Séance du 23 mai 2025 /// n°213 /// 935 prises de parole
VERBATIM
Assemblée nationale · XVIIe législature · maj quotidienne
Séance publique · Assemblée nationale · 17e législature · session Session ordinaire 2024-2025

Séance du 23 mai 2025 — 213e séance

Compte rendu intégral des prises de parole, sous la présidence de Présidence de M. Xavier Breton.

935prises de parole
61orateurs
13points à l'ordre du jour
36scrutins

Votes Les scrutins de cette séancetous les scrutins →

ScrutinVoixRésultat
2025 l'article 9 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 38 / 19 adopté
2026 l'amendement n° 588 de Mme Le Peih à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 45 / 65 rejeté
2027 l'amendement n° 2294 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 7 / 80 rejeté
2028 l'amendement n° 2255 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 33 / 83 rejeté
2029 l'amendement n° 1855 de M. Allégret-Pilot à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 34 / 76 rejeté
2030 l'amendement n° 2413 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 35 / 80 rejeté
2031 l'amendement n° 2342 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 33 / 83 rejeté
2032 l'amendement n° 2330 de M. de Lépinau à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 40 / 86 rejeté
2033 l'amendement n° 2329 de M. de Lépinau à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 41 / 86 rejeté
2034 l'amendement n° 2324 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 39 / 80 rejeté
2035 l'amendement n° 2438 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 36 / 83 rejeté
2036 l'amendement n° 1472 de M. Renault à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 36 / 76 rejeté
2037 l'amendement n° 2325 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 39 / 75 rejeté
2038 l'amendement n° 2321 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 42 / 86 rejeté
2039 l'amendement n° 1295 de M. Bentz à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 40 / 81 rejeté
2040 l'amendement n° 2406 de M. Bernhardt à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 42 / 81 rejeté
2041 l'amendement n° 2259 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 36 / 86 rejeté
2042 l'amendement n° 2214 de M. Verny à l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 39 / 86 rejeté
2043 l'article 10 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 87 / 48 adopté
2044 l'amendement n° 376 de Mme Runel à l'article 11 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 43 / 46 rejeté
2045 l'amendement n° 1468 de Mme Firmin le Bodo à l'article 11 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 36 / 64 rejeté
2046 l'amendement n° 2140 de M. Verny l'article 11 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 31 / 83 rejeté
2047 l'article 11 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 99 / 15 adopté
2048 l'amendement n° 1885 de M. Allégret-Pilot à l'article 12 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 32 / 77 rejeté
2049 l'amendement n° 1398 de M. Verny à l'article 12 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 36 / 75 rejeté
2050 l'amendement n° 699 de Mme Blin et l'amendement identique suivant à l'article 12 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (premièr… 33 / 78 rejeté
2051 l'amendement n° 1895 de M. Monnet à l'article 12 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 101 / 6 adopté
2052 l'amendement n° 1063 de M. Ménagé à l'article 12 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 37 / 77 rejeté
2053 l'amendement n° 2375 de Mme Leboucher à l'article 12 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 39 / 68 rejeté
2054 l'article 12 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 77 / 14 adopté
2055 l'amendement de suppression n° 68 de M. Hetzel et les amendements identiques suivants à l'article 13 de la proposition de loi relative au droit à l'ai… 26 / 71 rejeté
2056 l'amendement n° 2014 de M. Trébuchet et l'amendement identique suivant à l'article 13 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (pr… 33 / 68 rejeté
2057 l'article 13 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 72 / 17 adopté
2058 l'amendement n° 1495 de M. Verny à l'article 14 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 25 / 72 rejeté
2059 l'amendement n° 1686 de M. Bazin et l'amendement identique suivant à l'article 14 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (premiè… 40 / 76 rejeté
2060 l'amendement n° 2123 de M. Verny à l'article 14 de la proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir (première lecture). 35 / 79 rejeté

Verbatim Le compte rendu

Tours 1 à 200 sur 935 — page 1 / 5.

Xavier Breton president · DR #2

La séance est ouverte.

#3

(La séance est ouverte à quinze heures.)

Suite de la discussion d’une proposition de loi

Xavier Breton president · DR #7

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (nos 1100, 1364).

Discussion des articles (suite)

Xavier Breton president · DR #9

Ce matin, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant à l’amendement no 2551 à l’article 9, l’adoption des amendements no 123 et identiques ayant fait tomber les amendements nos 315 à 1727.

Article 9 (suite)

Xavier Breton president · DR #11

L’amendement no 2551 de M. Philippe Juvin est défendu.La parole est à M. Stéphane Delautrette, rapporteur de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.

article 9
Stéphane Delautrette rapporteur de la commission des affaires sociales · SOC #13

Avis défavorable.

La parole est à Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, pour donner l’avis du gouvernement.

Catherine Vautrin ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles · Les Républicains #15

Même avis.

#16

(L’amendement no 2551 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #17

L’amendement no 2549 de M. Philippe Juvin est également défendu.

article 9
#18

(L’amendement no 2549, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #19

L’amendement no 1729 de M. Stéphane Delautrette, rapporteur, est rédactionnel.

article 9
#20

(L’amendement no 1729, accepté par le gouvernement, est adopté.)

· ADOPTION amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #21

Les amendements nos 231 de Mme Marie-France Lorho, 2550 de M. Philippe Juvin et 649 de Mme Anne-Laure Blin sont défendus.

article 9
#22

(Les amendements nos 231, 2550 et 649, repoussés par la commission et le gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Xavier Breton president · DR #23

Sur l’article 9, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Je mets aux voix l’article 9, tel qu’il a été amendé.

#24

(Il est procédé au scrutin.)

Xavier Breton president · DR #25

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 57 Nombre de suffrages exprimés 57 Majorité absolue 29 Pour l’adoption 38 Contre 19

#26

(L’article 9, amendé, est adopté.)

Après l’article 9

Xavier Breton president · DR #28

Je suis saisi de plusieurs amendements portant article additionnel après l’article 9. La parole est à Mme Élise Leboucher, rapporteure de la commission des affaires sociales, pour soutenir l’amendement no 2389.

article Après_ 9 · amendement 2389
Élise Leboucher rapporteure de la commission des affaires sociales · LFI #29

Il s’agit d’un amendement important : il vise à permettre à la personne de confiance désignée par le patient de bénéficier du congé pour décès prévu par le code du travail. (Mme Mathilde Panot applaudit.)

article Après_ 9 · amendement 2389

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #31

Défavorable ; je conçois votre idée, mais il n’est pas nécessaire de circonscrire le rôle de la personne de confiance aux dispositions de l’article L. 1111-6 du code de la santé publique. Par ailleurs, cela pourrait entraîner des difficultés pratiques, rien n’interdisant que plusieurs patients désignent la même personne de confiance, par exemple un proche ou leur médecin.

#32

(L’amendement no 2389, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #33

Les amendements nos 65 de M. Patrick Hetzel et 1989 de M. Alexandre Allegret-Pilot sont défendus.

article Après_ 9 · amendement 2389
#34

(Les amendements nos 65 et 1989, repoussés par la commission et le gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts

Article 10

La parole est à M. Thibaut Monnier.

L’article 10, ayant trait à l’arrêt de la procédure d’euthanasie ou de suicide assisté, laisse entrevoir des failles très graves, dont l’existence devrait tous nous interpeller. Ainsi, aucune disposition, sauf demande du patient lui-même, ne permet de suspendre la procédure. S’agissant d’un acte grave, irréversible, il est incompréhensible que le procureur de la République ne soit même pas mentionné : à titre de comparaison, alors même que le droit au mariage est consacré et que l’on doit respecter l’autonomie, la décision des futurs époux, l’article 175-2 du code civil dispose que l’officier d’état civil, s’il soupçonne un mariage blanc ou gris, « saisit sans délai le procureur de la République », qui dans les quinze jours peut suspendre ou empêcher la célébration. Pourquoi l’euthanasie et le suicide assisté ne font-ils l’objet d’aucune procédure analogue ? En cas de suspicion d’abus […]

Xavier Breton president · DR #40

La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 2376, qui tend à supprimer l’article 10.

article 10 · amendement 2376

Compte tenu de la discussion que nous avons eue au sujet de l’article 9, monsieur le rapporteur, je voudrais vous poser une question très précise, très simple. S’agissant de la fin de la procédure, dont traite l’article 10, j’entends bien que vous renvoyez à la Haute Autorité de santé (HAS) les cas d’« échec » euthanasique : nous ne légiférerons pas, il n’y aura rien dans le texte au sujet de ces situations, qui peuvent malheureusement se produire. En pareil cas, c’est-à-dire si la personne résiste à la substance létale, quel doit être le comportement du médecin ou de l’infirmier ? Je pense, madame la ministre, à la prochaine lecture de cette proposition de loi : sera-t-il prévu une deuxième dose létale, un deuxième recours – je ne parlerai pas de secours –, ou le soignant présent dans le cadre d’un suicide assisté ou délégué devra-t-il secourir la personne ? (Applaudissements sur […]

article 10 · amendement 2376

La parole est à M. Olivier Falorni, rapporteur général, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, pour donner l’avis de la commission.

Olivier Falorni rapporteur général, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir · Dem #43

Je traiterai, monsieur Bentz, de l’amendement de suppression, que vous n’avez guère défendu ; notre collègue répondra à votre question au cours du débat – mais pour cela, même si je comprends votre logique, il faudra que l’article 10 n’ait pas été supprimé !Celui-ci est important : il vise à définir des garanties essentielles, car elles permettront de s’assurer tout au long de la procédure que la volonté de la personne est respectée, en explicitant la possibilité, jusqu’au dernier moment, qu’elle renonce à l’aide à mourir. Il tend également à permettre au médecin, en présence d’éléments nouveaux, de revenir sur sa décision initiale – ce qui constitue une sorte de filet de sécurité, une protection supplémentaire contre le risque d’une erreur d’appréciation de la situation médicale de la personne qui demande cette aide. Pour ces deux raisons, je suis évidemment opposé à la suppression de […]

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #46

M. le rapporteur général a raison : même avis.

La parole est à M. Christophe Bentz.

Je prends acte du fait que le rapporteur Delautrette ne souhaite pas me répondre, du moins à ce stade – peut-être le fera-t-il ensuite.Vous évoquez le pouvoir de renoncer à l’aide à mourir. Soyons concrets : si la substance létale échoue à accomplir son œuvre, si la personne ne meurt pas, peut-elle toujours, à ce moment-là, se raviser ? C’est là une vraie question d’encadrement, de suite et de fin d’une procédure. Y aura-t-il, monsieur le rapporteur général, ce que j’appelle un acharnement euthanasique – deuxième dose, troisième dose ? Ou bien, si la personne convulse, agonise, subit les conséquences de la substance létale, mais ne décède pas, peut-elle encore renoncer et demander au soignant présent de la secourir ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

La parole est à Mme la ministre.

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #51

Cela fait effectivement partie des choses que la HAS doit encore préciser, mais dans ce que vous venez d’évoquer, monsieur Bentz, il faut distinguer deux situations. Soit le patient dit finalement non et rien ne se passe, soit il ne meurt pas après l’ingestion ou l’injection d’une première dose, auquel cas le médecin lui en administrera probablement une deuxième, afin que sa demande d’aide à mourir soit exaucée.

Eh oui !

#53

(L’amendement no 2376 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #54

La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 1673.

article 10 · amendement 1673

Vous savez toute l’amitié que je vous porte, monsieur le président, mais quand vous annoncez un scrutin public à quinze heures deux et que vous le déclarez ouvert à quinze heures trois, l’intervalle – théoriquement de cinq minutes – ne nous permet pas de prendre part au vote sur l’article ! (Protestations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

article 10 · amendement 1673
Frédéric Valletoux président de la commission des affaires sociales · HOR #56

Il conteste la présidence ! (Sourires.)

Olivier Falorni rapporteur général · Dem #57

Ce n’est pas bien, ça !

Nous pouvons comprendre la nécessité de faire avancer le débat ; j’espère toutefois qu’il n’en sera pas de même pour les scrutins suivants.

article 10 · amendement 1673

Dont acte, monsieur Bazin ! Je ne décompte pas ces propos de votre temps de parole. Commencez à soutenir votre amendement !

Il s’agit du no 1673, cosigné notamment par Patrick Hetzel et que je défends bien volontiers, car il vise à ajouter le mot « immédiatement » à l’alinéa 2, lequel prévoit qu’« il est mis fin à la procédure d’aide à mourir » dans chacune des trois hypothèses détaillées par la suite. Première hypothèse, la personne informe le médecin qui a instruit sa demande, ou le médecin ou l’infirmier chargé de l’accompagner, qu’elle renonce : ce qui m’inquiète, qui me fait souhaiter cette immédiateté, c’est la possibilité qu’elle prévienne le premier – le médecin mentionné à l’article 5 – alors que c’en est un autre qui l’accompagne.Vous me direz que le patient pourra toujours l’exprimer à ce moment-là. Bien sûr, mais il pourra être un peu gêné de voir que le médecin s’est déplacé. Il faut donc que le circuit d’information soit automatique ; c’est pourquoi il convient de préciser qu’il est mis fin […]

article 10 · amendement 1673

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #63

Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #65

Avis défavorable.

La parole est à Mme Hanane Mansouri.

Je m’interroge sur la deuxième hypothèse évoquée. Vous expliquez avoir prévu un filet de sécurité permettant au médecin lui-même de mettre fin à la démarche d’euthanasie. Quels sont les éléments qui, portés à la connaissance du médecin, pourraient justifier un arrêt de la procédure ?Que fait-on des personnes des personnes dont l’état de santé pourrait se dégrader avant la date précise de l’euthanasie ? Aux Pays-Bas, une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer a formulé une demande d’euthanasie ou de suicide assisté. En raison de l’aggravation de sa maladie, elle s’est débattue au moment de l’administration de la substance létale. Les soignants ont donc dû l’endormir pour pratiquer l’acte euthanasique. La dégradation de l’état de santé du patient est-elle prise en compte ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #69

La personne n’a plus de discernement ; elle n’est donc pas éligible à l’aide à mourir telle que nous la définissons avec ce texte.

#70

(L’amendement no 1673 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #71

Je suis saisi de trois amendements, nos 616, 504 et 542, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 504 et 542 sont identiques.L’amendement no 616 de Mme Sandrine Dogor-Such est défendu.La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 504.

article 10

Cet amendement vise à réduire l’euphémisation terminologique opérée par ce texte. Nous préférons parler d’aide active à mourir plutôt que de droit à l’aide à mourir, parce qu’il s’agit là de provoquer activement la mort. La moindre des choses serait donc de parler d’aide active à mourir.Par ailleurs, d’autres États utilisent des termes différents.Cet amendement, de même que ceux d’autres collègues allant dans le même sens, permet de se prémunir de toute confusion avec les soins palliatifs pratiqués par les professionnels qui agissent au quotidien avec une éthique remarquable au service des patients. Nous l’avons dit à plusieurs reprises.

Xavier Breton president · DR #77

L’amendement no 542 de Mme Annie Vidal est défendu.Quel est l’avis de la commission ?

article 10
Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #79

Nous avons déjà eu cette discussion à de nombreuses reprises ; j’émets de nouveau un avis défavorable.Je vais répondre à Mme Mansouri. Vous le savez, ce texte est fondé sur la notion de volonté libre et éclairée. Dès lors, toute altération du discernement est de nature à interrompre la procédure d’aide à mourir. Soyez rassurée : la situation que vous évoquez est satisfaite par les dispositions actuelles du texte.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #82

Avis défavorable.

#83

(L’amendement no 616 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
#84

(Les amendements identiques nos 504 et 542 ne sont pas adoptés.)

· REJET de plusieurs amendements (main levée) adts
Xavier Breton president · DR #85

La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 232.

article 10 · amendement 232

Je constate que M. le rapporteur Delautrette n’a pas souhaité répondre aux deux questions que j’ai posées. C’est son droit.Mme la ministre a répondu à la première des deux questions posées, portant sur la fameuse deuxième dose létale – vous savez ce que j’en pense.Je réitère donc ma deuxième question, puisque cet amendement de notre collègue Marie-France Lorho m’y invite. Il pose en effet la question de la réitération à tout moment de la demande de se voir administrer une substance létale.Je reprends le cas de figure spécifique d’une personne éligible à l’aide à mourir qui reçoit une première dose de substance létale, mais ne meurt pas. Dans ce cas, quel comportement le soignant doit-il adopter ? La personne peut-elle encore renoncer à sa demande d’aide à mourir ?

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #91

D’abord, j’émets un avis défavorable sur cet amendement. Je le rappelle : la personne peut renoncer à tout moment à sa demande d’aide à mourir.Ensuite, je réponds à M. Bentz. S’il vous plaît, ne me faites pas de procès d’intention en prétendant que je n’ai pas voulu vous répondre. Mme la ministre vous a répondu et je souscris pleinement à sa réponse ; je n’ai donc pas jugé utile de la répéter.

Je voulais entendre vos deux avis !

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #94

Mais je peux vous donner la même réponse pour vous rassurer sur le fait que le rapporteur ne refuse pas de répondre aux questions posées par le député…

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #96

J’émets un avis défavorable à l’amendement de Mme Lorho.Je vais répondre à la question de M. Bentz à laquelle je n’ai pas encore répondu. Évidemment, tout est toujours possible – vous avez raison. Je reprends le cas de figure que vous évoquez. Si le patient a demandé l’accès à l’aide à mourir, a été considéré comme éligible, réitère sa demande, se voit administrer la dose létale mais n’est pas mort, dispose encore de ses capacités de discernement et souhaite finalement mettre fin à la procédure, il pourra bien évidemment le faire.

Il n’y aura donc pas d’obligation de secours de la part du médecin ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #99

Le point majeur du texte est de respecter la volonté du patient à tous les moments de la procédure. Dès lors que le patient exprime sa volonté de mettre fin à la procédure d’aide à mourir, il y est mis fin. C’est aussi simple que cela.

La parole est à M. Thierry Frappé.

Le cas où l’euthanasie ne fonctionnerait pas nous place devant un dilemme déontologique ; l’article R. 4127-9 du code de déontologie médicale dispose que tout médecin qui se trouve en présence d’un malade ou d’un blessé en péril, ou informé qu’un malade ou un blessé est en péril, doit lui porter assistance.

Si la procédure d’aide à mourir s’arrête, il n’y a pas de sujet !

Dans ce cas-là, que fait le médecin ? Il rentre se coucher ?

La parole est à M. Stéphane Delautrette, rapporteur.

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #105

Ce débat, portant sur des situations très spécifiques, prend des proportions un peu excessives.Vous imaginez bien que les travaux de la Haute Autorité de santé consisteront à définir des modes opératoires et des substances qui visent à répondre au souhait de la personne, qui est d’accéder à la mort.Arrêtons de nous attarder sur des situations particulières dans lesquelles la substance ne serait pas efficace. Nous n’ignorons pas cette éventualité, mais je ne doute pas que la HAS en tiendra compte.Par ailleurs, l’efficacité de la substance létale est liée à son dosage – c’est pourquoi une seconde dose est prévue dans ce cas-là.Remettons les choses en contexte : si la personne a formulé une demande d’aide à mourir et qu’elle en est à la phase d’exécution de sa volonté, elle souhaite bien évidemment que sa volonté soit suivie d’effet. Cessons donc d’aborder ces situations peu probables.

Je croyais pourtant que la loi devait tout prévoir !

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #111

Je ne dis pas qu’elles ne se réaliseront pas, mais personne ne recherche cela.

La parole est à Mme la ministre.

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #113

Avis défavorable.

La parole est à Mme Sandrine Runel.

Ce débat est assez lunaire. Si la personne a formulé une demande d’aide à mourir, c’est qu’elle l’a mûrement réfléchie. Vous savez bien que cette procédure est sécurisée ; à tout moment, la personne peut y renoncer.Arrêtons de vouloir entraver le droit à mourir que nous sommes en train de construire avec ce texte, et faisons en sorte d’avancer véritablement en faveur d’un droit prévoyant l’ensemble des possibilités.Dans le cas où l’administration de la substance létale ne fonctionnerait pas, le médecin saura comment réagir. Il dispose de sa clause de conscience, et il a la légitimité de prendre une décision le moment venu.Arrêtez de citer des textes disant que le médecin devra absolument sauver le patient,…

Ça s’appelle le code de déontologie…

C’est leur job !

…alors que la situation est très particulière. Laissons les médecins faire leur travail. Nous sommes des législateurs et non des médecins, alors contentons-nous de faire des lois ; tout le monde s’en portera mieux. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

#122

(L’amendement no 232 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #123

Je suis saisi de trois amendements, nos 588, 701 et 1925, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 701 et 1925 sont identiques. La parole est à Mme Nicole Le Peih, pour soutenir l’amendement no 588.

article 10 · amendement 588

Cet amendement vise à introduire les mots « par tout moyen » à l’alinéa 3. Il s’agit de reconnaître que la renonciation à l’aide à mourir peut être exprimée de manière orale ou informelle sans qu’un formalisme excessif ne vienne faire obstacle à la volonté de la personne concernée.Dans le même esprit, il prévoit la consignation immédiate de la renonciation dans le dossier médical du patient. Cela garantit une traçabilité rigoureuse de la décision, indispensable pour encadrer une procédure aussi sensible.Cette double approche assure à la fois la souplesse dans l’expression de la volonté du patient et la rigueur dans sa formalisation. Elle contribue à renforcer la sécurité juridique de l’ensemble du dispositif, à protéger les droits de la personne et à sécuriser la responsabilité des professionnels de santé.Il s’agit d’une avancée équilibrée, à la fois pragmatique et protectrice, que je […]

Xavier Breton president · DR #128

L’amendement no 701 de Mme Lise Magnier est défendu.L’amendement no 1925 de Mme Karine Lebon l’est également.Quel est l’avis de la commission ?

article 10 · amendement 588
Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #131

Vous proposez de préciser que la renonciation peut être exprimée par tout moyen. Il n’est pas utile d’apporter cette précision, puisque le texte ne comprend aucune disposition contraire. En cela, les amendements sont satisfaits.S’agissant de l’inscription de la renonciation au dossier médical, je comprends votre intention ; il importe que cette information soit bien enregistrée. Je rappelle qu’elle est enregistrée dans un système d’information prévu à l’article 11. Sur ce point, l’amendement no 588 est également satisfait.Je demande donc le retrait de l’ensemble de ces amendements – à défaut, avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #135

Même avis.

La parole est à Mme Marina Ferrari.

J’entends les arguments de M. le rapporteur et je le remercie pour cet éclaircissement. J’estime tout de même que l’amendement de Mme Le Peih est pertinent. Il propose de consigner le refus au dernier moment de l’administration de la substance létale dans le dossier médical du patient.Cela permettrait au corps médical amené à se prononcer dans le cadre de la procédure collégiale de se réinterroger sur l’état psychologique du patient et d’appeler son attention sur sa fin de vie.

#139

(Les amendements identiques nos 701 et 1925 sont retirés.)

La parole est à Mme Catherine Vautrin, ministre.

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #141

Soyez rassurée, madame Ferrari, toute la procédure sera évidemment consignée.

Xavier Breton president · DR #142

Je mets aux voix l’amendement no 588.

#143

(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

Xavier Breton president · DR #144

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 112 Nombre de suffrages exprimés 110 Majorité absolue 56 Pour l’adoption 45 Contre 65

#145

(L’amendement no 588 n’est pas adopté.)

Xavier Breton president · DR #146

La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 1674.

article 10 · amendement 1674

L’article 10 est important car il porte sur la dernière étape de la procédure. Envisageons l’hypothèse dans laquelle la personne renonce finalement à l’administration de la substance létale et en informe le médecin qui a instruit sa demande ou le médecin ou l’infirmier chargé de l’accompagner. Entre la notification de la décision favorable et la date d’administration de la substance létale, elle pourrait aussi faire part de cette décision aux professionnels de santé qui l’accompagnent à son domicile ou dans l’établissement qui l’accueille. Cet amendement a pour but d’intégrer cette possibilité à l’alinéa 3.Je rappelle que le médecin qui a instruit la demande et notifié l’accord n’est pas toujours le médecin traitant ou le médecin qui accompagne le patient dans son parcours de soins à domicile ou dans un établissement. Le professionnel chargé de l’accompagner lors de l’administration de […]

article 10 · amendement 1674

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #150

Monsieur Bazin, depuis que nous examinons la procédure, vous demandez qu’elle soit claire, balisée et sécurisée. Selon moi, plus on va multiplier le nombre d’intervenants, plus on va la compliquer, avec le risque de dérives. Nous devons au contraire nous assurer que le renoncement est exprimé auprès du médecin qui a instruit la demande. Je tiens à ce que nous restions dans ce cadre par souci de sécurisation de la procédure et du parcours de soins. Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #152

Même avis.

La parole est à M. Pierre Meurin.

Mon collègue Thierry Frappé a rappelé la déontologie des médecins. Imaginez qu’une personne ne meure pas après l’administration de la substance létale et peine à exprimer sa volonté de ne plus mourir en raison de la souffrance insupportable qu’elle ressent liée à la première dose. D’après l’article 223-6 du code pénal, « sera puni […] quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours ».Nous y reviendrons à l’article 17, relatif aux dispositions pénales, mais je veux vous alerter sur le risque de contentieux créé par l’article 10, qui ouvrira, dans de très nombreux cas, un conflit entre le droit à mourir et la non-assistance à personne en danger. Je ne vois pas la différence entre le délit d’entrave et le fait de couper la […]

La parole est à M. Thibault Bazin.

Si vous le voulez bien, revenons à mon amendement, qui prévoit la possibilité pour un patient de faire part de son renoncement à un professionnel de santé de proximité, qui le suit au quotidien. Vous dites, monsieur le rapporteur, que la mesure que je propose compliquerait la procédure et qu’il vaut mieux limiter cette annonce au médecin référent. Mais celui-ci n’accompagne pas forcément le patient au quotidien et ne sera peut-être pas présent le jour de l’administration de la substance létale. Si un professionnel de santé en contact régulier avec le patient informe le médecin qui a instruit la demande d’éléments indiquant que les conditions ne sont plus remplies et que le patient ne souhaite plus bénéficier de l’aide à mourir…

Vous tournez en rond !

Non, je ne tourne pas en rond ! Soyez sérieux. La question est importante et je ne fais qu’analyser le texte.

Continuez, mon cher collègue !

Je reprends : dans l’hypothèse où un tiers soignant, qui n’est ni celui qui a instruit la demande, ni celui qui va administrer la substance létale, informe le médecin référent de la volonté de renoncement du patient, cette information vaut-elle arrêt de la procédure ? Tel est le sens de mon amendement.

Bravo !

La parole est à M. Stéphane Delautrette, rapporteur.

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #165

Je vous ai déjà répondu, monsieur Bazin, et les explications que je vous ai données étaient suffisamment claires – je n’y reviens pas.Monsieur Meurin, si des professionnels de santé nous écoutent, votre intervention a dû les interpeller. Vous faites croire qu’ils seraient exposés sur le plan pénal s’ils participaient à une procédure d’aide à mourir. Je rappelle que l’article 2 que nous avons adopté, et que vous n’avez pas voté, pas plus que les autres, dispose, dans son alinéa 7, que « le droit à l’aide à mourir est un acte autorisé par la loi au sens de l’article 122-4 du code pénal », ce qui protège tout professionnel de santé participant à la procédure. Dans le cas que vous évoquez, le professionnel sera protégé puisque nous avons dépénalisé toute participation à la procédure de l’aide à mourir, sous réserve, bien évidemment, du respect des différentes dispositions de la proposition […]

La parole est à Mme Catherine Vautrin, ministre.

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #168

Je partage la position du rapporteur : l’intervention du médecin est prévue et autorisée par la proposition de loi au sens de l’article 122-4 du code pénal. La responsabilité pénale du praticien ne serait donc pas recherchée dans le cas que vous soulevez. Il n’y a pas non plus non-assistance à personne en danger puisqu’il résulte de la proposition de loi que le médecin devra intervenir pour accompagner l’administration de l’aide à mourir. Nous avons souligné à plusieurs reprises que la Haute Autorité de santé déterminera la manière dont la procédure se déroulera à ce moment-là.Enfin, monsieur Bazin, je répète que l’on pourra mettre fin à la procédure à tout moment. Le patient sera interrogé jusqu’au moment de l’administration pour vérifier que sa volonté est bien respectée. Votre amendement est donc satisfait.

#170

(L’amendement no 1674 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #171

Les amendements nos 579 de Mme Annie Vidal et 1675 de M. Thibault Bazin sont défendus.

#172

(Les amendements nos 579 et 1675, repoussés par la commission et le gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

Xavier Breton president · DR #173

La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille, pour soutenir l’amendement no 2039.

article 10 · amendement 2039

Après avoir effectué sa demande, le patient reçoit l’avis du médecin, puis il prend sa décision. Comme l’a souligné Mme la ministre, la décision de recourir à l’aide à mourir ne relève pas du soignant, mais du patient. Tel est le sens de cet amendement.

article 10 · amendement 2039
#175

(L’amendement no 2039, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #176

Sur les amendements nos 2294 et 2255, je suis saisi par le groupe UDR de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 1293.

On avance ! Nous prenons un peu de temps sur l’article 10, car il est important, mais nous n’avons pas défendu nos amendements lorsqu’ils portaient sur des sujets dont nous avons déjà discuté – le rythme de la discussion risque de se ralentir de nouveau à l’article 17.Je vous remercie de vos réponses, madame la ministre, monsieur le rapporteur. Vous avez répondu totalement à ma première question, madame la ministre, mais partiellement à la seconde. Je serai donc plus précis encore : entre les deux doses létales – puisqu’un deuxième recours sera prévu par le texte, vous l’avez dit, en première ou en seconde lecture –, si la personne ne veut plus mourir, quel doit être le comportement du soignant présent auprès du patient ? (Exclamations sur quelques bancs du groupe SOC.) Doit-il et peut-il secourir ?

article 10 · amendement 2039

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #181

Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #183

Dès lors que le patient déclare ne pas vouloir mourir, le professionnel ne va évidemment pas prendre ses affaires et partir. Il reste auprès de lui pour l’accompagner.

L’amendement ne parle pas de ça !

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #185

Je suis comme vous, monsieur Bentz, je chemine et je réfléchis aux différents cas qui pourraient se présenter, d’où la nécessité d’interroger la Haute Autorité de santé, plus compétente que moi sur ces sujets. Sur le principe, je suis toutefois claire : oui, le professionnel de santé devra secourir le patient.

D’accord !

La parole est à M. Pierre Meurin.

Je ne me suis pas exprimé jusqu’ici sur la portée sémantique de certains termes, mais cet amendement vise à substituer aux mots « aide à mourir » celui de « suicide » et je veux faire une remarque. Je suis saisi d’un vertige à cette question : quelle est la différence éthique entre une personne qui veut se suicider et qui considère que se pendre ou se défenestrer est une manière digne de mourir et une personne qui demande à bénéficier de l’aide à mourir ?

Si vous ne voyez pas la différence, on ne peut rien pour vous !

Après des semaines de débat, vous posez cette question !

Dans les deux cas, c’est l’expression d’une volonté libre de mourir dans la dignité. Utilisons donc le terme approprié, celui de « suicide ».Sauver une personne d’un suicide est quasiment obligatoire puisque le délit de non-assistance à personne en danger est inscrit dans le code pénal. Qu’en sera-t-il quand le patient, entre deux doses de substance létale, exprimera à sa manière, parce qu’il subit d’atroces souffrances, son consentement ou sa volonté d’interrompre la procédure et ne sera pas forcément compris par le tiers présent à ses côtés ? Il y a là un vrai problème du point de vue de la non-assistance à personne en danger. À mon avis, les contentieux seront nombreux. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

#193

(L’amendement no 1293 n’est pas adopté.)

· REJET d’un amendement (main levée) adt
Xavier Breton president · DR #194

La parole est à M. Gérault Verny, pour soutenir l’amendement no 2294.

article 10 · amendement 2294

Il tend à clarifier la nature des informations susceptibles de conduire à l’interruption d’une procédure d’aide à mourir après une décision favorable du médecin référent : il précise que ces éléments peuvent provenir « de l’environnement médical, familial ou judiciaire ».La rédaction de l’amendement ne ferme aucune porte : il s’agit de rappeler certaines sources possibles, sans exclure les autres. Le médecin garde toute sa liberté d’appréciation.Si je vous propose cette précision, c’est parce que j’estime qu’il y a un besoin de sécurisation juridique. En l’état, le texte évoque simplement des « éléments d’information » sans préciser d’où ils pourraient venir. Cette imprécision pourrait avoir un effet pervers : un médecin pourrait hésiter à suspendre la procédure après avoir reçu un signalement extérieur, faute d’être sûr que cette information entre bien dans le champ légalement […]

article 10 · amendement 2294

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #201

Avis défavorable.

Quel est l’avis de la commission ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #203

Avis défavorable.

La parole est à M. Hadrien Clouet.

Nous voterons évidemment contre l’amendement de M. Verny, pour une raison simple : l’amendement fait exactement l’inverse de ce qu’il prétend faire – ce n’est jamais que la soixante-dixième fois que cela arrive avec un amendement de M. Verny, donc il y a encore de la marge. (Sourires.)Le texte prévoit en effet que si le médecin reçoit de nouvelles informations qui l’amènent à douter du fait que les critères cumulatifs soient remplis, il suspend la procédure. C’est normal : si on découvre quelque chose de nouveau au cours de la procédure, on est amené à revoir sa décision initiale.Ce que vous voulez écrire, c’est que cette information doit être issue « de l’environnement médical, familial ou judiciaire ». Vous restreignez donc la nature de l’information susceptible d’être prise en considération.Je vois M. Juvin assis à côté de vous qui vous confirme que vous dites n’importe quoi ! (Rires […]

Arrêtez d’être méprisant !

C’est normal, on progresse toutes et tous dans la vie. (Protestations sur les bancs du groupe UDR.)

Ça vous est arrivé à vous aussi !

C’est vrai, mais dans ces cas-là, je retire l’amendement, parce que je l’ai relu avant !J’espère que ce sera le cas de celui-ci, car il aurait l’effet inverse de ce qu’affirme son exposé sommaire. Ainsi, une information venue du monde professionnel ou d’un écrit privé – sur des réseaux sociaux, par exemple – ne rentrerait plus dans le champ de la loi et le médecin ne pourrait pas s’en prévaloir pour mettre fin à la procédure. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

La parole est à Mme Hanane Mansouri.

C’est difficile de passer après M. Clouet, j’espère que ma prise de parole sera à la hauteur de ses attentes. (Rires et applaudissements sur les bancs des groupes UDR et DR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Quelle flatteuse !

Madame la ministre, vous nous confirmez que les médecins devront secourir les personnes en cas d’échec. De tels cas existent : cela a concerné quarante et une personnes l’année dernière aux Pays-Bas, c’est-à-dire quarante et une vies à sauver, ou pas. Les pays étrangers prévoient des procédures dans cette hypothèse, et je me demande pourquoi ce n’est pas le cas ici.On nous dit que le médecin aura son libre arbitre et sera le seul expert, le seul à même de décider s’il faut ou non secourir la personne. Mais il sera confronté à trois principes : la volonté du patient d’avoir recours à l’euthanasie ; le délit d’entrave prévu par le texte ; le délit de non-assistance à personne en danger. Parmi eux, lequel devra-t-il choisir ? Et, encore une fois, pourquoi le texte ne le prévoit-il pas ?

Xavier Breton president · DR #219

Je mets aux voix l’amendement no 2294.

#220

(Il est procédé au scrutin.)

Xavier Breton president · DR #221

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 120 Nombre de suffrages exprimés 87 Majorité absolue 44 Pour l’adoption 7 Contre 80

#222

(L’amendement no 2294 n’est pas adopté.)

Xavier Breton president · DR #223

La parole est à M. Gérault Verny, pour soutenir l’amendement no 2255.

article 10 · amendement 2255

Madame la ministre, ne méprisez pas ces sept voix pour : 7 %, c’est à peu près votre score aux élections. (Protestations sur les bancs des groupes EPR, SOC et Dem.)La place des proches dans la procédure reste une zone d’ombre du texte. Cet amendement prévoit que le médecin informe de sa décision de mettre fin à la procédure les proches de la personne concernée, et non celle-ci seulement comme la rédaction actuelle le prévoit, laissant les proches dans l’attente et parfois l’incompréhension.Je comprends l’approche retenue par les auteurs du texte : l’aide à mourir y est pensée comme un droit strictement individuel, exercé en conscience, sans interférence extérieure. Mais ce cadre théorique ne tient pas face à la réalité d’une fin de vie.Ces décisions se prennent très rarement dans l’isolement total. En général, il y a des visages autour, des liens, des personnes qui accompagnent et qui […]

article 10 · amendement 2255

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #230

Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #232

Avis défavorable.

Xavier Breton president · DR #233

Je mets aux voix l’amendement no 2255.

#234

(Il est procédé au scrutin.)

Xavier Breton president · DR #235

Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 122 Nombre de suffrages exprimés 116 Majorité absolue 59 Pour l’adoption 33 Contre 83

#236

(L’amendement no 2255 n’est pas adopté.)

Xavier Breton president · DR #237

Je suis saisi de deux amendements, nos 2526 et 1369, pouvant être soumis à une discussion commune. La parole est à M. Philippe Juvin, pour soutenir l’amendement no 2526.

article 10 · amendement 2526

Je souhaiterais que nous inscrivions dans le texte qu’il est mis fin à la procédure si la personne « manifeste une hésitation ». Cette expression d’un doute doit être interprétée de façon aussi large que possible et mettre fin à la procédure.Vous me direz que ce n’est pas comparable, mais un officier d’état civil qui célèbre un mariage ne continue pas si l’une des personnes ne dit pas « oui » clairement. De la même manière, la moindre hésitation doit être considérée comme un « non ».

article 10 · amendement 2526
Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #240

Bien sûr !

Xavier Breton president · DR #241

La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 1369.

article 10 · amendement 1369

Il est quasi identique au précédent.Mon souci est de protéger les personnes les plus faibles et les plus vulnérables. Celles qui solliciteront le suicide assisté ou l’euthanasie sont, par définition, des individus se trouvant dans une situation physique terrible – c’est une des conditions d’accès –, mais aussi, pour certains, dans de grandes difficultés psychologiques.Une démocratie doit se préoccuper de protéger ses citoyens les plus vulnérables.Il me paraît donc nécessaire d’écrire, à l’article 10, que si la personne hésite lors de l’administration de la substance létale, alors il est immédiatement mis fin à la procédure. La simple manifestation d’une hésitation traduit que quelque chose ne va pas. Des gens peuvent manifester un doute indirectement, par leur comportement. Cela peut être une question de personnalité, de caractère, mais aussi de maîtrise de la langue – nous en avons […]

article 10 · amendement 1369

Quel est l’avis de la commission ?

Stéphane Delautrette rapporteur · SOC #248

Avis défavorable.

Quel est l’avis du gouvernement ?

Catherine Vautrin ministre · Les Républicains #250

Avis défavorable.

La parole est à M. Yannick Monnet.

Ces amendements ne sont pas sérieux ! Vous estimez qu’il est indispensable d’écrire dans la loi que si le patient hésite, il faut mettre fin à la procédure : considérez-vous que les médecins ou les infirmiers sont des bourreaux sans cœur, qui iront au bout coûte que coûte ? Car c’est bien ce que veulent dire vos amendements !Faites confiance au personnel soignant, enfin ! Je trouve votre proposition indécente. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)

La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille.

Je ne suis pas d’accord avec vous, monsieur Monnet. J’ai vécu ces moments ; vous ne pouvez pas dire cela. C’est un problème d’humanité, de vie et de mort.Je comprends tout à fait, moi, l’amendement de M. Juvin. Il peut y avoir une hésitation,…

Comment la définissez-vous ?

…et le doute doit être au bénéfice de la vie, non de la mort.

M. Philippe Juvin #259

Très bien !

Dès que la personne manifeste une hésitation, dès qu’elle doute, la vie doit en bénéficier. Nous pouvons sûrement être d’accord là-dessus.

Vous pensez vraiment que les médecins ne sont pas capables d’identifier de telles situations ?

Bien sûr que si !

La parole est à M. Philippe Juvin.

C’est une affaire de consentement. Consentir, c’est dire « oui » ; quand on ne dit pas « oui », le consentement n’est pas là. Quand on hésite, ce n’est pas un consentement. On pourrait faire le parallèle avec de nombreuses autres activités humaines. Une hésitation doit être considérée comme un « non ».Le dire, ce n’est pas insulter les professionnels de santé. Je ne me sens pas insulté par mon propre amendement.

De la part d’un médecin, c’est surprenant !

La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.

Franchement…! Notre débat se passe bien depuis dix jours, et vous me faites tenir des propos que je n’ai pas tenus. Je vous parle des patients, de Français qui vont potentiellement se trouver en grande difficulté, et j’essaye de trouver, par la procédure, les moyens de protéger nos compatriotes. Et vous me balancez que je dirais – ce que je n’ai pas dit – que les médecins sont des bourreaux sans cœur ? C’est un procès d’intention.Arrêtez de nous faire la leçon matin, midi et soir. Il n’y a pas, dans cet hémicycle, d’un côté des gens qui sont humains, de l’autre des gens qui sont inhumains. Je ne me suis jamais placé à ce niveau de débat.Une procédure, ce sont des mots. Nous sommes le législateur, et chaque mot doit être pesé, à la virgule près.

Exactement !

C’est l’objet de mon travail depuis dix jours. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR et UDR ainsi que sur quelques bancs du groupe RN.)