Séance du 19 février 2026 /// n°158 /// 909 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2025 -2026

Séance du 19 février 2026 — 158e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Christophe Blanchet.

909prises de parole
70orateurs
10points à l'ordre du jour
25scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
5548 l'amendement n° 8 de M. Hetzel et les amendements identiques suivants de suppression de l'article 3 de la proposition de loi relative au droit à l'aid… 55 / 93 rejeté
5549 l'amendement n° 44 de M. Hetzel et l'amendement identique suivant à l'article 3 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième… 54 / 87 rejeté
5550 l'amendement n° 271 de M. Hetzel à l'article 3 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 56 / 84 rejeté
5551 l'amendement n° 313 de Mme Gruet à l'article 3 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 55 / 90 rejeté
5552 l'amendement n° 65 de M. Di Filippo et les amendements identiques suivants à l'article 3 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir … 60 / 85 rejeté
5553 l'amendement n° 446 de Mme Gruet et les amendements identiques suivants à l'article 3 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (de… 64 / 84 rejeté
5554 l'amendement n° 1125 de M. Juvin à l'article 3 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 67 / 81 rejeté
5555 l'amendement n° 9 de M. Hetzel et les amendents identiques suivants de suppression de l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide … 60 / 88 rejeté
5556 l'amendement n° 1296 de M. Lenoir à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 52 / 79 rejeté
5557 l'amendement n° 66 de M. Di Filippo et les amendements identiques suivants à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir … 59 / 73 rejeté
5558 l'amendement n° 851 de M. Sitzenstuhl à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 49 / 67 rejeté
5559 l'amendement n° 771 de Mme Lebon et l'amendement identique suivant à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxièm… 45 / 57 rejeté
5560 l'amendement n° 770 de M. Monnet et l'amendement identique suivant à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxièm… 30 / 49 rejeté
5561 l'amendement n° 1687 de M. Bazin à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 48 / 78 rejeté
5562 l'amendement n° 318 de Mme Gruet et l'amendement identique suivant à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxièm… 41 / 45 rejeté
5563 l'amendement n° 631 de M. Peu à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 52 / 79 rejeté
5564 l'amendement n° 10 de M. Hetzel et les amendements identiques suivants à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deu… 67 / 67 rejeté
5565 l'amendement n° 1126 de M. Juvin et les amendements identiques suivants à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (de… 55 / 81 rejeté
5566 l'amendement n° 1175 de M. Pilato à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 11 / 123 rejeté
5567 l'amendement n° 652 de M. Peu et les amendements identiques suivants à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxi… 70 / 74 rejeté
5568 l'amendement n° 277 de M. Bazin et les amendements identiques suivants à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deu… 57 / 81 rejeté
5569 l'amendement n° 92 de M. Le Fur et les amendements identiques suivants à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deu… 47 / 77 rejeté
5570 l'amendement n° 1354 de Mme Firmin le Bodo et l'amendement identique suivant à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mouri… 57 / 65 rejeté
5571 l'amendement n° 1331 de Mme Colin-Oesterlé à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxième lecture). 32 / 83 rejeté
5572 l'amendement n° 106 de Mme Godard et l'amendement identique suivant à l'article 4 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (deuxiè… 63 / 59 adopté

Verbatim Le compte rendu

Tours 401 à 600 sur 909 — page 3 / 5.

Article 4 (suite)

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #548

Ce sont des amendements sémantiques sur des questions que nous avons vues et revues – d’ailleurs, plusieurs collègues les ont défendus sans les défendre ; je ne reviendrai donc pas dessus.Je voudrais dire à M. Le Fur qu’on ne peut vraiment pas qualifier le processus législatif sur la fin de vie de précipité. On peut être d’accord ou pas d’accord, mais je me souviens de débats anciens – et pourtant je ne suis pas un ancêtre. Nous avons ces débats depuis très longtemps.

Très bien !

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #551

Par ailleurs, nous procédons en réalité à une troisième lecture : la première a eu lieu en 2024, la « seconde première » en 2025, puis cette deuxième qui est en fait une troisième lecture à présent. Comment peut-on, dès lors, parler de précipitation ? D’ailleurs, parmi les amendements déposés, très peu sont nouveaux par rapport à ceux qui ont été examinés en première lecture.

J’en ai déposé des nouveaux qui ont été déclarés irrecevables !

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #553

Je ne suis pas responsable de la recevabilité des amendements, monsieur Gosselin, mais je vous le concède.

Vous n’êtes pas mis en accusation !

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #555

Les amendements déposés en deuxième lecture sont identiques à ceux déposés lors de la première. Ce n’est pas une critique car je comprends que des parlementaires veuillent convaincre en reprenant leurs arguments, et il est normal d’en reparler. En revanche, si je comptais le nombre d’heures que j’ai passées sur les débats sémantiques, cela stupéfierait les Français qui ne les ont peut-être pas suivis aussi longuement que nous. En tout état de cause, le texte n’est vraiment pas examiné à la va-vite.Avis défavorable sur tous les amendements en discussion commune.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #558

À propos de la crainte d’un éventuel retour du pouvoir médical, je rappelle que c’est une procédure collégiale et non la décision d’un médecin seul. C’est donc un peu différent d’un pouvoir médical direct où le médecin entrerait dans la chambre et dirait : Tenez, vous voulez l’aide à mourir, on vous la donne. Il ne faut pas caricaturer.Par ailleurs, monsieur Juvin – mais d’autres intervenants sont également concernés –, je ne crois pas que nous devions passer le débat à citer des maladies. Si des gens qui en sont atteints nous regardent, ces propos peuvent susciter leurs craintes alors que certaines maladies citées ne sont pas considérées comme incurables à notre époque et que chaque malade est différent. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et SOC.) Si vous prenez deux malades souffrant de la même affection, vous savez très bien que leur espérance de vie diffère car […]

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #560

Tout à fait !

Stéphanie Rist ministre · EPR #561

Chaque malade, même s’il est atteint de la même maladie qu’un autre, est un cas à part. Avis défavorable.

La parole est à M. Corentin Le Fur.

Je salue la qualité des débats, respectueux et intéressants, et je reconnais qu’ils sont anciens. Je regrette cependant, alors que la belle proposition de loi sur les soins palliatifs que nous venons de voter…

Une députée LFI-NFP #564

Elle n’est pas encore votée !

…n’est pas encore mise en application, que nous légiférions déjà pour aller plus loin. La loi Claeys-Leonetti a été adoptée il y a moins de dix ans. Il me semble que nous ne sommes pas encore prêts pour ce saut, mais c’est un avis personnel et je vois bien qu’il n’est pas majoritaire dans cet hémicycle. Cependant, comme le dirait Cyrano, « on ne se bat pas dans l’espoir du succès », « c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ».

La parole est à M. Philippe Vigier.

Tout d’abord, monsieur Le Fur, votre prédécesseur était très actif sur le sujet : je me souviens qu’il était signataire des 2 000 amendements qui avaient été déposés. Je n’imagine pas une seconde qu’il n’y ait pas eu de transmission et de sensibilisation sur ce texte. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)Ensuite, reconnaissez au moins que nous avons mis les mots sur les choses. Vous dites qu’on ne parle pas de la mort, monsieur Bazin, mais qu’est-ce qu’une substance létale ? C’est une substance qui donne la mort.Enfin, vous avez dit, monsieur Bazin, que des centaines de milliers de personnes pourraient être concernées chaque année, or il y a eu 630 000 morts en France l’année dernière. Ce chiffre est donc totalement décalé par rapport à la vérité.Enfin, s’agissant des cirrhoses, sur lesquelles vous nous avez interrogés, cher collègue Juvin, entre une cirrhose débutante et […]

#571

(L’amendement no 314 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Christophe Blanchet president · Dem #572

Je mets aux voix les amendements identiques nos 66, 90, 516 et 669.

#573

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #574

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 132 Nombre de suffrages exprimés 132 Majorité absolue 67 Pour l’adoption 59 Contre 73

#575

(Les amendements identiques nos 66, 90, 516 et 669 ne sont pas adoptés.)

#576

(Les amendements identiques nos 541, 975 et 1652 ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Christophe Blanchet president · Dem #577

Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 465 et 913. La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 465.

article 4 · amendement 465

Cet amendement particulièrement intéressant de notre collègue Josiane Corneloup précise que, pour que le consentement de la personne soit libre et éclairé, nous devons être certains qu’en amont du recours au suicide assisté ou à l’euthanasie, l’accès aux traitements adaptés et aux soins palliatifs a été effectivement garanti à la personne, comme l’a dit notre collègue Le Fur. C’est exactement le débat que nous avons eu lors de l’examen du texte précédent. Ensuite, c’est au patient de décider – sa liberté est totale.

article 4 · amendement 465
Christophe Blanchet president · Dem #579

L’amendement no 913 de Mme Anne-Laure Blin est défendu.Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

article 4 · amendement 465
Brigitte Liso rapporteure · EPR #581

Nous en avons déjà parlé, donc je ferai la même réponse que précédemment : l’ajout de ce critère risquerait d’entraver la volonté des malades qui ne souhaitent pas attendre que telle ou telle offre de soins soit disponible sur leur territoire. Il est nécessaire de respecter le principe de l’autonomie du patient, conformément à la loi Kouchner de 2002.Certains ont tendance à opposer un peu trop facilement à mon goût les soins palliatifs et l’aide à mourir, et à considérer que les gens auront recours à l’aide à mourir parce qu’il n’y a pas suffisamment de soins palliatifs sur leur territoire.

Exactement !

Brigitte Liso rapporteure · EPR #584

Ce constat est valable à l’échelle du territoire français, je suis d’accord – nous en avons parlé longuement. Mais dans certains territoires, en particulier dans mon département, le Nord, la dotation en soins palliatifs est supérieure à la moyenne, voire suffisante. Il n’empêche que, régulièrement, des citoyens nordistes vont demander l’aide à mourir en Belgique. Ainsi, il ne faut pas opposer ces deux possibilités.Avis défavorable sur les amendements.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #587

Je comprends vos questionnements. Nous avons beaucoup échangé ces derniers jours au sujet de l’offre de soins palliatifs. Je le répète, l’objectif est de disposer d’unités de soins palliatifs dans tous les départements. À l’horizon 2027-2028, il en restera quatre au maximum qui n’en n’auront pas – pas une vingtaine, comme j’ai pu l’entendre. Nous essayons évidemment d’éviter que ces départements en restent dépourvus. Il faut continuer à travailler en ce sens – c’était tout l’enjeu du texte relatif aux soins palliatifs.Enfin, je ne crois pas que nous puissions dissocier complètement les soins palliatifs et l’aide à mourir, parce que les malades concernés sont les mêmes.Avis défavorable.

La parole est à M. Thibault Bazin.

Madame la rapporteure, selon vous, ces amendements ne respecteraient pas la volonté des patients. Il faut citer le Conseil d’État, y compris quand ses analyses ne vont pas dans votre sens. Dans une étude de 2018 intitulée « Révision de la loi bioéthique : quelles options pour demain ? », celui-ci avait considéré que « l’expression d’une demande d’aide anticipée à mourir ne devrait jamais naître d’un accès insuffisant à des soins palliatifs. L’accès à des soins palliatifs de qualité constitue ainsi une condition indispensable à l’expression d’une volonté libre et éclairée du patient dans les derniers moments de la vie et, plus largement, un préalable nécessaire à toute réflexion éthique aboutie sur la question de la fin de vie. »Pour respecter vraiment le critère du consentement libre et éclairé, l’accès aux soins est fondamental. C’est même une contrainte qui peut s’imposer à la […]

La parole est à M. Jean-François Rousset.

On doit faire très attention quand on prend des exemples de pathologies comme la cirrhose ou d’autres. Considérer qu’un malade qui a une cirrhose relève soit de la fin de vie, soit des soins palliatifs, c’est faire un raccourci et ce n’est pas tout à fait exact. Un nombre notable de malades qui ont des cirrhoses peuvent actuellement bénéficier d’une transplantation hépatique – l’hôpital Paul Brousse publie régulièrement à ce sujet. Évitons les raccourcis. Si nous parlons médecine, alors faisons-le. La médecine est un art, mais elle s’appuie sur des vérités scientifiques ; ne prononçons pas de contrevérités.

#596

(Les amendements identiques nos 465 et 913 ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts

Ne devions-nous pas voter par scrutin public ?

La demande a été présentée trop tard.La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 851.

Il vise à ajouter un garde-fou dans la rédaction de cet article en précisant que les critères doivent être remplis de façon certaine et définitive. J’en profite pour revenir sur le débat d’il y a quelques instants sur les maladies. Sur le fond, je ne suis pas compétent – n’étant pas médecin, je ne sais pas qualifier les maladies –, je ne pourrais pas en parler.Sur la forme, le gouvernement considère que l’on ne doit plus parler de maladies particulières. Dans ce cas, cela doit s’appliquer à l’ensemble des orateurs de cet hémicycle. Le gouvernement a été gêné par le fait que nous évoquions les cirrhoses ; mais j’entends depuis hier qu’on parle beaucoup de la maladie de Charcot de l’autre côté de l’hémicycle. Si une règle est fixée, elle doit concerner toutes les pathologies et tous les bancs – les 577 députés de cet hémicycle. Nous ne pouvons pas avoir des règles à géométrie variable […]

article 4 · amendement 465

Quel est l’avis de la commission ?

Brigitte Liso rapporteure · EPR #603

Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #605

Je suis défavorable à l’amendement, mais je rejoins complètement les propos de M. Sitzenstuhl : le refus de stigmatiser vaut pour l’ensemble des maladies.

Christophe Blanchet president · Dem #606

Je mets aux voix l’amendement no 851.

#607

(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

Christophe Blanchet president · Dem #608

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 117 Nombre de suffrages exprimés 116 Majorité absolue 59 Pour l’adoption 49 Contre 67

#609

(L’amendement no 851 n’est pas adopté.)

Christophe Blanchet president · Dem #610

Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 139 et 316.L’amendement n° 139 de Mme Marie-France Lorho est retiré.

article 4 · amendement 139
#611

(L’amendement no 139 est retiré.)

Christophe Blanchet president · Dem #612

La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 316.

article 4 · amendement 316

Vous me direz qu’il est satisfait car le malade doit répondre à toutes les conditions. Toutefois, écrire les choses le plus clairement possible permet de les rendre intelligibles. Il m’a semblé intéressant d’inscrire dans la loi le mot « cumulatives », pour qu’on voie au premier coup d’œil que les cinq critères doivent être cumulatifs.

article 4 · amendement 316

Quel est l’avis de la commission ?

Brigitte Liso rapporteure · EPR #615

Vous m’ôtez les mots de la bouche : effectivement, votre amendement est déjà satisfait. Avis défavorable.

Nous faisons parfois des lois plus bavardes !

#617

(L’amendement no 316, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Christophe Blanchet president · Dem #618

La parole est à Mme Élise Leboucher, rapporteure de la commission des affaires sociales, pour soutenir l’amendement no 1178.

article 4 · amendement 1178
Élise Leboucher rapporteure de la commission des affaires sociales · LFI #619

Il porte sur l’un des sujets sur lesquels nous ne nous attardons pas en deuxième lecture, contrairement à la première lecture : l’âge. Nous avons déposé cet amendement centré sur les mineurs émancipés, car nous ne voulions pas mettre sous le tapis les situations bien réelles de mineurs qui tombent malades et décèdent. Sur le sujet qui nous concerne aujourd’hui, nous ne pouvons pas ne pas parler de ces jeunes qui souffrent. Que faisons-nous de leur libre arbitre alors que la vie leur est arrachée par la maladie ?En toute franchise, j’ai hésité à défendre cet amendement, mais j’ai reçu le témoignage d’un jeune de 17 ans en phase terminale, qui m’a convaincue de le faire et de prendre la parole, non pas pour que l’amendement soit adopté – les débats de l’année dernière nous ont montré qu’il ne passerait pas et les choses n’ont pas avancé depuis –, mais pour lui dire que la représentation […]

article 4 · amendement 1178

Quel est l’avis de la commission ?

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #622

Vous avez souhaité par cet amendement amener cette question dans le débat, ce qui est tout à fait légitime. En revanche, j’y suis défavorable. À moins que vous ne le retiriez, j’incite les collègues à ne pas le voter.

#623

(L’amendement no 1178, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Christophe Blanchet president · Dem #624

Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 771 et 1712. L’amendement no 771 de Mme Karine Lebon est défendu.La parole est à M. Christophe Marion, pour soutenir l’amendement no 1712.

article 4 · amendement 1178

C’est un amendement de débat, qui vise à poser la question de la condition de nationalité ou de résidence stable et régulière en France pour accéder à l’aide à mourir. Il ne me semble pas que cette condition soit absolument nécessaire. Je ne la trouve pas pleinement justifiée : le droit à l’aide à mourir, s’il est reconnu, le sera sur le fondement de la sauvegarde de la dignité humaine. Il devrait donc selon moi s’agir d’un droit universel, ouvert à tous, sans discrimination liée à la nationalité ou au statut de résident. J’ai une pensée pour tous ces Français qui, heureusement, trouvent aujourd’hui une solution en Belgique ou en Suisse. Il n’est pas inutile que notre pays se pose la question de l’accueil de personnes qui n’ont pas la nationalité française. (M. Louis Boyard applaudit.)

article 4 · amendement 1178

Quel est l’avis de la commission ?

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #628

Vous l’avez dit, c’est un amendement de débat. Vous souhaitiez exprimer cette position personnelle et nous l’entendons. En revanche, j’y suis clairement défavorable. Demande de retrait ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #630

Effectivement, les personnes étrangères n’auront pas le droit à l’aide à mourir. Nous avons mis l’accent sur l’accompagnement. Nous souhaitons éviter une certaine forme de tourisme médical, si j’ose dire, qui conduirait à ce que des personnes n’ayant pas bénéficié de tout le parcours d’accompagnement qui mène à l’aide à mourir y aient accès. Avis défavorable.

La parole est à Mme Julie Laernoes.

Cette question est essentielle. Nous avons eu des débats à ce sujet lors des différentes lectures. Nous soutenons ces amendements de bon sens. Alors que, depuis des années, des Français sont accueillis en Belgique pour accéder à une aide à mourir, il est sacrément culotté – pardonnez-moi l’expression – que la France n’autorise pas pour les ressortissants belges l’équivalent de ce que la Belgique a fait pour les Français. Monsieur Falorni, vous étiez présent lors d’une réunion publique sur le territoire de ma circonscription, où un médecin belge, Yves de Locht, disait exactement la même chose. La discrimination fondée sur la nationalité n’a pas sa place en matière de fin de vie. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et SOC.)

Christophe Blanchet president · Dem #633

Je mets aux voix les amendements identiques nos 771 et 1712. (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 105 Nombre de suffrages exprimés 102 Majorité absolue 52 Pour l’adoption 45 Contre 57

#635

(Les amendements identiques nos 771 et 1712 ne sont pas adoptés.)

Christophe Blanchet president · Dem #636

Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 317 et 1745. La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 317.

article 4 · amendement 317

Le tourisme se définit comme le déplacement temporaire d’une personne hors de son lieu de résidence habituel, sans intention d’installation durable. Le tourisme de l’aide à mourir désigne le fait de se rendre dans un autre État, dans le seul but de bénéficier d’un dispositif juridique plus favorable. Afin d’éviter toute pratique de contournement de la loi et de garantir que ce droit relève de la responsabilité nationale, l’amendement en réserve l’accès aux seules personnes de nationalité française.Quand des Français vont à l’étranger pour bénéficier d’un dispositif médical, la prise en charge n’est pas assurée par le pays qui les accueille, alors que si on recevait des personnes étrangères dans notre pays pour l’aide à mourir, celles-ci bénéficieraient de la prise en charge au même titre que celles et ceux qui contribuent à la sécurité sociale. Ce n’est pas l’objet de nos discussions.

C’est faux, tout est facturé !

Christophe Blanchet president · Dem #640

L’amendement no 1745 de M. Alexandre Allegret-Pilot est défendu.Quel est l’avis de la commission ?

article 4 · amendement 317
Brigitte Liso rapporteure · EPR #642

Vous voulez supprimer le critère de résidence pour ne garder que celui de la nationalité. Cela me semble particulièrement dérogatoire au droit commun de la protection sociale, qui utilise très largement le critère de résidence. Par ailleurs, il faut s’assurer que le médecin qui accompagne la personne est un professionnel qui la connaît et la suit habituellement. Enfin, une telle dérogation serait contraire au principe d’égalité, puisqu’il y a des non-nationaux qui sont assurés sociaux en France.Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #645

Défavorable.

#646

(L’amendement no 317 est retiré.)

La parole est à Mme Ségolène Amiot.

C’est incroyable d’entendre autant de fake news dans cet hémicycle. Dire que des personnes étrangères qui ne résident pas en France viennent s’y faire soigner gratos, c’est faux !

Ce n’est pas ce que j’ai dit !

Nous, qui sommes résidents et assurés sociaux, pouvons bénéficier de soins pris en charge par la sécurité sociale, mais ce n’est pas le cas pour les étrangers, qui peuvent recevoir une facture.Par ailleurs, il y a des gens qui vivent en France depuis parfois des décennies mais qui ne souhaitent pas demander la nationalité française. Si vous leur refusez d’aller jusqu’au bout de leur parcours de soins palliatifs ou de bénéficier de l’aide à mourir, où va-t-on les envoyer – alors qu’ils ne sont en outre pas en état de voyager ? Il s’agit d’une discrimination en raison de la nationalité.

#652

(L’amendement no 1745 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Christophe Blanchet president · Dem #653

Sur les amendements identiques nos 770 et 1165, je suis saisi par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Claire Marais-Beuil, pour soutenir l’amendement no 1761.

Substituer le mot « ou » par le mot « et », ce n’est pas rien. Ça change tout.L’objectif est de protéger les personnes qui vivent douloureusement des pensées suicidaires dont l’origine est une maladie psychique. Bon nombre d’entre elles guérissent et s’en sortent. Il n’y a donc aucune raison de leur faciliter le chemin vers la mort. Il est fondamental de les protéger de leur propre maladie en excluant la souffrance strictement psychique des conditions d’accès à l’aide à mourir pour retenir la souffrance physique et psychologique. Ces deux aspects doivent être nécessaires et cumulatifs.

Quel est l’avis de la commission ?

Brigitte Liso rapporteure · EPR #658

Défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #660

Défavorable.

La parole est à M. Hadrien Clouet.

Nous voterons contre cet amendement.Par ailleurs, il est important que tout le monde voie ce qui se passe quand l’extrême droite cherche à appliquer son idée raciste de la préférence nationale et qu’elle rencontre une difficulté rédactionnelle.Le texte prévoit que les personnes de nationalité française ou qui résident de façon stable et régulière en France peuvent demander l’aide à mourir. L’extrême droite propose que seuls les Français résidant de façon stable et régulière puissent le faire. La première conséquence, qui est celle que vous poursuivez, est d’exclure les personnes étrangères de ce droit : un étranger qui réside dans notre pays depuis vingt-cinq ans avec sa famille et cotise à la sécu ne pourra pas demander l’aide à mourir, alors qu’il souffre de la même maladie qu’un Français. La deuxième conséquence est d’exclure également les Français qui vivent par exemple de l’autre […]

#666

(L’amendement no 1761 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Christophe Blanchet president · Dem #667

L’amendement no 1362 de M. Gérault Verny est défendu.

#668

(L’amendement no 1362, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)

Christophe Blanchet president · Dem #669

Je suis saisi de l’amendement no 140 de Mme Marie-France Lorho.

article 4 · amendement 140
#670

(L’amendement no 140 est retiré.)

Christophe Blanchet president · Dem #671

Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 770 et 1165. L’amendement no 770 de M. Yannick Monnet est défendu.La parole est à M. Hadrien Clouet, pour soutenir l’amendement no 1165.

article 4 · amendement 770

Il vise à supprimer le critère cumulatif de la régularité et de la stabilité de résidence. Un tel critère exclut de l’accès au droit à l’aide à mourir des personnes qui résident en France de manière régulière mais qui doivent faire fréquemment des déplacements transfrontaliers ou, à l’inverse, des personnes qui résident sur notre territoire de façon stable depuis longtemps mais qui, par exemple, se retrouvent pendant deux ou trois semaines sans titre de séjour à la suite d’un rendez-vous raté en préfecture, conséquence du sous-effectif de ces institutions.L’amendement permet de garantir que toute personne vivant et travaillant ici, et qui a donc les mêmes droits que tout le monde, bénéficie du droit à l’aide à mourir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Quel est l’avis de la commission ?

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #676

Je suis défavorable à ces amendements, car le critère de résidence stable et régulière est un principe cardinal qui guide l’accès à notre système de protection sociale et qui est largement utilisé dans notre droit de la santé. Il permet de garantir que l’aide à mourir, qui ne peut être un acte isolé, s’inscrit dans une prise en charge globale.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #678

Défavorable.

Christophe Blanchet president · Dem #679

Je mets aux voix les amendements identiques nos 770 et 1165.

#680

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #681

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 92 Nombre de suffrages exprimés 79 Majorité absolue 40 Pour l’adoption 30 Contre 49

#682

(Les amendements identiques nos 770 et 1165 ne sont pas adoptés.)

Sur l’amendement no 1687 et sur les amendements identiques nos 318 et 1086, je suis saisi par le groupe Droite républicaine de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à Mme Océane Godard, pour soutenir l’amendement no 104.

Il vise à ouvrir l’aide à mourir aux femmes et aux hommes qui sont suivis « de manière régulière par un professionnel de santé en France. » Il ouvre la solidarité de la France en matière d’accès à l’aide à mourir.En l’état, une personne ne remplissant pas les conditions administratives mais remplissant les critères définis par l’article 4 – affection grave et incurable, souffrance physique ou psychologique réfractaire aux traitements, pronostic vital engagé et ainsi de suite – et qui serait suivie régulièrement par un professionnel de santé en France n’est pas éligible à l’aide à mourir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)

Quel est l’avis de la commission ?

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #688

Il s’agirait d’une dérogation importante. Au stade de la deuxième lecture, il apparaît souhaitable de nous en tenir au critère de nationalité ou de résidence stable et régulière, qui apporte un cadre clair et pleinement conforme au droit de la protection sociale. Ce critère est à la fois précis et ouvert puisqu’il permet aux personnes qui n’ont pas la nationalité française mais qui ont une résidence stable et régulière en France d’accéder à l’aide à mourir. Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #690

Même avis.

La parole est à M. Philippe Juvin.

Monsieur le rapporteur général, je ne vous comprends pas : vous dites que l’aide à mourir n’est pas un soin, mais qu’il faut que ses critères d’accès soient conformes au droit de la protection sociale, c’est-à-dire l’assurance maladie.L’aide à mourir implique déjà la participation des médecins, des hôpitaux et des établissements médico-sociaux, et l’utilisation de médicaments. Elle est en outre inscrite dans le code de la santé publique. Il faudrait maintenant qu’elle respecte le critère de résidence stable, qui est requis pour la prise en charge des soins en France. Je ne le conteste pas, mais l’aide à mourir ressemble alors à un soin, ce que je conteste.

La parole est à M. le rapporteur général.

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #695

Le droit de la protection sociale concerne aussi les aides sociales, par exemple. À ma connaissance, elles ne sont pas un soin. Votre argument ne tient donc pas. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)

#696

(L’amendement no 104 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Christophe Blanchet president · Dem #697

La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 1687.

article 4 · amendement 1687

Nous n’avons pas examiné cet amendement en première lecture, puisqu’il est issu de nos débats.Pour garantir que le consentement d’une personne soit libre et éclairé, il est indispensable qu’aucune contrainte ne pèse sur elle. Ainsi, la demande d’aide à mourir ne doit pas naître d’un accès insuffisant aux soins palliatifs, comme le Conseil d’État l’a souligné. Il est également souhaitable à ce titre d’exclure de ce droit les personnes privées de liberté, dont la situation peut ne pas garantir l’exercice de leur volonté de manière libre et éclairée. Philippe Juvin vous a d’ailleurs alertés à ce sujet en première lecture.De la même manière, on propose que les critères permettant d’évaluer le caractère insupportable d’une souffrance, qui pourrait ne pas être réfractaire, soient précisés par un décret en Conseil d’État, pris après avis de la HAS et du CCNE.Enfin, pour s’assurer de la […]

Quel est l’avis de la commission ?

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #703

Monsieur Bazin, vous m’aviez habitué jusqu’ici aux faux amendements rédactionnels. En l’espèce, il s’agit bien d’un nouvel amendement, dont nous n’avons débattu ni en commission ni lors des précédents débats. C’est pourquoi je prendrai le temps nécessaire pour y répondre, en revenant sur les quatre points principaux qu’il comporte et sur les raisons qui me conduisent à émettre un avis défavorable.Vous proposez une nouvelle écriture de l’ensemble de l’article 4. En premier lieu, vous subordonnez l’accès à l’aide à mourir au fait que la personne ait préalablement bénéficié de soins palliatifs, sauf refus de sa part. Or l’article 5 prévoit déjà que le médecin informe la personne qu’elle peut bénéficier des soins palliatifs et s’assure, le cas échéant, qu’elle puisse y avoir accès.Ensuite, vous proposez d’exclure du dispositif les personnes faisant l’objet d’une mesure de privation de […]

Bien sûr !

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #707

En outre, vous proposez de modifier le critère relatif à la souffrance, notamment en excluant les souffrances psychologiques. Nous y reviendrons ultérieurement, mais j’y suis évidemment opposé : le collège pluriprofessionnel doit pouvoir apprécier l’ensemble des souffrances liées à l’affection de la personne, afin de déterminer si sa situation relève du dispositif d’aide à mourir.Enfin, j’attire votre attention sur le fait que votre rédaction écrase le critère relatif au discernement de la personne. En effet, elle tend paradoxalement à supprimer l’exigence selon laquelle la personne doit manifester sa volonté de façon libre et éclairée. Je sais que telle n’est pas votre intention, mais ce serait bel et bien la conséquence de l’adoption de votre amendement.Pour toutes ces raisons, j’y suis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #711

À l’exception de la question des souffrances psychologiques, je partage les arguments du rapporteur général. Je comprends votre préoccupation au sujet des personnes détenues, en raison des souffrances psychologiques particulièrement fréquentes en milieu carcéral ; toutefois, le principe d’égalité nous interdit de les priver de ce droit. C’est pourquoi j’émets un avis défavorable sur cet amendement.En ce qui concerne les souffrances psychologiques, comme je l’ai indiqué précédemment, je serai en revanche favorable à certains amendements qui seront défendus.

J’espère qu’ils seront adoptés !

La parole est à M. Philippe Juvin.

Je voudrais revenir sur l’un des points essentiels de l’amendement de M. Bazin, qui vient d’ailleurs d’être soulevé par Mme la ministre : l’inclusion des patients faisant l’objet d’une mesure de privation de liberté, notamment les personnes incarcérées. Où est-on moins libre qu’en prison ? L’idée même d’un dispositif permettant d’administrer la mort à des personnes emprisonnées ne vous donne-t-elle pas le vertige ? (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

Élise Leboucher rapporteure · LFI #716

Ils sont malades comme les autres !

Nous ne sommes pas d’accord, ce n’est pas grave, mais laissez-moi terminer, s’il vous plaît ! C’est un sujet très grave. Par définition, la capacité de libre jugement d’une personne condamnée à plusieurs années d’emprisonnement n’est pas comparable à celle d’une personne en liberté.

C’est honteux !

Incroyable ! C’est abject !

Pour ma part, je trouve abyssale la perspective d’une autorisation à délivrer la mort à une personne détenue. Vous imaginez tous les excès possibles et les conséquences que cela pourrait entraîner pour l’organisation même de la société. Il est donc indispensable, en la matière, de refuser cette possibilité.

La parole est à Mme Ségolène Amiot.

Je suis littéralement outrée de vous entendre parler ainsi des personnes détenues.Premièrement, chaque année, environ 150 personnes meurent de causes naturelles en détention. Lorsque l’état de santé d’une personne incarcérée se dégrade, elle peut demander à sortir de détention afin, si elle est en fin de vie, de mourir auprès des siens. La plupart du temps, cette demande lui est accordée, à condition qu’un lieu d’accueil adapté existe. Ce n’est pas le toujours le cas et c’est la raison pour laquelle, je le répète, 150 personnes décèdent chaque année de causes naturelles en prison.Deuxièmement, qu’une personne ait été condamnée pour avoir commis un menu larcin ou un grand crime ne saurait justifier que l’ensemble de ses droits soit restreint. Êtes-vous sérieux ?

Ce n’est pas ce que j’ai dit !

Suggérez-vous que l’incarcération fasse de la personne détenue un sous-citoyen ?

Il n’a pas dit ça non plus ! Ne caricaturez pas !

La condamnation à l’incarcération par un juge et la restriction de liberté n’impliquent pas de voir réduits son droit à la santé et celui de décider de l’avenir de son propre corps. Vos propos reviennent à ajouter à la détention une punition…

Je n’ai pas dit ça, vous le savez bien !

…garantissant que les personnes détenues iront bien au terme de leur peine, pour s’assurer qu’elles ont « bien compris » ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Christophe Blanchet president · Dem #731

Je mets aux voix l’amendement no 1687.

#732

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #733

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 130 Nombre de suffrages exprimés 126 Majorité absolue 64 Pour l’adoption 48 Contre 78

#734

(L’amendement no 1687 n’est pas adopté.)

La parole est à Mme la ministre.

Stéphanie Rist ministre · EPR #736

Je demande une suspension de séance.

Suspension et reprise de la séance

Christophe Blanchet president · Dem #738

La séance est suspendue.

#739

(La séance, suspendue à dix-sept heures cinquante, est reprise à dix-huit heures dix.)

Christophe Blanchet president · Dem #740

La séance est reprise.Je suis saisi de trois amendements, nos 141, 318 et 1086, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 318 et 1086 sont identiques. La parole est à Mme Marie-France Lorho, pour soutenir l’amendement no 141.

Je le retire.

article 4 · amendement 1687
#743

(L’amendement no 141 est retiré.)

Christophe Blanchet president · Dem #744

La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 318.

article 4 · amendement 318

S’agissant de l’échange qui a précédé la suspension de séance, on ne saurait faire à M. Juvin un procès d’intention en inhumanité : il expliquait simplement qu’en prison, on n’est pas libre, et qu’il est difficile de prendre une décision libre et éclairée sans être libre.L’amendement vise à remplacer le terme « affection » par « pathologie ». La notion d’affection a une portée sémantique large et insuffisamment précise : elle englobe des situations très diverses, y compris des états qui ne relèvent pas à proprement parler d’une pathologie médicale évolutive ou d’une atteinte grave au pronostic vital. À l’inverse, la notion de pathologie renvoie à une réalité médicale objectivable, caractérisée, diagnostiquée et encadrée par des critères cliniques reconnus. Il s’agit, en substituant le second terme au premier, de renforcer la sécurité juridique du dispositif et de clarifier l’intention […]

article 4 · amendement 318
Christophe Blanchet president · Dem #747

L’amendement no 1086 de M. Charles Sitzenstuhl est défendu.Quel est l’avis de la commission ?

article 4 · amendement 318
Brigitte Liso rapporteure · EPR #749

Le terme « affection », en plus d’être tout à fait clair, est le plus utilisé dans le code de la santé publique, notamment dans les articles liés à la fin de vie créés par la loi Claeys-Leonetti de 2016. Il est employé dans les articles qui se rapportent à la définition de la sédation profonde et continue mise en œuvre afin d’éviter l’obstination déraisonnable, ou encore à la hiérarchisation des modalités d’expression de la volonté du patient en fin de vie.L’amendement retiré précisait que la pathologie devait être physique ; de cela, nous débattrons en examinant l’alinéa 8.Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #753

Défavorable.

Christophe Blanchet president · Dem #754

Je mets aux voix les amendements identiques nos 318 et 1086.

#755

(Il est procédé au scrutin.)

Christophe Blanchet president · Dem #756

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 86 Nombre de suffrages exprimés 86 Majorité absolue 44 Pour l’adoption 41 Contre 45

#757

(Les amendements identiques nos 318 et 1086 ne sont pas adoptés.)

Christophe Blanchet president · Dem #758

Je suis saisi de plusieurs amendements, nos 1390, 875, 584, 631, 671, 583, 91, 585, 632, 876, 1121 et 734, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 91, 585, 632 et 876 sont identiques. L’amendement no 1390 de M. Gérault Verny est défendu.La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 875.

article 4 · amendement 1390

Par cet amendement, je propose de calquer la rédaction de l’alinéa sur celle de la loi Claeys-Leonetti. Si les promoteurs de ce texte étaient cohérents, ils le voteraient ! Nombre d’entre eux ne cessent de faire comme si la loi Claeys-Leonetti était quasiment la même que le présent texte, comme si la sédation profonde et continue était quasiment équivalente à l’aide active à mourir. Ce n’est pas la même chose ; nous sommes nombreux à le dire et la rédaction de l’article 4 le montre bien.Chers collègues, de deux choses l’une : soit c’est la même chose, et nous pouvons calquer la rédaction de la loi Claeys-Leonetti ; soit ce n’est pas la même chose. Dans ce dernier cas, dites-le clairement et cessez d’utiliser la loi Claeys-Leonetti dans vos argumentaires !

article 4 · amendement 1390
Christophe Blanchet president · Dem #762

L’amendement no 584 de Mme Hanane Mansouri est défendu.La parole est à M. Stéphane Peu, pour soutenir l’amendement no 631.

article 4 · amendement 1390

La rédaction actuelle permet le recours à l’aide à mourir dès le stade avancé d’une maladie, ce qui inclut des cas où l’espérance de vie est encore de plusieurs années, voire où la rémission est possible. L’engagement du pronostic vital ne signifie pas que le décès est imminent, mais seulement que les fonctions vitales ne sont pas stables. En l’état, le législateur a donc renoncé à encadrer le recours à l’aide à mourir en fonction de la durée restant à vivre. Il ne s’agit plus d’apporter une réponse spécifique à la toute fin de la vie ; désormais, l’aide à mourir peut intervenir en cours de maladie, bien avant la fin de vie. Cette largesse signifie que dans les moments critiques d’aggravation de la maladie – certains d’entre nous ont entendu des témoignages poignants à ce sujet –, dans les moments de grande vulnérabilité de la personne malade, la possibilité d’être accompagné et soigné […]

article 4 · amendement 1390
Christophe Blanchet president · Dem #765

La parole est à M. Vincent Trébuchet, pour soutenir l’amendement no 671.

article 4 · amendement 671

Il est quasiment identique à l’amendement no 631 du président Peu, ce qui montre que cette position pourrait faire l’objet d’un consensus sur tous les bancs de l’hémicycle.

article 4 · amendement 671
Christophe Blanchet president · Dem #767

Les amendements nos 583 de Mme Hanane Mansouri, 91 de M. Corentin Le Fur, 585 de Mme Hanane Mansouri et 632 de Mme Soumya Bourouaha sont défendus.La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 876.

article 4 · amendement 671

Il tend supprimer la notion si problématique de phase avancée. Je le dis aux rapporteurs : la proposition de loi serait plus solide si la notion de phase avancée n’y figurait pas. Je vous invite à relire du premier au dernier mot l’avis publié par la Haute Autorité de santé en avril 2025 sur les deux critères temporels. L’expression « moyen terme » n’apparaît plus dans le texte, tandis que celle de « phase avancée » y figure encore. Retirez-la ! Si vous ne voulez pas le faire, c’est probablement que vous avez le dessein de donner au texte une portée plus large que vous ne le prétendez.

article 4 · amendement 671
Christophe Blanchet president · Dem #770

L’amendement no 1121 de M. Philippe Juvin est défendu.La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir l’amendement no 734.

article 4 · amendement 671

Comme d’autres, je défends la suppression des termes « en phase avancée […] ou en phase terminale ». Cela fait partie des propositions formulées par la MGEN et nous en avons débattu longuement en première lecture. La Haute Autorité de santé a également estimé qu’il n’y avait pas de consensus médical sur les définitions des phases avancée et terminale. En revanche, elle reconnaît que certaines personnes atteintes d’une maladie grave et incurable ressentent des souffrances importantes et réfractaires pas uniquement à la fin de leur vie. Or si nous défendons ce texte, c’est précisément pour que ces personnes puissent décider de la fin de leur vie. L’expression « phase avancée » risque de fragiliser ce droit et cette liberté.

article 4 · amendement 671

Quel est l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune ?

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #774

L’ensemble de ces amendements visent à revenir sur la définition du critère de l’affection, de différentes manières : certains suppriment la mention « quelle qu’en soit la cause », d’autres suppriment la mention de « phase avancée », d’autres reviennent au court terme, et certains font tout cela en même temps.Sur la suppression de la mention « quelle qu’en soit la cause », il convient de noter qu’il y a une mésentente sur la portée de cette mention. Pour certains, elle aurait ouvert l’aide à mourir aux situations consécutives à un accident. Pourtant, ce cas était déjà couvert par le texte initial, dès lors que la personne répondait à tous les critères prévus à l’article 4, notamment lorsque le pronostic vital est engagé et qu’elle est apte à exprimer une volonté libre et éclairée. La notion « d’affection » est en effet une notion englobante – c’est davantage l’état de la personne que […]

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #782

Je n’ajouterai pas d’autres arguments à ceux qu’a présentés M. le rapporteur général. Avis défavorable sur tous les amendements.

La parole est à M. Thibault Bazin.

L’alinéa 7 de l’article 4 vise – c’est ce que vous indiquez – à fixer des critères stricts. Cependant, on voit bien qu’il présente plutôt des critères alternatifs : « souffrance physique ou psychologique », affection « en phase avancée […] ou terminale », une souffrance « réfractaire » ou « insupportable selon la personne ». Ce faisant, il nous éloigne d’une disposition exceptionnelle pour ouvrir le droit à l’aide à mourir à de plus en plus de personnes. Lorsque l’affection est « entrée dans un processus irréversible marqué par l’aggravation de l’état de santé de la personne malade qui affecte sa qualité de vie », la personne ainsi devenue éligible n’intériorise-t-elle pas l’idée selon laquelle elle pourrait représenter un fardeau, notamment du fait de son coût pour la société ? Il ne faut pas négliger cette question, car des personnes qui ne sont pas en fin de vie pourraient ainsi être […]

Arrêtez ! C’est faux !

Non, c’est exact. Une personne peut être atteinte d’une affection en phase avancée et ne pas mourir dans les semaines qui suivent – elle peut même avoir encore plusieurs années à vivre devant elle. Il est important que nous ayons ce débat car l’existence de cette possibilité modifierait totalement la relation à la vie et aux autres.

#787

(Les amendements nos 1390, 875 et 584, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Christophe Blanchet president · Dem #788

Je mets aux voix l’amendement no 631.

#789

(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

Christophe Blanchet president · Dem #790

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 131 Nombre de suffrages exprimés 131 Majorité absolue 66 Pour l’adoption 52 Contre 79

#791

(L’amendement no 631 n’est pas adopté.)

#792

(Les amendements nos 671 et 583, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
#793

(Les amendements identiques nos 91, 585, 632 et 876 ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
#794

(Les amendements nos 1121 et 734, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Christophe Blanchet president · Dem #795

Sur les amendements identiques nos 10, 95, 586, 976, 1353 et 1813, je suis saisi par le groupe Horizons & indépendants d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 1123.

Il tend à ajouter après le mot « incurable » les mots « et réfractaire aux traitements ». Une affection grave et incurable peut bénéficier de traitements, par exemple pour stabiliser son évolution. Il me paraît donc important d’ajouter cette mention.

article 4 · amendement 671

Quel est l’avis de la commission ?

Brigitte Liso rapporteure · EPR #799

L’amendement entre en contradiction avec le caractère incurable de l’affection. Une affection est dite réfractaire lorsqu’elle ne répond pas aux traitements disponibles, alors même que ces traitements sont normalement efficaces contre cette maladie. Lorsqu’une personne est atteinte d’une affection incurable, il n’existe, par définition, aucun traitement permettant la guérison. L’avis de la commission est donc défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Stéphanie Rist ministre · EPR #801

Chaque patient a le droit de refuser un traitement. À partir du moment où nous ouvrons un droit nouveau, l’aide à mourir, nous ne pouvons pas le conditionner à la prise d’un traitement.

C’est tout le problème !

Stéphanie Rist ministre · EPR #803

L’avis du gouvernement est défavorable.

La parole est à M. Philippe Juvin.

Je comprends l’argumentation de Mme la ministre : effectivement, la personne peut refuser le traitement. En revanche, madame la rapporteure, je vous ferai très respectueusement remarquer que vous faites un contresens : une personne peut être atteinte d’une maladie incurable cependant accessible à des traitements en vue de limiter les troubles qu’elle entraîne. Par exemple, une maladie de Parkinson est incurable, car il n’existe pas de traitement qui permette d’en guérir, mais ceux qui en sont atteints peuvent recevoir des traitements qui heureusement équilibrent leur situation.Cependant, j’entends l’argument de Mme la ministre et je retire l’amendement.

#807

(L’amendement no 1123 est retiré.)

Christophe Blanchet president · Dem #808

Je suis saisi de six amendements identiques, nos 10, 95, 586, 976, 1353 et 1813. La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 10.

article 4 · amendement 10