Séance du 23 janvier 2024 — 101e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet.
Tours 1 à 200 sur 875 — page 1 / 5.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.
La parole est à M. Dominique Potier.
Aujourd’hui, au petit matin, une jeune agricultrice a perdu la vie alors qu’elle s’engageait pour ses droits – son droit à vivre, son droit à nous nourrir. Son mari et sa fille sont dans un état de santé très grave. L’émotion est vive. Avec pudeur, je tiens à leur exprimer mon attachement : je suis paysan, et nous pouvons même dire que nous sommes tous paysans. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent longuement.)Ce drame nous oblige ; il nous oblige à la dignité et au refus de toute démagogie. Au nom du groupe Socialistes et apparentés, je réaffirme trois principes clairs. Premièrement, la prospérité de l’agriculture française s’est bâtie dans le cadre de l’Union européenne, et c’est par l’Union européenne que l’agriculture française renouera avec la prospérité. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, RE, Dem, HOR et Écolo-NUPES, ainsi […]
Je suis désolée de devoir vous couper, cher collègue ; vous avez déjà largement dépassé le temps qui vous est imparti et vous n’en êtes qu’à la deuxième de vos cinq propositions…La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Je m’associe à l’hommage que vous avez rendu à la jeune agricultrice qui est décédée ce matin vers six heures, alors qu’elle défendait son travail et la dignité de son métier, et qu’elle exprimait les difficultés et les colères que le monde agricole manifeste partout en France.Je partage les trois points que vous avez évoqués. Face à la crise actuelle, alors qu’un drame humain s’ajoute à la colère, nous ne devons céder à aucune démagogie et à aucune facilité ; ce serait la pire des choses. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.) Gardons-nous donc de chercher des boucs émissaires là où ils ne sont pas nécessairement, de nous en prendre à l’Union européenne. Cela étant, nous devons travailler au niveau européen pour mettre en adéquation la nécessaire transition avec notre volonté de souveraineté, en agissant sur les normes, la politique agricole commune (PAC), les accords […]
Vous êtes au pouvoir depuis sept ans ! Vous ne pouvez plus mettre ça sur le dos des autres !
Ça fait sept ans !
Vous avez évoqué la concurrence qui s’exerce sur l’Union européenne depuis l’extérieur ; elle se double d’une concurrence intérieure due à des surtranspositions du droit européen. Ayons la lucidité de reconnaître que certaines surtranspositions, ainsi qu’une concurrence déloyale de leurs collègues européens, ont fait peser des risques sur les agriculteurs français. Cela nourrit contre l’Union européenne une colère que ni vous ni moi ne souhaitons.Quant à la répartition de la valeur, le Gouvernement a mis la question sur la table à plusieurs reprises, notamment avec la loi Egalim.
Ça fait cinq ans que ça ne marche pas !
Nous devons en assurer la mise en œuvre et le suivi ; c’est l’objet des contrôles que nous exercerons dans les semaines et les mois à venir, afin que la lettre et l’esprit de la loi soient respectés. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à M. André Villiers.
Le profond malaise qui règne en France affecte particulièrement le monde agricole. Celles et ceux qui ont choisi de devenir paysans, souvent par atavisme mais toujours par passion, sont profondément épris d’indépendance, voire de liberté. Or la réalité est tout autre : confrontés aux dures conditions qui leur sont réservées, ils déchantent et crient leur désarroi à la société entière.Les causes en sont multiples et anciennes, à commencer par l’excès de taxes et de normes et par les bas revenus. Le gazole non routier (GNR) est l’arbre qui cache la forêt : les exigences européennes sont devenues insupportables car elles sont associées à des contrôles et à la crainte permanente de commettre une erreur qui aurait des conséquences financières. (M. Pierre Cordier s’exclame.) C’est la corde qui tient le pendu ! La dimension environnementale est assortie d’un cortège de réglementations, comme […]
Bravo !
La célèbre formule britannique des années 1980 est d’actualité : I want my money back ! Rendez-nous notre argent !Récemment, des centaines d’agriculteurs ont été rayés des aides de la PAC au motif qu’ils cumulaient une retraite de misère avec la poursuite de leur activité agricole. C’est là une décision non pas de l’administration, mais de la profession.
Eh oui !
Comment M. Rousseau, président du groupe Avril qui comptabilise 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, peut-il être entendu par les éleveurs de charolais du Morvan ?Monsieur le Première ministre, venez tremper votre première paire de bottes chez nous, dans le Morvan, pays de Vauban et de la dîme royale… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur, dont le temps de parole est écoulé. – Applaudissements sur les bancs du groupe HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes LR et SOC. – M. Julien Bayou applaudit aussi.)
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Loin de moi l’intention de polémiquer, mais je tiens à le redire : nous n’avons nul intérêt à opposer les agricultures entre elles. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem. – Exclamations sur les bancs du groupe GDR-NUPES.) Nous n’avons nul intérêt à opposer les céréaliers et les maraîchers, les viticulteurs et les éleveurs, bovins ou porcins.
Diviser pour mieux régner !
Ce ne serait pas rendre service à l’agriculture. La force de l’agriculture française tient à sa diversité.Oui, nous avons des problèmes – vous avez raison, monsieur Villiers. Nous avons essayé d’en résoudre certains. Concernant les mesures agroenvironnementales et climatiques, nous avons redéployé des crédits, comme je l’avais annoncé en décembre, qui permettront de faire droit à l’ensemble des demandes des agriculteurs dans les jours prochains – Thierry Benoit l’a évoqué en Bretagne. Les mesures agroenvironnementales et climatiques visent à encourager les pratiques vertueuses : nous devons y travailler.Enfin – et vous l’avez souligné, d’une certaine façon –, nous avons collectivement un devoir de lucidité et de vérité. Voilà vingt-cinq ans que s’accumulent les normes, concernant notamment les installations classées.
Arrêtez de dire ça : ça fait dix ans !
Chacun doit prendre sa part de responsabilité – j’assume la mienne. Ces sujets sont désormais sur la table, et nous devons la vérité aux agriculteurs. J’espère que nous travaillerons collectivement pour remédier à la surcharge de normes qui pèsent sur notre agriculture et sur le moral des agriculteurs.
C’est vous, les normes !
Les normes doivent accompagner et encadrer, plutôt que de placer les agriculteurs dans une suspicion permanente. Telle est la dignité qu’ils réclament. Cela fait trente ans que cela dure, et nous devons apporter des solutions. J’espère que nous répondrons présent, dans l’hémicycle, pour voter les textes et les amendements dont nous avons besoin. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR. – Vives exclamations sur les bancs des groupes RN et LR.)
Ça fait sept ans que vous chargez la mule !
La parole est à Mme Mathilde Hignet.
Au nom du groupe La France insoumise-NUPES, j’adresse nos condoléances et notre soutien à la famille et aux proches de l’agricultrice qui a tragiquement perdu la vie, ainsi qu’à son mari et à sa fille qui ont été grièvement blessés. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent.)Ma question s’adresse à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire. Les agriculteurs sont des centaines à se mobiliser pour défendre leurs droits. Depuis des mois, nous vous alertons sur le mal-être et la grogne qui montent dans les campagnes. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Alors que l’inflation alimentaire a atteint 14 % en un an, les prix payés aux agriculteurs ont baissé de 10 %. Entre les deux, le taux de marge de l’industrie agroalimentaire a augmenté de 71 %. Vous ne voyez pas le problème ? (Applaudissements sur les bancs du groupe […]
Ça sonne faux !
Allez-vous enfin leur garantir des prix rémunérateurs, par l’instauration de prix planchers, comme nous l’avons proposé en novembre dernier ? Allez-vous soutenir notre proposition de moratoire sur les accords de libre-échange ? (Les députés du groupe LFI-NUPES se lèvent et applaudissent. – Plusieurs députés des groupes SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES applaudissent également.)
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Dans des moments aussi graves que celui que nous traversons, chacun doit faire son examen de conscience, si je puis me permettre. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)À moi de vous dire ce que j’entends de la part des agriculteurs : ils en ont marre qu’à longueur de plateaux de télévision, de reportages et de prises de parole, on dénigre leur travail et on fasse accroire que notre agriculture n’est pas la plus vertueuse, la plus qualitative et la plus respectueuse de l’environnement. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR, et sur quelques bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Voilà aussi ce qui leur fait du mal !
Eh oui !
Je prends mes responsabilités et je vous invite à prendre les vôtres, pour que nous trouvions le juste prix et la juste rémunération. Prouvons aux agriculteurs que nous leur faisons confiance et que nous voulons les accompagner dans les transitions – non pas que nous allons les braquer et leur imposer un modèle qui n’existe nulle part sur Terre, sinon, dans les utopies. (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) C’est notre devoir, et c’est la vérité que nous devons aux agriculteurs. C’est ce qu’ils réclament. Allez sur le terrain, écoutez-les ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES, auxquelles répondent des huées sur les bancs du groupe RE. – M. Jean-François Coulomme forme un double zéro avec ses doigts et Mme Élisa Martin mime un nez qui s’allonge.) La colère qu’ils expriment tient à un sentiment de relégation, de mépris […]
La parole est à Mme Marie Pochon.
Je veux tout d’abord réaffirmer ma solidarité envers les proches de l’agricultrice décédée ce matin en Ariège.Monsieur le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, partout dans le pays la révolte gronde (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe Dem), une révolte qui couvait jusque-là loin de votre ministère, davantage habitué à recevoir les capitaines d’industrie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.) Les agriculteurs dénoncent un modèle qui ne fonctionne pas…
À cause de vous !
…et l’impossibilité de vivre de leur métier. Les écologistes sont solidaires de leur lutte pour vivre dignement. (Vives protestations et huées sur les bancs des groupes RN et LR. – Exclamations continues en retour sur les bancs Écolo-NUPES et LFI-NUPES.)
Vous faites de l’agribashing !
Monsieur le ministre, depuis trente ans, ceux qui nous gouvernent ont choisi de placer notre modèle agricole sur la voie de l’industrialisation, de la compétitivité à outrance et du libre-échange dérégulé. (« Hypocrite ! » sur quelques bancs du groupe RN.)
Un peu de silence, s’il vous plaît ! Laissez Mme Pochon poser sa question ! Si vous souhaitez que le ministre y réponde, il faudrait d’abord qu’il puisse l’entendre.
Résultat, des inégalités immenses, avec 20 % des fermes qui captent plus de la moitié des aides européennes et un agriculteur sur cinq qui vit sous le seuil de pauvreté. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.)
La faute à qui ?
Vous passez votre temps à les critiquer !
Rappelons que 100 000 fermes ont disparu en dix ans. On entend qu’il faudrait simplifier les normes et accélérer les procédures au nom de la sacro-sainte compétitivité, mais voulons-nous vraiment être compétitifs par rapport aux fermes-usines brésiliennes qui détruisent l’Amazonie ? (Mêmes mouvements.)Cessons cette mise en concurrence qui ne fait que les affaires des grandes multinationales, qui fait disparaître les paysans et qui détruit les conditions mêmes de notre capacité à produire ici.Oui, chers collègues, l’agriculture n’est rien sans écologie. (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Vous ne connaissez rien à l’agriculture !
Les agriculteurs le savent, eux qui voient la disparition des pollinisateurs et les impacts du changement climatique, eux qui s’adaptent tant bien que mal à vos injonctions contradictoires.Monsieur le ministre, vous ne pouvez pas exiger l’excellence de nos agriculteurs sans leur donner des moyens pour l’atteindre et tout en leur imposant de produire à bas coût pour être compétitifs dans le marché mondial. Vous ne pouvez pas en même temps laisser les prix agricoles s’effondrer et refuser d’encadrer les surprofits de l’agro-industrie, qui a vu ses profits bruts passer de 3 à 7 milliards l’an dernier ! (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Pour notre part, nous croyons en la protection de l’excellence agricole française et européenne, celle qui garantit des revenus, celle qui nourrit notre pays, celle qui préserve nos […]
Alors ne détruisez pas les exploitations avec vos amis !
…celle qui nous rend fiers. Monsieur le ministre, protégerez-vous enfin les agriculteurs face au libéralisme débridé (Protestations sur plusieurs bancs des groupes RN et LR) ou préférez-vous continuer de garantir les profits monstres de l’agrobusiness ? (Les députés du groupe Écolo-NUPES se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.)
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », disait Albert Camus. (« Oh ! » sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
On nous le sort à chaque fois, celui-là !
Sur certains sujets, vous avez raison, nous n’avons pas encore assez avancé. C’est la raison pour laquelle nous restons mobilisés. Des mesures miroirs sont nécessaires, ainsi que des accords internationaux qui respectent davantage les standards et les normes de l’Europe. Mais, en réalité, qui s’oppose à l’accord commercial entre l’Union européenne et le Marché commun du Sud, le Mercosur ? La France ! (« C’est faux ! » sur les bancs du groupe RN.) Qui s’oppose à l’accord avec l’Australie ? La France ! (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Il faut aussi juger le Gouvernement sur ses actes.Nous devons faire valoir notre excellence et notre capacité productive dans la concurrence internationale. Je rappelle que 50 % de nos céréales sont destinées à l’exportation, ainsi qu’une grande partie de notre production de lait et de fromages. Ne renonçons pas à notre capacité exportatrice ! Nous […]
Bravo !
C’est à toi de nous répondre ! Tu n’es pas ministre depuis quinze jours !
C’est toi le ministre !
On ne peut pas encourager le pastoralisme sans réguler la population de loups – nous avons avancé sur le sujet, mais vous êtes en désaccord avec nous. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe Écolo-NUPES.) Il est nécessaire de réviser le statut d’espèce protégée du loup et c’est ce que nous avons fait dans l’attente de la décision européenne. Voilà l’esprit dans lequel nous devons travailler :…
Y’a qu’à, y’a qu’à, y’a qu’à !
…évitons d’être aveugles aux problèmes et conjuguons l’écologie et les questions de souveraineté. Autrement, nous n’y arriverons pas. Il convient de bien nommer les choses pour apporter les réponses qui conviennent ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Monsieur Yakafokon !
La parole est à M. Stéphane Travert.
Au nom des députés du groupe Renaissance, je veux dire notre émotion après le drame survenu ce matin en Ariège. Nos pensées vont à la famille de l’agricultrice décédée et à tous les agriculteurs de la ferme France. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent.) Monsieur le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, la France est une grande nation agricole. Elle est reconnue pour la qualité et la durabilité de son agriculture et de ses systèmes. Les agriculteurs font partie de l’identité de notre pays et détiennent certaines des solutions aux défis qui nous font face. Soyez assuré que la représentation nationale est fière de ses agriculteurs, de leur engagement et de leur courage. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)En Europe, l’Allemagne, la Roumanie et les Pays-Bas connaissent des manifestations d’ampleur contre la taxe […]
C’est vous qui l’avez fabriqué, ce système !
Les agriculteurs sont victimes des changements climatiques, mais ils en sont aussi la solution en tant qu’acteurs majeurs de la transition écologique, dont ils sont convaincus de la nécessité et dans laquelle ils sont engagés. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)Aujourd’hui, ils nous demandent de lever les freins sur la compétitivité et de respecter les accords passés dans le cadre de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, la loi Egalim. Ils n’acceptent plus d’être entravés dans leur travail quotidien par des contraintes franco-françaises qui les mettent dans l’impasse alors que leurs voisins européens n’y sont pas toujours soumis.
C’est la loi Egalim !
Leurs revendications légitimes étaient à l’origine de la proposition de résolution visant à lutter contre les surtranspositions en matière agricole que j’ai déposée en février 2023 et que nous avons adoptée à une très large majorité en mai. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.) Nous devons envoyer un message de confiance à l’agriculture française, car les agriculteurs ne réclament pas plus d’interdictions, mais plus de solutions et plus de liberté… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur, dont le temps de parole est écoulé. – Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)
Il a été ministre de l’agriculture !
La parole est à M. le Premier ministre.
Tout à l’heure, à Pamiers, dans l’Ariège, une femme, une mère de famille, une agricultrice, a perdu la vie. Son mari et sa fille sont gravement blessés. Toute une profession est en deuil. Notre ruralité pleure une famille. Ce drame résonne en chacune et en chacun de nous et tout notre pays est touché. Au nom du Gouvernement et en notre nom à tous, je veux à nouveau rendre hommage à cette famille et lui dire notre solidarité et notre soutien. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent.) Encore ce week-end, je rencontrais des agriculteurs dans le Rhône. J’étais hier, avec le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, auprès des représentants de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes agriculteurs. Je dois rencontrer les autres organisations représentatives des agriculteurs aujourd’hui et […]
C’est parler du revenu !
…qui travaille dur et dont le seul souhait est de pouvoir faire correctement son métier et d’être reconnue. C’est aussi parler d’une crainte, celle de la disparition de notre modèle, de la perte de la qualité, de l’absence de relève. C’est enfin comprendre une blessure, celle de femmes et d’hommes qui donnent tout pour notre terre et pour nos bêtes et qui sont sans cesse dénigrés, caricaturés, acculés. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE et sur quelques bancs du groupe Dem.)Je le dis avec le plus grand calme, mais aussi avec la plus grande détermination : mesdames et messieurs les députés de la NUPES, parfois vos larmes pour nos agriculteurs ressemblent à des larmes de crocodile. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem. – Vives protestations sur les bancs du groupe Écolo-NUPES.) La réalité, c’est qu’à chaque fois que les agriculteurs et les éleveurs […]
Politicard !
On en parle beaucoup, les caméras ont été invitées : le président du Rassemblement national rencontre aujourd’hui les pêcheurs – nous reviendrons sur leur situation un peu plus tard avec une autre question. Le 26 décembre, quand les pêcheurs en colère et angoissés criaient leurs revendications, ce n’est pas Jordan Bardella que nous avons vu auprès d’eux, mais Lysiane Métayer, députée Renaissance. Elle n’était pas en vacances, mais sur le terrain avec eux ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RN et LFI-NUPES.)
Qu’avez-vous fait depuis sept ans ?
En échangeant avec les représentants de nos agriculteurs, j’ai abordé certains des grands sujets que vous avez mentionnés, monsieur Travert. Certains enjeux sont de très court terme, comme le versement des aides après les catastrophes liées aux maladies animales en 2023. Le Gouvernement est mobilisé sur le sujet avec Marc Fesneau. Il y a aussi les négociations commerciales. Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, a d’ores et déjà annoncé des contrôles et plusieurs autres mesures seront présentées d’ici la fin de la semaine. La loi Egalim doit être respectée : on ne renégocie pas les matières premières agricoles. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.) Nous allons également avancer sur la question des normes et de la simplification. Nous avons engagé un travail avec les représentants des agriculteurs […]
C’est très creux !
La parole est à M. Grégoire de Fournas.
Je veux rendre hommage à l’agricultrice tuée ce matin par un chauffard lors d’une manifestation d’agriculteurs dans l’Ariège. (Les députés des groupes RN, RE, LR, Dem, HOR et LIOT, ainsi que plusieurs membres du Gouvernement, se lèvent et applaudissent. – Quelques députés des groupes LFI-NUPES, Écolo-NUPES et SOC applaudissent aussi.)Monsieur le Premier ministre, depuis plusieurs semaines, les agriculteurs manifestent leur ras-le-bol de votre politique incohérente, qui consiste à leur imposer toujours plus de normes tout en les mettant en concurrence avec la terre entière.
Tu racontes n’importe quoi !
Nous vous alertons depuis des mois sur cette France rurale et du travail qui n’en peut plus et, malgré nos mises en garde, vous avez voté le traité de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, qui va faire venir dans notre pays des milliers de tonnes de viande, de lait et de produits qui ne respectent aucune des normes imposées à nos agriculteurs. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe RN.) Vous continuez de soutenir la stratégie européenne « de la ferme à la table », cette feuille de route d’écologie punitive et de décroissance agricole dictée par les pires écologistes d’extrême gauche.Au mois de décembre, malgré notre ferme opposition, vous avez fait voter une augmentation de la fiscalité sur le gazole non routier (GNR) alors que l’agriculture française est déjà asphyxiée par les charges. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe RN.) Alors que nos agriculteurs sont à l’agonie, vous essayez […]
Vous avez voté la PAC !
Répondez à ces trois questions. Tout le reste n’est que bavardage ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Monsieur de Fournas, avec vous, on n’est jamais surpris : vous n’êtes jamais en retard quand il s’agit de démagogie et de récupération. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Oui, nous avons des problèmes. Oui, nous avons besoin, au travers des normes – le Premier ministre vient de le dire –, de la simplification et de la compétitivité, de travailler pour les agriculteurs. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)Vous êtes un élu qui connaît son territoire. De quoi ont besoin les viticulteurs de Gironde ? Ils ont besoin de compétitivité. Ils ont besoin qu’on les accompagne et nous l’avons fait en 2023 avec l’aide à la distillation pour un total de 200 millions d’euros. Ils ont aussi besoin d’échanges commerciaux.
Exactement !
Si le bordeaux ne s’exporte pas, vous m’expliquerez comment la viticulture pourra perdurer en Gironde. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)Ce dont ils ont besoin, compte tenu des grands enjeux, c’est d’être accompagnés dans la compétitivité au lieu d’être enfermés dans l’autarcie qui les condamne à disparaître. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Répondez aux questions !
S’agissant du GNR, nous avons instauré avec Bruno Le Maire un mécanisme de baisse de l’avantage fiscal…
La baisse d’une niche fiscale, ça s’appelle du matraquage !
…qui représente 70 millions sur un total de 1,3 milliard. Par ailleurs, par diverses mesures fiscales, nous avons établi des compensations globales à l’euro près. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Qui est démago, là ?
Il s’avère, et c’est ce que disent aussi les manifestants, que dans les territoires, la répartition n’est pas forcément homogène. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.) Je l’ai indiqué moi-même et nous sommes en train de travailler avec les organisations professionnelles pour voir comment équilibrer notre trajectoire fiscale avec une répartition répondant aux besoins des agriculteurs.Monsieur de Fournas, il faut dire la vérité aux agriculteurs et répondre à leurs problèmes. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Je prends ma part comme chacun doit prendre sa part…
Hommage du vice à la vertu !
…des choses qui n’ont pas été faites.
Cela fait sept ans que vous êtes au pouvoir !
Sept ans que vous ramez !
Il me semble qu’il faut accélérer. Si vous pouviez sortir de la démagogie, peut-être que nous pourrions avancer, au service de l’agriculture. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)
La parole est à M. Grégoire de Fournas.
Monsieur le ministre, vous n’êtes pas agriculteur. Moi, je suis viticulteur et mon père, âgé de 62 ans, qui l’est aussi, ne se paie plus depuis plus d’un an. Alors, arrêtez avec vos accusations ! Le vide sidéral de votre réponse est l’aveu de votre impuissance. L’agriculture française est au bord du gouffre ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à M. Julien Dive.
Les Républicains s’associent à la douleur du monde agricole et adressent leurs condoléances à la famille d’Alexandra. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR, RE et Dem.)Monsieur le Premier ministre, leur fin sera notre faim : la colère des agriculteurs qui éclate dans tout le pays frôle le point de non-retour. Ne soyez pas étonné, c’est la conséquence des promesses tombées au champ d’honneur qui ont fini de les exaspérer. Votre majorité leur promet des lois pour leur simplifier la vie pendant qu’au Parlement européen, vous votez pour la décroissance, en rang d’oignon derrière M. Canfin. Quelle imposture ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et RN.)En reportant sans cesse les réponses attendues, vous participez au déclin de l’agriculture française. Ce n’est donc pas simplement un projet de loi que vous retardez, c’est le développement de notre agriculture et de notre […]
Très juste !
Vous interdisez certains produits phytosanitaires mais vous ne donnez que des miettes à la recherche de solutions alternatives.
Eh oui !
Vous n’assumez pas le choix courageux qu’appellent les nouvelles techniques de sélection variétales pour tenir compte des enjeux environnementaux. Les agriculteurs vous réclament des prix, vous, vous bricolez une pseudo-loi sur les négociations commerciales sans effets. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)Cette assemblée vote à l’unanimité la réforme du système des retraites agricoles et vous, vous mettez douze mois à nous sortir un scénario d’entrée en vigueur. Réveillez-vous ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
C’est une honte !
Les agriculteurs n’ont pas à choisir entre les zadistes bourgeois qui les zigouillent et le citadin Bardella opportuniste qui découvre les fermes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Jaloux !
Les Républicains ne font qu’un choix : leur faire confiance, leur permettre de vivre et d’être bien rémunérés. Le diagnostic est posé, voici le remède : gel de la taxe sur le gazole non routier (GNR), abrogation des surtranspositions abusives, maîtrise des charges sociales, investissements et autorisations pour le stockage de l’eau, révision des règles de négociation.Alors, monsieur le Premier ministre, quelles sont vos solutions pour maintenant et quels moyens prévoyez-vous ? Les agriculteurs méritent des réponses et non des reports sans fin ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Monsieur le député, vous connaissez bien ces sujets…
En effet, il les connaît bien !
…et je vais essayer de vous répondre sur plusieurs points.Premièrement, s’agissant des négociations commerciales, je ne connais pas un agriculteur, pas une organisation professionnelle qui souhaiterait que l’on revienne sur la loi Egalim – loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous. Les agriculteurs voudraient même aller plus loin et nous demandent d’approfondir vérifications et contrôles. Ne dites donc pas que cette loi a été inutile. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.) Elle a constitué un premier pas en matière de rémunération.
Je n’ai pas parlé de cette loi !
Vous avez parlé des négociations commerciales, qui font partie de la loi Egalim, me semble-t-il. Nous devons aller plus loin pour nous assurer du respect de la contractualisation et pour inciter certaines filières à rentrer dans les mécanismes de cette loi.Deuxièmement, s’agissant de la loi d’orientation, nous avions mis au point un texte centré sur la question du renouvellement des générations, mobilisant les importants moyens budgétaires que le Parlement a adoptés et dont je dirai un mot. Dans la période que nous traversons, il faut accélérer l’instauration de certaines procédures qui étaient incluses, vous le savez, dans le pacte. Si cela appelle des dispositions législatives, il faudra prendre du temps pour répondre concrètement aux demandes des agriculteurs.
Let’s go !
J’en viens au troisième élément : l’enjeu européen. Monsieur Dive, sachez que c’est moi qui ai pris l’initiative, au nom de la France, de demander la suppression de l’obligation de laisser en jachère 4 % des champs. Alors que l’Europe importe 40 millions de tonnes de céréales, il faut cesser de laisser certaines terres non cultivées. La France a été rejointe par vingt-deux autres pays membres et nous attendons la réponse de la Commission. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.) Nous continuons à mener ce combat.La France et une délégation française de Renaissance ont mené des négociations pour que la proposition européenne de règlement sur la restauration de la nature n’aboutisse pas à la mettre sous cloche.
Si vous avez si bien fait, pourquoi les agriculteurs sont-ils tous dans la rue ?
Oui, il y a des enjeux, oui, il y a des batailles à mener. Il faut notamment veiller à conjuguer dans le Green Deal souveraineté et transition – vous savez très bien, monsieur Dive, qu’il existe des secteurs agricoles entiers, en zone intermédiaire en particulier, qui sont confrontés à de grandes difficultés du fait du dérèglement climatique. C’est ce combat que nous poursuivrons, y compris au niveau européen. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)
La parole est à M. Mathieu Lefèvre.
Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté numérique et industrielle.
Et de la faillite !
Depuis 2017, sous l’autorité du Président de la République, vous incarnez une politique économique qui libère l’activité et protège les Français des crises que nous avons connues. (Rires sur les bancs du groupe RN. – M. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté numérique et industrielle, sourit.) Face à la crise sanitaire, vous étiez là. Face à la crise énergétique, vous étiez là.
Ça sent l’espoir d’un secrétariat d’État !
Grâce au bouclier énergétique, l’État a pris en charge la moitié de la facture des Français. Grâce à cette politique qu’a soutenue la majorité, et elle seule, la facture d’électricité des Français est parmi les plus basses d’Europe. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)Aujourd’hui, les oppositions s’indignent de la sortie des dispositifs de crise. Certains, par pure hypocrisie, d’autres, par paresse intellectuelle. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE et Dem.)À l’extrême droite, on déplore les conséquences des causes que l’on chérit, elle qui a soutenu l’agression russe en Ukraine, grande responsable de la hausse des prix. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE et sur quelques bancs du groupe Dem.)
Tu ne seras jamais ministre !
À l’extrême gauche, on voudrait se priver des recettes qui permettent de financer le chèque énergie pour les plus modestes et de soutenir les énergies renouvelables. Extrême droite et extrême gauche joignent leurs voix pour implorer le retour d’un bouclier contre lequel elles ont voté. (Mêmes mouvements.)Mes chers collègues, si nous vous avions attendus, la facture d’électricité des Français aurait plus que doublé ces trois dernières années, les Français doivent le savoir.Autour de Gabriel Attal, nous formons une majorité responsable (Rires et exclamations sur les bancs du groupe RN), une majorité qui refuse le déclassement et l’endettement car elle sait que la dette d’aujourd’hui, ce sont les impôts de demain.
La question !
Oui, la question !
Il n’y a pas de question !
Il n’y a pas de question car il s’agit d’une séquence publicitaire !
Pour l’ensemble de ces raisons, nous soutenons que la sortie de crise doit s’accompagner d’une sortie des dispositifs de crise.
Quelle est la question ?
Ma question, monsieur le ministre, est donc la suivante : comment le Gouvernement entend-il œuvrer pour continuer à faire en sorte que les prix de l’électricité soient plus bas en France qu’ailleurs ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)
La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Monsieur le député Lefèvre, …
Nouveau secrétaire d’État au fayotage !
…quand les prix de l’électricité ont explosé, cette majorité a instauré un bouclier tarifaire sur l’électricité qui nous a permis de prendre en charge la moitié des factures d’électricité de nos compatriotes. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.) Ce bouclier, vous avez voté contre, de ce côté-ci (L’orateur se tourne vers les bancs du groupe RN) et de ce côté-là (L’orateur désigne les bancs occupés par les groupes de l’intergroupe NUPES) de l’hémicycle. Vous n’avez aucune leçon de pouvoir d’achat à nous donner pour la protection de nos compatriotes. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)Nous avons toujours indiqué, avec le Premier ministre et le Président de la République, que nous sortirions progressivement de ce bouclier tarifaire.
Il y a eu 10 % de hausse !
Nous avons ramené la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE) à 1 euro le mégawattheure pendant la crise et nous la faisons progressivement remonter à 21 euros, en dessous de son niveau d’avant la crise – elle s’élevait à 32 euros – pour ménager une sortie progressive, pour continuer à financer le chèque énergie des plus modestes – 6 millions de ménages toucheront 150 euros –, pour éviter la précarité énergétique (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES), pour financer les énergies renouvelables et pour faire en sorte que nos compatriotes d’outre-mer et de Corse ne paient pas leur électricité plus cher. C’est à la fois juste et responsable, ce qui définit bien notre majorité. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)Si, à l’avenir, nous voulons protéger nos compatriotes aussi bien que nous l’avons fait pendant la crise du covid et pendant la […]
La parole est à M. Sébastien Jumel.
Je le dis avec gravité au moment où un dramatique accident de la route a endeuillé une famille d’agriculteurs en Ariège : ils veulent nourrir, pas mourir. Le groupe Gauche démocrate et républicaine-NUPES s’associe à l’hommage rendu à cette famille qui manifestait simplement pour sa dignité. Ils veulent nourrir, pas mourir asphyxiés par des choix politiques libéraux, technocratiques qui, à Bruxelles comme à Paris, tournent le dos à la terre et à la mer nourricières. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)Au sortir du confinement, le Président de la République promettait de revenir aux fondamentaux, à la souveraineté alimentaire du pays, mais le fossé n’a jamais été aussi grand entre les promesses de l’exécutif et la réalité quotidienne des artisans de notre souveraineté alimentaire,…
Eh oui !
…pêcheurs et agriculteurs lestés de boulets.Notre agriculture comme notre pêche vivent des crises majeures. Tout le démontre : barrages sur les routes, fermetures d’ateliers laitiers chez moi en Normandie, indignité des négociations commerciales qui réservent aux producteurs le sort de citrons pressés, accords de libre-échange qui fondent sur notre agriculture comme le loup sur l’agneau, loi d’orientation agricole vide et sans arrêt repoussée.Pour la pêche, mêmes tempêtes : 450 bateaux assignés à quai autour du golfe de Gascogne, Brexit, plan de sortie de flotte, envolée des prix du gazole avec des aides taries pour les armements à plusieurs navires, avalanche de contraintes réglementaires et, pour couronner le tout, baisse des quotas. En Normandie, en Bretagne, dans les Hauts-de-France, partout la filière est menacée alors que nous n’avons même pas de ministre de plein exercice.
Eh oui !
Pendant ce temps, vous supprimez la détaxe sur le gazole agricole, vous laissez filer les quotas de notre pêche artisanale, vous augmentez les prix de l’électricité de 10 % pour tout le monde !Monsieur Marc Fesneau, pas de pipeau, pas de blabla, pas de postures.
Très bien !
Les réponses, vous les devez à ceux qui nourrissent la France et cela passe par des actes. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)
Bravo !
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Pas de blabla ! Monsieur Jumel, vous qui appartenez à une terre d’agriculteurs et de pêcheurs, je vais vous dire exactement ce que nous essayons de faire depuis des années, avec des résultats tangibles.J’ai parlé des lois Egalim– la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, la loi visant à protéger la rémunération des agriculteurs et la loi tendant à renforcer l’équilibre dans les relations commerciales entre fournisseurs et distributeurs. Elles ont permis de reposer la question de la juste rémunération. Je suis sûr que nous tomberons d’accord sur la nécessité de battre en brèche les positions de ceux qui viennent expliquer sur les plateaux de télévision que le juste prix est le plus bas prix.
Vous n’appliquez pas les lois Egalim.
L’agriculture a un coût et, comme elle a un coût, elle doit trouver son prix. C’est notre responsabilité de faire appliquer les lois adoptées au Parlement…
Vous ne le faites pas !
Faites-le tout de suite !
…et c’est notre responsabilité, collectivement, de poser la question de la rémunération des agriculteurs ou des pêcheurs chaque fois que l’on parle d’inflation.Deuxièmement, les agriculteurs ont besoin qu’on les accompagne dans les transitions. Cette année, le budget de l’agriculture a bénéficié d’une hausse de 1,2 milliard. Et pour répondre à la question de M. Dive, 250 millions sont prévus pour trouver des solutions alternatives aux produits phytosanitaires. C’est du concret, pardonnez-moi de vous le dire. Cela permettra aux agriculteurs d’anticiper.
Vous avez un train de retard !
Troisièmement, s’agissant des négociations, nous allons discuter avec les filières laitières, comme je l’ai fait depuis mon arrivée au ministère et comme mon prédécesseur l’a fait. Nous voulons que chacun prenne ses responsabilités dans le temps qu’il nous reste.
Le lait est vendu à 64 centimes d’euro le litre !
Vous pouvez compter sur nous. (Exclamations sur les bancs du groupe Écolo-NUPES.)Nous avons agi, l’année dernière, permettez-moi de vous le dire.Je voudrais également dire un mot des accords internationaux. Votre circonscription, que vous le vouliez ou non, est une terre laitière, et exporte donc des produits laitiers. (M. Sébastien Jumel s’exclame.) C’est pourquoi nous devons renforcer la compétitivité de cette filière, favoriser l’installation des agriculteurs et alléger les normes qui freinent leur activité davantage qu’elles ne l’encadrent.Vous avez raison, les agriculteurs veulent nourrir, pas mourir. Ils veulent du respect et non du dénigrement, de la confiance et non de la défiance, des prix rémunérateurs et non une course à l’échalote entre les acteurs de la grande distribution pour fixer le prix le plus bas.
Des actes et non du baratin !
Nous pouvons nous accorder sur tous ces points, au sujet desquels le Premier ministre présentera des propositions concrètes dans les jours qui viennent. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)
La parole est à Mme Martine Froger.
Monsieur le ministre de l’agriculture, je m’adresse à vous en tant que députée de l’Ariège, une terre meurtrie en ce jour sombre. Ce matin, à Pamiers, Alexandra, jeune agricultrice de 37 ans, a été fauchée alors qu’elle manifestait pacifiquement avec sa famille et avec les agriculteurs ariégeois. Ils étaient présents sur ce barrage pour exprimer leur colère et leur incompréhension vis-à-vis d’un système qui abandonne les paysans. Son mari et sa fille sont très grièvement blessés. Toutes mes pensées vont à eux. J’adresse toutes mes condoléances à la famille d’Alexandra, à ses proches et à l’ensemble du monde paysan endeuillé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur plusieurs bancs des autres groupes.)J’associe à ma question mon collègue Laurent Panifous, également député de l’Ariège, qui se trouve actuellement sur place, aux côtés des agriculteurs. Cette terrible nouvelle […]
La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Je vous remercie de votre question très digne. Les problèmes que vous mentionnez, le drame qu’a vécu l’Ariège sont réels. Je tiens à m’incliner d’abord devant la mémoire de cette jeune agricultrice de 37 ans, qui défendait son métier pacifiquement. L’enquête et la justice diront ce qu’il en est de cet événement manifestement accidentel. Je m’associe à la peine que ressentent sa famille, les agriculteurs de l’Ariège et toute la nation face à ce drame inconcevable.Dans quelques minutes, je me rendrai dans l’Ariège pour aller à la rencontre des agriculteurs et pour leur témoigner, dans ce moment de deuil et d’émotion, le soutien de la nation, du Gouvernement, du Premier ministre et du Président de la République. Ce territoire endeuillé connaît de nombreuses difficultés. Je me souviens d’un déplacement – vous étiez à mes côtés, Mme Froger – au cours duquel nous avions évoqué plusieurs […]
La parole est à Mme Anne-Laure Babault.
Comme l’ont fait nos collègues, le groupe Démocrate souhaite exprimer une pensée émue pour la jeune agricultrice décédée ce matin et pour son conjoint et sa fille qui sont dans un état grave. Nous adressons toutes nos pensées à leurs proches. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem, RE et HOR et sur quelques bancs des groupes LR, SOC, Écolo-NUPES et LIOT.)Monsieur le ministre de l’économie et des finances, ma question concerne les négociations commerciales, qui affectent directement les agriculteurs. Comme vous le savez, il nous reste sept jours avant l’aboutissement des négociations commerciales entre les distributeurs et les industriels. C’est donc le moment d’agir, d’être auprès des entreprises et des agriculteurs, et de contrôler massivement les distributeurs et certains industriels qui contournent régulièrement la loi. (M. Laurent Croizier applaudit.)Les agriculteurs […]
La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Et de la hausse du prix de l’électricité !
La loi Egalim 2 doit être intégralement et rigoureusement respectée. M. le ministre de l’agriculture, M. le Premier ministre et moi-même y veillerons.
Il serait temps !
C’est la moindre des choses, de respecter la loi !
Le volet « amont » de cette loi prévoit l’inclusion de certaines clauses dans les contrats conclus entre les producteurs et les industriels transformateurs. J’y suis d’autant plus attaché que j’ai instauré moi-même ces contrats, lorsque j’étais ministre de l’agriculture, pour protéger les revenus des producteurs agricoles.
Cela n’a pas marché !
Chaque contrat doit inclure une clause de révision des prix, chaque contrat doit inclure une clause de transparence. Enfin, un prix est un prix : quand un industriel s’est engagé auprès d’un producteur de lait à le rémunérer 390 euros la tonne de lait, il ne doit pas le payer 385 ou 380 euros, mais rigoureusement respecter les termes du contrat. Nous doublerons les contrôles des transformateurs industriels – de 120 en 2023, nous les porterons à 240 en 2024 – en augmentant le nombre d’agents de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) chargés de contrôler le respect des contrats entre industriels transformateurs et producteurs. (Mme Stella Dupont applaudit.)Le volet « aval » dispose l’inclusion d’une clause dite de soclage – voulue par l’ensemble des députés –, selon laquelle le revenu des agriculteurs ne doit pas être la […]
Dites-le à Lactalis !
La parole est à M. Kévin Pfeffer.
Monsieur le ministre de l’économie, ça y est : vous avez eu la lourde charge d’annoncer au « 20 heures » la première grande mesure du gouvernement de Gabriel Attal. Vous qui nous promettiez solennellement qu’il n’y aurait pas de rattrapage des prix, vous avez pourtant confirmé qu’une nouvelle hausse de 10 % serait appliquée au tarif de l’électricité le 1er février 2024. C’est la quatrième hausse depuis la réélection d’Emmanuel Macron ; l’augmentation des prix s’élève à 45 % en deux ans. Du jamais vu !En moyenne, il faudra compter 18 euros supplémentaires par mois pour une famille qui se chauffe à l’électricité, et 116 euros supplémentaires par mois pour les boulangers, déjà asphyxiés. Et combien de milliers d’euros à payer s’ajouteront à la détresse de nos agriculteurs ?Les Français sont condamnés à rembourser l’argent que vous avez distribué pendant les élections, alors que 30 % […]
Comment va Vladimir ?
La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Et de la hausse des prix de l’électricité !
Monsieur Pfeffer, vous êtes un peu pingre avec les Français. Votre proposition de diminuer à 5,5 % la TVA sur l’électricité permettrait aux ménages d’économiser environ 300 euros par an, alors que nous avons pris en charge la moitié de leur facture, jusqu’à 1 000 euros par an ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE et sur quelques bancs du groupe Dem. – Vives exclamations sur les bancs des groupes RN et LR.)
C’est l’argent des Français !
Nous avons fait trois fois mieux, nous sommes trois fois plus généreux que vous lorsqu’il s’agit de défendre le pouvoir d’achat des Français.
Vous mentez !
Maintenant, il faut rembourser !
Vous parlez de nucléaire, vous évoquez les plus précaires, mais comment financerons-nous les énergies renouvelables, le nucléaire et la protection des plus précaires, sinon par la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Elle existe pour financer l’avenir de l’électricité française, pour assurer la souveraineté et l’indépendance de la nation en matière de souveraineté électrique.
Qui a fermé Fessenheim ?
Je croyais que le Rassemblement national était attaché à l’indépendance et à la souveraineté françaises, mais je constate que ce n’est pas le cas.
Mauvais ministre et mauvais comédien !
Dans le fond, cet exemple de la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité illustre assez bien l’irresponsabilité totale du Rassemblement national et le type de formation politique dont il s’agit. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
C’est un expert qui parle !
Vous n’avez aucune solution pour le passé, vous n’avez que des critiques pour le présent et vous n’avez aucune proposition pour l’avenir.
Vous devriez mieux écouter !
À quand un nouveau roman ?
Voilà qui résume bien le Rassemblement national ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)
La parole est à M. Kévin Pfeffer.
Monsieur le ministre, ce qui est bien, avec vous, ce que c’est toujours de la faute des autres, jamais de la vôtre.Qui a abandonné nos centrales nucléaires et hydrauliques face aux pressions des écologistes et de l’Union européenne ? C’est vous. Qui a fermé Fessenheim ? C’est vous. Qui a subventionné les éoliennes, rendant le pays dépendant du gaz russe de M. Poutine ? C’est vous.