Séance du 21 mai 2026 — 240e séance
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Clémence Guetté.
Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de Mme Clémence Guetté.
Tours 1 à 200 sur 675 — page 1 / 4.
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à neuf heures.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (nos 2632, 2765).
L’amendement no 358 de M. Fabrice Brun est défendu.
La parole est à Mme Nathalie Coggia, rapporteure pour avis de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire – articles 5 à 8 ter –, à laquelle la commission des affaires économiques a délégué l’examen des articles 5 à 10 et 14, pour donner l’avis de la commission.
Je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée.
La parole est à Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, pour donner l’avis du gouvernement.
Avis favorable.
La parole est à Mme Stéphanie Galzy, pour soutenir l’amendement no 547.
À force de parler de souveraineté agricole comme d’un concept technique, on oublie les visages qui l’incarnent. Quand on évoque l’agriculture, on pense souvent aux champs, mais nos vignes et nos vignerons font tout autant partie de cette histoire commune – ces femmes et ces hommes que l’on met en avant quand il faut faire rayonner la France mais que l’on oublie trop souvent quand il faut les défendre.Cet amendement peut paraître symbolique, mais les symboles comptent. Mentionner les vignerons dans ce texte, c’est rappeler qu’ils font la fierté de l’agriculture française. Pendant que nous débattons ici, eux arrachent leurs vignes. Je veux que cette image nous hante collectivement : des ceps que des familles avaient plantés il y a plusieurs générations, des terres travaillées par des mains usées, des rangées entières que l’on détruit dans le silence, presque dans l’indifférence.
Oh là là…
Nos vignerons ont manifesté, ils ont crié leur détresse, ils ont demandé que l’on cesse de les abandonner face aux charges, face à la concurrence déloyale, face aux normes, face au découragement. Tandis que nous parlons de souveraineté agricole, comment oublier ceux qui ont fait rayonner la France dans le monde entier ?
Vous seuls les oubliez !
Quel est l’avis de la commission ?
Les vignerons font partie de la profession agricole, cet amendement est donc satisfait. Avis défavorable.
La parole est à Mme la ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire, pour donner l’avis du gouvernement.
Madame Galzy, je connais votre engagement aux côtés des viticulteurs, vous connaissez le mien. C’est un secteur pour lequel nous avons déployé beaucoup de mesures. Au sein de l’Union européenne, la France, en lien avec la profession viticole, est à l’initiative du train de mesures sur le secteur viticole – le paquet vin. Je me suis très souvent déplacée dans les territoires viticoles. Nous avons déployé des dispositifs budgétaires importants : le plan décidé en 2025 porte à 200 millions d’euros l’aide apportée à la filière viticole et 130 millions d’euros ont été prévus pour l’arrachage des vignes, auxquels s’ajoute l’aide européenne à la distillation. Nous travaillons avec l’ensemble de la filière sur la restructuration de la dimension coopérative de la viticulture.Personne ne peut douter de l’engagement du gouvernement en faveur de cette profession absolument capitale qui fait […]
Les apiculteurs !
Votre amendement distingue une profession par rapport à une autre, alors que le terme générique « agriculteurs » me semble largement suffisant. C’est pourquoi j’émets un avis défavorable.
La parole est à M. Éric Martineau.
L’article 5, qui concerne l’eau et le partage de l’eau, est important pour nos agriculteurs et notre agriculture puisque, nous le savons bien, le manque d’eau peut créer de vraies difficultés, y compris dans des zones plus ou moins tempérées telles que la vallée de la Loire, dont je suis issu. Je souhaite témoigner de ce qui s’y passe, étant moi-même agriculteur. Il y a trente-cinq ans environ – je ne suis pas tout jeune – nous avons pu réaliser une retenue collinaire avec une vingtaine d’agriculteurs. Si nous devions réaliser le même ouvrage en 2026, ce serait impossible, ou tellement compliqué que nous ne pourrions pas avancer.Il ne s’agit donc pas de détruire l’environnement ou d’être écologiquement irresponsable, comme on peut parfois l’entendre. Mais si quiconque est capable de me citer un seul ouvrage hydraulique construit ces dernières années dans la Sarthe, le département dont […]
La parole est à M. Philippe Schreck.
En l’état, nous sommes favorables à l’article 5, même s’il prévoit des dispositions somme toute modestes.La gestion de l’eau, son utilisation et sa gouvernance font partie des urgences de l’agriculture. Or l’article 5 tel qu’il nous est proposé ce matin n’est pas au niveau des attentes des agriculteurs. Il n’est pas à la hauteur des mutations indispensables à la survie des filières et à l’ambition de souveraineté alimentaire, car de quoi s’agit-il en réalité ? De remplacer des réunions publiques par des rendez-vous dans un bureau de mairie avec le commissaire enquêteur, de réorganiser un peu les organismes de gestion et de permettre sous conditions la poursuite des prélèvements – ce qui est une bonne chose – en cas d’annulation d’autorisation, dans l’attente de la régularisation.Dès lors, on a du mal à comprendre toutes les crispations et les nombreux amendements à cet article, à moins […]
La parole est à Mme Mathilde Hignet.
En 2025, le volume d’eau disponible avait diminué de 14 %. À rebours de la nécessaire stratégie de sobriété dans la gestion de la ressource en eau et de réduction de la dépendance de l’agriculture à l’irrigation, vous facilitez les projets d’infrastructures de stockage – autrement dit des mégabassines – et le maintien d’un modèle agro-industriel fortement consommateur en eau.Accélérer le développement des mégabassines vise, selon vos mots, à « sécuriser l’accès à l’eau des agriculteurs ». Or la surface agricole irriguée ne représente que 6,8 % de la surface agricole utile. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Pouvons-nous vraiment prétendre que les agriculteurs, dans leur majorité, réclament le développement du stockage de l’eau ?
Oui !
Et pour produire quoi ? Selon les chiffres du rapport France Stratégie 2024, 34 % des surfaces irriguées sont consacrées à des cultures destinées à l’exportation, 26 % produisent pour l’alimentation humaine et 28 % pour l’alimentation animale. Cet article ne répond ni aux besoins de tous les agriculteurs, ni à l’impératif de garantir notre souveraineté alimentaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Dans l’exposé des motifs du projet de loi, vous évoquez les consultations menées par le gouvernement en janvier 2026, mais répondre aux demandes d’Arnaud Rousseau ou des lobbys des irrigants ne suffit pas, madame la ministre ! Avez-vous consulté Christian Amblard, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique, qui estime que ces solutions sont court-termistes et constituent un non-sens écologique ? (Mêmes mouvements.) Avez-vous consulté les chercheurs […]
La parole est à M. Dominique Potier.
Le groupe socialiste suivra la ligne de la science, du partage et de la démocratie en matière d’eau. Nous avons relu la loi de 1964 relative au régime et à la répartition des eaux et à la lutte contre leur pollution, texte fondateur au sujet de ce bien commun qu’est l’eau. Nous pouvons parfois être nostalgiques du caractère visionnaire de nos prédécesseurs, dans cette assemblée et au gouvernement, et de leur capacité à se projeter, alors qu’ils vivaient une époque de prospérité dans laquelle les questions de dérèglement climatique ne se posaient pas.Tous les motifs qui les ont amenés à faire œuvre de prospective, à imaginer des capacités d’arbitrage démocratique avec les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) et les agences de bassin sont aujourd’hui remis en cause. Pourtant, le caractère urgent lié au dérèglement climatique et aux périls qu’il induit devrait nous inspirer […]
La parole est à M. Vincent Descoeur.
Dans un contexte de dérèglement climatique marqué par une plus grande irrégularité des précipitations, la disponibilité de l’eau est incontestablement un enjeu stratégique de souveraineté alimentaire. Si cette capacité à disposer d’eau en quantité suffisante et au bon moment n’est pas maîtrisée, notre production agricole, animale et végétale en sera immanquablement affectée et fragilisée. (Mme Sandra Marsaud applaudit.)Ce texte, en particulier son article 5, a pour ambition d’assurer que cette ressource en eau sera disponible aux périodes pendant lesquelles les agriculteurs en ont besoin. Le principe est d’une logique implacable : stocker l’eau lorsqu’elle est abondante – ou en surabondance, ce qui peut être très utile pour les territoires sujets aux inondations – pour en disposer lorsqu’elle se fait rare, en période de sécheresse.Quelques chiffres permettent d’éclairer notre débat et […]
Ce n’est pas ce qui écrit dans l’article 5 ! Lisez-le !
…qui pourraient d’ailleurs s’inscrire dans un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
La parole est à Mme Delphine Batho.
Certains territoires de France sont dans une grande souffrance, liée aux conflits qui éclatent autour de l’usage de l’eau. C’est le cas de celui dont je suis élue. Le nouveau régime climatique auquel nous sommes soumis menace gravement la ressource en eau pour tous les usagers, aussi bien les consommateurs d’eau potable que les agriculteurs, l’agriculture étant la première victime en France du changement climatique.Vous proposez cet article 5 en semblant ignorer que le changement climatique intervient dans un contexte où la ressource en eau est déjà très gravement abîmée en France. Faut-il rappeler que des zones de répartition des eaux existent depuis les années 1990, que nous déplorons une surconsommation de la ressource pour l’irrigation agricole par rapport à ce que les milieux peuvent fournir et, surtout, que nous devons affronter un problème majeur de santé publique, celui de la […]
La parole est à M. Julien Brugerolles.
Nous arrivons, avec les articles 5 à 8, au cœur des orientations les plus problématiques sur le plan environnemental.Ces dernières années, les conflits d’usage liés à la gestion de la ressource en eau et aux projets d’aménagement et stockage hydraulique soutenus notamment par le milieu agricole se sont accentués, entraînant parfois des réactions violentes et des victimes. La montée des tensions autour de la gestion de ce bien commun qu’est l’eau pourrait être largement évitée si la puissance publique assumait résolument le choix de garantir une gestion démocratique, publique et partagée de la ressource, en anticipant le changement climatique et en s’y adaptant, et surtout en prévenant les conflits d’usage.Nous disposons pour ce faire d’un cadre de gestion par bassin, avec ses institutions, notamment les commissions locales de l’eau (CLE) et les comités de bassin, qui fondent leurs […]
La parole est à M. Jean-Michel Brard.
Il est rare que je prenne la parole dans l’hémicycle sur ces sujets, mais je me dois de vous donner mon point de vue.
C’est sûr qu’on l’attendait tous !
Le changement climatique est une évidence, et la modification du rythme des pluies en est la première conséquence. Une sécheresse qui s’éternise durant de longs mois peut succéder à des épisodes de pluies intenses et frapper nos territoires de stress hydrique. Il n’est pas rare de constater, dans nos territoires, que des secteurs entiers, dépourvus de nappes phréatiques, ont des réserves très faibles. C’est le cas du Massif armoricain et du Massif central, où toute l’eau qui tombe part vers le point le plus bas, quand ce n’est pas directement à la mer – comme chez moi, en Loire-Atlantique.Nos citoyens ne comprennent pas que nous ne prenions pas des dispositions pour mettre en réserve toute cette eau qui tombe. C’est en tout cas ce qu’ils attendent de nous. Je ne suis pas là pour défendre des bassines mais des réserves d’eau, afin de capter ce qui tombe dans la nature et qu’il est […]
Excellent !
La parole est à Mme la ministre de l’agriculture.
Je souhaite faire quelques remarques liminaires. Je commencerai par vous dire que je partage le point de vue de Dominique Potier : l’eau est en effet un bien commun et vous savez que je suis, comme nombre d’entre vous, favorable à la reconnaissance du multi-usage. (MM. Jean-Pierre Vigier et Thierry Benoit applaudissent.)
Il faut fixer des priorités dans les usages !
L’une des voies pour apaiser les conflits qui se font jour, y compris dans cet hémicycle, est de rappeler que l’eau est un bien commun indispensable à la vie humaine. Elle sert évidemment à l’agriculture puisqu’elle est nécessaire à toute production alimentaire. Une tomate, faut-il le rappeler, est composée à 90 % d’eau.
Nous aussi, en fait !
Si l’on veut continuer à manger des tomates, il faut bien qu’il y ait de l’eau pour les faire pousser.
Toute l’année ?
Mais l’eau sert aussi à assurer la sécurité civile. Quand des incendies se déclenchent, par exemple en montagne, on est bien contents de trouver des réserves d’eau pour les éteindre.M. Brard a raison de rappeler que tous les territoires ne sont pas égaux pour ce qui est de la capacité à retenir l’eau dans le sol. Cette solution est bien entendu l’idéal – des modes de culture et des règles agronomiques peuvent y aider, pour autant que le sol ait une structure qui le permette. Je me suis rendue récemment dans une zone intermédiaire : la couche des sols pouvant absorber de l’eau y est faible. Vous avez évoqué la structuration du sol armoricain : ces territoires, hélas, subissent des inondations massives puisque l’eau ne peut pas pénétrer profondément dans le sol et la sécheresse, paradoxalement, s’y installe plus rapidement qu’ailleurs.Je rappelle aussi à l’ensemble des députés que le code […]
Il a raison !
Mégabassines, fermes usines, agro-industrie : c’est votre triptyque.
C’est votre politique !
Cela vous résume !
Je renonce à l’idée d’enrichir votre vocabulaire sur ce texte.
Oh, ça va !
Ce qu’il faut bien considérer, c’est que la France stocke très peu, et c’est bien son problème puisque seules 7 % des terres sont irriguées. Vous tenez un discours paradoxal, mesdames et messieurs les députés de La France insoumise : vous dites que ces mesures concerneraient moins de 7 % d’irrigants ; or, précisément, nous voulons augmenter cette proportion. Vous ne pouvez pas le déplorer alors que vous souhaitez maintenir les choses en l’état.
Vous entendez ce que vous voulez entendre !
Enfin, rappelons quelques chiffres. Il tombe chaque année 500 milliards de mètres cubes d’eau de pluie…
Tout va bien !
…et 200 milliards de mètres cubes d’eau douce partent à la mer. Voilà la réalité. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR et HOR.) Sur ces 500 milliards, l’agriculture en prélève 2 milliards. Qu’on ne me dise pas, après les inondations que nous avons connues, que la ressource aurait diminué cette année ! Ce n’est pas vrai. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)Avec 2 milliards de mètres cubes d’eau pour l’agriculture sur 500 milliards,…
Pour l’alimentation animale et pour l’exportation !
…convenez avec moi que le prélèvement est des plus raisonnables et qu’il peut être augmenté pour améliorer notre souveraineté alimentaire, car telle est, rappelons-le, la finalité de ce texte. Pour ce faire, nous avons besoin d’eau. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs des groupes Dem et HOR.)
La parole est à Mme la ministre de la transition écologique.
Il est clair que le dérèglement climatique sera de plus en plus prononcé, entraînant, comme le prédit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), des hausses importantes de température. La question du stockage de l’eau devra faire partie de nos politiques d’adaptation au réchauffement politique, qu’on le veuille ou non.
On le veut !
Ce n’est pas de l’adaptation, c’est de la mal-adaptation !
Nous abordons ici la question pour l’agriculture, mais il nous faudra l’aborder un jour de manière globale.D’autre part, qui dit stockage ne dit pas mégabassines, contrairement à ce que j’entends ! Je pourrais vous dresser une liste à la Prévert de toutes les autres possibilités que nous avons de stocker de l’eau.
Nous sommes d’accord, mais ce n’est pas ce qui est écrit dans le texte !
Je ne peux donc pas accepter un tel raccourci. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et Dem.)En matière de stockage de l’eau, il faut commencer à réguler, car il n’est pas question que certains accaparent les réserves.
C’est déjà le cas !
Nous allons en discuter lors de l’examen des amendements. Ce texte prévoit en effet des pistes de régulation, puisqu’il vise à encadrer par la loi certaines modalités de stockage liées à l’activité agricole.
Il n’existe pas, ce cadre !
Cela étant dit, je le répète : compte tenu de la nécessaire adaptation au réchauffement climatique, nous ne pourrons pas nous dispenser d’une discussion plus globale, d’ici peu, sur la question du stockage de l’eau. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – MM. Corentin Le Fur et Marc Fesneau applaudissent également.)
Je suis saisie de cinq amendements identiques, nos 237, 523, 1359, 1949 et 1471, tendant à supprimer l’article.Sur ces amendements de suppression, je suis saisie par les groupes Ensemble pour la République et La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à Mme Anne Stambach-Terrenoir, pour soutenir l’amendement no 237.
En commission, Mme la ministre nous a dit vouloir mettre fin à la guerre de l’eau.Selon le haut-commissariat à la stratégie et au plan, d’ici à 2050, plus de 88 % de notre territoire seront soumis chaque été à des tensions sur la ressource en eau. Or l’eau est un bien commun vital pour toutes et tous. La question de savoir comment la partager est donc cruciale.Votre projet est de favoriser les retenues en tous genres, dont les mégabassines, alors que les hydrologues et les chercheurs vous disent tous que c’est une mal-adaptation face au changement climatique (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP) et qu’au contraire, ces installations aggraveront les risques de sécheresse mais aussi d’inondations en empêchant l’eau de s’infiltrer dans les sols. Cela rendra les agriculteurs et l’agriculture plus vulnérables encore.En fait, madame la ministre de l’agriculture, les […]
Merci, chère collègue !
Alors oui, la fin de la guerre de l’eau, c’est la tyrannie d’un système, le vôtre, qui va contre… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. – Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière.)
La parole est à Mme Lisa Belluco, pour soutenir l’amendement no 523.
Nous sommes plusieurs à être frustrés dans ce débat. Madame la ministre, vous avez exprimé votre frustration de ne pas pouvoir enrichir le vocabulaire de nos collègues de La France insoumise. Quant à nous, nous aimerions pouvoir enrichir votre compréhension du grand cycle de l’eau. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et LFI-NFP)
Vous vous obstinez à ne pas vouloir entendre !
En effet, nous sommes frustrés que vous ne compreniez toujours pas, en tant que ministre de l’agriculture, les mécanismes du grand cycle de l’eau et du changement climatique. Manifestement, c’est peine perdue, puisque vous vous obstinez à reprendre des éléments de langage factuellement faux : l’eau de pluie tomberait en grande quantité, on en prélèverait peu et on pourrait en stocker davantage. Si c’était si simple, nous serions tous d’accord ! Certes, le constat est exact en volume, mais il ne l’est pas du point de vue du système, tous ces éléments étant interdépendants.Pour recueillir davantage d’eau dans les 500 milliards de mètres cubes qui tombent chaque année, ce qu’il faut faire, c’est la retenir là où elle tombe – nous ne cessons de nous répéter, nous aussi. Et pour que cela fonctionne, il faut parier sur les solutions issues de la nature : reméandrer les cours d’eau, restaurer […]
La parole est à M. David Taupiac, pour soutenir l’amendement no 1359.
Nous avons déposé cet amendement et le no 1949, que je défends en même temps, dans un esprit différent de celui des collègues qui viennent de s’exprimer. Notre objectif est de souligner que l’article 5 a été durci pendant les travaux de la commission, ce qui met en difficulté les organismes uniques de gestion collective (OUGC). Dans mon département, l’OUGC Irrigadour, chargé des prélèvements dans le fleuve Adour, voit chaque année ses autorisations contestées, qu’elles soient initiales ou temporaires, tout comme les arrêtés qui les encadrent. Cela crée une forte instabilité pour les irrigants, dans un territoire qui a pourtant bien besoin d’eau.Irrigadour est stigmatisé, car c’est un territoire où l’on cultive principalement du maïs. C’est le seul territoire du département dans ce cas, le contexte pédoclimatique n’étant adapté pratiquement qu’à cette culture. Je regrette les postures […]
(Les amendements identiques nos 1359 et 1949 sont retirés.)(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)
La parole est à M. Benoît Biteau, pour soutenir l’amendement no 1471.
L’article 5 repose sur un raisonnement biaisé : nous serions dans un monde manichéen où il y aurait, d’un côté, les gens opposés à l’irrigation et au stockage et, de l’autre, les gens pour.
Ça y ressemble un peu !
Or c’est beaucoup plus subtil que cela. (Mme Sandra Marsaud s’exclame.)Ça suffit, Sandra !C’est beaucoup plus subtil, y compris quand on veut faire du stockage : si l’aménagement du territoire ne permet pas d’assurer le grand cycle de l’eau, il est impossible de remplir les ouvrages de stockage. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS. – M. Dominique Potier applaudit également.) Or, dans l’article 5, aucune mesure préalable n’est prévue pour permettre la réussite du stockage de l’eau. C’est la raison pour laquelle nous vous invitons à supprimer l’article et à garantir, par un autre dispositif, le bon fonctionnement du grand cycle de l’eau dans les territoires : accueillir l’eau quand elle est abondante, la ralentir, la retenir, la laisser s’infiltrer et, ensuite, en disposer éventuellement pour remplir des réserves de stockage.Madame la ministre de l’agriculture, vous dites […]
Exactement !
…dans des ouvrages qui seront dysfonctionnels trois ou quatre ans sur dix. L’eau ne sera ni ralentie ni retenue, les équipements de stockage ne seront pas remplis et les agriculteurs ne disposeront pas d’eau pour irriguer leurs cultures. Voilà l’écueil ! Nous ne disons pas que nous sommes contre l’irrigation pour cultiver les fruits et légumes,…
Bien sûr que si !
…mais qu’il est nécessaire d’aménager le territoire. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)
Ce débat est important, et vous êtes donc nombreux à demander la parole. Je vous invite à vous mettre d’accord au sein de chaque groupe pour choisir l’orateur ou l’oratrice qui s’exprimera. Afin de garantir une discussion de bonne tenue, je vous appelle par ailleurs à éviter les familiarités et les interpellations directes. Cette remarque s’adresse à tous, notamment à M. Biteau. Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?
Ils visent à supprimer l’article 5 et procèdent d’une critique globale des projets de stockage. Je ne partage évidemment pas cette critique. Ne rien faire reviendrait à exposer nos exploitations agricoles et les autres usagers à une insécurité hydrique croissante, avec des conséquences économiques, alimentaires et territoriales majeures. Contrairement à ce qui a été dit, il n’y a pas de consensus scientifique pour condamner le stockage. Celui-ci peut être vertueux, cela a été démontré – je pense par exemple aux nappes phréatiques réactives en période de hautes eaux ou d’inondation majeure.Refuser par principe toute infrastructure de stockage revient à écarter un outil de l’adaptation au changement climatique parmi d’autres. (Exclamations sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Ce n’est pas le débat !
Si, c’est le débat…
Poursuivez, madame la rapporteure, sans répondre aux interpellations.
C’est donc un outil parmi d’autres, mais complémentaire d’autres solutions. Il peut être mobilisé dans des conditions encadrées et territorialisées.Par ailleurs, le dispositif ne se résume pas à une simple facilitation des projets de stockage. Il s’inscrit dans une logique d’encadrement et de responsabilisation, notamment à travers les projets de territoire pour la gestion de l’eau, qui reposent sur une logique de concertation entre l’ensemble des usagers. Il renforce également le rôle des organismes uniques de gestion collective afin d’améliorer la répartition de la ressource et de favoriser des pratiques plus efficientes.Pour toutes ces raisons, j’émets un avis défavorable. La suppression de l’article 5 fragiliserait la cohérence du texte.
Quel est l’avis du gouvernement ?
L’article 5 comble un certain nombre de vides juridiques et simplifie des procédures sans renier la démocratie de l’eau et la participation du public.
Ce n’est pas le sujet !
Surtout, il responsabilise les organismes uniques de gestion collective en les incitant à mieux prendre en compte le changement climatique dans les plans d’irrigation et à intégrer, à volumes constants, de nouveaux irrigants.En quoi l’article 5 consolide-t-il le cadre juridique des stockages et la répartition des volumes d’irrigation ? Il donne un statut juridique aux PTGE, qui n’en avaient pas.
Oui !
Il octroie aux préfets un pouvoir de substitution en cas de défaillance des OUGC. Il comble un vide juridique : en cas d’annulation d’une autorisation unique de prélèvement, il rend possible la délivrance d’une autorisation temporaire de deux ans – le temps de redéposer un dossier complet. Il confie aux OUGC une nouvelle mission d’adaptation de l’agriculture au changement climatique.En quoi l’article 5 simplifie-t-il l’accès à l’eau pour les agriculteurs ? Les réunions publiques dans le cadre de la procédure de consultation deviennent facultatives uniquement pour les projets de réserves de substitution intégrés à un PTGE, c’est-à-dire des projets qui ont déjà fait l’objet d’une concertation au niveau local. Les réunions publiques sont alors remplacées par la permanence d’un commissaire enquêteur en mairie, avec remise d’un rapport public.En réponse à certains orateurs, je précise que le […]
Heureusement !
Enfin, les OUGC devront répartir les volumes d’irrigation de façon juste entre les anciens et les nouveaux entrants dans l’irrigation. Pour toutes ces raisons, je donne un avis défavorable à ces amendements de suppression.
Très bien !
La parole est à Mme la ministre de l’agriculture.
Mme la ministre de la transition écologique a parfaitement résumé les raisons pour lesquelles nous sommes absolument opposés à ces amendements de suppression. L’un des arguments les plus étranges que j’ai pu lire dans leur exposé sommaire est que l’article 5 complexifierait la gestion de l’eau. C’est précisément l’inverse que nous faisons, puisque cet article traduit notre volonté de faire aboutir les projets lorsqu’ils sont raisonnables – Mme Barbut vient d’en faire la démonstration.Quant à l’idée selon laquelle recourir à un commissaire enquêteur plutôt qu’à une réunion publique serait anticonstitutionnel,…
En tout cas, c’est antidémocratique !
…je me permets de rappeler que le juge constitutionnel s’est déjà prononcé sur le sujet : la loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur – la loi « entraves » – contenait la même disposition concernant les bâtiments d’élevage et cette disposition a été validée. Affirmer que la mission accomplie par un commissaire enquêteur en mairie ne serait pas une démarche de consultation du public revient à remettre en cause une pratique répandue sur tout le territoire depuis longtemps et dont les usagers se saisissent très régulièrement !Un point est souvent mis en avant à gauche de l’hémicycle : il y aurait une appropriation indue de l’eau par quelques gros agriculteurs – vous êtes toujours dans cette logique de la lutte des classes agricole.
Elle existe !
Or ma collègue Mme Barbut l’a souligné, ce dispositif vise précisément à élargir l’accès à l’eau à tous les agriculteurs ! Les petits maraîchers et les producteurs de semences me disent qu’ils mourront s’ils n’ont pas d’eau. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Les gros producteurs ne sont donc pas les seuls concernés – mais il faudra quand même rappeler un jour le rôle de ces derniers pour la souveraineté alimentaire de notre pays ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, Dem et HOR. – M. Vincent Rolland applaudit également.)
Pour l’exportation !
La parole est à M. Dominique Potier.
Pour le groupe socialiste, l’évolution des OUGC prévue par l’article 5 n’est pas un problème : elle est plutôt positive et va dans le sens de la régulation. En revanche, nous sommes très méfiants au sujet de la gouvernance proposée.Il y a de véritables enjeux d’adaptation concernant la gestion de l’eau pluviale. À cet égard, entre les mégabassines et le zéro stockage, il existe un chemin – pour les semences, les légumes, l’abreuvement du bétail.Dans mon territoire, les opérateurs concernés – notamment quatre communautés de communes représentant 100 000 habitants, la chambre d’agriculture, la chambre de commerce et d’industrie – travaillent ensemble pour anticiper un partage de l’eau, y compris grâce à des stockages à caractère public, au bénéfice de l’ensemble des usages de l’eau. Or je ne retrouve pas cette approche dans l’article 5, si ce n’est dans l’avis consultatif de la CLE sur […]
Très bien !
…il attend les réponses de Mmes les ministres sur la gouvernance du PTGE et sur le renforcement du rôle de la CLE. Nous le redisons : entre la mégabassine et rien, il existe un chemin de raison et de partage.
La parole est à M. Philippe Schreck.
Nous avons besoin de progresser en matière de stockage de l’eau car nous avons pris du retard. C’est le cœur de l’urgence agricole.Alors que notre agriculture connaît des crises profondes, que nos agriculteurs sont en plein désarroi et que la souveraineté alimentaire devient problématique, la plupart des amendements de suppression reprennent tous les totems d’une gauche qui défie la ruralité et stigmatise nos agriculteurs.
Il a raison !
N’importe quoi !
Ce n’est pas du tout caricatural…
Vous faites tout en nuances et en subtilités !
Au fantasme des mégabassines s’ajoute à présent celui de la culture du maïs. En invoquant le prétexte d’une démocratie de l’eau – ce qui ne veut pas dire grand-chose –, vous souhaitez voir perdurer des concertations qui sont bien trop souvent des moments de tension, alimentés par des militants qui ne vivent pas sur place.Dès qu’on évoque les simplifications, les régularisations ou la réduction des délais, vous criez presque au coup d’État ! Sur la base d’une illusion idéologique, vous voulez réserver la gestion de la ressource en eau – pour reprendre la formulation de certains de vos amendements – à la seule agriculture biologique, elle-même dédiée à la seule alimentation humaine. Aussi vos amendements reviennent-ils à supprimer toute forme d’élevage dans notre pays…
Il y a de l’élevage en bio !
…et à permettre l’importation de denrées produites par des gens qui se moquent complètement de la ressource.
On en importe déjà !
Stigmatisation, suppression, création de conflits entre les types d’agriculture, militantisme de tous les instants : la gestion de l’eau en faveur de nos agriculteurs mérite autre chose ! Elle mérite des efforts, de la simplicité et du réalisme. Si j’ai pris bonne note que nous pourrions retravailler, à la faveur d’amendements, les dispositions relatives aux OUGC, nous sommes totalement opposés aux amendements de suppression de l’article 5. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
La parole est à M. Jean-Pierre Vigier.
Le groupe Droite républicaine votera contre ces amendements de suppression.Le constat est le suivant : sur une année, la quantité d’eau de pluie reste la même, mais les précipitations sont désormais plus fortes au printemps et en automne, alors que l’eau manque en été. Nous proposons de réaliser des retenues collinaires pour capter l’eau quand elle est abondante afin de la restituer – elle ne disparaît pas – lorsqu’on en a besoin.
« Retenues collinaires » n’est écrit nulle part dans le texte !
Ce ne sont pas des mégabassines, on ne pompe pas l’eau dans les nappes, et ces retenues collinaires sont multi-usages – ce mot est très important –, l’usage prioritaire étant la sécurité incendie. Je rappelle qu’en zone de montagne, le réchauffement climatique se traduit par une augmentation des températures de 2 oC, contre 1,4 oC en plaine. Chez moi, où nous subissons des incendies durant l’été, nous sommes bien heureux de disposer de retenues collinaires pour limiter leur progression. Je prends un exemple : grâce à ces retenues, un incendie qui menaçait un village et 200 hectares de terre a été circonscrit sur 80 hectares.Je rappelle en outre, mesdames les ministres, que l’élevage est une activité économique créatrice d’emplois dans nos territoires, notamment en montagne, et qu’il entretient les paysages. En l’absence de retenues collinaires, quid de l’abreuvement et de l’élevage ?Il […]
La parole est à Mme Dominique Voynet.
Madame la ministre de l’agriculture, vous nous avez dit que 500 milliards de mètres cubes d’eau tombent chaque année. La question n’est pas de savoir s’il faut stocker l’eau, mais à quelles conditions et comment le faire. En matière de pompage des nappes phréatiques, nous demeurons très laxistes, alors que nous devrions nous interroger sur les conditions écologiques, sociales, financières et territoriales qui peuvent le justifier.Madame la ministre de la transition écologique, vous nous avez dit qu’il faudrait commencer à réguler. Or, depuis les lois sur l’eau de 1964 et de 1992, ça fait longtemps qu’on régule ! Des outils efficaces existent. Je vous invite à venir dans le Haut-Doubs, où le Sage fonctionne de façon optimale.
Eh bien, venez dans le Tarn !
On a été capables non seulement de ne pas répéter les erreurs du passé, mais aussi de réparer les dégâts, en reméandrant les rivières, en remédiant à l’enrochement des berges, en luttant contre l’imperméabilisation de zones dévastées, en restaurant la capacité de stockage des tourbières. Voilà ce qu’il faut faire ; il ne faut pas se contenter d’arbitrer entre irrigants !Au demeurant, arbitrer entre les usages de l’eau, cela implique d’arbitrer entre l’ensemble des usagers de l’eau : entre les agriculteurs irrigants et les agriculteurs non irrigants ; entre les agriculteurs et les autres usagers, par exemple les ostréiculteurs en Charente,…
Charente-Maritime !
…qui se posent des questions sur la qualité de l’eau qui leur est fournie.
On ne boit pas l’eau salée !
Enfin, la rumeur insistante circule que vous seriez déjà en train de réécrire l’article 5 avec le Sénat. J’aimerais être sûre que tel n’est pas le cas ; sinon, nous perdons notre temps !
La parole est à Mme Sandra Marsaud.
Moi aussi élue de l’ancienne région Poitou-Charentes, je voudrais dire que, dans mon territoire, on n’a pas de chance : il n’y a pas beaucoup de collines ; il y a plutôt des plateaux et des fonds de vallées,…
C’est beau quand même !
…des surfaces planes, et l’eau ne reste pas dans le sol. Le contexte pédoclimatique local est la première chose dont il faut tenir compte, et je remercie à cet égard les collègues David Taupiac et Jean-Michel Brard d’avoir parlé de leur région. Quand on a des sols qui ne conservent pas l’eau et dont le substrat ne permet pas des cultures suffisamment diversifiées, on doit faire des réserves d’eau. C’est ce que l’on fait depuis plus de trente ans en Charente, où nous disposons de réserves de substitution qui ne sont pas des mégabassines mais qui sont bâchées. Je dis à ceux qui doutent et évoquent les réserves collinaires qu’il faut aussi d’autres types de réserves.Depuis trente ans, ces réserves ont permis l’installation de maraîchers et d’agriculteurs en bio ou en agriculture raisonnée, donc une diversification salvatrice pour notre territoire. Moi, je ne veux pas voir les cultures […]
Waouh !
…fabriquée avec du blé charentais pour partie irrigué.Ces réserves d’eau ont évidemment évolué au gré de la réglementation. Elles ont fait l’objet de concertations, auxquelles certains de nos collègues ont participé. La concertation est en effet au cœur de ces projets de réserves d’eau depuis trente ans.Pour conclure, seule une certaine partie de l’hémicycle parle de guerre de l’eau. Nous, nous souhaitons un dispositif modéré et nous refusons la suppression de l’article 5. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et DR. – Mme Stella Dupont applaudit également.)
La parole est à Mme Anne Stambach-Terrenoir.
Alors que nous discutons de l’article 5, M. Julien Le Guet, porte-parole de l’association Bassines Non Merci, fait face à plusieurs procès (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – Exclamations sur quelques bancs du groupe EPR) et même à une condamnation inouïe à une peine de six mois de port de bracelet électronique pour avoir organisé des manifestations contre les mégabassines de Sainte-Soline.
Il a pénétré dans des exploitations privées et menacé des enfants !
L’une de ces manifestations avait réuni des milliers de personnes, avant de faire face à une répression sanglante, qui restera comme une tâche indélébile dans l’histoire de notre République. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RN et EPR.)Nous débattons de cet article au moment où la justice environnementale ne cesse de trancher contre les mégabassines. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Lisa Belluco applaudit également.) Il y a quelques jours, le rapporteur public a demandé la destruction de cinq mégabassines en Charente-Maritime. Il y a quelques mois, la cour administrative d’appel de Bordeaux a déclaré illégales des autorisations de prélèvement dans le bassin versant du Marais poitevin. Ce ne sont que quelques exemples.Il faut arrêter de mentir aux gens : nous ne parlons pas de quelques petites […]
Très bien !
On en a besoin !
En cinq ans, 450 nouvelles structures de stockage ont été installées, ce qui représente 15 millions de mètres cubes d’eau stockée en plus, alors que la sécheresse ne cesse de s’aggraver.
Les mégabassines conservent 7 % de l’eau de pluie !
La vérité, c’est que vous avez choisi votre camp, celui de l’agro-industrie, contre l’intérêt général, et que vous voulez nous faire taire ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Vous voulez faire taire les citoyens, non seulement par la répression, mais aussi en supprimant le débat public. Comme ça, vous serez tranquilles ! Vous voulez faire taire la justice lorsqu’elle défend l’intérêt général en permettant au préfet de prolonger tranquillement, pour deux ans, les autorisations qui seraient illégales.
C’est un scandale !
Les macronistes laisseront le souvenir de fossoyeurs de la démocratie et de nos conditions de survie. Heureusement, 2027 arrive ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Sandrine Marsaud s’exclame.)
La parole est à M. Thierry Benoit.
Au nom du groupe Horizons & indépendants, je rappelle la position que nous avons exprimée lors de la discussion générale et au début de l’examen de l’article 5, par la voix de Jean-Michel Brard. Mesdames les ministres, nous vous soutiendrons dans votre volonté de travailler avec le Parlement sur les questions de la bonne gestion, de la préservation et du stockage de la ressource en eau.S’agissant de la bonne gestion, il convient de trouver un équilibre, car la souveraineté agricole et alimentaire sera un enjeu crucial des décennies à venir sur tous les continents. Les mouvements agricoles de l’hiver dernier ont fait émerger des sujets saillants, et la question de l’eau en fait partie. C’est aussi un point saillant, depuis l’origine, de ce projet de loi d’urgence agricole, raison pour laquelle les députés du groupe Horizons & indépendants s’opposeront aux amendements de suppression de […]
La FNSEA !
La parole est à M. Julien Brugerolles.
Je suis entièrement d’accord avec mon collègue Potier.Madame Barbut, vous avez dit que cet article visait à instaurer un début de cadre juridique. Nous pensons, au contraire, qu’il défait le cadre actuel de gestion de l’eau. (M. Dominique Potier, Mme Lisa Belluco et Mme Dominique Voynet applaudissent.)Nous disposons en effet d’un cadre très cohérent, avec les Sage et les Sdage – schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux. Leurs instances de concertation, à l’échelle des bassins, fixent des priorités dans la gestion des usages. Or on instaure petit à petit un cadre dérogatoire, notamment avec les PTGE, dont on ne connaît pas la gouvernance. C’est un vrai problème, car les PTGE, qui sont une partie des Sage et Sdage, portent sur la gestion à l’intérieur même des bassins versants. On perdra toute cohérence. Il est au surplus très grave que la participation du public aux outils […]
La parole est à M. Alexandre Allegret-Pilot.
Le groupe UDR s’opposera à ces amendements quelque peu fanatiques. Je suis ravi d’apprendre que l’eau est bien gérée dans le Doubs, mais qui en sera surpris ? On connaît le nombre de rivières et de marais dont dispose le département.
Il y a aussi l’amont du bassin versant !
Prenons plutôt l’exemple de Marie-Galante. La vie humaine aurait-elle pu y prospérer sans réserves en eau ? Les stocks d’eau sont la condition de la vie sur l’île !Vous croyez peut-être que les agriculteurs constituent des réserves pour s’amuser. Tel n’est pas mon cas, d’autant que tous les bassins ne sont pas équivalents. Laissez-moi vous parler du Gard, dont je suis député. Vous connaissez peut-être les épisodes cévenols, ces pluies diluviennes qui interrompent souvent une sécheresse terrible et provoquent des inondations.
Tout à fait !
Où finit cette eau ? Je vous le donne en mille : à la mer !
L’eau n’est pas perdue quand elle va à la mer !
Vous voulez diversifier l’agriculture et adapter la culture de la vigne. Or la diversification passe par la constitution de réserves en eau, notamment pendant les épisodes cévenols, pour éviter que l’eau ne parte à la mer ou ne soit impropre à la consommation.Nos agriculteurs ont besoin de flexibilité pour organiser le stockage de l’eau. Libérons les agriculteurs, repeuplons nos campagnes et réduisons notre dépendance alimentaire !
Je regrette, madame Bamana, de ne pouvoir vous donner la parole : M. Schreck s’est déjà exprimé pour votre groupe.La parole est à M. Pascal Lecamp.
Les différentes interventions me procurent une forme d’optimisme. Nous sommes partis des constats des deux ministres : la ministre de la transition écologique défend qu’à terme, il faudra trouver des solutions de stockage de l’eau – le réchauffement climatique ne nous laisse aucune alternative – et la ministre de l’agriculture rappelle que la gestion de l’eau ne concerne pas seulement l’agriculture, mais tous les usages répondant aux besoins en France – ceux des entreprises ou la consommation d’eau potable.Je suis élu dans la Vienne où, lors des deux dernières années, la moitié des robinets n’ont plus distribué d’eau potable en juillet et en août.Nous devons nous poser ces questions collectivement. L’idéal aurait sans doute été de débattre d’une loi sur l’eau qui intègre tous les usages. Il est indispensable que la France se dote d’un tel texte. Cela figurera peut-être dans les […]
C’est dans le programme de La France insoumise !
Puisque nous n’aurons pas le temps de débattre ici d’une telle loi, revenons à l’agriculture. Mes collègues et moi voterons contre les amendements de suppression de l’article 5, pour que, dans les heures ou les semaines qui viennent, l’hémicycle sorte grandi d’avoir adopté un texte, sinon de consensus, du moins dans lequel chacun aura pu faire bouger des curseurs, dans le respect de l’autre. Au lieu de se livrer un combat sur le partage de l’eau, il faut viser une gestion de l’eau raisonnable et raisonnée.S’agissant des PTGE, je suis d’accord avec mes collègues Thierry Benoit, Dominique Potier et Julien Brugerolles : la gouvernance pose problème car on ne sait pas qui a la responsabilité des études et des plans. J’en veux pour preuve que, dans la Vienne, avec l’accord du préfet, il a été décidé, au dernier moment, de retirer le PTGE du Sage, pour en confier la responsabilité au […]
La parole est à Mme la rapporteure pour avis.
Plusieurs choses inexactes ont été dites au sujet des PTGE. D’abord, nous allons inscrire les PTGE dans la loi – ce qui était prévu dès la version initiale du texte. C’est une avancée, puisqu’ils n’ont à ce stade qu’une existence réglementaire. Ensuite, dans la pratique, les PTGE reposent sur une démarche concertée et multi-usage.
Qui prend part à la concertation ?
Tous les usagers qui sont parties prenantes à ces projets. D’ailleurs, vous l’avez rappelé, la commission a prévu l’association de la CLE, qui représente tous les usagers de l’eau, à l’élaboration et au pilotage du PTGE. Je ne peux donc accepter les commentaires selon lesquels les PTGE ne sont pas le résultat d’une concertation multi-usage.L’article 5, combiné à l’article 6, ménage un équilibre : on donne toujours une chance à la gouvernance locale et à la démocratie locale de l’eau, mais on propose aussi une solution pour sortir des situations d’enlisement ou de blocage.
La parole est à Mme la ministre de l’agriculture.
J’ai commis tout à l’heure une petite erreur : la mention d’une « politique active de stockage de l’eau » figure non pas dans le code rural, mais dans le code de l’environnement. Autrement dit, le code de l’environnement constate qu’une politique active – donc de développement – du stockage de l’eau est nécessaire.Souvent, les Français ont des positions plus sages que celles qui sont parfois exprimées dans la sphère politique : d’après un sondage très récent, dont la revue L’Hémicycle fait mention, 73 % d’entre eux estiment que l’écologie et l’économie doivent être pensées ensemble.
Tous les Français le pensent, et nous aussi ! C’est un chiffre absurde !
On aimerait rencontrer les 27 % restants…
C’est précisément la voie dans laquelle il faut s’engager. Madame la députée, vous plaidez, en somme, pour une guerre de l’eau. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Pourtant, quand je suis allée dans les Deux-Sèvres, j’ai constaté que le territoire était profondément blessé et que ses acteurs souhaitaient aborder la question de l’eau de façon posée et responsable, de façon apaisée. Vous, vous voulez radicaliser les points de vue.
Ce n’est pas le sujet ! Vous dites n’importe quoi !
Nous, nous voulons les réconcilier. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et HOR.)
La parole est à Mme la ministre de la transition écologique.
La gouvernance des PTGE sera précisée par un décret en Conseil d’État. La philosophie de leur fonctionnement actuel est définie dans l’instruction du 7 mai 2019, qui prescrit une approche globale de la ressource avec l’ensemble des parties prenantes. Nous clarifierons le point suivant : la gouvernance d’un PTGE ne peut se limiter à un nombre restreint d’acteurs. Les PTGE, qui constituent des enceintes extrêmement locales, réuniront donc les mêmes acteurs que ceux qui interviennent à une échelle plus globale.
Il faut l’écrire dans la loi !
Nous avons écrit dans le projet de loi qu’un PTGE ne pouvait pas contredire un Sage. L’intérêt des PTGE réside dans leur gouvernance, conçue pour s’exercer au plus près des intérêts locaux. Ils s’ajouteront ainsi à une myriade d’acteurs.Je suis d’accord avec ce que plusieurs d’entre vous ont dit : il nous faudra rapidement une loi sur l’eau, qui porte sur l’ensemble des usages. Peut-être devrons-nous attendre pour cela la prochaine élection présidentielle.
C’est dans notre programme !
C’est dans le programme de beaucoup de monde, et tant mieux, parce que le sujet est essentiel pour l’ensemble des Français !Cela dit, nous traitons aujourd’hui de l’urgence agricole. Saisissons cette occasion pour aborder l’aspect agricole de la question de l’eau,…
En sacrifiant tous les autres aspects ?
…qu’il faudra poser, je l’admets, à l’échelle de la France et de l’ensemble de nos usages – domestiques, industriels et agricoles.
Il va falloir planifier réellement !
Je mets aux voix les amendements identiques nos 237, 523 et 1471.
(Il est procédé au scrutin.)