Séance du 23 mai 2024 /// n°206 /// 1 038 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 16e législature · session Session ordinaire 2023-2024

Séance du 23 mai 2024 — 206e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Élodie Jacquier-Laforge.

1 038prises de parole
66orateurs
11points à l'ordre du jour
17scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
3905 l'amendement n° 4125 de Mme Trouvé à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des … 20 / 38 rejeté
3906 l'amendement n° 3125 de M. Prud'homme à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement d… 18 / 49 rejeté
3907 l'amendement n° 2447 de Mme Belluco à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des… 29 / 29 rejeté
3908 l'amendement n° 2463 de Mme Belluco à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des… 29 / 31 rejeté
3909 l'amendement n° 3844 de Mme Pochon à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des … 13 / 62 rejeté
3910 l'amendement n° 1620 de Mme Hignet à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des … 13 / 60 rejeté
3911 l'amendement n° 2707 de Mme Hignet à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des … 10 / 60 rejeté
3912 l'amendement n° 1619 de Mme Manon Meunier à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvelleme… 46 / 37 adopté
3913 l'amendement n° 4451 de M. Pacquot à l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des … 66 / 22 adopté
3914 l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des générations en agriculture (première … 47 / 2 adopté
3915 l'amendement n° 5560 de Mme Pochon après l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement … 18 / 66 rejeté
3916 le sous-amendement n° 5572 de Mme Pochon à l'amendement n° 5547 du Gouvernement après l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté … 20 / 68 rejeté
3917 le sous-amendement n° 5564 de M. Prud'homme à l'amendement n° 5547 du Gouvernement après l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraine… 19 / 70 rejeté
3918 l'amendement n° 5547 du Gouvernement après l'article 8 du projet de loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellemen… 66 / 25 adopté
3919 le sous-amendement n° 5466 de M. Fournier à l'amendement n° 1874 de M. Dive et à l'amendement identique suivant à l'article 9 du projet de loi d'orien… 15 / 69 rejeté
3920 le sous-amendement n° 5589 de Mme Batho à l'amendement n° 1874 de M. Dive et à l'amendement identique suivant à l'article 9 du projet de loi d'orienta… 17 / 72 rejeté
3921 le sous-amendement n° 5465 de M. Fournier à l'amendement n° 1874 de M. Dive et à l'amendement identique suivant à l'article 9 du projet de loi d'orien… 15 / 74 rejeté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 1038 — page 1 / 6.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à quinze heures.)

Suite de la discussion d’un projet de loi

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #7

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et agricole et le renouvellement des générations en agriculture (nos 2436, 2600).

Rappel au règlement

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #9

La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, pour un rappel au règlement.

Il se fonde sur l’article 53, relatif aux communications qui peuvent intéresser l’Assemblée nationale.Permettez-moi de prononcer quelques mots en hommage à Marie-France Garaud, dont nous venons d’apprendre la disparition. Figure éminente de la Ve République, bien connue des Français, elle a participé activement au débat politique de notre pays et, bien que les urnes ne lui aient jamais permis de siéger au sein de notre assemblée, beaucoup fait pour la reconnaissance du rôle des femmes dans la nation et la défense de la souveraineté française. Que l’on ait partagé ou non ses convictions et ses analyses, on ne peut que saluer en elle une femme puissante, dont la force d’âme suscitait l’admiration et la profondeur des convictions rappelait la noblesse de la politique.

Nous nous associons bien évidemment à cet hommage et nous présentons nos condoléances à sa famille et à ses proches.

Discussion des articles

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #14

Ce matin, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 155 à l’article 8.

Article 8 (suite)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #16

La parole est à M. Inaki Echaniz, pour soutenir l’amendement no 155.

article 8 · amendement 155

Cet amendement de précision est cohérent avec l’engagement du Président de la République, en septembre 2022, de mobiliser des fonds publics pour soutenir le portage du foncier agricole. L’article 8 indique que l’État se donne comme objectif « d’accroître progressivement » cette mobilisation. Nous proposons de supprimer le mot « progressivement » pour que les fonds publics soient immédiatement réunis au profit du foncier agricole. Ce sujet fait écho au débat que nous avons eu ce matin avant la levée de séance.

article 8 · amendement 155

La parole est à M. Pascal Lecamp, rapporteur de la commission des affaires économiques pour le titre III, afin de donner l’avis de la commission.

Pascal Lecamp rapporteur de la commission des affaires économiques · Dem #19

Il est amusant de vous entendre parler de cohérence quand votre amendement conduirait à en priver totalement le texte ! Vous nous renvoyez au débat de ce matin, mais ce que vous proposez n’est pas tenable. Pour favoriser l’installation de nouveaux exploitants agricoles, le portage du foncier agricole doit certes s’appuyer sur des fonds publics, mais surtout sur des fonds privés. Les premiers interviennent essentiellement comme effet de levier. Il faudra que vous m’expliquiez comment vous faites fonctionner le système, monsieur Echaniz !Ce qui a du sens, en revanche, c’est la création du fonds Entrepreneurs du vivant, doté de 400 millions d’euros, dont 100 millions pour les reprises foncières, et abondé selon le principe du 1 euro pour 1 euro par la Caisse des dépôts. Ce fonds favorise le financement des banques – le Crédit agricole ou le Crédit mutuel, par exemple – et celui des […]

Ce n’est pas du tout ce que dit l’amendement !

La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, pour donner l’avis du Gouvernement.

Marc Fesneau ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire · Dem #24

Pour commencer, je voudrais revenir sur les amendements no 1621 et identiques adoptés avant la levée de séance, que vous avez soutenus. L’alinéa 5, ajouté par la commission, est ainsi rédigé : « Afin de favoriser l’installation de nouveaux exploitants agricoles et l’adaptation des exploitations agricoles au changement climatique, l’État se donne comme objectif, aux côtés des collectivités territoriales volontaires ainsi que d’investisseurs privés, d’accroître progressivement la mobilisation de fonds publics au soutien du portage du foncier agricole […] » – il s’agit du fonds Entrepreneurs du vivant.Avec le soutien du Rassemblement national, vous avez choisi de supprimer les mots « ainsi que d’investisseurs privés ». Résultat : nous ne pourrons plus intervenir auprès de la Foncière agricole d’Occitanie, puisqu’elle possède des actionnaires, notamment des coopératives et des banques […]

La parole est à M. Dominique Potier.

Je ne peux pas parler à la place des auteurs de ces amendements identiques, que je découvre, mais sans doute cherchaient-ils à limiter le rôle des investisseurs privés, notamment des fonds spéculatifs.

Marc Fesneau ministre · Dem #32

Ce n’est pas ce qui écrit !

Il s’agissait donc d’amendements d’appel…

Marc Fesneau ministre · Dem #34

Non !

…pour mettre en garde contre les investissements privés non canalisés.L’amendement no 1952 du groupe Socialistes et apparentés, que nous examinerons plus loin et qui est largement soutenu au sein de notre assemblée, clarifie les choses en précisant que les fonds privés doivent agir dans l’intérêt général. Deux formes de financement sont vertueuses, selon moi : les investissements publics et les fonds de l’économie sociale, soucieuse de l’intérêt général. Ce sont les financements qui ne relèvent pas de l’intérêt général qui étaient, selon moi, visés par les amendements no 1621 et identiques. Je partage les réserves que vous exprimez à leur sujet du point de vue légistique, monsieur le ministre, mais j’approuve le principe qui les sous-tend : il convient de séparer le bon grain de l’ivraie en matière de fonds privés, afin que le paysan reste au centre du système et que la finance ne soit […]

#38

(L’amendement no 155 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #39

L’amendement no 2522 de M. Patrick Lecamp, rapporteur, est rédactionnel.

#40

(L’amendement no 2522, accepté par le Gouvernement, est adopté.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #41

Sur les amendements nos 4125 et 3125, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouvelle Union populaire, écologique et sociale de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Marie Pochon, pour soutenir l’amendement no 4208.

Il vise à garantir que les fonds publics servent l’intérêt général et participent au développement de pratiques porteuses d’externalités positives pour les citoyens. Nous proposons donc de flécher les fonds publics vers l’agriculture biologique.

article 8 · amendement 155
Marc Fesneau ministre · Dem #44

Ça manquait !

Quel est l’avis de la commission ?

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #46

Il est inutile d’écrire le mot « biologique » à toutes les lignes du texte. Avis défavorable.

#47

(L’amendement no 4208, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #48

La parole est à Mme Marie Pochon, pour soutenir l’amendement no 2427.

article 8 · amendement 2427

Ma collègue Lisa Belluco voulait saisir l’occasion que donne cet amendement pour remercier le rapporteur Lecamp de son soutien aux nouveaux exploitants agricoles.Malheureusement, l’article 8 reste très flou quant aux fonds publics mobilisés en soutien du portage du foncier agricole. Il est écrit qu’il y aura plus d’argent, mais quel montant et à quelle échéance ? Si votre patron vous dit qu’il vous augmente et ajoute 1 euro sur votre feuille de paie, il tient promesse, mais cela ne change pas grand-chose !Cet amendement tend à donner une véritable portée programmatique à l’alinéa 5 en inscrivant un objectif de 1,4 milliard de financement annuel pour le portage du foncier. Nous sommes prêtes à débattre de ce montant, ainsi que des échéances possibles, mais un chiffrage et un calendrier sont indispensables, sous peine de faire de l’article 8 un simple mirage.

article 8 · amendement 2427

Quel est l’avis de la commission ?

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #53

Vous nous accusez d’être flous et de mauvaise foi, mais je pourrais vous adresser les mêmes critiques ! Le fonds Entrepreneurs du vivant est doté de 400 millions, dont 100 millions pour le portage du foncier – ce sont des chiffres précis. Sur ces 100 millions, la Caisse des dépôts s’est engagée à mettre 1 euro pour 1 euro. C’est le point de départ, mais la mobilisation des fonds publics s’accroîtra progressivement.Nous savons que le marché du foncier agricole représente entre 1 et 2 milliards par an, sur dix ans. Nous avons besoin de fonds publics et de fonds privés et nous devons être capables de les faire coexister. Les amendements que vous avez adoptés avant le déjeuner ne le permettent pas. J’espère vraiment que le Sénat va corriger les effets de ce vote irrationnel ! Avis défavorable.

Nous n’allons pas passer tout l’après-midi là-dessus, quand même !

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #56

Vous n’êtes pas constructifs !

#57

(L’amendement no 2427, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #58

Je suis saisie de quatre amendements, nos 4125, 4168, 1952 et 1577 rectifié, pouvant être soumis à une discussion commune.L’amendement no 4125 de Mme Aurélie Trouvé est défendu.La parole est à M. David Taupiac, pour soutenir l’amendement no 4168.

article 8 · amendement 4125

Il vise à ajouter une disposition à l’alinéa 5 afin de souligner que l’État doit faciliter l’accès au foncier agricole en développant les structures de portage foncier agricole d’intérêt général. Ce type de portage est non spéculatif – nous avons abordé ce point ce matin –, s’oriente vers des systèmes productifs agroécologiques, dont l’agriculture biologique, et fournit un appui durable aux exploitants agricoles dans le respect de leur autonomie. Sa gestion est désintéressée.Dans cet amendement, nous appelons également à recourir à des leviers fiscaux et aux financements publics. Ce sujet devra être examiné dans le cadre du débat budgétaire cet automne.

article 8 · amendement 4125
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #62

La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1952.

article 8 · amendement 1952

Le présent amendement apporte la clarification que j’évoquais tout à l’heure ; ce faisant, il pourrait nous aider à ne pas passer l’après-midi sur le malentendu autour des investissements privés. Les investisseurs privés sont les bienvenus dans le financement du foncier agricole dès lors qu’ils relèvent du modèle proposé par l’agrément d’entreprise solidaire d’utilité sociale (Esus), qui encadre le partage de la valeur et la destination des biens dans ces structures. C’est le cas des groupements fonciers agricoles (GFA) mutuels, de Terre de liens et de toutes sortes de formes coopératives de propriété du foncier. Dans cette configuration, qui peut être contre les fonds privés ? Mon territoire, par exemple, abrite trois GFA.Adopter l’amendement no 1952, c’est réhabiliter les fonds privés : dès lors qu’ils sont encadrés et qu’ils concourent à l’intérêt général, ils sont les bienvenus dans […]

article 8 · amendement 1952
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #65

La parole est à Mme Marie Pochon, pour soutenir l’amendement no 1577 rectifié.

Le présent amendement, qui a été travaillé avec l’association Agter – Améliorer la gouvernance de la terre, de l’eau et des ressources naturelles – et Terre de liens, devrait, comme le précédent, répondre à vos craintes, monsieur le ministre, monsieur le rapporteur. Ne doutez pas de notre bonne foi !Il s’agit de faciliter l’accès au foncier grâce au portage foncier agricole d’intérêt général. Le portage foncier est non seulement un levier pour l’installation, mais aussi un appui à la transformation de l’agriculture. Néanmoins, toutes les formes de portage ne sont pas orientées vers ces objectifs. Le but est donc de définir le portage foncier d’intérêt général, cette définition devant permettre aux structures qui y correspondent de bénéficier en priorité des aides publiques, notamment des financements du fonds Entrepreneurs du vivant. Une structure de portage foncier agricole d’intérêt […]

Quel est l’avis de la commission sur les amendements en discussion commune ?

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #69

La disposition votée ce matin nous handicape beaucoup, mais n’y revenons pas.Sur quoi travaillons-nous depuis une semaine ? Hier, on a inscrit dans le texte l’objectif de compter, au terme de la période de programmation, 500 000 exploitants agricoles – en plus des 400 000 exploitations agricoles, qui y figuraient déjà. On a conforté le modèle familial et affirmé notre volonté d’éviter la concentration. Nous sommes pour le portage foncier – je suis le premier à être allé rencontrer le patron de la Caisse des dépôts pour en parler. Tout cela figure dans le texte. Pour assurer la montée en puissance progressive du portage foncier et assurer le renouvellement des générations en agriculture, l’ajout que vous proposez n’est d’aucune utilité. Nous devons bien former la nouvelle génération d’agriculteurs – c’est l’objet du titre II du texte – et leur donner les moyens d’exercer leur métier – […]

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Marc Fesneau ministre · Dem #73

Monsieur Potier, ce n’est pas un malentendu : l’amendement a été voté, il faut l’assumer ! Vous avez décidé d’adopter un amendement qui prive…

Non, il concerne un alinéa purement déclaratif !

Marc Fesneau ministre · Dem #75

Maintenant vous dites qu’en plus d’être le fruit d’un malentendu, il est inutile ?

Un peu comme la suppression des objectifs de surface agricole en bio !

Marc Fesneau ministre · Dem #77

Il faudrait savoir ce qu’on vote ! Si vous souhaitez revenir sur la décision que vous aviez prise – j’en prendrai acte et on aura gagné du temps –, déposez donc des sous-amendements !

Volontiers !

Marc Fesneau ministre · Dem #79

Faites-le alors ! Car vous êtes en train de nous parler d’outils que vous avez détruits tout à l’heure.

Mais non !

Marc Fesneau ministre · Dem #81

En effet, tous les dispositifs que je viens d’évoquer – le fonds de portage Élan, le fonds de portage foncier de l’Occitanie, les fonds gérés par Terre de liens – comprennent des fonds privés. Il faut savoir ce que vous voulez. Pour ma part, j’essaie d’être cohérent, essayez également de l’être : retirez vos amendements, ce sera plus utile ! Avis défavorable.

La parole est à M. Dominique Potier.

Monsieur le ministre, le rapporteur et vous semblez jouir de la situation. Je fais amende honorable : nous étions trois du groupe Socialistes à être présents,…

Un député du groupe RE #84

Et nous, quarante !

…et mes collègues ont pensé qu’il fallait vous alerter sur le rôle des fonds privés et clarifier les choses. Les amendements qui ont été votés ce matin l’ont été par maladresse ou malentendu ; s’il faut corriger l’erreur en déposant un sous-amendement, nous sommes prêts à coopérer.

Faites-le !

Arrêtez cependant de dramatiser la situation : les amendements en question n’empêchent rien du tout, car l’article auquel ils se rapportent est purement déclaratif, il n’a aucune portée juridique effective. Il n’empêche en aucun cas Terre de liens ou l’Occitanie de mobiliser des fonds publics et privés. Dès lors, n’y passons pas l’après-midi !En revanche, l’amendement no 1952, proposé par Terre de liens, offre une véritable clarification : les fonds privés sont les bienvenus dans l’agriculture, dès lors qu’ils relèvent de l’économie sociale et solidaire, ancrée dans le territoire.

Marc Fesneau ministre · Dem #89

Non, c’est n’est pas marqué !

Ne cherchons pas des clivages là où il n’y en a pas : le vrai clivage est entre ceux qui veulent réguler le foncier et les libéraux. Nous défendons l’inclusion des fonds privés dès lors qu’ils servent l’intérêt général, et l’amendement no 1952 l’énonce clairement.

La parole est à M. Grégoire de Fournas.

Que les choses soient claires : en ce qui nous concerne, nous n’allons pas nous excuser de notre vote de ce matin ! Le Gouvernement ayant créé les groupements fonciers agricoles d’investissement (GFAI), il est normal que nous soyons vigilants. Parmi les investisseurs privés, il n’y a pas que Terre de liens ou la région Occitanie, il y a aussi tous les autres. La mention d’« investisseurs privés » étant trop imprécise, il était justifié de l’écarter.

La parole est à M. le ministre.

Marc Fesneau ministre · Dem #94

Vous avez eu raison de prendre la parole, monsieur de Fournas. Sachez que l’éviction des « investisseurs privés » exclut également les coopératives.

Les coopératives n’ont pas à investir dans le foncier !

Marc Fesneau ministre · Dem #96

Il y a des coopératives qui investissent dans la reprise de foncier agricole.

Ce n’est pas le problème !

Marc Fesneau ministre · Dem #98

Vous refusez donc les fonds privés, et n’acceptez que les fonds publics : vous êtes en train de vous rapprocher des positions de la NUPES ; très bien, j’en prends acte.

Mais justement…

Marc Fesneau ministre · Dem #100

Monsieur de Fournas, laissez-moi finir une phrase ! On a besoin de fonds publics – nous les apportons grâce au fonds Entrepreneurs du vivant –, mais aussi de fonds privés, même s’il s’agit d’un gros mot pour certains – dont vous, manifestement. Voilà ce que vous avez enterré en adoptant ces fameux amendements. J’en prends acte, et restons-en là pour gagner du temps.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #101

Je mets aux voix l’amendement no 4125.

#102

(Il est procédé au scrutin.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #103

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 75 Nombre de suffrages exprimés 58 Majorité absolue 30 Pour l’adoption 20 Contre 38

#104

(L’amendement no 4125 n’est pas adopté.)

#105

(Les amendements nos 4168, 1952 et 1577 rectifié, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #106

La parole est à M. Mickaël Bouloux, pour soutenir l’amendement no 1951.

article 8 · amendement 1951

Il a pour objectif de simplifier, d’homogénéiser et de démocratiser la procédure d’obtention des autorisations d’exploiter ou de cession dans le secteur agricole, afin de faciliter l’installation de nouvelles agricultrices et de nouveaux agriculteurs et la transmission des exploitations agricoles. Actuellement, deux organismes jouent un rôle crucial au niveau départemental dans la régulation des unités de production agricole : la section « structures » de la commission départementale d’orientation de l’agriculture (CDOA) et le comité technique de la Safer. Nous proposons de créer une « commission foncière départementale » pour centraliser les décisions dans une seule instance, simplifier les procédures, homogénéiser les pratiques et démocratiser le processus en assurant une représentation équilibrée des différents acteurs du secteur agricole. L’amendement est le fruit de discussions […]

article 8 · amendement 1951

Quel est l’avis de la commission ?

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #109

Au risque de me répéter, je rappelle que nous travaillons sur une loi d’orientation et non sur un texte dédié au foncier. Par ailleurs, je suis surpris de cette proposition, eu égard aux autres amendements que vous présentez sur le renforcement du foncier agricole. Avis défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Marc Fesneau ministre · Dem #111

Même avis.

La parole est à M. Grégoire de Fournas.

Monsieur le ministre, vous vous perdez en tentant de vous rapprocher de la NUPES. Vous dites que nous ne voulons pas que les coopératives soient propriétaires du foncier,…

Marc Fesneau ministre · Dem #114

On parle de portage du foncier !

…mais c’est pour éviter le kolkhoze que nous sommes contre ! Je rappelle – cela n’a pas l’air d’être clair dans votre esprit – que nous défendons l’accessibilité du foncier pour les agriculteurs, qui ne doivent pas être dépossédés de leurs exploitations. On peut organiser des systèmes de portage, mais il y a des banques pour les financer.

Marc Fesneau ministre · Dem #116

Les banques, c’est du privé !

Ces financements doivent faire l’objet de garanties – par exemple de l’État ou des collectivités territoriales. On peut également améliorer les GFA. Mais confier le foncier à des investisseurs venant d’on ne sait où pour dépouiller les agriculteurs de leurs exploitations est inacceptable, et nous ne vous suivrons pas dans cette voie, quitte à vous voir nous traiter de tous les noms, comme vous savez le faire. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Stéphane Travert président de la commission des affaires économiques · EPR #118

Personne ne vous traite de rien ! Soyons sérieux !

La parole est à M. Francis Dubois.

Monsieur Potier, pour avoir été sur les barrages lors des dernières manifestations des agriculteurs, vous savez que toute la profession, même les Jeunes Agriculteurs (JA), même ceux qui sont trop jeunes pour s’installer mais qui aspirent à le faire, même ceux qui viennent au monde agricole depuis d’autres secteurs, tous demandent une simplification administrative. Est-il utile de créer une commission supplémentaire et une autorisation administrative de plus alors que, dès le départ, les agriculteurs doivent faire face à une montagne de réglementations qui en décourage plus d’un ?

La parole est à M. le ministre.

Marc Fesneau ministre · Dem #122

Monsieur de Fournas, nous sommes ensemble depuis bien des heures, et vous ne m’avez pas entendu lancer des noms d’oiseau. Acceptez donc le débat contradictoire ! Acceptez aussi de vous être, manifestement, trompé. J’ai dit non que les coopératives devaient être propriétaires du foncier, mais qu’il fallait autoriser la participation des fonds privés au portage foncier.

Il s’agissait d’investisseurs privés !

Marc Fesneau ministre · Dem #124

Oui, les fonds privés viennent des investisseurs privés. Vous essayez de manœuvrer car vous avez fait une erreur,…

Marc Fesneau ministre · Dem #126

…mais le portage, qui consiste à acheter le foncier pour le compte d’un jeune qui s’installe, le temps qu’il stabilise sa situation, doit permettre de faire converger des fonds publics et privés. Ne cherchons pas de vaines polémiques !Quant à l’amendement no 1951, avis défavorable.

#128

(L’amendement no 1951 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #129

La parole est à Mme Manon Meunier, pour soutenir l’amendement no 3120.

article 8 · amendement 3120

Il pose la question du partage des eaux de l’irrigation. Dans le contexte du changement climatique, on aura besoin de partager la ressource ; je vous invite donc à voter l’amendement.Pour reprendre le débat qui nous occupe, nous assumons parfaitement notre vote de ce matin. Je vous invite à relire les amendements en question. Nous n’avons pas écarté le privé de l’apport des fonds – la disposition adoptée n’empêche en rien le fonds Élan de fonctionner ; nous avons écarté les investisseurs privés du pilotage du portage foncier agricole. Nous ne souhaitons pas donner aux investisseurs privés le pouvoir d’organiser, aux côtés de l’État et des collectivités, ce système qui doit permettre de rediriger le foncier vers les nouveaux agriculteurs qui s’installent.

article 8 · amendement 3120
Marc Fesneau ministre · Dem #132

Ça rame !

Nous avons écarté les investisseurs privés du pilotage car nous sommes convaincus que c’est l’État et les collectivités territoriales qui doivent l’assurer.

article 8 · amendement 3120

Quel est l’avis de la commission ?

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #135

Je ne sais, madame Meunier, si je dois répondre à votre intervention ou au sujet de votre amendement. Quant à votre intervention, j’ai été très clair lors de la présentation du texte : il faut massifier le portage, lequel demande du privé et du public – tant que vous ne l’aurez pas compris, nous n’y arriverons pas.Sur votre amendement, dont vous n’avez pas beaucoup parlé, nous sommes tous d’accord : l’accès à l’eau constitue une question cruciale et un sujet dont tous les agriculteurs ont à se préoccuper, comme on le voit chaque jour, en particulier dans ma région – habitant à 25 kilomètres de Sainte-Soline, vous imaginez bien ce que je peux voir.Le diagnostic modulaire que prévoit l’article 9, assorti d’un « stress test » climatique, va dans ce sens. Une partie entière du titre IV – mon corapporteur Pascal Lavergne sera au banc quand elle viendra en discussion – est dévolue à la […]

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Marc Fesneau ministre · Dem #139

Avis défavorable.

Je suis saisi de plusieurs demandes d’intervention. Je veux bien y accéder, à condition, comme ce matin, que les orateurs limitent leur temps de parole à une minute.La parole est à M. Pascal Lavergne.

Pour une fois, je suis d’accord avec ce qu’a dit Mme Meunier au début de son propos : il faudra, dans les années à venir, que nous nous partagions l’eau. Pour ce faire, encore faut-il veiller à la stocker au moment où elle tombe, en faisant des réserves. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)

Vous confondez encore réserves et retenues d’eau, c’est triste !

S’il vous plaît, chacun aura successivement la parole.

Il en est tombé en abondance cet hiver, et nous sommes heureux d’avoir des réserves collinaires dans le sud-ouest, notamment dans ma circonscription en vallée du Dropt, où nous stockons 15 millions de mètres cubes d’eau qui permettront d’irriguer 12 000 hectares de surface agricole utile (SAU).Il faut effectivement partager et donc stocker l’eau dont l’agriculture a besoin. Loin de détruire de la biodiversité, réalimenter des rivières contribue à en créer, en renforçant la ripisylve tout le long du cours d’eau réalimenté.

La parole est à M. Hervé de Lépinau.

L’amendement permet de poser la question de l’irrigation. Monsieur le ministre, nous avons échangé à ce sujet lors de notre rencontre en Vaucluse. Le président de la chambre régionale d’agriculture, André Bernard, a évoqué son projet d’irrigation HPR – Haute-Provence rhodanienne.

Beau projet !

En effet, le partage de l’eau, c’est avant tout l’investissement dans des infrastructures.Dans le Vaucluse, département dont je suis député, l’ingénieur Louis Giraud avait conçu et fait réaliser le canal de Carpentras au XIXe siècle, transformant une terre aride en véritable jardin de Provence – grâce non pas à un partage, mais à des investissements permettant d’acheminer l’eau là où il en est besoin. Pensant à mes amis des Pyrénées-Orientales, j’espère qu’un grand projet d’adduction des eaux du Rhône vers ce département permettra d’y restaurer l’agriculture.Nous connaissons toutefois votre conception, restrictive, du partage de l’eau, consistant à faire en sorte d’en utiliser toujours moins. Tournez-vous à nouveau vers les investissements, c’est cela l’avenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

La parole est à Mme Aurélie Trouvé.

Je voudrais enfoncer le clou à propos des amendements visant les investisseurs privés : nous les assumons parfaitement ! Tous les groupes parlementaires, hormis ceux de la minorité présidentielle, les ont votés. (Exclamations sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)

Ça va !

Extrême minorité LFI !

Nous ne sommes pas des abrutis, nous avons des conseils juridiques. Nous savons parfaitement ce que nous avons voté. (M. Dominique Potier fait un signe dénégation.)

Vous savez surtout où vous voulez aller !

Collègue Potier, même si vous n’étiez pas là, nous savons parfaitement ce que nous faisons en la matière. (Exclamations sur les bancs des groupes RE, RN, LR, Dem et HOR.)

Marc Fesneau ministre · Dem #159

Ça rame dur !

Et l’amendement ?

Si vous relisez les amendements en question, vous verrez qu’il s’agissait simplement d’exclure les investisseurs privés du pilotage des fonds de portage, pour le réserver à l’État et aux collectivités locales, ce qui n’empêche pas d’y associer des fonds privés.

La parole est à Mme Anne-Laure Blin.

L’amendement no 3120 est fallacieux, car nous connaissons votre conception de ce que vous appelez le partage de l’eau. Je conviens cependant que la politique de gestion de l’eau pour nos agriculteurs est la grande oubliée de ce texte. À ce sujet, je déplore qu’un amendement ait été rendu irrecevable, qui visait à redéfinir les zones humides pour permettre d’en faire des zones de stockage d’eau.

Ben voyons ! Quelque 70 % de ces zones ont été détruites en quarante ans.

Je sais qu’elles feront râler de l’autre côté de l’hémicycle, mais ce sont là des propositions pragmatiques en matière de gestion de l’eau.

Les zones humides sont des réserves d’eau.

Cela fait donc partie des sujets qu’il faut aborder si nous voulons adopter une vision de long terme pour nos agriculteurs et satisfaire les demandes qui émanent du terrain.

Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

La parole est à M. Bruno Millienne.

Quel paradoxe de vous voir déposer un tel amendement, quand on sait vos positions s’agissant des retenues d’eau, qu’elles soient collinaires ou d’une autre nature !Quant aux fonds de portage, pardon, mais ce que vous proposez au secteur privé, c’est : « Donnez-nous votre pognon, mais surtout ne regardez pas ce que nous en faisons ! » Je ne connais personne susceptible d’investir dans de telles conditions.

#172

(L’amendement no 3120 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #173

L’amendement no 3125 de M. Loïc Prud’homme est défendu.

article 8 · amendement 3120

Quel est l’avis de la commission ?

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #175

Défavorable.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Marc Fesneau ministre · Dem #177

Même avis.

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #178

Je mets aux voix l’amendement no 3125.

#179

(Il est procédé au scrutin.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #180

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 86 Nombre de suffrages exprimés 67 Majorité absolue 34 Pour l’adoption 18 Contre 49

#181

(L’amendement no 3125 n’est pas adopté.)

Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #182

La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 39.

article 8 · amendement 39

Je profite de cette intervention pour dire à mon collègue Dubois qu’il a mal lu l’amendement no 1951 : visant à introduire une déclaration unique et, ce faisant, à en supprimer quatre autres, il constituait bien un amendement de simplification. Nous nous sommes mal compris, mais je suis, moi aussi, partisan d’une véritable politique de simplification.Par le présent amendement, le groupe Socialistes signifie son refus d’une réforme fiscale qui reviendrait à faire un chèque blanc, faute d’en avoir défini le périmètre et fixé les objectifs. Il n’y a aucune raison pour que l’État rase gratis ! Il appartiendra à notre collègue Éric Girardin, rapporteur général de ce texte, d’apporter des précisions le moment venu, mais nous ne voterons pas une réforme fiscale dont nous supputons qu’elle ferait bénéficier une minorité d’agriculteurs de l’essentiel des moyens fiscaux. Une politique fiscale […]

article 8 · amendement 39

La parole est à M. Éric Girardin, rapporteur général de la commission des affaires économiques, pour donner l’avis de la commission.

Éric Girardin rapporteur général de la commission des affaires économiques · RE #186

Vous notez souvent, monsieur Potier, le nombre excessif de démembrements de propriétés. Pourquoi y a-t-il tant de séparations entre nue-propriété et usufruit ? En raison d’une fiscalité trop lourde pour ceux qui veulent céder et transmettre leur exploitation.Certains ont jugé trop long mon propos d’hier à ce sujet. Il n’en demeure pas moins que le point méritait d’être abordé – la preuve : nous y revenons. La fiscalité sur la transmission est particulièrement lourde : nous avons le deuxième taux marginal d’imposition le plus élevé d’Europe sur les droits de mutation à titre gratuit, le quatrième sur les droits de mutation à titre onéreux, le cinquième sur les plus-values immobilières, à quoi s’ajoute l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), que seuls trois autres pays en Europe ont institué, et qui concerne aussi le foncier agricole. Si nous ne nous attaquons pas à ce sujet, cela […]

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Marc Fesneau ministre · Dem #191

Monsieur le député Potier, je ne comprends plus grand-chose. Vous êtes trop connaisseur des questions agricoles et de la technique parlementaire pour déposer un tel amendement. Tout le monde reconnaît que nous devons faire évoluer la fiscalité.

Ce sont des socialistes !

Marc Fesneau ministre · Dem #193

Afin que chacun soit éclairé, je vais lire l’alinéa que vous souhaitez supprimer – je ne voudrais pas que vous adoptiez un amendement sur un malentendu…

Oh, ça va !

Marc Fesneau ministre · Dem #195

« Afin de garantir le renouvellement des générations d’exploitants agricoles et de pérenniser le modèle d’exploitation familiale, l’État se donne comme objectif de mener, en vue de son application dès 2025, une réforme de la fiscalité applicable à la transmission des biens agricoles, notamment du foncier agricole. Il veille notamment à conditionner les régimes spéciaux et d’exonération à des engagements de conservation des biens transmis pour une longue durée. » Ne me dites donc pas qu’il n’y a ni cadre, ni objectif !Deuxième élément, vous connaissez assez le fonctionnement du Parlement pour savoir qu’une réforme fiscale passera nécessairement devant lui.

Dans le cadre du PLF !

Marc Fesneau ministre · Dem #198

Cela s’appelle le PLF, le projet de loi de finances. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.) Réclamer la suppression de cet alinéa signifie donc simplement que vous ne voulez pas de réforme fiscale. Assumez-le et dites-le !

Vous, vous ne voulez pas d’un PLFR !

Marc Fesneau ministre · Dem #200

Avis défavorable.

La parole est à M. Grégoire de Fournas.

Je voudrais d’abord rappeler à notre collègue Potier que baisser la fiscalité ne consiste pas à faire un chèque. La logique socialiste prend toujours les choses dans le mauvais sens : ce n’est pas faire un chèque que de soulager les Français du fardeau d’une fiscalité devenue impossible, l’une des plus importantes au monde ! (M. Hervé de Lépinau applaudit. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)Dénoncez-vous le faible encadrement des exonérations envisagées – auquel cas nous pourrions partager votre préoccupation – ou bien combattez-vous par principe tout allègement fiscal sur les transmissions ?Contrairement à ce que vous affirmez, ce ne sont pas les allègements qui favorisent la concentration de la propriété. Pour ne prendre qu’un exemple, les coopérateurs de Pauillac – vous aimez bien les coopératives – vendent leur bouteille de vin à 15 euros, alors […]

À ce niveau, ce n’est plus une question de fiscalité !

Si nous ne sommes pas capables d’alléger, voire de supprimer la fiscalité qui pèse sur elles, leurs terres seront revendues à des grands châteaux situés à proximité : ils en auront les moyens, puisqu’ils vendent la bouteille du même vin à 1 000 euros !

Bien sûr !

Il est donc plus qu’urgent de supprimer la fiscalité sur les transmissions de terres agricoles, à condition que l’outil soit maintenu au lieu d’être revendu au bout de trois ans – nous serons évidemment d’accord sur un tel principe. Votre amendement, lui, produirait l’effet inverse de ce que vous attendez. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

La parole est à M. Dominique Potier.

Nous ne refusons pas de faire une réforme fiscale, mais de signer ce qui, compte tenu de l’imprécision des éléments apportés par M. le rapporteur lors de sa pourtant longue présentation de l’article, s’apparenterait à un chèque en blanc.Je le dis de bonne foi : deux éléments m’inquiètent particulièrement. En janvier dernier, alors que les paysans de l’Ariège n’en pouvaient plus – leurs revenus les placent parmi les plus pauvres de France –, Bruno Le Maire participait aux festivités de la Saint-Vincent, à Avize, près de Reims. Après avoir discuté avec les viticulteurs champenois, il déclarait qu’il avait entendu leurs malheurs et qu’il fallait alléger la fiscalité liée à la transmission du patrimoine. (« Il a raison ! » sur les bancs du groupe RN.) À l’évidence, c’est de l’IFI qu’il était question : de notre point de vue, c’est terrifiant, car cela va à rebours de la justice sociale que […]

La parole est à M. Arnaud Le Gall.

La transmission des terres, et notamment du foncier agricole, n’est pas uniquement un sujet fiscal ! C’est d’abord une question de prix. (Mme Anne-Laure Blin s’exclame.) J’ai entendu le collègue de Fournas dire qu’il faut alléger la fiscalité en évoquant des producteurs dont les terres coûtent plusieurs millions d’euros, mais à de tels montants, le sujet n’est plus la fiscalité ! En réalité, vous adhérez à l’idée selon laquelle il faut laisser les prix s’aligner sur le marché mondial. Vous êtes démasqués ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Notre pays est celui qui taxe le plus au monde !

Ce qu’il faut, c’est réglementer le prix du foncier (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES), et c’est la raison pour laquelle les Safer ont été créées ! C’est grâce à elles qu’il y a encore des paysans en France.

Vous ramez !

Non, nous ne ramons pas du tout ! Vous racontez n’importe quoi et vous êtes démasqués. Voici la vérité : faire croire qu’il est possible de renouveler les générations d’agriculteurs, notamment en agriculture familiale, en laissant les prix de la terre atteindre de tels niveaux, c’est de la poudre aux yeux ! Ce sont mécaniquement les grands groupes qui achèteront la terre ! Il ne peut pas en être autrement, et vos coopératives n’y pourront rien. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)

Alors bloquez les prix !

La parole est à M. le rapporteur général.

Éric Girardin rapporteur général · RE #222

Je veux répondre à Dominique Potier : quand le ministre Le Maire s’est exprimé – et je sais de quoi je parle puisque j’étais présent –, il n’a pas du tout fait allusion à l’IFI ! Il n’a mentionné que deux éléments : premièrement, l’assouplissement de la fiscalité sur le bail rural à long terme, qui consiste tout simplement à rehausser l’abattement ; et deuxièmement, le déplafonnement des seuils de plus-values, en vue d’harmoniser le schéma des plus-values professionnelles, quelle que soit la forme d’activité agricole considérée – individuelle ou sociétaire. Voilà ce qu’il a dit ! (« Très bien ! » sur les bancs du groupe RE.)

Ce n’est pas ce que j’ai entendu !

#224

(L’amendement no 39 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #225

La parole est à Mme Anne-Laure Blin, pour soutenir l’amendement no 2542, qui fait l’objet d’un sous-amendement no 5454.

article 8 · amendement 2542

Il est évident qu’il faut toucher à la fiscalité : une réforme fiscale est nécessaire. Je précise que cet alinéa 6 est issu du travail mené en commission et d’un amendement du rapporteur, et que la fiscalité est la grande oubliée de ce projet de loi d’orientation agricole. Contrairement à ce que vous dites, elle n’a pas du tout été intégrée et les membres du groupe Les Républicains l’ont d’ailleurs répété à de maintes reprises : aucun dispositif fiscal n’est prévu dans ce texte.Quant à mon amendement, il est rédactionnel. Le texte mentionne la « transmission des biens agricoles », mais l’alinéa visé n’aborde pas la question de l’installation. Or je crois qu’une réforme de la fiscalité doit aussi s’attaquer à ce sujet. En effet, comme nous l’avons déjà dit, notre pays est celui qui taxe le plus au monde.

article 8 · amendement 2542
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #228

La parole est à M. Pascal Lecamp, rapporteur, pour soutenir le sous-amendement no 5454.

article 8 · amendement 2542
Pascal Lecamp rapporteur · Dem #229

Je trouve cette précision bienvenue, madame Blin, et je lui donnerai un avis favorable si vous acceptez mon sous-amendement, qui vise à préciser qu’il s’agit de l’installation « d’exploitants ».

article 8 · amendement 2542

Merci, monsieur le rapporteur.

Quel est l’avis du Gouvernement ?

Marc Fesneau ministre · Dem #232

Cet amendement nous rappelle que les contours de la réforme fiscale ici mentionnée méritent d’être précisés. Je suis donc favorable à la fois à votre amendement, madame Blin, et au sous-amendement.

Ça ne vous engage pas beaucoup !

Marc Fesneau ministre · Dem #234

Vous trouvez qu’il est inutile que je donne un avis favorable à vos amendements ? Ça m’apprendra à être aimable !

Ça ne mange pas de pain !

Marc Fesneau ministre · Dem #236

D’accord, votre amendement ne mange pas de pain. Je lui donne quand même un avis favorable !

La parole est à M. Francis Dubois.

Nous avons examiné tout à l’heure l’amendement no 3125 qui évoquait un « plan pluriannuel de développement de l’élevage paysan ». Bravo, monsieur le rapporteur, d’avoir pu y apporter une réponse ; pour ma part, depuis ma Corrèze, je ne comprends pas ce qu’est l’élevage paysan.Je voudrais ensuite réagir aux propos de M. le rapporteur qui, corroborant ceux de ma collègue Anne-Laure Blin, nous explique que pour réussir l’installation d’exploitants et le renouvellement des générations, il faut une fiscalité appropriée. C’est certain, et je suis tout à fait d’accord avec vous. Je trouve donc d’autant plus dommage que le volet fiscal soit absent de ce projet de loi d’orientation agricole.

Éric Girardin rapporteur général · RE #240

Ce sera dans le PLF !

Un objectif a été fixé à l’horizon 2035, mais le PLF ne fixe qu’un objectif annuel !

En plus de limiter la durée de vos interventions – ce que vous avez fait, cher collègue –, je vous prie de les circonscrire au sujet des amendements, afin que nos débats avancent plus rapidement.

#243

(Le sous-amendement no 5454 est adopté.)

· ADOPTION d’un sous-amendement (main levée) ss-adt
#244

(L’amendement no 2542, sous-amendé, est adopté.)

· ADOPTION amendement (main levée) adt
Élodie Jacquier-Laforge president · Dem #245

La parole est à M. Christophe Naegelen, pour soutenir l’amendement no 3985.

article 8 · amendement 3985

L’examen de ce projet de loi aurait dû être l’occasion d’aborder la question de la régulation du foncier agricole et de sa transmission, en y incluant notamment des mesures fiscales. Au cours des débats en commission, le seul amendement traitant de ce sujet ayant été déclaré recevable est celui du rapporteur général ; il fixe un objectif, non contraignant, relatif au déploiement d’une réforme fiscale applicable à la transmission des biens agricoles avant 2025.Cet amendement, cosigné par l’intégralité des membres du groupe LIOT, vise justement, afin de garantir le renouvellement des générations d’exploitants agricoles et de pérenniser le modèle de l’exploitation familiale, à inciter l’État à mener une réforme fiscale applicable au foncier agricole dès 2025. Dans le cadre de cette réforme, l’État devra veiller à respecter trois critères que nous avons détaillés : « conditionner les […]

article 8 · amendement 3985

Quel est l’avis de la commission ?

Pascal Lecamp rapporteur · Dem #249

Vous avez mentionné l’un des deux amendements déposés en commission par le rapporteur général à l’article 8, l’amendement no CE3402 ; l’alinéa qui en résulte, en mentionnant le volet fiscal que vous réclamez, permettra de lancer les discussions sur le sujet en PLF. M. de Courson, qui a déposé l’amendement que vous présentez, siège à la commission des finances ; il sera sans doute très actif dans la défense de ce que vous proposez, et de nombreuses autres propositions ont d’ailleurs été formulées en ce sens. Certes, l’examen du prochain PLF n’aura lieu que dans six mois, mais ce n’est pas parce qu’une mesure fiscale est intégrée dans un budget qu’elle ne s’applique que l’année suivante ! Elle s’applique pour plusieurs années.