Séance du 11 décembre 2025 /// n°91 /// 927 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2025 -2026

Séance du 11 décembre 2025 — 91e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Christophe Blanchet.

927prises de parole
80orateurs
19points à l'ordre du jour
31scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
4715 l'amendement de suppression n° 16 de Mme D'Intorni à l'article premier de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contr… 35 / 118 rejeté
4716 l'amendement n° 47 de M. Emmanuel Grégoire à l'article premier de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le san… 125 / 70 adopté
4717 l'amendement n° 27 de Mme Mesmeur après l'article premier de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le sans-abr… 73 / 126 rejeté
4718 l'amendement n° 26 de M. Boyard après l'article premier de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le sans-abris… 70 / 145 rejeté
4719 l'amendement n° 10 de Mme Simonnet et l'amendement identique suivant après l'article premier de la proposition de loi visant à protéger les mineurs is… 133 / 88 adopté
4720 l'amendement n° 48 de M. Emmanuel Grégoire à l'article 2 de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le sans-abri… 169 / 51 adopté
4721 l'amendement n° 46 de Mme Hamelet après l'article 2 de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le sans-abrisme (… 50 / 173 rejeté
4722 l'article 3 de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le sans-abrisme (première lecture). 144 / 89 adopté
4723 l'ensemble de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le sans-abrisme (première lecture). 144 / 100 adopté
4724 l'amendement de suppression n° 40 de M. Kasbarian à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rap… 51 / 123 rejeté
4725 l'amendement n° 35 de Mme Létard à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (p… 53 / 114 rejeté
4726 l'amendement n° 44 de M. Ciotti à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 33 / 131 rejeté
4727 l'amendement n° 22 de Mme Le Meur à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (… 55 / 105 rejeté
4728 l'amendement n° 18 de M. Falcon à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 30 / 130 rejeté
4729 l'amendement n° 8 de M. Falcon à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pre… 32 / 128 rejeté
4730 l'amendement n° 24 de Mme Belouassa-Cherifi à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports … 25 / 112 rejeté
4731 l'amendement n° 43 de M. Ciotti à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 34 / 110 rejeté
4732 l'amendement n° 9 de M. Falcon à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pre… 29 / 104 rejeté
4733 l'amendement n° 23 de Mme Le Meur à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (… 13 / 94 rejeté
4734 l'amendement n° 30 de Mme Nosbé à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 39 / 94 rejeté
4735 l'amendement n° 19 de M. Falcon à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 30 / 107 rejeté
4736 l'amendement n° 10 de M. Falcon à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 30 / 106 rejeté
4737 l'amendement n° 20 de M. Falcon à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 30 / 110 rejeté
4738 l'amendement n° 11 de M. Falcon à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 32 / 119 rejeté
4739 l'amendement n° 42 de M. Ciotti à l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (pr… 6 / 122 rejeté
4740 l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (première lecture). 95 / 51 adopté
4741 l'amendement n° 17 (rect.) de M. Echaniz après l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports… 74 / 57 adopté
4742 l'amendement n° 46 de M. Vos après l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (p… 32 / 97 rejeté
4743 l'amendement n° 47 de M. Vos après l'article premier de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (p… 30 / 113 rejeté
4744 l'amendement n° 41 de M. Kasbarian et l'amendement identique suivant à l'article 2 de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre… 39 / 112 rejeté
4745 l'ensemble de la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs (première lecture). 105 / 56 adopté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 927 — page 1 / 5.

Christophe Blanchet president · Dem #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à quinze heures.)

Modification de l’ordre du jour

Christophe Blanchet president · Dem #6

La présidente a reçu du ministre chargé des relations avec le Parlement une lettre l’informant que le gouvernement inscrit à l’ordre du jour du mardi 16 décembre après-midi, après les questions au gouvernement, la lecture définitive du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, retire de l’ordre du jour du mardi 16 décembre après-midi les trois projets de loi de ratification de convention internationale, qui seront examinés le mercredi 17 décembre après les questions au gouvernement, et inscrit le débat sur la lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée, initialement prévu le mercredi 17 décembre à 15 heures, en point fixe, à 16 h 30.

Suite de la discussion d’une proposition de loi

Christophe Blanchet president · Dem #10

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi visant à protéger les mineurs isolés et à lutter contre le sans-abrisme (nos 2021 rectifié, 2194). Ce matin, l’Assemblée a commencé à entendre les orateurs inscrits dans la discussion générale.

Discussion générale (suite)

La parole est à M. Christophe Mongardien.

Cette proposition de loi comprend deux volets. Le premier, de loin le plus important, vise à inscrire dans la loi la présomption de minorité du mineur non accompagné (MNA) lorsqu’il exerce un recours contre la décision prise par le département d’accueil ou par une structure déléguée. L’article 1er met la lumière sur une situation inacceptable, un problème croissant qui mérite toute notre attention.De façon plus générale, on a constaté une progression de 30 %, ces trois dernières années, du nombre d’enfants dormant à la rue. Cela souligne l’incapacité de notre pays à garantir, même aux enfants, un accès à l’hébergement d’urgence, qui est pourtant une liberté fondamentale.À la problématique du sans-abrisme s’ajoute celle des mineurs non accompagnés qui se voient contester leur déclaration de minorité lors du premier examen assuré par le département d’accueil. En juin 2025, on dénombrait […]

La faute à qui ?

Certains faits révélés récemment nous le rappellent avec violence.Les départements doivent faire face à des réalités logistiques et financières.

Vous voulez faire des économies sur le dos d’enfants !

Sans compensation financière à la hauteur, sans infrastructures ni personnels supplémentaires, ils seraient dans l’impossibilité d’assurer cette nouvelle charge, laquelle pourrait mettre en péril les missions que l’ASE assure aujourd’hui. Cette dégradation pourrait encore être amplifiée par l’effet d’aubaine et l’appel d’air que créerait peut-être cette mesure auprès des passeurs et des exploiteurs de la détresse humaine.Le groupe EPR estime que le préalable indispensable de toute nouvelle loi est de travailler à la réduction significative des délais de traitement des recours et que les départements aient les moyens de financement suffisants pour se doter d’infrastructures d’accueil adéquates.Nous sommes disposés à travailler dès à présent, dans un cadre transpartisan, sur ce sujet qui va bien au-delà de ce texte, même amendé. Il s’agit de trouver une solution pérenne à la problématique […]

Très bien !

La parole est à Mme Marie Mesmeur.

Les mineurs non accompagnés sont des enfants. Des enfants porteurs d’histoires lourdes, de trajectoires traumatiques, des enfants qui ont traversé des pays, la mer, des montagnes. Des enfants venus chercher ici un peu de sécurité, un peu de cette fraternité dont nous, Français, sommes si fiers.Les mineurs non accompagnés sont des enfants. Des enfants seuls. Ils doivent être traités et protégés comme tels : le droit international, y compris le droit européen, nous y contraint. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Hendrik Davi applaudit également.)Pourtant, un département peut refuser de reconnaître la minorité d’un mineur non accompagné, lequel pourra faire un recours : 3 200 jeunes contestent ainsi une décision de refus de reconnaissance de minorité chaque année. Parmi eux, au moins 1 096 dorment dehors parce qu’en attendant que la justice tranche, ils sont sortis du […]

Ah, vous reconnaissez qu’il y a un risque ! Vous vous mettez une balle dans le pied !

La droite et l’extrême droite font passer le racisme avant l’intérêt supérieur de l’enfant.

La honte !

Dans notre pays, septième puissance du monde, 2 159 enfants sont à la rue faute de place. Mais si on manque de places… c’est qu’on manque de place ! (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe RN). Oui, les centres d’hébergement d’urgence et le 115 sont saturés depuis des décennies, quelles que soient les politiques migratoires en place. Or ce sont les budgets que vous et d’autres collègues soutenez, les coupes massives infligées aux opérateurs, aux départements, aux bailleurs sociaux et aux associations, qui détruisent l’offre et étranglent les dispositifs !J’en profite pour saluer ici toutes les associations, leurs bénévoles et leurs militants, pour le travail essentiel qu’ils accomplissent. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Hendrik Davi et Mme Elsa Faucillon applaudissent également.) Quand on ferme des places, ce n’est pas la faute des migrants mais celle […]

Exactement !

La faute des députés macronistes aussi, à qui je rappelle l’engagement d’Emmanuel Macron : zéro personne sans domicile fixe. A fortiori zéro enfant sans domicile fixe ! On en est loin : on dénombre 350 000 personnes sans domicile fixe.Je remercie le groupe socialiste de porter ce combat dans sa niche parlementaire. (Exclamations et applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Mais je ne peux que pointer la contradiction entre la réalité et cette proposition de loi, et espérer que les signataires de ce texte s’évertueront à le faire appliquer sur leur territoire, que les départements de gauche construiront des dispositifs d’hébergement pour les MNA (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), que les tests osseux, institutionnalisés sous François Hollande et pourtant décriés par l’ONU, la Cour européenne des droits de l’homme – la CEDH – le Défenseur des droits, le Conseil […]

En effet !

Mais oui, je remercie le Parti socialiste car il faut que ce texte soit adopté. Il manque d’ambition, c’est vrai. Il se limite à une mesure minimale : un accueil provisoire d’urgence maintenu pendant toute la durée de la procédure. Il faudrait pourtant inscrire dans notre droit une véritable présomption de minorité, qui n’ouvrirait pas seulement un droit à être hébergé, mais aussi un accès à l’éducation, à la santé et à la protection sociale, qui protégerait contre l’exploitation, qui donnerait droit à un accompagnement global et durable, conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant.Cela exige de repenser et de réformer tout le système.Car les mineurs non accompagnés sont des enfants, des enfants dont la République française est responsable dans tous les aspects de leur vie. Notre action en tant que législateur a des répercussions plus graves sur les enfants que […]

Merci de conclure.

Il y va de l’idée qu’on se fait de la patrie commune. (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)

La discussion générale est close.

Discussion des articles

Christophe Blanchet president · Dem #53

J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement, la commission n’ayant pas adopté de texte.

Article 1er

Christophe Blanchet president · Dem #55

Sur les amendements no 2 et identique ainsi que sur l’amendement no 47, je suis saisi par les groupse La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Marine Hamelet, première inscrite sur l’article.

Si l’objectif de cet article était de lutter contre le sans-abrisme, on en serait tous d’accord ici, tous bords confondus, car voir des enfants dans la rue est inacceptable (« Ah ! » sur les bancs du groupe SOC),…

Emmanuel Grégoire rapporteur de la commission des affaires sociales · SOC #58

Voilà !

…mais il s’agit en réalité de faire financer par le contribuable français l’hébergement d’étrangers clandestins qui se prétendent mineurs non accompagnés, alors même qu’ils ont été déboutés. (« Eh oui ! » et applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

On se disait bien aussi…

Notre politique de prise en charge des MNA s’est progressivement détournée de sa finalité pour devenir une filière d’immigration parfaitement exploitée par les réseaux de passeurs.

N’importe quoi !

En rendant automatiquement suspensif pendant des mois tout recours contre la décision de refus de reconnaissance de minorité, cet article neutralise l’évaluation, encourage les détournements et amplifie les fraudes pourtant déjà massives.

Elle est hors sujet !

Notre responsabilité est de préserver les capacités d’accueil de nos centres et de lutter sans ambiguïté contre l’immigration. C’est pourquoi le Rassemblement national votera résolument pour la suppression de cet article. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

La parole est à Mme Marie Mesmeur.

Dans cet article, seul l’APU, l’accueil provisoire d’urgence, est maintenu. Ce n’est donc pas une réelle présomption de minorité au sens de la Convention internationale des droits de l’enfant qui, elle, garantit d’autres droits fondamentaux que celui du droit à un toit, à savoir le droit à l’éducation, à la santé, à l’accès à la protection sociale et à la protection contre l’exploitation, ainsi que le droit à une prise en charge éducative globale et durable dans le cadre de la protection de l’enfance.Le 21 janvier 2025, mon collègue Jean-François Coulomme a déposé une proposition de loi visant à instaurer une véritable présomption de minorité, en mettant la législation nationale en lien avec le droit européen (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), et à interdire explicitement l’usage des tests osseux, dentaires ou relatifs au développement pubertaire pour évaluer l’âge des […]

Nous en venons aux amendements.L’amendement no 16 de Mme Christelle D’Intorni, tendant à supprimer l’article 1er, est défendu.La parole est à M. Emmanuel Grégoire, rapporteur de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.

Emmanuel Grégoire rapporteur de la commission des affaires sociales · SOC #79

S’il était adopté, cet amendement de suppression viderait de toute substance la proposition de loi.

C’est le but !

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #81

L’examen des amendements suivants nous donnera l’occasion de revenir sur les contrevérités qui ont été énoncées.

La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, pour donner l’avis du gouvernement.

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées · HOR #83

Le gouvernement rappelle son opposition à la proposition de loi, particulièrement à son article 1er, qui en est le cœur. Toutefois, pour ce qui concerne l’amendement de suppression, il s’en remet à la sagesse de l’Assemblée,…

Une députée du groupe LFI-NFP #84

Quelle honte !

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #85

…car il appartient aux députés de décider de poursuivre ou non l’examen de cet article.

La parole est à M. Louis Boyard.

Que 2 000 enfants dorment à la rue vous choque, mais que je dise que 1 000 enfants étrangers dorment à la rue, et cela vous choque moins. C’est la tragédie de notre assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Dans cet hémicycle, vous prenez des décisions déshumanisées que vous ne prendriez pas les yeux dans les yeux avec la misère. En effet, un mineur sans papiers qui exerce un recours contre une décision de non-minorité n’a ni le droit d’aller à l’école ni celui de travailler.

Mme Marine Hamelet #88

Il est pour le travail des mineurs, maintenant ?

Il n’a pas non plus droit à un logement ou à la santé. Voilà à quoi vous condamnez ces jeunes ! Que vous les priviez de la liberté, de l’égalité et de la fraternité déshonore la France. (Mêmes mouvements.)

Il a raison !

Après recours, 60 % des jeunes à qui on a dit qu’ils étaient majeurs et qui n’avaient plus droit à rien sont reconnus comme mineurs et retrouvent le droit à un logement, à l’école et à la santé (Mêmes mouvements), même si c’est dans des conditions très minimales.À ceux qui insistent sur les 40 % finalement non reconnus comme mineurs, je rappellerai cette phrase de Voltaire : « Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. » (Mêmes mouvements.) Mais de quoi sont coupables les jeunes dont nous parlons, sinon de ne pas être nés du bon côté de la frontière ? Adopter cet amendement de suppression, c’est mettre des enfants à la rue – voilà la cruauté froide sur laquelle nous avons à voter. (Mêmes mouvements.) C’est la position du gouvernement, qui témoigne d’une culpabilité lâche (Exclamations sur les bancs du groupe RN) puisqu’il se réfugie derrière le racisme du […]

Christophe Blanchet president · Dem #93

Je mets aux voix l’amendement no 16.

#94

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #95

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 155 Nombre de suffrages exprimés 153 Majorité absolue 77 Pour l’adoption 35 Contre 118

#96

(L’amendement no 16 n’est pas adopté.) (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs des groupes SOC et EcoS.)

Christophe Blanchet president · Dem #97

La parole est à M. le rapporteur pour soutenir l’amendement no 47, qui fait l’objet du sous-amendement no 50.

article 1er · amendement 47
Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #98

Cet amendement de réécriture de l’article est le fruit de nombreux échanges avec les associations et les administrations. Il comporte notamment, à propos du recours devant le juge des enfants, une référence explicite à l’article 375 du code civil. Grâce à cette nouvelle rédaction, le dispositif proposé est bien plus clair et bien plus simple à comprendre. J’aborderai le sujet de sa mise en œuvre plus tard et commenterai le sous-amendement après sa présentation.

article 1er · amendement 47
Christophe Blanchet president · Dem #99

La parole est à Mme Marie Mesmeur, pour soutenir le sous-amendement no 50.

article 1er · amendement 47

Nous voulons modifier la nouvelle rédaction proposée par le rapporteur, qui prévoit une clé de répartition des MNA bénéficiant de l’APU. Cette aide provisoire d’urgence intervenant en cas de recours contre un refus de minorité, la mise en place d’une clé de répartition à ce moment-là de la procédure signifierait qu’un MNA faisant appel de la décision prise par un département serait envoyé dans un autre département. Comment un jeune arrivé en Ille-et-Vilaine, département contre lequel il exerce un recours pour refus de reconnaissance de sa minorité, et déplacé vers la Drôme, par exemple, pourrait-il voir son avocat ou le juge des enfants et construire sa défense ? Il est aberrant de prévoir de sortir un enfant du département où il a déposé un recours.Plus généralement, je m’élève contre ces clés de répartition. Les enfants ne sont pas des sacs de patates qu’on peut traîner d’un […]

article 1er · amendement 47

Quel est l’avis de la commission sur le sous-amendement ?

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #103

Il est important parce qu’il soulève la question de la mise en œuvre de la mesure. Il me paraît essentiel que la répartition soit prévue par la proposition de loi car elle est le seul moyen théorique d’échapper aux cafouillages résultant de la sursollicitation d’un département par rapport à un autre – je pense notamment aux départements du Sud de la France, qui sont souvent les premiers points d’accueil des MNA. D’autre part, elle permet d’assurer une bonne répartition des dossiers et, donc, une bonne prise en charge. Néanmoins, puisqu’un amendement de repli nous permettra de revenir sur le sujet, j’émets un avis favorable sur le sous-amendement, dont l’adoption permettra celle de mon amendement de réécriture.

Quel est l’avis du gouvernement sur l’amendement et le sous-amendement ?

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #105

Il est défavorable sur le sous-amendement. Quant à l’amendement de réécriture, son adoption aboutirait à une répartition différente des demandeurs sur le territoire mais ne supprimerait en rien le risque de surabondance des recours que comporte la proposition de loi.

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #106

Pas du tout !

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #107

Je m’en remets donc à la sagesse de l’Assemblée sur cet amendement qui ne modifie pas le contenu du texte.

La parole est à Mme Elsa Faucillon.

Mon groupe votera en faveur de l’amendement de M. le rapporteur et du sous-amendement, mais je vais d’abord revenir sur l’amendement précédent, à propos duquel je n’ai pas eu la parole.Madame la ministre, je suis désolée de le faire en ces termes, mais je vous exprime mon indignation, voire un certain dégoût, d’avoir entendu le gouvernement s’en remettre à la sagesse de l’Assemblée à propos d’un amendement du Rassemblement national. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS. – Exclamations et « Merci ! » sur les bancs du groupe RN.)Ce n’est pas rien, étant donné le sujet de notre débat. En effet, ce parti souhaite que les MNA ne soient pas hébergés, quand bien même 60 % de ceux qui n’ont pas été reconnus comme mineurs par les départements le sont ultérieurement par la justice. Ce sont donc bien des enfants qu’il veut laisser dormir dehors et qu’il met en […]

Rien !

Rien ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Pourtant, aujourd’hui, alors que nous examinons un texte qui pourrait soustraire tous les enfants à la rue, vous n’avez aucune proposition constructive à faire et vous vous contentez d’un rejet global et d’un « avis de sagesse » envers le Rassemblement national. C’est une honte ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS.)

Rappel au règlement

Christophe Blanchet president · Dem #116

La parole est à M. Emeric Salmon, pour un rappel au règlement.

Il se fonde sur l’article 100, qui traite des amendements. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) L’amendement de suppression n’a pas été déposé par le Rassemblement national, qui l’a toutefois soutenu car il était très pertinent. (Exclamations sur divers bancs.) Arrêtez de voir des horreurs partout !

C’est une horreur quand même !

Article 1er (suite)

Je rappelle qu’au cours des journées de niche parlementaire, il est d’usage que seuls un orateur pour et un contre s’expriment sur chaque amendement. Je m’y tiendrai et essaierai de donner la parole aux députés au fur et à mesure de leur inscription.La parole est à Mme la ministre déléguée.

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #122

Madame Faucillon, vos propos vont trop loin ! (MM. Guillaume Kasbarian et Loïc Kervran applaudissent. – Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ils reviennent à polémiquer sur un sujet majeur, pour lequel le gouvernement est pleinement mobilisé. S’en remettre à la sagesse de l’Assemblée permet que l’examen du texte se poursuive, alors même que le gouvernement est défavorable à la proposition de loi car elle ne règle pas le problème.

Agissez, alors !

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #124

Si elle entrait en vigueur, elle permettrait seulement à des personnes évaluées comme majeures, qui contestent ne pas être reconnues comme mineures, de bénéficier de la protection de l’enfance. Son seul effet serait que toute personne identifiée comme majeure pourrait se retrouver dans un service de la protection de l’enfance, au milieu, voire à la place, de vrais mineurs. On ne parle pas d’enfants de 8 ans, comme vous le laissez penser, mais de jeunes dont on ne sait pas évaluer de visu s’ils sont majeurs. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.)

En dessous de 18 ans, ce sont des enfants !

La parole est à M. le rapporteur.

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #127

Madame la ministre, je suis désolé de le dire, mais vous venez de raconter une énormité et de soutenir le contraire de la position exprimée par votre ministre de tutelle plus tôt dans la journée.

Exactement !

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #129

Là où nous plaidons pour la présomption de minorité, vous plaidez pour l’exécution provisoire. Vos positions sur la proposition de loi condamnent des mineurs ayant déposé un recours à de l’exécution provisoire. La conséquence est qu’ils dorment dans la rue.Pour vous exonérer de l’impasse morale dans laquelle ces positions vous placent, vous reprochez à notre texte le fait que quelques majeurs pourraient en bénéficier. Pour ma part, je ne crois pas qu’on mérite plus de dormir sous un pont à 18 ans et 1 jour qu’à 18 ans moins 1 jour. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Et même en admettant qu’il ne s’agisse là que de la stricte application de loi, cela n’efface pas l’impensé majeur dans lequel vous vous trouvez. Quels que soient les chiffres qu’on retienne, il est évident que des enfants sont condamnés à dormir sous les ponts, à Paris comme dans les autres grandes villes […]

Les renvoyer chez eux !

Appliquer la loi !

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #134

Madame la ministre, vous dites que notre texte ne règle pas le problème. Mais que proposez-vous ? Vous nous opposez l’argument bien connu de la difficulté de mettre en œuvre les mesures prévues par notre texte. La mise en œuvre relève du gouvernement et s’il faisait son travail, il n’y aurait pas d’enfants qui dorment sous les ponts. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Jean-Claude Raux applaudit également.) Nous faisons notre travail de législateur : obliger le gouvernement à faire le sien.

#135

(Le sous-amendement no 50 est adopté.)

· ADOPTION d’un sous-amendement (main levée) ss-adt
Christophe Blanchet president · Dem #136

Je mets aux voix l’amendement no 47, tel qu’il a été sous-amendé.

#137

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #138

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 199 Nombre de suffrages exprimés 195 Majorité absolue 98 Pour l’adoption 125 Contre 70

#139

(L’amendement no 47, sous-amendé, est adopté ; en conséquence, l’article est ainsi rédigé et les amendements suivants tombent.) (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)

Après l’article 1er

Christophe Blanchet president · Dem #141

Nous en venons aux amendements portant article additionnel après l’article 1er.La parole est à Mme Sandrine Runel pour soutenir l’amendement no 36.

article Après_ 1er · amendement 36

Je le retire.

#143

(L’amendement no 36 est retiré.)

Christophe Blanchet president · Dem #144

Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 22 et 25. La parole est à Mme Ségolène Amiot, pour soutenir l’amendement no 22.

article Après_ 1er · amendement 22

Élaboré avec l’Unicef et le collectif Écoles pour tous, cet amendement fournit au rapporteur, et par extension au Parti socialiste, une occasion de tenir la promesse faite à ces mêmes associations et aux enfants : celle qu’avec la présomption de minorité, viendraient les autres droits propres aux enfants, notamment celui de recevoir une éducation – porte ouverte sur leur avenir, sur l’émancipation, le vivre-ensemble et la citoyenneté.En France, l’école est obligatoire pour tous les enfants, quelle que soit leur nationalité. Notre pays a été expressément rappelé à l’ordre par le Comité des droits de l’enfant des Nations unies, le 3 octobre : la France doit garantir l’égalité d’accès de tous les enfants MNA, y compris ceux qui sont en train de contester un refus de minorité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

article Après_ 1er · amendement 22
Christophe Blanchet president · Dem #147

La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir l’amendement no 25.

article Après_ 1er · amendement 25

Il s’agit de permettre aux jeunes qui arrivent sur notre territoire d’être scolarisés au plus vite. C’est aussi un moyen de mesurer les conséquences de la suspicion de majorité, qui pèse en permanence au cours du processus d’accueil – ou plutôt de non-accueil – des mineurs non accompagnés, quand c’est pourtant la présomption de minorité qui serait conforme aux textes internationaux.Je rappelle que 60 % des jeunes qui exercent un recours finissent par être reconnus comme mineurs, au terme d’une procédure qui est toutefois excessivement longue – elle dure en moyenne huit mois –, privant un grand nombre de jeunes de scolarisation. Il s’agit donc d’un temps perdu pour ces jeunes, appelés à rester sur le territoire français. En termes d’insertion et d’intégration, c’est un non-sens et une absurdité, d’autant qu’en matière de scolarisation, vous ne pouvez nous opposer l’argument de la […]

article Après_ 1er · amendement 25

Des jeunes de 18 ans au collège ?

Quel est l’avis de la commission ?

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #152

Avis favorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #154

J’émettrai un avis défavorable, tout simplement parce qu’une scolarisation immédiate sans évaluation préalable du Casnav – le centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs – pose des problèmes d’organisation et d’adaptation de la scolarité.

Ce n’est pourtant pas le cas pour les enfants exilés.

La parole est à M. Théo Bernhardt.

J’aimerais revenir sur ce que le texte vise à introduire : un effet suspensif sans aucune limite de temps. Concrètement, cela signifie que la succession des recours pourrait rendre la procédure infinie.J’aimerais aussi parler d’une arnaque, d’une escroquerie de la part de certains députés, notamment de la Droite républicaine.

En matière d’escroquerie, vous êtes des experts !

Où étiez-vous ? Alors que vous aviez déposé un amendement tendant à supprimer l’article 1er, vous n’étiez même pas présents pour le défendre. Vos électeurs vous demandent de lutter contre l’immigration, vous n’êtes même pas là pour les défendre. En commission, nous étions parvenus à rejeter l’article 1er ; vous n’êtes pas venus assez nombreux en séance publique pour le supprimer !Même chose pour les députés du bloc central : vos électeurs vous demandent… (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

Nous sommes là !

Oh, vous ne l’êtes pas vraiment…

Monsieur le député Bernhardt, nous ne sommes pas là pour faire grief à d’autres députés de leur absence. Cela a été rappelé plusieurs fois, y compris par la présidente de votre groupe en conférence des présidents. Tenez-vous en à l’amendement, s’il vous plaît ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)

Vos électeurs vous demandent de lutter contre l’immigration : luttez contre l’immigration ! La gauche, c’est pareil. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

La parole est à Mme Danielle Simonnet.

Il est très choquant, madame la ministre, qu’à quelques heures d’intervalle, vos propos contredisent ceux de la ministre Rist ! Celle-ci a expressément affirmé qu’un enfant devait être considéré comme mineur tant que la justice n’avait pas statué en sens contraire.Le Comité pour les droits de l’enfant des Nations unies recommande, je le rappelle, la scolarisation dès le début de la procédure. Il s’agit d’une exigence essentielle. (Plusieurs députés des groupes RN et DR continuent de s’interpeller, couvrant la voix de l’oratrice.)

Excusez-moi un instant, madame la députée. Si certains veulent poursuivre des conversations personnelles, je les invite à sortir de l’hémicycle. Maintenant, par respect, merci d’écouter Mme Simonnet ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)

Tout en regrettant que mon amendement en ce sens ait été jugé irrecevable et n’ait pu être débattu en séance publique, je soutiens ceux de mes collègues. En effet, il est essentiel de ne pas faire perdre le moindre temps à ces enfants, de leur permettre d’avoir accès aux évaluations Casnav du rectorat et d’engager leur scolarité.Oui, ces mineurs connaissent leur âge, madame la ministre, car, figurez-vous, ils ont des papiers ! Après l’évacuation de la Gaîté lyrique, je me souviens d’avoir accompagné un jeune mineur qui avait été convoqué à la préfecture pour s’y voir notifier une OQTF – une obligation de quitter le territoire français. Je n’ai pas compris : alors que les papiers de ce jeune – acte de naissance, documents consulaires – montraient bien qu’il avait 16 ans, la préfecture lui en a donné 2 de plus, sans qu’on sache pourquoi. Voilà où on en est réduit ! Voilà le manquement à […]

N’importe quoi !

Il faut absolument que ce gouvernement mette un terme à ces pratiques inacceptables. Il faut protéger ces mineurs non accompagnés, respecter la présomption de minorité et assurer leur scolarisation dès le début de la procédure. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR.)

#174

(Les amendements identiques nos 22 et 25 sont adoptés.)

· ADOPTION de plusieurs amendements (main levée) adts
Christophe Blanchet president · Dem #175

La parole est à Mme Marie Mesmeur, pour soutenir l’amendement no 27.

article Après_ 1er · amendement 27

Souvent déterminante pour l’avenir des mineurs non accompagnés, la première évaluation de leur âge doit être minutieuse. Or ces évaluations, souvent déléguées à des associations, comme à Paris, ont fait l’objet de nombreuses critiques, notamment de la part de membres de ces mêmes associations, dont certains ont témoigné par voie de presse du caractère expéditif d’entretiens réduits à moins de quinze minutes.Quinze minutes pour traiter la vie d’un mineur qui a traversé la mer, des montagnes, qui a vécu l’horreur, la guerre, les effets de la crise climatique ! Seulement quinze minutes pour prouver sa minorité, c’est une honte ! Ces quinze minutes débouchent sur des refus quasi systématiques : seuls 34 % des MNA ont été reconnus mineurs.En outre, ces entretiens reposent sur des critères d’évaluation critiquables, car subjectifs : le physique, la posture, le langage, pour peu qu’on juge […]

article Après_ 1er · amendement 27

Quel est l’avis de la commission ?

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #181

Si j’en comprends le sens, d’autant que des témoignages concordants nous sont parvenus, cet amendement me semble contre-productif. En effet, l’article 221-2-1 du code de l’action sociale et des familles prévoit expressément que plusieurs entretiens doivent être conduits pour évaluer la minorité. Qui plus est, dans tous les cas où la minorité, manifeste, ne peut faire l’objet d’aucune contestation et où le service d’évaluation n’entend pas la contester, il serait bizarre d’imposer aux mineurs concernés des entretiens complexes, même si vous avez raison de dénoncer ceux qui sont pratiqués.J’émets un avis défavorable sur cet amendement, qui alourdirait inutilement la procédure.

Christophe Blanchet president · Dem #183

Sur l’amendement no 27, je suis saisi par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Quel est l’avis du gouvernement ?

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #185

Même avis.

La parole est à Mme Perrine Goulet.

Croire qu’en allongeant la durée d’un entretien, on en améliorera la qualité est à mon sens une erreur, voire une bêtise.Les débats que nous avons depuis tout à l’heure me posent problème. J’aimerais, moi aussi, que nous prenions mieux en charge les mineurs non accompagnés ; concernant tous les enfants dont on pourra prouver qu’ils sont mineurs, je vous suis. Je crains toutefois ce qui pourrait arriver en cas d’adoption de ce texte, quand de jeunes personnes – de 27, 28, 29 ou 30 ans – se prétendront mineures, qu’elles seront reconnues majeures lors de la première évaluation et qu’elles déposeront un recours. En effet, s’il faut mettre à l’abri toutes les personnes à la rue, inclure ces personnes-là dans les dispositifs de protection de l’enfance serait dangereux.

Et voilà, les étrangers sont dangereux…

Il faut trouver une autre solution. Je souhaite que ces recours soient traités plus vite– je vous le disais ce matin, monsieur le rapporteur –, afin qu’on puisse savoir rapidement si les requérants sont mineurs, auquel cas il conviendra évidemment de les placer sous protection.Mais attention à l’appel d’air que nous risquons de créer (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP), au détriment des vrais mineurs, dont je conviens bien volontiers que nous pourrions mieux les accompagner. Je crains une dérive, au terme de laquelle nous mettrions à l’abri pendant un an en tant que supposés mineurs toutes les personnes pouvant prétendre qu’elles le sont. Il faut que nous parvenions à réduire le champ de cette proposition de loi, trop large en l’état. Que ferions-nous d’une personne ayant déposé un recours après avoir été reconnue majeure ? Dans quelle classe l’inscririons-nous ? En sixième […]

Ce n’est pas ainsi que ça se passe ! Sérieusement !

On sait le faire pour les exilés.

Il s’agit d’un vrai problème, d’autant que nous ne disposerons pas des informations. Honnêtement, ça ne tient pas la route d’inclure des gens de 30 ans dans le système de protection de l’enfance ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – Protestations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)

La parole est à Mme Marianne Maximi.

Sur un tel amendement, vous auriez pu vous en remettre à la sagesse de l’Assemblée, madame la ministre, plutôt que de le faire sur des amendements d’extrême droite. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Attention aux mots que l’on utilise – je le dis à l’intention de ma collègue Goulet. Attention à l’emploi d’une expression comme « appel d’air » pour évoquer la situation de jeunes qui cherchent refuge chez nous : à travers la rhétorique, les idées d’extrême droite sont en train d’imprégner cet hémicycle. (M. Théo Bernhardt s’exclame.)

Absolument !

La question de l’évaluation est une question sérieuse. Certains départements ont néanmoins choisi d’en déléguer la réalisation à des associations, où exercent des professionnels, ou plutôt des contractuels, parfois dépourvus de la formation nécessaire pour évaluer la minorité de jeunes étrangers. Quand j’étais éducatrice, je me souviens que les départements se chargeaient de ces évaluations, conduites sous un double regard, celui d’un psychologue et celui d’un éducateur, qui prenaient le temps, et en présence d’un traducteur. Dans la plupart des départements, ce n’est plus le cas. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Les mineurs non accompagnés avec lesquels nous discutons le disent : au cours de ces quinze minutes, s’ils paraissent trop assurés, c’est qu’ils sont majeurs ; s’ils ne le sont pas assez, c’est qu’ils jouent la comédie, donc qu’ils sont majeurs. Il n’y a pas […]

Nous avons 3 300 milliards de dettes !

Quant au danger que le dispositif proposé ferait courir, selon Mme Goulet, je suis désolée, mais que font les départements pour créer des structures d’accueil à même d’accompagner ces jeunes tout au long du parcours d’évaluation ? Quelques expériences sont mises en œuvre, mais elles restent très minoritaires dans notre pays. Les départements préfèrent laisser des MNA à la rue, alors même que chez moi, dans le Puy-de-Dôme – le taux national a déjà été rappelé –, 70 % des jeunes gagnent leur recours et sont reconnus mineurs à l’issue de leur passage devant le juge des enfants. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

La parole est à Mme la ministre déléguée.

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #204

Je vais préciser pourquoi je ne m’en remets pas à la sagesse de l’Assemblée sur cet amendement et pourquoi j’ai rendu le même avis que M. le rapporteur. Il faut arrêter de donner l’impression que ces entretiens seraient expédiés en dix minutes.

Quinze minutes !

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #206

Telle n’est pas la procédure : un décret du 22 décembre 2023 a modifié les modalités de mise à l’abri et d’évaluation de l’âge de ces personnes se déclarant mineures et isolées, tout comme les modalités du versement forfaitaire de l’État aux départements.Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, nous avons révisé ces procédures pour nous mettre en conformité avec certaines exigences, notamment celles de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Ces procédures sont maintenant validées, approuvées, et elles ont permis de déployer une première évaluation des besoins sanitaires de la personne et fixent la durée d’accueil provisoire à cinq jours, renouvelables deux fois, à compter du premier jour de prise en charge. Elles encadrent les évaluations et prévoient notamment un délai, pouvant aller jusqu’à vingt-quatre heures, pour permettre à la personne de se préparer aux […]

Vous ne connaissez pas la réalité !

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #210

Ce n’est pas ainsi que la règle a été édictée et modifiée. Mon avis est donc défavorable sur cet amendement dont les dispositions ne feraient que compliquer ces entretiens.

Avez-vous déjà réfléchi à l’application de vos règles ?

Entre vos discours et la réalité, il y a une grande différence !

Christophe Blanchet president · Dem #213

Je mets aux voix l’amendement no 27.

#214

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #215

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 204 Nombre de suffrages exprimés 199 Majorité absolue 100 Pour l’adoption 73 Contre 126

#216

(L’amendement no 27 n’est pas adopté.)

Christophe Blanchet president · Dem #217

Sur les amendements nos 1 et 26 et les amendements identiques nos 10 et 24, je suis saisi par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.L’amendement no 1 n’est pas soutenu.La parole est à M. Alexandre Allegret-Pilot, pour soutenir l’amendement no 19.

Il vise à s’assurer que les associations qui assistent les mineurs non accompagnés – que ceux-ci soient reconnus mineurs ou prétendent l’être – transmettent toutes les informations utiles aux autorités chargées d’établir leur minorité. Ces associations, qui disposent d’informations permettant de savoir si ces personnes sont réellement mineures ou non, ne collaborent que très rarement avec les autorités. Il s’agit de rendre cette transmission d’information automatique.

article Après_ 1er · amendement 27
#220

(L’amendement no 19, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Christophe Blanchet president · Dem #221

La parole est à M. Louis Boyard, pour soutenir l’amendement no 26.

article Après_ 1er · amendement 26

Dans ce débat, il est important de toujours revenir au sujet : nous parlons là d’enfants – et, comme l’a dit M. le rapporteur, il est discutable d’un point de vue moral d’établir une distinction entre une personne de 18 ans moins 1 jour et une personne de 18 ans plus 1 jour.Cet amendement vise à inverser la charge de la preuve en disposant qu’un département ne peut refuser de reconnaître la minorité d’un jeune sans avoir – au minimum – reconstitué son état civil auprès, par exemple, du consulat. En effet, des ados – des enfants ! – sans état civil se retrouvent à faire des démarches complexes dans un pays dont ils ne connaissent souvent pas le fonctionnement administratif. Les pauvres ! (M. Emeric Salmon s’exclame.) Il s’agit donc d’obliger le département à faire lui-même la démarche de vérification d’identité avant de contester la minorité d’un jeune sans papiers. C’est une mesure de […]

article Après_ 1er · amendement 26

N’ayez pas trop d’espoir quand même !

Quel est l’avis de la commission ?

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #226

C’est un sujet intéressant que relaient les associations et sur lequel nous sommes souvent revenus. Or cette mesure alourdirait très inutilement la procédure. Le lien avec les autorités consulaires est en effet essentiel puisque c’est généralement le moyen pour les jeunes de récupérer a posteriori les documents d’identité qui concourent à démontrer qu’ils sont bien mineurs. Toutefois, faire de cette vérification d’identité une obligation pour les services départementaux me semble inefficace au regard des dispositions de cette proposition de loi. C’est donc un avis défavorable.

C’est lunaire !

Quel est l’avis du gouvernement ?

Charlotte Parmentier-Lecocq ministre déléguée · HOR #229

Défavorable.

La parole est à M. Marc de Fleurian.

C’est par la définition des termes du sujet, comme l’a dit le collègue Boyard, qu’il faut entamer la démonstration ! Or, dans la vôtre, monsieur Boyard, vous employez indistinctement les termes « mineurs », « enfants » et « jeunes »…

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #232

C’est bien tout le débat !

…et, volontairement ou involontairement, vous entretenez la confusion. Or parmi les mineurs, on compte des enfants, des bébés, des nourrissons, des adolescents et des jeunes, ce qui est très différent. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Mme Ségolène Amiot #234

Eh bien non !

D’ailleurs la justice le reconnaît puisqu’il existe une forme de majorité qui induit qu’on ne traite pas de la même manière un enfant – ou plutôt un jeune – de plus de 13 ans.

Un enfant, c’est de 0 à 18 ans ! Vous racontez n’importe quoi !

Si je puis me permettre, collègue Mesmeur, ça va bien se passer ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Oh, vos réactions sont tellement prévisibles ! On appuie sur le bouton, vous démarrez direct ! Revenez donc aux termes du sujet pour les définir et proposez-nous une démonstration claire qui nous permette de réfléchir à l’accompagnement de vos fameux mineurs isolés qui,…

Allez, c’est bon !

…avec leurs barbes et leurs rides au coin des yeux, ne sont ni mineurs, ni isolés. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

La parole est à M. Louis Boyard.

Premièrement, nous pouvons nous passer de votre sexisme à l’égard de Mme Mesmeur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

C’est Boyard qui dit ça ?

Deuxièmement, quelques chiffres autour du terme « mineur ». Après recours, sont reconnus comme mineurs quelque 60 % de ces jeunes – ces adolescents et ces enfants ! J’irai même plus loin. Alors que le Rassemblement national se pose en rempart face au chaos migratoire…

Un député du groupe RN #244

Absolument !

Bien sûr !

…c’est vous, chers collègues, qui organisez le bordel en créant des situations où des gens se retrouvent sans droits. Pour eux, il est illégal d’avoir un logement, illégal d’avoir accès à l’éducation, illégal d’avoir accès à la santé ! Ils se retrouvent en déshérence – une déshérence que vous avez organisée ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit aussi.) C’est non seulement inhumain, pour des mineurs comme pour des majeurs, mais c’est aussi une désorganisation du droit, tout cela parce que, par racisme, vous créez des situations où les étrangers n’ont droit à rien. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Et quand ils sont en déshérence,…

C’est long !

…vous venez les filmer avec vos téléphones en disant : « Regardez le chaos migratoire ! » Regardez le chaos migratoire organisé par le Rassemblement national lui-même ! (M. Philippe Lottiaux s’exclame.) Si vous voulez respecter la tranquillité publique et les droits humains, il faut organiser l’accueil ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit aussi.)

Non, il faut organiser le retour !

Pour conclure, il faut que les départements vérifient l’état civil de ces jeunes pour leur donner des droits et que vous, vous cessiez vos discours inutiles qui prouvent votre profonde incompétence ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

C’est vous qui êtes inutiles !

Christophe Blanchet president · Dem #252

Je mets aux voix l’amendement no 26.

#253

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #254

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 215 Nombre de suffrages exprimés 215 Majorité absolue 108 Pour l’adoption 70 Contre 145

#255

(L’amendement no 26 n’est pas adopté.)

Christophe Blanchet president · Dem #256

Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 10 et 24. La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 10.

article Après_ 1er · amendement 10

Par cet amendement, nous souhaitons mettre un terme aux examens radiologiques osseux, aux examens dentaires et aux examens du développement pubertaire pour évaluer la minorité. Comme vous le savez, ces méthodes contestées du point de vue scientifique ne sont pas fiables. Elles sont intrusives et portent atteinte à la dignité. De nombreuses institutions – collectifs de chercheurs et associations – réclament que nous cessions d’y avoir recours.Monsieur le rapporteur, depuis plus de dix ans que je mène cette bataille, je suis intervenue plus d’une fois pour défendre les mineurs non accompagnés, y compris devant d’autres assemblées que celle-ci – vous le savez. Je salue la position très forte que vous prenez cette fois-ci en faveur de la reconnaissance de la présomption de minorité. Vous aurez tout mon soutien pour convaincre la majorité de la Ville de Paris d’amplifier son rapport de force […]

article Après_ 1er · amendement 10
Christophe Blanchet president · Dem #261

La parole est à Mme Marie Mesmeur, pour soutenir l’amendement no 24.

article Après_ 1er · amendement 24

C’est sous la présidence de François Hollande que la procédure d’évaluation de minorité et le recours aux tests osseux ont été consacrés.

article Après_ 1er · amendement 24

Qu’est-ce que vous voulez dire ?

Concrètement, qu’est-ce qu’un test osseux ? C’est une radiographie du poignet ou un scanner dentaire afin d’examiner la maturité osseuse des mineurs. Or dans sa décision-cadre de 2019, la Défenseure des droits a alerté sur ces tests en rappelant qu’ils présentent une marge d’erreur importante et reposent sur des normes établies au XIXe siècle. En 2019, le Conseil constitutionnel a reconnu lors d’une question prioritaire de constitutionnalité – quand même ! – qu’« en l’état des connaissances scientifiques, les résultats de ces examens [pouvaient] comporter une marge d’erreur significative ».C’est une lourde responsabilité politique : ce choix a exposé des milliers de jeunes vulnérables à des évaluations arbitraires, compromettant leur droit à la protection et les condamnant malheureusement très souvent à la rue. François Hollande a ainsi institutionnalisé une procédure éthiquement […]

article Après_ 1er · amendement 24

Oh non ! Ce n’est pas correct !

Mes chers collègues socialistes, je vous propose donc par cet amendement de revenir sur cette décision éthiquement, scientifiquement et humainement dangereuse.

article Après_ 1er · amendement 24

Obligatoire, plutôt !

Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #270

Madame Mesmeur, concernant l’article 388 du code civil, il me semble que vous n’êtes pas tout à fait juste avec le président Hollande.

Voilà !

M. Aurélien Rousseau #272

Ah !

Hollandiste, va !

Emmanuel Grégoire rapporteur · SOC #274

La réforme de 2016 a encadré les tests osseux (Rires et exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP)…