier. Le dérèglement climatique nous touche de plein fouet. Des arrêtés sécheresse sont pris partout en France. Notre collègue Inaki Echaniz vient d’évoquer les inondations provoquées par de violents orages dans les Pyrénées-Atlantiques.
Où est-il, d’ailleurs ?
Dès lors, est-il raisonnable de proposer de passer en force pour construire une autoroute inutile et nocive ? Il ne s’agit pas de dire, la main sur le cœur, que nous devons nous adapter au climat et tout faire pour réduire les effets de nos actions sur les ressources ; il s’agit de passer des paroles aux actes.Avec ce texte honteux, comme à travers tous vos textes présentés depuis le début de la législature, vous continuez à faire de l’environnement et de la biodiversité des simples variables d’ajustement. Vous soutenez en conscience un projet d’autoroute qui détruira irrémédiablement des écosystèmes participant de manière indispensable à la qualité de l’air et au stockage de l’eau, sans lesquels la santé humaine risque d’être sérieusement mise en danger.Oui, l’artificialisation des sols affecte réellement notre santé. Vous le savez, mais vous choisissez de l’ignorer. Vous choisissez de […]
Et que font vos amis écologistes à Strasbourg ?
Dois-je vous rappeler que les projets routiers sont le deuxième facteur d’artificialisation des sols et qu’ils ont un impact colossal, en entraînant la destruction de terres agricoles, de zones humides et de forêts qui régulent le climat ?Le Bas-Chablais n’est pas, comme vous le prétendez, une zone enclavée qui doit se développer. C’est, à la périphérie de Genève, un territoire dont l’artificialisation a progressé de 2,85 % en cinq ans, soit à un rythme dix fois plus élevé que le rythme national moyen.
Il faut venir voir. On ne peut pas parler sans savoir !
Ne nous faites donc pas croire qu’il doit être davantage encore artificialisé. Il a un besoin vital de conserver ses puits de carbone et sa biodiversité plutôt que d’accueillir une autoroute qui va ravager des espaces protégés, dévaster des zones humides et menacer des espèces protégées, comme le sonneur à ventre jaune – protégé au niveau français et européen !Nous nous désolons par ailleurs de votre désintérêt pour le maintien des professions agricoles. Près de 10 % des exploitations du Bas-Chablais seront directement affectées par la construction de cette autoroute. En défendant ce projet, vous mettez à mal une agriculture de qualité, extensive, qui rémunère mieux qu’ailleurs et maintient notre bocage, une agriculture qui permet à des élevages bovins en pâture de produire des fromages sous signe de qualité qui, comme le Reblochon, font la fierté des terroirs français. Le monde […]
Non !
Mensonge !
Vous pouvez la retrouver, madame la rapporteure. L’ignorer témoigne de votre manque d’écoute de la population ; vous en faites une nouvelle fois la preuve.Écoutez la société civile mobilisée, disais-je, et les organisations environnementales, France nature environnement (FNE) ou la Confédération paysanne.
Occupez-vous donc de votre département !
Répondez favorablement aux recommandations de l’autorité environnementale compétente et faites en sorte que le débat ait lieu de manière éclairée là où il doit être mené, c’est-à-dire – j’en conviens – dans l’enceinte du conseil intercommunal du Bas-Chablais.Chers collègues, si vous dites agir résolument en faveur du climat et de la réduction de notre empreinte écologique, je vous invite à voter fermement notre motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.)
Sur la motion de rejet préalable, je suis saisie par le groupe Écologiste-NUPES d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. le ministre délégué.
Madame la députée, le Gouvernement n’est pas favorable à la motion de rejet préalable que vous avez défendue. Au reste, je vois une contradiction entre l’éloge de la démocratie que vous avez fait au début de votre intervention et votre volonté d’empêcher que la proposition de loi fasse l’objet d’un débat dans l’enceinte de l’Assemblée.
Cela n’a rien à voir avec l’Assemblée !
Que les orateurs inscrits dans la discussion générale puissent s’exprimer pour ou contre le texte : c’est cela, le débat démocratique. Même si, chacun le reconnaît, la procédure retenue doit rester extraordinaire et exceptionnelle, je ne vois pas grand-chose de plus démocratique que le fait de laisser s’exprimer les députés au sein de l’Assemblée. Il est tout de même paradoxal de vouloir couper court au débat au nom de la démocratie et du respect des compétences des collectivités locales.Par ailleurs, je relève – mais la rapporteure pourra le dire plus précisément que moi – que l’immense majorité, pour ne pas dire la quasi-totalité, des élus réclame la régularisation qui fait l’objet du texte.Le Parlement se prononcera donc. Quant au Gouvernement, il a d’ores et déjà émis un avis de sagesse sur le fond. Je partage, même si je ne les formulerais pas tout à fait de la même façon […]
La parole est à Mme la rapporteure.
Ce n’est pas parce que l’on a des idéaux que l’on peut être de mauvaise foi. Une pétition a recueilli 11 000 signatures, avez-vous dit, madame Laernoes. Il s’agit en fait d’un mail envoyé par vos amis, les lobbyistes écologistes (Exclamations sur les bancs du groupe Écolo-NUPES), à tous les députés…
Eh oui !
…pour les enjoindre de ne pas voter la proposition de loi, mail qui a ensuite été relayé par 11 000 militants écologistes.
Vous prétendez que ces citoyens n’existent pas ?
La dernière pétition organisée pour protester contre le projet d’autoroute a recueilli 600 signatures sur 140 000 habitants. Voilà la réalité ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem, LR et HOR.)
Dans les explications de vote sur la motion de rejet préalable, la parole est à Mme Julie Laernoes.
Il est important que la motion de rejet préalable soit adoptée car, je l’ai expliqué, d’autres députés travaillent déjà à la préparation de propositions de loi relatives à des projets autoroutiers.Par cohérence avec la politique que vous menez, monsieur le ministre délégué, il importe de se prononcer clairement sur ce projet concret. Construire une autoroute alors qu’il est possible de faire le même trajet en train, ce n’est pas faciliter l’accès à la mobilité et c’est nocif pour l’environnement.Madame la rapporteure, la manifestation organisée il y a une semaine pour soutenir votre proposition de loi n’a réuni qu’une centaine de personnes ; elle a eu si peu de succès que vous avez refusé de vous exprimer dans les médias régionaux. En revanche, la pétition opposée au projet a bien été signée par 12 000 personnes, ne vous en déplaise.
Non !
C’est un fait : elle est consultable en ligne. Vous ne pouvez pas mentir et minimiser l’opposition à ce projet qui est d’un autre temps. On a le droit de se tromper. Aujourd’hui, il est criminel de construire une autoroute, de favoriser l’émission de gaz à effet de serre et de faire disparaître des zones humides dont le rôle est vital et essentiel.De quoi les habitants du Bas-Chablais auront-ils besoin, demain ? De respirer et de profiter de points de rafraîchissement ou d’un bitume inutilisé – car cette autoroute trop chère ne sera pas empruntée par la population locale ? (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.)
La parole est à M. Yannick Monnet.
Il est vrai que la procédure suscite des interrogations. On a dit que cette proposition de loi ne créerait pas un précédent. J’y serai très attentif, car le groupe GDR est très respectueux de la démocratie locale. Nous estimons que ce n’est pas à nous, députés, de juger, de Paris, de ce type de projet. J’ai moi-même été concerné, dans mon département, par la construction d’une autoroute, l’A79 : vue de Paris, elle pouvait apparaître comme une infrastructure de plus, mais, au niveau local, elle sauve des vies et améliore considérablement la vie des gens.
Eh oui ! C’est cela, la réalité !
C’est la même chose ici !
C’est pourquoi nous nous abstiendrons sur le vote de la motion de rejet préalable. J’aurai l’occasion d’y revenir dans la discussion générale, mais j’espère vraiment que cette procédure ne créera pas un précédent, car on peut légitimement s’interroger sur le fait que l’Assemblée nationale soit amenée à jouer un rôle décisif dans des projets structurants au niveau local.
La parole est à M. Antoine Armand.
Je souhaite saluer la constance du groupe Écologiste-NUPES, qui a déposé la motion de rejet préalable, constance qui se manifeste de deux manières.Tout d’abord, par son attachement à mépriser les travaux de nos collègues sénateurs – lesquels ont pris le temps, en commission puis en séance publique, d’examiner ce texte et de l’adopter – et ceux que nous avons nous-mêmes menés en commission des affaires économiques, qui ont abouti à l’adoption à la quasi-unanimité de la proposition de loi.
Vous vous y connaissez, en mépris ! Mépris du parlementarisme, en particulier !
Ensuite, par son mépris absolument incroyable pour les habitants du Bas-Chablais. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) Ceux des élus concernés qui suivent nos travaux doivent halluciner en entendant ce que vous racontez du territoire où ils vivent. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Figurez-vous qu’il y a, nos collègues savoyards et haut-savoyards le savent, un schéma de mobilité et que celui-ci prévoit le développement des transports en commun, qui se poursuivra grâce à l’action du Gouvernement, ainsi que la création de pistes cyclables – car nous ne vous avons pas attendus pour en construire, chers collègues Écologistes !
Ça fait cinq ans que vous faites n’importe quoi en la matière !
Enfin, j’ajouterai, en tant que coprésident du groupe d’études sur le pastoralisme, qu’en Haute-Savoie, ma chère collègue, les bovins ne pâturent pas dans un bocage. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR. – Mme la rapporteure et Mme Émilie Bonnivard applaudissent également.) On mesure là la profondeur de la connaissance que vous avez de notre territoire et de l’hommage que vous rendez à ses habitants, qui rencontrent quotidiennement des problèmes d’embouteillage, de sécurité routière et d’environnement…Pour votre constance et le respect permanent que vous témoignez à nos concitoyens, je vous salue. Bien entendu, le groupe Renaissance repoussera, avec vigueur et succès, cette motion de rejet préalable ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et HOR.)
Le mépris, ça suffit !
La parole est à M. Alexis Jolly.
S’il n’est pas le premier du genre, ce texte est particulier. Il nous conduit à nous interroger sur la protection des compétences des collectivités contre une éventuelle prise de contrôle du Parlement sur l’ensemble du processus de création de la norme dans notre pays. Mais cette proposition de loi a vocation à demeurer une exception, due à des circonstances locales uniques. A priori, le procédé qui va permettre au Parlement de réaffirmer la prévalence de la déclaration d’utilité publique, en écrasant en quelque sorte le PLUI, ne se généralisera pas.
Vous êtes confiant !
C’est donc contre le fond du projet que porte la motion de rejet préalable déposée par la NUPES. Ainsi, une nouvelle fois, la gauche, qui se réclame du progrès, s’oppose par principe à un projet de développement essentiel pour tout un territoire et ses habitants. Car, parlons simplement, elle veut priver à tout prix les habitants de voiture !Alors, oui, les projets de mobilité alternative sont importants pour diversifier l’offre de transport ; oui, la protection de l’environnement doit être l’une des conditions de réalisation de ce projet…
Bla bla bla !
…– mais les préoccupations environnementales ont déjà été prises en compte ici. Et ce que les députés de la gauche ne veulent tout simplement pas, comme à chaque fois, c’est qu’une infrastructure nouvelle puisse apporter un gain de mobilité et des retombées économiques positives pour les Français.
Elles sont négatives, au contraire !
Et qu’en est-il des retombées écologiques ?
Nous croyons pour notre part que le désenclavement des territoires et l’irrigation des campagnes par des infrastructures routières performantes sont un dû pour les populations, et c’est pourquoi les députés du groupe Rassemblement national voteront contre la motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à M. René Pilato.
C’est avec stupéfaction que nous avons vu arriver cette proposition de loi en commission. Les 577 députés de cette assemblée reçoivent-ils une indemnité pour faire de l’urbanisme local ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.) Ce gouvernement, qui obéit au doigt et à l’œil au Président de la République, et sa majorité relative nous empêchent de voter l’abrogation de la réforme des retraites (Mêmes mouvements) mais nous font perdre notre temps avec, par exemple, la discussion d’un texte visant à rendre obligatoire le pavoisement du drapeau européen sur le fronton des mairies. Nous faire travailler sur ce type de proposition de loi tout en nous privant de vote sur des textes importants est une marque supplémentaire de mépris envers les élus nationaux. (Mêmes mouvements.)Et en lisant l’introduction du rapport, les bras m’en sont […]
N’êtes-vous pas pour le droit à la paresse ?
Dorénavant, pourquoi ne pas voter dans l’hémicycle pour autoriser la construction d’échangeurs autoroutiers, de logements collectifs oubliés par les collectivités territoriales,…
Mais pas sur les retraites !
…ou pour délivrer un permis de construire une maison individuelle à des amis ou des membres de sa famille ? C’est absurde.Quid des conséquences sur l’objectif ZAN dans ces territoires ? Les élus auraient omis d’intégrer le projet au PLUI, disais-je : soit ils souffrent de troubles de la mémoire, ce que je ne pense pas, soit ils veulent se passer d’une étude d’impact environnementale, ce qui serait très grave. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.) Ou bien il est question de clientélisme, ce qui n’est pas mieux. Y aurait-il bientôt des élections sénatoriales ? Allez savoir ! (Mêmes mouvements.)Le fonctionnement de l’Assemblée, que vous faites marcher sur la tête, attise la colère d’un peuple tout entier. Améliorer immédiatement le quotidien de millions de gens devrait être notre premier devoir – assumons-le ! Cessez […]
Merci, cher collègue.
…et mettez-vous au service de l’intégralité de la population française. Vous l’aurez compris, le groupe LFI-NUPES… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur, dont le temps de parole est épuisé. – Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur de nombreux bancs du groupe Écolo-NUPES.)
La parole est à Mme Virginie Duby-Muller.
Je reprendrai le terme employé par M. Pilato pour dire ma stupéfaction devant cette motion de rejet préalable qui dénote, au fond, une vision assez dogmatique de la route et, surtout, une vision hors-sol, les propos tenus montrant une profonde méconnaissance du projet. (M. Jean-François Coulomme et Mme Danièle Obono s’exclament.)
Monsieur Coulomme, taisez-vous donc ! Occupez-vous de votre circonscription !
Il s’agit d’un projet d’intérêt général attendu depuis plus de quarante ans…
Il est obsolète, donc !
…et qui a le soutien de la population locale. Vous n’avez évidemment pas à remettre en cause l’ordre du jour fixé par l’Assemblée elle-même.
Nous sommes les élus de la nation !
Il faut relire le règlement, madame Duby-Muller !
Ce projet est attendu notamment pour des raisons de sécurité. Nous n’avons du reste pas de leçons à recevoir des écolos.
Des écologistes !
Je rappelle qu’ils ont voté à Lyon une subvention pour une association « écolo-sexuelle » qui a proposé une « performance » avec des artistes nus devant des enfants. (Exclamations sur de nombreux bancs des groupes LR, RN, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
Mais quelle honte !
Vous avez aussi voté la subvention !
Alors, de grâce, ne venez pas vous occuper du Haut-Chablais et du Bas-Chablais.
C’est un peu dogmatique, chère collègue !
Par ailleurs, je tiens aussi à exprimer ma surprise de voir M. Coulomme déposer un amendement de suppression de l’article unique : ce dernier est en effet opposé au projet de liaison entre Lyon et Turin, une infrastructure ferroviaire ! Il sera d’ailleurs présent lors de la manifestation en Haute-Maurienne aux côtés des mouvements Extension rébellion et Les soulèvements de la terre, les mêmes qui ont saccagé les expérimentations de maraîchers nantais dans votre département, madame Laernoes. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes LR, RE, Dem et HOR.) Comment pouvez-vous cautionner de telles méthodes ?Nous aurons l’occasion de revenir sur le bien-fondé de ce texte. J’aurai l’occasion d’exposer les motifs pour lesquels les députés du groupe LR le voteront. En attendant, bien sûr, ils voteront contre une motion de rejet préalable décidément incongrue. (Applaudissements sur les […]
La parole est à M. Romain Daubié.
À travers cette motion de rejet préalable, on nous propose de repousser sans examen, sans débat, le fruit d’un travail sérieux réalisé par nos collègues sénateurs. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Ce n’est pas ma conception de la démocratie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.) Sur le fond, je dénonce la caricaturale opposition qui est faite entre les utilisateurs de voitures et les usagers des transports en commun. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem.) Expliquez-moi comment emprunter ces derniers pour gagner Machilly depuis le hameau de Sciez ! Il y en a assez de ces leçons de morale que des élus de grandes métropoles – lesquelles sont pourvues, elles, de transports en commun, comme Nantes qui dispose de trois lignes de tramway, des deux lignes du Busway et de quarante-neuf lignes de bus – assènent à des gens qui n’ont […]
C’est vous qui le réduisez à deux vitesses !
…avec des zones dynamiques d’un côté et des zones enclavées de l’autre. Il s’agit aujourd’hui de désenclaver le Bas-Chablais.À ceux qui s’étonnent qu’une telle proposition de loi ait été mise à l’ordre du jour, je rappellerai que nous avons examiné des textes bien spécifiques comme ceux relatifs à la Clairette de Die, à la réalisation d’une voie rapide entre Balbigny et La-Tour-De-Salvagny, au littoral, aux Jeux olympiques ou au Grand Paris. Or le présent texte n’en relève pas moins de l’intérêt général, il ne fait pas obstacle à des démarches administratives et il n’existe pas d’option alternative fiable à ce qu’il propose.
Les solutions existent, pourtant !
Aussi les députés du groupe MODEM, souhaitant le succès de la proposition de loi, voteront-ils contre la motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem, sur plusieurs bancs du groupe RE et sur quelques bancs du groupe LR. – Mme la rapporteure applaudit également.)
La parole est à M. Thierry Benoit.
J’annonce d’emblée que les députés du groupe Horizons et apparentés voteront la régularisation du PLUI de la communauté de communes du Bas-Chablais et qu’ils repousseront donc la motion de rejet préalable.Il faut que certains élus de l’Assemblée nationale comprennent que ce texte nous vient du Sénat, lequel représente les collectivités territoriales. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes HOR et RE. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.) Je précise également, après Anne-Cécile Violland à l’instant, qu’au Sénat, la présente proposition de loi a fait la quasi-unanimité.
Eh oui !
Il faut dissoudre l’Assemblée nationale !
Ensuite, soyons conscients que tous les territoires n’ont pas remédié à leur désenclavement. Lorsqu’on est élu d’une métropole…
Il n’y a pas de métropole dans ma circonscription !
…et qu’on bénéficie de toutes les infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires, sanitaires, de tous les services publics et de la 5G, il est facile d’abandonner d’autres parties du territoire. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, LR et Dem, ainsi que sur quelques bancs du groupe RN.) Or, souvent, ces territoires ont attendu leur tour. Le Gouvernement est à la veille d’une négociation de contrat de plan État-région et il donne la priorité au transport ferroviaire et aux mobilités de notre temps. Cependant, reconnaissons que l’État doit, aux côtés des élus territoriaux, achever le développement de certains territoires.Il est d’ailleurs assez symptomatique que la députée qui a défendu la motion de rejet préalable soit l’élue d’une métropole. (« Eh oui ! » sur de nombreux bancs HOR et RE. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES. – Mme Julie […]
Elle représente la nation !
Le pays de Thonon-les-Bains souffre toujours d’enclavement. Il ne faut pas opposer, d’une part, les territoires métropolitains et, de l’autre, les territoires ruraux et les villes moyennes. C’est pourquoi nous devons soutenir la régularisation du PLUI de la communauté de communes du Bas-Chablais. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR, RE, LR et Dem et sur plusieurs bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
Je mets aux voix la motion de rejet préalable.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 181 Nombre de suffrages exprimés 178 Majorité absolue 90 Pour l’adoption 52 Contre 126
(La motion de rejet préalable n’est pas adoptée.) (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE, LR, Dem, HOR et RN. – Brouhaha.)
On est chez nous !
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à quinze heures cinquante-cinq, est reprise à seize heures cinq.)
La séance est reprise.
La parole est à Mme Julie Laernoes, pour un rappel au règlement.
Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, madame la présidente.À plusieurs reprises, j’ai fait l’objet d’une mise en cause personnelle liée à ma circonscription d’élection. Or qui connaît Pont-Saint-Martin, Bouaye ou Brains sait que je ne viens pas, contrairement à ce qui a été affirmé, d’une circonscription urbaine. Nous discutons d’ailleurs avec M. le ministre délégué du lancement d’un nouveau train express du quotidien, train que nous attendons avec impatience et qui résoudrait nos problèmes de mobilité autrement que par la route.Je tiens également à rappeler à mes chers collègues que nous sommes des élus nationaux et que nous devons défendre l’intérêt général.
Oui, mais nous sommes aussi élus d’une circonscription ! Le scrutin n’est pas proportionnel !
En l’occurrence, j’ai l’impression que vous êtes davantage mus par la défense d’intérêts clientélistes et que vous manquez donc à votre devoir, pour lequel vous avez été élus. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Merci, madame Laernoes.
Dès lors qu’une proposition de loi est discutée par l’Assemblée nationale, elle concerne l’ensemble des députés. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Karim Ben Cheikh applaudit également.)
La parole est à M. Jean-Louis Thiériot, pour un rappel au règlement.
Il se fonde à la fois sur l’article 62, qui dispose que le vote est personnel, et sur l’article 80-1.Je tiens en effet à dire que j’ai été choqué par les propos de l’orateur qui a défendu la motion de rejet préalable,…
Oratrice !
…cette personne nous ayant enjoints de ne pas voter ce texte. Je rappelle que le verbe enjoindre signifie ordonner expressément quelque chose à quelqu’un. Nous sommes libres, aussi n’avez-vous pas à nous enjoindre de quoi que ce soit.
Eh oui !
Un petit joint devrait vous détendre !
J’insiste, si vous pouvez nous conjurer, vous ne pouvez pas nous enjoindre, car ce serait contraire aux règles de notre Parlement. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR, RE, Dem et HOR.) Tordre le cou à la ruralité ne justifie pas de tordre le cou à la grammaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et des commissions, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes RE, Dem et HOR.)
Merci pour la leçon !
Regardez l’étymologie du verbe enjoindre et vous serez moins choqué !
Dans le calme, nous en venons à la discussion générale et allons écouter la première oratrice, Mme Cyrielle Chatelain.
Cette proposition de loi est, semble-t-il, une exception ; une exception probablement due à des copinages, ou aux élections sénatoriales approchantes. Franchement, nous méritons mieux que cela ! (Exclamations sur quelques bancs des groupes RE, RN, LR, Dem et HOR.)
Oh là là ! Il faut arrêter !
Assumez, ce n’est pas grave !
Il n’y a pas de sénatoriales en Haute-Savoie en 2023 !
Seule Mme la présidente Chatelain a la parole.
Cette proposition de loi contourne en effet les procédures législatives relatives aux règlements d’urbanisme votés par cette même assemblée, et s’immisce directement dans les choix des collectivités locales.Je le constate, vous n’avez, en fin de compte, que très peu d’arguments. Car quand on en vient à invoquer la circonscription d’élection de ma collègue Julie Laernoes pour dénigrer son raisonnement, c’est qu’on n’a rien à dire pour défendre le texte, et vous le savez. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.)
N’importe quoi ! C’est tout ce que vous avez à dire ?
La vérité est que cette proposition de loi n’aurait jamais dû atterrir sur le bureau de l’Assemblée nationale, ni être discutée dans cet hémicycle ! (Exclamations sur quelques bancs des groupes LR et Dem.)Il revient aux collectivités, et plus précisément aux communes, de faire leur choix, tout en respectant la loi – loi que nous votons ici même dans cet hémicycle et qui prévoit des règlements d’urbanisme ainsi que des enquêtes environnementales afin de protéger notre planète.
Elle ne va quand même pas nous dire ce qu’on a à faire !
Le respect de la loi, on connaît !
Vous amenez néanmoins ce débat à l’Assemblée nationale, et il est vrai que les habitants du Bas-Chablais nous regardent. Parmi eux, il y a les fermiers des dix-sept exploitations qui ne pourront continuer leur activité à cause de cette autoroute. Oui, ils nous regardent et espèrent que l’Assemblée jouera son rôle en repoussant cette proposition de loi.
Vous pouvez vous occuper de votre circonscription ?
Surtout, dans la mesure où vous avez décidé de saisir l’Assemblée de ce texte, ce sont les Françaises et les Français dans leur ensemble qui nous regardent. Or ils savent que nous n’avons que jusqu’en 2030 pour réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre et qu’il faut arrêter avec les exceptions qui les accroissent, car nous allons dans le mur ! Quand allez-vous le comprendre ? (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.) Nous ne pouvons affirmer d’un côté que, bien sûr, nous planifions, et de l’autre indiquer qu’il ne faut pas s’inquiéter, car il y aura des exceptions. Voilà la réalité !
Comme celles que vous faites pour les associations qui saccagent ?
La seule préoccupation que vous devriez avoir est de savoir si nous pourrons continuer de vivre correctement en France. Avec des projets climaticides comme celui du Bas-Chablais, la réponse est que nous ne le pourrons pas. Pour vous, il faut aller toujours plus vite, artificialiser toujours davantage, construire toujours plus de nouvelles installations et d’autoroutes, afin de continuer à alimenter un système dont nous savons qu’il met en péril la santé des personnes, le climat et la biodiversité. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LR et Dem.)
Veuillez laisser Mme Chatelain s’exprimer.
Vous ne prenez jamais une seconde pour remettre en question la capacité de nos écosystèmes à absorber l’activité humaine, ni pour prendre conscience des limites planétaires. Alors que le dérèglement climatique s’emballe, que les épisodes de sécheresse se multiplient, que les sols ne cessent d’être artificialisés, que la biodiversité disparaît, que direz-vous aux éleveurs et aux habitants quand nous manquerons d’eau cet été ?
On va les accompagner !
Que vous continuez de soutenir des projets autoroutiers ? Que vous êtes incapables de penser la mobilité de demain ? Est-ce cela que vous direz aux habitants de vos circonscriptions ?Que répondrez-vous aux nouvelles générations, à vos enfants, à mes enfants, quand, demain, ils se demanderont comment ils pourront vivre ? Vous leur répondrez de ne pas s’inquiéter, car vous avez voté en faveur d’une autoroute ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Pour qui vous prenez-vous ? Vous êtes de grands malades !
Vous n’avez pas le monopole du cœur ! Cessez vos leçons de morale !
S’il vous plaît.
Je me prends pour une représentante de la nation et j’affirme que ce texte n’a pas sa place à l’Assemblée nationale. Laissons les collectivités décider ! Mais puisque vous amenez ce débat, regardez la réalité en face. Le projet autoroutier dont il est question appartient au passé ; il n’a plus lieu d’être. Vous dites qu’il se trouve dans les cartons depuis quarante ans, mais qu’il y reste ! Il existe des solutions, comme le Léman Express. Ayez donc le courage d’investir dans le ferroviaire. Cette ligne fonctionne : vous pourriez soutenir des mobilités qui ne mettent pas en péril…
Et le Lyon-Turin ?
Bien sûr ! Il existe déjà des voies ferrées pour faire le Lyon-Turin, tout comme il existe le Léman Express pour se rendre à Genève.
On mettra l’équivalent de 3 millions de camions sur la ligne historique ? N’importe quoi !
Qui, aujourd’hui, croit encore que la voiture est synonyme de liberté absolue ? Avez-vous vu le prix de l’essence ? Savez-vous que l’aller-retour sur l’autoroute que vous voulez construire coûtera 6 euros ? Qui pourra payer cette somme tous les jours pour aller travailler ? Les plus riches ! Voilà la réalité.
C’est indigne !
Que dites-vous aux gens qui ne font que des demi-pleins parce qu’ils ne peuvent pas dépenser plus ? Que vous ne développez pas les solutions alternatives, mais qu’il ne faut pas s’inquiéter pour autant ? Pour notre part, nous leur répondons que nous veillons sur eux, que nous voulons développer le train, et en l’occurrence le train accessible. Nous voulons que nos concitoyens puissent se déplacer collectivement, notamment en train, et que le coût de cette mobilité entraîne une diminution du montant global des dépenses contraintes.
Dites-le à vos amis de Lyon, qui sont contre le métro !
Il faut changer de modèle. Or non seulement vous faites un pied de nez institutionnel mais, plus grave, vous refusez d’entendre la nécessité de repenser les mobilités. Je vous le dis : continuer à autoriser la construction de projets autoroutiers nous emprisonne dans une trajectoire dont il devient de plus en plus difficile de dévier.
Changez de logiciel !
Les projets d’autoroutes et d’échangeurs et même les autoroutes existantes seront obsolètes dans quelques années. Dès lors, pourquoi s’entêter dans la construction d’infrastructures qui détruisent le vivant,…
Qui sauvent des vies !
…qui vont à rebours de ce qu’il faut faire pour le climat et qui nous empêchent d’avancer dans l’élaboration d’un nouveau modèle désirable ? (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.)
Le temps qui vous est imparti est écoulé, madame la présidente Chatelain.
Ce sont bien des élus de métropoles, mais aussi de Dordogne ou de la Drôme qui vous le disent, tout comme l’ensemble des Français : il faut renoncer à ce projet ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
La parole est à M. Yannick Monnet.