Séance du 16 avril 2026 /// n°207 /// 860 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2025 -2026

Séance du 16 avril 2026 — 207e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback.

860prises de parole
71orateurs
12points à l'ordre du jour
28scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
6243 l'amendement n° 59 de M. Kerbrat et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la s… 29 / 32 rejeté
6244 l'amendement n° 60 de M. Léaument à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention … 37 / 50 rejeté
6245 l'amendement n° 62 de M. Léaument et l'amendement identique suivant à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétentio… 35 / 50 rejeté
6246 le sous-amendement n° 252 de M. Kerbrat à l'amendement n° 170 de Mme Balage El Mariky à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 38 / 51 rejeté
6247 le sous-amendement n° 253 de M. Kerbrat à l'amendement n° 170 de Mme Balage El Mariky à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 38 / 51 rejeté
6248 le sous-amendement n° 254 de M. Léaument à l'amendement n° 170 de Mme Balage El Mariky à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sé… 38 / 52 rejeté
6249 le sous-amendement n° 198 de M. Kerbrat à l'amendement n° 170 de Mme Balage El Mariky à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 38 / 52 rejeté
6250 l'amendement n° 170 de Mme Balage El Mariky à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la p… 38 / 52 rejeté
6251 l'amendement n° 98 de Mme Faucillon à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la préventio… 45 / 49 rejeté
6252 l'amendement n° 61 de M. Kerbrat à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention d… 44 / 48 rejeté
6253 l'amendement n° 82 de Mme Faucillon à l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la préventio… 48 / 56 rejeté
6254 l'article 7 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat (première lec… 55 / 49 adopté
6255 la demande de suspension de séance présentée par M. Léaument (article 58 du Règlement de l'Assemblée nationale). 50 / 60 rejeté
6256 l'amendement n° 63 de M. Kerbrat et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la s… 51 / 59 rejeté
6257 le sous-amendement n° 265 de M. Léaument à l'amendement n° 172 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la sé… 64 / 66 rejeté
6258 le sous-amendement n° 267 de M. Léaument à l'amendement n° 172 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la sé… 63 / 66 rejeté
6259 le sous-amendement n° 272 de M. Kerbrat à l'amendement n° 172 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 62 / 66 rejeté
6260 le sous-amendement n° 271 de M. Kerbrat à l'amendement n° 172 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 62 / 66 rejeté
6261 le sous-amendement n° 268 de M. Léaument à l'amendement n° 172 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la sé… 64 / 66 rejeté
6262 le sous-amendement n° 269 de M. Kerbrat à l'amendement n° 172 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 67 / 68 rejeté
6263 l'amendement n° 172 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la p… 69 / 69 rejeté
6264 l'amendement n° 64 de M. Léaument à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention … 69 / 69 rejeté
6265 le sous-amendement n° 199 de M. Léaument à l'amendement n° 173 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la sé… 70 / 72 rejeté
6266 le sous-amendement n° 273 de M. Kerbrat à l'amendement n° 173 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 73 / 70 adopté
6267 le sous-amendement n° 275 de M. Kerbrat à l'amendement n° 173 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la séc… 74 / 73 adopté
6268 l'amendement n° 173 de Mme Balage El Mariky à l'article 8 de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la p… 84 / 77 adopté
6269 la demande de suspension de séance présentée par M. Pribetich (article 58 du Règlement de l'Assemblée nationale). 138 / 45 adopté
6270 l'amendement n° 65 de M. Kerbrat et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 8 bis de la proposition de loi visant à renforcer … 53 / 98 rejeté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 860 — page 1 / 5.

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à neuf heures.)

Suite de la discussion d’une proposition de loi

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat (nos 2180, 2468).

Discussion des articles (suite)

Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant à l’article 7.

Article 7

La parole est à M. Andy Kerbrat.

La partie du texte que nous abordons recèle le vrai sens de cette mascarade qui nous aura occupés durant déjà plus de douze heures. Elle reproduit la proposition de loi de la sénatrice Eustache-Brinio, qui visait à porter à 210 jours la durée de la rétention administrative. Ce texte avait été repris par le sinistre Retailleau et débattu à l’été 2025, pour finir entièrement censuré par le Conseil constitutionnel – Retailleau était incapable de bien écrire une loi. La même ânerie se retrouve dans le texte qui nous est soumis.Vous l’aurez compris, nous nous opposons à cet allongement, qui doit rester exceptionnel. Nous doutons, en effet, de l’efficacité de la mesure : si les laissez-passer consulaires n’arrivent pas au bout de 70 jours, ils n’arriveront pas plus au bout de 210 jours. Il ne faut pas non plus négliger le risque de contentieux : les personnes concernées vont exercer leur […]

Merci, cher collègue.

Je poursuivrai plus tard.

Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 59, 77, 146 et 168, tendant à supprimer l’article 7. La parole est à M. Antoine Léaument, pour soutenir l’amendement no 59.

article 7 · amendement 59

Chers collègues – et chers camarades qui êtes derrière moi –, nous abordons le cœur du débat, le dispositif qui focalise notre attention et qui représente l’objectif du texte : l’allongement de la durée de rétention dans les centres de rétention administrative (CRA). Je voudrais expliquer aux personnes présentes dans les tribunes du public de quoi il s’agit. (« Oh là là ! » sur les bancs des groupes EPR et HOR.)

article 7 · amendement 59

On n’est pas au théâtre !

Vous voulez le censurer ?

C’est de l’éducation populaire ! Mais vous ne savez pas ce que c’est…

Nous avons créé politiquement notre pays en prenant la Bastille ; la prise de la Bastille est l’événement fondateur de la France républicaine, celle du drapeau tricolore. Cette prise était celle d’une prison, symbole de l’arbitraire royal qui permettait d’enfermer les opposants sur simple lettre de cachet, sans procès. Les CRA relèvent de la même logique : ce sont des Bastille réservées aux étrangers. Avec la disposition proposée, vous attentez de deux manières à ce qui fonde la France : d’abord, par l’arbitraire ; ensuite, par la xénophobie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Celle-ci est contraire aux valeurs de la République et à l’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui dit que les hommes, c’est-à-dire les êtres humains – et non uniquement les Français –, naissent et demeurent libres et égaux en droit.Pour toutes ces raisons, nous […]

article 7 · amendement 59

Oui : sans procès, sans rien. C’est une honte !

Sur les amendements no 59 et identiques, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Jean-Paul Lecoq, pour soutenir l’amendement no 77.

L’article 7 prévoit d’allonger jusqu’à 210 jours, de manière exceptionnelle, la durée maximale de rétention administrative de certaines personnes étrangères. Cette durée est actuellement en vigueur pour des personnes condamnées pour des faits à caractère terroriste.Or les données issues de nombreuses études montrent que la rétention administrative repose sur des procédures fragiles. En 2023, près de 60 % des personnes placées en CRA ont finalement été libérées, ce qui montre à la fois l’inefficacité du dispositif et l’ampleur des placements abusifs. Allonger encore la durée de rétention ne ferait qu’aggraver la surpopulation des CRA et multiplier les atteintes aux droits fondamentaux, sans bénéfice démontré – à moins que vous le démontriez ce matin – en matière de sécurité.Le groupe GDR s’oppose à cette mesure, considérant qu’elle s’inscrit dans une logique de rétention de longue durée […]

article 7 · amendement 59

Rappel au règlement

La parole est à M. Andy Kerbrat, pour un rappel au règlement.

Rappel au règlement sur le fondement de l’article 65, relatif aux scrutins publics.Madame la présidente, étant donné que beaucoup de collègues n’étaient pas présents et n’ont pas pu suivre les débats hier, je voudrais savoir jusqu’à quel amendement les demandes de scrutin public ont été déposées, afin que notre groupe puisse en déposer sur les amendements suivants.

Tous les amendements à l’article 7, ainsi que l’article lui-même, feront l’objet de scrutins publics.

Article 7 (suite)

La parole est à Mme Céline Hervieu, pour soutenir l’amendement no 146.

article 7 · amendement 146

En étendant le champ d’application de la prolongation de la durée de rétention administrative, cet article prévoit d’en faire un usage ordinaire alors qu’il s’agit d’une mesure privative de liberté, qui devrait être réservée aux cas les plus graves. L’extension de la mesure concernerait les cas dans lesquels la personne visée a détruit ses documents de voyage ou a tenté de dissimuler son identité ainsi que ceux dans lesquels l’administration n’a pas pu obtenir le laissez-passer consulaire. Or une mesure privative de liberté ne peut être prise par commodité administrative. En effet, puisque les personnes en question sortent d’une longue détention, l’administration avait largement eu le temps d’organiser les échanges diplomatiques idoines pour obtenir ces laissez-passer et pouvoir éloigner les personnes immédiatement à leur sortie de prison. En audition, les autorités compétentes nous ont […]

article 7 · amendement 146

Bravo ! La rétention arbitraire est un scandale !

Monsieur Kerbrat, je reviens à votre question pour préciser que des demandes de scrutin public ont été déposées par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire sur les amendements no 60, no 62 et identique, le sous-amendement no 198, l’amendement no 61 et l’article 7 – auxquels il faut ajouter le scrutin sur les amendements no 59 et identiques, que j’ai déjà annoncé.Le scrutin sur l’article 7 a également été demandé par le groupe Rassemblement national.La parole est à Mme Léa Balage El Mariky, pour soutenir l’amendement no 168.

L’article 7 nous amène au cœur du dispositif souhaité par le ministre de l’intérieur. L’article 1er pouvait être intéressant ; les suivants proposaient des dispositions inopérantes ; l’article 7 est attendu. J’attends, pour ma part, des réponses précises du ministre et du rapporteur, qui a conduit les auditions.Dans quelle mesure allonger la rétention de 30 jours supplémentaires permettra-t-il de garantir le retour effectif des personnes faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ? Si l’on ne parvient pas à organiser leur éloignement du territoire national durant les années de détention, comment y arriverait-on en 30 jours ? En outre, il est fort à parier que ces placements en CRA feront l’objet de recours ; vos services seront donc occupés à abonder le contradictoire devant le juge administratif. Le problème visé à l’article 7 devrait être travaillé en […]

article 7 · amendement 146

Elle a raison ! C’est tout à fait ça.

…alors que les personnes concernées ne font l’objet d’aucune nouvelle peine – si ce n’est l’OQTF, qui n’est pas une peine mais une mesure administrative.Les conditions de rétention dans les CRA sont également problématiques : y résident des personnes qui ont été condamnées pour terrorisme, des personnes qui n’ont jamais été condamnées, des personnes qui ne savent même pas pourquoi elles sont là. Certaines OQTF ne peuvent d’ailleurs pas être mises en application, par exemple pour les ressortissants afghans de certaines ethnies minoritaires, qu’on ne peut pas renvoyer dans leur pays étant donné le sort qui leur y est réservé. C’est ubuesque ! (Mêmes mouvements.) Alors que l’efficacité de la mesure n’est pas démontrée, vous opérez un glissement vers le tout-carcéral, y compris en dehors de la prison proprement dite. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)

article 7 · amendement 146

Très bien ! Excellente démonstration !

Bravo !

La parole est à M. Charles Rodwell, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements de suppression.

Charles Rodwell rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · EPR #52

Nous aurons l’occasion de revenir sur la rétention des criminels et délinquants étrangers, auteurs de faits particulièrement graves en matière d’atteintes à la personne,…

À condition de mobiliser vos troupes !

Charles Rodwell rapporteur · EPR #54

…mais l’article 7 ne concerne pas ce sujet. Il rétablit une base légale qui a disparu en septembre 2025 lorsque le Conseil constitutionnel a censuré les dispositions correspondantes.

S’il les a censurées, c’est qu’il y avait une raison !

La base légale ne vaut rien, elle a été censurée !

Charles Rodwell rapporteur · EPR #57

Le régime de rétention jusqu’à 210 jours pour les étrangers condamnés pour des faits de terrorisme existe depuis 2011 et a été renforcé en 2018, sans jamais avoir été censuré sur le principe par le Conseil constitutionnel. La situation actuelle résulte d’un vide juridique que je qualifierai d’accidentel, né de la censure d’août 2025, qui n’a pas remis en cause le régime applicable aux terroristes.Cette censure par ricochet a eu des conséquences très graves : selon les chiffres du ministère de l’intérieur, cinq personnes relevant de ce profil ont dû être remises en liberté depuis la décision du Conseil constitutionnel. L’article 7 se borne à réparer cette rupture normative. C’est pourquoi je vous appelle à rejeter les amendements visant à le supprimer et à voter en sa faveur.

Certainement pas !

La parole est à M. le ministre de l’intérieur, pour donner l’avis du gouvernement.

Laurent Nunez ministre de l’intérieur #61

J’émets évidemment un avis défavorable sur les amendements de suppression de l’article 7.Monsieur Léaument, je note qu’à la différence de vos collègues, vous remettez clairement en cause le principe même des centres de rétention administrative…

Non, je l’interroge !

Laurent Nunez ministre #64

J’avais plutôt le sentiment que vous en remettiez en cause le principe même.

Oui !

Je suis avant tout très fidèle aux principes républicains !

Laurent Nunez ministre #67

Vous savez que la rétention n’est destinée qu’à permettre l’éloignement d’étrangers qui sont en situation irrégulière sur notre territoire. Il est parfois bon de rappeler les évidences.

Régularisez ! Pourquoi ne le faites-vous pas ?

Laurent Nunez ministre #69

Monsieur Lecoq, il est naturel que des personnes soient libérées en cours de rétention, car celle-ci est entourée de conditions strictes : le renouvellement de la décision de placement est ainsi régulièrement soumis à un juge des libertés et de la détention (JLD) ; la rétention peut être interrompue à tout moment par le JLD, la personne retenue pouvant à tout moment le saisir pour lui demander d’y mettre fin – il me paraît important de le rappeler.

Avez-vous déjà visité un CRA ?

Laurent Nunez ministre #71

Ensuite, je souscris aux propos de M. le rapporteur : par cet article, nous rétablissons une durée de rétention qui avait été supprimée par la décision du Conseil constitutionnel concernant la loi Eustache-Brinio.

Elle avait été censurée !

Laurent Nunez ministre #73

La durée de rétention pouvant aller jusqu’à 210 jours pour les individus condamnés pour des faits de terrorisme existe depuis 2011. Nous appliquons le droit avec mesure et proportionnalité. Néanmoins, depuis la suppression des 30 jours supplémentaires au-delà de 180 jours, que nous rétablissons par le présent texte, cinq individus répondant au profil terroriste n’ont pas pu être maintenus en rétention au-delà de ce délai.

Pourquoi ne les avez-vous pas reconduits ?

Laurent Nunez ministre #75

Les dispositions proposées par le texte sont utiles et même essentielles pour permettre l’éloignement de ces personnes. Vous me direz que quelques dizaines de cas seulement sont concernés.

Plusieurs députés du groupe LFI-NFP #76

Oui !

Laurent Nunez ministre #77

Sans doute, mais il est indispensable de s’en occuper, aussi pour des raisons de sécurité. Vous savez que le maintien en rétention est très encadré : l’administration doit démontrer avoir procédé à plusieurs actes avant d’autoriser l’éloignement ; ce n’est pas une décision arbitraire, contrairement à ce que vous prétendez.

Un peu quand même !

Laurent Nunez ministre #79

Le gouvernement est donc évidemment très favorable aux dispositions de la proposition de loi de M. Rodwell,…

J’avais compris Orwell !

Laurent Nunez ministre #81

…et très défavorable aux amendements de suppression.

La parole est à M. Andy Kerbrat.

Nous vous aurons eu à l’usure, monsieur le ministre ! Après douze heures de débat, nous obtenons enfin des chiffres : cinq personnes seraient donc concernées par le présent texte depuis la censure de 2025. À se demander ce que font vos services : ces personnes sorties de rétention se baladent-elles tranquillement ? Les laissez-vous circuler sans aucun suivi ? Je commence à m’inquiéter, surtout si vous ne parvenez pas non plus à suivre dix personnes radicalisées souffrant de troubles psychiatriques, ni à renouveler, dans dix autres situations, les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (Micas). Vous seriez donc aujourd’hui forcé d’agir pour traiter vingt cas ? Diable ! Sans oublier les personnes sorties de rétention parce qu’elles ont eu le malheur d’exercer leurs droits…Mon collègue Antoine Léaument, qui connaît mieux que moi les sujets d’antiterrorisme et de […]

Merci, cher collègue.

Nous contestons cette manie de l’enfermement automatique, alors qu’il y a surtout besoin de bras. (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

La parole est à M. Peio Dufau.

Qui, parmi vous, a déjà visité un centre de rétention administrative ? (L’orateur et certains députés des groupes SOC, LFI-NFP et EcoS lèvent la main.) Bizarre !

Il n’y en a pas dans mon département ; c’est dommage, j’aimerais bien qu’il y en ait un !

Avec ma collègue Mme Colette Capdevielle, j’ai visité celui d’Hendaye et j’ai pu voir dans quelles conditions les personnes étaient retenues. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LFI-NFP et EcoS.) Les conditions d’hygiène, en particulier, y sont déplorables. Je rappelle que ces personnes n’y sont pourtant pas retenues à la suite d’une condamnation, mais par simple décision administrative, faute de papiers. Comment s’étonner dès lors que certains souffrent de troubles psychiques ? Nous enfermons sans issue des individus, avec, pour toute échéance, une durée maximale d’enfermement, en attendant une décision hypothétique de leur pays d’origine sur leur reconduction. En l’absence d’information, les CRA sont des machines à créer de la radicalisation, un fort sentiment d’injustice et de résignation. Les personnes retenues peuvent certes saisir le juge, comme M. le ministre l’a […]

Je mets aux voix les amendements identiques nos 59, 77, 146 et 168.

#94

(Il est procédé au scrutin.)

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 61 Nombre de suffrages exprimés 61 Majorité absolue 31 Pour l’adoption 29 Contre 32

#96

(Les amendements identiques nos 59, 77, 146 et 168 ne sont pas adoptés.)

Ça chauffe !

Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 60, 62, 169 et 170, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 62 et 169 sont identiques. La parole est à M. Antoine Léaument, pour soutenir l’amendement no 60.

article 7 · amendement 60

Les amendements de suppression de l’article 7 ont failli être adoptés, ce n’est pas passé loin !

article 7 · amendement 60

Mais ce n’est pas passé !

Nous comptons nous mobiliser très fortement aujourd’hui, sachez-le !

article 7 · amendement 60
Florent Boudié président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République · EPR #102

Nous menaceriez-vous ? (Sourires.)

Si vous avez du monde à rameuter, c’est le moment, sans quoi nous obtiendrons de belles victoires ce matin – après vous avoir bien démoralisés hier ! (Rires et applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)

article 7 · amendement 60

Cela n’a rien à voir avec l’amendement…

Monsieur Léaument, s’il vous plaît.

Je vais en venir à l’amendement, madame la présidente, mais la démoralisation des ennemis de la République compte parmi les objectifs des authentiques républicains ! (Mêmes mouvements.)

article 7 · amendement 60

Vous avez deux minutes pour vous exprimer, pas plus. Présentez votre amendement, s’il vous plaît.

Par cet amendement, nous proposons de mettre à plat le dispositif proposé d’allongement de la durée de rétention en centre de rétention administrative. J’ai déjà indiqué qu’il portait atteinte aux principes fondamentaux, et j’y reviendrai afin d’expliquer dans le détail en quoi il entre en contradiction avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais ma collègue Mme Léa Balage El Mariky a pointé une difficulté supplémentaire.S’il s’agit d’envoyer en prison des personnes reconnues coupables d’actes terroristes, nous ne pouvons que tomber d’accord avec vous. Seulement, ici, vous profitez en quelque sorte de leur statut d’étranger pour, à leur sortie de prison, les placer en centre de rétention administrative. C’est quand même bizarre ! Et si les personnes concernées sont françaises, comment ferez-vous ? Voilà pourquoi il est toujours intéressant d’en revenir aux principes. […]

article 7 · amendement 60
Mme Marie Lebec #110

Ben oui ! Ils n’ont pas la même nationalité !

Vous faites comme si c’était évident, pardonnez-moi, mais quand on est humaniste et républicain, on n’introduit pas une telle différence !

article 7 · amendement 60

Il a fière allure, le bloc central !

On considère, à l’inverse, que les lois de la République doivent s’appliquer aux étrangers comme aux Français.

article 7 · amendement 60

C’est le cas !

Vous objecterez que ces personnes sont en situation irrégulière. Dans ce cas, commencez par les régulariser !

article 7 · amendement 60

Oh là là !

La parole reste à M. Antoine Léaument, pour soutenir l’amendement no 62.

article 7 · amendement 62

Je me rends bien compte que cela vous agace, monsieur Maillard.

article 7 · amendement 62

Vous proposez de régulariser des terroristes : c’est n’importe quoi ! (Protestations sur certains bancs du groupe LFI-NFP.)

J’invite M. Maillard à demander la parole pour deux minutes afin de me répondre, car, en vertu de l’article 54, alinéa 1, de notre règlement, même si je l’autorise à m’interrompre, il doit vous demander la parole, madame la présidente. (Sourires.)

article 7 · amendement 62

Présentez votre amendement, monsieur Léaument, s’il vous plaît !

Il y a mise en cause personnelle, madame la présidente !

Je voulais connaître la question de M. Maillard !

article 7 · amendement 62

Je ne l’ai pas entendue, je n’entends que vous, monsieur Léaument. (Sourires.)

Pour ma part, je n’ai entendu qu’un blabla !

article 7 · amendement 62

Veuillez présenter votre amendement !

Monsieur Maillard, j’essaie de vous choquer et, manifestement, ça marche. (Sourires.)Je poursuis. Vous traitez les individus différemment selon leur nationalité. Parce qu’une telle démarche est contraire à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,…

article 7 · amendement 62

Et à la devise de notre République.

…je privilégie la logique inverse : face à la situation particulière qui se présente à nous, je me demande comment rester fidèles à nos principes. J’en arrive ainsi à la conclusion qu’il faut d’abord renforcer les services de renseignement et, éventuellement, régulariser les sans-papiers – ceux qui travaillent…

article 7 · amendement 62

Vous avez voté contre le renforcement des services de renseignement !

Pas du tout ! (« Si ! » sur plusieurs bancs du groupe EPR.)Non !

article 7 · amendement 62

Si, vous votez toujours contre !

Nous proposons de renforcer les services de renseignement en vue d’assurer un suivi identique pour tous, parce qu’introduire des mesures d’exception pour certains, c’est considérer qu’elles devraient pouvoir s’appliquer aux autres !

article 7 · amendement 62

Eh oui ! C’est introduire l’arbitraire !

Dès lors que vous acceptez des mesures d’exception attentatoires aux droits individuels pour une minorité, vous préparez le terrain pour qu’elles s’appliquent un jour à vous. D’ailleurs, si vous acceptez ces 210 jours de rétention, c’est bien parce qu’en tant que Français, vous savez que vous n’irez jamais ; sinon, vous ne défendriez jamais une telle mesure ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Céline Hervieu applaudit également.)

La parole est à Mme Léa Balage El Mariky, pour soutenir l’amendement no 169, identique au précédent.

article 7 · amendement 169

Mon collègue Léaument est assez éloquent, dès potron-minet ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.) Si je ne suis sans doute pas encore à son niveau, j’aimerais vous convaincre de la cohérence de mon amendement.Monsieur le rapporteur, vous utilisez un euphémisme en parlant, à propos de la censure par le Conseil constitutionnel, de la « disparition d’une base légale », façon Houdini. Non : le Conseil constitutionnel a censuré un dispositif, en l’espèce l’article 1er de la loi du 11 août 2025. Et c’est en conséquence de cette censure que l’extension de la rétention administrative n’est plus possible.Parce que nous contestons l’allongement à 210 jours, nous proposons d’abroger l’article correspondant dans le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda). Rien ne démontre qu’une durée accrue favorise l’éloignement. L’éloignement se joue […]

article 7 · amendement 169

Quel est le rapport avec CNews ?

Je ne conteste pas la possibilité de l’éloignement ; je conteste qu’il faille, à cette fin, enfermer tout le monde et créer un régime d’exception, à savoir l’emprisonnement en dépit de l’absence de sanction. Les CRA sont pires que la prison : aucune garantie n’y est offerte et aucune insertion n’est possible après un enfermement dans des conditions aussi indignes.

article 7 · amendement 169

Sur les sous-amendements nos 252, 253 et 254, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Léa Balage El Mariky, pour soutenir l’amendement no 170, qui fait l’objet des sous-amendements nos 252, 253, 254 et 198.

J’ai évoqué le manque de transparence à l’égard du Parlement, donc le manque d’information de ce dernier sur un sujet aussi important que la rétention administrative. Peut-être sont-ils la conséquence d’un manque d’efficacité de l’administration et de son incapacité à nous fournir des chiffres et des éléments factuels ? Ils nous permettraient pourtant de savoir si la prolongation de la durée de rétention se traduit ou non par une plus grande efficacité dans l’exécution des mesures d’éloignement. L’amendement tend à ce que le Parlement dispose de ces informations.Étant donné que seule une minorité de parlementaires – sauf sur nos bancs – a visité un CRA et connaît les conditions de détention indignes qui y règnent…

article 7 · amendement 169

Oh là là !

Ce n’est pas la peine de réagir comme ça ! Il suffit de prendre la ligne 8 pour aller visiter le CRA de Vincennes. C’est juste à côté ! Exercez votre droit de visite des lieux de privation de liberté !

article 7 · amendement 169

Nous avons visité des CRA !

Nous l’avons tous fait ! Nous faisons notre travail aussi bien que vous !

Vous pourriez alors rendre compte des conditions de détention. Cela fait partie de nos prérogatives et s’inscrit dans notre mission de contrôle de l’action du gouvernement. Nous devons contrôler les lieux de privation de liberté, notamment parce que la liberté est garantie par la Constitution. C’est notre honneur de vérifier dans quelles conditions sont détenus des citoyennes et des citoyens, quelle que soit leur nationalité, qui dans des CRA, qui dans des maisons d’arrêt, qui dans des centres pénitentiaires. C’est aussi simple que ça ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Marie Pochon applaudit également.)

article 7 · amendement 169

Exactement !

Puisque certains ne savent pas prendre la ligne 8 à Invalides pour se rendre au CRA de Vincennes, je propose, si vous le voulez, que nous y allions ensemble !L’amendement vise, je le répète, la bonne information du Parlement. (Exclamations et échange d’invectives de banc à banc.)

article 7 · amendement 169

Rappel au règlement

La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement.

Il se fonde d’abord sur l’article 70, alinéa 3, du règlement. L’une de nos collègues vient de faire allusion à un bras d’honneur ; je ne vois pas de quoi il est question.Ensuite, il se fonde sur l’article 54, alinéa 1, que j’ai déjà évoqué. Il dispose qu’un député, à condition d’avoir été autorisé par la présidence, peut interrompre l’orateur pour lui poser une question. Monsieur Maillard, notre groupe est tout à fait disposé à ce que vous interveniez au micro, si vous le souhaitez, parce que… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur – Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent ce dernier.)

Maillard bordélise l’Assemblée !

Article 7  (suite)

La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir le sous-amendement no 252.

article 7

Pour aller dans le sens de Mme Balage El Mariky, j’insiste sur le fait que la question qui se pose à nous est celle de l’efficacité du droit et de ce que vous proposez. Vous savez bien qu’allonger la durée de rétention à 210 jours ne vous permettra toujours pas d’obtenir le laissez-passer consulaire.

article 7

Allons jusqu’à 300 jours si 210 jours ne suffisent pas !

Vous mentez aux Français de manière éhontée.D’ailleurs, monsieur le ministre, vous avez complètement changé de stratégie envers l’Algérie par rapport à ce que faisait votre prédécesseur. La méthode de Retailleau, le bras de fer avec l’Algérie, n’a permis d’obtenir aucun laissez-passer consulaire et a conduit à une embolie dans les CRA, alors qu’ils sont déjà surchargés.Le problème, c’est que les centres de rétention administrative sont pires que la prison – vous le savez tout aussi bien que moi.

article 7

Ils ne peuvent pas le savoir, puisqu’ils ne les visitent pas !

J’ai visité pour la première fois le centre de rétention de Vincennes en 2022. À l’époque, vous étiez encore préfet d’Île-de-France et vous veniez de démanteler la colline du crack. Vous avez envoyé plein de crackheads en situation irrégulière à Vincennes. C’était déjà très limite d’envoyer en CRA des gens qui souffrent d’addiction ou qui sont en sevrage…

article 7

Vous savez de quoi vous parlez !

Précisément. Moi, au moins, je parle de choses que je connais !C’était très limite, disais-je, mais le pire, c’est que le directeur du CRA de Vincennes m’a expliqué, devant tout le monde, qu’il laissait passer les parachutes, parce qu’il préférait des camés calmés plutôt qu’agités.Voilà la réalité de la rétention administrative en France. Regardez les choses en face ! La contention chimique, qu’elle soit volontaire ou non, est pratiquée dans les centres de rétention administrative. On n’en parle jamais !Vous avez réussi l’exploit de braquer la totalité des associations qui interviennent dans les CRA : la Cimade, France Terre d’asile, etc.

article 7

C’est bon signe !

Ils y sont les seuls pourvoyeurs des droits de la personne, quand vos agents ne remplissent pas cette mission.Nous n’avons même pas de chiffres…

article 7

Monsieur Kerbrat, êtes-vous en train de défendre aussi le sous-amendement no 253 ?

article 7

Tout à fait, madame la présidente.Vous vous êtes mis à dos le monde associatif qui intervient dans les centres de rétention administrative, mais vous avez continué à en construire. Il va y en avoir un à Nantes, sauf si nous arrivons au pouvoir en 2027, auquel cas nous proposerons un moratoire sur le centre de rétention administrative de Nantes, ainsi que sur tous les autres projets de centre de rétention administrative en France, notamment ceux prévus par le plan CRA 2 000, prolongé par suite de l’adoption d’un amendement de M. Ciotti (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Hendrik Davi applaudit également) – ce même M. Ciotti qui a toujours refusé la construction d’un CRA à Nice. Il veut mettre des CRA partout en France, mais acceptera-t-il, maintenant qu’il est maire de Nice, d’en avoir un chez lui ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Céline […]

article 7

Ce ne sont pas les préfectures qui produisent des situations irrégulières ! Un étranger sous OQTF est déjà en situation irrégulière !

Sur les 118 000 OQTF prononcées en 2025, plus de la moitié ont été contestées, conduisant des tribunaux administratifs à délivrer des autorisations provisoires de séjour !Monsieur le ministre, le centre de rétention administrative à la française ne marche pas. Ce qui marche, c’est l’expulsion à la sortie de prison, à laquelle nous sommes favorables tant qu’elle a été prononcée par un juge, parce que le juge a le droit d’expulser. Mais ce que vous faites là, c’est de l’administratif, du préfectoral, du lourd, de la source de contentieux.En réalité, vous participez à l’embolie du système judiciaire. Un ministre de l’intérieur qui y participe, c’est le serpent qui se mord la queue ! Entre l’intérieur et la justice, il est censé y avoir un continuum ! Vous vous paralysez vous-même, vous vous neutralisez. C’est bien dommage pour les capacités de l’État ! (Applaudissements sur plusieurs bancs […]

article 7

La parole est à M. Antoine Léaument, pour soutenir le sous-amendement no 254.

article 7

Permettez-moi de resituer le débat…

article 7

Ah non ! C’est de la torture psychologique !

Il est insupportable !

…et de vous présenter des éléments susceptibles de vous convaincre.

article 7

Monsieur Léaument, je vous invite à présenter le sous-amendement no 254, et ce en moins de deux minutes.

Je présenterai aussi le sous-amendement no 198, si vous m’y autorisez, madame la présidente, de manière à prendre la parole pendant quatre minutes et pouvoir ainsi développer mon raisonnement.

article 7

Très bien.

article 7

Ce que nous disons, fidèles en cela à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en particulier à son article 1er, c’est que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits et que les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Nous n’établissons donc pas de différence entre les êtres humains en fonction de l’origine, de la religion, de la couleur de peau, du genre, de l’orientation sexuelle, etc. Nous ne faisons pas de différence entre les êtres humains.Le principe que nous appliquons est celui énoncé par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, à savoir que la loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Dès lors, nous souhaitons mettre en place des moyens qui soient efficaces à la fois pour les Français et pour les étrangers, sans faire de distinction – y compris quand ces […]

article 7

La blague !

Pourquoi est-ce que j’en reviens à ces principes fondamentaux ? Comme je l’ai expliqué, si vous êtes prêts à voter la rétention administrative, sans procès, pour une durée de 210 jours, c’est parce que vous n’êtes pas concernés. Vous êtes Français : vous n’irez donc jamais en centre de rétention administrative,…

article 7

Il ne faut jamais dire jamais !

…à moins que ce soit pour le visiter en tant que député.

article 7

Et encore !

Connaissez-vous John Rawls ? Avez-vous déjà entendu parler du voile d’ignorance ? Lorsque nous faisons la loi, nous devons nous mettre à la place de ceux à qui elle s’appliquera. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Damien Girard applaudit également.)

article 7

Exactement !

Si vous étiez étrangers, vous ne souhaiteriez pas que cette disposition puisse s’appliquer à vous. En revanche, si vous étiez étrangers, vous souhaiteriez sans doute que des moyens soient mis en place, y compris pour vous, afin de prévenir tout acte terroriste, qu’il soit commis par un étranger ou par un Français.Dès lors, ce que nous devons faire en tant que législateur, ayant face à nous, à gauche, la statue de la liberté, à droite, la statue de l’ordre public, c’est chercher l’équilibre permanent entre les deux, afin de ne jamais trop pencher d’un côté ou de l’autre. Trop de liberté, ce serait laisser des gens susceptibles de commettre un acte terroriste sans aucune surveillance, jusqu’à les laisser commettre l’acte. Trop d’ordre public, ce serait le coup de massue sur la tête de personnes qui, parfois, n’ont rien à voir avec ce que vous êtes en train de faire.Oui, cette proposition […]

article 7

Les CRA, c’est seulement pour les étrangers !

C’est le principe !

Quand on est en France, on se souvient de la longue histoire de son peuple et du fait qu’un tiers de nos compatriotes ont un ancêtre étranger. C’est mon cas, comme celui de nombreux députés. (M. Andy Kerbrat applaudit.) Nous ne savons pas toujours si nos parents, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents, sont arrivés légalement sur le territoire de la République française. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

article 7

Excellent !

Quel est l’avis de la commission sur les amendements et les sous-amendements ?

Charles Rodwell rapporteur · EPR #210

Monsieur Léaument, vous avez évoqué le fait qu’il valait mieux régulariser ces personnes présentes illégalement sur le territoire plutôt que les retenir. Pour rappel, l’article 7 ne concerne que des terroristes, des personnes condamnées pour des faits de terrorisme et qui sont présentes illégalement sur le territoire. Si vous considérez qu’il faut les régulariser, alors nous avons une différence d’appréciation sur le juste équilibre entre la protection des libertés publiques et le renforcement de la sécurité des Français.

Eh oui !

Charles Rodwell rapporteur · EPR #212

En outre, vous avez insisté sur les conditions de vie dans les centres de rétention.

Elles sont honteuses !

Charles Rodwell rapporteur · EPR #214

Il se trouve que j’en ai visité un grand nombre. J’ai sous les yeux (M. le rapporteur brandit une liasse d’amendements) le texte d’amendements déposés par les collègues de gauche – Insoumis, écologistes, socialistes –,…

Nous ne sommes plus d’extrême gauche ?

Charles Rodwell rapporteur · EPR #216

…qui visent, budget après budget, à retirer des moyens financiers aux CRA, au risque de contribuer à la dégradation des conditions de vie en leur sein. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et DR.)

Vous n’avez aucun argument !

Charles Rodwell rapporteur · EPR #218

Entre les discours que vous tenez à la tribune et les actes que vous commettez quand vous êtes planqués en commission des finances, il y a un monde. Quelle hypocrisie ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Échec et mat !

Charles Rodwell rapporteur · EPR #220

Avis défavorable sur tous les amendements et sous-amendements.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Laurent Nunez ministre #222

D’abord, monsieur Léaument, vous nous assénez des leçons de droit à propos de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et des principes à valeur constitutionnelle. Je suis tout aussi humaniste et républicain que vous…

J’espère que vous l’êtes même davantage !

Le rappel ne fait jamais de mal !

Il n’a pas de leçons à recevoir !

Laurent Nunez ministre #226

…et je respecte tout autant que vous ces principes.Il m’est difficile de vous entendre mettre sur le même plan des Français qui sortent de détention et des étrangers en situation irrégulière, qui, d’après toutes les jurisprudences du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel, ne sont pas dans le même cas. De plus, les personnes dont vous parlez, outre leur condamnation pour des faits de terrorisme, sont des étrangers qui font l’objet soit d’une obligation de quitter le territoire français, soit d’un arrêté ministériel d’expulsion, soit d’un arrêté préfectoral d’expulsion. La rétention administrative vise à permettre leur éloignement.Je ne m’engagerai pas dans des discussions avec vous sur le droit constitutionnel et le respect des droits de l’homme, quand bien même elles sont légitimes, parce que ce n’est pas le sujet, tout du moins dans la façon dont vous le présentez.

Ça le sera quand le Conseil constitutionnel censurera la disposition !

Laurent Nunez ministre #230

Ensuite, vous dites que ces individus qui ont été condamnés pour des faits de terrorisme doivent faire l’objet d’une surveillance physique – par les services de renseignement par exemple –, parce que c’est la seule qui vaille pour vous. Chaque fois qu’on vous propose de renforcer – budgétairement, techniquement ou juridiquement – le contrôle des individus, vous votez contre, au motif que ce serait liberticide. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Votre seule perspective, c’est le renforcement des moyens humains, encore et toujours.

Le budget était pourri ! Et il a été adopté par 49.3 : comment voulez-vous voter contre ?

Laurent Nunez ministre #232

Monsieur Léaument, savez-vous combien d’effectifs sont nécessaires à la surveillance d’une seule personne ? Une vingtaine par jour ! Alors, arrêtez de raconter n’importe quoi. La mesure d’allongement de la durée de la rétention est indispensable et nécessaire.Enfin, quant aux conditions de rétention dans les CRA, les difficultés sont évidentes, personne ne les conteste. Elles sont constatées à l’occasion de vos visites en tant que parlementaires ou de celles d’autres institutions – mais des programmes ont été lancés pour y remédier. Nous investissons 9 millions d’euros par an pour améliorer le fonctionnement des CRA,…

Vous ne voulez pas les investir dans des moyens humains ?

Laurent Nunez ministre #235

…et le plan CRA 3 000, et non 2 000, nous permettra d’augmenter le nombre de places.Je ne voudrais pas introduire par malice des dissensions entre vous, mais, entre ceux qui contestent le principe même de la rétention administrative – c’est la position de La France insoumise (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP) –…

Ce n’est pas la position de La France insoumise, c’est ma position personnelle !

Laurent Nunez ministre #238

…et ceux qui, assis un peu plus vers le centre de l’hémicycle, discutent des conditions de rétention, il y a quand même une différence !Cette mesure est indispensable. Elle existait avant, elle a été supprimée probablement par inadvertance et nous la rétablissons : c’est une bonne chose pour la sécurité de nos concitoyens.Avis défavorable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

Très bien !

La parole est à Mme Céline Hervieu.

Monsieur le ministre, vous évoquez le cas de terroristes, en soulignant qu’ils sont extrêmement dangereux.

Tout à fait ! C’est même la définition du mot !

Dans les années 1980, la rétention administrative durait 7 jours ; en 2003, 45 jours ; en 2018, 90 jours : c’est une fuite en avant ! Vous évoquez le cas le plus grave, celui des terroristes, mais en réalité, vous courrez derrière la généralisation, puisque, depuis quarante ans, la durée de la rétention administrative ne fait qu’augmenter dans notre pays !

C’est le risque terroriste qui augmente !

Et il n’est pas vrai qu’elle ne concerne que des terroristes : vous essayez d’étendre toujours plus les régimes de détention !Vous préparez le terrain pour un gouvernement d’extrême droite, qui pourrait décider, demain, la généralisation et l’allongement indéfini de l’enfermement des personnes, y compris de celles condamnées pour des faits de droit commun. Voilà ce que nous condamnons et dénonçons !Les conditions de vie dans les CRA posent un vrai problème. J’ai visité celui de Vincennes il y a un mois et, M. Dufau l’a dit, pour les professionnels, les conditions sont dramatiques !De nombreuses personnes retenues dans les CRA vivent en France depuis quinze ou vingt ans. En outre, on ne peut pas les éloigner si elles ne le souhaitent pas : on les amène à la porte de l’avion, mais la France – c’est tout à son honneur – ne peut pas les forcer à y entrer, même avec un laissez-passer […]

Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

Vous n’êtes pas des enfants de chœur non plus !

…mais si l’on investissait davantage dans la réinsertion et l’accompagnement social, on pourrait leur offrir des conditions de vie dignes et plus humaines.

La parole est à M. Laurent Jacobelli.

Si je comprends bien, on aurait le choix entre l’incompétence du centre et du gouvernement, et la folie et la préférence étrangère des gauchistes.

Tout en nuance et délicatesse, Jacobelli…

Messieurs et mesdames du centre, le problème des CRA, c’est qu’ils sont complètement inefficaces et inutiles ! Vous n’arrivez pas à contrôler l’immigration, notamment clandestine.

Quelle est votre solution ?