Séance du 20 mai 2026 /// n°239 /// 423 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2025-2026

Séance du 20 mai 2026 — 239e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Sébastien Chenu.

423prises de parole
54orateurs
7points à l'ordre du jour
11scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
6759 l'amendement n° 137 de M. de Lépinau à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture)… 45 / 46 rejeté
6760 l'amendement n° 822 de M. Biteau à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture). 21 / 100 rejeté
6761 l'amendement n° 1987 de M. Jean-René Cazeneuve à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (premièr… 128 / 1 adopté
6762 l'amendement n° 1606 de Mme Manon Meunier à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lec… 114 / 35 adopté
6763 l'amendement n° 923 de Mme Florence Goulet à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première le… 57 / 99 rejeté
6764 l'amendement n° 159 de Mme Stambach-Terrenoir à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première… 41 / 118 rejeté
6765 l'amendement n° 798 de M. Biteau et les amendements identiques suivants à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souver… 85 / 76 adopté
6766 l'amendement n° 589 de M. Tavernier et l'amendement identique suivant à l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souverai… 56 / 119 rejeté
6767 l'article premier du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture). 143 / 26 adopté
6768 le sous-amendement n° 2295 de Mme Laporte à l'amendement n° 1666 de Mme Trouvé à l'article 2 du projet de loi d'urgence pour la protection et la souve… 59 / 64 rejeté
6769 l'amendement n° 1666 de Mme Trouvé à l'article 2 du projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (première lecture). 76 / 53 adopté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 423 — page 1 / 3.

Sébastien Chenu president · RN #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)

Suite de la discussion d’un projet de loi

Sébastien Chenu president · RN #7

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (nos 2632, 2765).

Discussion des articles (suite)

Sébastien Chenu president · RN #9

Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 162 à l’article 1er. Le rythme était de onze amendements à l’heure ; je vais donc essayer de donner un peu de rythme à cette séance, en ne prenant qu’un orateur pour et un orateur contre sur chaque amendement.

Julien Dive rapporteur de la commission des affaires économiques · DR #10

Très bonne initiative, monsieur le président !

Article 1er (suite)

Sébastien Chenu president · RN #12

La parole est à M. Corentin Le Fur, pour soutenir l’amendement no 162.

article 1er · amendement 162

Si le groupe DR est très attaché aux projets d’avenir agricole (PAA), il estime qu’il convient de tenir compte non seulement des capacités de production, mais aussi de la baisse de ces dernières – car, malheureusement, c’est une réalité. Notre pays connaît une phase de décapitalisation. Nous avons de moins en moins de vaches laitières et de vaches allaitantes, ce qui est un vrai problème pour notre souveraineté alimentaire. Nous demandons donc, par cet amendement, qu’il en soit pris acte dans le projet de loi.Dans ce contexte, je suis assez atterré par les propos que j’ai entendus, notamment sur les bancs de La France insoumise, où l’on catégorise les agriculteurs de manière très dogmatique et manichéenne : il y aurait, d’un côté, les bons agriculteurs qu’il faudrait soutenir et, de l’autre, ceux qu’il faudrait dénoncer. Je crois, moi, que nous avons besoin de toutes les filières, de […]

article 1er · amendement 162
Sébastien Chenu president · RN #16

Je suis saisi de deux demandes de scrutin public : sur l’amendement no 137, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement no 822, par le groupe Écologiste et social. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Julien Dive, rapporteur de la commission des affaires économiques pour les articles 1er à 4 ter et 15 à 17, pour donner l’avis de la commission.

Julien Dive rapporteur de la commission des affaires économiques · DR #18

Il importe en effet de lutter contre la baisse des capacités de production et vous avez raison d’insister sur la décapitalisation des cheptels pour illustrer votre propos. On pourrait également citer en exemple certaines productions végétales au sujet desquelles certains, dans cet hémicycle, prônent une forme de décroissance. Tout cela contribue à la baisse de nos capacités de production, de même que l’accaparement de terres agricoles pour des projets qui n’ont rien à voir avec la production, ou encore les distorsions de concurrence, qui se traduisent par des baisses de rendement – je pense notamment à la terrible année 2024, où les rendements du blé tendre se sont effondrés comme cela n’était pas arrivé depuis quarante ans.Cependant, l’article 1er, en particulier l’alinéa 6, évoque la « capacité de production » dans une acception large, qui couvre aussi bien son augmentation que sa […]

La parole est à Mme la ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire pour donner l’avis du gouvernement.

Annie Genevard ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire · DR #21

Même avis.

La parole est à M. Corentin Le Fur.

Merci beaucoup, monsieur le rapporteur, pour vos explications, que j’ai bien entendues. Je retire mon amendement.

#24

(L’amendement no 162 est retiré.)

Sébastien Chenu president · RN #25

La parole est à M. Hervé de Lépinau, pour soutenir l’amendement no 137.

article 1er · amendement 137

Puisqu’il s’agit d’un projet de loi d’urgence, le facteur temps est essentiel. Nos agriculteurs sont engagés dans une course contre la montre, non seulement pour assurer la survie de leurs exploitations, mais également pour donner aux jeunes la vocation et les inciter à prendre leur suite : dois-je rappeler à notre honorable assemblée que, d’ici 2030, près de la moitié des agriculteurs pourra prétendre à la retraite ?Des centaines de milliers, voire des millions d’hectares sont en jeu. Afin d’accélérer les procédures, il est proposé, pour les projets d’avenir agricole, de s’affranchir, par dérogation, des débats publics, en particulier de la concertation préalable relevant de la Commission nationale du débat public (CNDP).Sans doute cette disposition froissera-t-elle nos collègues DR, puisque c’est Michel Barnier, alors ministre de l’environnement, qui, en 1995, fut à l’origine de cette […]

article 1er · amendement 137

Quel est l’avis de la commission ?

Julien Dive rapporteur · DR #31

Je salue, monsieur le député, votre constance sur le sujet de la simplification. Vous avez raison, il faut aller vite, le temps est compté. Et c’est d’ailleurs pour ça que nous avons voté – je crois que vous-même l’avez soutenue – la loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur, dite loi Duplomb, à laquelle on peut ajouter la loi de simplification de la vie économique et la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne ou loi Ddadue, toutes contribuant à l’accélération des procédures.Je crains néanmoins que cet amendement emporte un risque constitutionnel, comme je l’avais déjà souligné en commission. Vous m’aviez alors répondu que vous envisagiez de déposer une proposition de loi constitutionnelle relative à la Charte de l’environnement. Je suppose que votre groupe pourra l’inscrire dans sa prochaine niche. D’ici là, je vous […]

Et vous voterez ce texte !

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #35

Même avis.

La parole est à M. Benoît Biteau.

Dois-je rappeler une fois de plus que, quand on parle d’agriculture, on parle de l’alimentation de tout le monde, de l’eau qu’on boit tous les jours, de l’air qu’on respire à chaque instant, de notre santé et, en l’occurrence, d’argent public puisque nous évoquons les projets d’avenir agricole ?J’ai toujours du mal avec votre volonté de squeezer le débat public sur ces sujets qui concernent tout le monde ! On ne peut pas d’un côté s’insurger contre la faible acceptabilité de certains projets et effacer dans le même temps tous les espaces où, précisément, se construit cette acceptabilité.Cet amendement va totalement à contresens. Bien sûr, nous nous y opposerons.

Sébastien Chenu president · RN #40

Je mets aux voix l’amendement no 137.

#41

(Il est procédé au scrutin.)

Sébastien Chenu president · RN #42

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 97 Nombre de suffrages exprimés 91 Majorité absolue 46 Pour l’adoption 45 Contre 46

#43

(L’amendement no 137 n’est pas adopté.)

Sébastien Chenu president · RN #44

La parole est à M. Aymeric Caron, pour soutenir l’amendement no 644.

article 1er · amendement 644

Il vise à donner la priorité, au sein des projets d’avenir agricole, aux productions végétales, qui sont d’un intérêt stratégique majeur, pour des raisons écologiques et des raisons de souveraineté alimentaire.

article 1er · amendement 644

Les productions animales aussi !

Il va bien falloir qu’à un moment donné ce pays fasse sa révolution alimentaire et s’oriente vers une végétalisation de l’alimentation.

article 1er · amendement 644

Non merci !

Eh si, messieurs, il va falloir le faire ! Je sais bien que, de votre côté, on est un peu conservateur, mais il va quand même falloir réfléchir à l’intérêt général, notamment si nous voulons être autonomes en matière d’alimentation,…

article 1er · amendement 644

On peut manger de la viande française !

…si nous voulons lutter contre le changement climatique, puisque la production de viande est fortement émettrice de gaz à effet de serre – j’y reviendrai tout à l’heure dans un autre amendement – et si nous voulons lutter contre la pollution des sols, puisque de nombreux élevages sont très polluants, notamment en Bretagne.J’ajoute, mais je sais que cela vous intéresse assez peu et j’en ai pris l’habitude depuis plusieurs années que j’essaie d’aborder ces sujets dans l’hémicycle, qu’il serait bon de tenir compte des avancées scientifiques, en neurologie par exemple, en neurosciences,…

article 1er · amendement 644
Un député du groupe RN #53

Ou en psychiatrie !

Pour vous, sans doute ! (Sourires.) Ces avancées nous permettent en effet de bien mieux connaître les animaux qu’on ne les connaissait il y a quarante, cinquante ou cent ans. On sait désormais que les animaux qui sont élevés pour être mangés sont des êtres sensibles, qui ont des besoins, peuvent éprouver de la souffrance, du plaisir, et bien d’autres sentiments. De cela, il faut aussi tenir compte et arrêter de les traiter comme des objets.

article 1er · amendement 644

On ne l’avait pas entendu depuis longtemps, mais on n’est pas déçu !

Vous nous disiez tout à l’heure, madame la ministre, que l’élevage industriel n’existait pas en France, que vous aviez des chiffres qui le démontraient. Eh bien, j’ai des chiffres qui disent exactement l’inverse ! Encore faut-il nous mettre d’accord sur ce qu’est un élevage industriel. Certes, la question du nombre d’animaux entre en ligne de compte, mais pas seulement…

article 1er · amendement 644

Veuillez conclure, monsieur le député !

Je n’ai pas terminé, monsieur le président.

article 1er · amendement 644

Peut-être, mais c’est la règle.

Si on ne peut même plus aborder les sujets intéressants…

article 1er · amendement 644

Merci pour ce moment !

Sébastien Chenu president · RN #62

Je suis saisi de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 1987, par le groupe Ensemble pour la République ; sur l’amendement no 1606, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les amendements no 455 et identiques, par le groupe Rassemblement national. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Quel est l’avis de la commission sur l’amendement ?

Julien Dive rapporteur · DR #64

Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #66

Même avis.

La parole est à M. Aymeric Caron.

Voilà un refus sacrément argumenté ! J’en reviens à l’élevage industriel. Il tient au nombre d’animaux concentrés dans un même endroit, mais pas uniquement. Il est aussi caractérisé par les conditions de vie de ces animaux, prisonniers d’espaces dont ils ne peuvent absolument pas sortir. En France, 99 % des lapins sont élevés en cage, 95 % des cochons dans des bâtiments sans accès à l’extérieur, sur du béton, sans paille, comme 84 % des poulets de chair et 49 % des poules pondeuses.L’exemple des poules est particulièrement intéressant car j’ai compris que, avec ce texte de loi, l’idée est notamment de faciliter l’installation de poulaillers géants, avec des capacités encore plus grandes. Combien d’animaux : 100 000, 150 000, 200 000 ?

Arrêtez ! On n’est pas en Pologne ou en Espagne !

C’est ça, le modèle que vous essayez de nous proposer, et c’est exactement le modèle que nous refusons ! Et refuser de voir que végétaliser notre alimentation est une nécessité relève d’une cécité politique gravissime ! (Exclamations sur divers bancs.)

#72

(L’amendement no 644 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Sébastien Chenu president · RN #73

La parole est à M. Benoît Biteau, pour soutenir l’amendement no 822.

article 1er · amendement 822

Il vise à limiter nos dépendances extérieures. Pour ce qui concerne les protéines, nous proposons ainsi de limiter les importations de soja et d’opter pour des élevages extensifs et des logiques herbagères, d’opérer en somme une révolution incroyable consistant à nourrir des herbivores avec de l’herbe !Végétaliser notre alimentation, diminuer notre consommation de viande et de produits laitiers – en privilégiant les productions venant d’élevages vertueux –, voilà qui permettrait également une rotation des cultures, donc une réduction de notre consommation de pesticides.Enfin, en produisant nos protéines localement, des légumineuses par exemple, nous nous inscririons dans une logique agroécologique et agronomique, grâce à laquelle nous pourrions nous affranchir de nos besoins en engrais azotés, dont l’importation est au cœur de l’actualité avec le blocage du détroit d’Ormuz.La […]

article 1er · amendement 822

Quel est l’avis de la commission ?

Julien Dive rapporteur · DR #79

Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #81

Le ministère de l’agriculture promeut la culture végétale. Julien Denormandie a lancé cette politique, que j’ai soutenue en ajoutant 10 millions d’euros au budget du plan Protéines végétales dans la loi de finances pour 2026. Vous proposez de faire de l’inclusion d’un objectif de production végétale une condition à la labellisation Projet d’avenir agricole. J’ai évoqué hier quelques projets que nous avons déjà identifiés, par exemple la fabrication de pâtes bio à partir de blé dur ou la relance de la production de tomates d’industrie, dont la France importe 90 % de sa consommation. Voilà deux projets qui concernent la culture végétale – et qui s’ajoutent à la politique que nous menons par ailleurs.On ne peut pas demander à ces projets d’avenir agricole de représenter toute la politique du ministère. C’est aussi le rôle du plan Protéines végétales. Enfin, vous avez raison de le dire […]

La parole est à M. Benoît Biteau.

Nous avons intérêt à développer la production de protéines végétales sur notre territoire, mais, comme l’a dit tout à l’heure Aurélie Trouvé, nous sommes bloqués par l’accord de Blair House, qui a été signé en 1992 et n’a jamais été remis en cause depuis. Cet accord limite la culture de protéines sur le sol européen à une surface de 5,2 millions d’hectares, ce qui nous rend dépendants des importations de protéines d’outre-Atlantique. Pour retrouver notre autonomie protéique, il faudrait consacrer entre 15 et 18 millions d’hectares à cette culture, soit trois fois plus que la surface actuellement autorisée. Commençons par des travaux pratiques, dénonçons cet accord et nous aurons un début de réponse.Quant au plan Protéines, c’est une enveloppe fermée, madame la ministre. Son montant est divisé par le nombre d’hectares consacrés à la culture de protéines. En clair, plus on produit de […]

Sébastien Chenu president · RN #87

Je mets aux voix l’amendement no 822.

#88

(Il est procédé au scrutin.)

Sébastien Chenu president · RN #89

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 133 Nombre de suffrages exprimés 121 Majorité absolue 61 Pour l’adoption 21 Contre 100

#90

(L’amendement no 822 n’est pas adopté.)

Sébastien Chenu president · RN #91

La parole est à M. Benoît Biteau, pour soutenir l’amendement no 842.

article 1er · amendement 842

Parlons maintenant de l’eau. Pour bénéficier d’aides européennes, les projets d’aménagement hydraulique doivent justifier d’une économie d’eau minimale de 15 %. Sinon, ils ne sont pas éligibles. Nous proposons donc d’exclure du dispositif des projets d’avenir agricole ceux qui nécessitent une augmentation des prélèvements d’eau dédiés à l’agriculture. L’idée est de garantir le respect du code de l’environnement, qui hiérarchise les usages de l’eau pour limiter des prélèvements agricoles trop importants. La première priorité, c’est la fourniture d’eau potable en quantité et en qualité suffisantes. La seconde, c’est la préservation des milieux aquatiques, condition pour pouvoir fournir de l’eau potable en quantité et en qualité suffisantes – mais aussi pour faire des prélèvements agricoles.

article 1er · amendement 842

Quel est l’avis de la commission ?

Julien Dive rapporteur · DR #94

Je le répète, nous ne créons pas un droit exclusif. Les projets d’avenir agricole sont régis par le droit commun.

C’est de l’argent public !

Julien Dive rapporteur · DR #96

Oui, mais l’argent public doit aussi financer notre souveraineté alimentaire – le respect de l’environnement et le soutien à l’agriculture ne s’opposent pas. Les projets d’avenir agricole devront être en conformité avec la directive sur l’eau, les autorisations d’installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), le régime des installations, ouvrages, travaux et activités (Iota), l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) et les règles environnementales. L’amendement est donc satisfait. Je signale en outre que sa rédaction, plutôt floue, pourrait ouvrir la voie à des contentieux. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #98

Même avis.

La parole est à M. Hervé de Lépinau.

Cet amendement est très dangereux pour les zones qui ont besoin d’eau, en particulier dans le Sud de la France. Le projet Hauts de Provence Rhodanienne (HPR), associant le Nord du Vaucluse et le Sud de la Drôme, capte à peine 2 % du volume d’eau charrié par le Rhône. Sans cette eau, il n’y a pas d’agriculture. Vous pouvez raconter ce que vous voulez, si nous voulons maintenir le potentiel agricole vauclusien et drômois, il nous faut de l’eau. Or l’eau, dans la région, se trouve dans le Rhône, et 98 % de l’eau du Rhône part à la mer. Si votre amendement est voté, cela entraînera la mort du HPR. Monsieur Biteau, je vous mets donc devant votre responsabilité d’agriculteur : voulez-vous priver ce territoire notoire de la possibilité de continuer à cultiver ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

La parole est à M. Benoît Biteau.

Je rappelle que nous parlons de la gestion de l’argent public. Ce qu’il faut privilégier pour satisfaire tous les usages de l’eau, c’est le réaménagement du territoire : il faut reméandrer les cours d’eau, replanter des haies et des arbres et recréer les zones humides – menacées par l’article 7 –, pour accueillir l’eau, la ralentir, la retenir et la rendre disponible pour tous. Ainsi, l’argent public ne sera pas mobilisé pour 5 ou 6 % d’agriculteurs, mais pour la totalité de la population agricole. (Mme Mathilde Feld applaudit.)Vous vous trompez, monsieur de Lépinau : le jour où il y aura de l’eau disponible pour tous les agriculteurs, beaucoup moins d’eau partira à la mer. C’est ça qu’il faut comprendre. Le sujet, ce n’est pas l’eau qui part à la mer, c’est comment limiter le débit d’eau qui part à la mer. C’est en aménageant les territoires, en accueillant l’eau, en la ralentissant […]

La parole est à Mme la ministre.

Annie Genevard ministre · DR #105

Je rappelle que ce texte a notamment pour objectif de renforcer l’accès à la ressource en eau. Vous voulez conditionner le dispositif des projets d’avenir agricole à une absence d’augmentation des prélèvements d’eau.

Tout à fait !

Annie Genevard ministre · DR #107

Nous, nous pensons au manque d’eau en été. Quand l’eau est disponible, quand elle est surabondante, quand la terre ne peut pas l’accueillir – puisque c’est le terme que vous aimez employer –, quand les inondations sévissent, nous voulons autoriser des prélèvements raisonnables.

C’est précisément parce qu’on fait n’importe quoi qu’il y a des inondations !

Annie Genevard ministre · DR #109

Si on vous suivait, il n’y aurait plus d’installations de stockage ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Je rappelle en outre que la dégradation d’une zone humide est illégale. Aucune disposition du texte ne revient là-dessus. Je répète donc que j’émets un avis défavorable sur l’amendement.

#110

(L’amendement no 842 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Sébastien Chenu president · RN #111

La parole est à M. Jean-René Cazeneuve, pour soutenir l’amendement no 1987.

article 1er · amendement 1987

N’en déplaise à M. Caron, les abattoirs sont absolument essentiels au maintien des filières d’élevage bovin, ovin ou caprin dans nos territoires, et ce, pour plusieurs raisons : le coût pour les agriculteurs, le bien-être animal et le développement des circuits courts. L’amendement tend à réaffirmer l’objectif d’au moins un abattoir par département. Cet objectif serait intégré aux missions des comités régionaux de pilotage.

article 1er · amendement 1987

Quel est l’avis de la commission ?

Julien Dive rapporteur · DR #114

En 2021-2022, le ministre Denormandie avait lancé une dynamique en faveur des abattoirs dans nos territoires – où ils manquent parfois cruellement. Avec votre amendement, vous souhaitez soutenir ce mouvement et j’y suis favorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #116

Même avis.

La parole est à Mme Mélanie Thomin.

Le groupe socialiste soutient cet amendement. En effet, dans les territoires qui sont profondément attachés à l’élevage, l’abattoir est indispensable à la structuration et surtout à la durabilité de nos filières. J’ai le souvenir de la catastrophe sociale vécue par les salariés de l’entreprise Gad lors de la faillite de celle-ci, il y a environ dix ans, dans ma circonscription du Finistère. L’effondrement de la filière volaille, qui nous a conduits à importer des produits de pays tiers, est un vrai problème. La modernisation des abattoirs permet aux filières françaises de se structurer et de se développer pour y faire face. On peut bien sûr faire mieux en aidant les filières à s’adapter à la transition environnementale. Cette aide est nécessaire pour garantir l’acceptabilité de la transition.En tant qu’élue d’un territoire fier de son élevage, je suis très attachée au développement des […]

La parole est à Mme Manon Meunier.

Nous sommes vraiment très heureux de voir que M. Cazeneuve soutient l’objectif d’un abattoir par département. Maintenant, il faudrait être cohérents. C’est vous qui contribuez à la disparition de tous les élevages de proximité, de tous les élevages locaux. L’accord avec le Mercosur, ce n’est pas nous qui l’avons laissé passer ! Au Parlement européen, le traité de libre-échange avec le Mercosur, ce n’est pas le groupe auquel appartient La France insoumise qui l’a laissé passer !

Ni les écologistes !

Ni les écologistes, c’est vrai ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

On a voté contre, nous aussi !

La concentration des abattoirs en France est le résultat direct de votre politique. Qui possède les abattoirs ? Ce sont les coopératives géantes, qui s’accaparent tous les outils de production. Ce sont les grands groupes comme Charal, que vous favorisez par vos politiques publiques. C’est exactement l’objectif de l’article 17 : donner la main à toutes ces firmes, qui récupèrent progressivement l’ensemble des outils de production, en en dépossédant complètement les éleveurs. Et à la fin, nous serons devenus ultradépendants, soit des importations, soit de fermes qui ne seront plus tenues que par des firmes ou des grandes coopératives. C’est très joli ce que vous nous dites, monsieur Cazeneuve. Maintenant, il faudrait aligner le texte avec les faits. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Sébastien Chenu president · RN #126

Je mets aux voix l’amendement no 1987.

#127

(Il est procédé au scrutin.)

Sébastien Chenu president · RN #128

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 148 Nombre de suffrages exprimés 129 Majorité absolue 65 Pour l’adoption 128 Contre 1

#129

(L’amendement no 1987 est adopté.)

Sébastien Chenu president · RN #130

La parole est à Mme Manon Meunier, pour soutenir l’amendement no 1606.

article 1er · amendement 1606

Les territoires ultramarins sont complètement oubliés dans votre projet de loi d’urgence, madame la ministre. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Et pourtant il y a aussi urgence en matière agricole dans les outre-mer.Nous avons reçu à l’Assemblée nationale une délégation de paysans et de paysannes des territoires ultramarins, représentants de la Confédération paysanne. Ils nous ont alertés – tout comme ils vous ont alertée, mais ils attendent toujours votre réponse –…

article 1er · amendement 1606

Vous avez refusé de les rencontrer !

…au sujet du Posei, le programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité.Le Posei est un scandale : ces aides publiques versées aux territoires ultramarins sont accaparées par quelques géants, des propriétaires qui concentrent toute leur production sur une monoculture dédiée à l’export – sucre de canne, banane, etc. En conséquence, les territoires ultramarins sont extrêmement dépendants des importations pour leur alimentation. Et les paysans et les paysannes locaux dont la production est dédiée à une alimentation locale et de qualité sont les premiers pénalisés ; chez eux, l’argent public ne retombe absolument pas.Mayotte et la Guyane ne produisent qu’un tiers de l’alimentation qu’elles consomment, la Martinique est dépendante à 87 % des importations pour son alimentation et la Guadeloupe à 82 %. On ne peut pas continuer comme cela !Nous proposons donc par cet amendement […]

article 1er · amendement 1606

Quel est l’avis de la commission ?

Julien Dive rapporteur · DR #139

Je vous trouve sévère, madame la députée !

Elle est juste !

Julien Dive rapporteur · DR #141

Le texte qui sort de la commission des affaires économiques aborde la question des territoires ultramarins. Je salue d’ailleurs le travail des députés ultramarins qui étaient présents, MM. Gumbs, Mathiasin et Serva. Les amendements qu’ils ont déposés et défendus ont été adoptés – à l’unanimité, me semble-t-il –, si bien que, fort justement et fort logiquement, le texte fait référence à ces territoires.Je pourrais dire que votre amendement est satisfait mais je n’en resterai pas là : vous avez raison de pointer du doigt le taux de dépendance de ces territoires, auquel nous devons porter une attention particulière. Heureusement que je ne me prononce pas en fonction du ton avec lequel vous avez défendu votre amendement ; si c’était le cas, je n’émettrais pas, comme je vais le faire, un avis favorable. (Sourires.)

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #144

Le livre préliminaire du code rural et de la pêche maritime, consacré aux objectifs de la politique en faveur de l’agriculture, de l’alimentation et de la pêche maritime, consacre un assez long développement à la politique agricole dans les outre-mer. Il évoque « le développement des productions agricoles d’outre-mer, [le soutien de] leur accès aux marchés, la recherche et l’innovation, l’organisation et la modernisation de l’agriculture par la structuration en filières […], l’emploi, la satisfaction de la demande alimentaire locale […], le développement des énergies renouvelables, […] l’agriculture familiale », bref, ce qui fait la spécificité de ces territoires.Néanmoins, votre amendement insiste sur un point qui est à mes yeux fondamental quand on parle d’agriculture d’outre-mer – c’est même l’enjeu principal : l’objectif de réduction du taux de dépendance. Tel qu’il est formulé, il […]

Excellent.

La parole est à M. Benoît Biteau.

Je remercie le rapporteur et la ministre de leur avis favorable.J’appelle néanmoins l’attention de Mme la ministre, qui devra en sa qualité de ministre de l’agriculture travailler à l’évolution de la politique agricole commune (PAC) après 2027, sur l’importance du Posei. Celui-ci est très bien doté par des fonds publics européens mais très mal utilisé : cinq ou six industriels ultramarins captent ces aides au détriment d’agriculteurs cultivant des produits qui pourraient être consommés localement, en conformité avec la définition originelle de la souveraineté alimentaire telle que l’a formulée La Via Campesina.J’en appelle à votre responsabilité. La France possède de nombreux territoires ultramarins. Les fonds Posei doivent vraiment aller à la souveraineté alimentaire et non être capitalisés par cinq ou six industriels qui produisent de la banane ou de la canne à sucre.

La parole est à Mme la ministre.

Annie Genevard ministre · DR #153

Le Posei a été un sujet de préoccupation depuis le premier jour où nous avons parlé de la nouvelle PAC. Les trois pays de l’Union européenne qui possèdent des territoires ultramarins – des « régions ultrapériphériques », en langage bruxellois – sont le Portugal, l’Espagne et la France, cette dernière étant la plus concernée du fait de la superficie de ses territoires.Dans la PAC actuelle, le Posei est un règlement indépendant qui bénéficie d’un budget spécifique. Quelle ne fut pas notre surprise, lorsque nous avons découvert les premières orientations de la future PAC, de constater l’invisibilisation totale de ce programme. Nous avons immédiatement réagi de façon coordonnée avec les deux autres pays de l’Union concernés, car il est important d’avoir des dynamiques aussi collectives que possible. Nous avons exigé un règlement indépendant – malheureusement, les trois pays ne sont pas […]

Sébastien Chenu president · RN #157

Je mets aux voix l’amendement no 1606.

#158

(Il est procédé au scrutin.)

Sébastien Chenu president · RN #159

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 165 Nombre de suffrages exprimés 149 Majorité absolue 75 Pour l’adoption 114 Contre 35

#160

(L’amendement no 1606 est adopté.)(Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

Sébastien Chenu president · RN #161

Je suis saisi de trois amendements identiques, no 455, 607 et 923. L’amendement n o455 de Mme Valérie Bazin-Malgras est défendu. La parole est à M. Eric Liégeon, pour soutenir l’amendement no 607.

article 1er · amendement 455

Premier producteur agricole de l’Union européenne en valeur, la France reste une puissance agricole grâce à la compétence et au savoir-faire de nos agriculteurs. Toutefois, notre pays subit un affaiblissement préoccupant de ses capacités de production agricole, compromettant sa souveraineté alimentaire et la pérennité de nombreuses filières stratégiques.La souveraineté alimentaire joue un rôle essentiel pour un pays. Elle procure à la population une alimentation suffisante, stable, saine et accessible. Elle permet également une indépendance nationale face aux marchés mondiaux et aux tensions géopolitiques.La reconquête de la production en France se heurte à de multiples freins réglementaires, normatifs, administratifs ou contentieux qui entravent la conduite des projets agricoles. Le présent amendement tend donc à établir un lien entre les conclusions des conférences de la souveraineté […]

article 1er · amendement 455
Sébastien Chenu president · RN #166

La parole est à Mme Florence Goulet, pour soutenir l’amendement no 923.

article 1er · amendement 923

Il vise également à donner une cohérence d’ensemble au projet de loi.Les conférences de la souveraineté alimentaire ont permis d’identifier filière par filière les besoins de production et les obstacles qui empêchent notre agriculture de produire davantage. Chacun le constate sur le terrain : les freins réglementaires et administratifs et les contentieux ralentissent les projets agricoles, découragent l’investissement et fragilisent notre souveraineté alimentaire.L’objectif de cet amendement est donc d’identifier les blocages, de donner à l’État la responsabilité de les lever et de permettre aux agriculteurs de produire dans des conditions économiquement viables et juridiquement sécurisées.

article 1er · amendement 923

Quel est l’avis de la commission sur ces amendements ?

Julien Dive rapporteur · DR #171

Je salue la préoccupation des auteurs de ces amendements pour la souveraineté agricole dans nos territoires – vous êtes d’autant plus légitime à la défendre que vous êtes éleveur, monsieur Liégeon, dans un département cher à Mme la ministre.Ces amendements visent à inscrire dans le code rural un lien fort entre les conclusions des conférences de la souveraineté alimentaire et l’orientation des projets d’avenir agricole. Or les PAA découlent précisément des travaux des conférences de la souveraineté alimentaire, auxquelles ont participé les Jeunes Agriculteurs, les filières, les chambres d’agriculture, les syndicats… Tous les acteurs ont apporté leur pierre à l’édifice.Ce lien étant déjà bien réel, est-il utile de l’inscrire dans la loi ? Je crains que cela n’alourdisse le texte, sans que cette précision ait une véritable portée juridique. Il s’agit plutôt d’une déclaration d’intention […]

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #176

Certains signataires de ces amendements me sont en effet particulièrement chers… (Sourires.)

Voilà qui est singulier !

Annie Genevard ministre · DR #178

L’exercice de planification a été réalisé par les acteurs professionnels eux-mêmes. Ils ont défini pour chaque filière de production agricole le nombre de bâtiments d’élevage, d’hectares de culture, etc. Ce travail méthodique a été réalisé au sein de sept groupes de travail – viandes blanches, ruminants, fruits et légumes, grandes cultures, viticulture, productions végétales spécialisées, pêche et aquaculture. Pour chaque filière, on a identifié les besoins pour réduire ou supprimer la dépendance aux importations. Ce travail est fait et les conclusions sont disponibles sur le site du ministère de l’agriculture.Vous souhaitez que « l’État identifie […] les freins juridiques, normatifs, administratifs ou économiques » susceptibles de faire obstacle à notre souveraineté agricole et alimentaire. Jusque-là, rien à redire : il faut en effet identifier les obstacles, comprendre pourquoi des […]

#181

(Les amendements identiques nos 455 et 607 sont retirés.)

La parole est à Mme Mathilde Hignet.

Il est curieux que seul le RN maintienne cette proposition, qui vient de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Madame la ministre, une fois n’est pas coutume, je suis plutôt d’accord avec vous ; certains freins doivent être maintenus.Pour augmenter les capacités de production, l’amendement tend à ouvrir toutes les vannes : sont visés « les freins juridiques, normatifs, administratifs ou économiques ». Allez-y, les gars, on produit ! En fait, cela accentuerait la concurrence, sur le territoire français, entre les agriculteurs ou agricultrices eux-mêmes. Cet amendement est donc très dangereux. Il faut absolument le rejeter. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – MM. Sébastien Peytavie et Jean-Claude Raux applaudissent également.)

La parole est à M. Nicolas Turquois.

Je suis un peu surpris, madame la ministre, de votre argument. Supprimer les freins ne signifie pas faire n’importe quoi, mais cibler par une politique gouvernementale certains freins, qui peuvent être réglementaires, stratégiques – je pense à la question des engrais –, et faire de cela une priorité d’action. Cet amendement est cohérent ; il ne s’agit pas de faire tout et n’importe quoi. Je n’y ai rien lu de tel.

Sébastien Chenu president · RN #187

Je mets aux voix l’amendement no 923.

#188

(Il est procédé au scrutin.)

Sébastien Chenu president · RN #189

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 171 Nombre de suffrages exprimés 156 Majorité absolue 79 Pour l’adoption 57 Contre 99

#190

(L’amendement no 923 n’est pas adopté.)

Sébastien Chenu president · RN #191

Sur l’amendement no 159 ainsi que sur les amendements no 798 et identiques, je suis saisi par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à Mme Anne Stambach-Terrenoir, pour soutenir le premier.

article 1er · amendement 159

Nous discutons de la qualification de projet d’avenir agricole, qui entraînera des financements prioritaires. Je ne vous cacherai pas notre inquiétude face à ce que vous appelez l’avenir agricole : une bonne partie du texte vise à favoriser et à faciliter toujours davantage la création de fermes-usines,…

article 1er · amendement 159

Scandaleux !

…c’est-à-dire d’élevages très intensifs où des bêtes littéralement entassées par milliers, voire par dizaines de milliers (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), tombent malades, se blessent, développent des comportements agressifs, anormaux, aucun animal n’étant fait pour vivre dans une telle promiscuité. On les gave d’antibiotiques ; pour limiter les blessures, on les mutile en limant leurs dents, en coupant leur bec, etc. Le code rural et de la pêche maritime impose normalement que tout animal soit « placé […] dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce » : nous n’y sommes pas vraiment !Par ailleurs, ces structures sont délétères pour l’environnement : pollution massive de l’eau, des sols, de l’air, augmentation de l’antibiorésistance. Pour toutes ces raisons, 84 % des Français souhaitent une sortie de l’élevage intensif et non […]

article 1er · amendement 159

Quel est l’avis de la commission ?

Julien Dive rapporteur · DR #197

Défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Annie Genevard ministre · DR #199

Absolument défavorable, évidemment. En revanche, votre narratif est intéressant : quand vous dites « ferme-usine » et « mégabassine », on voit le fond de votre pensée.

Un député du groupe RN #200

Caricature !

C’est la réalité !

Annie Genevard ministre · DR #202

Les agriculteurs, les éleveurs qui suivent nos débats doivent être terriblement affectés par vos propos, qui caricaturent et dégradent l’image du métier. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN, EPR et DR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Un député du groupe RN #203

Exactement !

Annie Genevard ministre · DR #204

C’est honteux, d’autant que le métier d’éleveur est dur, exigeant.

C’est vous qui les avez mis dans cette situation ! Vous devriez avoir honte de votre bilan !

Annie Genevard ministre · DR #206

Je ne prendrai que l’exemple des bovins :…

Les fermes-usines ne concernent pas les bovins !

Chut, chers collègues !

Annie Genevard ministre · DR #209

…la France en compte 16,5 millions,… (Les exclamations se poursuivent.)

Chers collègues, s’il vous plaît !

Annie Genevard ministre · DR #211

…dont 100 % ont accès au pâturage.

Et les porcs, c’est combien ? 5 % !

Annie Genevard ministre · DR #213

Or vous affirmez que quasiment tous les animaux élevés en France sont privés d’accès à l’extérieur !

C’est vrai !

Annie Genevard ministre · DR #215

C’est parfaitement faux ! De plus en plus d’éleveurs de volailles ménagent de tels accès (Mêmes mouvements),…

S’il vous plaît !

Annie Genevard ministre · DR #217

…par exemple ce projet comprenant deux nouveaux poulaillers de 4 000 poules chacun, Label rouge,…

Non, mais ça ne va pas la tête ?

Annie Genevard ministre · DR #219

…auquel la population s’oppose pourtant. Imaginez-vous le désespoir des porteurs de projet, des éleveurs, qui se donnent beaucoup de mal et vous entendent témoigner d’un tel mépris pour leur travail ? Franchement, madame la députée !

La FNSEA a parlé !

La parole est à Mme Aurélie Trouvé.

Il y a quelque chose d’insupportable, madame la ministre, à vous entendre parler au nom de tous les agriculteurs. La FNSEA, la direction de la FNSEA, M. Arnaud Rousseau ne sont pas tous les agriculteurs ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Jamais un texte législatif n’a été à ce point écrit par la FNSEA – on y retrouve ses positions mot pour mot ! Ce n’est pas le projet de loi de Mme Genevard, mais celui de M. Arnaud Rousseau ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Claude Raux applaudit également.)Beaucoup d’agriculteurs ne sont pas contents du tout de ce texte : ceux de la Confédération paysanne, de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), de nombreux organismes nationaux à vocation agricole et rurale (Onvar), dont vous refusez d’ailleurs l’association à vos futurs projets d’avenir agricole (Applaudissements sur quelques bancs du […]

Un député du groupe RN #224

Vous avez tout de même voté pour eux !

La parole est à M. Nicolas Turquois.

Vous essayez de changer de sujet, madame Trouvé, mais l’intervention de Mme Stambach-Terrenoir n’en a pas moins été particulièrement agressive à l’égard de nos éleveurs. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes Dem et EPR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Cela mériterait un rappel au règlement !

Présentez des excuses aux agriculteurs !

Ce qu’on ne produit pas en France, on l’importe : vous défendez donc le modèle de Master Poulet, qui importe massivement du poulet produit en Pologne, en Ukraine, dans des conditions déplorables ? Ce n’est pas un modèle de bien-être animal ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et EPR.)

Sébastien Chenu president · RN #230

Je mets aux voix l’amendement no 159. (Brouhaha.) Chers collègues, s’il vous plaît ! Je vous rappelle le principe : chacun peut intervenir à son tour et les autres écoutent celui qui a la parole !

#231

(Il est procédé au scrutin.)

Sébastien Chenu president · RN #232

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 169 Nombre de suffrages exprimés 159 Majorité absolue 80 Pour l’adoption 41 Contre 118

#233

(L’amendement no 159 n’est pas adopté.)

Sébastien Chenu president · RN #234

La parole est à Mme Constance de Pélichy, pour soutenir l’amendement no 1886.

article 1er · amendement 1886

Il s’agit très simplement que les projets d’avenir agricole prennent en compte la biodiversité, en particulier les insectes pollinisateurs, auxquels nous devons la survie de 84 % des espèces cultivées en Europe.

article 1er · amendement 1886

Quel est l’avis de la commission ?

Julien Dive rapporteur · DR #237

Nous avons déjà discuté de cette proposition. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.

#238

(L’amendement no 1886, ayant reçu un avis défavorable du gouvernement, est retiré.)

Sébastien Chenu president · RN #239

Je suis saisi de quatre amendements identiques, nos 798, 809, 988 et 1572. La parole est à M. Benoît Biteau, pour soutenir l’amendement no 798.

article 1er · amendement 798

Il vise à ce que, s’agissant des projets d’avenir agricole, la raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM) ne puisse télescoper la protection d’espèces remarquables ou d’une biodiversité remarquable. Mon propos rejoint tout à fait celui de Constance de Pélichy : pour maintenir notre souveraineté alimentaire, nous avons besoin de la biodiversité. Il y aurait incompatibilité, incohérence, à reconnaître une RIIPM à des projets qui bousculeraient cette même biodiversité de façon inquiétante. Cette partie du texte illustre absolument ce qui sous-tend l’ensemble : une opposition entre écologie et économie. Ce qui manque à sa rédaction et que nous devrions bien comprendre, c’est que l’économie, demain, aura besoin de l’écologie ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

article 1er · amendement 798
Sébastien Chenu president · RN #241

La parole est à Mme Chantal Jourdan, pour soutenir l’amendement no 809.

article 1er · amendement 809

Comme le précédent, auquel il est identique, il vise à supprimer l’alinéa 7. Celui-ci permettrait en effet de déroger aux impératifs de la protection environnementale, notamment concernant les espèces protégées et habitats naturels, ce qui affaiblirait cette protection. M. Biteau l’a dit, il nous faut nous rendre compte que, pour la production agricole future, nous devrions justement protéger nos ressources naturelles. En outre, de telles dérogations suscitent beaucoup d’insécurité juridique.

article 1er · amendement 809
Sébastien Chenu president · RN #243

La parole est à Mme Sandrine Le Feur, pour soutenir l’amendement no 988.

article 1er · amendement 988

En France, lorsqu’un projet porte atteinte à des espèces ou à des habitats protégés, il doit présenter un intérêt public majeur ; cette appréciation se fait au cas par cas. L’article 1er crée une présomption générale de RIIPM pour tous les projets d’avenir agricole, sans critères précis concernant leur localisation, leur ampleur ou leur impact environnemental.Or le droit européen impose une analyse concrète des atteintes portées au milieu. Une présomption trop large risque donc, comme Mme Jourdan l’a souligné, d’être juridiquement fragile et de multiplier les contentieux au lieu de sécuriser les porteurs de projet. C’est pourquoi cet amendement propose de supprimer cette présomption générale de RIIPM, afin de préserver la solidité juridique des projets d’avenir agricole.

Sébastien Chenu president · RN #246

La parole est à Mme Aurélie Trouvé, pour soutenir l’amendement no 1572.

article 1er · amendement 1572

Nous nous demandions à quoi allaient servir ces projets d’avenir agricole – surtout depuis que Mme la ministre a confirmé qu’aucun budget public supplémentaire ne leur serait alloué. Nous y voyions une énième usine à gaz, une nouvelle complexité administrative – de celles que vous passez votre temps à dénoncer. Mais à l’alinéa 7, tout s’éclaire : tout projet d’avenir agricole sera présumé répondre à une raison impérative d’intérêt public majeur, qu’il s’agisse d’un mégaméthaniseur, d’une mégabassine ou d’une ferme-usine. Nous comprenons mieux, maintenant !À quoi cela va-t-il servir ? À éviter que des projets d’agrobusiness, très éloignés des besoins de l’agriculture familiale, soient entravés par le juge administratif, qui pourrait estimer qu’ils portent atteinte aux habitats ou aux espèces protégées.

Tout est horrible, dans votre monde ! Vous devriez venir habiter en France : vous verrez, c’est un beau pays.

Tout s’éclaire, disais-je ! L’article 1er et les projets d’avenir agricole, qui ne sont qu’une coquille vide dépourvue de tout budget, servent surtout à détruire un peu plus le droit de l’environnement.On comprend mieux, d’ailleurs, pourquoi vous refusez depuis hier toute mention de l’agroécologie ou de la protection du vivant dans cet article. Tout cela est très cohérent avec les articles 5 et 17, qui ouvrent un boulevard aux mégabassines et aux fermes-usines. (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

C’est très exagéré, quand même…

Ces projets d’avenir agricole constituent une nouvelle attaque en règle contre le droit de l’environnement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Dominique Voynet applaudit également.)

On n’a pas suivi les mêmes cours d’économie, je crois !

Quel est l’avis de la commission sur ces amendements ?